La Constance du Prédateur – Ludivine Vancker 04 : Maxime Chattam [Par Dame Ida, Ex-Ex-Groupie Frissonnante du Fan-Club de Maxime Chattam]

Titre : La Constance du Prédateur – Ludivine Vancker 04

Auteur : Maxime Chattam
Édition : Albin Michel (02/11/2022)

Résumé Babelio
Ils l’ont surnommé Charon, le passeur des morts. De son mode opératoire, on ignore tout, sauf sa signature, singulière : une tête d’oiseau.

Il n’a jamais été arrêté, jamais identifié, malgré le nombre considérable de victimes qu’il a laissées derrière lui. Jusqu’à ce que ses crimes resurgissent du passé, dans les profondeurs d’une mine abandonnée…

Plongez avec Ludivine Vancker dans le département des sciences du comportement, les profilers, jusque dans l’âme d’un monstre.

L’avis de Dame Ida :
Meuh nan ! Ce n’est pas une histoire sur une dénommée Constance qui se serait entichée d’un prédateur à poils ou à plumes…

Chattam ne donne pas dans le documentaire animalier, même si on échappera pas à la dimension bestiale du dit prédateur ! C’est, comme l’indique le résumé Babelio, une histoire de tueur en série très prolifique et d’une redoutable persévérance.

Un crime, que dis-je une série de crimes tellement énormes et dans un contexte d’enquête tellement particulier que l’atmosphère glauquissime nous scotche dès les premières pages et nous laisse englués dans la progression de l’enquête jusqu’à son dénouement.

Une série de crimes tellement conséquente que la pression qui pèse sur les épaules des enquêteurs et en particulier du duo d’enquêtrices, nous écrase nous aussi lecteurs et lectrices.

Et l’affaire devient d’autant plus mystérieuse quand on retrouve dans un autre charnier d’autres victimes attendant qu’on les découvre depuis les années 1930, portant l’ADN du même meurtrier présumé que des dépouilles remontant aux années 1990… ADN que l’on retrouvera sur sur des victimes très récentes.

Un méchant terrible et dément… Des victimes dont Chattam nous rappelle et décrit l’humanité comme le font rarement les auteurs d’histoires de tueurs en série, afin de nous rappeler qu’elles sont des personnes avec une vie, des projets, des proches, des familles, et pas juste des objets que le tueur détruit sans états d’âmes pour assouvir ses fantasmes délirants…

Une héroïne avec son histoire, ses forces et ses blessures, travaillant sous les ordre d’une nouvelle supérieure avec qui le courant passe rapidement très vite et très bien, rappelant que nan, les femmes ne sont pas nécessairement des peaux de vaches entre elles, rongées par une sorte de pulsion instinctuelle à la rivalité…

Des personnages qui même secondaires ou quasi-figurants, se voient dotés d’une âme et d’une histoire…

Une intrigue bien tordue et bien huilée… Qu’il n’est évidemment pas question que je déflore ici… Et qui se dépliera sans temps morts, tâtonnements ou chapitres bâclés…

Anybref, du grand Chattam ! Du Chattam que j’aime ! Du Chattam comme il m’avait manqué depuis sa trilogie du mal ou depuis les Arcanes du Chaos… Enfin !!!

Un ou deux bémols cependant… Et oui, vous me connaissez… Faut toujours que je râle… Mais promis ça sera light aujourd’hui !

Si Maxime Chattam a ici fait un effort notable pour se renseigner sur l’organisation du service en sciences du comportement de la Gendarmerie Nationale et le statut de celles et ceux qui y travaillent (ça nous changera du dernier Thilliez que j’ai lu et qui se vautrait un peu sur ce point), il aurait dû vérifier cet autre petit point de procédure judiciaire avant de l’aborder rapidement dans son roman…

Dans le roman il parlera d’un suspect qui aurait demandé à son avocat qu’il fasse effacer de son casier judiciaire le viol pour lequel il vient de sortir de prison. Les enquêteurs se réjouissent que la demande n’ait pas encore été traitée, car sinon ils n’auraient pas eu connaissance des antécédents du suspect.

