L’Outsider : Stephen King

Titre : L’Outsider

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2019 / Livre de Poche (2020)
Édition Originale : The Outsider (2018)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
PARFOIS, LE MAL PREND LE VISAGE DU BIEN.

Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City.

Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.

Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.

Et si c’était vrai ?

Critique :
Au rayon de mes lectures super en retard, j’avais un King datant de 2019. Comme ils vieillissent très bien, je ne me suis pas inquiété…

Stephen King ne perd pas de temps et nous plonge de suite dans une enquête sur le meurtre épouvantable d’un garçon d’une dizaine d’années.

Les témoignages sont unanimes, les empreintes le seront aussi : le coupable est le coach de base-ball, le professeur d’anglais, le très estimé Terry Maitland.

Oui mais, il y a des preuves et des témoignages qui le disculpent, puisqu’il était ailleurs et jusqu’à ce jour, personne ne possède le don d’ubiquité, ce don qui permettrait d’être à deux endroits à la fois.

Stephen King nous plonge au cœur d’une famille où tout vient de s’écrouler. Non, pas celle de l’enfant assassiné de manière horrible et gore, mais dans celle de l’accusé, celui qui, maintenant, est vilipendé par toute la ville, par les amis qui l’appréciaient, par les gens dont il a entraîné les gamins, qu’il a invité à des barbecues. Les vestes se retournent très vite dans ce genre d’accusation.

La douleur d’une famille qui perd un enfant, même dans les conditions d’un meurtre, il est assez facile de s’y identifier, mais celle d’un accusé d’un meurtre pédophile, là, c’est plus complexe, cela va à l’envers de ce que nous sommes.

Oui, mais, et si l’homme n’était pas coupable ? Y a-t-on songé, dans ce déversement de haine ? Qu’en sera-t-il de sa vie après l’accusation ? Foutue, irrémédiablement, tout comme celle de la famille du jeune gamin assassiné…

Arrivé au tiers de ce roman fantastique, sans trop reprendre ma respiration, je savais que j’avais en main un très bon Stephen King. Mais allait-il virer en Excellent Roman du King par après ? Mystère et boule de gomme et je compte bien faire un peu durer le suspense, maintenant que j’ai ma réponse.

L’élément fantastique est présent, mais il n’est pas le plus important. Ne cherchez pas un monstre sous votre lit. D’ailleurs, ce qui m’a fait le plus peur, dans ce roman, c’est le côté rouleau compresseur de la Justice et de la police.

Être accusé d’un crime que l’on n’a pas commis, un crime pédophile en plus, c’est l’élément le plus glaçant. Vous savez que vous êtes innocent, mais personne ne vous écoute, même lorsque votre avocat prouve que vous n’étiez pas là le jour du meurtre.

La vindicte populaire, le lynchage public, ça fout la trouille aussi. Idem pour l’hystérie collective. Même innocenté ensuite, il restera toujours des traces sur vous et votre famille en souffrira, parce que le tribunal populaire, qui aime juger, qui aime crier fort, chuchotera qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Bref, vous êtes mort socialement, même en étant innocenté.

L’inspecteur Ralph Anderson fait partie des personnage principaux, Holly Gibney arrivera bien après. Une fois de plus, Stephen King n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour que ses personnages soient réalistes et attachants. On sait peut de choses d’eux, mais c’était suffisant, pas besoin de plus.

Les 800 pages de la version poche se lisent toutes seules, l’écriture du King fait toujours le job et jamais je ne me suis ennuyée. Quelques piques envers Trump m’ont fait sourire et les références à Holmes m’ont fait plaisir. Effectivement, dans cette histoire, lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité.

Maintenant, je peux vous le dire, c’est un Très Bon Stephen King, mais pas du niveau de Son Excellentissime ÇA.

Malgré tout, son Outsider fait peur : il cible des enfants, se nourri de la tristesse des gens, prend l’apparence de gentilles personnes pour commettre ses forfaits et se repait ensuite de tout ce qui en découle. C’est un manipulateur terrible. Et les manipulateurs, ça me fout la trouille.

Pas un coup de coeur, mais il n’est pas passé loin… En attendant, cela reste un roman du King comme je les aime : de l’épouvante, du mystère, des personnages forts, réalistes, une créature parfaitement maîtrisée, qui fait peur, un récit où on ne s’ennuie jamais et un final bourré d’adrénaline.

Mais pourquoi ne l’ai-je pas lu plus tôt, moi ??

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XX] et et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Roman Épouvante.

