Ce genre de petites choses : Claire Keegan

Titre : Ce genre de petites choses

Auteur : Claire Keegan
Édition : Sabine Wespieser Littérature Etrangère
Édition Originale : Small Things Like These (2020)
Traduction : Jacqueline Odin

Résumé :
En cette fin d’année 1985 à New Ross, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, a fort à faire. Aujourd’hui à la tête de sa petite entreprise et père de famille, il a tracé seul sa route : élevé dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d’autres enfants nés sans père.

Trois jours avant Noël, il va livrer le couvent voisin. Le bruit court que les sœurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie des filles non mariées et qu’elles gagnent beaucoup d’argent en plaçant à l’étranger leurs enfants illégitimes.

Même s’il n’est pas homme à accorder de l’importance à la rumeur, Furlong se souvient d’une rencontre fortuite lors d’un précédent passage : en poussant une porte, il avait découvert des pensionnaires vêtues d’horribles uniformes, qui ciraient pieds nus le plancher. Troublé, il avait raconté la scène à son épouse, Eileen, qui sèchement lui avait répondu que de telles choses ne les concernaient pas.

Un avis qu’il a bien du mal à suivre par ce froid matin de décembre, lorsqu’il reconnaît, dans la forme recroquevillée et grelottante au fond de la réserve à charbon, une très jeune femme qui y a probablement passé la nuit.

Tandis que, dans son foyer et partout en ville, on s’active autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux n’écoute que son cœur.

Critique :
C’est ce genre de petites choses que j’aime dans un roman : le contexte social, une crise économique, la présence de la religion et l’hypocrisie ambulante.

Après, il faut tout bien mettre en scène sinon c’est le vol plané assuré.

Ici, c’est mon coeur qui, une fois de plus, a pris un billet de parterre, se brisant en plusieurs morceaux après une chute.

Cette histoire, inspirée de faits réels puisque les couvents des Magdalene ont bel et bien existés et que ce qu’il s’y passait n’avait rien de catholique mais tendait plus vers les cercles de l’Enfer.

Cette histoire, on la dirait sortie d’un conte de Dickens : des gens pauvres, qui triment comme des esclaves, l’omniprésence de la religion, la toute puissance des religieuses et des jeunes filles exploitées.

Sérieusement, on pourrait croire que ce genre d’horreurs sont de l’époque révolue de la reine Victoria… Que nenni, ça existait toujours dans les années 90 puisque le dernier fut fermé en 1996 (merci Wiki).

Dans ce roman très court, très sobre mais bourré d’émotions, l’auteure met en avant l’hypocrisie habituelle des gens, ceux qui détournent la tête, qui ne veulent pas avoir ce qu’il s’y passe tant que leur linge est bien propre, qui colportent des ragots mais ne bougeraient jamais le petit doigt pour aider ces pauvres filles et qui, sans mauvaise conscience aucune, s’en vont à la messe de Minuit et fêtent Noël en famille.

De plus, il y a la peur… Les religieuses sont toutes puissantes, être admise dans l’école à côté est un honneur, une échelle pour s’en sortir et nos pingouins décident de qui y entrera. Les religieuses sont aussi des gros clients, payant rubis sur l’ongle et en ces temps de crises, on ne fait pas la fine bouche, alors, on ferme les yeux, on continue sa route et si la pingouin en chef vous donne un ordre, on l’exécute en disant « oui amen ».

Non, non, ne me faites pas croire que vous seriez des rebelles qui diraient non et qui tiendraient tête à la mère supérieure ! Nous sommes dans l’Irlande catho à mort et quand les soeurs font la pluie et le beau temps, on s’écrase car on ne veut pas perdre son gagne-misère.

Le récit est court, trop court… J’aurais aimé savoir ce qui allait se passer ensuite, même si je le devine… William Furlong n’est pas Zorro, ni Superman… Tout se paie dans la vie et parfois à un prix trop cher car dans sa ville, personne ne lui dira qu’il a eu raison, personne ne le félicitera, non, que du contraire, tout le monde le conspuera.

Puis, le jour om le scandale éclatera dans les années 90, tout le monde se placera de son côté, disant qu’il a raison, qu’il était un précurseur, un homme qui avait des couilles et la populace se ruera pour la curée sur ces religieuses dont elle a crain toute sa vie les représailles. Quand l’ennemi chute, on a du courage, avant, jamais.

