Le Prieuré de l’Oranger : Samantha Shannon

Titre : Le Prieuré de l’Oranger

Auteur : Samantha Shannon
Édition : de Saxus Fantasy (31/10/2019) – 958 pages
Édition Originale : The Priory of the Orange Tree (2019)
Traduction : Charlotte Lungstrass-Kapfer

Résumé :
Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans.

La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…

Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.

Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.

De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues.

Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…

Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Critique :
♫ La Mère, voici le temps venu, D’aller prier pour notre salut, le Sans-Nom est revenu ♪
♪ Le Saint, tu peux garder ton vin ♪ Ce soir on boira notre chagrin ♪ le Sans-Nom est revenu ♪
♫ Toi la reine Sabran, Tu peux sortir tes dents ♪ Les dragons sont revenus ♪

La première chose qui a attiré mon œil sur ce roman, c’est sa magnifique couverture ! Une œuvre d’art. La 2ème c’est que ce roman était best-seller du New-York Times puis j’ai lu la mention « Mérite d’avoir autant de succès que GOT ». Allez hop, vendu !

N’est pas Georges R.R. Martin qui veut… Si l’univers développé par l’auteurs est riche, si ses personnages sont nombreux, si les femmes sont mises en avant et si on a des intrigues de pouvoir, on est loin tout de même des intrigues étoffées de GOT, de ses personnages marquants et de ses salopards flamboyants !

Le début du roman fut assez laborieux, je ramais entre les différentes régions de l’Est et de l’Ouest, face à tous les personnages et les 300 premières pages ont été lues à la vitesse d’un escargot asthmatique, ce qui est rare chez moi, étant donné que j’ai dévoré des pavés de plus de 600 pages en deux jours à peine.

Pour que je préfère regarder une rediffusion de « Petits meurtres en famille » (que je connais) au lieu de lire ce pavé, est un signe qui ne trompe pas : je m’y ennuie ! Pour que je préfère aller repasser mon linge, moi qui déteste ça, c’est un encore plus un signe qui ne trompe pas : je m’emmerde ! L’introduction est fort longue et sans des moments un peu plus excitants, je pense que j’aurais été voir ailleurs.

Certes, il fallait présenter l’univers dans lequel nous allions évoluer, mettre tout en place, mais il y avait peut-être moyen de le faire moins long ou de mieux incorporer ces moments creux dans le récit général, au fur et à mesure. Le récit est dense, on suit plusieurs trames scénaristiques et au départ, il y a assez bien d’informations à retenir et à digérer.

À l’Est, en Seiiki, on vénère les dragons et des dragonniers chevauches des dragons d’eau, tandis que dans l’Ouest, en Yniss, on chasse et on craint les dragons.

De plus, dans l’Ouest, la religion se nomme Vertu, elle a ses règles très strictes et ceux qui la pratique aimeraient que tout le monde ait cette religion car c’est la Vérité. Ça ne se discute même pas. Dans l’Est, au contraire, on a une autre véritable Vérité et elle remet en cause les textes sacrés et les mythes que cela a créé. Ailleurs, ce sont des autres croyances…

— Ce décret a mille ans, répondit sèchement Sabran. Le Saint a écrit de sa main que toutes les autres croyances ne sont que mensonges.
— Ce n’est pas parce qu’on a toujours fait quelque chose qu’on doit absolument continuer.

Les problèmes entre les religions est un des points que j’ai apprécié dans ce roman car ils avaient des senteurs que nous connaissons bien, quand des gens très pieux considère les croyances des autres comme hérétiques, persuadés qu’ils sont meilleurs que les autres alors qu’ils n’ont aucune tolérance ou courtoisie pour autrui, bien que la tolérance et la courtoisie soient de leurs vertus.

— La piété peut transformer ceux qui ont soif de pouvoir en véritables monstres, prêts à distordre n’importe quel précepte pour justifier leurs actions, affirma Ead.

— En effet. » Elle sirota un peu de son vin. « Je suis sûre que vous apprécieriez énormément la compagnie d’une hérétique.
— Nous ne vous définissons plus de la sorte. Ainsi que je vous l’ai promis dans ma lettre, ces jours sont révolus.
— Je constate qu’il n’a fallu à la maison Berethnet qu’un petit millénaire et une crise majeure pour suivre ses propres enseignements concernant la courtoisie. 

