Patagonie, route 203 : Eduardo Fernando Varela

Titre : Patagonie, route 203

Auteur : Eduardo Fernando Varela
Édition : Métailié (20/08/2020)
Édition Originale : La marca del viento (2019)
Traduction : François Gaudry

Résumé :
Perdu dans l’immensité du paysage, il se trouve confronté à des situations aussi étonnantes et hostiles que le paysage qui l’entoure.

Saline du Désespoir, La Pourrie, Mule Morte, Indien Méchant et autres lieux favorisent les rencontres improbables avec des personnages peu aimables et extravagants : un journaliste qui conduit une voiture sans freins et cherche des sous-marins nazis, des trinitaires anthropophages qui renoncent à la viande, des jumeaux évangéliques boliviens gardiens d’un Train fantôme, un garagiste irascible et un mari jaloux…

Au milieu de ces routes où tout le monde semble agir avec une logique digne d’Alice au pays des merveilles, Parker tombe amoureux de la caissière d’une fête foraine.

Mais comment peut-on suivre à la trace quelqu’un dans un monde où quand on demande son chemin on vous répond : « Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à la mer » ?

Ce fabuleux premier roman est un vrai voyage à travers un mouvement perpétuel de populations dans un paysage dévorant, auquel le lecteur ne peut résister.

Critique :
Prêt pour un road-trip loufoque, dingue, déjanté à travers une contrée immense et perdue au bout du monde ?

Où ? En Patagonie. Non, non, pas celle de Florent Pagny, celle de la pampa, des routes sans fin où les indications se résumeront à des « le jeudi, tu tourneras à gauche » ou tout simplement à des « c’est par là, là-bas »…

— C’est loin, Teniente Primero López ?
— Deux jours, s’il n’y a pas de vent. Tu files tout droit et demain tu tournes à gauche, tu traverses la colline, puis encore à gauche pendant une demi-journée, plus ou moins.

Bien installée dans le camion de Parker, je suis allée à la rencontre de gens totalement barjes, dingos, déjantés, dont on n’est jamais sûr qu’ils plaisantent où sont sérieux.

Parker est un camionneur dont on ne croisera que peu souvent la route, tellement il est atypique. Transportant des marchandises pas déclarées, il prend les petites routes pour éviter les douaniers et dort à la belle étoile après avoir installé ses meubles dehors. Atypique, je vous dis.

Je n’ai pas osé rire de son prénom, Parker, car il était tellement fier de porter le nom d’un célèbre marque de stylo (oserais-je lui dire que j’en possède toujours un ?).

Les pieds sur le tableau de bord, je me suis laissée bercer par ce voyage en absurdie, croisant la route d’un chercheur d’U-Boots nazis (ils auraient accostés en Argentine), qui cherche aussi des galions remplis d’or échoués sur une plage ; de deux employés du train fantôme pas des plus fûtés ; d’un garagiste qui semblait se foutre de nous et j’ai même taillé un bout de gras avec un néo-nazi pas si méchant que ça (qui l’eut cru ?).

Hélas, malgré la magnificence des paysages, ces espaces immenses, arides, ces terres désolées, inhospitalières et sublimes (Florent n’y chantait pas ses murs porteurs), malgré les routes droites, malgré les portraits hauts en couleurs de personnages croisés au fil de notre périple, malgré une histoire d’amour toute bêêêllle (mais pas Harlequin !), à un moment donné, à un arrêt, Parker est reparti sans moi et j’ai eu beau courir derrière le camion, jamais je n’ai réussi à me réinstaller dans la cabine.

Le vent n’a pas soufflé dans la bonne direction une fois passé la moitié du livre, il me soufflait dans la gueule et j’ai terminé ce roman à l’arrache.

Dommage parce que notre histoire avait bien commencée et le côté loufoque, décalé, me plaisait beaucoup.