Bilan Mensuel Livresque : Janvier 2023

Eh oui, déjà la fin de Janvier ! Voilà déjà 31 jours de 2023 qui sont finis… De la pluie, un peu de gel, et des envies de rester sous la couette. Non, interdit, il faut se lever et pour chasser la grisaille des jours qui sont toujours sombres, il faut lire !

Puisque j’ai l’intention de dépasser les 460 lectures cette année, de terminer des séries entamées, de lire plus de mangas et de comics, j’avais intérêt à commencer en force et ne pas lézarder. C’est ce que j’ai fait…

Pour ce premier Bilan Livresque 2023, mon compteur affiche 18 Romans, 24 Bédés et 12 Mangas. Ce qui me fait 54 Lectures pour Janvier 2023

En janvier 2022, j’avais 22 lectures… Là, je l’ai allégrement dépassé, les doigts dans le nez, en plus ! Comme une de mes résolutions était de lire plus de mangas, je n’ai pas non plus attendu la moitié de l’année pour commencer.

La lecture des sagas mangas de Monster et de Berserk continue. Du côté des bédés, j’ai terminé la saga Barracuda (géniale) et de Airborne 44 (magnifique et remplie d’émotions), celle de Duke est en cours.

Par contre, le temps m’a manqué pour faire des chroniques de tout ce que je lis… Paradoxe : plus je lis, moins j’ai le temps d’écrire des chroniques de mes lectures.

Je continuerai, sur le blog, de poster les critiques des romans lus, mais ce sera plus difficile de faire la même chose pour les bédés, mangas ou comics lus. Même uniquement pour Babelio, comme je faisais souvent. Si j’ai le temps, je ferai des chroniques, sinon… repos !

Bien qu’il soit difficile de se reposer avec une petite nièce de 3 ans qui adore dire « Cours, tata, cours ». Hé, j’ai l’âge de mes articulations, moi. Au moins, j’ai le droit de poser mes fesses sur une petite chaise lorsque je joue avec elle, sur la table du salon (mais je ne peux toucher à rien).

Son petit frère ne me demande pas encore de courir ou de jouer, mais pour le moment, il en est encore à pleurer lorsqu’il n’est pas dans les bras de sa mère. Je ne suis pas encore sa tata préférée.

Le chat, lui, est égal à lui-même : sieste, bouffe, câlins. Et quand môssieur a faim, pas besoin de vous faire un dessin, il sait se faire comprendre, même quand je fais semblant de ne pas le voir, parce qu’il n’est pas encore 16h, l’heure du repas du soir. Avec sa patte, il est venu tapoter ma manche, alors que j’étais assise dans le fauteuil. Ok, minou, tu as gagné !

Comme toujours, il déteste lorsque je m’absente et si c’est plus que 24h, lors de mon retour, j’ai à peine le temps de boire un café qu’il est déjà là, à faire le pied de grue à côté de ma jambe. Si je traîne de trop, ça miaule plaintivement. Pas le choix, je dois monter avec lui (je suis l’esclave, il est le maître), aller m’asseoir dans le canapé et lui faire des caresses, avant de la laisser s’endormir sur mes jambes. Dure, la vie d’un chat…

Malgré tout ses progrès en presque 4 ans de vie avec nous, il reste craintif dès que l’on se lève (sauf si c’est pour aller lui remplir la gamelle ou aller avec lui pour les câlins) et il y a des endroits dans la maison où je ne sais pas le caresser ! Monsieur se dérobe…

C’est un cas, notre chat. Enfin, je dis « notre », mais l’animal poilu se contrefout de mon homme, qu’il doit prendre pour un envahisseur, une sorte de squatteur, juste bon à lui donner des croquettes lorsque je ne suis pas présente…

Pour la première lecture de l’année, je voulais me la couler douce, il me fallait une lecture plaisir. Sherlock Holmes contre Arsène Lupin – La revanche de Martine Ruzé-Moens tombait à pic. Deux nouvelles qui sont parfaites, sans pour autant casser la baraque. Elles sont correctes et agréables à lire. C’est une lecture qui ressemble à un carré de chocolat qu’on laisse fondre sur la langue… ❤️❤️

Autre lecture plaisir avec Les détectives du Yorkshire – 08 – Rendez-vous avec le diable de Julia Chapman, qui met fin au suspense, puisque tous les mystères se résolvent dans ce tome. Ils se rejoignent tous et forment une toile d’araignée bien tissée au fil des tomes précédents. Le suspense monte crescendo et sur le final, il est haletant. ❤️❤️❤️

L’Égypte ancienne, ma destination rêvée. Ça tombait bien, parce que La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre d’Éric-Emmanuel Schmitt, m’y a emporté. L’auteur continue de mettre en scène des petites histoires pour nous raconter la Grande, revisitant les grands faits bibliques, les mettant à hauteur d’Homme, les expurgeant de leur côté fantastique ou divin. Une saga que j’apprécie. ❤️❤️

Il fallait bien que la roue arrête de tourner dans le bon sens et m’offre une lecture ratée avec Sherlock Holmes en Limousin de Jean-Louis Boudrie qui met en scène une sorte de bouffonnerie qui n’arrive jamais à être drôle et qui transforme le duo Holmes/Watson en personnages burlesques. Même l’enquête policière est foirée…

Le monde des Mormons, monde étrange… L’autrice va nous y plonger dans avec Les trois épouses de Blake Nelson de Cate Quinn puisque l’assassiné est un mormon qui vivait avec trois épouses. Ceci n’est pas un thriller trépidant, l’autrice prenant le temps de planter ses décors, de donner la parole aux trois épouses. Leur récit est glaçant. ❤️❤️❤️

J’avais la crainte, avec le Erectus – 03 – Le dernier hiver de Xavier Müller, que l’histoire ne devienne redondante. Eh bien, pas du tout ! L’auteur a réussi à aller encore plus loin, faire encore plus fort, sans se prendre les pieds dans le tapis. Ce thriller se révèle être une lecture virale, à laquelle il n’existe aucun antidote, si ce n’est aller jusqu’au bout de sa lecture. ❤️❤️❤️

Chien 51 de Laurent Gaudé me tentait depuis sa sortie. Les chroniques qui en parlaient me donnaient encore plus envie de le lire, sans oublier le passage de l’auteur à La Grande Librairie. Hélas, je n’ai jamais réussi à accrocher au récit, aux personnages, au monde dystopique dans lequel ils évoluaient. Dommage, il avait tout pour me plaire, ce roman…

C’est un Sherlock Holmes jeune et à Lyon, que nous retrouvons dans les deux nouvelles : L’affaire du musée et L’affaire de Noël d’Eric Larrey. Si les enquêtes sont bien pensées, c’est le personnage de Holmes qui n’est pas au point : fade, manquant de présence, de prestance. Dommage. Cela ne m’empêchera pas de lire ses autres enquêtes.

Certains passages de Gueules d’ombre de Lionel Destremau m’ont enchanté, d’autres ont créés de la lassitude durant ma lecture. Pourtant, l’écriture de l’auteur était belle, les témoignages des soldats intéressants, mais tout le reste m’a semblé long, lourd et j’ai fini par sauter des pages.

Magnifique rural noir, Où reposent nos ombres de Sébastien Vidal m’a transporté dans les années 80, en compagnie d’une bande de jeunes qui passent leurs vacances en s’amusant, tandis que bien plus loin, des braqueurs commencent une cavale sanglante. Un très bon roman qui parle du Mal qui rôde partout, parfois plus proche qu’on le pense et que les attaques peuvent venir d’une personne de confiance (et non pas d’un étranger)… Une très belle lecture, remplie d’émotions, belles et douloureuses. Une bande de copains qui va rester longtemps dans ma tête. ❤️❤️❤️❤️

Que peut-il y avoir derrière une photo ? Sans une légende juste et véritable, on peut en penser ce que l’on veut. Entre fauves de Colin Niel va justement parler du choc des photos auquel les internautes peuvent ajouter le poids des mots. En l’occurrence, la photo d’une chasseuse sachant chasser avec un arc et un lion atteint d’une flèche… La meurtrière ! J’ai adoré la première partie de ce roman, mais j’ai lâché dans la montagne, lorsque la chasse a eu lieu entre Martin et sa proie humaine.

La traite négrière, un commerce abject, qui pourtant a eu lieu (l’Homme vend tout ce qui est possible de vendre, pour s’enrichir). Alma – 01 – Le vent se lève de Timothée de Fombelle tient à la fois du conte, du roman d’aventure, de pirates, de la critique sociale, du roman historique. La plume est agréable à lire, les personnages sont attachants (sauf ceux qui mettent les fers), les émotions étaient au rendez-vous et j’ai hâte de lire la suite. ❤️❤️

Commençant au Pendjab, Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes de Kate McAlistair m’a emporté dans un voyage lointain, dans les steppes immenses, à dos de cheval ou de chameau, me faisant vivre une belle aventure, malgré le côté classique du scénario et la manichéisme des personnages. L’auteur avait mis le paquet sur les descriptions de paysages, des us et coutumes des régions et c’est ce qui m’a fait apprécier cette lecture.