 

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Sherlock Holmes – Compléments d’enquête : Jean Alessandrini

Titre : Sherlock Holmes – Compléments d’enquête

Auteur : Jean Alessandrini
Édition : Andersen (26/03/2021)

Résumé :
Avril 1891. Traqué par son ennemi juré, le sinistre professeur Moriarty, Sherlock Holmes gagne Strasbourg. Alors qu’il dîne avec le Dr Watson au pied de la cathédrale, on l’informe d’une étrange histoire de meurtre, qui va challenger sa légendaire sagacité…

Trois ans plus tard, il se rend à Paris pour recevoir la Légion d’honneur des mains du président de la République. Mais les autorités le conduisent assez vite au Muséum d’histoire naturelle, théâtre d’un véritable carnage. Voilà Sherlock embarqué dans la plus monstrueuse affaire de sa longue carrière…

Une carrière intemporelle : en 2045, à Londres, son descendant direct a repris le flambeau et semble avoir hérité du même cerveau en ébullition. Un cerveau qui sera mis à rude épreuve dans ce cybermonde effrayant où la criminalité a changé de visage…

Trois énigmes policières, trois nouvelles captivantes qui ressuscitent la lettre et l’esprit de Conan Doyle, et subliment son univers.

Critique :
Sherlock Holmes, je le préfère servi en nouvelles, sans élément fantastique (ou alors, tout doit s’expliquer sans avoir recours au fantastique).

Les deux premières nouvelles sont agréables à lire, les personnages ressemblant assez fort aux canoniques.

L’écriture de l’auteur n’est pas simpliste et dans la narration, on sent qu’il a travaillé ses phrases afin de leur donner un petit air de texte de l’époque victorienne.

La première se déroule à Strasbourg, durant la fuite de Holmes de Londres, pendant que Scotland Yard arrête la bande à Moriarty. Si la mort semble banale (poignardé par derrière), la méthode utilisée l’était beaucoup moins. Réalisable ou pas ? Je ne sais pas, mais en tout cas, c’était bien trouvé.

La seconde se déroule à Paris, lorsque Holmes doit recevoir la Légion d’Honneur. Un carnage horrible a eu lieu au Muséum d’histoire naturelle : 4 morts, violentes et des cadavres bien mal en point.

Là aussi, on sort de l’ordinaire, avec le coupable (qui est plausible) et avec les explications finales de Holmes, qui a résolu un autre mystère, sans rien dire à personne. Hormis à Watson et à nous…

La troisième se déroule dans le futur, avec les descendants de Holmes et Watson. L’univers est différent et le Holmes de 2045 utilise un ordinateur compilant les esprits de ses ancêtres pour résoudre l’affaire du vol au musée. Heu, c’est tricher, ça, jeune Holmes du futur ! Pas de déduction, juste une demande à un super Google…

Par contre, le final était drôle, c’est ce qui sauve cette dernière nouvelle.

Malgré le fait que j’ai moins aimé la dernière nouvelle, les deux premières étaient agréables à lire, intéressantes, bien faites et sortaient de l’ordinaire.

Un chouette petit recueil de nouvelles, une bonne pioche.

PS : par contre, faute grave dans le fait que l’auteur place une phrase à la limite de l’hérésie dans la bouche de Sherlock Holmes : « Tout cela était élémentaire, mon cher Watson ».

D’accord, elle est subtilement différente de cette horreur que l’on fait dire à Holmes dans les films « Élémentaire, mon cher Watson » qui n’est pas canonique du tout. Là où le bât blesse, c’est que notre narrateur Watson ajoute que « Cette phrase était une des expressions favorites de Holmes, et j’avoue que, pour l’avoir autant de fois entendue, je n’y prêtais plus guère attention. Or, cette fois, Dieu sait pourquoi, elle me frappa […] ».

Pitié, non !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°68].

Les Ogres-Dieux – Tome 1 – Petit : Hubert et Bertrand Gatignol

Titre : Les Ogres-Dieux – Tome 1 – Petit

Scénariste : Hubert
Dessinateur : Bertrand Gatignol

Édition : Soleil – Métamorphoses (2014)

Résumé :
Du plus jeune et plus petit des Ogres, c’est toute l’histoire d’une famille et de ses membres qui nous est contée. Héritage, coutumes, tiraillements… Un superbe récit gothique autour du déterminisme familial.

Petit est le fils du Roi-Ogre. À peine plus grand qu’un simple humain, il porte sur lui le signe de la dégénérescence familiale qui rend chaque génération plus petite que la précédente à force de consanguinité.

Son père veut sa mort, mais sa mère voit en lui la possible régénération de la famille puisqu’il pourrait s’accoupler à une humaine tel que le fit jadis le Fondateur de la lignée.

Elle le confie alors à la tante Desdée, la plus ancienne d’entre eux, qui déshonorée en raison de son amour pour les humains, vit recluse dans une partie de l’immense château.

Seulement voilà, contrairement au souhait de sa mère, elle tentera d’élever Petit à l’inverse des moeurs familiales…

Tiraillé entre les pulsions violentes dont il a hérité et l’éducation humaniste qu’il a reçue de Desdée, Petit trouvera-t-il sa place ? Et survivra-t-il à l’appétit vorace de sa famille ?

Critique :
Once upon a time, au pays des ogres…

Cette bande dessinée m’avait intriguée, j’aurais aimé en savoir plus et c’est donc pour cela que je l’ai acquise.

