La Bûche de Noël de Dame Ida

Et oui, cette année-là comme pour celles qui avaient précédé, Noël tombait encore avec une régularité déconcertante un 25 décembre.

Et si Dame Ida avait été stupide, amnésique ou précocement draguée par Al Zheimer (un fieffé salaud celui-là à son humble avis), les programmes télé qui diffusaient des niaiseries sentimentales en boucle sur l’esprit de Noël depuis la Toussaint, les illuminations aggravant le réchauffement climatique depuis le 15 Novembre, et l’incitation à consommer et à acheter tout un tas de trucs dont personne n’a besoin via à un matraquage publicitaire qui n’émeut aucune association de lutte contre le harcèlement, étaient là pour le lui rappeler.

Dame Ida avait dû quasiment se prostituer auprès du directeur de son supermarché pour dégoter des foies gras de canard frais à transformer en terrine, qu’elle stockait au congélateur en attendant la date fatidique, et braver les manifestations anti-Black-Friday pour se faire offrir un nouvel ordinateur en vue de remplacer celui qui après six ans de bons et loyaux services commençait à émettre des signes de grosse fatigue.

Dame Ida craignais d’ailleurs le pire… Si les associations d’activistes écolo-décroissant-anticapitalistes hurlaient à la sur consommation avec le Black Friday, qu’allait-il se passer dans les centres commerciaux pendant les weekends de décembre ?

Si on ajoutait à cela les grèves et manifestations que le président avait déclenchées en voulant réformer les retraites et rogner sur celles des fonctionnaires qui avaient soudainement très mal à l’anus puisque depuis des décennies on leur faisait avaler leurs salaires nettement inférieurs à ceux du privés et jamais revalorisés depuis les années 1980 en leur disant qu’ils seraient compensés par les meilleures retraites qu’on ne voulait plus leur laisser…

Heureusement Dame Ida était trop vieille (pour une fois que ça sert !) et trop proche de sa retraite pour être concernée par cette réforme léonine… Oui… Mais les zôtres ?

Bref… Décembre promettait de se transformer en guerre civile et l’esprit de Noël avec lequel les films américains nous gavent dès qu’on allume le poste semblait bien lointain.

D’autant que comme tous les ans Dame Ida devait secouer ses parents et sa belle-famille par les pieds pour savoir quand ils seraient disponibles pour fêter soit le réveillon, soit le 25 décembre avec les uns ou les autres, ce qui supposait un peu d’organisation car les indisponibilités respectives avaient toujours des effets domino se transformant en casse-têtes insolubles, même à l’acide sulfurique ou avec l’acidité gastrique que le stress de cette période ne manquait jamais d’occasionner dans les tripes de votre critique Agathesque préférée.

Au moins la question du qui veut quoi sous le sapin était-elle en train de se résoudre…

Toqué avait déjà eu sa nouvelle voiture de gros crâneur, l’exposant au risque de se faire poignarder dans le dos par Greta Thunberg… et qui de toute façon ne pouvait pas entrer dans le salon pour être mise sous le sapin du 25 décembre…

Choupinou allait avoir pour sa console la version 2020 de Mégamutilations, « Le jeu dont vous êtes le Bourreau », un nouvel écran pour son téléphone (qui avait mal résisté à un choc frontal avec le nez de sa sœur)…

La Pioupioute allait avoir elle aussi un nouvel écran pour son téléphone (qui avait mal supporté de se heurter avec le crâne de Choupinou), et une selle pour la licorne qu’elle envisageait de se faire offrir l’année suivante (si elle arrivait à faire expulser la voiture de son père du garage pour y caser sa licorne)…

Dame Ida avait trouvé un restau pour inviter Papy et Mamie à aller manger en amoureux en janvier en se partageant leur unique dentier (ben oui, on attend toujours que le président tienne ses promesses pour des prothèses dentaires accessibles à ceux qui sont trop vieux pour revendre leurs reins)…

Et trouvé sur le net des gélules amincissantes aux œufs de vers solitaires ainsi qu’un cactus bien piquant parfaits pour sa belle-mère… le cyanure n’étant hélas toujours pas en vente libre.

Alors c’est quoi Noël pour vous ? Des films cul-culs à la télé ? Une communion dans la foule qui se presse dans les Grands Temples de la Surconsommation, avec ses mythes illusoires (comme celui des bonnes affaires sachant que quoi qu’il arrive on se fait toujours enfler), ses rites (le boniment du vendeur, le produit qu’on emballe pendant que vous faites le code de la carte-bleue), sa musique assourdissante… etc ?

Une grosse bouffe avec des produits qu’on mange rarement et des gens qu’on n’est pas toujours si heureux de voir ? Ou le souvenir de la naissance d’un petit garçon dans une étable parce que personne ne voulait d’une femme enceinte dans son auberge, et promis à un avenir divin et terrible ?

Chacun voit minuit à sa porte comme il l’entend le 25 décembre ! N’étant pas adepte du culte de la consommation, ni du prosélytisme religieux sur le net, et préférant vous préserver de ses histoires de famille alambiquées, Dame Ida se bornera à ce qu’elle préfère dans la vie : la bouffe.

