Ces orages-là : Sandrine Collette

Titre : Ces orages-là

Auteur : Sandrine Collette
Édition : JC Lattès (06/01/2021)

Résumé :
C’est une maison petite et laide. Pourtant en y entrant, Clémence n’a vu que le jardin, sa profusion minuscule, un mouchoir de poche grand comme le monde.

Au fond, un bassin de pierre, dans lequel nagent quatre poissons rouges et demi. Quatre et demi, parce que le cinquième est à moitié mangé. Boursouflé, abîmé, meurtri : mais guéri. Clémence l’a regardé un long moment.

C’est un jardin où même mutilé, on peut vivre.

Clémence s’y est installée. Elle a tout abandonné derrière elle en espérant ne pas laisser de traces. Elle voudrait dresser un mur invisible entre elle et celui qu’elle a quitté, celui auquel elle échappe. Mais il est là tout le temps. Thomas. Et ses orages. Clémence n’est pas partie, elle s’est enfuie.

Clémence a trente ans lorsque, mue par l’énergie du désespoir, elle parvient à s’extraire d’une relation toxique. Trois ans pendant lesquels elle a couru après l’amour vrai, trois ans pendant lesquels elle n’a cessé de s’éteindre.

Aujourd’hui, elle vit recluse, sans amis, sans famille, sans travail, dans une petite maison fissurée dont le jardin s’apparente à une jungle.

Comment faire pour ne pas tomber et résister minute après minute à la tentation de faire marche arrière ? Sandrine Collette nous offre un roman viscéral sur l’obsession, servi par l’écriture brute et tendue qui la distingue.

Critique :
Chaque année, j’attends avec impatience le nouveau roman de Sandrine Collette. Il en est certains que je n’ai pas encore eu le temps de lire, mais ça, c’est un problème inhérent à ceux ou celles qui veulent lire plus que ce que le temps peuvent leur accorder.

Tous les romans que j’ai lu de cette auteure m’ont emportés ailleurs, certains dans des profondeurs telles que j’ai eu du mal à m’en remettre, à reprendre pied après ma lecture tant j’étais encore sous le coup des émotions fortes.

Les critiques étaient favorables pour son dernier roman, les copinautes de blog l’ont plébiscité, c’est donc l’esprit totalement heureux que j’ai ouvert ce roman.

J’entends votre silence… Ceux et celles qui me connaissent sentent déjà arriver le fameux « Mais » qui va aiguiller cette chronique vers une déception… Bien que le mot « déception » soit peut-être à expliquer parce que je ne suis pas déçue de l’auteure, elle ne me doit rien, elle écrit avant tout pour elle, comme bien des écrivains.

Ma déception est pour le fait que je suis passé à côté de ce roman introspectif qui parle de la reconstruction d’une femme (Clémence) après une relation toxique de 3 ans avec un espèce de prédateur pervers narcissique, manipulateur (Thomas), bref, le genre de mec qu’on a envie de lâcher dans une forêt et de lui envoyer les chasseurs à son cul.

Ce roman ne comporte pas d’intrigue à vraiment parler, sauf si on considère que la nouvelle adresse de Clémence doit rester un secret afin que son enfoiré de mec qui lui a fait couper tous les ponts avec ses amis, sa famille, ne la retrouve jamais.

Si je n’ai pas réussi à m’attacher à Clémence (ne me demandez pas pourquoi, je n’arrive pas moi-même à trouver ce qu’il lui a manqué dans son portrait pour que j’aie envie de l’apprécier), j’ai trouvé que l’auteure arrivait à trouver les bons mots pour décrire ce qu’il se passait dans la tête de son personnage qui tente de se construire, difficilement, en se cachant, en se demandant s’il ne serait pas plus simple de retourner chez Thomas le prédateur.

Ce roman qui ne possède quasi pas de dialogues est un roman introspectif, sorte de huis-clos entre Clémence et ses pensées, ses blessures, ses traumatismes,…

Elle a beau avoir eu le courage de prendre la fuite, elle a beau tenter de se reconstruire, c’est une femme brisée, timide, mal à l’aise, peu sûre d’elle et qui a dû mettre tous ces rêves au placard quand elle est tombée amoureuse de l’autre enfoiré que j’ai toujours envie de lancer dans un champ vide et de crier « PULL » en le désignant.