Je ne jugerai pas la population car je ne sais pas si moi j’aurais eu le courage de m’opposer à ces bonnes femmes mariées à Dieu (ou Jésus) qui avaient bien trop de pouvoir dans leurs mains… et qui maintenant est passé à d’autres, puisque de toute façon ♫ Non, non, rien n’a changé… ♪

Une belle lecture, un récit tout en émotion, tout en questionnement, tout en douceur, un beau conte de Noël, sauf que derrière, il y a de la souffrance humaine dont les blessures ne guériront jamais.

Hélas, un récit trop court… J’aurais aimé plus de pages et ne pas quitter les personnages si abruptement sans recevoir de leurs nouvelles.

Une belle lecture faite grâce à la chronique de mon cousin, Cannibales Lecteurs.

 

23 réflexions au sujet de « Ce genre de petites choses : Claire Keegan »

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  3. Oui, oui… C’est tiré de faits réels. Ces couvents (Irlandais ? je crois…) ont existé. Les jeunes filles un peu trop olé-olé pour l’époque, et à plus forte raison si elle se trouvaient enceintes étaient envoyées par leurs familles vers ces couvents où on voulait les oublier pour oublier la honte qu’elles mettait à leurs parents de par leur comportement insuffisamment chaste pour les normes de l’époque. Et effectivement ces couvent les faisaient travailler comme blanchisseuses et les bébés des jeunes filles enceintes étaient envoyés à l’adoption. Est-ce qu’ils étaient monnayés? Est-ce qu’on s’arrangeait pour que les jeunes soient remises enceintes pour rapporter encore plus… ça… je n’irai pas jusque là! Mais… oui, celles qui en sont sorties ont bien témoigné avoir été esclavagisées. Une honte… En plus de ses histoires de pédophilie, le clergé catholique a aussi d’autres raisons de demander pardon à l’Eglise et au monde.

    Souvent les journalistes interpellent la responsabilité de l’Eglise, mais ils oublient que l’Eglise c’est l’ensemble des baptisés et que de ce fait, les victimes, les scouts et enfants de chœur tripotés, les jeunes filles maltraitées dans ces couvents… Et bien ils sont aussi des membres de l’Eglise. En réalité, on devrait dire que l’Eglise est alors victime de son encadrement, de son clergé, des religieux, des religieuses dévoyés et des prélats vaticanais qui ont couvert ces horreurs. Je trouve que dit comme ça ce serait plus juste que la façon dont on en parle. A partir du moment où les victimes sont aussi l’Eglise… c’est difficile de désigner l’Eglise à la fois comme coupable et victime. J’ergote j’ergote… Je sais… 😀

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    • Oui, il y a eu le scandale en Irlande, avec ces squelettes retrouvés enterré dans les jardins, ces enfants qui mourraient, qu’on arrachaient à leur mère, bref, rien de joyeux, ni de glorieux.

      Le problème, quand on accuse l’Église, l’État, le gouvernement, c’est ce que ce ne sont pas des personnes physiques mais « morales », comme une société et ça retire une partie de l’accusation, je trouve, parce que tu accuse une entité dans son ensemble, incluant les innocents aussi, mais pas une personne physique. Idem quand on accuse la religion, ce n’est pas elle qui fait des horreurs, c’est en son nom que l’on commet des atrocités. Je trouve que ça retire la responsabilité, les fautes, aux véritables coupables.

      Ce n’est pas VW qui a fraudé, ce sont des êtres humains qui y ont pensé, qui ont mis au point les logiciels, qui ont magouillés, VW, elle, en est incapable, elle n’a pas de bras, pas de chocolat, pas de cerveau 😆

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      • ça va se bousculer là question lecture déménagement à 1000 km et pas raccord entre les deux logements …donc je le réserve à la bib d’ici en esperant avoir le temps de le lire avant d’être là-bas !

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  4. Oui je l’ai lu…durant la periode de noel..et bin moi je dis que tout se passe bien…car j’ai besoin de positif…bref je fais l’autruche…;)….
    En tout cas, j’ai bien aime aussi….vraiment un bien bon petit livre….un sacre conte de noel…

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