Six-coups – Tome 2 – Les marchands de plomb : Anne-Claire Thibault-Jouvray et Jérôme Jouvray

Titre : Six-coups – Tome 2 – Les marchands de plomb

Scénaristes : Anne-Claire Thibault-Jouvray et Jérôme Jouvray
Dessinateur : Jérôme Jouvray

Édition : Dupuis (2020)

Résumé :
Pauvre Eliot, déjà que son père le shérif l’oblige à porter un revolver du haut de ses 10 ans, le voici maintenant nommé adjoint et affublé d’une étoile.

Dans une ville où la moindre embrouille de saloon finit en duel, l’arrivée de monsieur Johnson met le feu aux poudres.

Ce riche armurier sans scrupules alimente la peur pour vendre sa camelote jusqu’à armer les enfants à l’école.

Une comédie western à la fois décalée et engagée pour réfléchir sur le problème des armes et de la violence.

Critique :
Comment parler du danger des armes à feu de manière amusante ?

Cette bédé y est arrivée avec brio, avec humour et sans que le lecteur ne s’embête car il y a du rythme et intelligent.

Les lobbys des armes sont prêts à tout pour vous en vendre et les auteurs nous le prouvent d’une manière très drôle, très simple, mais si juste.

Pas de manichéisme dans les deux camps (les pro et les contre), tout le monde aura la parole et pourra y aller de sa petite phrase assassine ou encourageante sur ce qu’il/elle pense des armes à feu.

Ce deuxième tome met en avant les femmes, ces épouses qui, pour leurs hommes doivent rester à leurs fourneaux et ne pas faire de vagues, ne pas se mêler des armes et surtout, ne pas gêner le commerce de monsieur Johnson qui vend des armes pour tout le monde et qui n’hésite pas à corrompre le maire ou le shérif.

Un récit dynamique, où le pauvre Eliot ne sait plus trop où donner de la tête, lui qui, à 10 ans, est obligé de porter un revolver parce que père, le shérif, l’oblige et qui, maintenant, est devenu adjoint et doit récupérer Albert le braqueur qui tente de s’évader…

C’est une bédé jeunesse mais qui aborde des thèmes pour les adultes là où les enfants ne verront que du burlesque. Double lecture.

Si vous voulez vous amuser un peu avec le marketing sauvage, les malversations, la corruption, le séduction, les magouilles afin de vous pousser à acheter des armes, les pendaisons publiques, la justice qui fait n’importe quoi, le shérif qui n’écoute jamais son fils, le women power, le tout sur un ton jamais moralisateur, n’hésitez plus !

Une chouette bédé western pour les plus jeunes mais pas que puisque les adultes peuvent la lire car sous le couvert du burlesque et de l’humour, les messages sont intelligents et bien mis en scène.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°43] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.

De beaux jours à venir : Megan Kruse

Titre : De beaux jours à venir

Auteur : Megan Kruse
Édition : Denoël (2016)/ 10/18 (2018)
Édition Originale : Call Me Home (2015)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Depuis des années, Amy subit la violence de Gary. Jusqu’au jour où elle reçoit le coup de trop et décide de s’enfuir avec ses deux enfants, Jackson, dix-huit ans, et Lydia, treize ans.

Premier arrêt au Starlight, motel crasseux qui va leur servir de refuge. Tous les trois s’endorment sereins et soulagés, mais au petit matin Jackson a disparu.

Croyant gagner l’amour d’un père qui le rejette, il est retourné chez eux et a trahi sa mère et sa sœur en révélant à Gary l’adresse du motel.

Amy se rend alors à l’évidence : si elle veut assurer sa sécurité et celle de Lydia, elle va devoir abandonner son fils.

Cette séparation brise le cœur de la petite fille, très attachée à ce frère doux et différent.

Jackson, de son côté, doit désormais se débrouiller seul, tiraillé entre la recherche désespérée de l’amour paternel, sa culpabilité et sa difficulté à gérer son homosexualité naissante.

Critique :
Les romans qui traitent des violences conjugales doivent éviter de sombrer dans le pathos, sous peine de rebuter ses lecteurs, mais il faut aussi éviter un ton trop froid qui empêcherait à ce même lecteur de ressentir des émotions.

Le bon équilibre n’est jamais facile à atteindre, sans compter que deux lecteurs peuvent ressentir des émotions très différentes à la lecture du même roman.

L’histoire d’Amy est une histoire banale, comme d’autres filles ont vécu : on tombe amoureuse d’un garçon, il dit nous aimer et vouloir notre bonheur, le mariage a lieu rapidement et le mec emmène sa dulcinée dans un autre état, la coupant de sa famille, de ses amis…

Et il faut du temps à la fille amoureuse pour se réveiller et se rendre compte que son beau chevalier au mille promesses était, dès le départ, un enfoiré de première, un pervers narcissique à la main lourde mais qu’elle n’a rien vu. Amy fait partie de ces femmes qui doivent vivre avec un homme violent tout en protégeant ses deux enfants.

Le récit est choral, Amy, l’épouse, prendra la parole, mais aussi ses deux enfants, Lidya (13 ans) et Jackson (18 ans) qui, chacun à leur tour, nous raconteront ce qu’ils ont vécu auprès de Gary, ce père violent qui frappe leur mère et qui dénigre son fils, car il est homosexuel.

Récit qui s’articulera aussi sur une ligne du temps, passant du présent avec la fuite d’Amy au passé, quand Gary a commencé à être violent et à leur rencontre où le lecteur, s’il est attentif, comprendra qu’aller avec Gary, c’était jouer le mauvais cheval.

Je me suis attachée aux personnages, à cette Amy qui un jour a su prendre le taureau par les cornes et s’enfuir, plusieurs fois, puisqu’il y a eu des loupés et que Gary est venu le reprendre tous les trois. Jackson est à la recherche de son identité, il aime son père, il ferait tout pour un regard aimant de lui, quitte à trahir sa mère et sa petite soeur, qui l’adore mais qui a compris que leur père était hautement toxique et dangereux.

Les doutes, les peurs, les angoisses que Gary les retrouve, la violence latente ou qui explose, les errances de Jackson, tout ça est bien décrit, c’est profond, travaillé, réaliste.

Hélas, il y a des plâtrées de longs paragraphes constitués de descriptions qui rendent le texte très lourd à certains moments et très long à lire. Heureusement que ce n’était pas à chaque chapitre sinon j’aurais jeté l’éponge.

Un roman noir qui nous parle de l’Amérique profonde, de celle qui vit dans un mobile-homme, de la précarité du travail, de l’argent qui ne rentre pas, de la violence ordinaire, de l’homosexualité mal vécue à cause du regard des autres et de leurs quolibets, de la prostitution masculine et de l’amour grandiose qui fini dévastateur.

Hélas, quelques longueurs dans des descriptions ont rendu le récit lourd. Heureusement qu’il y en avait peu, de langueurs, car le reste du roman est assez fluide et la plume est belle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°41] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.