La solidarité ne devient intéressante que lorsque l’on est le dos au mur et que l’on a besoin des autres pour vaincre l’ennemi commun. Pourtant, c’est bien connu que l’union fait la force… C’est plus facile de le prendre comme devise que de l’appliquer, bien entendu.

Une autre chose que j’ai apprécié, c’est que certains personnages ont évolués, passant de « chieurs nés » à « personnage avec ses blessures et ses faiblesses » que l’on arrivait à comprendre et puis à apprécier.

Le reste est de facture classique avec le retour d’un Grand Méchant qui se nomme le Sans Nom, une prophétie, des mensonges racontés depuis des siècles, des élus, des armes magiques pour le terrasser et une alliance entre plusieurs peuples que tout sépare, notamment les croyances…

Sauf en ce qui concerne le féminisme, bien mis en avant, puisque l’on a un reinaume gouverné par des femmes depuis des siècles et que les personnages féminins ne sont pas des créatures apeurées ou stéréotypées. Malgré tout, les femmes sont toujours ramenée à leur but primaire : pondre des enfants !

Un bon point aussi pour le fait que les amours n’étaient pas que Homme/Femme mais aussi homosexuelles (hommes ou femmes). Un petit pas qui pourrait déboucher sur un grand pas… Qui sait ?

Hélas, ce qu’il a manqué le plus, dans ce roman, ce sont les émotions provoquées par le récit et celles que l’on aime ressentir pour certains personnages. Ici, que dalle, nada. Même si j’en ai apprécié quelques uns, ils ne marqueront pas mon esprit comme d’autres le firent, même en ne parlant que du genre fantasy.

La saga de « L’épée de vérité » (Terry Goodking) n’était pas exempte de lourds défauts (dichotomie, manichéisme, violences, tortures, bienséance dans ses rapports H/F et personnages « Mary & Gary Stu »), mais elle avait de la flamboyance et m’avait apportée des émotions à foison. Ce qui a manqué cruellement dans le prieuré, alors qu’il n’avait pas les défauts de la saga de Goodking. Comme quoi…

Il est aussi un équilibre difficile à atteindre dans les finals : trop longs, on n’en voit pas le bout et quand c’est trop court, on a l’impression qu’on s’est tapé des longs préliminaires pour que se retrouver avec un bouquet final qui se termine bien trop vite. Tout ça pour ça ?? 50 pages à tout casser ? J’aurais aimé que cela durât plus longtemps.

C’est mitigée que je ressors de cette lecture dont l’équilibre du scénario n’était pas atteint. Trop de langueurs monotones au départ, des personnages agréables mais sans être marquants et un combat final qui se termine bien trop vite.

Des critiques élogieuses de ce roman se trouvent sur Babelio et je vous invite à aller les découvrir. J’aurais aimé ressentir ce que les autres lecteurs/trices ont ressenti en lisant de pavé… Hélas, j’ai pris une toute autre direction.

Lu dans sa version publiée aux éditions De Saxus et faisant 958 pages (qui furent longues).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°05], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°73], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°68] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

28 réflexions au sujet de « Le Prieuré de l’Oranger : Samantha Shannon »

    • Ba alors ! J’en garde un bon souvenir de ce roman, même si le rythme est effectivement un peu plus lent parfois. J’ai bien aimé aussi l’aspect féministe de l’autrice qui se réapproprie certains mots du langage courant et met en scène des relations amoureuses homosexuelles. Mais je suis assez d’accord sur l’émotion : ça ne m’a pas dérangée lors de ma lecture mais c’est vrai que ce n’est pas ce qu’on retient du bouquin.

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      • L’aspect féministe était bon, les relations homo aussi, ça change des amours habituels, le côté religieux fort prononcé aussi était bien mis en scène, mais je me suis ennuyée au début… Dingue ! Heureusement que ce ce fut pas le cas de tout le monde, sinon, cela aurait été la Bérézina et Waterloo en même temps 😆

        J’aurais aimé ressentir des émotions fortes, comme à la lecture de cycles de Eddings ou celui de Fiona McIntosh (L’âme, le don, le sang).

