Kérozène : Adeline Dieudonné

Titre : Kérozène

Auteur : Adeline Dieudonné
Édition : L’Iconoclaste (01/04/2021)

Résumé :
Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes.

Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer.

Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre elles vont se tisser parfois des liens. Un livre protéiforme pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.

Comme dans son premier roman, La Vraie Vie, l’autrice campe des destins délirants, avec humour et férocité.

Les situations surréalistes s’inventent avec naturel, comme ce couple ayant pour animal de compagnie une énorme truie rose, ce fils qui dialogue l’air de rien avec la tombe de sa mère, ou encore ce déjeuner qui vire à l’examen gynécologique parce qu’il faut s’assurer de la fécondité de la future belle-fille.

Elle ne nous épargne rien, Adeline Dieudonné : meurtres, scènes de sexe, larmes et rires. Cependant, derrière le rire et l’inventivité débordante, sa lucidité noire fait toujours mouche. Kérozène interroge le sens de l’existence et fustige ce que notre époque a d’absurde.

Critique :
Ces derniers temps, avec certaines de mes lectures, c’est la Bérézina totale !

Surtout avec les nouveaux romans d’autrices dont j’avais eu des coups de coeur pour leurs précédents romans.

Je m’étais déjà payée une dégelée totale avec « Seule en sa demeure » de Cécile Coulon, alors que j’avais adoré « Une bête au paradis » et voilà qu’avec Kérozène, je remets ça, même si la faillite est moins totale.

Le précédent roman de l’autrice, « La vraie vie », avait été un coup de cœur phénoménal. Pour son petit dernier, je suis le cul entre deux chaises… Et l’écart est tel que j’ai du mal à rester assise. Je m’explique.

Si certaines nouvelles composant ce roman m’ont plu (notamment celle avec le cheval, on ne se refait pas), d’autres m’ont mises très mal à l’aise, comme celle avec le test gynécologique.

Le problème ne vient pas de l’examen en lui-même, mais de la passivité de la femme qui le subit ! Mais putain, pourquoi elle accepte une telle chose lors d’un dîner ? Moi, j’aurais éparpillé les deux zozos façon puzzle…

L’autre chose qui m’a dérangé, c’est que bien que toutes ces petites nouvelles aient des choses intéressantes à dire, qu’elles soient grinçantes, qu’elles fustigent une certaine société, qu’elles soient d’un noir d’encre, il manque tout de même un lien entre elles !

Ok, tout ce petit monde se retrouve ensuite à la pompe d’essence, mais bon, c’est un peu court, un peu trop léger. Déjà rien qu’au niveau des proportionnelles : un tel rassemblement est quasi impossible avec si peu de gens, sauf au cinéma ou en littérature…

Mais bon, autant je sais être bon public et passer sur des incohérences, autant il me faut du carburant pour me faire marcher et ici, nous avions beau être dans une station d’essence, il a manqué du carburant pour faire tourner le moteur et l’étincelle pour rendre le tout explosif. Ou un anneau pour les lier tous…

Le but de ma chronique n’est pas de dire que le roman est mauvais, loin de là, il y a du bon dans ces portraits qui pourraient se lire tous indépendamment les uns des autres.

C’est une critique acide de notre société qui se retrouvent dans ces portraits. C’est dans le vitriol que l’autrice a trempé sa plume pour écrire ces mots. La férocité de sa plume est toujours là, c’est déjà ça…

Manquait juste le liant pour que la transition entre toutes les histoires soit parfaite. Un bouquet final autre que celui qui arrive et qui fait plus pchiiittt que « point de bascule » véritable. Comme si après avoir tout donné pour dresser des portraits farfelus, décalés, grinçants, l’autrice n’avait plus eu assez de kérozène pour finir en beauté ce périple cynique.

Le coup de la panne d’essence, ça n’a jamais marché avec moi…

Va falloir appeler la dépanneuse pour remorquer ce final échoué sur la bande des pneus crevés…

J’aurais aimé qu’il termine dans mes coups de coeur de l’année, hélas, il n’ira pas… Et croyez-moi que ça me désole fortement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°68].