Si Molière faisait dire à son Avare qu’il faut manger pour vivre et non vivre pour manger… Soyez assurés que Dame Ida a appris à voler à son exemplaire de cette pièce, qui a dû atterrir dans une poubelle et dont plus personne n’a jamais entendu parler depuis.

Les foies gras étaient au frais… Prêts à cuire au bain-marie après un éveinage en règle et 24h de marinade au porto… Il ne restait donc plus qu’à faire le dessert !

La dinde ? Non… Dame Ida était trop grosse pour rentrer dans le four, et elle laissait à une autre convive le soin de se charger de trouver une autre grosse pièce à rôtir. Non mais ! Elle ne s’occuperait que du foie et du dessert !

Evidemment, Dame Ida avait longuement regardé la recette du Christmas Pudding maison mis à l’honneur par Agatha Raisin lors d’une de ses fêtes de Noël…

Mais eu égard au résultat et aux catastrophes répétitives de ses tentatives d’obtenir des scones dignes de ce nom, Dame Ida avait renoncé aux pâtisseries exotiques d’outre-manche… Surtout depuis qu’elle avait lu la composition de la fameuse Jelly qui lui donnait l’écœurante impression de bouger de la même façon que ses petits bourrelets quand elle enlevait ses sous-vêtements.

Or donc, elle referait son dessert fétiche des fêtes de Noël : sa bûche au chocolat hypercalorique qui après le foie gras, le saumon fumé et la dinde aux marrons vous colle au fond de votre lit pour une longue sieste digestive jusqu’au réveillon de la Saint Sylvestre.

Cette recette est tellement simple que si la Pioupioute et le Choupinou n’étaient pas des grosses feignasses, ils auraient pu la faire eux-mêmes !

Une recette tellement simple que la Mère Cocotte la méprise, vu qu’elle ne pourra humilier aucun concurrent du meilleur pâtisser avec, même si Sir Illignak serait tout à fait en droit de la trouver fondante et gourmande.

On est prête à pâtisser ? On s’est lavé les mains et on a enfilé le tablier ? C’est parfait ! Au boulot !

Pulvérisez 250g de boudoirs ou biscuits à la cuillère, et incorporez 250g de beurre fondu, ainsi que 5cl de rhum dans lequel vous avez délayé une dosette de café soluble. Jusque-là, ça va ? Vous suivez ? Oui… Vous suivez. Oui je sais… Le mélange à un aspect un peu chiasseux… Peu ragoutant… Mais ça va s’arranger…

Séparer les blancs et les jaunes de six œufs. Là… C’est plus technique, n’est-ce pas… Mais pas insurmontable n’est-ce pas ?

Au bain-marie, fondre 250g de chocolat à pâtisser et hors du feu, incorporer très vite les jaunes d’œufs petit à petit en faisant en sorte qu’ils ne cuisent pas… Et ajouter ça à la préparation précédente avec les boudoirs. C’est l’étape la plus risquée… mais… promis… on s’en sort. Là encore, c’est pas joli-joli… et avec le beurre qui a du mal à se mélanger au reste on se dit qu’on a tout foiré… Mais non… Ne vous laissez pas dégoûter par l’aspect du mélange… c’est normal… ça sera plus joli avec les étapes qui suivent.

Ensuite, montez les blancs en neige (même dans le meilleur pâtissier ils ne le font pas à la main, hein… alors pas de complexe, utilisez votre batteur et ça marchera tout seul). 

Incorporez délicatement les blancs au reste et verser la préparation dans un moule à cake. Mettez le moule une nuit au réfrigérateur pour que la bûche fige. Vous voyez ? C’est déjà plus joli, non ?

Pour faciliter le démoulage tapissez le fond du moule avec une bande de papier aluminium. Sinon… c’est galère.

Une fois démoulée vous constaterez qu’elle est irrégulière… donc faites des stries toutes aussi irrégulières  à la fourchette pour lui donner l’aspect du bois et saupoudrez là de cacao noir en poudre.

Vous pouvez la décorer avec les petits champignons au sucre du commerce, de la feuille d’or si vous êtes riches, voire avec un peu (pas trop) de sucre glace (avec une petite passette) pour faire croire qu’il a neigé… Laissez libre cours à votre imagination.

En fait… Cette bûche… Et bien c’est une grosse truffe géante au chocolat… Une version de Noël du 4 quarts (un quart boudoir, un quart beurre, un quart chocolat, un quart œuf), bien grasse et bien sucrée…

Et si vous n’avez pas bu tout le Sauterne avec le foie-gras… et bien il accompagnera parfaitement ce dessert.

Toquéfada aime bien noyer sa part de bûche de crème anglaise maison (c’est l’un des rare trucs qu’il fait avec son moelleux au chocolat appris de sa grand-mère)… Moi je trouve que ça rajoute trop de sucre… et que ça gâche la force du cacao… Chacun son goût.

En général personne n’en veut beaucoup après le repas de Noël… Et il en reste toujours pour le lendemain… Youpeeeee ! Pour le petit déjeuner ou le goûter ça marche très bien aussi… Avec une tasse de Lapsang-Souchong évidemment (Héhéhé… J’ai refait le plein…)!

Joyeux Noël et bonnes fêtes de fin d’année à toutes et à tous !