Belphegor : Dans la collection « Les Vieilleries de Dame Ida » [2/2]

Or donc, l’autre jour je vous avais fait découvrir le « roman pilote » d’Arthur Bernède qui a par la suite déclenché une avalanche d’adaptations diverses et variées sur le mythe du fantôme du Louvre, nommé Belphégor.

Comme je le disais… On se demande comment cela fut possible car ce roman paru sous forme de roman feuilleton est en réalité assez moyen sur le plan littéraire.

D’ailleurs il avait été rapidement oublié jusqu’à ce qu’en 1965 un feuilleton de la télévision française rencontre un véritable succès populaire marquant profondément les esprits, au point, des années plus tard de susciter de nouvelles créations aussi bien cinématographiques que de dessins animés ou de mangas.

Je me contenterai de parler du feuilleton de 1965 et du film de 2001 aujourd’hui… parce que je suis trop vieille pour les mangas et les dessins animés !

Belphégor, le Fantôme du Louvre, feuilleton en noir et blanc (1965)

Cette série propulsera Juliette Greco, égérie du petit Paris de Saint Germain des Près au statut populaire de star du petit écran, et fera faire ses début à l’acteur Yves Rénier, mieux connu pour son rôle récurrent de Commissaire Moulin que pour celui d’André (et plus Jacques) Bellegarde, étudiant en chimie (et plus journaliste du Petit Parisien) partagé entre la mondaine Laurence Borel (très éloignée malgré tout de la Simone Desroches du roman) et la toujours très fraîche Colette qui devient la fille du commissaire Ménardier (et non plus celle du détective privé Chantecoq qui a disparu de la scène).

Un Ménardier bien plus sympa en 1965.

On pourra trouver un vague lien entre le Boris Williams de la série et le Maurice de Touars du roman… si ce n’est que le rapport de domination entre le Maurice et la Simone du roman se trouve inversé par rapport à ce qui se passe entre Laurence et Boris…

Question d’époque ? Sans doute ! Car la version de 1965 est aussi datée et représentative des mœurs des époques respectives.

Et là encore ça frise quelque peu le cucul la praline, notamment lorsqu’il s’agit de mettre en scène quelque chose du statut de la femme qui se doit d’être belle, soumise, effacée, ou maternelle…

Cela étant les originalités fantasques de Laurence Borel présagent de l’arrivée prochaine de 1968, la bourgeoise parisienne de 1965 voulant s’émanciper et aimer librement sans se soucier de Candy Raton. Meeeeerde quôa !

Un personnage de la série, inexistant dans le roman, m’a particulièrement plus : Lady Phonograph, une ancienne diva devenue aristo britannique par mariage, auréolée de mystère car elle semble savoir bien des choses sur Belphégor… Totalement zinzin comme je les aime !

Et puis j’ai toujours eu de la sympathie pour les vieilles divas décaties… Belette sait pourquoi ! (Oui, la Belette confirme qu’elle sait pourquoi mais même si elle sait tout, elle ne dira rien).

Comme en 1927, un fantôme hante le Louvre, et s’intéresse particulièrement à la statue du dieu Belphégor dans la salle des antiquités égyptiennes (étrange… car… Belphégor n’est pas un Dieu égyptien à la base !).

Et voilà que le fantôme zigouille le gardien Sabourel (et plus Sabarat)…

Comme en 1927, Bellegarde drague Colette et se laisse enfermer dans le Louvre bien décidé à savoir qui est ce mystérieux fantôme… Et ce faisant, devenant une vedette des faits divers, voilà qu’il attire l’attention de la fatale Laurence Borel…

Le format du feuilleton est pratique car il permet de distiller l’intrigue peu à peu, de faire monter le suspens, et de découvrir la complexité des personnage et l’atmosphère particulière de cet après-guerre en plein cœur de l’optimisme des 30 glorieuses.

J’ai regardé cette série comme j’ai lu le livre de Bernède : en historienne du dimanche.

Ben oui… c’est ça que j’aime avec les livres ! Découvrir des époques et des mondes différents avec curiosité.

