L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : L’homme aux lèvres de saphir

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Noir (2004)

Résumé :
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau.

Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXème siècle, Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie inconnu.

Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que l’a vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Nul ne sortira indemne de cette rencontre.

Ce livre a reçu le grand prix du roman noir français au festival de Cognac 2005 et le prix mystère de la critique 2005.

Critique :
— Gamin ! Gamin ! Reviens gamin, c’est pour rire ! (C’est arrivé près de chez vous – extrait)

Moi j’aurais tendance à dire « Cours, gamin, cours » (Forrest Gump) car l’homme qui arrive derrière toi va te tuer parce que tu es blond…

Un assassin qui tue les blonds ? Gad Elmaleh, sans aucun doute.

Paris, en 1870, une époque trouble, des grèves, des ouvriers qui grognent, des socialistes – des vrais ! – qui émergent et un tueur en série qui joue du couteau sur les blondins, les éventrant et mettant en scène leur mort.

Ne cherchez plus l’identité du coupable, c’est Hervé Pujols. Poirot et Holmes peuvent aller se rhabiller car nous sommes dans un scénario à la Columbo : nous connaissons l’identité du coupable dès le départ, le but sera de mettre la main dessus (ou pas ?).

Copiant l’oeuvre non publiée de son ami Isidore Ducasse, les “Chants de Maldoror” que ce dernier à écrite sous le nom du Comte de Lautréamont, l’assassin sème des cadavres à tous vents et si la police est sur les dents, en fait, elle n’est nulle part car pour un inspecteur qui se casse le cul, les autres s’en foutent royalement car la police est corrompue jusqu’à la moelle (ou la bite, pour certains).

Connaître l’identité du tueur ne fut pas une entrave au suspense ou au mystère car c’est avant tout le portrait de la ville de Paris en 1870 qui est tiré et il n’est pas joli à voir. Oublions les cartes postales, on patauge dans le prolétariat, ici.

Ce roman policier historique est aussi un roman noir puisque le côté social est présent. La société ouvrière est mise en avant, bien décrite dans ses misères, ses rêves, ses combats, on a la montée du socialisme, le ras-le-bol de Napoléon III et l’envie folle d’une République.

Oublions les beaux quartiers, nous allons nous encanailler dans les caboulots (caberdouches si nous étions à Bruxelles), éclusant des bock de mauvaise bière, nous arpenterons les ruelles sombres, celles des bas-fonds, nous mettrons aussi les pieds dans un bordel avec tout son cortège de pauvres filles tenues de rembourser des dettes à leur proxénète ou à la mère maquerelle.

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, une fois de plus. Profitant de la misère et du besoin impérieux d’argent de tous ces crèves-la-faim qui sont venus à Paris et qui ont une famille à nourrir, les patrons ne se privent pas d’exploiter ces esclaves taillables et corvéables à merci.

Dans ce roman qui se dévore, le lecteur aura le plaisir de suivre plusieurs personnages dont certains seront des plus sympathiques.

Autant où j’ai bien aimé l’inspecteur basque (celui qui est intègre et qui bosse), autant où j’ai eu le coup de cœur pour Étienne et Fernand, ces deux ouvriers que la vie n’a pas épargnée. Leurs portraits sont des plus réalistes et il est difficile de ne pas s’attacher à eux.

Un roman policier noir et historique très bien construit, qui a du Zola dans ses pages ainsi que du Victor Hugo tant la misère des prolétaires est présente et que Paris a des airs d’une ville moyenâgeuse.

Un polar avec un serial-killer datant d’avant Jack The Ripper et qui est tout aussi violent que lui. Un polar noir, sombre, sanglant mais la plume gouailleuse de l’auteur, qui mêle l’argot de Paris dans les dialogues pour leur donner plus de vie, emporte le lecteur dans une autre époque et le voyage, s’il n’est pas de tout repos, est instructif et addictif.

Anybref, que les amateurs de Bisounours passent leur chemin…

Merci à ma copinaute Bianca qui m’a proposé cette LC. Le roman traînait dans ma biblio depuis novembre 2013, ticket de caisse coincé dedans comme preuve. Comme moi, elle a aimé sa lecture.

Extraits des Chants de Maldoror pour comprendre le titre et le coup du crabe tourteau :

Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage.

Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus. Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide !

 

Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°09].

 

Les archives secrètes de Sherlock Holmes – Tome 3 – Les adorateurs de Kâli : Frédéric Marniquet & Philippe Chanoinat

Titre : Les archives secrètes de Sherlock Holmes – Tome 3 – Les adorateurs de Kâli

Scénariste : Philippe Chanoinat
Dessinateur : Frédéric Marniquet

Édition : 12 bis (14/02/2013)

Résumé :
Le Général Collingwood, ancien héros de l’Armée des Indes qui s’est illustré par sa fermeté lors de la révolte des Cipayes en 1857, est retrouvé mort, dans sa propriété du Norfolk. Sherlock Holmes et son indissociable compagnon, le docteur Watson, sont chargés de mener l’enquête.

La victime semble avoir été étranglée selon le mode opératoire des cruels guerriers Thugs, cette secte sensée avoir été éradiquée depuis fort longtemps en Inde. Le défunt avait reçu, juste avant sa fin tragique, un inquiétant message portant la marque de Kâli, déesse de la mort.

Comment expliquer ce crime improbable en plein cœur de l’Angleterre Victorienne ? Une éventuelle vengeance 32 ans après la mutinerie des Cipayes ?

Sherlock Holmes et John Watson vont devoir, pour les besoins de l’enquête, embarquer pour les Indes avec pour guide et compagnon le grand écrivain Rudyard Kipling.

Critique :
Voilà un récit qui sent bon le dépaysement total puisque de l’Angleterre, nous irons en Inde, en compagnie de Holmes, Watson et de Kipling, à la poursuite de mystérieux tueurs qui étranglent leur victimes tels des Thugs.

Mes remontrances iront aux phylactères (les bulles) qui ne sont pas toujours reliés au bons personnages…

Un homme âgé, chauve à qui un autre homme âgé, mais chevelu, donne du « Watson » me fis penser que le pauvre docteur n’avait pas été avantagé dans la vieillesse et que, bizarrement, dans l’album précédent, il avait le même âge mais des cheveux…

Alors que je me demandais par quelle malédiction de l’Oréal Kérastase ou de Pétrole Hahn, Watson avait vu ses cheveux filer, je compris, quelques cases plus loin, que le phylactère n’avait pas été dirigé vers le bon personnage.