Premières impressions ? Les dessins sont superbes, ils me plaisent, les tons en noir et blanc aussi. Allez, vendu et hop, directement à la lecture.

Le récit n’est pas fait pour les petits enfants : nous sommes au pays des ogres, ils vivent dans un château et sont cannibales. Donc, en tant qu’être humain, faites gaffe à vos miches, vous pourriez bien finir dans leur assiette, ou en amuse-gueule, comme nous grignoterions une carotte devant la télé. Sauf que la carotte, elle n’est pas vivante !

Dans cette famille de géant, au fur et à mesure du temps qui passe, les géants naissent de moins en moins grands, la consanguinité les rend aussi un peu tarés et la seule à ne pas être cannibale est l’ancêtre, Desdée, celle qui va prendre Petit sous son aile et le laisser grandir dans un environnement plus sécurisé, son père voulant le bouffer pour cause de petite taille.

Oui, chez eux, la taille est importante !

Cette bédé nous plonge dans un monde cruel, gore, horrible, gothique, un monde où la loi du plus fort est toujours la meilleure et où il faut manger pour ne pas être mangé.

Dans cette bédé, les dessins, les expressions, sont tout aussi importantes que les textes et je me suis régalée, me demandant où tout cela allait nous mener et surtout, quel rôle Petit allait pouvoir jouer, lui qui est tout de même plus grand que les humains, plus petit que le plus petit des ogres, qui ne mange pas d’humains, mais qui refuse de se reproduire.

Ce conte de fée est violent, sans concession, comme l’étaient à l’origines les contes de fées (oublions les mièvreries faites par Disney), il met en scène un enfant qui va devoir grandir dans le secret et ensuite, trouver sa voie, sauf qu’il ne veut pas de celle qu’on lui trace et qu’il va devoir trouver sa propre voie et surtout, se défaire de ses frères dégénérés qui veulent le bouffer (et son père aussi).

Un conte de fées cruel, mais excellent ! Il me tarde de pouvoir lire la suite.

PS : l’ouvrage est plus grand qu’une bédé ordinaire et ce premier tome fait 174 pages… Oui, c’est lourd à tenir dans ses mains !

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°67] et Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Familles extraordinaires.

Angela Lansbury : 1925 – 2022 [Par Dame Ida]

C’est avec retard et tristesse que les pages du blog, tiennent aujourd’hui à rendre hommage à l’actrice Angela Lansbury qui est partie rejoindre à jamais les étoiles auxquelles elle appartenait déjà.

Rendre compte de sa longue filmographie serait impossible en quelques lignes. Je ne parlerai que de quelques unes de ses œuvres majeures.

Elle fut la fiancée de Dorian Gray (et pas de son portrait) en 1945. Ce fut son troisième film mais au moins celui là je l’ai vu, frappée par la beauté de la jeune Angela à 20 ans qui fut alors nommée aux Oscars et montrait qui plus est un joli brin de voix.

Elle fut une écrivaine alcoolique désopilante et obsédée par le sexe dans Mort sur le Nil (d’Agatha Christie faut-il le rappeler) en 1978 où elle côtoya Peter Ustinov, Bette Davis et… et… Jane Birkin !

Elle fut Miss Marple en 1980 dans Le Miroir se Brisa (toujours de la Grande Agatha), donnant la réplique à Elisabeth Taylor…

Et c’est aussi dans les années 80′ que le grand public la découvrit en France (et en Belgique!) avec la série Arabesque, incarnant pendant 12 ans, Jessica Fletcher, professeur retraitée de lettres, ouverte, emphatique et toujours de bonne humeur, reconvertie dans le roman policier à succès et dans les enquêtes policières, sauvant de la chaise électrique ou de l’injection létale tous les gens de son entourage et les amis de ses amis injustement accusés par des policiers stupides…

Elle fut une aussi épouvantable tante victorienne dans Nanny MacPhy (n’oublions pas qu’elle naquit à Londres avant d’être naturalisée Etats-Unienne!) et c’est avec surprise et tendresse que je l’ai vue dans une de ses toutes dernières apparitions dans le Retour de Mary Poppins dans un tout petit rôle.

Par son incarnation d’une écrivaine de polar et d’enquêtrice, elle nous a démontré que les femmes aussi pouvaient être de grandes héroïnes policières sans forcément servir de potiches jeunes et bien roulées aux hommes ! C’est pourquoi nous ne pouvions pas oublier de la saluer une dernière fois

Une longue vie (plus longue que celle d’Elisabeth II!) et bien remplie.

Bravo Madame !

