Vers la sobriété heureuse : Pierre Rabhi

Titre : Vers la sobriété heureuse

Auteur : Pierre Rabhi
Édition : Babel (2013)

Résumé :
Pierre Rabbi a en effet vingt ans à la fin des années cinquante, lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu’ont largement commencé à dessiner sous ses yeux ce que l’on nommera plus tard les Trente Glorieuses.

Après avoir dans son enfance assisté en accéléré, dans le Sud algérien, au vertigineux basculement d’une pauvreté séculaire, mais laissant sa part à la vie, à une misère désespérante, il voit en France, aux champs comme à l’usine, l’homme s’aliéner au travail, à l’argent, invité à accepter une forme d’anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique, point de dogme intangible.

L’économie ? Ce n’est plus depuis longtemps qu’une pseudo-économie qui, au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l’humanité en déployant une vision à long terme, s’est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d’élever la prédation au rang de science.

Le lien filial et viscéral avec la nature est rompu ; elle n’est plus qu’un gisement de ressources à exploiter – et à épuiser.

Au fil des expériences de vie qui émaillent ce récit s’est imposée à Pierre Rabhi une évidence : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé « mondialisation ».

Ainsi pourrons-nous remettre l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, et redonner, enfin, au monde légèreté et saveur.

Critique :
J’avais déjà entendu parler de Pierre Rabhi, mais sans plus et, une fois de plus, c’est à cause (grâce ?) de La Grande Librairie que j’ai découvert ce monsieur qui prône une sobriété dans nos sociétés de consommation.

Sa manière de penser m’avait interpellée et je voulais découvrir au moins un de ses ouvrages.

Heureusement que j’ai eu le temps de faire du stock de livres avant le confinement… No sobriété dans mes livres.

Je consomme donc je suis… Voilà en quoi on a réussi à nous transformer, en bétail consommant tout et rien et pensant que si nous n’avons pas, nous n’existons pas.

Si l’esclavage a été aboli, il est toujours présent dans nos pays, sous une autre forme, mais le travail à la chaîne en est un bel exemple, ainsi que nos « colons » allant prôner le travail en usine dans des petits villages qui s’en sortaient très bien avant notre arrivée.

Pourrait-on être heureux avec moins ? C’est ce qu’affirme Pierre Rabhi et je suis tentée de le croire, l’abus nuisant en tout et la profusion de biens n’étant pas synonyme de vie heureuse.

Nos placards sont remplis, les congélateurs aussi et la même question se pose tous les jours : qu’est-ce qu’on mange ? suivie d’un soupir parce que nous ne savons pas.

Je me souviens de ce que Philippe Lambillon des « Carnets du bourlingueur » (RTBF, télé Belge) disait un jour en parlant des petites épiceries dans un pays dont j’ai oublié le nom. Il nous disait qu’il n’y avait que deux produits : du thon et un autre aliment. La question du que mange-t-on ne se posait même pas, là-bas. Bizarrement, lorsqu’il revenait chez lui, devant ses armoires remplie de victuailles, il ne savait que choisir.

Au travers des souvenirs de son enfance, prenant l’exemple de son père, forgeron heureux qui dû devenir ouvrier d’usine sans avoir d’autre choix, l’auteur nous parle des sociétés de consommation, de ces gens qui pensent tout savoir mieux que tout le monde et qui pousse les sociétés à consommer comme si la Terre était sans-fond, sans limite…

Basculant de l’agriculture raisonnée à l’éducation des enfants et au respect de la femme, j’ai eu l’impression que ce petit livre aurait pu avoir des pages de plus afin d’entrer dans les détails, d’étoffer certains passages et de ne pas laisser l’impression que l’auteur devait tout dire en 150 pages de récit.

Son essai est copieux, dense et malgré le peu de page, il ne se lit pas d’une traite car il faut laisse le temps au cerveau d’assimiler le tout, tout en poussant notre propre réflexion au sujet de ses messages.

Même si je l’ai trouvé un peu court, j’ai eu matière à nourrir mon cerveau, à me questionner, à regarder autour de moi, à penser au mur dans lequel nous avons déjà foncé tête baissée, me demandant s’il n’est déjà pas trop tard pour enrayer l’iceberg que nous avons déjà tamponné allègrement.

Pour l’auteur, cela semble encore possible mais on sent dans ses propos que cela ne peut se faire sans y aller franco et il ne souhaite pas que cela se fasse dans la violence.

