Jack l’Éventreur, les morts : André-François Ruaud et Julien Bétan

Titre : Jack l’Éventreur, les morts

Auteurs : André-François Ruaud et Julien Bétan
Édition : Les Moutons Electriques La bibliothèque rouge (2014)

Résumé :
D’août à décembre 1888, une série de meurtres de femmes ensanglanta l’East End de Londres. Bientôt, la presse s’empara du sujet et des lettres d’origine suspecte revendiquèrent les crimes au nom de Jack l’Éventreur. Un mythe était né.

Stupéfiant paradoxe que celui de crimes bien réels mais commis par un criminel fictif !

Jack l’Éventreur hante l’imaginaire, croisant la route de Sherlock Holmes et de l’Homme-éléphant, fructifiant dans la fiction policière comme au cinéma.

Plus de 125 ans après les crimes de Whitechapel, une plongée minutieuse dans les terreurs du Londres victorien, sur les traces d’une des plus grandes figures du Mal.

Critique :
Des théories sur l’identité de Jack The Ripper, j’en ai lu de toutes les sortes : des farfelues, des capillotractées, des dirigées, des plus sérieuses, des intéressantes, des intrigantes, des complotistes, des abusées, des holmésiennes…

Mais celle d’un criminel appartenant à la légende urbaine, on ne me l’avait pas encore faite !

Les auteurs, avant de nous parler des crimes vont nous faire visiter Londres, mais attention, pas celle des jolies cartes postales, pas celle des beaux quartiers : l’East End, le négatif du West End.

La misère, la crasse, le dénuement, la pauvreté, les conditions de travail inhumaines, bref, l’East End. On ajoutera une dose de smog, celui qui puait fort et qui tua bien des gens et le décor plus vrai que nature est planté.

Notons que les nuits des différents meurtres, il n’y avait pas de brouillard ! Ni de haut-de-forme dans les témoignages…

Petit inconvénient lorsque, sur le même mois, on a lu « London Noir », « Sherlock Holmes une vie » et qu’on enchaîne avec « Jack L’Éventreur, les morts », c’est qu’on retrouve des redites. Oui, des copiés-collés qui se trouvaient dans les autres ouvrages, notamment dans celui consacré à Londres ou Holmes.

Pas de plagiat puisque c’est le même auteur, mais ça donne cette horrible impression de déjà-lu. Bon, voyons le bon côté de la chose, à force de lire les même infos, je pourrais les retenir dans ma mémoire passoire.

C’est une étude complète et copieuse que les auteurs nous proposent car ils ne se contentent pas d’égrainer les dates, les lieux, noms des victimes mais ils dissèquent aussi la société victorienne et Londres.

L’autopsie est puante mais ça vaut le coup d’y mettre son nez afin de ne pas aller se coucher bête. Beaucoup de sujets passeront sur la table : les docks, la politique, les débuts de la police (son Histoire), le climat, l’industrie, la prostitution, la misère, le tueur au torse, la presse qui cherche le scoop…

Pour ceux qui aiment voir le Londres victorien sous un autre visage que celui du thé et des scones, c’est le pied.

Ensuite, maintenant que le décor est planté et que vous en savez plus sur l’East End, on va commencer à vous parler des victimes de 1888 en commençant par Emma Smith, juste avant Martha Tabram. Il est à noter qu’elles ne font pas partie des victimes canoniques mais il faut en tenir compte quand même.

Notez aussi que les auteurs ne vous proposeront pas un nom à la fin de leur ouvrage ! Mais le florilège des suspects est bien présent et les théories loufoques et farfelues seront passées au crible rapidement.

Leur but est de faire la biographie d’une grande figure populaire mythique, en dégageant les grands faites d’une vie de la gangue de la fiction. En essayant, comme pour leur autres ouvrages, de révéler une présence derrière le mythe littéraire, ils n’ont pu découvrir qu’une terrifiante absence.

Une fois de plus, c’est un ouvrage copieux qui se lit sur plusieurs jours, mais pas de trop car c’est addictif, sans pour autant avoir un scénario puisqu’il s’agit d’une étude. Peut-être devrait-il publier « Comment rendre des études intéressantes et addictives pour les lecteurs » pour en inspirer certains.

