L’hibiscus pourpre : Chimamanda Ngozi Adichie

Titre : L’hibiscus pourpre

Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie
Édition : Folio (2016)
Édition Originale : Purple Hibiscus (2003)
Traduction : Mona de Pracontal

Résumé :
Kambili a quinze ans. Elle vit à Enugu, au Nigeria, avec ses parents et son frère Jaja.

Son père, Eugene, est un riche notable qui régit son foyer selon des principes d’une rigueur implacable. Sa générosité et son courage politique en font un véritable héros de sa communauté.

Mais Eugene est aussi un fondamentaliste catholique, qui conçoit l’éducation de ses enfants comme une chasse au péché. Quand un coup d’Etat vient secouer le Nigeria, Eugene, très impliqué dans cette crise, est obligé d’envoyer Kambili et Jaja chez leur tante.

Les deux adolescents y découvrent un foyer bruyant, plein de rires et de musique. Ils prennent goût à une vie simple, et ouvrent les yeux sur la nature tyrannique de leur père. Lorsque Kambili et son frère reviennent sous le toit paternel, le conflit est inévitable…

Critique :
Kambili, 15 ans, est une jeune fille avec laquelle il est difficile de se lier d’amitié : elle parle peu, s’enfuit en courant une fois que la cloche de l’école à sonnée et semble être un fantôme, comme si elle n’existait pas.

Il me fut difficile de m’attacher à elle, alors que son frère, Jaja, est plus présent, bien que ce ne soit pas lui que l’on suive dans ce roman. Quant à leur Tatie Ifeoma, elle, c’est un personnage marquant, flamboyant.

L’intégrisme religieux chez les catho dans une société africaine… Voilà comment on aurait pu nommer ce roman.

Eugène, le père de nos deux personnages, est plus catholique que le pape, plus catholique que Saint-Antoine et d’une rigidité exacerbée. Benoît XVI est moins rigide que lui, je parie ! On aurait d’ailleurs plus de chance de croiser le Benoît en tutu rose, faisant des entrechats sur la place Saint-Pierre que de voir l’Eugène sourire (ou même rire).

Le péché est son cheval de bataille. Il le traque partout, surtout chez lui. Ils ont la parabole pour la télé, mais ne la regarde jamais. Sans doute n’était-ce pas la bonne parabole (oups, un péché, j’ai fait de l’humour).

La musique ? Oui, dans la voiture, on écoute l’Ave Maria. Et puis de temps en temps, l’Ave Maria et, coup de folie ultime, l’Ave Maria (et non Lavez Maria, oups, encore un péché). Les mecs, ne vous branlez pas, sinon, vous finirez avec les deux mains dans un bol d’eau trèèèès chaude.

Bref, le père de ces enfants est un homme intransigeant. Il a la main lourde et je peux vous assurer que certains passages sont plus glaçants qu’une nouvelle d’épouvante de Stephen King ! Et son épouse qui fait comme si de rien n’était. Terrible. Sans jamais sombrer dans le pathos.

Dans la patois wallon, il existe une expression pour désigner les gens tels que lui, qui d’un côté son pieu et de l’autre, violent. On dit que ce sont des mangeurs de Bon Dieu et des chieur de Diable (Mougneû d’bon Dieu èt dès tchiyeu d’jiale – impossible à écrire sans google et ce n’est pas vraiment le patois de mon bled).

Anybref, vous l’aurez compris, dans ce roman, il est beaucoup question de religion catholique, Eugène étant un peu produit du colonialisme, reniant même son père païen, baisant les pieds des missionnaires et s’étant fait tout seul. Il est riche.

Il est aussi question d’émancipation, d’ouverture d’esprit et de décalage entre Kambili et ses cousins, lorsqu’elle ira chez sa tante Ifeoma (pauvre), où l’on rit, sourit, où on écoute de la musique, où les prières avant de manger ne durent que quelques instants (et pas 30 minutes). Le décalage entre les deux mondes est énorme pour Kambili et son frère, qui s’adaptera plus vite qu’elle.

C’est aussi une page sur la culture nigériane, sur la cuisine, sur les mœurs et sur l’aspect politique. Le Nigéria est en pleine révolution estudiantine, il est aussi question des riches qui ont la possibilité de fuir le pays, laissant là les autres, les pauvres. De savoir s’il faut se battre et risquer de perdre le peu que l’on a, ou continuer de courber l’échine et de tenter de passer entre les gouttes.

N’allez pas croire que les choix sont faciles, que du contraire. Partir est aussi un acte difficile, car on abandonne sa culture, ses amis, sa famille.

Les points faibles de ce roman, ce sont l’écriture assez froide et la lenteur du récit qui va sans se presser. C’est plus réaliste, je sais, plus naturel que les choses prennent le temps de bouger, mais il n’aurait pas fallu 100 pages de plus, sinon, c’était l’enlisement.

