Walt Slade – Tome 4 – Le Chariot mystérieux : Bradford Scott

Titre : Walt Slade – Tome 4 – Le Chariot mystérieux

Auteur : Bradford Scott
Édition : Marabout Junior (1966)
Édition Originale : Gunslick ou Dead in Texas (1965)
Traducteur : Cyrille Vermeersch

Résumé :
Dans une petite ville frontière au Sud des États-Unis, une légende terrifie les bergers mexicains : chariot fantomatique et affreuse bête à tête de loup apparaissant et disparaissant comme par miracle dans la nuit…

Devant les coups de main de plus en plus nombreux dépouillant les éleveurs, Walt Slade entreprend une difficile enquête, se heurtant à d’inexplicables événements.

Trouvera-t-il la clé de l’énigme ?

Critique :
Une petite touche de fantastique avec ce chariot fantôme qui terrifie les bergers et cette affreuse bête à tête de loup, les deux apparaissant et disparaissant dans la nuit…

Mais rassurez-vous, Walt Slade résoudra l’affaire et comprendra qu’il n’y a point de mystère ou d’intervention diabolique dans ce phénomène !

Nous sommes un peu comme dans Le Chien Des Baskerville, d’ailleurs, Walt Slade est un peu comme Sherlock Holmes : grand avec des yeux gris et des cheveux noirs, un nez busqué, un bon sens de la déduction, un cerveau.

Bref, un détective à cheval et au far west.

Walt Slade (prononcez « Wolt Sléde ») est donc un Texas Ranger qui a tout d’un super détective et d’un super héros car il s’en sortira toujours vainqueur (Bob Morane, sort de ce corps).

Grand et bô, il tire vite et droit, mieux que Lucky Luke et chevauche un superbe étalon noir. Sexy Boy…

Anybref, on aurait envie de chevaucher avec lui ou mieux, de se faire chevaucher par lui (ou de le chevaucher, on a tout le kamasutra pour s’amuser, tout compte fait).

Sans oublier qu’il est intelligent et courageux, qu’il possède de l’intuition pour résoudre ses affaires, il a une très belle voix et chante en s’accompagnant à la guitare… Rhâââ, lovely !

Dans cette enquête qui sent le fantastique, notre Texas Ranger va avoir affaire au Napoléon du Crime car le cerveau qui se trouve derrière toute cette mascarade carnavalesque est un cerveau brillant, tel un Moriarty dans le monde des cow-boys.

On a de l’action, du mystère, une enquête, la recherche d’indices, de l’aventure, de l’alcool, des cordes à lyncher, des balles de revolvers qui sifflent et des sueurs froides car notre bô Walt Slade a failli laisser des traces de freinages dans le fond de son caleçon long lorsqu’on lui tendit un piège dans un canyon resserré…

Cherchez pas à comprendre pourquoi j’ai un faible pour ce genre de littérature de gare (des psychiatres sont devenus fous en essayant de comprendre) car il n’y a pas d’explications censées, juste une envie folle de m’encanailler avec des romans qui volent moins haut que d’autres.

M’en fiche, j’ai pris du plaisir à relire les trois livres que je possède sur ce Texas Ranger qui a tout pour venir hanter mes nuits avec son six-coups qui crache le feu et sa longue Winchester… Phallique, tout ça !

Mais redevenons sérieuse. Pour se changer les idées et s’aérer l’esprit, rien de mieux qu’un Walt Slade ! Et ces derniers temps, j’ai tellement aéré mon cerveau qu’il y a des courants d’air dedans.

Bon, il est temps de reprendre une activité normale et de revenir à la littérature qui m’est chère : le polar et les romans noirs qui ont un peu plus de profondeur.

Quoique, dans les Walt Slade, on a une écriture assez imagée, fort poétique, d’ailleurs, je ne résiste pas à vous l’inclure en fin de billet :

Décevante était la lenteur avec laquelle il voyait se rapprocher la crête. Sa progression était devenue une reptation douloureuse le long de la paroi grise inondée de soleil, brûlante sous ses doigts saignants, qui marquaient son passage d’empreintes écarlates.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°53, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 45 – Émeutes à New York : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 45 – Émeutes à New York

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (2002)

Résumé :
Quand l’armée manque de bras et que les volontaires ont cessé de se bousculer au portillon pour finir en chair à canon, que reste-t-il pour repeupler les rangs ? La conscription !

Mais un peu partout dans le pays, la révolte gronde face à cette démarche injuste et impopulaire. Afin de ramener le calme, les Bleus sont envoyés en renfort pour superviser les opérations, à New York.