Un excellent ouvrage qui traînait depuis trop longtemps sur mes étagères et une fois de plus, shame on me car là, cet ouvrage va dans le trio de tête, aux côtés du « Le livre rouge de Jack L’éventreur » de Bourgouin (la polémique sur l’auteur et ses mensonges et un autre débat) et de « Jack l’éventreur démasqué – L’enquête définitive » de Sophie Herfort (la partie Historique consacrée aux meurtres, pour sa théorie, on valide ou pas).

PS : je n’ai pas pu découvrir pourquoi dans les autres ouvrages, l’auteur transformait le nom de Mary-Ann Nichols en Mary-Ann Nicholson.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°271 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Les Moutons Electriques Hélios (2018) – 176 pages (version poche)

 

Les enquêtes de Frère Athelstan – T01 – La galerie du rossignol : Paul Doherty

Titre : Les enquêtes de Frère Athelstan – T01 – La galerie du rossignol

Auteur : Paul Doherty
Édition : 10/18 Grands détectives (2013)
Édition Originale : The Nightingale Gallery (1991)
Traduction : Christiane Armandet & Anne Bruneau

Résumé :
Cette première enquête se déroule en 1377, au lendemain de la mort du fameux Prince Noir, bientôt suivi dans la tombe par son père, le roi Edouard III.

Alors que la couronne d’Angleterre tombe aux mains d’un enfant, le futur Richard II, les intrigues de la noblesse se succèdent et une terrible lutte de pouvoirs va déchirer le pays, entraînant la désapprobation de l’Eglise et des grands négociants de la capitale.

Après l’assassinat ignoble de l’un d’eux, quelques jours après le décès du roi, le coroner et frère Athelstan entrent en scène.

Leur mission va les mener des taudis de Whitefriars aux ors et aux fastes de la Cour.

Critique :
Vos oreilles ne saigneront pas car « La galerie du rossignol » n’est pas un nouveau récital du fameux Rossignol Milanais, mieux connu sous le nom de Bianca Castafiore.

Le rossignol de cette galerie n’a rien à voir non plus avec le petit oiseau d’un homme qui sifflerait chaque fois qu’une dame passe.

Mais comme le plancher de cette galerie grince, faisant penser à un chant de rossignol, va falloir en tenir compte si vous voulez aller tuer une personne en passant par cette galerie.

Le masque est conseillé pour lire ce roman, si possible avec une arrivée d’oxygène car en l’an de grâce 1377, tout le monde rote, pète, même à table, même devant un régent.

Ajoutez à cela la pestilence des corps qui ne voient pas souvent l’eau et encore moins le savon, les habits qui dégagent des senteurs aussi délicates que 20 chiens mouillés qui reséchent et des cadavres en putréfactions pendus à des gibets. Respirez un bon coup à fond et paf, vous mourrez étouffé !

Le temps me manque souvent pour lire tout ce que je voudrais lire et malheureusement, le enquêtes du frère Athelstan et du coroner Sir John Cranston en pâtissent en premier lieu. J’essaie au moins d’un lire un à chaque Mois Anglais car je les adore, ces deux enquêteurs atypiques.

Le Dominicain frère Athelstan est homme pieu, calme, posé, tandis que Sir John Cranston est ventripotent, gras, gros, a le gosier plus qu’en pente, s’endort partout, rote, pète, dit des gros mots. Gérard Depardieu serait parfait dans le rôle.

La force de cette saga tient dans ces deux personnages qui se complète malgré leurs différences et dans la description de l’Angleterre de 1377. Les bas-fonds sont présents, bien décrits, ne manque que l’odeur (heu, oubliez l’odeur, on s’en passera) et la dichotomie est bien faite avec le monde d’en haut, celui des nobles (qui ne sentent pas meilleur que ceux du Londres d’en bas).

On ne pourra pas reprocher à l’auteur de ne pas immerger ses lecteurs dans l’Histoire et de ne pas mettre le prix sur les décors qui sont plus vrais que nature. Je reproche parfois à certains livres d’être frileux sur l’époque où se déroule leurs romans, ici pas, l’auteur connait son sujet, il le maîtrise et nous le sert sans que cela soit indigeste ou mal mélangé.

Les romans ne sont pas fort épais, ils sont rythmés car l’auteur s’attache à nous montrer la vie de nos deux enquêteurs, leurs petites misères, les paroissiens qui se crêpent le chignon, les blessures secrètes de Cranston, sans que tout cela ne vienne briser le rythme de l’enquête. Toutes ces petites choses forment un tout que l’on dévore car il a du goût (et des odeurs).