Sherlock Holmes et le trésor des Dolomites : Fabrizio Torchio et Riccardo Decarli

Titre : Sherlock Holmes et le trésor des Dolomites

Auteurs : Fabrizio Torchio et Riccardo Decarli
Édition : Ginkgo – Noir (07/05/2021)
Édition Originale : Sherlock Holmes e il tesoro delle Dolomiti (2021)
Traduction : Pierre Charmoz

Résumé :
Sherlock Holmes et Watson font de l’escalade. À la suite de tentatives de vol de sacs à dos au siège de l’Alpine Club londonien, le célèbre détective et son biographe sont entraînés au cœur des Dolomites, à la recherche d’un mystérieux trésor convoité à la fois par des indépendantistes indiens et des officiers hongrois opposés à l’empire des Habsbourg.

De Londres à San Martino di Castrozza, ils découvriront le monde singulier des alpinistes anglais, puis celui des irrédentistes italiens, avant d’affronter un terrible sommet des Dolomites, dans le Trentin alors sous domination autrichienne.

Servi par une (double) plume alerte, ce roman transalpin vient compléter les enquêtes de Sherlock Holmes sur les Alpes concoctées par Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc (dans la même collection).

Critique :
Holmes et Watson qui font de la grimpette, ce n’est pas banal… De la vraie grimpette, rien de sexuel dans l’affaire, bande d’obsédés, va.

Sans jamais vraiment avoir fait de l’escalade auparavant, Watson va même très bien se débrouiller, dans les Dolomites, alors que moi, je n’oserais jamais ou alors, je tomberais morte après 200m d’escalade.

Anybref, là n’est pas le sujet… Que vaut ce roman ? Ma foi, il est correct, si on ne va pas chercher la petite bête. Notamment avec notre brave docteur qui escalade sans préparation préalable…

Ou dans une partie de la résolution de l’affaire, avec les sacs des alpinistes. Heu, je ne comprends pas comment l’homme a pu réaliser ça, de nuit, sans que personne ne s’en rende compte. Moi, si on chipote à mon sac à dos, surtout pour y faire des travaux de couture, c’est radical que je le verrai de suite ! Mais je chipote…

Les enquêtes de Sherlock Holmes sont toujours mieux au format des nouvelles que du roman et j’avoue que je n’ai jamais été adepte d’un Holmes dans le rôle du détective déjouant des complots nationalistes ou autre concept relevant plus de l’espionnage que des enquêtes pures et dures.

Ce roman possède un volet politique, avec notamment le Trentin, les indépendantistes, l’Empire austro-hongrois et les Hindous, le tout donnant une soupe qui n’est pas trop indigeste, mais dont je ne cours pas après dans les aventures de mon Holmes adoré.

Les personnages sont assez canoniques, des plus correct, même s’il manquait à Holmes cette grandeur, cette flamboyance que l’on ressent de suite en lisant les écrits de Conan Doyle (qui pourtant, le détestait).

Oui, il manquait un petit quelque chose pour que Holmes et même Watson soient les personnages originaux, ceux que l’on aime de suite, ceux qui ne vous laisse pas indifférents, ceux qui vous marquent à vie. Dommage.

Dans l’ensemble, je ne peux pas dire que cette lecture est ratée, ou que je n’ai rien aimé de ce que j’ai lu. L’enquête est correcte, bien que je n’aime pas le côté politique avec Holmes et tout ce monde qui court derrière un trésor, même si celui-ci n’est pas un coffret rempli de pierres précieuses.

Holmes peut grimper des montagnes, sans soucis pour moi (c’est lui qui grimpe, moi, je me contente de regarder), mais je le préfère dans des enquêtes qui ne se mêlent pas de politique, mais avec des disparitions mystérieuses, des meurtres, des tentatives de meurtres, des émeraudes cachées dans un jabot, des messages secrets, bref, ce qui fait l’essence même de Holmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°66].

La Passe-miroir – 01 – Les fiancés de l’hiver : Christelle Dabos

Titre : La Passe-miroir – 01 – Les fiancés de l’hiver

Auteur : Christelle Dabos
Éditions : Gallimard Pôle fiction (2016) / Folio (07/10/2021)

Résumé :
Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons.

La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ?

Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Critique :
La saga phénomène ! 1.600 critiques sur Babelio ! Qu’allais-je donc pouvoir ajouter à ce qui avait déjà été dit ? Rien, sans doute…

Loin de m’imaginer que cette saga était un phénomène, je me suis lancée dans ce premier tome sans trop me poser de question.

Ophélie est une Animiste (sa famille), c’est aussi une passe-miroir et une liseuse. Non pas au sens premier du terme, son pouvoir est de lire les objets, leur histoire.

Ophélie est aussi une jeune fille gauche, maladroite, réservée, taiseuse, se cachant derrière ses lunettes, son écharpe et portant des robes du genre sac-à-patates. Nous sommes loin du glamour d’une héroïne sans peur, pourfendant les airs de ses réparties cinglantes.