Oui… Mais non !

Certes, il est possible pour une personne condamnée à une peine d’obtenir que ladite peine ne soit pas inscrite au casier judiciaire accessible à l’employeur pour ne pas nuire à ses possibilités d’accéder à un emploi. Cela étant… En général cela doit être demandé par l’avocat lors du procès, avant même le prononcé de la peine et pas à la sortie de prison (bien que ça ne mange pas de pain d’essayer après) …

Mais, cela concerne généralement les délits mineurs sans récidives. Je n’ai jamais vu ou entendu parler, à l’époque où j’ai travaillé en secteur judiciaire, de l’effacement de crimes (infractions passibles de peines supérieures à 10 ans de prison) comme des viols ou des meurtres d’un casier judiciaire.

Et en outre, le fait que la peine ne soit pas inscrite sur le casier accessible à l’employeur ne signifie pas que la peine soit effacée du casier… Elle est juste reportée sur une autre partie du casier judiciaire qui n’est pas accessible à l’employeur, mais elle reste toujours accessible aux services judiciaires et policiers, lorsque l’on recherche les antécédents d’un délinquant.

Nos enquêteurs ne seraient donc jamais passés à côté d’une peine pour viol sur le casier d’un criminel sous prétexte qu’il l’aurait fait « effacer » de son casier. C’est impossible, puisque ça ne sera pas effacé et qu’ils ont accès à l’intégralité du dossier et pas seulement au casier accessible aux employeurs.

Je préfère le préciser pour que les lectrices ou lecteurs, victimes réelles ou potentielles d’un tel crime, soient rassurés sur le fait qu’un viol ne compte pas si peu aux yeux de la justice, pour que l’on en obtienne l’effacement total dans un casier judiciaire.

En outre, une condamnation pour viol entraîne en France l’inscription du condamné sur le FIJAIS (Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infraction Sexuelles ou violentes), et ça m’étonnerait beaucoup que des enquêteurs n’aillent pas voir sur ce fichier dans ce genre d’affaires… Je dis ça… Mais je ne dis rien… C’est dommage que Chattam ait oublié l’existence de ce fichier-là !

Sans parler du fait que si les juges peuvent se laisser convaincre de ne pas inscrire une condamnation « mineure » comme une bagarre avec ses voisins pour une question de trouble du voisinage, chez quelqu’un qui n’a pas de casier… ou un vol à la tire sans récidive…

Un viol ou un meurtre chez un sujet inquiétant (dans ce cas il est fréquent de demander des expertises ou enquêtes de personnalité) … avec les risques que ça peut faire courir aux éventuels collègues, clients, employeurs… Je doute que les juges soient irresponsables au point de le rendre invisible sur le casier, réclamé lors d’une embauche sur un emploi un peu sensible, réclamant un casier vierge.

Par ailleurs, il y a aussi une légère erreur concernant les procédures de changement de nom… Si elles ont été simplifiées au début des années 2000 (plus besoin de saisir le Conseil d’Etat !) et si la publication de l’annonce de ce changement de nom au Journal Officiel de la République est maintenant à la charge de la personne ayant demandé ce changement (110 euros) …

Le fait est que cette publication n’est pas une nouveauté et que les changements de noms faisaient déjà l’objet d’une publication au JO avant la modification de ladite procédure (j’ai y lu des déclarations de changements de nom au JO avant les années 2000) contrairement à ce que l’auteur fait dire à ses personnages.

De toute façon, en France, pays qui adoooore la bureaucratie, tout acte administratif laisse des traces quelque part et dans le cadre d’une enquête officielle, les services de police peuvent toujours avoir accès à ces informations à condition de chercher au bon endroit.

Et puis… Sans vouloir trop en dire pour ne pas spoiler… L’usage répété sur un temps relativement long et particulier que le Prédateur fait de l’eau de javel sur ses victimes vivantes, sans qu’elles ne semblent en souffrir plus que cela, me laissera très perplexe.

