Retour à Palemoral – Les Shortbreads de Dame Ida

Depuis son passage éclair chez Dame Ida qui lui avait fait découvrir les délices de la tarte Tatin et de la machine à Nespresso pour lui faire oublier le désastre de ses scones de sconnasse, Herma Gesty, Nonagénaire Chapeautée cousue d’or et de diamants, à la tête d’une grande et célèbre famille et servant accessoirement de potiche nationale, était rentrée chez elle dans son 753 pièces londonien avec sa meute de corgis.

Elle avait voulu un instant échapper à son Philipp qui n’en fichait plus une et tournait en rond dans les allées du palais, qu’il donnait l’impression de hanter…

Et aux engueulades entre les deux pétasses roturières qui avaient épousé ses petits fils, l’une légèrement coincée qui se voulait encore plus confite dans l’amidon et la naphtaline que sa grand-mère Mary, et l’autre nouvelle riche arriviste qui rendait chèvre tout son personnel qui démissionnait à la chaîne, lui faisant presque regretter sa défunte ex-belle-fille, notoirement siphonnée.

À peine remise de son excursion française clandestine via le tunnel sous la Manche qu’elle avait pris en contre-sens dans sa Range-Rover, et du brouillon de l’ouvrage d’un certain Toquéfada sur l’art de convertir les anglicans au catholicisme à l’aide de tenailles et de brodequins dont Dame Ida lui avait présenté les meilleurs feuillets, Herma Gesty devait alors affronter un nouveau psychodrame familial.

La nouvelle riche arriviste avait enfin accouché et, plus personne ne se faisait d’illusions : ses caprices et son caractère de chiottes n’étaient pas dus à sa grossesse, mais semblaient être son état permanent qui était revenu sur le devant de la scène au grand galop comme il sied au naturel.

Pire encore, elle avait convaincu son petit-fils préféré, certes un peu gaffeur et espiègle sur les bords mais qui était toujours resté droit dans ses bottes d’officier et sacrifiant à ses devoirs, de quitter sa famille et de s’exiler dans un pays où l’hiver dure toujours et où les ours, les loups et les caribous bouffent les humains qui ont gelé comme des sorbets.

On avait plus vu ça depuis qu’une américaine deux fois divorcée avait conduit l’oncle notoirement paresseux d’Herma Gesty à une démission apocalyptique que l’on transforma en belle histoire d’amour pour mieux faire oublier les sympathies nazies du couple infernal et honteux.

Merde alors… En effet, les voici avec le moustachu

En annonçant leur intention de préférer l’exil à la presse de leur pays (oubliant qu’il y a la même partout à travers la planète) sur leur propre blog avant d’en parler à Herma Gesty, ils l’avaient publiquement humiliée, squeezant de façon claire et nette son rôle supposé de cheffe de famille aux yeux d’une nation entière qu’ils refusaient de servir alors qu’elle entretenait leur famille depuis des siècles.

Afin de ne pas perdre totalement la face, Herma Gesty fut forcée de déclarer qu’elle était ravie d’être heureuse d’être contente pour son petit fils et sa pouffe, et qu’elle les soutenait dans leur projet d’exil, alors que… tout le monde sait qu’elle ne veut même plus les voir en photo sur son bureau, le cadre argenté ayant fini au fond de la corbeille !

 

Sans parler du préjudice financier subi par les usines de porcelaine de Herma Gesty qui avait jeté au broyeur toutes les tasses à thé et soucoupe où les deux traîtres à la nation étaient encore en photo. Elles sont aujourd’hui interdites de vente et celles qui n’ont pas été mises au pilon sont devenues collector !

Message personnel : ne m’offrez JAMAIS ce truc kitch !

Évidemment Herma Gesty avait coupé les vivres à ces deux olibrius, qui d’ailleurs n’avaient pas besoin de ses sous pour survivre, mais comme Madâme avait des goûts de luxe et qu’il fallait empêcher les journalistes de l’approcher, son budget « gardes du corps » était plus que conséquent.

Bien fait pour eux. Après tout, oser se plaindre sans pudeur ni honte dans la presse et devant les caméras sur leur difficile vie d’héritiers d’une famille qui peut privatiser la police et l’armée de son pays, et qui a sa propre flotte et des propres avions pour voyager… sans parler des Rolls et des Bentley qu’ils ont préféré troquer pour de vulgaires Renault Méganes… et ça sans imaginer deux secondes que les gens qui les entretenaient n’ont même pas les moyens de consulter un médecin de leur choix… et n’ont pas d’assurance chômage digne de ce nom… N’est-ce pas n’avoir honte de rien et cracher dans la soupe ?

Herma Gesty était écœurée de tant d’ingratitude de la part de cette jeunesse, elle qui avait dû servir sous les drapeaux pendant la seconde guerre mondiale alors qu’elle n’avait pas leur âge !

Après tout… Quelle idée de se plaindre des journalistes et des photographes quand on a pour seule et unique fonction de faire de la représentation publique ! Et puis quelle hypocrite cette belle-petite-fille ! Quand elle jouait des scènes de sexe un peu chaude dans les séries qui l’avaient rendue célèbre, elle ne refusait pas que les caméras soient présentes, non ? Pfff…

 

C’est dépitée qu’Herma Gesty s’était retirée pour l’hiver à Pâlemoral.

