Blood and Sugar : Laura Shepherd-Robinson

Titre : Blood and Sugar

Auteur : Laura Shepherd-Robinson
Édition : 10/18 (06/05/2021)
Édition Originale : Blood and Sugar (2019)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Juin 1781. Un corps est pendu à un crochet sur le quai de Deptford : l’homme a été horriblement torturé et porte la marque des esclaves.

Quelques jours plus tard, le capitaine Harry Corsham – un héros de guerre se lançant dans une carrière parlementaire prometteuse – reçoit la visite de la sœur d’un vieil ami.

Son ami, Tad Archer, un abolitionniste passionné, était sur le point de dévoiler un dangereux secret, lourd de conséquence pour l’industrie de la Traite négrière. Un secret capable d’abolir l’esclavage.

Pour découvrir ce qui est arrivé à Tad, Harry est obligé de remonter les fils de l’enquête de son ami, en fouillant au cœur de la conspiration que Tad avait mise au jour.

Son enquête va menacer ses perspectives politiques, le bonheur de sa famille et l’obliger à affronter son propre passé, à ses risques et périls.

Critique :
C’est l’histoire de l’hypocrisie humaine qui rencontre l’appât du gain à n’importe quel prix.

Nos deux horreurs fusionnant ensemble se transformeront ensuite en un business sans conscience puisque ce sera l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

Oh, ne jugez pas trop vite ces Anglais esclavagistes qui voulaient du sucre à bas prix pour mettre dans leur tea time, nous ne valons pas mieux qu’eux de nos jours.

Comme eux, nous souhaitons acheter des biens à bas prix : nous ne regardons pas toujours où nos habits sont fabriqués, ni comment (et par qui) sont extraits les matériaux de nos smartphones, PC, ni si notre huile d’olive, viande, légumes ou fruits ont été collectés par des travailleurs syndiqués, payés aux tarifs en vigueurs dans nos pays ou par des travailleurs immigrés sous-payés, des sans papiers qui touchent des misères,…

Le but du jeu n’a pas changé : de la qualité pas trop cher et pour le reste, comme les Anglais de cette époque, nous faisons ceux qui ne savent pas, qui regardent leurs pieds, ailleurs, qui ont des scrupules qui ne durent que peu de temps.

Ce thriller historique frappe là où ça fait mal : l’esclavagisme, la traite des Noirs, les vaisseaux négriers qui allaient chercher des Noirs en Afrique et les transportaient ensuite dans les Caraïbes pour bosser dans les exploitations de canne à sucre.

Ces esclaves Noirs appelés Nègres sont considérés par la loi comme du mobilier, ce qui fait qu’au même titre que vous pouvez shooter dans vos casseroles ou massacrer votre buffet, sans que cela émeuve personne, vous avez le droit de tuer vos esclaves sans qu’un tribunal ne vous condamne.

Ce polar historique a aussi des airs de roman noir, le contexte social de cette Angleterre étant bien mis en avant et utilisé à bon escient, se mélangeant harmonieusement dans l’enquête (qui ne sera pas de tout repos) que le capitaine Harry Corsham va mener afin de savoir qui a tué aussi abominablement que ça son ancien copain de collège, Tad Archer.

Bourré de fausses-pistes, de chausse-trappes, d’omerta, son enquête se révèlera bien plus dangereuse que l’on ne pourrait penser de prime abord car dans cette histoire, on ne sait jamais à qui se fier, les personnages pouvant cacher une âme sombre ou vous aider sans vous le montrer.

Sans aucun doute, ce roman a demandé des heures, des jours, de travail de recherche historiques et cela a payé car le réalisme est bien présent, autant dans les personnages que dans le récit historique.

Personne n’est tout à fait blanc ni tout a fait noir dans cette histoire et la plupart des personnages sont esclavagistes comme d’autres seraient banquiers ou pécheurs. C’est un métier comme un autre en 1780…

À cette époque, en plus de les considérer, par la loi, comme des biens meubles, la population Blanche considérait les Noirs comme un peuple de dégénérés, des sous-hommes, des animaux. C’était scientifique, même ! (oui, ça me fait mal de l’écrire mais je n’y peu rien, je ne fais que noter la pensée des gens de l’époque).

Si nous avions baigné dans de pareilles inepties, pensées horribles (tous les mots que vous voulez), sans doute n’aurions pas pensé différemment que ceux de cette époque. Harry Corsham qui ne pense pas comme les autres est regardé de travers et c’est mal vu pour une carrière politique de penser que les Nègres (oui, c’est pas ce terme qu’ils sont désignés, je ne l’utilise pas en insulte, par contre) sont des humains comme les autres.

Sera-t-il hypocrite comme les autres, aura-t-il les couilles ou nous fera-t-il un compromis à la Belge ? Non, je ne vous le dirai pas, faudra lire cet excellent polar historique pour le savoir.

Sachez juste que nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et qu’il n’est pas facile d’avoir raison contre tout le monde dans cette époque qui voulait que les gens ne soient pas ce qu’ils étaient vraiment. Si un Juif pouvait se faire passer pour un catho pour éviter les ennuis, si un homo pouvait donner le change aux autres, un Noir en fuite ne pouvait pas changer sa couleur de peau.

Un polar historique bien documenté, addictif, sans pour autant se la jouer 24H chrono, des personnages réalistes, qui évoluent, une enquête difficile et quelques scènes qui donneront envie de hurler tant c’est inhumain. Un récit brillant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°284], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°37] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.