L’Amant de lady Chatterley : D.H. Lawrence

Titre : L’Amant de lady Chatterley

Auteur : David Herbert Lawrence
Édition :
Édition Originale : Lady Chatterley’s Lover (1928)
Traducteur : Pierre Nordon

Résumé :
1918…
Un monde s’achève. La vieille Angleterre expire. C’est dans cet univers bouleversé que naissent les amours d’une aristocrate et de son garde-chasse.

La société de l’époque reconnaîtra à Lady Chatterley le droit et le « devoir » de prendre un amant qui lui donnera l’enfant qu’elle n’aura jamais de son mari.

Ce n’est pas l’adultère qui heurte cette société, mais l’insultant bonheur de deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

Critique :
Le poète et écrivain Philip Larkin résume à sa façon le procès et les conséquences de son verdict : On a commencé à faire l’amour en 1963, entre la fin de la « censure Chatterley » et le premier disque des Beatles.

Et bien, c’était pas folichon, le cul, chez les Anglais !

Ils Brexitaient déjà dans le lit conjugal, ces satanés Rosbeef.

Tout est histoire de savoir quand il faut se retirer (ni trop vite, ni trop tard) de ne pas laisser des factures impayées, ou des femmes insatisfaites sexuellement parce que leur Jules la joue à la Chirac (deux minutes, préliminaires comprises).

Et à ceux qui diraient que les femmes sont frigides, je leur répondrai qu’ils sont des mauvaises langues.

Je suppose, mesdames et mesdemoiselles qui lisez ma bafouille, que des amants merdiques, vous avez connu ça vous aussi. Le mec qui tire son coup et puis se vautre à côté pour ronfler, vous laissant sans jouissance, on a toutes connu ça (et les hommes qui aiment les hommes aussi, je ne suis pas sectaire).

Lady Constance Chatterley n’a pas de bol, après avoir été déniaisée dans sa jeunesse, elle a épousée Clifford Chatterley, un intellectuel avec un titre mais ce dernier a perdu l’usage de ses jambes et de tout ce qui se trouvait sous sa ceinture dans les tranchées de 14-18.

Pour la bagatelle, Constance est priée d’aller voir ailleurs – oui, elle a sa permission – et elle a même le droit de choisir un étalon reproducteur, puisque, en 1920, la banque du sperme n’avait pas encore de guichet spécial prévu pour les retraits en liquide.

À ceux qui voudraient lire de la gaudriole, du porno ou autre terme, ma foi, il perd son temps car ce qui était considéré comme pornographique en 1928 ne l’est plus en 2019.

On pourrait dire que le roman est érotique car rien n’est suggéré, on parle de phallus, de con et il parait que dans la V.O, Lawrence utilisait volontiers le mot « FUCK ». Voyez, je le note en majuscule et personne ne va s’émouvoir ou perdre connaissance. Juste ma mère qui me fera les gros yeux. Et encore, s’il elle le voit (risque zéro).

Là où les dents ont dû grincer, c’est que Lawrence frappe aussi sous la ceinture et ne se prive pas de dresser un portrait peu flatteur des classes non laborieuses, celle qui a des dents, du fric, qui est allée à l’école, qui a des biens, qui ne bosse pas, qui fait bosser les autres, anybref, celle qui a des titres de noblesses et des noms à rallonge.

Il [Mellors] avait trouvé chez les gens de la classe moyenne ou des hautes classes une dureté, une sécheresse empesée, une absence de vie réfrigérante, et qui lui faisaient éprouver combien il était différent. Il était donc revenu vers ceux de sa classe. Il y avait retrouvé ce qu’il avait oublié au cours des années: une mesquinerie et une vulgarité absolument détestables. Il avait fini par admettre à quel point les bonnes manières étaient importantes.

— Mais l’inégalité ?
— C’est le destin. Pourquoi Jupiter est-il plus gros que Neptune ? On ne peut pas changer la nature des choses.

L’Angleterre des riches propriétaires qui ont fait leur fortune sur le dos des mineurs s’en prend plein la gueule aussi.

Parlant du déclin de cette Angleterre rurale pour une industrielle, de ces manoirs, châteaux, trop chers à l’entretien, qui se font abattre l’un après l’autre, l’auteur tape une nouvelle fois sous la ceinture, alors que les parties étaient déjà douloureuses. Certains ne veulent pas voir la vérité en face.

C’est cela l’histoire. Une Angleterre en efface une autre. Les mines avaient fait la richesse des châteaux. Maintenant on les effaçait, comme on avait déjà fait pour les cottages. L’Angleterre industrielle efface l’Angleterre agricole. Une signification en efface une autre. La nouvelle Angleterre efface la vieille Angleterre. Faisant partie des classes aisées, Connie s’était accrochée aux débris de la vieille Angleterre. Il lui avait fallu des années pour comprendre que celle-ci était en voie de disparition sous la terrible pression de la hideuse Angleterre nouvelle, et que le processus se poursuivrait jusqu’à son terme.