Elle est attachiante. On l’apprécie, on se sent en phase avec elle, nous non plus n’aimerions pas vivre dans cette société patriarcale où l’on vous choisit votre époux, mais sa maladresse la rend énervante et sa passivité aussi. Surtout que l’autrice nous rabâche à longueur de récit combien Ophélie est maladroite et mal fagotée. C’est bon, j’avais compris…

Le monde décrit par l’autrice ressemble beaucoup à une société victorienne : les puissants en haut, qui donnent des ordres, qui se tirent dans les pattes, qui magouillent l’un contre l’autre tout en se faisant des courbettes, et en bas, les domestiques, bossant comme des fous pour satisfaire les caprices de leurs employeurs, grands enfants éternellement insatisfaits.

Ce roman de fantasy fantastique nous entraîne dans un monde bien imaginé, bien mis en place, avec toutes ces familles dans le Nord, aux ordres de leur esprit de famille, alors que chez les Animistes, famille d’Ophélie, l’esprit de famille semble moins tyrannique que celui des nordistes.

Je m’attendais à plus d’action, je dois dire, plus d’aventures, plus de rebondissements et surtout, à en apprendre un peu plus sur le monde d’Ophélie, celui des Animistes. Bardaf, à peine dedans, on le quitte parce que Ophélie doit se marier avec Thorn, un grand type du Nord et elle n’a rien à dire.

Bon, au moins, on évite l’histoire d’amûr guimauve ou après s’être tiré dans les pattes, les héros tombent dans les bras l’un de l’autre… Mais ici aussi, l’autrice répète à l’envi que Thorn est taciturne, froid, et grand, très grand… Je vous ai dit qu’il était grand ?

Malgré tout, j’ai aimé découvrir les jeux de pouvoir et les magouilles cachées sous les tapis, les merdes camouflées sous les vernis de la Citacielle, être surprise avec certains personnages qui ne sont pas toujours celles ou ceux que l’on pense.

Si le début est long (d’ailleurs, j’ai coupé cette lecture avec d’autres romans) et qu’il faut le temps que tout se mette en place, j’ai apprécié que l’on bouge un peu plus dans la seconde partie, notamment lorsqu’Ophélie arrivera à la Citacielle, déguisée en valet.

La magie est bien présente, différente selon les familles et j’ai aimé cet univers fait de faux-semblants, d’étiquettes et de méchants inattendus. Un méchant est réussi et il fiche bien la trouille, malgré sa jolie bouille.

Et puis, Ophélie est comme un Kinder Surprise. Non, elle n’a pas le pouvoir de coller la salmonellose et non, elle n’a pas une surprise dans le ventre, juste que comme lui, elle est pleine de surprise.

Moi qui la trouvait trop fade, trop réservée, trop pas assez révoltée, elle arrive néanmoins à tirer son épingle du jeu, à tirer son plan et à comprendre pourquoi elle a été choisie pour ce mariage qui ne la passionne ni elle, ni son futur mari.

L’écriture est facile à lire, malgré les nombreuses descriptions, mais au moins, elles ont le mérite de vous plonger dans ce monde imaginaire directement.

Lirai-je la suite ? Oui, si j’ai le temps, parce que même si l’emballement n’est pas survenu avec ce roman fantastique, j’ai tout de même apprécié le voyage et le récit, surtout la seconde partie.

Et puis, je suis curieuse de voir l’évolution d’Ophélie, de son grand échalas de Thorn (et futur mari non choisi) et de voir si un jour, cette société ultra patriarcale, ultra phallocrate, se fera renverser par les femmes… Ben quoi, dans l’imaginaire, tout est possible !

Sept jours pour survivre : Nathalie Bernard

Titre : Sept jours pour survivre

Auteur : Nathalie Bernard
Édition : Thierry Magnier (2017)

Résumé :
Nita, une adolescente amérindienne, est kidnappée à Montréal et se réveille dans une cabane perdue au cœur de la forêt canadienne enneigée. Qui l’a emmenée ici et pourquoi ?

Une chose est sûre : c’est seule qu’elle devra affronter les pires prédateurs. Du côté des enquêteurs, les indices sont rares. Une course contre la montre s’engage. Nita a sept jours pour survivre. Un thriller glaçant.

Critique :
Dehors, il y avait du soleil, c’était donc le bon moment pour lire un roman jeunesse qui se déroule dans le Grand Nord, là où il fait froid, là où 19° semblent être la fournaise.

Pour avoir froid, j’ai eu froid ! Purée, je me suis caillée les miches avec cette pauvre Nita, 13 ans, d’origine amérindienne, enlevée par sadique qui, on s’en doute bien, ne lui veut pas du bien.

Alternant les chapitres avec Nita et les deux enquêteurs lancés sur ses traces plus que ténues, le roman possède un rythme qui n’est ni trop rapide, ni trop lent. Un bon compromis entre les deux.

Le binôme formé par les deux enquêteurs, à savoir le patrouilleur Gautier Saint-James et la lieutenant Valérie Lavigne fonctionne bien, sans qu’il y ait d’amourette sous-jacente ou autre guimauverie à l’horizon. Tant mieux, au moins, le récit ne se disperse pas où il ne faut pas.

