La Culasse de l’enfer : Tom Franklin

Titre : La Culasse de l’enfer

Auteur : Tom Franklin
Édition : Livre de Poche (2007)
Édition Originale : Hell at the Breech (2003)
Traduction : François Lasquin et Lise Dufaux

Résumé :
1897. Dans un coin reculé de l’Alabama, un homme est assassiné dans d’étranges circonstances. Pour le venger, ses proches forment une société secrète, « La Culasse de l’enfer », décidée à rendre sa propre justice.

S’engage dès lors, entre les métayers blancs et les propriétaires fonciers des villes voisines, une guerre fratricide où il n’y a ni innocents ni coupables, mais du sang et de la douleur…

À partir d’un fait historique, Tom Franklin déploie une magnifique fresque romanesque, sociale, policière et humaine. Un récit âpre qui explore les replis obscurs de l’âme.

Critique :
Comment une connerie de gamins peut dégénérer en tuerie généralisée…

Une attaque qui tourne mal, un coup qui part tout seul et l’homme, un marchand prospère, s’effondre sous les yeux atterrés des deux gamins.

Le cousin de l’épicier prospère monte alors un gang, composé des métayers du coin car, pour lui, les coupables sont ceux de la ville, les notables, ceux qui les regardent de haut, qui les font crever à petit feu, qui les saignent par toutes les veines.

Une fois de plus, nous sommes loin de La petite maison dans la prairie.

Pas envie de chanter ♫ Sweet home Alabama ♪ car si l’Alabama n’est pas tendre, ses habitants ne le sont pas non plus.

Tom Franklin est un excellent conteur, il prend le temps de placer l’action, ses personnages, de planter les décors, le tout avec des faits de la vie de tous les jours.

Sans même que l’on s’en rende compte, on a l’impression, au fil de notre lecture, de tout savoir sur les habitants « cul-terreux » du bled de Mitcham Beat, comté de Clarke, Alabama.

Les notables tiennent leurs métayer par la peau de la bourse car chaque année les paysans doivent emprunter de l’argent pour arriver à mener à bien leurs récoltes. Un cercle vicieux.

L’auteur s’est servi des faits réels pour son roman, tout en les transformant : il situe son action plus tard et ajoute ses propres personnages, mêlés à ceux qui ont réellement existé.

Le drame se jouera sous nos yeux et il faudra attendre la fin du roman pour en voir toute l’étendue sordide. C’était déjà glauque et là, ça le deviendra encore plus. On en ressort lessivé et essoré.

Sans que l’auteur ait porté un jugement sur tel ou tel personnages ! Non, lui il s’est contenté de nous les présenter, de leur donner vie, de leur donner une profondeur, même dans les personnages secondaires. Tous sont ambigus, personne n’est tout blanc, ni tout noir. Tout le monde est réaliste.

Ce qui est le plus glaçant, ce n’est pas tellement le braquage de l’épicier qui vire au drame, ni même son cousin qui monte un gang pour se défendre, mais la manière dont cela va tourner au vinaigre, à la vendetta personnelle car dès qu’un homme a un fusil ou un revolver entre les mains, ça dégénère.

Comme dans les bonbons Kiss Cool, il y aura un double effet glaçant lorsque le juge réunira des anciens soldats, des notables, pour se mettre en chasse de la bande qui met la région à feu et à sang… À se demander qui sont les salopards dans tout cela, les métayers ou les notables…

Nous avions vécu des injustices, dans ce récit, elles continueront, prouvant que les notables, une fois armés, n’ont pas plus de discernement que les culs-terreux et mêmes les innocents feront les frais de leur fausse justice au vrai airs de vendetta.

Ce roman western arrive à jongler habillement avec l’action et la sociologie, nous offrant un récit glaçant, réaliste, où le lecteur aura sans cesse le cul entre deux chaises tant les personnages sont ambigus mais pas toujours dépourvu d’humanité.

Un roman brut, une plume magnifique et des événements qui vont s’enchaîner lentement mais inexorablement, comme après la chute d’un premier domino qui va avoir des conséquences terribles pour tous ceux qui les touchent de près ou de loin.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°59] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

26 réflexions au sujet de « La Culasse de l’enfer : Tom Franklin »

  1. Ping : Billet récapitulatif – Le mois américain 2020 | Plaisirs à cultiver

        • Quand on vend des armes dans une banque, faut pas s’étonner d’avoir des emmerdes ! Quand on vend des armes de guerre avec des chargeurs énormes, faut pas s’étonne non plus que des gamins fassent des cartons dans les écoles ! Avec un pistolet ou un revolver contenant 6/8 ou 12 balles, tu fais moins de dégâts puisque tu dois recharger….

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            • Entre port d’arme autorisé et un gamin pouvant acheter une arme, des armes de guerre vendues au Leclerc du coin, ça fait une différence… Les Nordiques sont plus « calmes » que la moyenne, eux, après un massacre, ils prennent le temps de faire leur deuil et ensuite de réfléchir aux actions à entreprendre. Chez nous, un enculé assassine une baby sitteuse, le gamin qu’elle garde et une autre personne, et on te nique la constitution en obligeant les belges à apporter leurs armes, mêmes celles héritées légalement, même la pétoire de Waterloo, même celles achetées légalement… Le truand, lui, il reste armé…

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              • Oui mais a la fin c’est l’homme qui tire et tue…donc c’est lui qui prend quand meme la decision….c’est meme legal aux States…au vue des « bavures » policieres dernierement….

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                • L’arme en elle-même ne prend pas la décision de tirer, l’Homme est derrière elle, mais s’il n’en avait pas eu une entre les mains, la face du monde eut été changée… À ce niveau-là, ce ne sont plus des bavures mais des meurtres car tirer à bout portant dans le dos d’un homme désarmé, c’est être lâche, fou, assassin, bref, à retirer du service. Je peux comprendre un flic qui panique devant un type armé lui aussi, mais là…

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    • OUI !! Je bosse pour les Rouges d’URSS et je suis payée pour souligner tous les travers de l’Amérique ! En fait, le Mois Américain est sponsorisé par les Russes… PTDR

      Je te laisse, on sonne à ma porte….

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