Le style de l’auteure est concis, elle va à l’essentiel, c’est sec, sans fioritures et c’est un style que j’apprécie dans ce genre de huis-clos double (huis-clos dans sa vie et dans son esprit) car sans jamais sombrer dans le pathos gratuit, l’auteure arrive à nous plonger dans la noirceur et la violence d’une relation toxique.

Oui, il ne manquait sans doute pas grand-chose pour que j’adhère à son nouveau roman et croyez-moi que ça me fait chi** à mort de ne pas y être arrivée. Je déteste passer à côté d’un roman qui ne possède pas des défauts inhérents, des fautes d’écriture, de scénario, de final loupé (il était même waw)…

Bref, ce n’est pas le roman qui est en cause dans l’affaire mais sans doute moi. Pas le bon moment ? Pas le bon état d’esprit ? On ne le saura jamais.

En attendant, je ne vais pas m’arracher les cheveux trop longtemps, c’est ainsi dans la vie d’un(e) lecteur/lectrice et puisqu’il me reste deux romans de l’auteur encore à découvrir, je sais qu’il y a bon espoir pour que je retrouve mes sensations folles en ouvrant un roman de l’auteure qui m’a plus souvent émue que déçue.

Il fallait bien une première entre nous…

Mais vous qui me lisez, ne tenez pas compte de ma bafouille et faites-vous votre propre avis sur ce roman parce que cette critique qui n’est pas que négative n’est que mon avis personnel, mon ressentit, autrement dit (comme disait une membre de Babelio que j’appréciais) : pas grand-chose !

 

11 réflexions au sujet de « Ces orages-là : Sandrine Collette »

  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Avril 2021 | The Cannibal Lecteur

  2. J’ai ressenti les mêmes choses que toi. Mon avis est très nuancé et j’ai eu énormément de mal à aimer le personnage principal.
    Et pourtant, j’ai aimé ce roman pour le fond et pour le message qu’il envoie.
    Et puis c’est l’écriture de Sandrine Collette…je crois que je l’aimerais même si elle reecrivait Oui Oui .😆😆

    Aimé par 1 personne

  3. C’est toujours casse-gueule l’introspectif, notamment quand l’auteure essaie au travers du roman de raconter quelque chose de très personnel mine de ne pas y toucher (est-ce le cas ici? je n’en sais rien à vrai dire… connais pas la dame ni ses romans). Plus un texte est introspectif et personnel, plus il s’éloigne de l’universel et du partageable. En outre le « pervers narcissique » est aussi un sujet casse-gueule car il n’est souvent partageable qu’entre personnes ayant eu le sentiment d’avoir vécu la même expérience. De fait les personnes qui n’ont jamais connu peu ou prou une relation de couple dysfonctionnelle du fait du rapport de domination imposé par le partenaire ne pourront que passer à côté de ce roman. Non seulement ça ne leur parlera pas mais en plus ça pourra même les énerver : « mais pourquoi elle reste ou est-elle restée ??? » se demandera-t-on à chaque page!!!

    Les pros de santé mentale ne reconnaissent pas officiellement le concept de « pervers narcissique » même si beaucoup d’entre eux vendent des livres grand public sur le sujet car il est médiatisé et que ça rapporte… Il ne faut pas confondre ça avec le « trouble narcissique de la personnalité » des classifications psychiatriques qui concerne un plus large spectre symptomatique que ce dont on parle avec la notion de pervers narcissique. Lorsqu’on parle de « perversion narcissique » dans une histoire de couple on désigne en réalité une relation dysfonctionnelle marquée par le besoin de domination de l’un des partenaires. Cette domination est réellement destructrice pour le partenaire du dit pervers narcissique car sa position de sujet est annihilée peu à peu. Mais la réalité ce n’est pas tant que le pervers narcissique aurait un profil psy particulier. Ce serait plutôt qu’il aborde la relation amoureuse comme domination et « chosification » du partenaire dominé. De là découlent des actes et des attitudes avec des effets destructeurs pour le partenaire. Mais ils peuvent avoir des profils très différents car ce qui est pathologique dans cette affaire c’est davantage la modalité de la relation plus que le profil du partenaire « dominant ».