Je ne suis pas médecin ou chimiste, alors je ne me montrerai pas péremptoire sur ce point, mais je ne suis pas certaine qu’on puisse aussi bien tolérer de telles pratiques sans gros dégâts immédiats et atrocement douloureux sur les tissus concernés.

L’histoire ne nous dit pas si l’eau de javel était pure ou diluée… On dira que cette ambiguïté permet d’entretenir un doute favorable à l’auteur, mais franchement… Ne faites pas ça à la maison.

Et enfin, c’est là encore un petit détail sur un petit point plus que secondaire qui surgit au détour d’une page… Mais lorsqu’un enfant devient adoptable à l’âge de six ans et présente un état psychiatrique préoccupant, il n’est JAMAIS proposé à l’adoption, même s’il a été déclaré pupille d’état.

Tout enfant pupille n’est pas nécessairement considéré comme adoptable par les services sociaux. Lorsqu’il existe un risque accru qu’une adoption soit problématique en raison de l’état psychiatrique d’un enfant, l’enfant n’est pas proposé à l’adoption…

Mais à part ces petites bourdes mineures, qui ne changeront pas grand chose à mon plaisir de lecture, je dois reconnaître que je n’aurais rien d’important à reprocher à Maxime Chattam dans la construction de cet opus efficace et sans temps morts.

Cela faisait si longtemps ! Mais je réalise que cet opus est le dernier en date du Cycle « GN » (Gendarmerie Nationale sans doute) dont je viens de découvrir l’existence. Sans doute serait-il intéressant que je lise ceux qui ont précédé.

Si j’étrille Maxime Chattam impitoyablement quand il me déçoit, c’est parce que je sais aussi ce qu’il est capable de nous donner quand il soigne son sujet, et ce n’est donc que justice que de reconnaître quand il nous a livré le meilleur de lui-même et m’a fait frissonner.

J’ai en effet eu le plaisir depuis si longtemps espéré, de retrouver cet auteur dans un genre qu’il maîtrise suffisamment pour m’embarquer là où il voulait m’amener au fil des pages.

Et j’en veux encore.

 

14 réflexions au sujet de « La Constance du Prédateur – Ludivine Vancker 04 : Maxime Chattam [Par Dame Ida, Ex-Ex-Groupie Frissonnante du Fan-Club de Maxime Chattam] »

  1. Ping : « La constance du prédateur » – Maxime Chattam – Mes Lectures du Dimanche

    • Mais je t’en prie! Merci à toi pour les compliments ! Je n’ai pas un grand mérite. En fait quand tu travailles (depuis loooongtemps!) dans un secteur où tu dois parfois collaborer même de loin avec la justice et plus ou moins avec la police forcément il y a des petits détails que tu finis par apprendre car tu dois suivre l’avancée de certaines procédures. Alors forcément des fois ça me rend un peu tatillonne quand les auteurs de polars font quelques approximations sur un univers qu’ils sont supposés nous faire découvrir à travers leurs enquêtes !
      A leur décharge… on voit aussi tellement de polars ou de séries policières ou judiciaires qui racontent n’importe quoi et on a tellement l’habitude de se dire que si c’est dans la télé c’est que c’est vrai qu’on finit par croire que c’est vraiment comme ça !
      Chattam est un auteur qui avait le mérite de faire un vrai effort d’information de recherche et de documentation dès le début de sa carrière. Il est carrément allé jusqu’à assister à des autopsies!!! Il peut y avoir eu un peu de flottement depuis sur certains livres mais il reste très au dessus de la moyenne malgré quelques petits détails qui relèvent des « finitions » si je peux me permettre cette métaphore.

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    • Ah oui! La bureaucratie est une spécialité nationale… mais étrangement l’UNESCO n’a pas proposé de l’inscrire au patrimoine immatériel à l’instar de la baguette! 😁 Vas savoir pourquoi… 😂

      Aimé par 1 personne

      • Hé, tu veux la bureaucratie de la Belgique ?? Bonn sang, rien que de penser aux paperasses à remplir, tu fais demi-tour !

        C’est con, tout ces papiers, parce que ça ralentit tout, sauf les salopards qui eux ont les passe-droits pour construire sans permis, dans des zones natura… :/

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