Brokeback mountain : Annie Proulx

Titre : Brokeback mountain

Auteur : Annie Proulx
Édition : Grasset (2006)
Édition Originale : Close Range (2009)
Traduction : Anne Damour

Résumé :
Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis Del Mar et Jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, n’ont pas vingt ans.

Ils se croisent le temps d’un été. La rencontre est fulgurante. Ni le temps, ni l’espace, ni les non-dits, ni la société n’auront raison de cet amour – que seule brisera la mort.

Le récit déchirant d’une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l’écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine.

Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Le secret de Brokeback Mountain qui a obtenu le Lion d’or 2005 à la Mostra de Venise, c’est « une grande histoire d’amour, une complicité totale et honnête entre deux êtres ».

Critique :
Lorsque j’avais vu le film, il y a un sacré bout de temps, j’avais trouvé que c’était une belle histoire d’amour entre deux hommes.

Deux hommes qui ne peuvent vivre ensemble, parce que dans les années 80, on tabasse les homosexuels à coup de démonte pneu…

La discrétion est donc de mise lorsque deux hommes ressentent des penchants l’un pour l’autre et veulent les assouvir.

Pourtant, dans ce court roman, j’ai dû chercher les émotions, l’amour, tant ça ressemblait plus à du sexe entre deux mecs qui se disent l’un à l’autre qu’ils ne sont pas des pédés.

Effectivement, le terme est barbare, mais les gars, faut pas vous leurrer, vous êtes attiré l’un par l’autre et si au départ il n’y avait que du cul entre vous (et de la bite), on dirait bien qu’ensuite, l’amour s’est déclaré, mais que vous ne vouliez pas vous l’avouer.

Rien à déclarer, messieurs ? Si, moi Jack Twist, j’ai aimé Ennis Del Mar, même si je me suis marié et que j’ai un enfant. Ne pas le voir aussi souvent que j’aurais voulu me détruisait à petit feu. Sans doute n’a-t-il jamais compris à quel point je l’aimais…

Quant à moi, Ennis Del Mar, je ne veux pas le dire, mais Jack m’a manqué durant les 4 années où je ne l’ai pas revu et malgré mon mariage, mes deux gamines que j’aimais plus que tout, je n’ai pas hésité à les abandonner sans trop de remords, mais je n’ai jamais osé avouer à Jack mon amour pour lui. Il aurait dû lire entre les lignes, comme vous, chères lectrices.

Effectivement, il faut lire entre les lignes pour voir l’histoire d’amour derrière celle du sexe brutal. Il faut se mettre dans leur peau, dans leur tête, dans l’époque afin de ressentir la peur que pouvait éprouver les hommes qui étaient homosexuels.

Cela permet aussi de comprendre leur mensonge, leur non-dits, leur virilité affichée, leur déni, leur cachoterie et leur mariage, afin de montrer à tout le monde qu’ils étaient « normaux » (attention, je ne dis pas que l’homosexualité est anormale, je parle de la vision que la majorité des gens avaient de l’homosexualité, à cette époque-là).

Maintenant, dans nos sociétés, dans nos pays, il est plus facile de vivre avec une personne du même sexe que vous qu’ailleurs, à d’autres époques. Il est donc facile de les traiter de couards, de dire qu’Ennis a manqué de courage en ne voulant pas s’installer dans un ranch avec Jack, mais en fait, il avait tout simplement trop à perdre. Ne jugeons pas.

Les dialogues entre nos deux hommes sont comme eux, assez bruts, des phrases courtes, avec peu de mots, peu d’adverbes, bref, limités au strict minimum, ce qui donne parfois l’impression d’être avec des cow-boys bouseux de chez bouseux. C’est assez âpre.

De plus, dans le film, nos deux hommes sont sexy, dans la nouvelle, ils puent, ont les jambes arquées, les dents de travers, bref, ils sont plus réalistes mais moins glamour.

Malgré tout, le film est plus émouvant que le roman et, pour une fois, j’ose dire que l’adaptation est mieux réussie que le support littéraire (ce qui est très rare).