C’est l’hiver, j’avais envie d’avoir encore plus froid, alors, j’ai sélectionné Les Chiens de Pasvik – Les enquêtes de la police des rennes 04 de Olivier Truc pour un retour en Laponie, au pays des Samis. Nous sommes à la frontière entre la Norvège et la Russie où ça risque de chauffer grave sa mère. L’auteur, sous le couvert d’une petite enquête, nous plonge dans un monde peu connu, celui des éleveurs de rennes, le tout sur fond politique et de tensions avec la Russie.

Au rayon des déceptions littéraires, j’ajouterai Mystere Sankolo de Mamady Koulibaly (personnages et scénario fadasses) et Le jeune homme d’Annie Ernaux où je n’ai jamais vibré avec son introspection.

J’avais envie de découvrir son nouveau personnage de Carney, qui n’est pas un voyou, tout juste un petit filou. Harlem Shuffle, le nouveau roman de Colson Whitehead, s’en va explorer la ségrégation raciale, qui continue encore et encore, le tout dans le monde des escrocs, voleurs, receleurs, braqueurs, avec un personnage principal, Carney, jamais content de ce qu’il possède et qui rêve de toujours plus.

Bilan Livresque : 18 Romans

  1. Sherlock Holmes contre Arsène Lupin – La revanche : Martine Ruzé-Moens
  2. Détectives du Yorkshire – 08 – Rendez-vous avec le diable : Chapman [LC avec Bianca]
  3. La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre : Eric-Emmanuel Schmitt
  4. Sherlock Holmes en Limousin : Jean-Louis Boudrie
  5. Les trois épouses de Blake Nelson : Cate Quinn
  6. Erectus – 03 – Le dernier hiver : Xavier Müller [LC avec Bianca]
  7. Chien 51 : Laurent Gaudé (Non chroniqué)
  8. L’affaire de Noël : Eric Larrey
  9. L’affaire du musée : Eric Larrey
  10. Gueules d’ombre : Lionel Destremau
  11. Où reposent nos ombres : Sébastien Vidal
  12. Entre fauves : Colin Niel
  13. Alma – 01 – Le vent se lève : Timothée de Fombelle
  14. Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes : Kate McAlistair [LC avec Bianca]
  15. Les Chiens de Pasvik – Enquêtes de la police des rennes 04 : Olivier Truc
  16. Mystere Sankolo : Mamady Koulibaly (Chronique pour Mois du Polar)
  17. Le jeune homme : Annie Ernaux (Non chroniqué)
  18. Harlem Shuffle : Colson Whitehead (Chronique pour Mois du Polar)

Bilan Livresque : 24 Bédés / 12 Mangas = 36 lectures

  1. Jim Thorpe – La légende Amérindienne du football : Lecathelinais et  Chapelle
  2. Indians ! – L’ombre noire de l’homme blanc : Tiburce Oger et Collectif
  3. Solo – Tome 2 – Le coeur et le sang : Oscar Martin
  4. Solo – Tome 3 – Le monde cannibale : Oscar Martin
  5. Les enfants de la Résistance – T02 – Premières répressions : Ers et Dugomier
  6. Les enfants de la Résistance – T03 – Les deux géants : Ers et Dugomier
  7. Les enfants de la Résistance – T04 – L’escalade : Ers et Dugomier
  8. Les enfants de la Résistance – T05 – Le pays divisé : Ers et Dugomier
  9. Les enfants de la Résistance – T06 – Désobéir : Ers et Vincent Dugomier
  10. Nautilus – T02 – Mobilis in mobile : Mathieu Mariolle et Guénaël Grabowski
  11. Airborne 44 – T04 – Destins croisés : Philippe Jarbinet
  12. Airborne 44 – T05 – S’il faut survivre… : Philippe Jarbinet
  13. Airborne 44 – T06 – L’Hiver aux armes : Philippe Jarbinet
  14. Airborne 44 – T07 – Génération perdue : Philippe Jarbinet
  15. Airborne 44 – T08 – Sur nos ruines : Philippe Jarbinet
  16. Airborne 44 – T09 – Black Boys : Philippe Jarbinet
  17. Airborne 44 – T10 – Wild Men : Philippe Jarbinet
  18. Barracuda – T04 – Révoltes : Jean Dufaux et Jérémy Petiqueux
  19. Barracuda – T05 – Cannibale : Jean Dufaux et Jérémy Petiqueux
  20. Barracuda – T06 – Délivrance : Jean Dufaux et Jérémy Petiqueux
  21. 109, rue des Soupirs – T02 – Fantômes sur le grill : Mr Tan et Yomgui Dumont
  22. ‭109‬, rue des Soupirs – T03 – Fantômes d’extérieur : Mr Tan et Yomgui Dumont
  23. Duke – Tome 4 – La dernière fois que j’ai prié : Yves H. et Hermann
  24. Duke – Tome 5 – Un pistolero, tu seras : Yves H. et Hermann
  25. Vinland Saga – T25 : Makoto Yukimura [MANGA]
  26. Le bateau-usine : Takiji Kobayashi et Gô Fujio [MANGA] 
  27. Berserk – T02 : Kentaro Miura [MANGA]
  28. Berserk – T03 : Kentaro Miura [MANGA]
  29. Berserk – T04 : Kentaro Miura [MANGA]
  30. Monster – T04 – L’amie d’Ayse : Naoki Urasawa [MANGA]
  31. Monster – T05 – Après la fête : Naoki Urasawa [MANGA]
  32. Monster – T06 – La forêt des secrets : Naoki Urasawa [MANGA]
  33. Monster – T07 – Richard : Naoki Urasawa [MANGA]
  34. Monster – T08 – Mon héros sans nom : Naoki Urasawa [MANGA]
  35. Monster – T09 : Un monstre sans nom : Naoki Urasawa [MANGA]
  36. Ikigami – Préavis de mort (Double) – Tome 1 : Motorô Mase [MANGA]

Chroniques de Dame Ida :

Publicité

Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes : Kate McAlistair [LC avec Bianca]

Titre : Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes

Auteur : Kate McAlistair
Édition : L’Archipel (14/10/2021)

Résumé :
Lahore, 1838. Adolescent, Morgan vit sous le joug de son père, un mercenaire aussi cruel qu’ivrogne. Il tombe amoureux de Chali, une jeune princesse mongole, mais celle-ci doit épouser le petit-fils de l’empereur du Pendjab.

Morgan s’efforce de l’oublier en prenant sous son aile Maura, une fillette venue rejoindre son père, le colonel Fleming, redoutable chef de la police de l’empereur.

Un jour, c’est le drame : alors que Morgan tente de s’opposer à son père ivre, ce dernier tombe du balcon et se tue. Fleming l’accuse de meurtre. Le jeune garçon parvient à lui échapper et s’enfuit dans l’Himalaya.

Dix ans ont passé. Maura est mariée à un botaniste britannique qui œuvre dans le renseignement. Au cours d’une réception au Palais des mille vents, en Russie, elle reconnaît Morgan. À nouveau sous son charme, elle manœuvre pour qu’il devienne le guide de l’expédition de son mari. Attiré par Maura, Morgan refuse tout d’abord.

Mais lorsqu’il comprend que cette expédition est en réalité une mission de sauvetage de la princesse Chali, à présent veuve et pourchassée par des tueurs, il n’a plus qu’un désir : venir en aide à celle qu’il n’a jamais pu oublier…

Critique :
Pour qui veut voyager sans bouger de son canapé, ce roman est parfait, puisque, en plus de vous faire voyager sur la carte de l’Asie et de la Russie, il vous offrira aussi une plongée dans le temps, puisque l’histoire commence en 1838.

Au Pendjab, Morgan vit dans un élevage de chevaux, avec sa mère, d’origine Hindoue et son père, un anglais violent, alcoolique et tout basculera lorsque ce crétin à la main lourde, qui passe ses rages sur son épouse, chutera de son balcon… Oui, bien fait pour sa gueule, mais Fleming, le redoutable chef de la police de l’empereur, l’accusera et le poursuivra jusque dans les montagnes.

Si vous cherchez un roman qui dépote avec de l’action à tous les chapitres, il faudra laisser ce roman de côté, car lui, il s’attache plus aux us et coutumes des pays, des époques et est très descriptif dans les lieux, les paysages. Sans rire, j’ai été transportée du Pendjab à la Russie, les steppes, je les ai bien visualisées et je dois dire que c’est ce qui a fait que je me suis attachée à ce roman.

L’histoire est des plus conventionnelles, le plaisir étant dans la manière dont l’autrice nous la conte. Là où le bât blesse un peu (un comble, lorsque l’on voyage dans une caravane), c’est dans l’histoire d’amour et dans les personnages principaux.

