Il pleut sur Managua : Sergio Ramirez

Titre : Il pleut sur Managua

Auteur : Sergio Ramirez
Édition : Métailié (2011)
Édition Originale : El cielo llora por mí (2009)
Traduction : Roland Faye

Résumé :
Entre deux orages, Managua est traversée par des processions religieuses délirantes, des manifs de toubibs, des embouteillages monstres, au milieu des ruines du tremblement de terre de 1972, des bidonvilles et des quartiers chics.

La guérilla est loin désormais, on inaugure en grande pompe des stations-services rutilantes et les évangélistes vendent du savon miracle.

Les anciens guérilleros sont devenus flics, bandits, notables, employés, les trahisons vont bon train, et les narcos courent toujours.

Ce jour-là la Vierge de Fatima entre dans la ville, au son d’un orchestre de chicheros, escortée par les officiers de la police nicaraguayenne.

L’inspecteur Morales regarde la scène de son bureau de la plaza del Sol. Il est chargé d’enquêter sur un yacht abandonné à Laguna de Perlas, sans doute une histoire de narcos, et pas des moindres.

Flanqué d’un lieutenant cynique et d’une ex-guérillera coriace devenue femme de ménage, il traque les coupables avec sa Lada bleue et son P38 sur fond de chaos social et politique.

Ce polar féroce nous plonge dans une société désabusée qui ne sait plus à quel saint se vouer ; l’auteur multiplie les personnages hauts en couleur et les histoires troubles en maniant avec talent l’humour vache et la satire sociale.

Critique :
Le Nicaragua n’avait pas encore été tamponné sur mon passeport de lectrice endiablée et un Mois Espagnol & Sud Américain (chez ma copinaute Sharon) est une excellente occasion pour voyager confiné !

Nous sommes face à un polar, noir, bien entendu, il ne saurait en être autrement dans un pays qui a connu la guérilla et où les anciens guérilleros sont devenus flics, ou bandits, ou bien notables, employés aussi ou femme de ménage.

On se recycle où on peut, on garde son surnom de guerre et il n’est pas facile quand deux personnages se sont connus dans la guérilla et sont maintenant chacun à l’opposé l’un de l’autre (un flic et un voyou en col blanc).

L’inspecteur Morales est un ancien guérillero rattaché à la brigade des stups, souvent en contact avec les agents de la DEA et l’auteur nous fait bien comprendre que les gringos ne sont pas vus avec des yeux de velours car les Américains étant des gros consommateurs de drogues, leur pays est une plaque tournante pour tous ces produits qui se sniffent, s’injectent, se fument…

L’inspecteur Morales, c’est la nonchalance d’un Derrick avec la libido de Siffredi, sans les éclairs de clairvoyance d’un Columbo ! Ok, je force un peu le trait, mais il a des maîtresses et n’hésite pas à se farcir un témoin, mère de la victime et à draguer une infirmière peu après.

Et on ne peut pas dire que Morales courre partout comme un Jack Bauer, surtout qu’il a une patte folle. Ni qu’il a une équipe de flic de choc pour l’aider puisqu’il va se faire aider par Dona Sofia, la femme de ménage du commissariat (ancienne de la guérilla aussi) et Fanny, sa maîtresse… C’est vous dire comment ça bosse à Managua !

Durant l’enquête, l’auteur va nous brosser un portrait du Nicaragua, de la ville de Managua, de ses blessures, ses fêlures due aux guérillas et au tremblement de terre, de la corruption, le tout entrecoupé des vannes de nos deux flics, Morales et Lord Dixon, son pote policier qui enquêtera à ses côtés.

C’est une plume cynique que l’auteur utilise pour nous parler de son pays, de ces habitants, de ces mœurs, des paysages, des bidonvilles, des maisons huppées, des cartels de drogue, des flics corrompus, dans les hautes sphères. Une satire sociale assez grinçante où il vaut mieux éviter de se perdre dans tous les personnages aux multiples noms et surnoms.

À un moment donné, le récit semble s’enliser dans un banc de sable et là, j’ai ramé un peu pour continuer l’histoire qui, juste après, est repartie de plus belle.

Un roman noir à découvrir pour en savoir un peu plus sur un pays à genou, sur une révolution – caramba – encore ratée, sur une société fracturée entre pauvres et riches, pour découvrir un roman sociétal, sans fard ni mascara pour couvrir cette misère que d’autres ne voudraient pas voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°223 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 09].

 

 

29 réflexions au sujet de « Il pleut sur Managua : Sergio Ramirez »

  1. Ping : Bilan du mois espagnol et sud-américain de 2020 | deslivresetsharon

  2. Ping : Bilan Mensuel Livresque : Mai 2020 | The Cannibal Lecteur

  3. Ping : Bilan Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2020 ¡Olé! | The Cannibal Lecteur

        • Vanille, ou framboise. Amaretto, quand elle est bien faite, c’est super comme parfum 😛

          Je possède quelques tomes de la compagnie des glaces, son auteur est décédé depuis peu, je pense. Pas encore eu le temps de les lire :/

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          • Pour les glaces, c’est vanille, café. J’adore la dame blanche servie avec du chocolat chaud, du vrai chocolat 🍫😋
            Quant à La Compagnie des Glaces, c’est la faute à Pierre Faverolle 😂, suite au décès de l’écrivain et de la chronique lue chez Collectif Polar, pour le coup, la personne qui y a mis son avis et c’est pas dame Gé, j’ai vraiment été séduite par l’avis.

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            • Ah, je vois que c’est le même criminel qui a sévit chez toi !!! Un type dangereux, ce Pierre ! mdr

              À cause de lui, j’avais eu envie de lire les 2 premiers tomes pour découvrir.

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    • Non, vaut mieux pas… c’est de ma faute aussi, je choisis toujours, pour ton challenge, des romans durs, glaçants, horribles… Je devrais préconiser plutôt « les plages de sable fin d’Ibiza » ou « la reproduction des cornichons de mer à Malaga »….

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  4. Ping : Mois espagnol et sud-américain 2020 | deslivresetsharon

  5. Et lala il y avait une revolution depuis 2 ans…..le covid a sauve Ortega, l’ancien guerillo devenu president evangelique dictatorial……bref ce n’est pas fini pour le Nicaragua….bref tout un livre didonc

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    • Je ne savais rien du pays, le savoir ne m’a plongé dans la béatitude. Là, je suis au Mexique avec les disparitions inexpliquées et les E.T n’ont rien à voir… :/ Calderón…

      Le covid devrait éliminer tous ces dirigeants de merde et leur junte, mais ce serait trop demander et comme la nature a horreur du vide, d’autres salopards prendraient leur place… je suis dégoûtée.

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  6. En fait… tu peux me dire où sont les ilots de civilisation et d’état de droit en Amerique? Entre la dictature déguisée de Trump au nord et le gros bordel général au sud… pfff! C’est mieux de rester chez nous!!!

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    • Tu me laisses du temps pour chercher ??? :/

      Oui, mais je préfère encore la « dictature » d’un Trump que celle des dictateurs d’amérique du sud… Un mac-Rond à certains autres dirigeants de l’amérique du sud…

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