Une autre grosse erreur, bien plus loin, a lieu entre Holmes et un frangin de maharadja : la couleur de la tenue du frère change en une seule case, passant du gris à du blanc, comme le déguisement de Holmes (mais en plus riche niveau accessoires) ou alors, une fois de plus, on s’est embrouillé en plus dans les dialogues !

Erreur phylactère ou erreur habit et position. C’est maharadja qui parle (vu le dialogue), avec la couleur des habits de Holmes !! Plus faute frappe dans la bulle…

Autre petit détail énervant, c’est la petite crolle que le dessinateur rajoute au-dessus des têtes des personnages, lorsqu’ils semblent sous le coup d’une émotion. Un peu, ça va, mais trop, ça devient aussi lourd que les petites gouttelettes en auréole au-dessus des têtes, pour simuler l’étonnement.

Mon dernier râlement sera pour les dessins, que je n’aime toujours pas (une histoire de goût) mais le problème n’est dans les dessins en général mais dans certains détails en particuliers, dont les yeux et les dents, qui, parfois, font loucher les personnages ou leur donne un air débilitant.

Le sourire, tout en dent, bizarre et peu estétique

Holmes, avec ombre du nez qui fait comme une moustache, plus les yeux dont l’un semble vouloir partir vers le haut…

Anybref, malgré ces bémols qui ne devraient pas arriver dans une bédé (j’ai vu aussi une grosse faute d’accord), le reste est correct, même si on part un peu dans tous les sens.

On commence en 1857 au fort de Chandrapur, en Inde puis on passe en 1917, dans le Pas-De-Calais, en plein dans la Première Guerre Mondiale, avec Watson en médecin pour les militaires blessés avant de repartir en Inde, en 1889, aux travers des souvenirs de Watson et de l’enquête que Holmes mena là-bas, après l’avoir commencée en Angleterre, dans le Norfolk, tout de suite après avoir résolu l’affaire de la Ligue des Rouquins (vous avez le final dans la bédé).

Que votre passeport soit en règle, on voyagera dans le temps et dans l’espace. N’oubliez pas votre arme à feu, elle sera plus que nécessaire.

Il y avait du bon dans cette enquête, mais on en ressort avec la même impression que lorsqu’on a trop mangé : on est ballonné et incapable de se souvenir de tous les plats engloutis.

Ici, c’est la même chose… Entre les prémices de la révolte des Cipayes, Watson qui est à la guerre, qui repense à l’affaire, ce qui se déroule en Inde, le final de La Ligue des Rouquins, dont nous aurions pu nous passer, sauf à vouloir meubler…

Une fois arrivé à la dernière page de l’album, on doit réfléchir pour rassembler tout ce qu’on a lu et vu afin de se refaire le film de l’histoire, sans les détails parasites.

Ce n’est pas le pire, ce ne sera pas le meilleur, mais malgré tout, pas vraiment conquise par ce tome 3 qui donne l’impression que la série est en dent de scie depuis le début, avec des très bas, des plus haut, des bas… Et le tome 4, ça donnera quoi ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°08].

PS : je ne sais pas si c’est moi qui me fait des idées ou si c’est voulu, mais un personnage a des airs de l’acteur David Niven et un domestique m’a fait penser à Christopher Lee âgé.

David Niven ?

Une autre scène de l’album est aussi un copié-collé d’une scène de la Granada, dans « L’école du prieuré – The Priory School (Saison 2 – Épisode 6).

Dracula, L’ordre des dragons – Tome 1 – L’enfance d’un monstre : Serge Fino et Éric Corbeyran

Titre : Dracula, L’ordre des dragons – Tome 1 – L’enfance d’un monstre

Scénariste : Éric Corbeyran
Dessinateur : Serge Fino

Édition : Soleil 1800 (24/08/2011)

Résumé :
Juin 1899, Venise. Des crimes sanglants secouent la ville depuis maintenant plusieurs semaines.Les corps des victimes sont retrouvés vidés intégralement de leur sang. La medium Letizia Giordano, nièce du célèbre Arthur Conan Doyle, prête main-forte à une police totalement impuissante.

Letizia ne peut résoudre cette affaire seule, elle décide donc de se rendre à Londres auprès de son oncle.

Aux côtés de personnages illustres tels que Van Helsing, Lady Darmanson ou encore Bram Stocker, elle se lance à la poursuite du monstre. Ils connaissent son identité : Vlad Tepes plus connu sous le nom de Dracula.

La traque aux quatre coins du globe commence et tous s’interrogent : que s’est-il passé dans l’enfance de Dracula au XVe siècle pour qu’il soit devenu le monstre assoiffé de sang d’aujourd’hui ?

Critique :
Dracula, les vampires, c’est un mythe qu’on a vu et revu, mis à toutes les sauces, même en version girly…

Pouvait-on faire du neuf avec une légende aussi ancienne ? Quelque chose concernant les vampires n’avait-il pas encore été écrit ? Difficile d’innover.

Pourtant, cette bédé réussi à innover un peu sans pour autant casser les codes du vampirisme.

Comme en cuisine, on revisite la recette, on ajoute des éléments, on pimente un peu mais la base reste la même : un suceur de sang célèbre (non, pas l’impôt) et des personnages réels avec de ceux de fiction : Conan Doyle, Bram Stocker et Van Helsing.

Un Van Helsing qui ressemble furieusement à un Hugh Jackman en version « je fais grève de rasage » ou « pilosité exacerbée au visage car la pleine lune approche »… Au choix. Un Hugh Jackman en Wolverine, si vous préférez.

Comme souvent dans la collection « 1800 » des éditions Soleil, les dessins sont réalistes, le graphisme est soigné, les couleurs dans des tons beiges/bruns chauds.

Ce premier tome explore un peu l’enfance de Vlad car d’un enfant joyeux et bagarreur, joueur, il est devenu taciturne, en proie à des cauchemars et ensuite, un monstre assoiffé de sang. Explorer son enfance aidera à comprendre comment le vaincre, d’après un certain Sigmund Freud.

Vaincre l’Homme sous le vampire, ça change des chasses habituelles et du roman de Stocker.

On voyage, puisque l’on passera de l’Anatolie de l’ouest à Venise où ont lieu des crimes laissant les victimes exsangue, puis à Londres, dans l’Ordre du Dragon où nos chasseurs de vampires ont leur siège.