Morgan est un jeune garçon sympathique, qui crève de trouille devant son père. Dix ans plus tard, le voici paré de toutes les qualités (beau, intelligent, parfait cavalier, il sait se battre, il est gentil,…). Fleming est le grand méchant, mais on ne sait pourquoi il voue une telle haine au jeune Morgan, qui ne lui a jamais rien fait. Pas de nuances dans les portraits des personnages, ce qui est dommage.

L’histoire d’amour est un peu bateau, à mon sens, dû au fait que Morgan, à 15 ans, est tombé amoureux de Chali (dernière descendante du célèbre Gengis Khan), avec qui il n’a échangé quelques mots, bien qu’il ait passé du temps avec elle (barrière de la langue). En même temps, il aime bien aussi Maura (par amour du goût ?), 12 ans, qui lui offrira un baiser avant qu’il ne s’enfuie.

Ce sont des gosses, des ados, des amourettes de jeunesse, à laquelle, en principe, on ne donnera jamais suite. Bingo, 10 ans après, Morgan croise à nouveau la route de Maura, mariée : son comportement sera un peu aberrant, jouant un jeu de séduction dangereux, bien que Morgan la repousse.

Rien n’est logique dans le comportement de Maura qui reveut un baiser, afin d’être sûre qu’elle aime son mari et non Morgan (comme si c’étaient des mets à goûter). Elle m’a fait penser à une gamine et non à une femme de 22 ans (à cette époque, on était mûre plus tôt). Morgan, lui, aime toujours sa princesse, mais peut-être aussi Maura, il ne sait pas…

Je n’ai rien contre les histoires d’amour dans les romans, mais j’apprécie tout de même qu’elles n’aient rien à voir avec du Harlequin. Morgan aime le souvenir de Chali, il l’idéalise et Maura fait pareil avec lui.

Bref, on perd du temps avec leurs chipoteries et autant ou j’avais apprécié Maura jeune, autant où elle m’a un peu exaspéré adulte. Rien de grave, mais j’ai eu l’impression d’un « tout ça pour ça ? ».

Malgré tout, cela ne m’a pas empêché de déguster le récit du voyage de la caravane de chevaux et de chameaux, dans les steppes kirghizes, chevauchant durant des heures, chassant avec un aigle, vivant à la dure, toujours à la merci de pillards. Les descriptions sont précises, très vivantes, belles et c’est ce qui m’a fait le plus vibrer dans ce roman.

Un roman à l’histoire ultra classique, mais racontée autrement, avec beaucoup de précisions dans les us et coutumes des différentes cultures abordées, de détails dans les paysages traversés, le climat, la nature, afin d’y immerger le lecteur pour qu’il se sente plus proche de ce que vivent les personnages, que ce soit dans la chaleur du Pendjab ou dans la froide Russie.

C’est grâce à ma copinaute Bianca que j’ai lu ce roman avec elle. Une LC réussie ! Comme il est à suivre, nous avons décidé de poursuivre le voyage. Tout comme moi, Bianca a apprécié le voyage. Suivez le lien et vous saurez tout !

Alma – 01 – Le vent se lève : Timothée de Fombelle

Titre : Alma – 01 – Le vent se lève

Auteur : Timothée de Fombelle
Édition : Gallimard Jeunesse (11/06/2020)

Résumé :
1786. Quittant la vallée d’Afrique qui la protégeait du reste du monde, Alma, 13 ans, part seule à la recherche de son petit frère disparu.

Pendant ce temps, à La Rochelle, le jeune Joseph Mars embarque clandestinement sur La Douce Amélie, l’imposant navire de traite du cruel capitaine Gardel. Il est en quête d’un immense trésor, mais c’est Alma qu’il va découvrir…

Critique :
Il est des commerces abjects : celui des êtres humains. L’Homme est ainsi fait, il est capable de vendre ses semblables pour de l’argent, par vengeance, pour posséder les terres de l’autre ou pour se protéger lui-même des négriers, des envahisseurs…

Alma vivait tranquillement dans sa vallée, bien cachée, en compagnie de ses parents, de ses deux frères et d’un nouveau venu : un zèbre sans rayures qu’elle pouvait monter.

Hélas, l’attrait de l’inconnu fut plus fort que tout pour le petit frère, Lam, et il profita des pluies pour quitter la vallée protégée. Alma parti à sa recherche et toutes les emmerdes commencèrent au moment où Lam quitta la matrice protectrice de la vallée.

Ce roman choral ne se contente pas de suivre les pas d’Alma, sur les traces de son frère. Le narrateur, omniscient, nous parlera aussi du passé trouble de son père, de ce qui va arriver à sa mère et son frère muet, de Joseph, un jeune garçon rempli de mystères qui va s’embarquer sur un navire négrier, d’Amélie Bassac, la fille de l’armateur Bassac à La Rochelle, de Gardel, le capitaine du navire négrier, qui ne s’embarrasse pas des sentiments, ni de pitié…

Nous avons beau être dans un roman pour la jeunesse, l’auteur ne cachera rien des mauvais traitements subis par les être humains capturés et entassés dans les cales des navires négriers.

Sans s’appesantir ou en faire trop, l’auteur arrive parfaitement à nous faire ressentir l’horreur, pour ces captifs, de se retrouver entassés dans les ponts inférieurs, sans air, sans soins, croupissant dans ces cales inhumaines qui ne leur laissaient même pas une once d’espoir.

Horrible commerce qui a enrichi bien des gens, le tout pour faire bosser des êtres humains dans des plantations de cannes à sucre, le tout dans des conditions inhumaines.

Le récit est un subtil mélange de conte, de roman d’aventure, de récits de pirates, de romans parlant de quêtes des héros, que ce soit pour retrouver des personnes chères ou tout simplement un trésor qui pourrait être caché sur une île…

L’écriture de l’auteur est simple, sans jamais être simpliste. On a l’impression que les personnages sont vivants, qu’ils sont près de nous, que nous les suivons dans leurs histoires, que certains sont nos amis.

Un roman jeunesse qui s’adresse autant aux jeunes qu’aux adultes, un roman qui parle des pages très sombres de notre Histoire, qui met en lumière le côté obscur des Hommes, capable d’asservir les animaux ou ses semblables, pour son propre intérêt.

Une page de l’Histoire qu’il serait bon d’apprendre à tout le monde, un roman puissant, rempli d’aventures, d’émotions, de personnages bien campés, attachants ou abjects, sans jamais pourtant être manichéens.

Un roman que je suis contente d’avoir enfin découvert et dont il me tarde de lire la suite.

Mois du Polar – Février 2023 [Chez Sharon]

Oui, il est de retour, comme tous les ans : le Mois du Polar chez Sharon !! Je ne devrais pas être toute folle, puisque de toute façon, je participe à son challenge Thrillers & Polars à l’année, mais c’est plus fort que moi, participer au Mois du Polar, ça me rend zinzin !

Pour ne pas changer, je vais puiser dans mon HAL (Himalaya À Lire) et tenter de sortir de l’ordinaire dans mes lectures thrillers/polars dans le but de noircir ma carte des nationalités sur Livraddict (93).

Sans oublier de lire des mangas, des comics, des bédés, les romans policiers qui prennent les poussières depuis trop longtemps (vœu pieu !) et les nouveautés de l’année (ou celle de la rentrée de septembre 2022).

Bon, autrement dit, si je veux y arriver, il faudra que Sharon fasse un Mois du Polar qui dure 12 mois ! On me signale dans l’oreillette que c’est déjà fait et que j’y participe… 

Pas besoin de me casser la tête pour les titres, je vais piocher dans les romans que je voulais découvrir les années précédentes et essayer de les lire (enfin !!) en février 2023.

Et j’ai ajouté quelques autres titres, des nouveautés, de la littérature jeunesse, bref, de quoi m’amuser.

