Petit Piment : Alain Mabanckou

Titre : Petit Piment

Auteur : Alain Mabanckou
Édition : Points (2017)

Résumé :
Jeune orphelin de Pointe-Noire, Petit Piment effectue sa scolarité dans une institution placée sous l’autorité abusive et corrompue de Dieudonné Ngoulmoumako. Arrive bientôt la révolution socialiste, les cartes sont redistribuées.

L’aventure commence. Elle le conduira notamment chez Maman Fiat 500 et ses dix filles, et la vie semble enfin lui sourire dans la gaité quotidienne de cette maison pas si close que ça, où il rend toutes sortes de services.

Jusqu’à ce que ce bonheur s’écroule. Petit Piment finit par perdre la tête, mais pas le nord : il sait qu’il a une vengeance à prendre contre celui qui a brisé son destin.

Critique :
« Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko » peut se vanter d’avoir le nom le plus long de toute la création !

Afin de vous coucher moins bête ce soir, cela signifie « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres ».

À l’orphelinat de Loango (République du Congo) où il a été placé depuis sa naissance, on le nomme Moïse. C’est plus facile. Ensuite, on le connaîtra sous le surnom de Petit Piment.

Tout allait plus au moins bien à l’orphelinat, Moïse était satisfait, il adorait Papa Moupelo qui leur donnait catéchisme toutes les semaines et qui était très gentil avec les orphelins, qui les respectaient. Hélas, vint la Révolution socialiste et tout changea du jour au lendemain, passant de « pas trop mal » à « horrible ».

Dieudonné Ngoulmoumako est le directeur de l’orphelinat, est corrompu jusqu’au trognon, c’est un lécheur de bottes, il est cruel, autoritaire, despotique, raciste envers les autres ethnies et comme tout bon magouilleur qui se respecte, il a placé à ses côtés les membres de sa famille. Son socialisme est fait de caviar.

Moïse, lui, est un garçon auquel on s’attache assez vite. Il est notre narrateur et se fera un plaisir de vous raconter ce qu’il sait de son pays, de l’orphelinat, de la société congolaise, avec ses ethnies, son racisme (qui n’est pas l’apanage des Blancs), ses codes, ses superstitions, ses croyances… Il en sait peu, n’ayant jamais mis les pieds dehors, mais son témoignage est éclairant et l’on en saura plus sur la société congolaise des années 60/70.

Le changement interviendra lorsqu’il sortira de l’orphelinat, passant d’un monde semi-protégé à celui de la délinquance juvénile, dans les bas-fonds de Pointe-Noire où le roman prendra un tour plus sombre, plus noir, plus social, avec ses prostituées, la politique du maire, les différentes bandes de gamins des rues, voleurs, chapardeurs et autres.

Jusqu’à son incorporation dans la maison close de Maman Fiat 500, le récit me plaisait, le plume d’Alain Mabanckou m’enchantait (je la découvrais) et c’était un réel plaisir de parfaire mes connaissances sur l’Afrique.

L’auteur ne se voile jamais la face, il dit les choses telles qu’elles sont, sans tourner autour du pot. Le récit de Moïse/Petit Piment est empreint d’un mélange de naïveté et de grande lucidité. Les deux étant équilibrés.

Petit Piment (qui ne se prénomme plus Moïse) évoluait dans le bon sens, son parcours de vie était toujours instructif à suivre et l’auteur avait glissé habillement la politique dans le récit de notre gamin devenu adulte. Aucun ennui ne pointait son nez à l’horizon de cette lecture, même si le rythme est assez lent dans certains parties.

Là où le bât a blessé, c’est après l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises » où notre narrateur va péter un câble voyant qu’il a perdu ses derniers repères, son dernier giron et à partir de ce moment-là, le récit ne m’a plus emballé du tout, je m’y suis ennuyée, ne me retrouvant plus dans les élucubrations de Petit Piment.

La sensation d’un récit d’embourbant, tournant en rond, ne m’a plus quitté. Cela devenait lourd et j’ai terminé le récit en sautant quelques passages, notamment dans le cabinet du psy.

Dommage, plus des trois-quarts du roman m’avait emballé et la panne s’essence à surgit dans les derniers kilomètres. Bien que je comprenne la folie qui prend Petit Piment, bien que je comprenne qu’il ne veuille pas en sortir, cette partie-là ne m’a pas enchanté.