Les quelques coups de fouet qui claquent (au sens figuré) ne sont pas assez nombreux pour donner du rythme à l’ensemble et le récit retombe ensuite dans l’apathie.

Dommage, parce qu’avec un peu plus de rythme et n style moins froid, ce roman aurait une claque plus forte. Il l’est déjà de par ce qu’il nous raconte, cette plongée dans un pays dont nous ne connaissons que peu de choses (si pas « rien ») et au cœur d’une famille où le père est un tyran qui lit la Bible (et vous frappe avec).

En fait, ce qui tire le récit vers le haut, c’est Tatie Ifeoma et ses enfants. Eux, ils m’ont marqué et je leur réserve une petite place dans ma mémoire.

Malgré ma mini déception, cette lecture n’est pas un foirage, que du contraire. C’est une réussite puisque je suis sortie de mes sentiers littéraires habituels, que j’ai découvert un autre pays, une autre culture et que cela m’a donné envie de lire d’autres romans de l’autrice.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Nigéria).

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18 réflexions au sujet de « L’hibiscus pourpre : Chimamanda Ngozi Adichie »

  1. Ping : Challenge « Le tour du monde en 80 livres  chez Bidib (2022) | «The Cannibal Lecteur

  2. Ping : Bilan Mensuel Livresque : Octobre 2022 | The Cannibal Lecteur

  3. Quôa ? De l’intégrisme ? Chez des catholiques ??? 😱 Nan! Pas possssssiiiiible! 🧐 Toqué va m’interdire ton blog s’il voit ce billet! 😂

    Sérieusement je me suis toujours dit que la dérive intégriste était un costume que certaines personnes revêtaient pour mieux masquer leur propre sadisme et faire croire qu’ils le satisfaisaient au nom de Dieu. Parce que… dans les évangiles, tout est pardon et miséricorde pour le pécheur ! Jamais il n’est question de punitions au motif de redresser les enfants ou quiconque! Le problème c’est que certains religieux eux mêmes on cautionné ou appliqué des méthodes barbares ou sadiques qu’après on reproche au concept de catholicisme… ou de christianisme.

    Bref… le père de ces gamins étaient un tyran infâme épicétou !🤨

    Aimé par 1 personne

    • Oui, il y un peu d’intégrisme… J’aime bien ton expression, parce que cela illustre bien le concept ! On est un salopard, une salope de vilaine, mais c’est pour ton bien, mon enfant ! On te vole ton gosse, pour ton bien, on te frappe pour te redresser…

      Je pense que certains n’ont pas lu le même évangile que nous, ce devait être celui de saint sadique, de saint fouet, de sainte baffe…

      Le pardon ? Mon cul, oui ! Le père, comme les intégristes d’ailleurs, interdisait à ses enfants de regarder la télé (mais il en possédait une), d’écouter la radio autre que trucs religieux, de sourire, de rire, fallait jeûner avant le machin de noël… l’horreur !

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      • Heu le jeûne… le 26 décembre et le 2 janvier j’y arriverais presque! Mais… je dis presque… attention ! 😂

        « Fais ce que je dis et pas ce que je fais! » le principe éducatif abusif par essence! Les enfants en sortent soit avec un esprit critique très acéré sur les « adultes » soit… zinzins à tendances délinquantes puisque rien n’a de sens là dedans et la loi encore moins! 😤

        Quand les prêtres ont des maîtresses à qui ils font des enfants, que des scandales de partouzes gays sous coke agitent le Vatican ou que des curés violent les enfants… et qu’ils racontent qu’il ne faut pas niquer hors mariage… ben… forcément ça n’aide pas à trouver qu’il y ait beaucoup de sens dans la morale chrétienne concernant le sexe (alors que lorsque Jésus s’exprime c’est juste pour relever la femme adultère et renvoyer chacun à ses propres péchés !). 🙄

        Moi ça me donne juste envie de rentrer dans le désordre plutôt que dans les ordres! 🧐

        Aimé par 1 personne

        • Ils ne voulaient pas que les curés cougnent pour ne pas qu’ils aient des enfants et donc, des héritiers, ainsi, l’église pouvait sucer tout le pognon. Interdire les relations sexuelles à des gens, c’est criminel, celui ou celle qui n’est pas intéressée par la chose, c’est son droit, mais tu ne peux pas interdire à des humains de se tripoter le nouille pour faire baisser la tension, vaut mieux aller voir les putes, les prostitués hommes, faire des partouzes, au lieu de s’attaquer à des enfants, le pire crime, selon moi…

          Ils sont totalement à l’envers de la société, ils l’ont toujours été, et ils perdront tout à continuer de la sorte. Je ne les plaindrai pas, le jour où tout s’écroulera, mais les gens vont se tourner vers autre chose, ils le font déjà. Les gens ne croient plus en Dieu (leur droit aussi), mais portent aux nues des humaines, des stars, des influenceurs, le foot… pas mieux ! Dieu ne me demande rien, lui 😆

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