Romans que je vais essayer de lire (surtout essayer de ne piocher que dans cette liste) :

  1. Les Patriotes : Sana Krasikov (Ukraine)
  2. C’est pour mieux te manger : Ji Yeon Kim (Corée du Sud)
  3. Ma mémoire assassine : Young-Ha Kim (Corée du Sud)
  4. Génocide(s) : Kazuaki Takano (Japon)
  5. Le dernier loup : Jiang Rong (Chine)
  6. Le défi Holmes contre Lupin et les brigades : J-P et A Bouchon (France)
  7. Vallée furieuse : Brian Panowich (États-Unis)
  8. Le serveur de Brick Lane : Ajay Chowdhury (Inde)
  9. Dans la vallée du soleil : Andy Davidson (États-Unis)
  10. Les Sept crimes de Rome : Guillaume Prévost (Madagascar)
  11. Frère Athelstan – 09 – L’Auberge du paradis : Paul Doherty (Angleterre)
  12. Commissaire Llob – 02 – Morituri : Yasmina Khadra (Algérie)
  13. Mystere Sankolo : Mamady Koulibaly (Guinée)
  14. Lagos lady –  Amaka Thriller  01 : Leye Adenle (Nigeria)
  15. Spada : Bodgan Teodorescu (Roumanie)
  16. Ramata : Abasse Ndione (Sénégal)
  17. Avenue nationale : Jaroslav Rudiš (Rep. Tcheque)
  18. La Fièvre : Sandor Jaszberényi (Hongrie)
  19. Harlem Shuffle : Colson Whitehead (États-Unis)
  20. Nuages baroques : Antonio Paolacci (Italie)
  21. L’odeur de la nuit – Montalbano 08 : Andrea Camilleri (Italie)
  22. La peur de Montalbano – Montalbano 09 : Andrea Camilleri (Italie)
  23. Le Chien de Serloc Kolmes : Joseph Jacquin & Aristide Fabre (France)
  24. Une saison pour les ombres : R. J. Ellory (Angleterre)
  25. Sherlock, Lupin et moi – Les meilleures enquêtes de Sherlock Holmes : Irene Adler (Italie)
  26. Sherlock, Lupin et moi – 15 – Le mystère de l’homme au chapeau : Irene Adler
  27. Nellie & Philéas : Détectives globe-trotteurs – 01 – Le Crime de Whitechapel : Roseline Pendule (France)

Au rayon Bédés, Comics, Mangas :

  1. Une étude en émeraude : Gaiman, Albuquerque et Scavone [COMICS]
  2. Le chien des Baskerville – Comics Usborne : Russell Punter [COMICS]
  3. Gotham Central – Tome 01 : Brubaker, Rucka et Michael Lark [COMICS]
  4. Batman – Un Long Halloween : Jeph Loeb et Tim Sale [COMICS]
  5. Preacher (Urban) – Tome 3 : Garth Ennis et Steve Dillon [COMICS]
  6. Batman – Last Knight on Earth : Scott Snyder & Greg Capullo [COMICS]
  7. Batman – Silence : Jeph Loeb et Jim Lee [COMICS]
  8. Captain America – 03 – Naissance d’un empire : Nick Spencer [COMICS]
  9. Captain America – 04 – Secret empire : Nick Spencer [COMICS]
  10. The Creep : John Arcudi et Jonathan Case [COMICS]
  11. Crime et Châtiment : Hiromi Iwashita & Dostoïevski [MANGA]
  12. My Home Hero – Tome 7 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi [MANGA]
  13. My Home Hero – Tome 8 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi [MANGA]
  14. Arsène Lupin (2022) – 01 – Gentleman cambrioleur : Takashi Morita [MANGA]
  15. La Peau de l’autre – T01 – Pile et face : Le Tendre & Séjourné [BÉDÉ]
  16. La Peau de l’autre – T02 – Vice & versa : Le Tendre & Séjourné [BÉDÉ]
  17. Noir burlesque – Tomes 1 & 2 : Enrico Marini [BÉDÉ]
  18. Seul le silence : Fabrice Colin, Guérineau et R. J. Ellory [BÉDÉ]
  19. Agatha Christie – 11 – Le train bleu : Agatha Christie et Marc Piskic
  20. Agatha Christie – 12 – Meurtre en Mésopotamie : Rivière & Chandre [BÉDÉ]
  21. Agatha Christie – 23 – Vacances d’Hercule Poirot : Quella-Guyot [BÉDÉ]
  22. L’Art du crime  – 02 – Le paradis de la terreur : Marc Omeyer & Stalner [BÉDÉ]
  23. Le chien des Basketville : René Pétillon [BÉDÉ]
  24. Jack Palmer – Tome 12 – L’enquête corse : René Pétillon [BÉDÉ]
  25. Détectives – 04 – Martin Bec, La cour silencieuse : Hanna & Labourot [BÉDÉ]
  26. Moon river : Fabcaro [BÉDÉ]
  27. L’Homme Bouc : Eric Corbeyran et Aurélien Morinière [BÉDÉ]
  28. Le dahlia noir : James Ellroy, Miles Hyman et Matz [BÉDÉ]

Entre fauves : Colin Niel

Titre : Entre fauves

Auteur : Colin Niel
Édition : Rouergue Noir (2020) / Livre de Poche Thriller (2022)

Résumé :
Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal.

Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Critique :
Non, je n’aime pas les chasseurs, qu’ils flinguent le gibier de nos contrées ou les animaux exotiques d’ailleurs, et encore moins ceux qu’ils posent devant leurs trophées, exposant leurs massacres sur les réseaux sociaux…

Mais de là à faire du bashing, à les poursuivre, à les traquer, sur le Net ou dans la vie réelle, il y a un pas que je ne franchirai pas, contrairement à Martin, un garde au parc national des Pyrénées.

Un ami m’avait expliqué, il y a un certain temps, que l’on ne savait pas toujours ce qu’il se cachait derrière une photo, lorsqu’elle n’était pas expliquée, que l’on ne savait pas d’où elle était tirée, dans quelles circonstances… Mais que l’on avait tendance à extrapoler dessus et à lui inventer une légende qui convenait, surtout si ça peut faire le buzz.

Une jeune fille, avec un arc, devant la dépouille d’un lion, en Namibie, ça a de quoi révolter les anti-chasses (je le serais aussi) et Martin, notre garde, va mener l’enquête pour tenter de trouver l’identité de cette jeune fille, sans doute blindée de thune, pour avoir pu s’offrir une chasse au lion.

Donner l’histoire de cette photo, c’est ce que Colin Niel va tenter de faire, avec ce roman choral, qui nous emmènera des Pyrénées à la Namibie, passant du dernier représentant des ours qui a disparu à un lion qui s’est mis à chasser les vaches et les chèvres des bergers du Kaokoland.

L’auteur donnera la parole à cette chasseuse, surnommée Lagolas, à Martin, le garde du parc, à Charles, le lion chasseur et à Kondjima, le jeune Himba qui a vu son troupeau de chèvres décimé par un lion solitaire.

La première moitié du roman est entraînante et je suis allée de surprises en surprises, la chasseuse n’étant pas aussi mauvaise qu’on pourrait le penser… Le récit n’étant pas linéaire, on passera de l’arc pyrénéen à celui qui s’est déroulé en Namibie, quelques mois auparavant. Cela ajoute du mystère et du suspense, ce qui fait que le récit avance très vite.

Malheureusement, les personnages sont assez linéaires, stéréotypés, manquant de profondeur et le pire fut Martin, très radical, même s’il n’a pas tort dans ce qu’il dit, parlant des torts que les Hommes font à la Nature et aux animaux. Imbu de lui-même, il croit qu’il est le seul à détenir la vérité.

Là où le bât a blessé, ce n’est pas dans son obsession à trouver l’identité de la jeune fille, mais quand il a commencé à jouer au stalker, la suivant, l’espionnant, pénétrant dans son appart et lorsqu’il la suivra dans la montagne, là, le récit a perdu tout sens commun, notamment à cause du comportement dingue de Martin qui agira comme un vulgaire chasseur.

Le final ne manquera pas d’ironie, il est cruel, violent et on se prendra l’instant karma dans la gueule… L’histoire de la photo est dévoilée et elle ne manquait pas de cynisme non plus.

En fait, tout est ironique dans ce récit, puisque le lion, s’il s’est mis à s’attaquer aux troupeaux, c’est à cause de l’extension des Hommes, qui prennent de plus en plus de place, de la sécheresse, de l’extinction des troupeaux d’animaux sauvages qu’il chassait avant. Tout est lié et l’Homme, horrible virus, a propagé la maladie partout.

Dommage que les personnages aient été si stéréotypés et que Martin ait viré radicaliste, sinon, cela aurait pu être un coup de coeur. Son comportement extrémiste dans la montagne, m’a dérangé fortement. J’ai beau ne pas aimer les chasseurs, il est des choses qui ne se font pas, sinon, on ne vaut pas mieux qu’eux.

Malgré mes bémols, ce n’est pour autant pas une lecture ratée, car elle m’aura fait réfléchir sur le fait que l’être humain est un prédateur, une créature qui sème le vent et s’étonne ensuite de récolter la tempête, un être qui détruit quasi tout, qui pollue au-delà du possible et dont certains, qui ne pensent qu’à s’enrichir, sont prêts à tout pour y arriver, même à écraser les vivants : humains, animaux, plantes, insectes…

Nous sommes dans la merde, mais c’est de notre faute, nous nous y sommes mis dedans. J’ai fait mon introspection et bien que n’étant pas contaminée par la consommation, je consomme tout de même, comme tout le monde. J’ai moi aussi ma part de responsabilité (sans doute moins grande que d’autres, enfin, je crois).

Comme quoi, même avec une lecture qui m’a un peu déçue par certains aspects, elle m’a tout de même élevée plus haut, me faisant pousser les curseurs de la réflexion plus loin. Une fois de plus, c’est ironique, ce roman. Rien que pour cela, je ne risque pas de l’oublier…

Chouette, alors, il me reste encore d’autres romans de cet auteur et je compte bien les lire. Qui sait, je ferai peut-être encore fumer mon cerveau ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°117].

