Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Joe Lansdale

Titre : Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03

Auteur : Joe Lansdale
Édition : Gallimard Série Noire (2000) / Folio Policier (2009/2020)
Édition Originale : The Two-Bear Mambo (1995)
Traduction : Bernard Blanc

Résumé :
Visite guidée dans l’horreur du Texas ordinaire avec les deux protagonistes de L’arbre à bouteilles.

Cette fois, c’est à Grovetown, charmant petit bled où le K.K.K. assure régulièrement l’animation nocturne, que nos deux héros vont se faire remarquer. Ouragan, vaudou, séance de lynch, meurtres, menace de mort et violence raciste à tous les étages. Le quotidien de Hap Collins et Leonard Pine, en somme.

Critique :
Cette histoire de Hap Collins et de son ami Leonard Pine, commence par une scène habituelle : Leonard a foutu le feu à la crack house de ses voisins. Jusque là, rien d’anormal.

Puis, lorsqu’ils seront chargé d’aller voir ce qu’il est advenu de Florida et qu’ils mettront les pieds à Grovetown, au Texas, on entrera dans un registre plus fantastique puisque nous aurons l’impression que nos deux amis se sont retrouvés coincé dans une faille temporelle.

La petite ville charmante de Grovetown semble coincée dans le temps, comme si elle était restée dans les années 50/60, avant le Civil Rights Act (loi pour l’égalité des droits civiques, votée en 1964).

À Grovetown, si vous êtes Afro-américain, rasez les murs, descendez du trottoir lorsque vous croisez un Blanc, baissez les yeux, ne dites rien et n’allez surtout pas boire un café dans le restaurant où, si la pancarte « NO COLORED » n’est pas apposée, il vaut tout de même mieux éviter d’entrer. Dans cette riante bourgade, un ersatz de Klan fait la loi et ceux qui ont dévié de la ligne imposée par les Blancs ont eu des problèmes…

On dépassa ensuite une laverie, avec une enseigne peinte, accrochée à la vitrine. Bien qu’à moitié effacée, elle était toujours lisible et défiait encore le regard. NO COLORED – PAS DE GENS DE COULEUR

Certains de ses habitants regrettent même qu’on ne puisse plus pendre les Noirs comme en 1850, du temps des plantations et de l’esclavage. C’est vous dire la mentalité effroyable de ces gens. Non, Hap Collins et Leonard Pine, un grand Noir homosexuel, ne vont pas s’attaquer à des racistes bas de plafond et plus bêtes que méchants, ici, ce sont d’authentiques méchants !

Les atmosphères de cette enquête sont sombres, affreuses, violentes. Nos deux amis vont morfler, physiquement et mentalement. Heureusement que la plume de l’auteur sait aussi être drôle, cela évite d’appesantir encore plus cette glauquitude.

Lansdale a des personnages décomplexés, totalement. Leonard est Noir et homo, mais il le clame haut et fort et n’a aucun souci avec ses préférences sexuelles, il les affiche, n’en a pas peur et il a bien raison. Leonard n’hésite pas non plus à utiliser le « N word », ce qui donnera des crampes cérébrales à son ami Hap et au flic Charly : est-ce du racisme lorsqu’un Noir utilise le terme « Nègre » ?

L’écriture de l’auteur est truculente, les autres personnages n’hésitant pas à parler de bite, de cul, de sexe, de branlette, de chatte, de grève de la chatte (pour le flic marié), le tout se retrouvant intégré dans leurs conversations entre mecs, ce qui rend une partie du roman plus léger, plus drôle, plus amusant. Faut pas être pudibonde, évidemment.

Là où c’est moins drôle, c’est lorsque les racistes bas de plafond et méchants balanceront leurs discours racistes et rétrogrades. Cela permet de ne pas oublier qu’il y a toujours des personnes qui pensent cela, qui n’hésitent pas le dire haut et fort, tout en sen sentant intouchables puisque personne ne leur clape leur gueule un bon coup.

Une excellente enquête de notre duo, qui n’aura pas vraiment le temps, ni l’occasion de chercher des indices et ce sera en se posant un peu, en cogitant plus fort, que Hap comprendra ce qu’il a loupé dans l’affaire.

Une lecture jubilatoire, amusante, malgré le côté pesant des habitants de cette petite ville raciste au possible, où les non racistes (ou les sans opinion) doivent fermer leur gueule, s’ils ne veulent pas avoir des problèmes, perdre leur job, se faire rétamer la tronche et finir dans du goudron et des plumes (ce qui est moins drôle que dans Lucky Luke)… La peur vous fait faire de drôles de choses, en plus de vous faire chier dans vos culottes.

PS : zut, aujourd’hui, j’ai un an de plus ! Bon, ça doit me faire 30 ans, maintenant… Oh, interdit de rigoler là au fond. 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°89].

25 réflexions au sujet de « Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Joe Lansdale »

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  5. Ça m’a l’air pas mal du tout… mais j’imagine qu’il faut commencer par le tome 1 ? 😉 J’envisage de le mettre à la pratique de la sorcellerie aussi… pourquoi pas le vaudou plutôt que la wica ou la vieille tradition du Grand Albert (un recueil du moyen âge) ? C’est pas tant que j’y croie… c’est surtout que c’est presque aussi rentable que de faire influenchieuse… t’imagine? Influenchieuse en sorcellerie ? 🤔 Ça se tente, non? Mais pas à Dubaï! Les sorcières finissent mal là bas… mais je ne sais pas si c’est comme en Arabie Saoudite où on l’es décapite encore au sabre… 😨

    Aimé par 1 personne

    • Oui, mais tu pourrais le zapper et aller au tome 2, « l’arbre à bouteille » ou alors, avec l’excellentissime « tape-cul », celui par lequel j’ai commencé….

      Chouette si tu fais sorcière ! Tu chevaucheras un balai et moi, je te vendrai des coussins anti-escarres, anti mal de cul, anti hémorroïdes !! 😆

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      • NSFW 😳

        Heu… non surtout pas de coussins anti escarres sur les balais!!!

        En fait… d’après la légende les sorcières s’envoyaient littéralement en l’air avec un balais… parce qu’elles en enduisaient le manche d’un baume spécial et se frottaient dessus sans culotte… ce qui… leur faisait beaucoup de bien… et le baume était a priori hallucinatoire et passait dans leur organisme par tu vois où… et c’est ça qui en plus leur donnait l’impression de planer. Leur sabbat était en fait surtout une partie collective de sextoy… Quelles dépravées ! Elles se passaient des hommes!!!!

        C’est pas expliqué dans Harry Potter! Je comprends pas pourquoi!!! En plus des garçons sur un balais… c’est n’importe quoi… et les tests anti drogues avant le quiddich auraient toujours été positifs!!! 😂

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        • No safe for work, purée, je ne connais plus mes abréviations, moi !!! Merci gogole !!

          Argh, voilà une utilisation non réglementaire des balais… gaffe aux échardes !

          Nom de dieu, que les gens peuvent raconter n’importe quoi sur les femmes ! Mois ils en savent et plus ils en disent… :/ Les mecs devaient être jaloux, un balai est toujours raide et dur…

          Pour les mecs sur des balais, ça devait faire mal aux couilles, mais Rowling doit avoir ajouté une subtilité : non ça ne faisait pas mal aux couilles !! Un coussin invisible l’empêchait….

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