Sans pour autant revisiter le mythe de fond en comble, l’auteur nous propose une autre vision où se mélange les personnages réels et fictifs, les vampires, Dracula, Vlad Dracul et d’autres trucs pas très ragoûtant. Si les ingrédients de base sont présents, on change de méthode de cuisson et on ajoute des éléments.

On ne révolutionnera pas le mythe, mais ce premier album promet de belles choses qui, je l’espère, se concrétiseront dans le tome 2 qui devrait clore ce diptyque puisque je n’ai pas vu de tome 3 sur le Net…

Une fois de plus, je viens de faire une chouette découverte avec cet album dont j’avais loupé totalement la sortie en 2011 (on ne peut pas tout suivre non plus…).

PS : tiens, Bram Stocker, il n’était pas roux ? Si… Parce que là, il est blond !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°07].

Les miracles du bazar Namiya : Keigo Higashino

Titre : Les miracles du bazar Namiya

Auteur : Keigo Higashino
Édition : Actes Sud Exofictions (Janvier 2020)
Édition Originale : Namiya Zakkaten no Kiseki (2012)
Traduction : Sophie Refle

Résumé :
En 2012, après avoir commis un méfait, trois jeunes hommes se réfugient dans une vieille boutique abandonnée dans l’intention d’y rester jusqu’au lendemain.

Mais tard dans la nuit, l’un d’eux découvre une lettre, écrite 32 ans plus tôt et adressée à l’ancien propriétaire.

La boîte aux lettres semble étrangement connectée aux années 1980. Les trois garçons décident d’écrire une réponse à cette mystérieuse demande de conseil. Bientôt, d’autres lettres arrivent du passé.

L’espace d’une nuit, d’un voyage dans le temps, les trois garçons vont changer le destin de plusieurs personnes, et peut-être aussi bouleverser le leur.

Un miracle de roman fantastique, émouvant et profondément humaniste.

Critique :
À l’attention du bazar Namiya,

Il y a 8 ans, je vous avais demandé quel blog littéraire vous me conseilleriez de suivre, sur la Toile et vous m’aviez donné le conseil suivant :

« Suivez plusieurs blogs littéraires dont les rédacteurs/rédactrices sont d’un style différent de vos goûts littéraires afin d’agrandir vos horizons de lecture, d’augmenter votre capital découverte et d’exploser au maximum votre PAL ».

J’ai pris des abonnements à différents blogs, dont l’un était un blog qui se nommait ÉmOtionS, tenu par un certain Gruz qui avait Garfield en avatar.

C’est pour ce conseil judicieux que je voulais vous remercier car sans la chronique de ce Gruz, jamais de ma vie je n’aurais lu cette petite pépite littéraire qui conte l’histoire étrange de monsieur Namiya Yūji et de son bazar qui offre une réponse à tous les soucis qu’on lui exprime. Rigueur et discrétion assurées.

Mais ? Ne serait-ce pas votre histoire, ça, monsieur Namiya ? Vous que les crapuleux de votre strotje (« rue » en patois) nommaient « nayami » (qui veut dire « soucis » en japonais) ? (*) Quelle coïncidence…

Putain, quel roman mes aïeux ! Quelle pépite humaniste ! Quel roman fantastique qui joue avec le temps et les voyages que l’on peut faire dedans… Quel roman choral où tout se tient, où tout se rejoint, telle une Toile où tous les fils mènent au centre.

Comme je suis une lectrice qui doute, j’ai cru à un moment que tout le roman allait tourner autour de ses trois voyous qui, après un casse, se sont réfugiés dans le bazar Namiya, vide depuis des décennies et qui vont répondre aux lettres qu’on leur soumet, du passé.

L’auteur est confirmé, ce n’est pas un débutant, il sait très bien comment mener son bateau et à un moment, j’ai été plongée dans d’autres vies à tel point que j’ai réussi à oublier tout, même les 3 ados voyous du début.

Passer à un roman choral était une riche idée et petit à petit, j’ai commencé à entrevoir la toile tissée avec professionnalisme, rigueur, inventivité et humanisme. Il fallait que tout se tienne, que tout se recoupe et l’auteur y est arrivé avec brio.

Ce roman fantastique, il est magique, il fait un bien fou, c’est une pépite délicieuse, un bonbon acidulé qui pique à certains moments mais qui dégage ensuite un festival de goût qui explose dans la bouche.

Une lecture que j’ai regretté d’avoir terminé car je n’aurais rien eu contre un peu de rab… Une petite pépite que j’ai décidée de lire suite au billet de Gruz, sur son site ÉmOtionS parce que sans ce billet, jamais je n’aurais inscrit ce roman dans ma PAL.

(*) PS : certains pourraient se demander pourquoi je parle de crapuleux et de strotje,  dans ma chronique, mais c’est juste un petit hommage à madame Chapeau et à sa réplique célèbre dans la pièce de théâtre « Bossemans et Coppenolle » dont j’ai revu une partie l’autre jour. C’est une pièce bruxelloise dont les dialogues sont du patois de la capitale, le Brusseleir.

Une des répliques célèbres de Madame Chapeau (son surnom) dans la pièce est « Ça est les crapuleux de ma strotje qui m’ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux ! ». Amélie Van Beneden, de son nom, a été surnommée « Madame Chapeau » par les voyous de sa rue. Cette réplique comporte deux mots de Brusseleer, crapuleux (voyou) et strotje (rue). Madame Chapeau est toujours jouée par un homme travestit en femme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°06].

Madame Chapeau jouée par Jérôme De Warzée

Special Branch – Tome 4 – Londres rouge : Roger Seiter et Hamo

Titre : Special Branch – Tome 4 – Londres rouge

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Hamo

Édition : Glénat (08/01/2014)

Résumé :
Printemps 1892, Buffalo Bill et toute la troupe du Wild West Show débarquent à Londres pour plusieurs représentations. Charlotte et Robin Molton font partie des quelques privilégiés à avoir reçu une invitation pour le spectacle.

Mais leur plaisir sera de courte durée : un officier anglais, le capitaine James Paterson, est retrouvé mort transpercé d’une flèche Lakota et c’est évidemment l’un des Sioux de la troupe de Buffalo Bill qui est d’abord suspecté.