Où reposent nos ombres : Sébastien Vidal

Titre : Où reposent nos ombres

Auteur : Sébastien Vidal
Édition : Le mot et le reste (20/10/2022)

Résumé :
Été 1987. Johanna, Franck, Vincent et Christophe se connaissent depuis toujours et forment une bande que rien ne peut séparer.

Un dimanche d’août, quittant les rues de leur petit village de Province pour rejoindre la forêt, ils découvrent un endroit coupé du monde où vit un homme étrange que tout le monde surnomme « l’Indien ».

Au même moment, en région parisienne, deux jeunes amis entament une cavale sanglante après un braquage et mettent le cap plein sud pour se faire oublier. Rapprochées par le destin, ces trajectoires dissemblables vont se télescoper et exhumer de grandes souffrances enracinées dans le passé.

Durant cette période de transition délicate qu’est l’adolescence, la petite bande va apprendre à grands frais que l’innocence à une fin, contrairement à la violence.

Critique :
Haute Corrèze, vacances d’été, 1987. Une bande de 4 jeunes de 15 et 16 ans, amis depuis l’enfance, passent leurs vacances à s’amuser, à rouler à vélo, à jouer aux cartes, bref la belle vie, le genre de vacances et de potes dont on a toujours rêvé.

Le soleil est au rendez-vous (chanceux !) et cette petite bande bien sympathique tombe sur un lac tranquille, dans la forêt, bref, LE spot dont tous les gamins auraient rêvés d’avoir pour passer leurs vacances d’été.

Ce roman avait tout pour me plaire. Même si j’avais un peu peur de comment l’auteur allait mettre en scène cette bande de gamins. Le King est un champion dans le genre (ÇA) et je n’ai pas été déçue du travail de Sébastien Vidal !

Sa bande était réaliste, sympathique et j’ai pris un plaisir fou à me replonger dans les années 87, que je connais bien, puisque j’étais jeune aussi, à cette époque (plus jeune que les gamins du roman). Nos quatre ados vont faire une rencontre qui va être importante, dans leur vie… Ce sera un beau deal, de beaux échanges.

L’écriture est belle, poétique, brillante, sans pour autant que l’auteur en fasse des caisses ou surjoue avec les émotions, les émois et les emmerdes qui peuvent arriver, dans la vie d’ados, dont certains parents sont… des enfoirés de première !

Dans ce roman rural, il y aura une alternance de chapitres : la bande de jeunes et les deux braqueurs en cavale. On se doute qu’à un moment donné, les deux récits vont se télescoper et passé la moitié du récit, je croisais les doigts pour les deux histoires restent en parallèle et que jamais elles ne se croisent…

Entre nous, on se serait bien passé du récit des deux braqueurs en cavale, qui sèment des morts sur leur passage et dont l’un des deux pète un câble, prenant plaisir à tuer. Si au début, leur cavale en manquait pas de rythme, à la fin, elle a fini par me lasser et je n’attendais qu’une seule chose : que quelqu’un leur fasse la peau, flic, voyou ou simple quidam.

Pour moi, dans ce roman magnifique, l’histoire avec les ados se suffisait à elle-même, fallait pas aller chercher autre chose, car ces récits de cavale, ça a tiré le roman vers le bas et sans cela, c’était le coup de cœur.

Toute leur violence a fini par me lasser, par me débequeter et le final, bien qu’inattendu, m’a tué, à cause d’un geste irréparable qui a été commis par l’auteur (au travers d’un des personnages), donnant lieu à une perte (non, pas celle d’un chien ou d’un chat)… Argh, là, il n’aurait pas dû… Nous ne saurons jamais ce qu’en a pensé l’instigatrice de ce bon plan, devant le chaos qui en a résulté.

Si je devais me positionner par rapport au récit des gamins, c’est un coup de cœur véritable, une tornade d’émotions. Pour le récit des braqueurs, à partir d’un moment, cela devient redondant, et j’ai bien eu envie de zapper leurs chapitres (ce que je n’ai pas fait, mais j’étais à ça).

Un très bon roman rural, noir, malgré les vacances, le soleil, les copains, un spot génial pour passer du bon temps… Des vacances qui les marqueront à jamais et qui signifiera la fin de l’insouciance, de l’innocente, de la belle vie.

Bien que nous soyons dans un village, loin de l’agitation des grandes villes, dans ces jolies maisons, il peut aussi se passer des horreurs et l’on n’imagine pas la facilité avec laquelle les crimes peuvent s’y commettre, en toute impunité, les voisins restant des témoins silencieux.

Un très bon roman qui parle du Mal qui rôde partout, parfois plus proche qu’on le pense et que les attaques peuvent venir d’une personne de confiance (et non pas d’un étranger)… Une très belle lecture, remplie d’émotions, belles et douloureuses. Une bande de copains qui va rester longtemps dans ma tête.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°116].

Le bateau-usine : Takiji Kobayashi et Gô Fujio

Titre : Le bateau-usine

Scénaristes : Takiji Kobayashi et Gô Fujio
Dessinateur : Gô Fujio

Édition : Akata (2016)
Édition Originale : Kanikôsen (2006)
Traduction :

Résumé :
Dans les années 20, au Japon… L’industrialisation du pays fait rage, tandis qu’en Russie, la Révolution vient de s’achever.

Au port de Hakodate, c’est l’effervescence : le bateau-usine s’apprête à partir en mer, pour pêcher des crabes qui seront revendus à prix d’or. Mais les ouvriers-pécheurs ne se doutent pas encore du destin qui les attend…

Exploités, battus et spoliés par Asakawa, l’intendant du navire qui ne pense qu’aux bénéfices de l’entreprise qu’il représente, ils vivront un véritable enfer quotidien.

Pourtant, quand le bateau échappe au naufrage, grâce à l’aide d’un chalutier russe, les esprits commencent à s’échauffer.

Un jeune étudiant, influencé par les romans de Dostoïevski, décide de prendre la tête d’un mouvement de rébellion… La grève est ouverte !

Critique :
La littérature engagée, j’aime ça. Quelque soit son support. Ici, c’est roman issu de la littérature japonaise, publié en 1929 (et interdit ensuite), qui est adapté en manga.

L’auteur du roman original est décédé en 1933, d’une crise cardiaque, soi-disant, mais les marques sur son cadavre font tout de suite penser à ses proches qu’il est mort de la torture… Ambiance.

Ce manga parle du capitalisme dans ce qu’il a de plus extrême : pour que les actionnaires gagnent plein de pognon, il faut que des pauvres types crèvent en travaillant dans des conditions épouvantables.

Le rendement, quoiqu’il en coûte ! Voilà le maître mot d’Asakawa, l’intendant du bateau-usine qui pêche des crabes sur la mer du Kamtchtka, rivalisant avec les Russes. Pour l’intendant, c’est une guerre économique contre les Russes.

[…] c’est un duel entre le peuple de l’empire du Japon et les Russkofs… si jamais on perdait, alors les jeunes Japonais que vous êtes, avec vos couilles ballantes, vous n’auriez plus qu’a vous ouvrir le ventre et vous jeter dans la mer du Kamtchatka.

Coups, menaces, privations, travail dans des conditions terribles, pire qu’au goulag (ou « aussi pire »), malades obligés de bosser, bouffe infâme, pendant que le capitaine, l’intendant et les autres, se goinfrent de mets succulents, pour aller les vomir ensuite, vu que la mer, parfois, est démontée…

Même les ouvriers, dans leur trou à merde, au fond de la cale, on bien du mal à garder leur bol de riz dans l’estomac.

Dans ce manga, aucun personnage n’est plus mis en avant qu’un autre. Pas un héros, mais des ouvriers pauvres, qui n’ont pas le choix que de bosser sur ce navire, des hommes qui vont se révolter, tenter de se serrer les coudes pour mettre fin à cette tyrannie.

L’union fait la force, c’est bien connu, mais avant d’y arriver, à cette union, il faudra bien des brimades, bien des coups, bien des morts… avant que les 400 marins ne se rendent compte qu’ils sont bien plus nombreux que l’intendant.

Unir les gens est la chose la plus difficile qui soit, tandis que les désunir est si facile, comme le fera l’intendant, en mettant les pêcheurs et les ouvriers chargés de mettre les crabes en boîte en compétition. Et ça marche toujours !

Les seules choses qui aient un prix, sur ce bateau-usine, ce sont les boîtes de crabes, destinées à l’élite, certaines à l’empereur. Dans ces boites de crabes, il y a surtout le sang, la sueur et les morts des ouvriers, des pêcheurs.

L’autre chose qui a de la valeur, c’est le rafiot sur lequel ils naviguent : ce dernier est assuré pour une somme plus élevée que sa valeur. Autrement dit, il rapportera plus d’argent en faisant naufrage qu’en naviguant. Le ton est donné.

Récit d’une descente aux enfers où les pauvres gars embarqués sur cette galère se demanderont, à un moment, s’il n’aurait pas mieux valu mourir au départ. Les conditions de travail vont devenir de plus en plus dures, laissant les ouvriers épuisés, à tel point que les accidents de travail augmentent.

