Commissaire Kemal Fadil – Tome 2 – Le Désert ou la mer : Ahmed Tiab

Titre : Commissaire Kemal Fadil – Tome 2 – Le Désert ou la mer

Auteur : Ahmed Tiab
Édition : De l’aube (04/05/2016)

Résumé :
De jeunes gens miséreux dans les rues de Niamey. Des cadavres de migrants africains échoués sur les plages d’une Oran devenue tombeau des désespérés.

L’enquête mènera le commissaire Kémal Fadil au coeur d’une organisation de trafic d’êtres humains entre Maghreb et Europe. Sa route croisera l’histoire de son propre pays, toujours en proie à ses vieux démons, et celle d’une jeune femme, qui a laissé le sien – le Niger – derrière elle.

Lui essaie de démanteler une filière mortifère, avec l’aide de ses collègues marseillais. Elle se bat pour survivre et fuit une existence sans avenir.

La force de ce polar réside notamment dans ce double récit, celui de l’enquête du policier qui déroule les fils d’un système bien huilé et celui de la traversée, longue et douloureuse, d’un Sahara devenu théâtre où se jouent les destins, avec pour horizon le bleu de la Méditerranée.

Critique :
Pour une fois, je n’avais pas envie de commencer par le premier tome et tout compte fait, j’ai eu raison de lire le deuxième puisqu’il est antérieur au premier. Les cancres au fond de la classe suivent toujours ?

De l’Algérie, je ne connais rien de rien, si ce n’est les débordements lors de match de foot et la guerre, mais étant Belge, cela ne faisait pas partie de notre programme scolaire.

Mon image de ce pays était donc faussée ou limitée, il était temps de le voir sous un autre jour avec ce roman policier.

Le commissaire Kémal Fadil m’a tout de suite plu. Il n’a rien d’un super-héros, c’est juste un policier qui fait son boulot correctement et qui va au bout de ses enquêtes. Ok, c’est un super-héros tout compte fait.

Oubliez le cliché du flic alcoolo dépressif, notre Kémal a beau vivre avec sa mère et être célibataire, vivre sous le souvenir d’un père absent, il n’est pas un dépressif sévère, ni un barbu du cerveau.

Deux histoires se déroulent en parallèle dans ce roman : des migrants qui quittent une terre et une/ou une vie de misère et l’enquête de Kémal sur des migrants retrouvés noyés et échoués sur la plage.

Nos migrants, en provenance de Niamey, sont des personnages forts et entre la belle Fatou que l’auteur a tout de même préservée, Johnny le chrétien du Niger et Ali, le jeune tourmenté, on va vivre un périple que je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi.

Malgré tout, on sent que l’auteur s’est retenu, qu’il n’a pas été dans les pires atrocités commises par l’Homme sur l’Homme, comme s’il ne voulait pas appesantir son histoire ou qu’il a trouvé que c’était déjà assez bien glauque ainsi sans en rajouter.

Clairement, nous sommes dans un roman qui a tout d’un p’tit noir serré car l’Algérie n’est pas celle de la carte postale, l’auteur est critique envers son pays, son administration, sa population et tout le monde ne prend pour son grade, des passeurs à la grande muette.

Il a de l’émotion, dans ces pages, de l’amour pour les personnages, notamment les policiers qui enquêtent avec Kémal et dans les trois migrants cités plus haut.

Le récit est réaliste, humain, sans fioritures mais avec un style que l’on sent maîtrisé et une découpe des chapitres harmonieuses : on sent qu’on avance, que l’on progresse, mais l’auteur en garde tout de même sous la pédale.

Un récit tout en émotions, en harmonie, avec du cynisme, de l’Algérie telle qu’elle est, des ses problèmes administratifs, des galères de ses habitants et de la misère qui plombe l’Afrique et met ses ressortissants dans des situations tellement impossible qu’ils n’ont pas d’autre choix que de fuir, rêvant de l’Eldorado que sont nos pays.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°164 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°09].