La tension monte progressivement, surtout après que… Non, vous n’en saurez pas plus, mais j’ai serré les dents (et même les fesses, pourtant, c’était instant karma), comme si j’étais avec la pauvre gamine enlevée et loin de chez elle. Sa terreur, le froid, je l’ai ressenti.

L’autrice a une écriture qui fonctionne bien, elle se lit facilement et je dois dire que j’ai lu son roman d’une seule traite.

Elle ne se contente pas de parler d’un enlèvement et de faire monter la pression tout doucement, afin de jouer avec les nerfs de ses lecteurs, non, elle en profite aussi pour parler des autochtones, du racisme qu’il y a envers eux, que naître femme et amérindienne multiplie les chances par six de mourir assassinée.

Elle parlera aussi, en filigrane, de ces pensionnats où il fallait tuer l’indien dans l’enfant (Kill the Indian in the child).

Pour l’adulte que je suis, la lecture fut bonne, bien qu’il manquait de profondeur dans certains personnages, dont j’ai trouvé que les portraits étaient esquissés un peu trop vite. L’intrigue est aussi un peu simpliste, vu tout ce que j’ai déjà comme passif littéraire derrière moi, me donnant un goût de déjà lu, les émotions en moins.

Malgré tout, je recommanderai ce roman pour les jeunes ados, en quête d’adrénaline, d’un récit qui se lit facilement et qui va à l’essentiel, sans se perdre ailleurs que dans la recherche de Nita et, de son côté, d’assurer sa survie, elle qui n’y connait rien…

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°65] et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Littérature Jeunesse Thriller.

Les Enquêtes de Lady Hardcastle – 03 – La mort au tournant : T. E. Kinsey [LC avec Bianca]

Titre : Les Enquêtes de Lady Hardcastle – 03 – La mort au tournant

Auteur : T. E. Kinsey
Édition : City – Policier (01/09/2021)
Édition Originale : Death Around the Bend (2017)
Traduction : Karine Xaragai

Résumé :
Septembre 1909. Lady Hardcastle et sa femme de chambre, Florence, sont invitées au domaine de Lord Riddlethorpe pour une semaine de courses automobiles et de fêtes.

Des vacances tout à fait charmantes… Jusqu’au moment où l’un des pilotes meurt dans un accident lors de la toute première course.

Simple accident ? C’est ce que pense la police locale qui n’a aucune envie de se décarcasser à chercher la petite bête !

Mais quand Lady Hardcastle découvre que la voiture a été sabotée, elle prend les choses en main et décide de mener l’enquête. Et entre les domestiques du domaine et les invités, il y a une belle brochette de suspects…

Même dans le calme de la campagne, une seule chose est certaine : la mort peut vous faucher au tournant sans prévenir…

Critique :
Le vilain adage dit « Femme au volant, mort au tournant », mais celui qui est mort dans le tournant, c’est un homme et un pilote de course, en plus ! Les femmes sont innocentes…

Lady Hardcastle était toute contente de partir passer quelques jours à la campagne, chez un ami de son frangin, en compagnie de Armstrong (pas le coureur cycliste), sa dame de compagnie et femme à tout faire. Quelle expédition ! Quel nombre impressionnants de malles a-t-il fallu prendre, vu qu’elle devait se changer trois fois par jour.

Comme toujours, dans ce cosy mystery, on commence doucement, on prend le temps de se plonger dans l’époque, dans les histoires de nos personnages principaux, qui prennent le train, qui discutent ensemble, se vannant gentiment, n’hésitant pas à se lancer quelques piques amusantes.

Il n’est pas conseillé de lire cette saga si l’on veut du trépidant, par contre, si le but est de passer un bon moment de lecture, sans se prendre la tête, tout en découvrant la vie en Angleterre dans les années 1900 (1908/1909), notamment les mœurs des riches et la vie dans les campagnes, alors, c’est parfait.

Le duo Lady Hardcastle et Armstrong (pas le chanteur) marche toujours du tonnerre et leur enquête autour de la mort durant la course du pilote, va leur causer quelques petits soucis. Difficile de trouver un coupable, ou alors, il faut suspecter le plus probant d’entre eux. Puis, tout va aller plus vite, on a un autre cadavre, un empoisonnement et une tentative de meurtre…

Dire que Lady Hardcastle et Armstrong (pas le type qui a marché sur la lune) voulaient passer des petites vacances tranquilles pénardes. Impossible, dès que vous aimer enquêter, les meurtriers et les cadavres vous collent aux basques. Hercule Poirot, Columbo et bien d’autres, le savent.

Voilà un cosy mystery qui prend le temps de vivre, de nous faire vivre, de nous amuser, de nous distraire, avec des personnages truculents, qui savent causer, répondre et mener l’enquête sans en avoir l’air. Les réparties font mouches et j’ai souri très souvent durant ma lecture.