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 94 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

19 réflexions au sujet de « Brokeback mountain : Annie Proulx »

  1. Ping : Bilan du Mois Américain Non Officiel – Septembre 2022 – En solitaire (et solidaire) | The Cannibal Lecteur

  2. Ping : Bilan Mensuel Livresque : Septembre 2022 [MOIS AMÉRICAIN 2022] | The Cannibal Lecteur

  3. Ping : Les challenges : bilan de septembre | Mes Promenades Culturelles 2

  4. Vu. Il y a longtemps donc mes souvenirs ne sont peut être p’us assez affûtés.🤔

    Il y a du bon et du moins bon dans ce film. Certains trucs sont abordés un peu comme des clichés mais ça a été tourné il y a un moment donc des fois il faut commencer par les clichés pour sensibiliser à certaines choses… donc je ne critique pas trop sévèrement.😉

    Cependant… SPOILER… allez voir ailleurs si vous ne l’avez pas vu et âmes sensibles et mineurs allez voir ailleurs c’est NSFW :

    La scène sous la tente m’a un peu dérangée parce que ça ressemble quand même à un viol. Et l’idée que l’on puisse penser que le mec « en dessous » a aimé assez pour recommencer et ne pas tuer le mec « au dessus » ça me dérange aussi car ça laisse planer l’idée que non c’est pas vraiment non… et qu’aime bien les entrées en force. Et puis excusez moi mais la sodomie à la hussarde sans préparation ou presque ça ne laisse pas de bon souvenirs… même si on est un gay pratiquant depuis des siècles ! On se demande comment il peut encore monter à cheval après ça ! 🤬

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    • Chouette, je viens d’apprendre un truc que je ne savais pas ! Non, pas au sujet de la sodomie à la hussarde, mais du sigle NSFW ! Putain, je me coucherai moins biesse !

      Rhôô, je ne me souviens plus de cette scène, honte à moi. Mais dans le livre aussi, sous la tente, c’est un peu hard tout de même… moi, tu ne me ferais plus poser mon cul sur une selle après une entrée pareille…

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      • Ah ben oui, j’ai eu via Toqué des retours de proctologues qui doivent soigner des déchirures anales chez des jeunes filles ou plus rarement jeunes hommes (les garçons qui pratiquent sont plus rares statistiquement et en plus plus « informés ») dont les partenaires ont regardé trop de pornos. Un vrai carnage il paraît ! Il faut tellement de temps de préliminaires sur un anus inexpérimenté pour que ça puisse passer que soit popaul s’endort soit les bourrins vont trop vite. D’où le côté pas crédible de la scène surtout si le gars d’en dessous remonte à cheval comme si de rien n’était le lendemain !

        Et pis voilà : l’un prend l’autre sans un mot et en le saisissant d’une façon énergique laissant peu de place pour un refus… c’est pas top… Qu’on commence par revoir ça avant d’emmerder la scène du baiser dans Blanche Neige ou la Belle aux Bois Dormants!😉

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        • Dans les films, c’est tourne-toi Simone et hop, un petit crachat dans la main et on entre comme dans un magasin qui vient d’ouvrir grand ses portes ! Oui, j’ai un peu de culture XXX, mais on se lasse vite. J’avais mal pour la femme (qui était préparée en coulisses, bien entendu). Plus les trucages…

          On fait tout une affaire pour B-N, parce que c’est une femme et l’autre un mec, mais entre deux mecs, si c’est bourrin, limite j’entre sans demander la permission, ben on ferme sa gueule… Hypocrisie ? Truc à deux vitesses, comme ces joueurs de foot qui mette un genoux à terre pour le pauvre Floyd, étouffé par des flics US mais qui fermeront leur gueule au Qatar, malgré les 6.000 morts et les conditions de travail plus que déplorable ? Et dont personne ne parle non plus en France, parce qu’il ne faut pas se leurrer, il y a des travailleurs précaires chez nous aussi ! Ceux qui ramassent les tomates sont des sans papiers, des immigrés, des pauvres gens qui bossent dur pour pas cher et pour que nous ayons le tout à petit prix.

