Blueberry – Tome 20 – La tribu fantôme : Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 20 – La tribu fantôme

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Éditions : Hachette (1982) / Dupuis Repérages (1992) / Dargaud (2003)

Résumé :
Blueberry a réussi à s’évader avec la complicité de Mc Clure, Red Neck, Chihuahua Pearl et des Navajos, dont Vittorio, leur chef, et Chini, la fille de Cochise.

C’est envers ces derniers que Blueberry a une dette: en effet, Cochise et les anciens végètent toujours dans la réserve que leur ont laissé les soldats Américains, et les rigueurs de l’hiver approchent.

Sortir de la réserve n’est pas un problème, mais survivre clandestinement pour rallier la frontière Mexicaine tout en échappant à l’armée des États-Unis, voilà le nouveau challenge que va relever le Lieutenant Blueberry, et la tribu de Cochise va sembler se volatiliser dans la nature, ce qui lui vaudra bien le nom de « Tribu Fantôme »…

Publié pour la première fois en 1982, c’est le dernier album du cycle de « Blueberry fugitif » (trois tomes).

Critique :
Voilà un album que j’apprécie particulièrement car ici, les Indiens vont tenir la dragée haute aux militaires Blancs qui vont les chercher comme dans une partie géante de cache-cache.

Après les massacres gratuits dans « Tête jaune » ou la mise en réserve, qui a tout d’un mouroir, des Navajos, dans l’album précédent, on rétablit un semblant d’équilibre qui fait du bien au moral.

Vittorio n’est pas un égoïste, son peuple crève dans cette putain de réserve qui est torride en été et polaire en l’hiver, ce qui cause moult décès et des famines chez les Navajos, qui, pour la plupart, sont des femmes, des enfants et des vieillards.

L’Homme Blanc serait fichu le camp, laissant son peuple se démerder, pas chez les Indiens. La mentalité n’est pas la même et on le ressent une fois de plus dans cet album dont les couleurs sont dans des tons sables.

Mais pour libérer et évacuer les siens qui sont sous les yeux des Longs Couteaux, va falloir plus que ruser et c’est là que Blueberry va faire la différence, lui qui connait tous les codes, les us et coutumes des Blancs, ainsi que leur manière de réfléchir.

Cet album est bourré de suspense car dans cette partie de cache-cache géante, la défaite signifie la mort pour les Navajos. Même la fuite sera synonyme de mort pour certains des plus âgés qui ne pourront fuir et qui se sacrifieront pour que les autres survivent.

Blueberry est un stratège hors pair et avec l’aide de ses deux bras gauches que sont  Mc Clure et Red Neck, il va réussir à brouiller les pistes et à niquer les Tuniques Bleues de manière brillante.

Un vingtième album qui, comme d’habitude, a un excellent scénario, du suspense, du mystère, une chasse à l’Homme Rouge qui va réunir bien des hommes prêt à tout pour les anéantir, oubliant que les Indiens ont le sens du sacrifice pour sauver les leurs, de la ruse et Blueberry !

Maintenant que Blueberry a encore accompli une mission impossible, il serait temps de penser à sa réhabilitation chez les Tuniques Bleues…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°77] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Les larmes noires : Julius Lester

Titre : Les larmes noires

Auteur : Julius Lester
Édition : Livre de Poche Jeunesse (08/10/2014)
Édition Originale : Day of tears (2005)
Traduction : Raphaële Eschenbrenner

Résumé :
1859. La jeune femme vit dans une plantation de coton entourée des siens et de la famille du maître, lorsqu’on la sépare de ses parents et de ceux qu’elle aime.

À treize ans, elle est vendue, comme des centaines d’autres esclaves. Sarah, la fille du maître, très attachée à Emma, ne pardonnera jamais cette barbarie à son père…

Un texte à plusieurs voix – celles des Noirs et celles des Blancs, celles des esclaves et celles des maîtres. Un chef-d’oeuvre littéraire d’une grande portée humaniste.

Critique :
Il est des lectures où l’on se dit qu’on aurait mieux fait d’aller lire « Tchoupi », c’est moins bien mais au moins, ça ne fait pas mal au bide.

Georgie. Un propriétaire du Sud n’a pas su gérer en bon père de famille l’exploitation léguée par son père et pour éponger ses dettes de jeux, il vend des centaines d’esclaves.

Oui, des centaines. Plus de 400 esclaves qui, d’après les moeurs en vigueur à cette époque (1859) étaient tout de même bien traités.

Ils n’étaient pas libres de leur vie, de leurs gestes, ils étaient esclaves, mais le gentil maître ne fouettait pas. Par contre, il n’a pas de parole, pas de couilles, juste des dettes de jeu car c’est le pigeon de classe royale.

Ce roman choral donne la parole à des esclaves, mais aussi aux maîtres Blancs, que ce soit cet enfoiré de Pierce Butler, ses filles Frances et Sarah, un esclavagiste, une acheteuse d’esclaves ou d’autres esclaves, chacun apportant sa pierre à l’édifice et son point de vue.

J’ai eu un peu de mal au départ car le récit est présenté à la manière d’une pièce de théâtre et les points de vue changent souvent, ce qui est un peu déstabilisant, mais pas de panique, le récit est tellement prenant que je suis passé au-dessus de tout ça.

Le roman est court, très court, cela ne laisse pas beaucoup de possibilité à l’auteur de développer son histoire, de nous montrer la genèse, mais en en 150 pages, il réussi tout de même à vous mettre le coeur en vrac et à vous donner envie de lire les Petzi de votre enfance afin de se remettre de la lecture.

L’auteur évite l’écueil facile du pathos, il maintient la barre et ne s’y aventure pas. Nous aurons droit à quelques scènes tristes, déchirantes, qui brisent le coeur, mais il ne s’appesantit jamais dessus, préférant les les courtes explications aux longs discours.

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, une bonne action ne restant jamais longtemps impunie, les choix de certains pourraient avoir des conséquences dramatiques pour les autres et il faut ensuite vivre avec, ce qui n’est pas toujours facile. Un passage l’illustrera bien et j’ai fermé les yeux et serré les lèvres très fort car la facture était aussi salée que les larmes de certains.

Un court roman fort sur l’esclavage, malgré le fait qu’il n’a que 150 pages, même si j’aurais aimé en avoir plus afin de passer plus de temps avec une partie des personnages. Une lecture à faire, même si ce n’est jamais drôle de plonger dans les pages sombres de l’Histoire. Mais moi, je n’ai fait que lire et ressentir, eux, ils l’ont vécu.

Partant d’un fait réel (la vente de centaines d’esclaves) et mêlant habillement les personnages réels (Pierce Butler, Fanny Kemble son ex épouse) et les fictifs, l’auteur nous prouve qu’en peu de pages, avec quelques mots, on peut produire un récit qui marque au fer rouge son lecteur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.