Mais les membres de la Special Branch ont suffisamment d’expérience pour savoir que, lorsqu’il s’agit d’un meurtre, il ne faut jamais se fier aux apparences…

Critique :
Hé ho, faudrait se remuer un peu le cul, à la Special Branch parce que là, ce sont les autres qui font le job à votre place.

James Paterson, un américain richissime, est retrouvé tué dans les écuries du Wild West Show, cloué au sol par une flèche et scalpé.

Les indices sont gros comme une maison et on retrouve même le scalp de Paterson dans le carquois d’un Lakota nommé Black Elk.

C’est bien l’une de ses flèches qui épinglait le cadavre au sol. Bref, une grosse flèche rouge désigne ce Lakota qui, en plus, a disparu. Pour moi, ça pue le coup fourré.

Heureusement que Buffalo Bill est un peu plus éveillé que les autres et leur fait comprendre que Black Elk est un Indien qui a un cerveau et que jamais de sa vie il ne laisserait autant de traces derrière lui.

La Special Branch le suit mais sans l’intervention de Lord Launceston, leur ami qui a intégré la Special Branch aussi et surtout, sans l’aide d’un gang adverse, jamais ils n’auraient trouvé les exécuteurs.

Quand au commanditaire, je l’ai trouvé de suite sans même chercher midi à quatorze heures. Trop facile.

Autant la première enquête avait pris son temps, était montée en intensité, autant celle-ci est trop dans la précipitation et le coup de pouce du destin. Là, c’est même plus que du gros coup de pouce…

Moi, à leur place, j’aurais été jouer à l’Euro Million tant la chance était de leur côté. Ou alors, tout le monde était cocu, vu la chance dont ils ont bénéficié…

Au rayon des autres bémols, je reparlerai des chevaux dessinés d’une manière pas très élégante, le pire étant pour les chevaux des Indiens dans le Wild West Show qui ont des têtes tellement épaisses et un gabarit tellement large qu’on dirait des chevaux de trait.

Dommage que ce tome soit trop dans la précipitation, que le coupable soit si facilement identifiable et que, sans aide extérieure du gang des Bambous Verts, nos enquêteurs de la Special Branch n’auraient jamais retrouvés les exécuteurs (et Black Elk non plus n’aurais pas retrouvé ces hommes).

Malgré tout, j’ai apprécié ma lecture et la découverte de cette série.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°05].

Au nom du Japon : Hirō Onoda

Titre : Au nom du Japon

Auteur : Hirō Onoda
Édition : La manufacture de livres (06/02/2020)
Édition Originale : Waga ruban shima no 30-nen sensō (1974)
Traduction : Sébastien Raizer

Résumé :
1945. La guerre est terminée, l’armistice est signé. Mais à ce moment précis, le jeune lieutenant Hirō Onoda, formé aux techniques de guérilla, est au cœur de la jungle sur l’île de Lubang dans les Philippines.

Avec trois autres hommes, il s’est retrouvé isolé des troupes à l’issue des combats.

Toute communication avec le reste du monde est coupée, les quatre Japonais sont cachés, prêts à se battre sans savoir que la paix est signée.

Au fil des années, les compagnons d’Hirō Onoda disparaîtront et il demeurera, seul, guérillero isolé en territoire philippin, incapable d’accepter l’idée inconcevable que les Japonais se soient rendus.

Pendant 29 ans, il survit dans la jungle. Pendant 29 ans il attend les ordres et il garde sa position. Pendant 29 ans, il mène sa guerre, au nom du Japon.

Ce récit incroyable est son histoire pour la première fois traduite en français. Une histoire d’honneur et d’engagement sans limite, de foi en l’âme supérieure d’une nation, une histoire de folie et survie.

Critique :
♫ C’est peut-être, Une goutte dans la mer ♪ Oui mais c’est sa raison d’être ♪ Sa raison d’être, sa raison d’être ♪

Défendre le Japon et accomplir sa mission, c’était la raison d’être du sous-lieutenant Hirō Onoda et tant qu’il n’aura pas reçu l’ordre d’arrêter, de la part du commandement, il continuera, envers et contre-tout, jusqu’au boutisme, même tout seul, jusqu’à l’abrutissement, à accomplir sa mission…

Maintenant, cette vie prenait fin, et j’étais brutalement privé de ma raison d’être.

Ce récit pourrait prêter à sourire tant Hirō Onoda refuse de voir la réalité : le Japon a perdu la guerre… Pour lui, dans sa conception d’esprit, tant qu’un Japonais sera vivant, le Japon ne se rendra pas. Parce que si le Japon s’est rendu, pour lui, c’est que TOUS les Japonais sont morts.

Hors, comme il est vivant, le Japon se bat toujours, il se bat toujours, même si ce qu’il accompli est une goutte d’eau dans la mer.

Je croyais sincèrement que le Japon ne se rendrait jamais, tant qu’un seul Japonais serait encore en vie. Et réciproquement, si un seul Japonais était encore en vie, le Japon ne pouvait s’être rendu.

Ou sa variante : « Qui a dit que nous avions perdu la guerre ? Les journaux prouvaient que c’était faux. Si nous avions perdu, tous les Japonais seraient morts. Le Japon n’existerait plus, sans même parler des journaux japonais. »

Non, ça ne donne pas du tout envie de rire ce jusqu’au-boutisme. Ça ferait plutôt peur de voir un soldat autant attaché à sa patrie, à son Empereur, aux commandements de ses supérieurs.

On lui a inculqué la formation de guerre secrète à Futamata et il est voué corps et âme à la mission qu’on lui a donnée : mener des actions de guerre non conventionnelles à Lubang, une île dans les Philippines.

Pour Hirō Onoda, un ordre est un ordre. Là où d’autres auraient abandonné, se carapatant vite fait bien fait, lui, il reste ! Et durant 30 ans, il va sillonner la jungle avec trois soldats, puis deux, puis un, puis plus que lui…

Dans cette jungle, en compagnie de deux autres soldats (un a déserté), Hirō Onoda se persuade (et persuade les autres) que tous les journaux qu’ils lisent, les émission des radio qu’ils écoutent, les messages qu’on leur envoie, les photos de leur famille qu’on leur dépose, les messages du frère d’Hirō, ne sont que de la propagande, de l’enfumage de cerveau, un vaste complot mis au point par les Américains.

