Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1971)

Résumé :
Jules César n’en démord pas : il faut mettre au pas les Irréductibles Gaulois ! Et puisque ces guerriers impénitents refusent d’adhérer à la civilisation romaine, elle s’imposera à eux, de gré ou de force.

C’est dans cette optique que l’architecte Anglaigus est chargé de bâtir autour du village gaulois une ville romaine nouvelle, « Le Domaine des dieux ».

Isolant les Gaulois, elle ne leur laissera plus d’autre choix que s’intégrer ou disparaître.

Pas sûr que les habitants de cette cité nouvelle apprécient le voisinage du « Village des fous »…

Critique :
♫ Promenons-nous dans les bois tant que les architectes romains n’y sont pas ♪ Si les romains y étaient, Idefix les mordrait ♪

Depuis cet album, tout le monde sait qu’Idéfix hurle à la mort quand on déracine un arbre et qu’il ne faut jamais parler sèchement à un Numide.

J’ai beau chercher mais lorsqu’on parle des albums d’Astérix de l’ère Goscinny, je n’arrive pas à en trouver un que je n’aime pas.

Petite, j’en avais, mais c’était parce que je les comprenais pas vraiment…

Dans cet album jouissif qui nous parle d’écologie, d’invasion passive et d’urbanisme sauvage, on joue à domicile.

Puisque Rome veut urbaniser sans concession nos Gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, on va leur apporter de force la civilisation ! Enfin, on va essayer…

Noyer une populace donnée dans une autre, plus importante… Une riche idée, n’est-il pas ? Elle fonctionne, on le sait. On perd une partie de son authenticité quand une minorité est noyée dans une majorité. On se romanise, on se civilise.

Et si on ne veut pas ? Alors, on résiste ! Mais pas facile de résister aux Romains quand il y a la liberté des esclaves en jeu. On voudrait continuer ad vitam æternam de faire repousser les arbres grâce à des glands magiques mais on ne respecterait pas les droits de ces derniers à qui on a promis la liberté une fois le chantier terminé.

— Vous nous empêchez de devenir des hommes libres, en nous empêchant d’achever le travail.

Pas évident non plus le dialogue social lorsqu’il y a contestation et autant nos esclaves que les légionnaires ont des revendications, même s’ils n’ont pas encore de ronds-points pour les faire valoir… Pourtant, tout le monde tourne en rond puisque les demandes des uns (les légionnaires) ne rencontrent jamais les accords des autres (leurs supérieurs).

Ça donnerait envie de CGT par les fenêtres (jeu de mot qui a déjà été fait depuis longtemps par Coluche).

Nos Gaulois sont toujours les mêmes et représentent bien la populace et sa manière d’agir : non on ne veut pas des Romains près de chez nous, mais quand ils viennent acheter des produits au village, le cours du poisson pas frais monte plus vite que son odeur de marée.

De l’humour, toujours de l’humour et des calembours ! La recette fonctionne toujours, le duo est rodé, les personnages bien en place avec leurs caractéristiques qui leur sont propres.

Mais au-delà du rire, ou dans le rire, on a aussi de la réflexion sur le fait de faire travailler plus les esclaves puisqu’on refait pousser la forêt… Sur le fait aussi que c’est le travail qui va les rendre libre… Sur le fait aussi qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils n’ont pas un autre job puisqu’ils sont esclaves de leur travail (et des Romains).

Un excellent album, avec de la profondeur et des sujets qui sont toujours d’actualité, car rien n’a changé, une fois de plus.

Un album qui fera rire les plus grands car ils comprendront mieux les subtilités des jeux de mots, les références à la vie réelle, le cynisme et les tacles du scénariste là où un enfant ne verra que les gags visuels.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°149.