Là où vont les belles choses : Michelle Sacks

Titre : Là où vont les belles choses

Auteur : Michelle Sacks
Édition : Belfond (06/05/2021)
Édition Originale : All the lost things
Traduction : Romain Guillou

Résumé :
Dolly est contente. Elle et son papa sont partis en voiture pour vivre une aventure. Ils changent d’hôtel tous les soirs, voyagent la journée, mangent des burgers et boivent du Coca. Maman ne serait pas ravie, mais ça lui apprendra à partir en week-end sans eux.

Bien sûr, il y a ces soirs où sa mère lui manque, où son père s’énerve, mais dans ces moments-là Dolly a toujours sa jumelle Clemesta à qui raconter ses soucis.

Ce que Dolly ne dit pas, c’est que cette aventure ressemble plutôt à une fuite. Que sa mère n’est pas partie en week-end. Que son père se conduit de plus en plus bizarrement. Et que Clemesta, si elle lui apporte le réconfort qui lui manque tant, ne peut pas lui répondre.

Les kilomètres défilent, un État succède à l’autre, les belles promesses virent au cauchemar, le destin de Dolly est sur le point de basculer…

Critique :
Dolly, jeune fille de 7 ans, a l’esprit bien affuté, les pensées qui vagabondent et elle était toute contente de partir à l’aventure avec son père et sa jumelle, Clemesta, un cheval en plastique, son doudou, sa conscience, sa Jiminy Cricket.

J’aurais dû prendre un pied fabuleux dans ce roman qui met face-à-face la poésie d’un enfant face à la duplicité d’un adulte, j’aurais dû avoir les yeux qui brillaient en suivant le récit de Dolly, ses conversations imaginaires avec son cheval en plastique qui semblait doué d’une vie propre, comme le tigre Hobbes du petit Calvin.

Ben non ! Comprenne qui pourra, moi je ne cherche plus à comprendre pourquoi je cale avec des romans que j’ai fluoré en jaune flashy parce que je voulais absolument les découvrir, avant de passer totalement à côté lors de ma lecture.

Bizarrement, le courant n’est jamais passé entre moi et Dolly…

L’auteure a pris un risque en confiant la narration à Dolly, ça passait ou ça cassait. Dans d’autres romans, c’est passé merveilleusement bien et là, j’ai calé presque directement. Oui, l’horreur, après quelques lignes, je sentais que ça n’allait pas le faire, que les réflexions de Dolly allaient me flinguer la lecture.

Et ça ne l’a jamais fait, malgré que je me sois accrochée à toutes les pages de ce road-trip dont on comprend très vite qu’il n’est qu’une fuite en avant et que Dolly ne veut pas voir la réalité en face, alors que Clemesta, le cheval plastique, lui souffle la triste réalité.

Par contre, c’était intelligent de donner la parole à un doudou, à un cheval en plastique car c’est une belle métaphore sur le passage de l’enfance à celui de la raison, l’âge où les gosses remisent le doudou dans un placard, l’oubliant totalement, n’ayant plus besoin de lui.

Le côté fantasmé du père est lui aussi bien mis en scène, Dolly vouant un culte à son papa, occultant volontairement ses zones d’ombres, sa violence, le transformant à ce moment là en un ours en colère. Dolly est dans le déni.

C’est subtil, ces métaphores enfantines sont facilement compréhensibles pour le lecteur qui additionnera tous les indices et saura que l’on se dirige vers un drame absolu.

Tout cela aurait dû m’émouvoir, m’apporter des émotions en vrac et ce fut un bide total de mon côté, ce qui m’énerve car ce roman me tentait plus que tout et que toutes les critiques sur Babelio sont bonnes. Une fois de plus, je vais à contre-courant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°20].

16 réflexions au sujet de « Là où vont les belles choses : Michelle Sacks »

  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Août 2021 | The Cannibal Lecteur

  2. Parfois la magie opère, et d’autres fois non… Et c’est surprenant parce que là tout de même il y avait un cheval donc ça aurait dû te plaire! 😉 Ah ben oui il était en plastoc… Mais que tu es exigeante!!!! 😆

    Plus sérieusement, comme je n’ai pas lu le livre j’ai deux hypothèses pour comprendre ta réaction.