Je le ferai ! Même si je ne trouve pas de noix de coco, même si je dois manger du chiendent, je le ferai ! Ce sont les ordres que j’ai reçus et je les mettrai à exécution !

Notre Hirō s’est créé un monde dans lequel il peut survivre puisque, pour lui, le Japon se bat toujours et n’a pas déclaré forfait. Il évolue dans une sorte de dystopie pour lui tout seul (et les deux autres qui sont resté avec) où tout ce qu’il apprend n’est qu’un grand complot mondial et, comme tout bon défenseur d’une théorie du complot, il fait feu de tout bois et tout est bon pour le conforter à son histoire, même si ça n’a aucun sens.

C’est un beau récit, car il est véridique, mais j’ai trouvé le ton assez froid. Alors que nous crapahutons dans la jungle, sous les pluies, crevant de faim, trempé, fatigué, les vêtements qui partent en lambeaux, que nous dormons au sol, que nous souffrons de la chaleur, et bien, je n’ai pas ressenti ces affres comme j’aurais voulu les ressentir.

Moi je voulais ressentir tout ça, avoir faim, sentir mes jambes fatiguer, le poids du sac durcir les muscles de mes épaules, la sueur devait me couler dans le dos, la pluie me faire frissonner… Ben non, la plume n’a pas réussi à me transmettre et à me faire ressentir ces sentiments, ces émotions.

Nous sommes face à un putain de récit, un truc de folie d’un soldat Japonais qui n’a pas « entendu » la réédition du Japon, qui se croit toujours en guerre, qui fait la guérilla durant 29 ans, qui est resté comme prisonnier du temps, bloqué en 1945 (même s’il sait à quelle date on est) et on ne ressent pas une osmose entre nous et le narrateur, ni avec les personnages secondaires ?

Nom de Zeus, c’est comme déguster un plat magnifique qui serait sans goût, sans explosion pour les papilles gustatives. Fade, presque. On le mange, parce qu’on veut savoir le pourquoi du comment, parce que c’est un récit qui mérite qu’on le lise, une histoire qui doit être connue, un témoignage qui doit être transmit, mais on le fait machinalement, sans que ça bouleverse.

Un récit hallucinant mais manquant cruellement de sel, d’épices, d’émotions. Cette magnifique histoire est desservie par l’écriture qui est trop froide et qui n’explore pas ce que Hirō Onoda a bien pu foutre durant 29 ans pour glaner des infos alors qu’il a tout de même loupé la plus importante de toute : le Japon a capitulé.

On a beau le lui dire sur tous les supports, il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas voir. Pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas entendre. Oui, je sais, j’ai mélangé les sens, mais c’est exprès. Na !

Il m’a manqué les émotions et ça me fend le coeur. Malgré tout, vu le récit hallucinant, c’est tout de même un roman à découvrir (ou une histoire à connaître).

 

Je n’ai pas eu les émotions que je voulais !

Victime 55 : James Delargy

Titre : Victime 55

Auteur : James Delargy
Édition : HarperCollins Noir (08/01/2020)
Édition Originale : 55 (2019)
Traduction : Maxime Shelledy et Souad Degachi

Résumé :
Une petite ville perdue en Australie. Un officier de police habitué à régler des petits problèmes de vie domestique et querelles de voisinage.

Un jour de canicule débarque un homme, couvert de sang. Gabriel déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial-killer. Le dénommé Heath a déjà tué 54 personnes. Gabriel est sa prochaine victime.

Quand la chasse à l’homme commence, ce même jour de canicule, débarque un deuxième homme. Heath est couvert de sang. Heath déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial killer, un certain Gabriel. Gabriel a déjà tué 54 personnes. Heath est sa prochaine victime.

Qui est le numéro 55 ?

Critique :
— On demande le N°55 ! Qui porte le numéro 55 ? Allez, soyez pas timide… C’est l’heure de vous faire assassiner.

Wilbrook est petite ville perdue dans le trou du cul de l’Australie et qui subit, de plein fouet, la canicule qui l’emballe (oui, c’est cochon quand on décale les sons).

C’est le genre de petite ville où il ne se passe rien, les policiers ayant plus à faire avec l’ivresse, les bagarres ou les violences conjugales.

Alors, quand un type (Gabriel) arrive dans un sale état en disant qu’il a réussi à prendre la fuite de la cabane d’un serial-killer qui allait en faire sa 55ème victime, ça réveille tout le monde à la maison poulaga.

Je sens déjà que ça grince des dents dans les chaumières : le serial-killer, encore lui ! Un sujet facile, passe-partout, mais terriblement casse-gueule, car on peut vite se prendre les pieds dans le tapis qui entoure le corps assassiné.

Pour cela, l’auteur a été malin et est sorti des sentiers battus en introduisant le personnage de Heat, qui arrive peu après chez les flics en répétant le même laïus que Gabriel : il a failli être la 55è victime d’un serial-killer.

Deux victimes le même jour ? C’est Noël ? Non, pire car chacune des victime accuse l’autre d’être le tueur en série. Qui de Healt ou de Gabriel est le tueur en série ?

L’idée est bonne de proposer des victimes qui pourraient être tueurs en même temps mais là, un autre écueil apparaît : comment tenir la distance ? À un moment, on ne risque pas de tourner en rond ?

Et bien non, on ne tournera pas en rond car l’auteur a eu assez de ressources que pour occuper son lecteur en lui faisant fumer le cerveau avec cette énigme (QUI ?) et cette enquête étrange qui ne prendra pas la grand-route mais les petits sentiers, le tout porté par des personnages sympathiques ou au contraire, énervants…

C’est là que le bât a le plus blessé : l’antagonisme entre Chandler, policier en chef de Wilbrook et Mitchell, son ancien meilleur ami, qui va venir superviser l’opération de recherche « Qui est un serial Killer ? ».

J’aurais aimé un peu plus de nuances dans ces deux personnages principaux, ces deux flics qui furent un jour des potes et qui maintenant, se déchirent.

Chandler est un personnage sympathique, un gentil (trop ?) qui doit baisser la tête devant Mitch, son supérieur hiérarchique et qui lui, est tout simplement imbuvable, à tel point qu’on aurait envie de le paumer dans le bush australien après lui avoir explosé la cervelle.

Un meilleur équilibre entre le flic sympa et le sale flic n’aurait pas été du luxe. Même si c’est un premier roman pour l’auteur, équilibrer les personnalités  de ces deux policiers aurait apporté plus de nuances. Nous avons tous connu des gens imbuvables comme Mitch, mais à la fin, leurs querelles incessantes deviennent lourdes et lassantes.