Cette fois-ci, j’ai compris bien avant notre duo d’enquêtrices : un détail m’a fait lever la tête, j’ai réfléchi et j’étais sur la bonne piste bien avant elles. Mieux, j’avais déduit l’identité du coupable. Bien vu sur toute la ligne. Cela ne m’a pas ôté le plaisir, que du contraire !

Qu’est-ce que j’ai gagné en trouvant le coupable ? Le droit de lire le suivant !

Un cosy mystery qui ne se prend pas la tête, qui détend, qui apaise et qui n’est pas dénué d’intelligence non plus, puisque nos deux femmes ne sont pas des imbéciles et qu’en plus, elles essaient de vivre en avance sur leur temps.

Pour cette LC, Bianca et moi sommes du même avis ! Son avis est ici.

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°64] et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Pauses cosy Halloween.

 

Les voyages de Sherlock Holmes : Martine Ruzé-Moëns

Titre : Les voyages de Sherlock Holmes

Auteur : Martine Ruzé-Moëns
Édition : du Net – LEN (19/01/2019)

Résumé :
Sherlock Holmes nous emmène en voyages à travers l’Europe. Les énigmes se succèdent et les mystères s’épaississent. Mais grâce à lui, les solutions finissent toujours par jaillir.

Son amie française, Mathilde d’Alencourt, les fait revivre pour nous, en dévoilant des extraits de son journal intime.

– Quatre de ces aventures, revues et agrémentées d’illustrations anciennes, sont des rééditions : « Mary mon amie », « Dinard », « Stavanger » et « Fulworth ».

– Trois récits originaux vont nous plonger dans l’atmosphère de la Champagne, de Paris et de Bruxelles à la Belle Époque :
– Le mystère du photographe : mort suspecte, cambriolages et disparitions au sein d’un charmant village champenois.
– Paris : il n’est jamais bon de remuer le passé !
– James Ensor : une mémorable rencontre avec le peintre belge et ses pittoresques amis bruxellois.

Les nouvelles « Mary, mon amie » et « Dinard » ont été récompensées par le Grand Prix du roman policier aux Journées littéraires de Dinard.

Critique :
Ne jamais ranger dans sa biblio un pastiche holmésien, après, on a tendance à oublier de lire ! C’est ce qui est arrivé avec celui-ci… J’étais persuadée de l’avoir lu, mais Babelio et Livraddict étaient formels : non lu !

En relisant le résumé, je me suis rendue compte que sur les 7 nouvelles de ce pastiche, 4 avaient été publiées initialement dans le recueil « Les vacances de Sherlock Holmes« , lu en 2012 (publié aux éditions Mycroft’s brother).

Zut et flûte, ça sentait mauvais le double emploi, même s’il y en avait 3 nouvelles. Certes, pour celles et ceux qui n’auraient pas eu la possibilité de lire les vacances de Sherlock Holmes, c’était une riche idée de les adjoindre, mais moi, ça me faisait un peu ronchonner…

Décidant au départ de ne lire que les trois qui étaient nouvelles, j’ai vite changé d’avis en tentant de me remémorer ce qu’il se passait dans « Mary mon amie » (j’avais souvenir du mariage de Watson et d’une affaire, mais laquelle ?) et dans « Dinard », ma préférée de toutes… Heu ? Une poêle en fonte et un lit breton, pour le reste, que dalle ! On applaudit bien fort ma mémoire (bon, après 10 ans…).

Allez hop, c’est l’occasion ou jamais, j’ai donc lu tout : les anciennes republiées et les nouvelles. Verdict ? Un plaisir de les relire (rhô, j’en avais oublié des choses) et un plaisir de découvrir les nouvelles.

Holmes est comme un poisson dans l’eau dans le format littéraire des nouvelles, ses enquêtes ne doivent pas tirer en longueur et une fois de plus, pas de problème de taille : ni trop longues, ni trop courtes. Je parle bien de la taille des nouvelles !

Le Holmes de l’autrice est différent de celui de Conan Doyle, ce qui est normal, tout le monde qui lui donne vie change des détails. Ici, il est un peu plus humain, lui-même expliquant que Conan Doyle, qui a publié les récits de Watson, a fait de lui un être misogyne et froid. Ou quand la créature s’affranchi de son créateur et le critique ouvertement. J’adore.

Les enquêtes de Sherlock Holmes sont correctes, agréables à suivre, certaines plus simples que d’autres, mais jamais simplistes. L’écriture de l’autrice nous plonge dans l’époque, sans pour autant en faire des tonnes et virer au roman historique.

Sherlock Holmes reste le principal sujet, le héros de ce recueil et la présence de Mathilde d’Alencourt est rafraîchissante. Un personnage réussi, je trouve. Le duo formé avec le détective n’est pas déséquilibré, ni guimauve, c’est une bonne équipe, même si elle n’a pas la moustache de Watson, sa carrure, sa boiterie et son vieux révolver d’ordonnance, elle n’en reste pas moins importante.