    1) Soit en effet le fait qu’un adulte écrive en utilisant un narrateur enfant demande un talent particulier car il n’est jamais qu’un adulte qui essaie de porter un regard d’enfant qu’il n’est plus sur les choses… Et parfois ça peut avoir un côté artificiel ou raté… Donc le lecteur ne trouve pas ça trop crédible et comme il n’a accès à l’intrigue que par ce biais il peut se lasser… C’est la possibilité que tu évoques dans ta critique tout en étant pas certaine de pouvoir le dire comme ça car si les retours de Babelio sont bons, peut être alors cela veut-il dire que le roman n’est pas si raté ?

    2) La deuxième hypothèse est plus psychologique. Des enfants dans la situation de cette petite (grandissant entre des parents démissionnaires ou perturbés) j’en vois tous les jours et je peux t’assurer que ça produit une impression toujours désagréable pour ne pas dire douloureuse pour l’adulte… Même s’il a de l’expérience en tant qu’aidant et des outils professionnels pour maintenir cette charge émotionnelle douloureuse à distance. On ne se blase jamais. Les voir se débattre dans le déni de la réalité qu’ils perçoivent mais qui est trop déprimante et anxiogène, se mentir à eux mêmes pour ne pas devenir fous… c’est quelque chose d’éprouvant dans la vraie vie. Aussi comme tu laisses entendre que cette petite fille est dans cette situation, je me suis demandée si ta réaction n’est pas simplement due au fait que l’écrivain a très bien fait son job en te transmettant quelque chose de ce que le vécu de cette fillette a d’insupportable au point de t’obliger à mettre une distance entre elle et toi pendant la lecture te donnant l’impression de ne pas être entrée dans le roman. Parfois en effet les romans parlent de choses qui sont trop éprouvantes pour notre sensibilité et on ne peut pas entrer dedans parce que le romancier sait toucher là où ça fait mal et on s’en protège en étant pas dedans. Dans ces cas là on est pas satisfait de sa lecture et on ne sait pas pourquoi.

    J’avoue que la deuxième hypothèse m’est très personnelle. C’est ce que je vais moi même éprouver en lisant ce genre de choses… Et comme je me connais maintenant… Et bien je ne me hasarde plus à lire ce genre de romans aussi bien écrits soient ils et aussi talentueux qu’ait pu être le romancier. Car justement plus il est talentueux plus ça m’est insupportable (et s’il ne l’est pas ça m’est insupportable aussi mais là pour d’autres raisons et je vais savoir quoi mettre en avant pour critiquer le bouquin! 😉 )… Anybref, la seconde hypothèse je la construit par mon expérience de ce genre de choses mais je me dis qu’il n’est pas impossible que d’autres personnes puissent être aussi traversées par les mêmes mouvements émotionnels dans la lecture d’histoire d’enfants aussi pathétiques et douloureuses.

    Encore un élément qui me fait penser que l’auteur peut se montrer pertinent. Cette histoire de cheval en plastic… qui prend un rôle de sœur jumelle… Sur le plan clinique ça me parle beaucoup : c’est une façon de se dissocier par clivage des émotions que l’on ne veut pas voir en soi en les attribuant à un autre… mais un autre qui en définitive n’est qu’une partie de soi… C’est un mécanisme très réaliste sur le plan clinique… très bien pensé… comme rarement on voit des romanciers capables de le faire. De fait je pense qu’il est très fort pour embarquer son lecteur dans l’insupportable.

    Aimé par 2 personnes

    • Tu m’analyses parfaitement bien, je sens que je vais devoir te donner du pognon 🙂

      Ma lecture m’a donné l’impression de manger un excellent chocolat et de ne n’avoir pas su le goûter parce que c’était canicule et qu’il avait fondu et que je sortais du dentiste. En images, ça donne ce sentiment : je suis passée à côté, mais ce n’est pas de la faute du roman, il est bien fait, mais oui, je me suis trop détachée de la gamine, alors que je me suis attachée à une autre durant le génocide arménien que je viens de lire…. cherchez pas, docteur !

      Entre un roman et son lecteur, ça passe ou sa casse, et quand il passe avec la majorité, c’est que le stûûd (problème) vient de moi. Trop réaliste sans doute…. mais pas réaliste, j’aurais gueulé aussi…

      Je suis maudite, nom d’une pipe 😥

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