La piste des ombres – Tome 3 – Les écorchés : Tiburce Oger

Titre : La piste des ombres – Tome 3 – Les écorchés

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger

Édition : Vents d’ouest (2002)

Résumé :
Hiver 1869. Le fugitif Natanaël Dumont vient d’enterrer celle qu’il aimait près des tombes de leurs deux bébés.

Depuis, maudissant les trois pierres sacrées en sa possession depuis l’enfance, il erre comme un vagabond à travers les immenses plaines enneigées du Dakota. Il sombrerait certainement dans la folie, mais le destin veut qu’il croise alors la piste d’un chasseur de bisons et ses écorcheurs.

Il va partager l’horreur et l’absurdité du massacre comme une rédemption et retrouver la force d’affronter la vie.

Renouant peu à peu avec une civilisation sordide qui s’étend, il rencontrera d’autres êtres meurtris avec lesquels il partagera un bout de chemin. « Betty Timberline », la jeune prostituée, lui redonnera peut-être même le goût de l’amour…

Le grand retour de « La Piste des Ombres », magnifique et envoûtant western fantastique.

Critique :
Non mais allo quoi ? J’ai un très bon tome 3, une histoire qui tient la route, et pas de parution du tome 4 à l’horizon alors qu’au départ, elle était prévue pour 5 tomes…

Bordel de dieu ! Je ne saurai donc jamais la fin de l’histoire puisqu’elle s’est arrêtée en 2002 ?

L’auteur a-t-il envie de torturer son lecteur autant qu’il torture son personnage phare, Natanaël Dumont ?

Parce qu’il n’est pas épargné, le pauvre, comme sa compagne le fut dans le tome précédent.

Ah ils voulaient vivre d’amour et d’eau fraîche ? Ah ils pensaient avoir la belle vie après leur fuite

Peau d’zob, la vie fut dure pour nos deux jeunes amoureux et les hivers rigoureux n’épargnent personne. Nathanaël vient encore d’en faire les frais avec un trou caché sous la neige… Bardaf, ce fut l’embardée.

Nathanaël, un personnage fort et fragile à la fois. Encore un enfant de par son âge, tout en étant un adulte vu les épreuves traversées.

La possession des pierres maudites qui ne veulent pas le quitter et dont il doit payer un lourd tribu l’empêche de s’emmerder et de vivre heureux.

Une scène de cet album m’a rappelée une autre, dans le film « Danse avec les loups » : celle des bisons massacrés juste pour leurs peaux et dont les chasseurs avaient laissé les carcasses pourrir au soleil…

Lorsque Nathanaël va quitter sa bicoque misérable après avoir enterré sa femme, il va croiser la route du chasseur nommé California Joe, tueur de bisons sans états d’âme, qui ne pense qu’à les tuer pour amasser la maximum de peaux et se faire un maximum de fric.

En quelques cases, on résume l’Homme Blanc, sa passion pour l’argent, pour la destruction, pour le fait qu’il ne pense pas à demain, ni au futur, ni aux autres…

— Regarde, Nat. Regarde cette splendeur et dis-moi ce que l’on fait là…
— On détruit… On détruit tout ce qu’on touche. Tout ce qui est pur et sauvage. Voilà ce qu’on fait les gars.
Ces bêtes sont magnifiques, libres et magnifiques… Et nous, la lie de la Terre, minables parasites, nous les massacrons sans vergogne.

— Regarde cette plaine, mon ami à la peau sombre. Hier les buffalos, aujourd’hui les loups… Et après ce sera notre tour. Les Blancs sont fous.

Dans ce tome, on s’écarte un tout petit peu de l’univers fantastique créé par les pierres maudites, même si elles sont toujours bien présentes, attachées à Nathanaël et toujours en demande de sang, de mort, de vies aspirées. C’est leur dû.

Un tome très far-west, avec des couleurs plus lumineuses, des couchers de soleil fabuleux, des écorcheurs de bison qui semblent, comme Nathanaël, ne pas être à leur place…

Une bédé sombre, dont je ne saurai sans doute jamais la fin (si j’aurais su, j’aurais pas venu, comme le disait si bien le petit Gibus), un personnage aussi écorché que les pauvres bisons dans la plaine mais qui, contrairement à eux, semble aller de l’avant pour prendre son destin en main et l’arrivée de nouveaux personnages donnent du souffle à cet album.

Un très bel album. Des beaux dessins, des couleurs chaudes, des personnages profonds, attachants, la vie au far-west dans toute son horreur, dans toute sa splendeur, un scénario et des textes profonds.

Quand la terre était jeune, un arc, une flèche et un fusil furent déposés devant deux hommes. Celui qui avait le droit de choisir le premier prit le fusil et devint l’homme blanc. L’autre, qui n’avait plus que l’arc et la flèche devint l’indien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°165, le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°10] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.