Un manga dont la lecture ne laissera personne indifférent, sauf peut-être les gros actionnaires (hommes ou femmes), qui ne s’enrichissent que sur le dos des autres, tels des tiques sur le dos d’un chien.

Il est à souligner que dans ces bateaux-usines, les intendants étaient des Japonais, qui se comportaient en esclavagiste envers d’autres Japonais, le tout pour le bien du pays. Ce n’était pas le fait d’étrangers donc !

Juste pour rappeler que bien souvent, le Mal vient de ses propres dirigeants, de ses propres intendants, patrons…. et qu’ils sont de la même nationalité que ceux qu’ils exploitent. Le véritable ennemi, ici, c’est le capitalisme et les étrangers ne sont pas responsables.

Diviser pour mieux régner, c’est un classique qui marche toujours. Exploiter les plus pauvres, ceux qui n’ont pas le choix, et les dresser l’un contre l’autre, c’est le combo gagnant pour cet intendant et pour tous les exploiteurs.

Un excellent manga, qui prouve, une fois de plus, que les mangas, ce ne sont pas que pour les ados et que ce ne sont pas des « trucs avec des mecs bourrins dedans ». Non, ici, c’est juste la mise en image d’un roman qui était lui même la mise en phrase des horreurs qui avaient lieu dans les bateaux-usines.

Le pire est que ces pratiques ont toujours lieu, quelque part dans le monde, dans d’autres pays, pour que des sociétés fassent de superprofits sur des vêtements, de l’alimentation, le tout, au détriment de gens qu’elles exploitent et de la Nature qu’elles foutent en l’air.

Pas de soucis, tout va très bien, madame la marquise !

Le Suppléant : Henry Mountbatten-Windsor* *ou plutôt de son gosht-writter appointé [par Dame Ida, Pigiste Pipôle Stagiaire Adjointe à la Rédaction]

Titre : Le Suppléant

Auteur : Prince Harry
Édition : Fayard (10/01/2023)
Édition Originale : Spare (2023)
Traduction : Nathalie Bru et Santiago Artozqui

Résumé :
C’est l’une des images les plus marquantes du XXe siècle : deux jeunes garçons, deux princes, marchant derrière le cercueil de leur mère sous les regards éplorés – et horrifiés – du monde entier.

Alors que Diana, princesse de Galles, rejoignait sa dernière demeure, des milliards de personnes se demandaient à quoi pouvaient bien penser les princes à cet instant, ce qu’ils ressentaient – et quelle tournure allait prendre leur vie désormais.
Pour Harry, voici enfin venu le moment de raconter son histoire.

D’une honnêteté brute et sans fard, LE SUPPLÉANT est un livre qui fera date, plein de perspicacité, de révélations, d’interrogations sur soi et de leçons durement apprises sur le pouvoir éternel de l’amour face au chagrin.

L’avis de Dame Ida :
Je n’envisageais pas d’acheter ce livre afin de ne pas participer à l’entretien du train de vie de gens qui ont déjà à eux deux plus d’argent que mon époux, moi-même, mais aussi tous mes proches réunis ne parviendront jamais à gagner en une vie, voire une dizaine de vies… Et qui ne sont pas fichus d’écrire un livre eux-mêmes… Mais une bonne amie me l’a passé… et forcément, curieuse… J’ai passé un week-end dessus.

400 pages qui, initialement, auraient dû en faire le double, dit-on, avant qu’il ne soit expurgé du pire du pire pour ne pas rendre à jamais impossible une réconciliation que les déclarations de la presse rendraient de plus en plus improbable. En tout cas c’est que dit aujourd’hui la presse…

Oui mais voilà… La presse pipôle ne nous raconterait que des conneries. C’est d’ailleurs ça la principale révélation du bouquin !

Bon, je vous l’accorde que la presse nous raconte souvent des conneries, surtout sur les pipôles, on le savait déjà, ce n’est pas une révélation… Mais le décalage entre ce que les médias répètent et finissent par nous faire tenir pour vrai, parce que plusieurs sources le répètent, et ce qu’Henry Mountbatten-Windsor (ben oui, c’est ça en principe son vrai nom – d’autant qu’il n’est plus censé avoir de titres) déclare, est assez troublant.

Exit la Meghan qui harcèlerait ses collaboratrices… Ce serait un complot fomenté par l’une d’entre-elles, virée pour s’être fait passé pour la Duchesse de Sussex, afin de se faire offrir des cadeaux gratuits… Mouais… Il est aussi possible que ce grand benêt amoureux, peu objectif, n’ait pas envie de voir que certaines façons de parler puissent poser problème ou que quant on envoie des SMS le dimanche matin, de très bonne heure… ça peut aussi réveiller le destinataire, même si on prétend qu’il n’est pas tenu de répondre.

Exit le scandale de la tiare, Henry étant supposé avoir levé le ton contre l’habilleuse de la Reine, qui s’opposait au choix d’une tiare russe, controversée pour le mariage…

Alors que le choix de la tiare se serait porté sur une autre et en outre, en présence de la Reine elle-même, qui avait approuvé ce choix… L’habilleuse n’aurait seulement pas apprécié qu’on lui fasse remarquer les retards qu’elle a pris pour faire parvenir la tiare sélectionnée pour les essais coiffure nécessaire (poser une tiare ne s’improvise pas au dernier moment; il faut que le coiffeur apprenne à le faire avant le jour J).

Il n’y aurait donc eu aucun appel de Mamie pour gronder son petit fils et lui dire qu’il ne faut pas parler ainsi au personnel et l’affaire de la tiare russe serait une pure invention de l’habilleuse !

Fausse également, l’hypothèse voulant que la Reine ait découvert la décision d’exil des Sussex via leur blog, puisque la presse avait déjà prévu d’annoncer, le lendemain, des éléments confidentiels, transmis directement par un courrier des intéressés au roi actuel sur les conditions de leur départ… éléments qui avaient donc fuité alors que les négociations avec la Reine et son successeur étaient déjà en cours…

Et tout serait à l’avenant, découlant de fuites plus ou moins mensongères des collaborateurs et secrétaires royaux, qui ont un sens étrange de leurs devoirs, de confidentialité, allant même jusqu’à vendre des infos fausses aux médias, pour mieux arrondir leurs fins de mois, vu qu’ils sont mal payés au Palais !

Et le narrateur n’épargnera pas la nouvelle femme de son père en lui attribuant la responsabilité de certaines fuites, pour que la presse s’intéresse moins à son propre fils en galère… L’ennui, évidemment, c’est qu’on ne pourra jamais vérifier quelles sont les vraies versions… Et c’est ça qui fait enrager l’ex-prince : sa parole n’est pas et n’a jamais été considérée comme la vérité, les théories alternatives de la presse inventée par elle-même ou par d’autres, ayant été répandues dans les oreilles du public auparavant.

Cela étant, nous pouvons compter sur l’Establishment pour ne jamais rien nous dire de manière transparente.

Alors nous n’avons aujourd’hui que les déclarations d’Henry Mountbatten-Windsor, et celles d’une presse dont on sait par ailleurs qu’elle n’a pas hésité non plus à raconter bien des saloperies.

Tiens… Quand la Reine est morte, on annonçait qu’elle était au plus mal à la nation dans l’après midi, alors que c’était déjà fini (on l’apprendra le lendemain quand l’heure exacte du décès sera annoncée). On voulait attendre que toute la famille soit arrivée pour annoncer la nouvelle, ça peut se comprendre… Mais ça veut dire et ça prouve que la communication du palais n’est pas fiable, puisqu’elle peut employer le mensonge. Le narrateur, quant à lui, avait été averti dans l’avion du décès de sa grand-mère, alors que la nation priait encore pour la survie de celle-ci…

Alors la vérité véritablement vraie… bien malin qui saura la connaître… Le Palais ment… les employés vendent de faux tuyaux… certains le feraient sur ordre de certains membres de la famille… Et pendant ce temps, le narrateur raconte sa propre vérité et son propre point de vue.

Mais il n’échappera pas aux lecteurs attentifs que ce point de vue passe aussi à travers les interprétations et le prisme d’une subjectivité très en souffrance. Ben oui… il souffre, ce narrateur. C’est une évidence.

Cela étant, difficile de se faire une idée très claire de ce qu’endurent les « royals » britanniques, avec la presse. Nous ne recevons pas les tabloïds britanniques en France et nous mesurons assez peu les débordements hallucinants que la liberté de la presse permet, outre-manche. On peut raconter n’importe quoi, sur n’importe qui, sans rien risquer, à condition d’y mettre certaines formes.

Et oui chers amis… En France (je ne sais pas comment ça se passe en Belgique), les lois sur la vie privée et la diffamation, les lois réprimant les discours racistes etc… ne permettent pas de dire n’importe quoi, dans les journaux, alors que visiblement la presse britannique pourrait mentir en toute liberté, sans jamais avoir à en rendre compte, sauf dans des cas particuliers limités, toujours possibles à contourner.