Non, ce petit roman qui parle d’écologie, de vie durable, de respect de la nature, des animaux, des Hommes, des enfants, n’est pas un ouvrage de greenwashing qui veut tout peindre en vert pour se donner bonne conscience. Ses paroles sont sensées, ses idées ne sont pas révolutionnaires mais pleines de bon sens.

C’est un petit ouvrage où j’ai souligné bien des passages et qui doit être relu un peu plus tard, à tête plus reposée, sans se presser, afin d’en digérer toute la philosophie. Sans compter qu’il faut des couilles et que ce n’est pas facile de vivre dans la sobriété heureuse alors que nous sommes au milieu de société de consommation…

L’émission de François Busnel m’a déjà fait découvrir quelques pépites qui m’ont sorties de mes sentiers battus littéraires. Elle a enrichi mon esprit mais mon bankster ne lui dit pas merci ! mdr

PS : en cherchant des illustrations pour ma chronique, je suis tombée sur les trucs polémiques autour de l’homme et de ses fondations. Mais cela, j’en ai pris connaissance après ma lecture et après rédaction de ma critique. Les polémiques n’entreront donc pas en ligne de compte. Même Mère Theresa avait des casseroles au cul…

16 réflexions au sujet de « Vers la sobriété heureuse : Pierre Rabhi »

  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Avril 2020 | The Cannibal Lecteur

    • Comme je l’ai dit, je n’ai pas fait d’enquête sur l’homme, juste lu le livre et j’avais aimé sa manière de parler sur le plateau de LGL. Les évidences sont tellement évidents que bien des gens ne les voient plus, ou ne veulent pas les voir. On se dit « bah, je ne ferai qu’une croisière dans ma vie, alors, hein, je peux » mais comme des tas de gens se disent la même chose, tu as 36 super gros Titanic à Venise, dans les Fjords, dans des rochers… ah oui, celui-là est en train de couler…

      Au moins, j’ai varié mes lectures 😀

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      • Un collègue a fait une croisière : un enfer! Du bruits, de la musique à fond, boum boum toute la journée, des ponts/ piscines surpeuplés, de la viande soule à tous les étages… tu n’as accès qu’à tel restaurant et qu’entre telle et telle heure pour manger… et évidemment l’eau est payante genre 10 euros le litre… pour avoir une cabine avec fenêtre ça coûte une blinde et les cabines standard sans hublot sont d’un confort douteux… bref… ça fait pas envie du tout!!!! Alors quand on voit le désastre écologique que ça représente franchement, on devrait les interdire!

        Greta! Sors de mon corps!!!😁

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  2. De meme comme Ida, je ne consomme pas a outrance…mon seul plaisir reste les restos et petits cafes…autrement j’achete dans les friperies…..mais bon tu sais ce que j’en pense quand meme du bonhomme…on avait une bonne colonie allemande comme ca, avec les memes principes dans le sud du chili (et un bon film avec Emma Watson)…bref…non j’ai un peu de mal…;)

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  3. Moi j’ai jamais aimé consommer : je suis une fieffée radine! Chez moi smartphone doit être hs avant d’être changé… idem pour les ordis… les voitures… les maris… 80% de mes meubles sont de la récupération… et pour la bouffe… on évite les produits transformés (trop riches en sucres, sels et autres saloperies pour mon métabolisme délicat)… et j’ai visiblement bien élevé mes mioches sur un point (rassurez vous pas sur tous les points) : ils ne me réclament pas de fringues ou de chaussures de marque!

    Chuis une bon élève de la décroissance? 😁

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    • J’attends aussi que le smartphone commence à donner des gros signes de faiblesse avant de changer, je n’en suis d’ailleurs qu’à mon 2ème et le premier est encore utilisé, mais bon, garde-le branché à la prise si tu téléphones avec 😆 Je possède encore mes anciens PC portables, ils sont toujours fonctionnels, sur 3 pattes puisqu’en windows 7… On a changé la voiture qui avait 22 ans et sous la télé, c’est toujours le meuble qu’on m’avait donné lorsque je suis montée à la capitale, il y a 19 ans… Mon mari était encore sous garantie mais j’ai perdu le ticket de caisse depuis :/ Mes fringues sont utilisées jusqu’au trognon, et quand trop usées pour la ville, elles finissent leur vie à la campagne et parfois en loque à poussière…

      Ça va, on n’est pas les pire ! 😀

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