L’accusé du Ross-Shire : Graeme Macrae Burnet

Titre : L’accusé du Ross-Shire

Auteur : Graeme Macrae Burnet
Édition : Sonatine (2017) / 10/18 (2018)
Édition Originale : His Bloody Project: Documents relating to the case of Roderick Macrae (2016)
Traduction : Julie Sibony

Résumé :
Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire.

En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands.

Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles.

Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ? Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins.

Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ?

S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ?

La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

Critique :
Chronique d’une mort annoncée… Dès le départ, nous savons qui est mort et qui l’a tué. Ce que nous ne savons pas, c’est le modus operandi et le mobile.

Retour donc en arrière, quand tout ceci a commencé, grâce à la confession que Roderick Macrae a écrite en prison et dans laquelle il explique toutes les petites choses mesquines, cet harcèlement dont a fait preuve l’homme qu’il a assassiné.

Ce roman est inclassable car il oscille entre le témoignage d’un assassin (ou un innocent ?), un documentaire sur les conditions de vie des années 1860 dans les Higlands, un roman noir (condition sociale), un thriller, une enquête, une fiction ou un véritable carnet de confession d’un condamné…

Cet inclassable aurait pu aussi se nommer « la condition humaine » tant celle-ci est présente tout au long de ses pages de confession. Comme toujours, nous avons les riches propriétaires (laird) et les pauvres qui travaillent les terres du laird. Non, l’esclavage n’est pas mort, il porte juste un autre nom et est d’un modèle différent.

La vie est difficile, la Nature ne fait jamais de cadeau et bon an, mal an, nos paysans essayent de s’en sortir avec le peu qu’ils avaient.

Quand le nouveau constable commence à harceler une famille, à lui chercher misère, juste par plaisir sadique, alors, le fragile équilibre ne tient plus, il bascule et la subsistance même de la famille commence à vaciller aussi. Déjà que tout ne tenait qu’un un fil.

Qu’aurions-nous fait à sa place ? Qu’aurions-nous fait à la place de Roderick, jeune garçon ayant perdu sa mère, vivant avec un père bigot, sans couilles devant le constable, qui ne se complait que dans sa souffrance, est mutique et renfermé ?

Qu’aurions-nous fait face au droit de cuissage quand il n’existe pas de #BalanceTonGrosCochonPervers ? Qu’aurions-nous fait lorsque personne ne peut vous aider parce qu’il a la trouille ou tout simplement parce que le constable est un rusé saligaud et qu’on ne peut l’accuser de rien ? Parce que de toute façon, on n’est rien…

Oui, « paf le constable », je ne voyais pas d’autre solution non plus…

Roderick s’est révolté contre cette société, à sa manière, en silence, sans hurler, sans haranguer les foules, sans rébellion aucune. Un jour, il a pris un louchet (bêche à lame étroite) et un hoyau (petite houe à lame courbe taillée en biseau) et s’en est allé faire du jardinage à sa manière pour dire halte à la tyrannie, à ces règles non écrites que tout le monde doit suivre et que le Seigneur (ou constable) peut adapter à sa guise, à ces rites immuables qui perdurent, à ce statut de paysan qui ne peut changer.

Le récit de Roderick est écrit sans passion, sans émotions, il relate juste les faits, ce dont il se souvient, ce qui s’est passé. Notre jeune homme n’est pas un imbécile, il travaillait bien à l’école, il aurait pu faire autre chose que travailler la terre, mais non, sa place était aux côtés de son père, à retourner des lopins de terre.

C’est un témoignage fort noir, les conditions de vie de ces paysans sont atroces, la subsistance difficile et que l’on soit malade ou en bonne santé, faut bosser et dur, s’il vous plait. Pourtant, il y avait quelques éclats de lumière dans ce thriller témoignage sur la vie dure et difficile des paysans des Higlands…

Un récit bouleversant d’un jeune garçon qui a du prendre une décision forte pour arrêter le cercle vicieux des brimades mesquines, du harcèlement qui les conduisaient tout droit dans la tombe et qui, de par sa condition de paysan, sera toujours considéré comme un sous-homme par les autres, les magistrats, médecins, nobles, seigneurs…

Un récit brillant qui touche en plein cœur, malgré le fait que Roderick utilise un ton neutre pour nous raconter son histoire.

PS : pas de bol, le roman se passe dans les Higlands (Écosse) mais l’auteur est Écossais lui-même et pour le et Le Mois anglais (chez Lou, Cryssilda et Titine), ça ne passe pas… Mauvaise pioche pour le Mois mais bonne pioche littéraire pour mon plaisir de lecture !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°264].

Hercule Potiron – Tome 1 – La meilleure façon de mourir : Pierre Veys et Giancarlo Caracuzzo

Titre : Hercule Potiron – Tome 1 – La meilleure façon de mourir

Scénariste : Pierre Veys
Dessinateur : Giancarlo Caracuzzo

Édition : Robert Laffont (2008)

Résumé :
Hercule Potiron est un célèbre détective français (toute ressemble avec Hercule Poirot n’est que fortuite, d’ailleurs ce dernier est belge).

Potiron enquête, accompagné de son fidèle Nastyngs, sur l’étrange meurtre d’un richissime couple anglais enseveli dans des sables mouvants à l’intérieur de leur serre en plein Londres…

Plus tard, Lord Radcliffe meurt chutant d’un zeppelin alors qu’il est dans une baignoire. Potiron décide de mener l’enquête…

Critique :
L’art de la parodie n’est pas aussi aisé qu’on pourrait le croire. Si la parodie est trop grasse, mal ajustée, ce sera l’embardée, mais si la partition est légère et le talent au rendez-vous, alors, c’est l’éclat de rire assuré et un plaisir à lire.

Pierre Veys n’est pas le lapereau de l’année, il a déjà à son actif l’excellente série parodique « Baker Street » que j’adore. S’il avait réussi à rendre Sherlock Holmes exécrable et de mauvaise foi, qu’allait-il faire de Hercule Poirot ?

Un être imbu de lui-même, caractériel, à l’appétit insatiable et possédant un égo surdimensionné. Désolée, mais dans cette parodie, Hercule Potiron n’est pas Belge mais Français, ce qui lui fait détester les anglais en plus d’aimer le coulommiers qui coule et qui pue.

Pour ses petites cellules grises, elles ne brillent pas vraiment, notre détective colérique comptant sur son fidèle Nastyngs (qu’il ne paie pas) pour trouver le point commun entre les deux accidents bizarres qui sont survenus à des gens riches. Ben, non, pas deux accidents bizarres et improbables, mais 4 !

Quels sont les points entre toutes ces morts accidentelles et totalement folles ? Ben ce sera à Hercule Potiron de résoudre tout cela parce que si l’on compte sur l’inspecteur Spratt, on ne résoudra jamais rien.

Les dessins sont bien faits, dynamiques, on retrouve le côté dandy de Poirot ou de David Suchet, son interprète à l’écran, poussé à l’extrême, puisque nous sommes dans la parodie et que tout est permis, quasi.

J’ai aimé cette enquête qui n’ a rien d’habituel, où les crimes semblent n’être que des accidents et où pour trouver le coupable, faudra tout de même aller voir plus loin que ce que l’on voit sous son nez.

Une chouette parodie du célèbre détective belge, devenu français pour renforcer la mésentente entre les deux nations. Par contre, j’avais trouvé que les parodies de Sherlock Holmes étaient encore plus poussées et plus abouties. Mais ceci n’est que mon avis, bien entendu…

À lire avec le second degré, of course

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°263], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°13], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 53 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.