Nous ne savons donc des péripéties de la Firme que ce que la presse francophone s’autorise à reprendre. Cela nous parvient plus soft, très édulcoré, moins racoleur, plus sérieux… Mais ce n’est pas nécessairement plus vrai pour autant !

Un tri a juste été fait par les services juridiques, pour mettre au panier les « infox » des tabloïds qui tomberaient sous le coup de la loi chez nous, et il semblerait que ce soit le cas de la majorité de ce qui se publie de l’autre côté du tunnel ou du channel, ça dépendra par quel moyen vous y allez.

Mais pour apprendre tout cela, il vous faudra accepter de mourir d’ennui pendant 80 % de ce livre, où le gosht-writter de Monsieur Mountbatten-Windsor nous fera part de manière assez répétitive de ses états d’âmes, de ses nombreux voyages (purée le bilan carbone du type ferait frémir la petite Gretha T!!!), de ses souvenirs d’armée ou de collégien…

Ce livre est, bien souvent, creux ou vide, reprenant des anecdotes sans intérêt, déifiant le souvenir de sa mère avec quelques bons sentiments, par-ci par-là… Mais sans réelles révélations, car la plupart des éléments abordés ont déjà été révélés par la presse.

Quant à ses liens avec certaines personnes, ils ne seront pas suffisamment détaillés pour qu’on saisisse quelque chose de leurs relations, comme s’ils étaient de parfaits figurants anonymes.

Même son père, sa grand-mère, son frère et quelques autres ne feront pas l’objet de développements, nous permettant réellement de voir comment il les saisit subjectivement, ce qui nous en révélerait peut être trop… Leurs descriptions sont très factuelles, sans profondeur…  Aux lecteurs de se les imaginer à travers ce qu’ils auront lu dans une presse… qui selon lui n’est que mensongère.

Il est pourtant de notoriété publique que les Windsor forment une famille dysfonctionnelle, pas douée avec les sentiments, etc…

Et d’ailleurs, le narrateur ne manquera pas une occasion de les tacler, mais sans jamais véritablement rien mettre en lumière, quoi que ce soit, des liens qu’ils ont les uns avec les autres et de la façon dont il s’en débrouille. Probablement, valait-il mieux zapper ces questions pour laisser une porte ouverte à un retour possible du narrateur, dans le giron familial, quand sa femme se sera fatiguée de lui.

Anybref, ce n’est pas de la grande littérature et ça a donc l’avantage d’être vite lu…

D’ailleurs c’est certainement le but, pour toucher un lectorat très vaste et rapporter plus d’argent possible… Mais c’est souvent sans intérêt, et la lecture diagonale m’a soulagé les yeux et l’esprit assez souvent.

Et puis… Ce livre m’a dérangé par certains aspects.

Quand on revendique avec autant de force un droit à l’intimité, pourquoi s’appesantir sur des détails sur l’anatomie de son pénis, sur ses inquiétudes concernant l’intégrité de celui-ci suite à un voyage au pôle nord, pour cause d’engelures et de sa décision de le mettre au chaud dans une « chaussette », sur mesure, en polaire, lors de son voyage au pôle sud ? Pourquoi nous raconter en quelques mots la perte de sa virginité ? Pourquoi nous parler de ses ex, aussi ?

Parce que la presse avait raconté autre chose ? Mouais… Pas certaine de cela… Démentir nécessite-t-il toujours de tout dévoiler ? À la presse intrusive, faut-il réagir par l’impudeur totale ? Always complain, always explain… La rupture du narrateur avec sa propre famille est manifestement une rupture éthique et philosophique sur la façon de se positionner.

Autre problème : Henry Mountbatten-Windsor ne nous cachera rien de ses consommations fréquente et précoce de cannabis, de cocaïne, de drogues hallucinogènes, et surtout de ses abus d’alcool. Et à aucun moment il ne tiendra un discours critique à cet égard. Il en parle d’une manière totalement banale comme si c’était parfaitement normal de se défoncer régulièrement à la beuh dès le collège !

La cocaïne ? Ben quoi ? Tout le monde n’en prend-il pas ? Et l’alcool après tout, ce n’est même pas illégal ! Où est le problème d’évoquer une cuite à pratiquement chaque chapitre ? Quant aux drogues hallucinogènes, on vous dira que c’était une thérapie alternative à son malaise psychologique, pour lequel il reconnaît n’avoir jamais vraiment  consulté un psy dans la durée, sauf dans l’année qui a précédé son exil.

Ce discours, sans aucune critique sur ses consommations de drogues ou d’alcool et leurs effets, me semble parfaitement irresponsable de la part d’un père de famille et d’une personne ayant une telle audience médiatique. Ce livre va être lu par des millions de gens… N’a-t-il jamais imaginé qu’un passage un peu critique sur les dangers des drogues aurait été de bon ton ?

La recherche en neurosciences pose que la consommation régulière de cannabis à l’adolescence altère le développement cognitif et diminue le QI durablement… La psychiatrie sait aussi très bien que de nombreux épisodes psychotiques sont déclenchés par cette drogue et qu’elle n’a rien d’anodin, même si certains voudraient qu’elle soit librement commercialisable, au motif qu’on l’utilise pour préparer des médicaments (à titre indicatif; la morphine est utilisée en médecine ou pour des médicaments antalgiques, mais est-ce une raison pour légaliser l’héroïne ?).

Dira-t-il que la cocaïne peut rendre paranoïaque à long terme ou mettre ses consommateurs en dangers, à cause de la surestimation des compétences qu’elle entraîne chez ses consommateurs ? Evidemment non ! Sans faire l’apologie des drogues, il les présente sous un jour inoffensif sans avertissement ni conseil de modération…

Même la dernière psy qu’il aura consultée, la seule dont il nous parle, il ne l’aura vue qu’un an ou deux tout au plus sa thérapie s’achevant avec le Meghxit. Bref… Elle n’aura certainement pas duré suffisamment pour faire le tour de ses tendances toxicomaniaques, de ses tendances alcooliques, de sa dépendance au risque (être militaire n’a pour lui de sens que si on va au front, à bien le lire), et surtout d’un deuil pathologique ancien (le jeune Henry se serait accroché jusqu’à l’âge de 17 ans à l’idée que sa mère se serait fait passer pour morte afin de vivre un exil anonyme!), sans parler d’un trouble de stress post-traumatique, auto-diagnostiqué, dont les symptômes tels qu’ils seront évoqués dans le livre, ne correspondent pas spécifiquement à ça, et ne seraient apparus qu’après sa carrière militaire.

Bref, le jeune homme n’allait franchement pas bien. Il est carrément fracassé et on peut se demander s’il va réellement mieux eu égard au manque de recul de questionnement ou d’autocritique de son discours.

Jamais il ne se remet en question… Il préfère les méthodes alternatives, les délires new-age, les tantras, les voyantes… voire l’homéopathie (granules de sucre sans AUCUNE substance active, les substances supposées être utilisées à des doses plus qu’infinitésimales n’ont aucune efficacité scientifiquement démontrée, et les résultats atteignent péniblement l’effet placebo) pour soigner des troubles anxieux !

La préférence systématique pour les méthodes alternatives signe le plus souvent une méfiance ou un évitement des méthodes scientifiquement éprouvées… Et donc, une résistance profonde au changement.

Et même si je comprends qu’il doit être très pénible de vivre constamment dans le viseur de la presse-caniveau britannique qui atteint des abysses de bassesse, je ne résumerais pas à cette unique raison les traits persécutifs qu’il exprimera à l’égard de la presse, de l’establishment, de sa famille, si j’en crois la théorie complotiste à peine voilée qu’il évoquera au sujet du décès de sa mère dont la version officielle a été arrêtée du fait de la « corruption »…

Sachant que les autorités françaises ont collaboré à cette enquête, l’évocation d’une « corruption », même s’il ne dit pas qui serait corrompu, relèverait de l’incident diplomatique, s’il avait encore quelque accréditation pour s’exprimer au nom de la Couronne !

Il reproche constamment à sa famille de n’avoir jamais partagé son exaspération à l’égard des tabloïds, de leurs intrusions, de leur harcèlement, et de leurs mensonges. Mais oublie-t-il que cette famille en est aussi l’objet et n’a eu d’autre choix que de s’en débrouiller, eu égard aux coudées franches que la loi leur laisse en Grande-Bretagne ?

Dans la prière des Narcotiques Anonymes, que l’on dit en début ou en fin de réunions, n’y a-t-il pas une petite phrase où l’on dit qu’il faut « accepter ce qu’on ne peut changer » et s’y adapter ? Cela fait partie du programme de réhabilitation. Monsieur Henry devrait méditer sur cette petite phrase si un jour il avait la bonne idée de participer à leurs réunions.

Sa famille n’a d’autre choix que de respecter la loi. Aucun manquement, aucune critique contre la loi sur la liberté de la presse ne serait tolérée de la part de la famille royale britannique ! Et par son comportement et ses exaspérations contre la presse, il met objectivement le statut de sa famille en danger, en laissant supposer que cette famille pourrait questionner la liberté de la presse et la liberté d’expression, qui sont des piliers fondamentaux de ce pays.

