La panthère des neiges : Sylvain Tesson

Titre : La panthère des neiges

Auteur : Sylvain Tesson
Édition : Gallimard (10/10/2019)

Résumé :
En 2018, Sylvain Tesson est invité par le photographe animalier Vincent Munier à observer aux confins du Tibet les derniers spécimens de la panthère des neiges.

Ces animaux discrets et très craintifs vivent sur un gigantesque plateau culminant à 5.000 m d’altitude, le Changtang.

Situé au Tibet septentrional et occidental, il s’étend sur environ 1.600 km, du Ladakh à la province du Qinghai, et il est habité par les nomades Changpas.

Sylvain Tesson décrit une sorte de savane africaine qui serait perchée à 4.000 mètres d’altitude, où l’on croise des troupeaux d’antilopes, des chèvres bleues, des hordes de yacks qui traversent de vastes étendues herbeuses où s’élèvent des dunes.

L’équipe s’enfonce toujours plus loin, se hissant à des hauteurs qui dépassent largement ce que nous connaissons en Europe.

À 5.000 m d’altitude s’ouvre le domaine de la panthère des neiges. Dans ce sanctuaire naturel totalement inhospitalier pour l’homme, le félin a trouvé les moyens de sa survie et de sa tranquillité.

Les conditions d’observation deviennent très difficiles, il faut parfois rester immobile pendant trente heures consécutives par -30° C pour apercevoir quelques minutes le passage majestueux de l’animal…

Critique :
La première fois que j’avais mis les pieds au Tibet, c’était avec Tintin et l’image du capitaine Haddock jurant en trouvant sa bouteille de whisky vide est toujours ancré dans ma mémoire.

Là, je viens d’y repartir avec Sylvain Tesson, je suis restée à l’affût avec d’autres, le tout par -30°, j’en ai eu froid mes mains, mes pieds, mais ça valait la peine de se les geler.

La panthère des neiges est en voie d’extinction, il n’en reste que 5.000 spécimens et si son alimentation vient à manquer, elle disparaîtra elle aussi. Dommage, je viens à peine de faire sa connaissance…

Le voyage était épique, froid, glacial, sans le whisky de ce bon vieux Haddock pour nous réchauffer mais ce qui m’a tenu chaud, c’est la plume de monsieur Tesson.

L’auteur a de la gouaille sur le plateau de La Grande Librairie mais il en a aussi sur le papier ! Utilisant des phrases qui ne sont ni simples, ni simplistes, l’auteur joue avec le français, le déroule sous nos pieds, tel un tapis rouge et c’est avec des yeux avides d’en lire plus que je l’ai dévoré en une courte soirée, telle une panthère des neiges affamée.

On pourrait croire qu’à plus de 5.000 mètres d’altitude, en frôlant les 6.000, même, il n’y aurait pas de vie dans ce désert de neige, de glace ou ce désert tout court.

Détrompons-nous, il y a de la vie, même si elle se cache pour mieux observer l’Homme qui parcourt ces montagnes et ces étendues désertiques. Et si Munier sait nous le montre avec ses jolies photos, Tesson, lui, nous l’explique de ses mots, avec brio.

Ce roman d’aventure, cette enquête policière à la recherche des traces de la panthère des neiges, c’est aussi un récit de patience, d’humilité, d’attente, qui aurait pu ne pas être récompensée car ils auraient pu rester à l’affût des jours et des jours et ne jamais la voir, elle qui sait si bien se camoufler et se fondre dans le décor.

C’est aussi un bon prétexte pour faire de l’introspection, puisque Sylvain Tesson, qui adore causer, devait se taire et observer le Maître Munier qui pense comme une bête afin de mieux la voir.

Si Sylvain dû se taire, ça ne l’empêcha pas de faire quelques calembours et aphorismes et ils ont eux le don de me faire sourire ou de me faire réagir à la Vérité qui s’étalait sous mes yeux.

La Terre avait été un musée sublime. Par malheur, l’homme n’était pas conservateur.

Plus qu’un roman magnifique, plus qu’un voyage éprouvant, plus qu’une quête d’un animal mythique, plus qu’un plaidoyer pour la sauvegarde des animaux – dont la panthère des neiges – c’est aussi un roman qui parle du respect d’autrui, autant de l’Humain que de l’Animal, de la capacité à se dépasser, à rester immobile, silencieux, à vivre dans un climat hostile et à aller à la rencontre des gens qui vivent dans ces montagnes.

Un roman qui donne envie de découvrir les livres de Vincent Munier et les très belles images qu’il a prise, sans oublier ses récits de photographe.

Le gouvernement chinois avait réalisé son vieux projet de contrôle du Tibet. Pékin ne s’occupait plus de pourchasser les moines. Pour tenir un espace, il existe un principe plus efficace que la coercition : le développement humanitaire et l’aménagement du territoire. L’État central apporte le confort, la rébellion s’éteint. En cas de jacquerie, les autorités se récrient : « Comment ? Un soulèvement ? Alors que nous bâtissons des écoles ? » Lénine avait expérimenté la méthode, cent ans plus tôt, avec son « électrification du pays ». Pékin avait choisi cette stratégie dès les années 80. La logorrhée de la Révolution avait laissé place à la logistique. L’objectif était similaire : l’emprise du milieu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°105.

11 réflexions au sujet de « La panthère des neiges : Sylvain Tesson »

  1. En lisant le titre je craignais que ce soit l’autobiographie d’une cougar racontant ses frasques érotiques et fantasmes à un jeune aide soignant dans sa maison de retraite pour les très vieux🙄… Bref moi l’année prochaine😱… Mais quand j’ai vu le nom de l’auteur j’ai compris qu’on était dans de l’exploration plus conventionnelle même si celui qui écrit l’est moins et veille à être moins chiant que Frison-Roche (me demandez pas pourquoi, les allergies c’est souvent provoqué par une exposition trop précoce à un allergène)… 😬

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    • PTDR ! Et bien non ! Tiens, ça me rapelle une blague, ça, la Cougar avec un amant au Sénégal !

      Une femme part sans son mari en vacances au Sénégal.
      A peine arrivée, elle fait la connaissance d’un noir très costaud, et après une nuit d’amour torride, elle lui demande :
      – Comment t’appelles tu ?
      – Je peux pas te le dire, répond le noir.

      Tous les soirs, ils se revoient, refont l’amour, et la femme pose toujours la même question, le noir donne toujours la même réponse.

      Un soir la femme dit :
      – C’est mon dernier jour, je rentre demain chez moi, tu pourrais bien me dire comment tu t’appelles ?
      – Je peux pas ,tu vas te moquer de moi, répond le noir.
      – Mais non, il n’y a pas de raison, insiste la femme.
      – Bien , je m’appelle Neige, dit le noir.

      Et la femme part d’un fou rire terrible, et le noir en colère lui dit :
      – Je savais bien que tu te foutrais de ma gueule.

      La femme lui répond :
      – C’est mon mari qui ne me croira jamais quand je lui dirai que j’ai eu 30 cm de neige tous les jours au Sénégal…

      Je n’ai jamais lu Frison-Roche, je l’ai toujours évité à l’école, lorsqu’il était dans les listes des livres à choisir pour les fiches de lecture de l’année. Jamais été tentée.

      Je ne connaissais pas Sylvain Tesson, c’est une fois de plus à cause de la grande librairie que je l’ai ajouté et lu ! mdr

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