Meurtres à Atlanta : James Baldwin

Titre : Meurtres à Atlanta

Auteur : James Baldwin
Édition : Stock (19/02/2020)
Édition Originale : The Evidence of Things Not Seen (1985)
Traduction : James Bryant et Florence Noblet

Résumé :
Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants, tous âgés entre 7 et 16 ans, tous noirs, tous issus de familles pauvres sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.

En juin 1981, un Noir de 23 ans, Wayne Williams, est arrêté pour le meurtre de deux hommes. C’est le suspect idéal. Et c’est lui qui sera jugé, puis condamné à la prison à vie pour le meurtre des vingt-huit enfants, sans aucune preuve tangible.

Quand James Baldwin, qui s’est toujours senti du côté des plus faibles, est invité à écrire un livre sur les meurtres de ces enfants, il accepte. Après une enquête menée sur place, quatre ans après les événements, Baldwin ne conclut ni à la culpabilité de Williams, ni à son innocence. L’essentiel est ailleurs.

Le drame d’Atlanta agit en effet à la manière d’un révélateur et montre la limite des conquêtes du mouvement des droits civiques. Baldwin décrit une société déchirée par la haine et la peur, par la hantise raciale.

Trente-cinq ans après sa première publication, ce texte n’a rien perdu de sa force ni de sa modernité. Ni, tragiquement, de son actualité.

Critique :
Entre 1979 et 1981, 28 enfants sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.

Petites précisions importantes pour ce qui va suivre : tous étaient noirs et tous étaient issus de familles pauvres.

Ça va mieux situer les choses de connaître l’origine sociale et « raciale » de ces gamins (je n’aime pas le mot « racial » mais il prend tout son sens lorsqu’on lit le roman de Baldwin).

Si ces gamins avaient Blancs et issus d’une classe sociale moyenne ou élevée, les autorités auraient mis le paquet dès le premier disparu ou dès le premier corps sans vie retrouvé.

Ici, l’enquête piétine, on en parle très peu, jusqu’à ce qu’un homme Noir (Wayne Williams) soit arrêté. Il est accusé du meurtre de deux adultes et pourtant, on va lui coller l’assassinat de ces gamins sur le dos, alors qu’aucune preuve ne vient étayer cette accusation.

Le voici donc présumé coupable de 28 morts en plus… Sans qu’il y ait eu arrestation pour ce chef d’accusation. Sans qu’il y a ait des preuves concluantes qu’il ait assassiné ces 28 enfants. Un simulacre de procès aura lieu et le condamner « coupable » permettra de clore les dossiers et de les oublier ensuite. Bravo la justice…

Baldwin va utiliser cette affaire de meurtre et de simulacre de justice pour nous dresser un portrait peu flatteur de l’Amérique (qui est menteuse) et de la société Blanche qui la compose, qui prend les décisions, même si la ville d’Atlanta a un maire Noir. L’État est dirigé par des Blancs, le pays aussi.

La plume de Baldwin est trempée dans l’acide, il frappe dans les couilles de l’Amérique WASP (White Anglo-Saxon Protestant) qui se veut bien pensante, mais aussi dans celles de l’Europe. Il y met les formes mais certains auront besoin de glace posée sur les bijoux de famille pour atténuer la douleur.

Ce court roman/essai de 180 est bourré d’informations, de réflexions, d’Histoire et lorsqu’on arrive à la fin, on se retrouve un peu groggy tant on y a vu défiler de la misère, de la douleur, des peurs, du sang, de l’esclavage, Scarlett O’hara, de la ségrégation, des injustices…

L’intérêt du livre n’est pas tant de savoir si Wayne Williams est coupable ou pas, mais de voir comment la justice s’est arrangée avec les preuves, les témoignages, créant même un précédent dangereux.

Ce sera le fil rouge qui servira à Baldwin de faire un procès à charge contre l’Amérique, les Blancs, l’Europe, l’Angleterre et même la communauté Noire.

C’est un livre à lire et à relire, pour bien s’imprégner de tout ce que l’auteur écrit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°37].

25 réflexions au sujet de « Meurtres à Atlanta : James Baldwin »

    • Oui, c’est choquant, Baldwin sort le bazooka et tire lui aussi, mais il fait bien, avec intelligence, il autopsie la société américaine blanche. Et ça fait mal. Mais oui, le mec a morflé grave car s’il est sans doute coupable des deux meurtres d’adultes, il n’a rien à voir avec les 28 meurtres d’enfants !

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  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Août 2020 | The Cannibal Lecteur

  2. Oui ils en parlent dans Mindhunter…et ils disent bien aussi qu’il est surtout accuse de 2 meurtres…..pas de tous….et HBO en a fait un documentaire, j’avoue ne pas l’avoir vu….en tout cas c’est un dossier qui revient « a la mode »…mais terrible….

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    • Absolument ! C’est exactement la même chose qui m’est venue en tête en lisant le billet de Belette. Un vrai scandale cette affaire: si ça avait été des enfants blancs la police aurait réagi dès le premier! Dans MindHunter on n nous laisse entendre qu’ils ont coffré le bon mais… la seule chose sui aurait répondu clairement aurait été de savoir si les disparitions des ont cessé après.

      Après tout dans cette affaire comme dans celle de Jack l’Eventreur rien ne prouve avec certitude que les crimes étaient le fait d’une seule personne…

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      • Toujours pas lu et vu Mindhunter… ici, avec les 28 crimes, on a des morts données de manières différentes : des strangulations, noyades, des non trouvées, bref, ça donne l’impression que si c’est le même tueur, il a expérimenté toutes les manières de donner la mort…

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        • Il est dans une ville Blanche, un état Blanc, une région Blanche, un pays Blanc… Sa place ne devait pas être facile, attendu au tournant et sans doute accusé d’être partisan avec les gens de la même couleur que lui… Tu connais comme moi les commentaires pourris que les Blancs peuvent dire à des gens Noirs, à des femmes aussi. Dès que tu n’es pas un homme Blanc au pouvoir, on t’attend à tous les tournants et on te balance à la gueule ce qu’on ne dirait jamais à un mec blanc au pouvoir.

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    • Oui, il a été arrêté pour 2 meurtres, de personnes adultes et il n’a jamais été arrêté pour les 28 meurtres d’enfants, on les lui a collé sur le dos de manière illégale, injuste et qui fait froid dans le dos car nous ne sommes pas en Corée du Nord, en Chine, dans un pays où la Charia est loi ou dans une république tyrannique, mais aux États-Unis !

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      • Un pays où on te dit quand on t’arrête : « tout ce que vous pourrez dire pourra être retenu contre vous dans un tribunal » déjà ça fait froid dans le dos et présume d’un système judiciaire accusatoire ou c’est au prévenu de prouver qu’il est innocent et plus au procureur d’apporter la preuve de la culpabilité ! Franchement ça ne donne pas envie de vivre là bas! On a l’impression d’avoir autant à craindre des flics que des criminels!!!

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        • Officiellement, même chez nous, c’est à l’accusation qu’incombe la charge de la preuve, mais parfois, je me pose des questions…

          Pour le procès, l’accusé était Noir, les victimes aussi, donc, on ne s’embarrasse pas des preuves, on lui met tout sur le dos et ensuite, on peut aller boire une bière avec la satisfaction du travail accompli. Ça fait froid dans le dos… Idem quand on revoit le procès d’Outreau ou avec Patrick Dils. C’était lui « je voulais juste rentrer chez moi » ? Honteux quand on y pense bien.

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