Champignac – Tome 1 – Enigma : Béka & David Etien

Titre : Champignac – Tome 1 – Enigma

Scénariste : Béka
Dessinateur : David Etien

Édition : Dupuis (04/01/2019)

Résumé :
Berlin, 1938. Des ingénieurs allemands présentent à Hitler Enigma, une machine à crypter des messages au code inviolable. Ni plus ni moins qu’une invention qui devrait permettre aux nazis de gagner la guerre…

Juin 1940. L’Allemagne a attaqué la France et la Belgique, qui ont capitulé. Au château de Champignac, le comte, un jeune scientifique spécialiste des champignons, reçoit une étrange missive cryptée.

Un défi excitant pour Pacôme (Hégésippe Adélard Ladislas), qui ne tarde pas à en découvrir la clé. Surprise : le message vient de son vieil ami Black qui lui demande de le rejoindre à Londres pour une mission de la plus haute importance.

Alors que le château est réquisitionné par l’armée allemande, Champignac arrive à fuir et à traverser la Manche.

À Londres, un nouveau message l’envoie dans le petit village de Bletchley où, aidé du professeur Black, d’Alan Turing et de Miss Mac Kenzie, il va s’attaquer au décryptage de la machine Enigma.

Une aventure passionnante qui mettra ses facultés intellectuelles à rude épreuve mais qui lui permettra également de croiser Churchill, de découvrir l’amour (non, pas avec Churchill) et de changer le cours de la guerre.

Critique :
Les séries apocryphes de Spirou sont légions, le personnage ayant souvent changé de père au cours de son histoire, même si cette dernière retiendra toujours Franquin car il l’avait porté à son pinacle.

Dans les albums, mon personnage préféré à toujours été le comte de Champignac, cette grande asperge de professeur un peu fou, jouant avec les champignons pour en tirer des produits les plus originaux et farfelus.

Lorsque j’ai vu dans l’hebdo Spirou qu’on allait mettre en scène Champignac jeune, je ne me suis plus sentie en joie.

Au départ, je n’avais pas pris attention au nom du dessinateur et au bout de quelques cases, j’ai trouvé que les personnages avaient un air de ceux de la série des « Quatre de Baker Street », notamment dans le visage d’un soldat allemand qui ressemblait à celui de Black Tom de Kilburn.

Bon sang, mais c’est bien sûr… C’est David Etien qui est aux dessins de Champignac et son nom n’avait pas tilté dans ma mémoire ! Son trait que je connais bien dans la série des Quatre de Baker Street se retrouve dans les dessins de cet album et j’ai même croisé une copie du chat Watson…

Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac a donc été jeune, sans cheveux blancs,son cerveau étant déjà aussi farfelu et c’est dans sa jeunesse qu’il a commencé à tirer des substances étranges tirées de ses précieux champignons.

Mais en plus de cela, il a participé aux travaux sur la machine à décrypter les messages codé par Enigma, aux côtés d’un certain Allan Turing, il a aussi assisté à la sortie du bain d’un Winston Churchill, a fait du bateau avec Ian Flemming et a même connu les joies de la danse avec la jolie Miss Mac Kenzie.

— Je n’ose rien faire de peur d’infléchir l’accroissement de la fonction mathématique qui décrit mon bonheur !
— C’est la plus belle chose qu’on m’ait jamais dite, Pacôme !

Si le film « Imitation Game » ne m’avait pas tout expliqué sur le cryptage d’Enigma, l’album s’en est chargée et je me suis couchée moins bête au soir.

On pourrait reprocher que ces explications cassent le rythme de l’aventure, mais il était absolument indispensable que l’on en parle, afin de comprendre la complexité et l’impossibilité de casser ces codes qui changeaient tous les jours.

Avec de l’humour et de la fraicheur, les deux auteurs nous proposent une revisite de l’Histoire sans pour autant la changer totalement, puisqu’ils ne font qu’ajouter des personnages de fiction dans la réalité afin de nous la servir avec moins de raideur.

— Où avez-vous appris à conduire, Blair ?
— Toute seule et en cachette, comme pour la lecture ! J’empruntais la voiture de mon père chaque fois que je le pouvais !
— Je vois ! Comme tous les autodidactes, vous avez développé un style très personnel !

— Pacôme! Attendez ! Vous ne pouvez pas aller à Londres en robe de chambre !
— C’est une remarque pertinente, Nicolette…

Les personnages de Champignac et de Miss Mac Kenzie sont bien campés, bourré d’humour et de folie douce, quand au scénario, il est fouillé sans devenir insipide ou incompréhensible pour des néophytes de machines de cryptage que nous sommes.

De plus, croiser d’autres personnages emblématiques de Champignac, tel que le pharmacien Dupilon, l’employé Duplumier et le maire et son langage alambiqué, a ajouté une note de plaisir à l’ensemble déjà fort réussi.

— C’est ensemble, unis coude à coude d’une main de fer que nous volerons d’un pied ferme vers la victoire finale !

Anybref, tout ce savant mélange donne un récit qui se lit avec plaisir, le sourire aux lèvres et l’envie de briller devant les autres en leur expliquant le concept de la machine Enigma : simple et brillant.

Franchement, je n’espère qu’une seule chose, c’est que cette série continue et soit de la même qualité que ce premier album.

— Vous ne vous arrêtez jamais, sir ?
— Malheureusement, si ! Je ne parviens pas à m’empêcher de dormir trois heures par nuit et une heure après le déjeuner…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Publicités