Si la version de 1927 (attention SPOILER) donnait des motifs assez crapuleux à Belphégor pour arpenter le Louvre la nuit, la version de 1965 nous plonge en plein ésotérisme histoire de rendre l’affaire plus mystérieuse et élégante sans doute ?

Quoi qu’il en soit, avec la version de 2001 on va encore plus loin dans le fantastique !

Comme je le disais ce feuilleton est joué par de bons acteurs de l’époque, même si le jeu, la mise en scène et la construction des dialogue sont tous eux aussi très représentatifs de ce qu’on aimait en 1965, ce qui peut être déconcertant pour nos yeux d’aujourd’hui. Il n’en demeure pas moins que j’ai passé un excellent moment en me laissant aller en le regardant.

Je l’ai revu plusieurs fois d’ailleurs, et je me souviens que quand j’étais petite, j’attendais avec excitation et anxiété les moments où Belphégor, ou du moins le fantôme, apparaissait.

Le suspens n’est plus là maintenant que je suis grande… Et au bout du 10e visionnage… ça serait étonnant, non ?

Belphégor, le fantôme du Louvre (film de 2001)

Ce film réunira une distribution prestigieuse, avec Sophie Marceau (dont j’ai toujours trouvé qu’elle jouait mal – je suis sans doute jalouse et mesquine), Frédéric Diefenthal, Michel Serrault, Jean-François Balmer, ainsi que Patachou et Julie Christie, les deux dernières campant des personnages secondaires mais sympathiques et un peu décalées à souhait.

Juliette Gréco viendra faire une petite apparition fantomatique aussi brève que marquante venant inscrire ce film dans une sorte de continuité par rapport à la série de 1965.

Effort poétique et sympathique mais hélas peu convainquant puisque quand Serrault essaie de faire référence aux faits de 1965 dans le film de 2001… c’est en déformant allégrement le contenu de la série !

Car oui, avec ce Belphégor-là, on est dans tout à fait autre chose ! Le film débute au début du siècle dans une fouille archéologique égyptienne où un égyptologue découvre une mystérieuse momie qu’il essaie de ramener en France à bord d’un navire où les marins se suicident les uns après les autres, avant qu’on le retrouve lui-même totalement modifié.

Et voilà que pendant les grands travaux du Louvre on retrouve cette momie dans les réserves et qu’un coup de scanner malencontreux vient tirer de son sommeil…

Et la conduire à posséder Sophie Marceau qui passait par là en voisine ! Là pour le coup… si en 1927 et en 1965 on ne croyait pas aux fantômes… En 2001 on est en plein dedans !

Tout ceci sonne un peu faux, hélas.

Serrault en inspecteur en retraite qui a un compte à régler avec Belphégor, Julie Christie en archéologue sexygénaire originale, Balmer en directeur de musée affolé, Patachou en grand-mère indigne sans complexe m’ont bien amusée et j’ai passé un bon moment devant ce film.

Mais ce ton de comédie cache assez mal la faiblesse du scénario et la façon dont Sophie Marceau surjoue son personnage de jeune femme possédée qui perd pieds.

Tout le monde parle d’un ton léger et ironique… sauf elle qui est très sérieusement aux prises avec son fantôme…

Ce décalage est franchement déconcertant et on ne sait jamais vraiment comment regarder ce film.

Bref… Pour résumer… Sur la base d’un bref roman feuilleton au style assez daté et banal bourré de cliché, la divinité moabite Belphégor a fini par devenir un mythe de la culture française du XXe siècle et par donner lieu à plusieurs adaptations surenchérissant avec le fantastique avec plus ou moins de bonheur.

Le Louvre, lieu emblématique du pouvoir royal à Paris, transformé en musée (le plus grand du monde), creuset mondial des arts n’est-il pas un lieu que l’on rêverait de hanter la nuit pour l’éternité (c’est au moins le temps qu’il faut pour profiter de toutes les œuvres présentées), afin d’y côtoyer l’esprit des grands artistes et des grands personnages qui ont marqué l’histoire de France ?

Promener un fantôme dans les allées du Louvre n’est-il pas en soi une promesse de rêve suffisante pour capter l’imagination des spectateurs génération après génération ?

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