Pour les ambiances de désert sous la chaleur implacable, c’est tout bon, on s’y croirait. Les grandes étendues de l’outback australien, ses coins perdus, ses dangers qui se trouvent partout sous nos pieds… Sans oublier les bas-de-plafonds qui habitent dans les fermes aux alentours. On est bien servi à ce niveau-là.

Les alternances entre le présent (avec l’enquête) et le passé (les débuts de Chandler et Mitch en tant que policiers) bétonnent l’addiction au roman et malgré l’heure qui tournait et le fait qu’il fallait se lever le lendemain, j’ai poursuivi ma lecture car je voulais savoir laquelle de mes théories la plus farfelue était la bonne. Yes, j’en avais une qui était à moitié bonne.

L’identité du coupable, je l’avais trouvée. Par contre, son mobile m’a semblé un peu léger, ou du moins, déjà-vu trop de fois. Pourtant, l’auteur avait de l’idée car j’ai été bluffée avec la numérotation des victimes. Bien vu.

Le final, bourré du suspense, est capable de faire monter la tension à un moine bouddhiste zen en pleine méditation. Et après le chapitre 55, le tout dernier, celui qui met fin à l’histoire, il faut trouver le sommeil alors que ça tourne toujours dans la tête…

Un thriller qui aurait pu se louper avec le coup du serial-killer mais qui a eu la bonne idée de jouer sur le concept de deux victimes qui s’accusent l’une l’autre d’être le tueur, sans que l’on arrive à en démarquer une plus que l’autre, tout en partant dans une direction autre que celle attendue.

Au moins, on n’a pas l’impression de manger un plat réchauffé et trop souvent cuisiné, même si les ingrédients sont des grands classiques. Faudra juste penser à nuancer tous les personnages dans le roman suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°04].

Il était deux fois : Franck Thilliez

Titre : Il était deux fois

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Noir (04/06/2020)

Résumé :
En 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au coeur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato.

Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu’effrénée. Jusqu’à ce jour où ses pas le mènent à l’hôtel de la Falaise…

Là, le propriétaire lui donne accès à son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage.

Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s’endormir avant d’être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre… Dehors, il pleut des oiseaux morts.

Et cette scène a d’autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7.

Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu’on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu…

Critique :
Certains romans de Franck Thilliez devraient porter, comme les paquest de clopes, des mentions obligatoires telles que : « Peu nuire gravement à votre nuit », ou « Rend les mains moites et provoque une accélération cardiaque » ou « Fera fumer votre cerveau » ou « Peut entraîner une addiction sévère » ou « Attention, à ne pas emporter sur une plage, danger de ne pas voir la marée monter ».

À chaque roman, l’auteur met la barre plus haute et réussi à franchir l’obstacle avec maestria.

Là, Gabriel Moscato, lieutenant de gendarmerie s’endort dans la chambre 29, au deuxième étage et se réveille ensuite dans la chambre 7, au rez-de-chaussée.

Blague de potache ? Bizutage ? Somnambulisme ? Sauf qu’il s’est endormi en 2008 et qu’il se réveille en 2020… Coma ? Utilisation de la Delorean du doc Emmett Brown pour aller dans le futur ?

Thilliez surfe sur le fantastique mais comme Conan Doyle dans « Le chien des Baskerville », tout a une explication logique et scientifique. Malgré tout, on comprend que Gabriel flippe un max en comprenant qu’il a fait un bond de 12 ans.

Imaginez un l’horreur… Lorsque vous vous couchez, Barak Obama a toutes ses chances pour la présidence et lorsque vous vous réveillez, boum, il y a un excité à la mèche peroxydée qui twitte furieusement.

Pire, vous vous êtes endormi sous Sarkozy et bam, à votre réveil, vous êtes sous Macron… Et entre les deux, vous avez été sous Hollande et vous n’avez rien senti. Bien que votre vie sexuelle ne me regarde pas…

Sérieusement, je ne voudrais pas être le psy qui analysera un jour le contenu de la tête de Franck Thilliez ! Il doit avec de ces trucs de ouf, là-dedans…

Parce qu’à chaque roman, pour nous faire toujours plus fort, faut être un créateur fou, avoir une imagination des plus dingues (et logique) pour que toutes les pièces s’emboîtent dans chacun de ses romans ou sur deux romans, comme c’est le cas ici.

J’imagine l’auteur, devant son mur, gribouillant partout, faisant des flèches pour relier son grand projet, le tout avec des yeux fous, un sourire de pervers sadique aux lèvres, poussant un rire démoniaque, tel celui qui fini la chanson « Thriller » (de Michaël Jackson) car il sait que, une fois de plus, il va faire tourner en bourrique ses lecteurs, les rendre chèvre et nous ne demandons que ça !

L’auteur prend son temps pour placer son décor, une ville où vous n’auriez pas envie d’aller en vacances, de présenter ses personnages.

Gabriel, borderline, tigre féroce, bulldozer, qui te casse la gueule avant de te questionner après, têtu aussi et Paul, gendarme lui aussi, son collègue, très froid, qui cache ses sentiments mais qui va se dégeler au fur et à mesure. Ils sont humains, terriblement humain, ces deux hommes qui le cachent bien.

Si l’enquête commence elle aussi à son rythme, ensuite, elle s’accélère et là, plus moyen de poser le roman. Une fois de plus, j’ai surveillé la cuisson du dîner (midi) avec le roman posé non loin de moi…

Non content de vous faire monter l’adrénaline, Thilliez vous instruit aussi pour le même prix. Ne l’emportez pas sur une plage, vous ne verrez pas le temps passer et la marée vous submergera sans que vous en preniez conscience.

Le thriller de Thilliez, c’est un puzzle éparpillé qu’il va patiemment construire sous vos yeux et il faudra attendre la dernière pièce avant de voir l’oeuvre toute entière.

C’est tordu mais droit, tout est mélangé mais tout est logique, ça sent le fantastique mais c’est du rationnel. C’est un labyrinthe mais si vous suivez Thésée, vous arriverez à la sortie, le cœur battant à fond, les tripes retournées, le cerveau fumant, à cheval entre le plaisir de l’avoir lu (et de savoir) et la frustration de devoir attendre le suivant pour reprendre une dose de Thilliez.