Distrayant, amusant, odorant et les quelques touches d’humour ou de bisbrouilles entre nos deux personnages ajoutent du piment au récit, de la vie. C’est réaliste, tout simplement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°270 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Blake et Mortimer – Tome 21 – Le Serment des Cinq Lords : Yves Sente & André Juillard

Titre : Blake et Mortimer – Tome 21 – Le Serment des Cinq Lords

Scénariste : Yves Sente
Dessinateur : André Juillard

Édition : Blake et Mortimer (01/11/2012)

Résumé :
Cette nouvelle aventure de Blake et Mortimer conduit nos deux héros à Oxford.

L’Ashmolean Museum et sa célèbre collection archéologique est le théâtre de vols inexpliqués auxquels sont liés une série de meurtres tout aussi mystérieux.

Tels les héros d’Agatha Christie, Blake et Mortimer mènent l’enquête.

Yves Sente et André Juillard nous offrent une aventure dans la plus pure tradition des romans policiers britanniques.

Critique :
Se glisser dans les pantoufles d’un autre n’est jamais aisé car on a beau copier son trait, reprendre ses personnages, les connaître sur le bout des doigts, on n’est jamais dans la tête du père (ou mère) littéraire.

Pourtant, même si j’ai déjà vu mieux dans les dessinateurs qui ont repris la mise en image de nos deux compères, au moins, le scénario n’est pas bâclé et l’enquête est tout ce qu’il y a de plus terre à terre, sans élément fantastique, de SF ni d’Olrik (enfin des vacances).

Une enquête que n’aurait pas renié la Reine du Crime tant les atmosphères présentes dans ces pages sentent celles de ses romans.

Blake et Mortimer n’utiliseront jamais de smartphones et leur environnement restera à jamais figé dans les années 50, avec un petit air vieillot qui leur va comme un gant car c’est leur identité propre.

L’enquête est remplie de mystère car le lecteur a du mal à voir le rapport entre le vol de la valise d’un certain Thomas Edward Lawrence (en 1919) et les vols, 35 ans plus tard, à l’Ashmolean Museum, de pièces qui ne sont pas les plus rares, ni les plus chères.

Ajoutons une touche de mystère avec des silhouettes toutes vêtues de blanc, leur donnant des airs des fantômes, des lords qui meurent d’accidents qui n’en sont pas, un secret qu’ils sont les seuls à connaître et un Mortimer qui joue aux naïfs tandis qu’un Blake lui demande de se taire alors qu’il commençait à lui donnait un info importante.

Le scénariste nous sème des indices un peu partout, à nous de les prendre en compte ou pas, de les considérer comme importants ou comme étant de faux indices placés là pour faire accuser un autre…

J’avais capté assez vite qui était responsable des vols et il fallait être un anglais un peu trop confiant pour ne pas se rendre compte que cette personne jouait double jeu. Malgré tout, je n’avais pas tout trouvé et une partie des faits étaient inconnus de moi et sans l’intervention de Blake, je n’aurais jamais trouvé le pourquoi du comment.

Dans la neige froide et glacée, nos deux amis vont tenter de résoudre cette énigme et de trouver le ou les coupable(s) des crimes immondes, des vols bizarres et d’enfin savoir quel est ce foutu serment des 5 lords !

Sans révolutionner le polar, cette aventure se laisse lire avec plaisir, en prenant son temps pour regarder toutes les cases car malgré le fait que je sois moins fan de ce dessinateur (j’aimais mieux ceux de Ted Benoît), les décors foisonnent de détails et les paysages anglais, que ce soient ceux de la ville ou de la campagne, sont toujours un plaisir pour les yeux.

On ne révolutionne rien, mais dans les explications de Blake, à la fin, on se prend tout de même une douche froide avec un événement survenue durant sa jeunesse. La boucle est bouclée.

Un bon album qui est plus à réserver au nostalgiques de l’univers de Blake et Mortimer qui aiment lorsque l’action va à son aise, même si je soupçonne une injection d’EPO dans le dernier quart de l’aventure afin de clore cet album en 64 pages et non en 80…

Je ne l’avais jamais lu mais ce Mois Anglais était l’occasion idéale pour ressortir quelques albums de cette série et par la même occasion, d’en découvrir un jamais lu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°269 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).