Malgré ce bémol de fin de voyage, je garderai les bons côtés du roman, notamment l’apprentissage de la vie de Moïse, ses errances, ses erreurs et tout ce que j’ai appris sur la société africaine, en particulier celle de la République du Congo, avec ses règles, ses magouilles, ses problèmes entre ethnies.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (République Congo).

55 réflexions au sujet de « Petit Piment : Alain Mabanckou »

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  2. Ping : Challenge « Le tour du monde en 80 livres  chez Bidib (2022) | «The Cannibal Lecteur

      • Non. C’est pas toutes les mutuelles qui remboursent et… C’est pas remboursé quand tu n’y vas pas. La mutuelle et la sécu ne remboursent que les soins effectifs. Pas tes erreurs. Non mais! Il faut que tu paies quand même les honoraires car le psy a un manque à gagner qu’il n’a pu combler en réattribuant le rdv. C’est comme ça épicétou. Et t’a intérêt à obtempérer parce que sinon il peut te décréter folle-perverse dangereuse et te faire interner à vie dans une cellule capitonnée et fermée sans fenêtre dans les sous-sols et on te fera alterner douches brûlantes à 3 bars de pression (et pas 3 pressions au bar! 😉 )avec bains glacés entre deux séances d’électrochocs heu… je veux dire de sismothérapie ! 😦

        Alors? Tu paies ? 😆

        PS: Je suis une bonne négociatrice, non ? 😀

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        • Je suis déjà en cellule capitonnée ! Je suis capitonnée de mes jambes aussi 😆

          Mais pas de soucis, je vais payer, en nature, parce que je n’ai pas de liquide sur moi :p Quand monsieur le psy aura sorti son petit freud, je vais le lui mordre et me carapater 😆

          L’autre jour, chez mon médecin, je suis passée en avance parce que la madame avant moi n’était pas venue… puis elle a téléphoné pour dire qu’elle serait en retard (ben, le médecin l’avait déjà remarqué) et elle lui demandait de « tenir » son rdv, c’est-à-dire de la laisser passer lorsqu’elle arriverait… il l’a envoyé paître 😆

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          • J’espère en plus qu’il lui a fait payer très cher ce rdv manqué! 😁

            Moi je travaille dans un service public alors on fait pas payer mais j’en ai tellement marre des gens qui posent des lapins sans prévenir que j’ai proposé à ma cheffe de faire payer les gens SEULEMENT quand ils ne viennent pas puisque une absence c’est un rdv qui n’a pas été donné à quelqu’un d’autre et donc une sorte de manque à gagner pour la communauté qui m’a payée à ne rien faire pendant ce temps… et ben… ma cheffe trouvait le principe intéressant mais inapplicable ! Grrrr!

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            • Rhôô^, l’imbécile ! Faut faire payer et dans des tas de cabinets, c’est ainsi ! Tu paies comme si tu avais été à la consultation ! Maintenant, la plupart envoie des sms de rappel, mais merde quoi, les gens ne sont pas des enfants, on a tout pour noter et ne pas oublier !

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              • L’application Doctolib qu’on est presque obligé d’utiliser pour tous les médecins en France (vu que leurs standards de secrétaires partagées ne répondent au téléphone qu’au bout de dix huit appels te faisant écouter du Vivaldi -toujours les 4 saisons… j’en peux plus des 4 saisons! – pendant deux heures avant de raccrocher), on a un mail de confirmation puis un rappel une semaine avant le rdv et encore un rappel la veille ou avant veille. Mais c’est pas si mal car avec mon généraliste je dois prendre rdv un mois à l’avance pour les deux rdv de suivi annuel (les rdv quand tu tombes malade sont sur ses créneaux d’urgence seulement accessibles par le secrétariat). Avec les spécialistes le rdv doit être pris 3 mois à l’avance des fois… Donc le rappel c’est pas si mal parce que certes, j’ai des rappels sur mon téléphone et un agenda… Mais les rdv pris des semaines à l’avance on les oublie facilement quand on se laisse happer par la routine.

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                • Je suis contente qu’avec le mien, on peut encore téléphoner tout simplement au secrétariat et prendre rdv. Une secrétaire, qui est là depuis 20 ans, me connais bien et ne me demande même plus mon nom 😆 Chez mes parents, faut passer par un standard téléphonique et ça prend du temps !! Le voisin de mes parents a un jour dit qu’il avait plus facile d’avoir un véto qu’un médecin et qu’il se demandait même s’il n’allait pas appeler un véto pour soigner sa gamine 🙂 Et il aurait eu raison !

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