Challenge Thrillers et Polars chez Sharon (du 10 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°03].

Regarder le noir : Collectif (sous la direction d’Yvan Fauth)

Titre : Regarder le noir

Auteurs : Collectif (sous la direction d’Yvan Fauth)
Édition : Belfond Noir (11/06/2020)

Résumé :
Douze auteurs prestigieux de noir sont ici réunis et, si chacun a son mode opératoire, le mot d’ordre est le même pour tous : que l’on ouvre grand les yeux au fil de récits qui jouent avec les différentes interprétations de la vision.

Dans ces nouvelles, ils ont donné libre cours à leur noire imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et une tension qui vous happeront dès les premiers mots… et jusqu’à la chute. Electrique et surprenant, ce recueil renferme onze expériences exceptionnelles de lecture.

N’ayez pas froid aux yeux, venez Regarder le noir.

Critique :
Les auteurs qui écrivent des nouvelles dansent sur une corde raide car l’exercice n’est jamais facile.

Le format de la nouvelle est frustrant et les lecteurs en voudraient toujours plus.

Il faut donc, en peu de pages, présenter, développer et finir son histoire, si possible sur un twist qui glace ou fige ses lecteurs.

Ma lecture précédente, « De mort lente » de Michaël Mention m’avait glacée jusqu’aux os et j’aurais peut-être dû lire un ancien « Oui-Oui va à la plage » avant d’ouvrir ce recueil de nouvelles Noires parce que l’histoire qui ouvre le bal (Regarder les voitures s’envoler), écrite par Olivier Norek, m’a retournée les tripes, glacée d’effroi et figée, le livre en main.

Monsieur Norek, il faudra un jour qu’on parle de cette sale habitude que vous avez prise avec les chats. Un félin vous aurait-il pissé dessus que vous les assassiniez de si cruelle manière dans vos récits ?? Dans ma kill-list, vous êtes en fluo, maintenant ! Mais je saurai reconnaître que votre histoire ne m’a pas frustrée car elle a un début, un développement et une fin excellente.

Déjà bien ébranlée, je me suis faite de nouveau secouer par l’histoire de Julie Ewa (Nuit d’acide)… J’avais vu venir le final, mais jusqu’au bout, j’avais espéré m’être trompée… Hélas, mon cynisme m’avait fait deviner juste et comme ceci n’est pas un recueil de nouvelles Bisounours, on va oublier les happy end qui seraient des plus malvenus.

Ma petite incursion dans une boîte de libertinage m’a fait sourire. Fred Mars nous offre une douceur bienvenue avec The Ox. Rassurez-vous, il y a du sang, un meurtre horrible mais à la fin, on a un grand sourire. Claire Favan, quant à elle, m’a surprise dans un univers où je ne l’attendais pas… Le post-apocalyptique.

Pour les autres nouvelles, si le noir est omniprésent, elles étaient moins glaçantes que les deux premières. L’art de la nouvelle étant dans la chute, les auteur(e)s ne se sont pas privés pour nous faire tomber, parfois de haut et toujours en traître. En littérature, c’est un sentiment puissant qu’on aime ressentir, qu’on recherche.

Mention spéciale à la nouvelle de Johana Gustawsson qui m’a prise par surprise, encore plus en traître. Je n’ai pas vu venir le coup… Joli ! Inattendu. À tel point que je l’ai relue pour voir si j’avais raté quelques chose dans le texte. Je n’avais rien raté mais on m’a fait voir ce que l’on voulait que je voie…

Autre mention aussi à la nouvelle écrite par Barbara Abel et Karine Giebel car je me suis creusée les méninges comme une folle pour tenter de trouver la solution et, si à un moment, un sourire béat s’est affiché sur ma face car « Héhéhé, mesdames, j’ai trouvé » et bien en fait, non, je n’avais rien capté et je me suis faite tacler une fois de plus. C’était vachard mais j’en reprendrais bien un peu.

Ellory, c’est toujours mon Amérique à moi même s’il est Anglais. Vicieuse, sa nouvelle et même si j’ai senti venir l’oignon, ce fut un régal à lire.

Des nouvelles glaçantes, noires, où la vision est à l’honneur, même si, les auteur(e)s ne se priveront pas de jouer avec votre vue et de vous faire voir, grâce à leur écriture, leurs mots, leur manière de raconter les histoires, ce qu’ils/elles veulent que vous voyiez, vous masquant la pointe effilée de la face cachée de l’iceberg, celui qui vous fera trébucher ou qui vous déchirera les entrailles.

Des histoires qui taclent. Préparez-vous à chuter, victime d’un coup en schmet que vous n’aurez pas vu venir car ici, tout le monde se coupe en quatre pour vous brouiller la vue et jouer avec elle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°02].

O. Norek – Regarder Les Voitures Voler : 5
J. Ewa – Nuit D’Acide : 5
F. Mars – The OX : 4.5
C. Favan – Le Mur : 3.5
R. Manzor – Demain : 4
A. Antoine – Transparente : 3,5
F. Papillon – Anaïs : 3,5
G. Perrin-Guillet – La Tache : 4
R.J. Ellory – Private Eye : 4,5
J. Gustawsson – Tout Contre Moi : 4,5
B. Abel & K. Giebel – Darkness : 4,5

De mort lente : Michaël Mention

Titre : De mort lente

Auteur : Michaël Mention
Édition : Stéphane Marsan (11/03/2020)

Résumé :
Ils sont partout, mais c’est un secret bien gardé. Dans votre nourriture, vos meubles, les jouets de vos enfants. Vous êtes empoisonné, mais vous ne le savez pas encore. Tant que leur degré de toxicité ne sera pas démontré, les perturbateurs endocriniens continueront de se répandre dans notre quotidien.

Il n’y a encore pas si longtemps, Marie, Nabil et leur fils étaient heureux. Philippe était un éminent scientifique. Franck était un journaliste réputé. Désormais, ils sont tous des victimes. Aucun d’eux n’est de taille à lutter contre le puissant lobby de l’industrie chimique. Tout ce qu’ils exigent, ce sont des réponses. Mais ils posent des questions de plus en plus gênantes…

C’est le début d’une guerre sans pitié, de Paris à Bruxelles, de la Bourse à la Commission européenne, où s’affrontent santé publique et intérêts privés.