    Le problème c’est qu’on s’est tellement occupé de diaboliser le « partenaire imposant une domination destructrice » en lui collant une étiquette psychopathologique pour lui faire porter toute la responsabilité qu’on a évacué tout questionnement sur les moteurs de cette relation dysfonctionnelle ce qui pouvait conduire le/a « partenaire dominé/e » à tomber dans ce piège relationnel. Qu’est-ce qui fait qu’on peut accepter ça et se laisser enfermer là-dedans? Qu’est-ce qui fait qu’on peut accepter qu’une relation d’emprise puisse évacuer tout ce que nous sommes ? Qu’est-ce qui fait qu’on ne perçoit pas les signaux d’alarmes dès le début et qu’on ne se se sauve pas en courant ? Qu’est-ce qui fait qu’on accepte un second rdv même si on a déjà perçu les côtés dominateurs de l’autre derrière ses côtés plus sympas ?

    Le fait est que les hommes et les femmes qui de par leur propre profil n’accepteraient jamais qu’on leur impose une telle relation n’offriraient jamais de second rdv à de tels partenaires potentiels. Et je pense que tout comme Belette celles et ceux qui ont appris à appréhender la relation de couple autrement que (et certainement pas comme) une relation de domination ne peuvent que passer à côté d’un livre qui va tourner en boucle sur la description de cette relation d’emprise, sans jamais questionner ce qui fait qu’on l’a acceptée et/ou laissée s’installer. Cela ne nous parlera pas.

    Le pervers narcissique est en réalité la personnification allégorique cristallisée sur le partenaire dominateur d’un modèle relationnel de domination au sein du couple dont nous ne voulons plus. D’ailleurs il n’est apparu dans la littérature que dans les années 1980… à une époque où les femmes ont réellement commencé à revendiquer leur indépendance financière et leur autonomie dans le monde professionnel etc. Ce n’est pas rien. Le pervers narcissique est la figure pathologisée du modèle de partenaire dont nous ne voulons plus parce que nous voulons exister autrement que dans la case très réduite dans laquelle ces partenaires d’un autre âge veulent nous ranger.

    Bref… J’ai une lecture très historico-féministe de ce concept psychopathologique qui n’en est officiellement pas un mais qui incarne parfaitement la figure le l’homme que nous ne supportons plus. Et je pense que les femmes qui se présentent comme victimes de pervers narcissiques aujourd’hui sont avant tout des femmes coincées entre deux modèles de la féminité… celui les invitant à se soumettre et dont nos arrières grand-mères se satisfaisaient car la société ne leur laissait pas d’autres issues… et celui plus récent les invitant à se réaliser à travers leurs propres aspirations que justement leur partenaire refuse de reconnaître. Et évidemment, plus on aidera les femmes à être indépendantes et à ne plus accepter la domination, moins elles se laisseront piéger par ce genre de types.

    Si on élevait davantage les filles (et les garçons) en leur faisant comprendre à travers l’exemple de leur propres parents que la relation de couple ne peut être une relation de domination mais doit rester un partenariat égalitaire, les salauds qui ne peuvent pas envisager la relation que dans la domination finiraient par devoir dormir sur leur béquille sans espoir de trouver quelqu’un ! 😉

    Hélas! Il y encore beaucooooouuuuup de boulot!

    Aimé par 1 personne

    • Putain, j’irai me coucher moins bête ce soir, moi…

      Je ne sais si l’auteure y a mis du personnel ou pas, jusqu’à présent, ses romans étaient tous sur un registre différent mais m’avaient emporté, là, je suis restée sur le quai pendant le train foutait le camp.

      Je n’ai jamais connu cette relation, mes parents ne sont pas ainsi, mon père a toujours laissé une énorme liberté à ma mère et se serait plus elle qui porterait les culottes 😆 Je ne connais cette relation que de par ce qu’une connaissance m’a raconté, c’était un homme et il subissait ce genre de dénigrements de sa femme, qui a monté ses enfants contre lui. Je te passe les détails mais je ne comprends toujours pas pourquoi il est resté aussi longtemps avec elle. Moi, un ex m’a un jour pris un peu trop souvent pour une poire et il a été expédié fissa ! Basta, mon gars. Mais je suis assez volcanique et je déteste qu’on me chie dans les bottes… J’ai une fois envoyé un regard noir à un collègue qui m’avait cherché et les autres m’ont dit ensuite qu’ils avaient eu peur que je ne démarre et que je me jette sur lui pour le tuer… Je suis gentille mais quand on me cherche…

      Merci pour cet éclairage ! Autant je m’étais identifiée avec des gamins en Argentine élevant des moutons, avec une femme dans un univers post-apo, avec un mec enfermé chez des vieux sadiques, avec des personnes perdues en montagne ou avec un type dans un autre univers d’apocalypse, là, j’ai loupé le coche :/

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