        Aimé par 1 personne

    • Oui, j’ai suivi le chemin de ta chronique sur Livraddict et en effet, tu as pris plus de plaisir que moi à cette lecture… Tant mieux pour toi 😉 De mon côté, ça manquait de rythme, de flamboyance, de personnages marquants… Eddings avait des super saga fantasy 😉

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  1. Je suis entièrement d’accord avec toi en ce qui concerne la fin très expéditive (et ça va faire presque un an que je n’ai toujours pas compris ce qu’il était advenu de Tané !) …

    En revanche, je n’ai pas ressenti d’ennui au début, j’ai même trouvé cette longue introduction plutôt digeste et bien pensée. Ce sont les moments sur le bateau avec Roost dans la seconde partie qui m’ont un peu gonflés … C’était long ! Et on y apprend pas grand chose.

    En somme, c’est un roman hyper classique, il ne faut pas en attendre 1001 surprises :-D.

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  2. Or donc le verbiage ne fut pas à la hauteur de l’emballage et c’est bien dommage. De toute façon le roman n’aurait pas été aussi déséquilibré comme tu nous le dis, que ça reste de la fantasy et que c’est pas ma cup-of-tea. Mais au-delà du nombre de personnages et de la lenteur je crois que ça m’aurait très très très vite pompée cette novlangue féministe.

    Je ne suis pas certaine que ça serve tant que ça la cause féministe de vouloir réinventer le langage en faisant un « reinaume » d’un « royaume »… C’est comme le mot « féminicide » créé improprement par opposition à « homicide » (pour plein de raisons étymologiques différentes c’est un néologisme ridicule : homicide vient du grec et veut dire « meurtre du semblable » et pas « meurtre d’un homme »… tandis que « femme » ou « féminité » viennent du latin et associé des mots latins et grecs dans un même néologisme c’est très artificiel), là où « meurtre conjugal » aurait très bien fait l’affaire (pour moi le meurtre conjugal est odieux que ce soit l’homme qui tue sa femme ou la femme qui tue son homme… et si ce deuxième cas est plus rare il est en revanche plus souvent froidement prémédité et motivé par l’argent)… Et puis merde quoi ! vouloir réinventer le langage ne peut me faire penser qu’aux pratiques des états totalitaires et ça ne sert pas tant que ça la cause féministe… C’est rester dans une position où l’on n’appréhende que la différence homme/femme que comme opposition et rapport de domination à renverser pour dominer à la place des hommes, là où il faudrait plutôt convaincre les hommes les plus intelligents pour travailler un véritable rapport égalitaire. On ne peut pas convaincre les hommes qu’on veut l’égalité quand on prétend changer le langage à ce point en renversant le rapport de force plutôt qu’en le neutralisant.

    En plus, les plus cultivées d’entre nous ne manqueront pas de se souvenir des Précieuses Ridicules de Molière… un grand machiste forcément pour avoir écrit ça! Il se moque des aristobourges de son époque qui s’étaient réinventé un vocabulaire truffé de métaphores tellement tarabiscotées qu’elles ne se comprenaient plus entre elles…

    Le combat sur le genre des mots est-il si essentiel ? Sujet de philo à donner au bac tient! A mon avis les combats sont inutiles… ce qu’il faut rechercher c’est une alliance commune avec les hommes pour l’égalité. N’oublions pas que les oppositions hommes/femmes, jeunes/vieux, fonctionnaires/salariés du privé, capitale/province ne sont jamais agitées que pour mieux faire oublier l’opposition riche/pauvre à une époque où les inégalité entre ces derniers n’ont jamais été aussi marquées! C’est un contrefeux d’une politique d’enfumage capitaliste.

    Excuse moi… je fais mon discours des élections présidentielles là! 😀 Mais dès que je vois des néologismes à prétention féministe ça m’énerve gravement car je ne peux pas m’empêcher de penser : « encore une qui s’est trompée de combat ». 😦

    Bref… forcément… J’aurais eu une crise d’urticaire avant d’arriver à la page 100 si je comprends bien! 😆

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