Minuit à Atlanta : Thomas Mullen

Titre : Minuit à Atlanta

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (05/05/2021)
Édition Originale : Midnight Atlanta (2021)
Traduction : Pierre Bondil

Résumé :
Après le succès de Darktown et Temps noirs, voici le troisième opus d’une saga criminelle qui explore les tensions raciales au début du mouvement des droits civiques.

Atlanta, 1956. L’ex-agent de police nègre Tommy Smith a démissionné pour rejoindre le principal journal noir d’Atlanta en tant que reporter. Mais alors que le Atlanta Daily Times couvrait le boycott organisé par Rosa Parks à Montgomery, son directeur est retrouvé mort dans son bureau, et sa femme injustement accusée d’assassinat par la police. Qui pourrait en avoir après le principal patron de presse noir d’Atlanta ?

Et qui était-il vraiment ? FBI, flics racistes, agents Pinkerton, citoyens opposés à la déségrégation : beaucoup de monde, en vérité, semble s’intéresser à cette affaire d’un peu trop près.

Critique :
♫ One night in Atlanta makes a humble man hard ♪ (1)

Une nuit dans le quartier de Darktown (Atlanta) pourrait rendre un homme humble, dur. Car la vie dans le quartier pauvre n’est pas facile.

Les habitants, Noirs, doivent se battre tous les jours contre les injustices, les non-droits, les brimades des Blancs, les manques de moyens des écoles…

Lorsque tu penses que cela va aller mieux, les Blancs en rajoutent une couche pour que les Noirs restent bien à leur place, loin d’eux. Bref, la vie n’est pas simple.

Les deux romans précédents étaient consacrés à notre duo de flics Noirs, Lucius Boggs et Tommy Smith. Ce dernier a démissionné de la police afin de rejoindre l’ Atlanta Daily Times, principal journal noir d’Atlanta. Peut-être qu’en tant que reporter, il pourra faire évoluer certaines mentalités, dénoncer des injustices…

Cela m’a fait drôle de ne plus avoir Smith aux côtés de Boggs. J’aimais leur duo, diamétralement opposé et qui fonctionnait pourtant bien, avec ses hauts et ses bas. Heureusement, Tommy n’a pas oublié ses anciens réflexes de flic et lorsque son boss, Arthur Bishop, se fait assassiner dans son bureau, il va mener l’enquête et découvrir des choses…

Une fois de plus, l’auteur frappe en grand coup avec ce roman noir, bien que différents des autres. Nous aurons toujours des entrées dans le poste des policiers Noirs, nous suivrons l’enquête de leur lieutenant, mais nous passerons plus de temps avec le journaliste Smith et dans l’enceinte de son journal.

C’est une page d’histoire que l’auteur nous ouvre, sortant les squelettes des placards, la pourriture des pages américaines, avec le racisme, la ségrégation, l’absence de droits pour la population Noire.

Un vent de révolte souffle sur l’Amérique, les temps changent, ou veulent changer. À Montgomery, les Noirs boycottent les bus, Rosa Parks a refusé de céder sa place à un Blanc, on parle de déségrégation dans les établissements scolaires, que des Noirs pourraient aller étudier dans les écoles des Blancs. Et ça, les Blancs n’en veulent pas.

La décision de supprimer la ségrégation dans les établissements scolaires avait initialement abasourdi les Blancs, …Maintenant, le Sud blanc se mobilisait avec fébrilité. Les nouveaux Conseils de citoyens blancs organisaient des rassemblements, rédigeaient des lettres et mettaient un point d’honneur à châtier financièrement les Noirs qui disaient ou faisaient quelque chose pour favoriser l’accès aux droits civiques.

Il est à noter que les termes utilisés par certains personnages pour parler des Afro-américains est le « N word », ce qui pourrait choquer les adeptes de la cancel culture ou tout autre personne qui ne veut pas entendre, qui ne veut pas savoir. Le mot est choquant, bien entendu, mais en 1956, si les Blancs avaient utilisé le terme politiquement correct, ce serait un putain d’anachronisme !

Ce roman met aussi en lumière les difficultés pour des Blancs de fréquenter des Noirs (et vice-versa), ce qui était hyper super mal vu à l’époque. Joe McInnis, le lieutenant Blanc, responsable des policiers Noirs, en sait quelque chose. Ce troisième opus le met un peu plus en avant.

Lui n’utilise pas les vilains mots pour désigner les Noirs, mais il est sans cesse sur la corde raide. Ses policiers Noirs voient en lui un Blanc et les Blancs voient en lui un ami des Noirs (ils utilisent l’autre mot, bien entendu). Il n’est pas facile d’être le seul face aux autres. Comme le disait Dumbledore « Il faut du courage pour affronter ses ennemis mais il en faut encore plus pour affronter ses amis ».

Personne n’est atteint de manichéisme, dans ce roman sombre, tout le monde évolue comme il le peut, dans un monde où l’injustice règne en maître, ou les Blancs ne veulent pas perdre leur hégémonie, partager leur ville ou leurs écoles avec des Noirs et où ces derniers ne demandent pas grand-chose, juste d’avoir des conditions décentes de vie.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’écriture de Thomas Mullen est trempée dans l’acide, sa plume est une épée qui tranche mieux que le fil affuté d’un poignard.

Il dénonce, sans pour autant que les procès soient à charges, mais il ne se prive pas de dénoncer la laideur de la société américaine des années 50 (et même de l’après Première Guerre Mondiale où on lynchait des soldats Noirs vétérans de la Grande Guerre).

L’enquête est complexe, aura des ramifications un peu partout et nos enquêteurs auront bien du mal à trouver le coupable du meurtre et à mener des investigations alors que les flics Blancs ont déjà bétonné le dossier en accusant une possible innocente. Il faudra rester concentré sur sa lecture.

Un roman noir décrivant une période encore plus sombre, mais ô combien réaliste. Une trilogie explosive, que j’ai lue avec grand plaisir, même si j’avais les sangs qui bouillonnaient.

(1) One night in Bangkok de Murray Head – après une mini transformation

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°49] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

17 réflexions au sujet de « Minuit à Atlanta : Thomas Mullen »

  1. Ping : Troisième bilan du challenge Thriller et polar édition 2022-2023 | deslivresetsharon

  2. Ping : Bilan du Mois Américain Non Officiel – Septembre 2022 – En solitaire (et solidaire) | The Cannibal Lecteur

  3. Ping : Bilan Mensuel Livresque : Septembre 2022 [MOIS AMÉRICAIN 2022] | The Cannibal Lecteur

  4. Pourquoi pas ? 🤔 les histoires de ségrégation raciales me font généralement monter la tension du fait de leur injustice (comment la différence de couleur pourrait justifier tout ce qu’on a fait en son nom ? Et puis… quand ont abolit l’esclavage parce qu’on reconnaît que l’autre est un humain on le traite VRAIMENT comme tel! On va jusqu’au bout du raisonnement !!! Merde quoi! 😡😡😡)… Mais là il y a une intrigue policière qui permet de réviser son histoire à garder en mémoire. A l’occasion d’une autre commande à ma libraire… pourquoi pas ? 😁

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