C’est donc une lecture réussie, autant pour les 3 nouvelles enquêtes que pour la relecture des 4 anciennes, qui avaient déjà un très bon niveau. Pas de twist de dingue à la Agatha Christie, mais pas de lapin sorti d’un chapeau non plus.

Les explications sont logiques, faciles à comprendre et pas capillotractées. Et ça, c’est important. J’apprécie que l’on soit dans des enquêtes normales, comme Holmes en a résolu dans sa longue vie de détective.

Un bémol ? Oui, 248 pages trop vite lues, trop vite dévorées… Il m’en faudrait toujours plus, comme une droguée de Holmes que je suis. Ma foi, heureusement que je l’avais oublié, ce recueil fut comme un bon morceau de chocolat retrouvé au fond d’une armoire et qui a gardé toute sa puissance de goût, fondant contre le palais et procurant une petite extase bienvenue.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°63].

 

L’enfant d’Oradour : Régis Delpeuch

Titre : L’enfant d’Oradour

Auteur : Régis Delpeuch
Édition : Scrineo – Jeunesse (16/05/2019)

Résumé :
Originaires de Moselle, Roger et sa famille ont été contraints de fuir leur région et de se réfugier à Oradour-sur-Glane où ils mènent une vie heureuse. Jusqu’au 10 juin 1944, jour où des soldats nazis allemands encerclent le village.

Critique :
Pour ma très grande honte, ce n’est qu’il y a une dizaine d’années que j’avais appris, par une connaissance, le massacre d’Oradour-Sur-Glane.

J’étais tombée des nues de ne jamais en avoir eu connaissance, malgré les nombreux ouvrages lus sur la Seconde Guerre Mondiale. Il est un fait que j’avais lu beaucoup sur les camps de concentration et le débarquement.

Oradour n’est pas une ville de mon pays, non plus. J’avais connaissance des massacres perpétrés par les Allemands durant la Première Guerre Mondiale, à Dinant (Belgique) : 674 hommes, femmes et enfants avaient été exécutés par armes à feu en différents endroits de la ville, le 23 août 1914.

Des années durant, sur le pont de Dinant, le drapeau allemand n’a jamais flotté, en compagnie des autres drapeaux de l’Europe.

Le 10 juin 1944, 30 ans après, la division Das Reich, assassinait des civils à Oradour, faisant 643 victimes. Un acte abject, horrible, gratuit, perpétré par des soldats armés, face à des civils désarmés, dont les femmes et les enfants entassées dans l’église.

Toutes ces histoires de massacres sont toujours horribles, glaçantes, terribles…

Commencer par un roman jeunesse pour approcher de plus près ce massacre était une bonne idée, cela a évité trop de détails horribles dans le récit. Après, il sera temps de passer à des récits adultes, mais en attendant, commençons petitement.

Je pensais ce récit romancé, mais non, il est véridique ! C’est l’histoire vraie de Roger Godfrin, seul enfant rescapé, grâce à sa désobéissance et sa méfiance des allemands. Parfois, désobéir est salutaire. Mais à quel prix ? La vie sauve, oui, mais orphelin…

Ce court roman prend le temps de nous présenter l’histoire de la famille Godfrin, chassé de Moselle (village de Charly), par les allemands qui la voulait uniquement peuplée d’allemands, puisqu’ils avaient repris l’Alsace-Lorraine.

Arrivés en tant que réfugiés à Oradour, leur vie va être agréable, en France libre, sauf qu’ils ne savaient pas qu’ils se trouvaient au mauvais endroit… Mais ça, personne ne le savait à l’avance !

Le massacre, nous n’y assisterons pas, puisque nous suivrons les pas du jeune Roger, courant à perdre haleine, se demandant bien ce qu’il se passe dans le village et se retrouvant, blessé, à rester dans l’ignorance durant de nombreux jours.

La couverture n’est donc pas correcte dans le sens où Roger n’assiste pas à l’incendie de l’église après l’explosion.

Ce qu’il s’est passé exactement, il l’apprendra après et sa vie restera peuplée de cauchemars.

Nous aurons juste droit à sa mère, se trouvant avec la population sous la menace des nazis, demandant de pouvoir rejoindre ses enfants, situés un peu plus loin qu’elle, à un soldat de la Das Reich parlant parfaitement le français. Putain, ça fait toujours plus mal au bide, même s’il lui répond qu’il est un enrôlé de force…

Ce récit est tout en délicatesse, sans trash, tout en pudeur, sans verser dans le voyeurisme. Des adultes sont plus à même d’affronter de telles horreurs, pour les enfants, il vaut mieux éviter des détails horribles.

Comme Roger, ils ne seront pas les témoins directs de la barbarie humaine et nazie.

Un cahier explicatif à la fin de l’ouvrage donnera un peu plus de détails.

Un bon début pour commencer… Un roman tout en émotion et en délicatesse, malgré le sujet traité.