Revenons maintenant à notre Clifford qui va autoriser sa femme Constance à aller se faire monter par un autre et se faire engrosser, aussi. Mais attention, faut qu’elle continue de l’aimer, son Clifford, faudrait pas qu’elle y prenne du plaisir.

De plus, môsieur Clifford est persuadé qu’un jour, sa machinerie recommencera à fonctionner et là, il pourra lui faire des enfants. C’est beau de rêver.

S’il vous plait, pourrait-on faire un accident de chasse pour Clifford ? Ce personnage n’a rien pour lui et j’ai eu plus souvent envie de pousser sa chaise d’infirme du haut de la colline que je n’ai eu d’empathie pour lui.

— Non, reprit Clifford, si l’on sait s’y prendre, il n’y aura plus de grèves.
— Et pourquoi ?
— Parce qu’on rendra les grèves presque impossibles.
— Mais les ouvriers vous laisseront-ils faire ?
— On ne leur demandera pas leur avis. Cela se fera sans qu’ils y prennent garde : pour leur bien, et pour sauver l’industrie.
— Pour votre bien aussi.
— Bien sûr ! Pour le bien de tous. Mais pour leur bien, encore davantage que pour la mine. Je peux vivre sans les puits. Pas eux. Sans les puits ils meurent de faim. Moi, j’ai d’autres ressources.

Sir Clifford est hautain, égoïste, tyrannique, est pour la persistance des classes sociales, des apparences et pense que c’est lui qui sacrifie son existence pour sa femme et que c’est elle l’insensible. À se demander s’il l’a aimé un jour, Pitié, offrez-lui des lunettes de chez Afflelou ou baffez-le pour qu’il ouvre enfin les yeux.

Ou mieux, payons un tueur à gages pour lui régler son compte, même si, parfois, dans ses discours, il analyse correctement la société et que l’auteur avait besoin de créer un personnage tel que lui pour délivrer son fiel sur la société et son analyse, aussi.

Il lui sacrifiait son existence et elle était insensible. Seules comptaient ses exigences. « Madame et son bon plaisir. » Maintenant l’idée d’avoir un bébé l’obsédait. Quelque chose qui serait à elle, rien qu’à elle, et pas à lui !

Mais maintenant, il pouvait sonner Mrs Bolton. Elle accourait toujours, et c’était un grand réconfort. Elle arrivait en robe de chambre, une natte de cheveux dans le dos, virginale et effacée, bien que la tresse brune fût mêlée de gris. Elle préparait du café ou de la camomille, et faisait avec lui une partie d’échecs ou de piquet. Elle possédait cette étrange aptitude qu’ont les femmes de jouer aux échecs en étant aux trois quarts endormie, et ce, de façon suffisamment convenable pour que l’on prît plaisir à la battre.

Pas de bol pour le Clifford, c’est avec le garde chasse, Oliver Mellors, que sa femme va fauter. Pire, elle va y trouver du plaisir et en tomber amoureuse. Et ça, c’est pas permis.

C’est ça, le grand scandale du roman ! Pas tellement le fait que madame aille voir à côté, puisque le petit oiseau de monsieur son époux ne siffle plus, mais c’est le fait qu’elle jouisse avec son garde-chasse, qu’elle y prenne du plaisir, qu’elle en tombe amoureuse. Et ça, la société bien pensante anglaise ne le tolérait pas.

En 2019, ce roman n’a plus rien de sulfureux, plus rien de porno, plus rien de licencieux, personne ne se choquera du garde-chasse qui tire son coup dans une chasse gardée et qui nomme son pénis « Thomas » et le sexe de sa lady, son con.

Pourtant, cet homme a de l’éducation, a lu des livres, a étudié, a fréquenté des officiers, mais les circonstances de la vie l’ont rendu amer, nihiliste et il a abandonné son beau parler pour reprendre le patois du coin.

À notre époque, on ne s’émouvra même pas de la critique de l’Angleterre de l’après-guerre, on a lu pire, on a lu plus cinglant dans le cynisme, on est allé voter, on a vu les résultats…

Donc, de nos jours, on haussera juste un sourcil là où, il y a 90 ans, on reniflait des sels pour se remettre de ses émotions tout en hurlant à la fatwa sur la tête de D.H. Lawrence avant d’enfermer son roman durant 40 ans dans les jupons de fer de Dame censure.

La lecture était plaisante mais on a tout de même beaucoup de blablas sur la fin et ça commençait à devenir un peu lourd, surtout quand la lady Chatterley nous la jouait petite fille amoureuse avec ses « dis-moi que tu me gardes. Dis que tu vas me garder, que tu ne me laisseras pas te quitter pour aller ailleurs ou avec quelqu’un d’autre. »

Une oeuvre classique sur laquelle j’aurais dû me pencher un peu plus tôt mais, voyez-vous, il n’est jamais trop tard pour bien faire et se mettre à jour dans ses lectures érotico-classiques (bon, ce n’est pas les « Les onze mille verges » non plus).

Un roman que j’ai apprécié, même si les blablas sur la fin m’ont plus fait soupirer qu’autre chose.

Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook.

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10 réflexions au sujet de « L’Amant de lady Chatterley : D.H. Lawrence »

  1. Jadis, il y a très longtemps, à l’ère révolue de ma jeunesse et plus précisément du temps où mon petit bourgeon commençait à me démanger j’avais trouvé ce livre dans la bibliothèque paternelle et m’étais empressée d’en lire les pages potentiellement croustillantes qui ne l’avaient laissé le souvenir de descriptions assez factuelles et pas si excitantes que cela. C’est comme du Barbara Carthland mais en mieux écrit… et effectivement avec une critique de la situation de la sexualité féminine dans l’ère post victorienne doublée d’une critique sociale. On ne peut pas dire que dans le monde rose et sucré de Barbara ce genre de questionnement ait eu cours.

    Anybref yes indeed, la bourgeoise et l’aristocrate de cette période n’étaient pas censés se préoccuper de l’orgasme… c’était l’affaire des périprostiputes… qui en réalité ne jouissent pas vraiment quand elles bossent (voire le reste du temps vu les parcours qu’elles ont eu souvent)… Bref… la femme ne jouit pas ou fait juste semblant quand elle est payée pour ça afin de déculpabiliser le client.

    En fait? Pourquoi cette période nous fait rêver? Je me demande ! À part l’afternoon tea, c’est tout pourri!

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    • Non, pour le porno et même l’érotisme, on repassera, pas trop de descriptions et j’ai corrigé des fanfics qui étaient plus chaudes que le récit de Lawrence ! Juste qu’il explique bien que le pénis pénètre madame… On aurait presque envie de dire « tout ça pour ça ??? » parce que tempête dans un verre d’eau, mais effectivement, il y a 100 ans, ça a dû jaser dans les ménages.

      Penses-tu que de nos jours ça ait évolué ? Quand tu entends des gens dire que si la femme violée tombe enceinte, c’est qu’elle a pris du plaisir, quand tu les entends parler, les jeunes, de filles épilées, de pénétration anale, penses-tu qu’ils se souciassent de l’orgasme de la fille épilée en ticket de métro qui s’est faite prendre par tous les trous ?? Mon cul ! :p

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      • T’as raison ! On va faire la grève du sexe pour la peine! Et coiffer nos pubis et nos aisselles façon rasta tant que ces messieurs ne se seront pas enfilé les boules de geisha ou autres toys qu’ils ont osé nous offrir! Na! Et avant ça épilation intégrale à la cire et port du collier de chien et des menottes derrière le dos OBLIGATOIRE ! 😂🤣😂

        Tiens mon chéri! Pour ton anniversaire je t’offre un passage chez l’esthéticienne et un stimulateur prostatique a t’enfiler bien profond! 🤣😂🤣

        Oups! Je sors… 🙄 mais bon… c’est toi qu’a commencé ! 😬

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        • Je commence toujours mais tu me suis allègrement ! Et tu aimes ça ! Ok, moi aussi…

          J’ai voulu un jour lui offrir un anneau pénien, pour rire mais il a refusé :p Mais c’est une bonne idée, tiens, les boules de geisha pour leurs anus !

          Zut, je me suis épilée les aisselles… bon, la prochaine fois, je laisse la forêt vierge pousser. 😀

          Les mecs font tous la grimace quand ils doivent vérifier leur prostate…

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          • Ah oui! Le fameux « cock ring » censé prolonger l’érection… certains modèles sans ouverture ne peuvent s’enfiler et s’enlever qu’au repos… ça fiche la trouille de se retrouver piégé !😱

            Pour l’anniv de Toqué je vais lui proposer un « prince Albert »… un piercing qui passe par l’orifice du gland et ressort en le trouant (et donc en faisant un deuxième orifice)!!! Ouille ouille ouille! C’est seulement pour les braves et les SM… Ben oui… ça doit être aussi pénible à se faire poser qu’à supporter pour la partenaire !😱 Bref… j’espère que Toqué va refuser et préférer un tatouage du portrait de sa mère sur la fesse gauche!😬

            Oui ces messieurs et leur prostate… c’est juste pénible à examiner parce qu’on a pas appris aux docteurs de faire ça en douceur avec des vidéos porno gay! En même temps si l’examen devenait agréable les mecs hétérosexuels seraient encore plus traumatisés d’avoir aimé que d’avoir eu mal… 😬 Y savent jamais ce qui veulent les mecs! Ils sont d’un compliqué !!! 😂🤣😂

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            • Ouille, j’ai mal pour lui et j’ai serré les fesses en te lisant !

              Bah, pour le cock ring (un anneau pour les faire tous obéir ?), pas besoin de faire des frais, on a un anneau à mettre au goulot des bouteilles de vin, pour ne pas que la goutte coule sur la nappe, ça fera l’affaire ! mdr

              Les mecs sont compliqués, oui, ma belle-soeur dit toujours que s’ils devaient accoucher, ce serait terrible pour eux ! PTDR

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  2. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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