          Pfffff, je m’en vais déprimer et me soûler au café ! 😥

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          • Quand on veut parler d’égalité des sexes, cela suppose de reconnaître que la violence conjugale a aussi lieux sur les hommes et que les hommes aussi peuvent être victimes de viols. Sauf que la position de victime sexuelle ou de violences conjugales abîme l’image masculine que les mecs doivent maintenir (sinon on se moque d’eux, les tourne en dérision ou on met en doute leur parole). Donc comme en plus ils sont moins nombreux que les femmes dans cette situation ils ferment leurs gueules et faut pas compter sur certains mouvements féministes pour penser à eux et faire cause commune avec les hommes victimes. C’est dommage. Toutes les victimes doivent être protégées… et la revendication féministe devient elle aussi un brin sexiste quand elle n’inclue pas les hommes qui ont subi les mêmes choses. Leur réthorique basée sur le lien rapide homme=agresseur ne peut admettre de se faire aussi « inclusive ».

            Je suis contre le foot. Je boycotte systématiquement. Au Qatar comme ailleurs! C’est outrageusement scandaleux évidemment avec le Qatar mais c’est toujours et ça ne restera que des histoires de gros sous le foot ou les grands événements sportifs! Ça m’écœure.

            Je que je trouve ahurissant c’est que certains ne découvrent le scandale du Qatar que maintenant alors que ça fait des années que ça a été signé. Les morts se sont accumulés depuis… mais la condition des femmes? Des minorités (sexuelles ou religieuses c’est kiff kiff)? Et le statut des travailleurs étrangers (ton employeur te confisque ton passeport… tu repars seulement si on t’y autorise)? Sans parler du désastre écologique et de l’inadéquation du climat local avec le sport en plein air… On le savait depuis le début des négociations ! Etrange… c’est passé quand même. Je ne me fais aucune illusion : la conscience politique sais se mettre sur pause pour le sport. Ça chauffait déjà avec l’Ukraine pendant les jeux de Sotchi… pas de manière aussi dure qu’aujourd’hui mais bon… l’annexion de la Crimée c’était avant ou après les jeux ?
            Neron avait tout compris! Ce sue veut le peuple ? Du pain et des jeux! Donne lui ça et mets tes problèmes sur le dos d’une minorité et tu obtiens ce sue tu ceux.
            Marx disait que la religion était l’opium du peuple… aujourd’hui c’est le sport!😡

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            • Oui, je n’aime pas le côté réducteur de certains et certaines, comme d’exclure des violences les hommes qui les subissent. Comme cette connerie de faire des lois qui dit que tu ne peux pas frapper une personne en raison de sa race, religion…. merde, on ne peut frapper personne, point barre ! Un article de loi, pas besoin d’en faire un pour chaque cas qui pourrait se présenter. Faut juste préciser les cas de légitime défense, mais pour le reste, si on fait un article au cas par cas, il en faudra 36… On se complique la vie, parfois !

              Le Qatar, cela fait longtemps qu’on en parle dans le Canard et dans une émission humoristique de chez nous, on ne peut pas dire qu’on n’était pas au courant, en plus, on a parlé au tout début du problème de la chaleur et puis on déplace tout en novembre et hop, plus de problèmes ! Je ne sais pas combien certains ont touché, mais à mon avis, ils ont palpé le gros gros lot !!!!

              Panem et circenses, il avait tout compris, le mec !!! Ça marche encore et toujours…. Non, l’évolution n’a pas eu lieu dans nos cervelles… :/

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  5. C’est une nouvelle, initialement publiée dans le recueil « Les pieds dans la boue » et je me souviens que je l’avais lue lors d’un passage en bibliothèque. Je crois que j’avais bien aimé mais effectivement le style n’avait rien de lyrique.

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    • Oui, en regardant un peu les différents ouvrages de l’autrice, j’ai vu qu’il venait d’un recueil de nouvelles, après le film, pour vendre la nouvelle, il valait sans doute mieux l’éditer seule. Marketing :p

      Le ton est froid, empreint de leur réserve, de ce qu’ils ne peuvent pas dire, et à l’époque, on le comprend. Le ton est réaliste, même s’il reste froid.

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