Évidemment, le Phiphi était dans ses pattes, comme ses corgis… il bavait juste un peu plus qu’eux…

Mais Pâlemoral était assez grand pour qu’elle arrive à le perdre dans les couloirs, avant de se réfugier dans un grand salon bibliothèque où elle se faisait servir théière sur théière, le regard perdu dans le vague à sa fenêtre devant laquelle rien ne se passait jamais.

Après avoir dû passer en revue toutes les variétés de thés stockées à Pâlemoral, puis s’être fait réapprovisionner par train spécial en provenance de Fortnum & Mason , Herma Gesty finit par se dire que tout cela devenait terriblement ennuyeux et qu’un truc résistant sous la dent serait bienvenu…

Gardant un bon souvenir de la Tatin de Dame Ida, et se disant qu’ayant touché le fond de l’ennui et de la déprime elle n’était plus à ça près ! Elle pouvait bien rencontrer à nouveau cette étrange créature aux enfants si… spéciaux… À condition qu’elle vienne sans eux… et sans son époux pourfendeur d’hérétiques.

Quand de l’autre côté de la Manche Dame Ida reçu son invitation à aller œuvrer dans les cuisines d’Herma Gesty afin de prendre le thé avec elle, elle monta immédiatement dans la Rolls qui l’attendait en bas de chez elle, après avoir fourré au hasard quelques vêtements dans un sac.

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses, car son maillot de bain n’était pas spécialement utile l’hiver à Pâlemoral… Pas plus que son poncho des Andes…

Après s’être amusée à monter et descendre pendant une demi-heure la vitre de séparation d’avec le chauffeur qui ne comprenait pas un traître mot de français, Dame Ida finit par trouver le mini-bar.

La bouteille de champagne, et la bouteille de gin l’aidèrent à passer le temps du trajet sans qu’elle ne s’en aperçoive. C’est tout l’intérêt du coma éthylique.

Dame Ida fut ramenée à la vie par l’air glacial écossais qui s’engouffra dans la Rolls quand le chauffeur ouvrit la porte.

Dame Ida tituba jusqu’à la cuisine, soutenue par le chauffeur et un majordome assez coincé qui fit une drôle de grimace quand Dame Ida approcha sa bouche près de son oreille pour lui susurrer toutes les insanités qu’elle connaissait en anglais.

Affalée sur un tabouret et quasiment vautrée sur un plan de travail, Dame Ida, cuva pendant une ou deux heures prenant café sur café, et après une longue pause pipi elle était enfin opérationnelle.

Pâlemoral étant en Ecosse, Dame Ida ferait de la cuisine écossaise. Le haggis n’étant pas indiqué pour le thé, elle opta pour des Shortbreads écossais.

Après avoir mis ses fourneaux sur un thermostat de 160°, elle fit ramollir 200g de beurre salé , qu’elle battit avec 100g de sucre et deux sachets de sucre vanillé, avant d’y saupoudrer 300g de farine. Le mode pétrissage du robot ménager était parfait.

Puis elle mis la pâte entre deux feuilles de papier cuisson pour l’étaler sur une épaisseur de 1,5cm avant de piquer toute la surface à la fourchette et de couper des rectangles de 2cm sur 6cm, et de tout cuire 15mn au four sur une plaque en les séparant bien (ils gonflent un peu à la fin de la cuisson).

Ils doivent rester bien blonds et ne pas brûler… Ils sont encore mous à la sortie du four mais durcissent en refroidissant. Ne pas les toucher tant qu’ils ne sont pas froids…

Et vlan, on les dispose dans une assiette avec une bonne tasse de thé… Un Darjeeling ou un Earl Grey feront parfaitement l’affaire…

C’est avec grand plaisir qu’Herma Gesty accueilli Ida et les shortbreads venus égailler sa tasse de thé.

Elles se gavèrent méthodiquement de ces petits biscuits bien réconfortants et si nourrissant qu’ils en font oublier les scones…

Et ce, en disant pis que pendre sur la saltimbanque ingrate qui lui avait ravi son petit-fils chéri et voulait le faire mourir de froid dans une ancienne colonie polaire.

Dame Ida lui parla d’une patiente de Toquéfada qui avant d’être enfermée dans sa cave, pratiquait des envoûtements et jetait des sorts en invoquant les esprits et les démons.

Le genre de personnes dont on a toujours besoin afin de ne pas être une fois de plus accusée de faire assassiner une princesse gênante sous un pont…

Toqué n’était pas en manque de sorcière, et sa traque d’une certaine Brigitte, sorcière spécialisée dans l’envoûtement sexuel de dirigeants qu’elle plaçait sous son contrôle l’occupait assez.

Aussi, Toqué pourrait lui céder volontiers cette sorcière-là via la valise diplomatique et l’annulation des charges qu’il encourait pour enlèvement, séquestration et actes de barbarie.

Herma Gesty accepta l’offre, et c’est ainsi que Dame Ida devint fournisseuse officielle de Shortbreads d’Herma Gesty lors de ses séjours à Pâlemoral.

Et toc ! Bavez bande de jalouses !

PS : En PJ une photo de ma dernière fournée de shortbreads… Je te laisse le soin de trouver les autres illustrations! Et encore une fois… tu publies quand tu veux… ou pas! Mais si tu publies… Ne tarde pas trop… l’actualité risque d’être trop loin derrière nous dans trois mois!