Le vieux qui lisait des romans d’amour : Luis Sepúlveda

Titre : Le vieux qui lisait des romans d’amour

Auteur : Luis Sepúlveda
Éditions : Métailié (1992-2004) / Points (1994-2020) / France Loisirs (2017)
Édition Originale : Un viejo que leía novelas de amor (1992)
Traduction : François Maspero

Résumé :
Lorsque les habitants d’El Idilio découvrent dans une pirogue le cadavre d’un homme blond assassiné, ils n’hésitent pas à accuser les Indiens de meurtre.

Seul Antonio José Bolivar déchiffre dans l’étrange blessure la marque d’un félin. Il a longuement vécu avec les Shuars, connaît, respecte la forêt amazonienne et a une passion pour les romans d’amour.

En se lançant à la poursuite du fauve, Antonio José Bolivar nous entraîne dans un conte magique, un hymne aux hommes d’Amazonie dont la survie même est aujourd’hui menacée.

Critique :
Comment faire apprécier un roman à des catégories de lecteurs dont les goûts et les attentes sont généralement aux antipodes ?

Ouvrez ce roman, lisez-le et vous comprendrez que l’auteur a réussi à combiner une écriture intelligente sans jamais devenir moralisateur, sans jamais sombrer dans le cliché du bon sauvage défenseur de la forêt face aux vilains Blancs qui saccagent tout.

La petite bourgade de El Idilio (Equateur) n’a rien d’idyllique : les bords du fleuve sont noyés de boue, il y a des moustiques, le bateau de ravitaillement ne passe que deux fois l’an (avec le dentiste) et le maire est un emmerdeur de première.

Dans la forêt, c’est encore pire, il faut 3h pour faire 1km et c’est rempli de dangers. Pourtant, des Hommes Blancs y entrent, avec armes et bagages, et massacrent des animaux pour le plaisir, pour leurs peaux, sans jamais se frotter à des prédateurs dignes de ce nom, sans jamais non plus apprendre à connaître cette forêt tropicale.

Ce joli conte est tout de même une baffe dans la gueule de ceux qui pensent qu’avec des armes, on arrive au bout de tout, qu’avec de l’instruction, on est le plus fort, comme se gausse le maire, étalant son savoir sur la ville de Venise que les pauvres bougres ne connaissent pas.

Oui mais, à quoi cela sert de savoir comment s’est construite Venise lorsque l’on se trouve au milieu d’une forêt où il faut maîtriser les codes pour en sortir vivant ? À rien. Vaut mieux savoir où il faut bivouaquer pour survivre à la nuit et ou poser ses pieds pour survivre tout court.

Mais les gens imbus d’eux-mêmes ou possédant une haute opinion d’eux-mêmes n’écouterons jamais les pauvres habitants de ses contrées qui en savent plus qu’eux sur les règles qui prévalent dans la forêt amazonienne. Et de là naissent les emmerdes, les conneries, les erreurs stupides, horribles, bêtes…

Un roman écologique mais pas que… Un conte philosophique, une ode à la nature, qui n’est jamais tendre, un pamphlet sur ceux qui ne respectent rien, le tout sans jamais adopter un ton moralisateur, personne n’étant tout blanc ou tout noir dans ses pages.

Une tragédie qui fait du bien au moral, une incursion dans un univers impitoyable et dans une société que nous connaissons peu, les Shuars (Jivaros pour nous). Un magnifique voyage, court et intense à la fois, beau et tragique, intelligent et facilement compréhensible par tous. Voilà pourquoi il a rassemblé des lecteurs qui ne lisent pas les mêmes romans habituellement.

PS : Ce court roman de Sepúlveda a reçu deux prix littéraires considérés comme antinomiques : celui, à vocation populaire des Relais H (qui assurait sa présence dans toutes les librairies de gares), et celui, fort élitiste, de France-Culture, qui l’ornait d’un incontestable label intellectuel.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°50] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

33 réflexions au sujet de « Le vieux qui lisait des romans d’amour : Luis Sepúlveda »

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  4. Déjà dans mes listes mais pas encore franchi la ligne d’arrivée… roman écolo…je suis sur Les racines du ciel et je vois des similitudes entre les deux au travers de ta critique. Ce qui va m’inciter à remonter ce roman de quelques étages:)

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  5. Quôa ??? Tu fais de la pub pour un roman où un mec chasse un zanimal??? 😱 Mais c’est mal la chasse! Les zanimals ont des droits! Ils sont nos zégaux! 😳 Tu cherches les noises avec nos potes vegans ??? 😬

    Je sais… je sais… y a des zanimals qui ne me manqueraient pas tant que ça… ou des zinsectes aussi… ils sont pas tous sympas…

    Cela étant les zhumains non plus… 🙄

    Bon pis la forêt amazonienne ça me fatigue trop… on peut pas y faire de vélo ! 🥳

    Aimé par 1 personne

    • ♫ les insectes sont nos amis, il faut les aimer aussi ♪

      Sans les insectes, pas de petit tube qui descend dans le pistil de la fleur pour polliniser les autres, pas de belles images pour expliquer le sexe aux gosses, pas de nourriture pour les tites hirondelles, mes copines et mes potes les martinets (pas ceux qui fouettent).

      Quand aux vegans extrémistes, ils fertilisent mon compost et sont très heureux 😆 (je vais avoir des problèmes !).

      On peut même pas y faire du cheval, dans la forêt amazonienne, pire que si on laissait pousser nos poils « plus bien »… 😉

      J'aime

      • Ouais… ben loi j’aime pas les zaraignées, ni les moustiques ! Je les déteste autant que les zours polaires (c’est méchant et ça bouffe mon poisson et tue les phoques dont j’ai besoin pour mes manteaux en fou-rire!) ou que les tigres (c’est méchant les tigres et ça bouffe les zautres zanimaux de la Jungle et même des Mowglys)! Alors imagine les moustiques tigres comment je les z’aime pas!!!! 😱

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  6. Ping : Le mois espagnol et sud-américain 2021, c’est parti ! | deslivresetsharon

  7. Je garde un très bon souvenir de ce livre. Je l’ai offert souvent aussi à une époque car on ne sort pas totalement indemne de cette lecture. On a envie de beauté et on est triste face à la cruauté de l’homme.

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