Critique :
J’imagine bien un Top Chef où on demanderait aux candidats d’épicer leurs plats à grands coups de perturbateurs endocriniens, de rajouter un peu de PCB (polychlorobiphényles) pour le goût et de ne pas oublier d’assaisonner le tout avec une touche de bisphénol A…

Plus envie de saliver devant les plats ?

Et pourtant, nous bouffons ces saloperies sans même le savoir…

Des trucs qui ne nous disent rien car nommés PFC, PCB, BPA, PBDE, APE,…

Oui, vu d’ici, on dirait ma nièce de 6 mois qui babille… Il n’en est rien.

Si je devais chanter pour résumer le roman de Michaël Mention, je vous proposerais bien du Jacques Dutronc avec du ♫ On nous cache tout, on nous dit rien ♪

Mais au final, ce sera Nolwenn avec ♫ Glacée, oh, oh, glacée ♪ (on change un peu son « cassée »).

Oui, ce roman m’a glacée. Normal, on parle de perturbateurs endocriniens (des substances capables d’interférer avec notre système hormonal), ces petits tueurs que l’on ne voit pas, que Hercule Poirot ne saurait démasquer et qui nous tuent à petit feu.

Nous mourons de mort lente, mais tout va très bien madame la marquise.

Déjà que tous les mercredis, le « Conflit de Canard » (du Canard Enchaîné) me donne des sueurs froides, mais ici, ce fut pire : sueurs froides et mains moites.

Les manœuvres perfides des lobbys, véritables gangs aussi puissants qu’une mafia; la lenteur du système; les scientifiques qui mangent à tous les râteliers; la presse qui est subsidiée ou qui appartient à des grands patrons d’industries, qui n’est plus indépendante, tant elle est à la merci de l’argent des campagnes de pubs; certaines maladies qui augmentent, dans indifférence totale…

Tout comme moi, quelques personnages du roman morflaient déjà sévèrement (Nabil, Marie, Léonard, Franck, Philippe) dans le roman, mais ce qui m’a glacé plus que tout, ce furent les campagnes de bashing que durent subir certains personnages.

La pire des choses, surtout à l’heure des réseaux sociaux qui s’enflamment très vite, où tout se partage encore plus vite, tout le monde oubliant la présomption d’innocence et où l’on mise sur les émotions des gens et non sur leurs réflexions.

Propagande, tu n’as pas fini de vivre et d’enfler. C’est aussi dévastateur qu’une exécution musclée du gang des MS-13, le sang en moins. Après, on ne s’en relève jamais tout à fait.

Le roman de Michaël Mention parle d’un sujet difficile, que personne n’a envie de lire parce que la politique de l’autruche est plus simple et que de toute façon, après moi, les mouches…

Et pourtant, même avec un sujet rébarbatif au possible, l’auteur arrive à nous faire vibrer, à nous instruire, à nous faire peur, à nous faire vivre ce combat perdu d’avance entre David le citoyen lambda et Goliath, la grosse industrie qui se la joue comme un gang.

Les personnages font beaucoup, on s’y attache, on vibre avec eux, on s’insurge à leurs côtés, on vocifère, on a envie de hurler que « Putain, c’est trop injuste » et de dégommer certains méchants, qui sont réussis eux aussi, même s’ils sont toujours dans l’ombre et qui envoient leurs « hommes » faire le sale boulot.

C’est d’un réalisme saisissant, quasi un reportage journalistique, sauf que ce reportage est romancé pour faciliter son ingestion. Ne comptez pas le digérer, c’est de notre santé et de notre vie qu’il en est. Une fois de plus, l’auteur me marque au fer rouge.

L’écriture de Michaël Mention me plait toujours autant, elle est reconnaissable entre toutes, c’est sa patte : jamais barbante, toujours intéressante, brassant large, tapant sous la ceinture et tout le monde en prendra pour son grade dans notre société.

Comme quoi, on peut instruire les lecteurs sans les noyer sous les informations, les pousser à s’interroger, les entraîner dans une histoire glaçante, aux côtés de personnages qui, comme nous, vont en baver.

Des romans glaçants, j’en ai lu beaucoup. Même des plus horribles que celui-ci, de ceux qui ont terminé dans mon freezer, car trop éprouvant à lire.

La seule différence, c’est qu’ils se déroulaient loin de chez moi, soit dans des autres pays, soit dans une autre époque. Ça m’avait remué les tripes, mais je me sentais protégée par la distance ou le temps.

Ici, je ne puis me protéger, je suis dedans jusqu’au cou… Et vous aussi. Glaçant. Dérangeant. Angoissant. Du grand art.

Bon appétit, s’il nous en reste.

PS : Michaël, désolée, mais vu ce que tu as osé faire à Starsky, tu viens d’intégrer ma kill-list, aux côtés d’Olivier Norek (son utilisation du micro-onde n’est toujours pas pardonnée) et de Bernard Minier (la scène de « Glacé » dans la montagne n’est toujours pas digérée non plus). Il est des choses qui ne se font pas, même dans un roman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°01].

Pour mourir (lentement) moins bête… Mais on mourra quand même.

  • PFC (composés perfluorés) : s’accumulent dans les êtres vivants, causant des problèmes de développement et de la reproduction ainsi que des troubles du métabolisme. Ils sont cancérigènes et agissent sur les hormones thyroïdiennes.
  • PCB (polychlorobiphényles) : ils sont toxiques, écotoxiques et reprotoxiques (y compris à faible dose en tant que perturbateurs endocriniens). Ils sont classés comme cancérogènes probables.
  • BPA (bisphénol A) : Son écotoxicité est encore en débat, mais en juin 2017, après que le Canada l’a classé comme reprotoxique, le comité des États-membres de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé à l’unanimité le bisphénol A parmi les substances extrêmement préoccupantes du règlement REACh, en tant que perturbateur endocrinien.
  • PBDE (polybromodiphényléthers) : ils sont une suite de 209 produits chimiques bromés différents, dont certains sont ou ont été utilisés pour ignifuger les matières plastiques et les textiles. Ils ont aussi été utilisés à haute dose dans les années 1970 et 1980 pour l’extraction pétrolière. Plusieurs de leurs propriétés physiques rendent les composés de cette famille dangereux.
  • APE (éthoxyates d’alkylphénol) : En tant que composés xénobiotiques (c’est-à-dire en tant que molécule artificielle introduite dans l’environnement) ils sont considérés comme étant des perturbateurs endocriniens.