Mais quand les plus riches achètent au détriment des plus pauvres la liberté de ne pas faire la guerre, excédés, les conscrits prennent les armes. Sus aux bourgeois ! Sus à l’armée ! Il est temps pour nos deux amis de changer de camp, s’ils veulent finir cette aventure vivants…

Critique :
Pas besoin d’avoir fait West Point (célèbre académie militaire) pour savoir qu’une guerre est énergivore en argent mais surtout en vies humaines… Dont la matière première : les soldats !

Et les Américains n’ont pas envie d’aller à la souscription, pas envie de faire la guerre, pas envie de mourir et sont en colère contre le système de tirage au sort, surtout par le fait qu’avec 300$, on peut y échapper.

Autrement dit, seuls les riches peuvent échapper au carnage et y faire échapper leurs enfants.

La colère et la révolte gronde… Les gens sont mécontents, haineux…

♫ Il suffira d’une étincelle, D’un rien, d’un geste ♪ Il suffira d’une étincelle […] Allumer le feu ♫ Et faire danser les diables et les dieux […] Se libérer de nos chaînes, Lâcher le lion dans l’arène ♪

Et l’étincelle a eu lieu et le feu a pris. C’est une révolution ? Non, sergent Chesterfield, c’est une révolte… Et vaudrait pas mieux traîner en uniforme de l’armée !

Une fois de plus, le sergent Chesterfield manquera d’intelligence et d’esprit, sans le caporal Blutch, il aurait fini taillé en pièces détachées.

Les cons, ça ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnait et dans cette excellente aventure, Chesterfield sera plus con que con. Heureusement que le caporal Blutch compense et qu’il a de la suite dans les idées, lui.

Beaucoup de tensions dans cet album qui quitte les champs de bataille pour nous plonger dans le New-York de la guerre de Sécession, au moment d’une conscription et qui va nous faire vivre les émeutes de l’intérieur puisque nos deux amis vont se retrouver, sans le vouloir, parmi les émeutiers et obligés de faire pareil pour ne pas se faire repérer.

L’épisode de l’incendie de l’orphelinat Noir, Michael Mention en avait parlé dans « Manhattan Chaos » mais puisque cet album ne concerne que cette émeute là, nous aurons aussi, pêle-mêle,  des exactions contre les Noirs, les journaux, les commerçants, les églises, les bourgeois, bref, tout ce qui peut être rendu responsable de cette guerre puisque les véritables responsables ne sont pas sur place pour se prendre une volée de bois vert.

On ne le dit pas dans l’album, mais ce qui pourrait être pris pour du racisme envers les Noirs n’était en fait que de la peur de perdre son job ou de ne plus en trouver. En effet, de nombreux immigrants voyaient, dans les esclaves Noirs affranchis, des concurrents pour décrocher le peu d’emploi disponible.

De plus, les émeutiers considéraient les Noirs comme les responsables de cette guerre entre le Nord et le Sud, et leur en voulaient aussi pour cette raison.

Anybref, on a des réparties cinglantes, sarcastiques, ironiques et de l’humour, mais moins burlesque que d’habitude, même si, de par son comportement débile, Chesterfield sera l’instigateur de la plupart des gags et se prendra des coups, tel un Vyle Coyote poursuivant le Road Runner.

On rit, mais dans le fond, on a les tripes qui se serrent lorsqu’on voit les journalistes du Times sortir des mitrailleuses Gatling, achetées à l’armée, on a le cœur serré en voyant des commerçants innocents se faire piller et dépouiller, des innocents se faire agresser, violenter…

De l’humour, mais dans le fond, c’est un album assez dur, assez violent et les petits gags qui le parsèment font du bien car cela évite de se trouver face à une aventure à l’atmosphère plombée et lourde suite au comportement des émeutiers qui règlent leur compte avec tout ce qui leur passe sous le nez.

L’intervention de l’armée est aussi un moment fort. Non content d’être englué dans une guerre fratricide, les voilà obligés de tirer sur les leurs, sur des civils qui ont eu le tort de se rebeller contre des décisions injustes, inégales, alors qu’on dit se battre pour l’égalité de tout les citoyens, quelque soit leur couleur de peau.

Être riche a toujours été un truc en plus et cela a toujours permis aux friqués de s’en sortir… Si nous l’étions, nous ne rouspéterions pas.

Un album excellent, de la facture d’un Bull Run, avec un scénario qui ne laisse pas la place aux temps mort et des situations qui, pour une fois, ne se mordent pas la queue en tournant en rond sans savoir dans quelle direction le récit va partir.

— Vous n’allez quand même pas vous mettre à obéir aux ordres du premier imbécile venu !
—  C’est vrai, au début, c’est un peu difficile ! …et puis c’est une question de routine. Regardez, moi, depuis le temps !

Dommage qu’ils ne soient pas tous de cette facture là car on est dans du tout bon.

PS : les émeutes à New-York ont eu lieu du 13 au 16 juillet 1863.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°52 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.