Critiquer ouvertement la liberté d’expression de la presse, même pour en condamner les abus, mettrait l’institution monarchique en position d’être suspectée de tyrannie ou de velléités dictatoriales !

Nous pouvons tous déplorer que la liberté de la presse britannique ne puisse se voir opposer aucune loi sur le respect de la vie privée… ou qu’on puisse publier des mensonges, sans avoir à en rendre compte…

Mais c’est ainsi qu’est la loi britannique et la famille royale, pour préserver son statut, doit s’y faire et s’y adapter. Et s’y adapter suppose de garder un contrôle rigoureux sur sa présentation, sur ses moindre faits et gestes et sur tout ce qu’on dit quand on sort dans un lieux public… C’est injuste, mais c’est ainsi.

Alors, le voir monter dans les tours parce que la presse a parlé de ses consommations de cannabis, de cocaïne ou d’alcool devant des tiers, en groupe ou dans des lieux publics… et que le seul problème avec ses consommations de drogues a été que la presse en parle.

Excusez-moi… Mais là, je ne peux pas le plaindre. Si tu ne veux pas te voir reprocher de faire des conneries, et bien tu commences par ne pas en faire, au lieux de faire comme la plupart des sales gosses dont la seule réaction est de dire : « Qui a osé me dénoncer ! ».

Franchement un strip-billard à Las Vegas, alors qu’on ramène de parfaits inconnus dans la suite où on se soule ? Est-ce bien raisonnable quand on est supposé avoir l’habitude de devoir toujours faire attention à qui prend des photos ? Ou joue-t-on un peu avec le feu pour s’en plaindre après ?

Bonhomme, si tu ne veux pas voir tes fesses dans la presse, ne les découvre que dans ta salle de bain ou dans ton lit ! Ou alors montre les et… assume !

Personnellement, si le narrateur est accro à la beuh et ruine son QI avec, c’est son problème tant qu’il ne fait pas de prosélytisme ! Mais dans ce cas là, qu’il assume comme le ferait Doc Gynéco ! Mais qu’il ne se plaigne pas après, si ça fuite dans la presse, parce qu’il le fait sans se soucier d’être vu !

Est-ce que je fais des sextapes moi ? Non. Pourquoi ? Ben parce que je sais que même si ça ressemblerait plus à un reportage animalier sur la reproduction des éléphants de mer, un vidéogramme peut être téléchargé, piraté, diffusé, et regardé par la planète entière.

Alors ? Quand tu sais que les photos de tes moindres conneries seront revendues quoi qu’il arrive et bien… Tu t’abstiens ! Sinon… tu assumes et tu ne te plains pas. On pourra me trouver coincée… Mais je parle juste de sens des responsabilités. Si tu aimes montrer ton cul aux gens, il faut te faire à l’idée à l’ère d’internet que même des gens que tu n’as pas choisis, finiront par le voir aujourd’hui.

Par ailleurs, quand il parle de ses stratagèmes pour faire des courses dans des supérettes ou pour s’acheter des vêtements… Heu… Excusez-moi… Mais à l’ère de la livraison à domicile ou des services VIP dans les grands magasins où on vous reçoit dans un salon et on vous apporte un choix du type de produits recherchés… Ne cherche-t-il pas les problèmes ?

Tu vois Deneuve ou Adjani faire leur marché ? Tu crois que Brad Pitt se promène au rayon caleçons d’un centre commercial ? Comment faisait son frère ? Ses oncles ? Ses cousines ? Dans une famille qui a autant de thunes, et des services de sécurité, on ne me fera pas croire qu’il n’y aurait eu personne pour faire ses courses ! Comme si c’était si drôle de faire ses courses !

Pitié ! Je me dispenserais bien de devoir les faire moi ! J’ai pus la force de pousser mon caddie bondé dans des allées noires de monde le samedi ! C’est pas juste parce que j’ai peur d’être prise en photo ! Et si j’osais me lamenter là dessus au bureau mes collègues me regarderaient comme une conne en me disant « Ben c’est la vie, Ida ! Fais-toi livrer si tu ne veux plus pousser ton caddie! »…

Le mec, il a un secrétaire particulier des gardes du corps et même le cuisinier de papa qui lui apporte des plats sous vide et toussa toussa… mais il va nous faire croire qu’il doit faire ses courses comme n’importe qui ! Pauvre garçon… il ne réalise pas ce que vivent les vrais gens dont il voudrait se faire plaindre ! Pitié !

Son obsession à se poser comme victime de la presse, à l’instar de sa mère qui pourtant savait aussi très bien l’utiliser (et ça il tend à l’oublier), là où le reste de sa famille a dû apprendre à faire le dos rond, n’étant en réalité pas plus protégé que lui (on se souviendra des conversations entre Charles et Camilla, rendues publiques où il disait vouloir être son tampax… Une humiliation assez sympa… On ne parlera pas des unes, sur la fois où son père a commandé un sherry au pub alors qu’il était collégien, ou de toutes les petites amies et liaisons qu’on lui a prêtées avant son mariage !), me semblera parfois peu entendable même si je conçois que de voir les gens qui entrent ou sortent de chez vous être harcelés par les paparazzis ou les parents ou proches de vos petites amis harcelés également, est prodigieusement scandaleux.

De même le sujet de sa relation avec son frère me semblera problématique. La dimension projective (le fait d’attribuer à l’autre des sentiments qu’on ressent à son égard) des sentiments de rivalités, qu’il attribue à son frère aîné à son égard, me semblera évidente, notamment quand ils se trouvent régulièrement associés à une sorte de listage de tous les privilèges dont il jouit et dont le narrateur prétend ne pas se préoccuper.

S’il ne s’en préoccupe pas, alors, pourquoi en fait-il si souvent la liste ? Mon Dieu ! Le futur roi jaloux de son frère parce qu’on l’autorise à porter l’uniforme de son choix et la barbe à son mariage ! Qui y croit ? Dégringolé au cinq ou sixième rang dans l’ordre de succession, il était presque à la limite de ce que la Reine n’ait plus son mot à dire sur son mariage… Pauvre vieille… Elle n’avait juste pas envie de se raidir sur des questions de protocole pour un petit fils qui n’avait aucune chance de régner…

Et son frère s’est fait plus royaliste que la reine en ne comprenant pas l’abandon d’un point de protocole concernant son frère… Whaou… Le scandale du siècle !!! La preuve que son aîné est un jaloux pathologique !

Quand on l’entend raconter devant des caméras que son aîné et sa femme lui en voudraient à lui et à son actrice, d’être plus populaires qu’eux… et qu’ils sont contre eux, à cause de ça… on ne pourra trouver ça que pathétique !

Comme si le problème était là ! Il y a juste un aîné qui va devoir récupérer le job de diriger la firme et qui, comme son propre père, ne peux féliciter ou soutenir un trublion qui torpille le système !

Et puis mince… J’ai des enfants et des frères et sœurs… Et quand on a pris un peu de maturité et qu’on va bien dans sa tête, c’est suffisant pour savoir, qu’entre frères et sœurs, on imagine toujours que l’autre est plus avantagé que soi, vis à vis des parents !!! C’est normal d’imaginer ça quand on est enfant… Mais rester là-dessus une fois adulte c’est un peu plus ennuyeux. Et quoi que vous fassiez, en tant que parent, pour empêcher ça entre vos enfants, ça revient tout le temps sur la table.

Quand les parents essaient d’être justes et ne vont pas dans le sens d’un de leurs enfants, celui-ci a toujours l’impression qu’on préfère les autres à lui ! C’est tout le temps comme ça dans les fratries… L’aîné attend plus longtemps son premier téléphone et trouve injuste que le petit frère ait le sien plus jeune etc… C’est la vie ! Mais quand on est adulte, on est supposé passer à autre chose, non ? Faudrait grandir un peu peut-être ? Mais s’il n’y parvient pas à son âge, peut être est-ce le signe qu’il a encore besoin d’une aide ?

Alors oui c’est vrai… Les parents seront davantage satisfaits quand un de leurs enfants travaille bien à l’école, ou se montre bien élevé, s’approprie les valeurs de la famille… et déçus si l’un est en échec, part en vrille, se drogue, picolle etc. Alors oui… Chez les Mountbatten-Windsor-Spencer, c’est l’aîné qui est le mieux rentré dans le moule… Ben oui c’est comme ça… Et ça tombe bien en plus parce que c’est sur lui qu’on compte pour reprendre la firme… So what ? Il faut lui reprocher ? Et lui reprocher de faire son job en approuvant pas la démission de son frère ? Mais croyez-vous que les Windsor ont bien vécu le départ d’Edward VIII pour épouser sa maîtresse nazi en son temps ?

Est-ce leur faute, à son père et à son frère, si le cadet n’a pas bien réussi à l’école ? Sont-ce eux qui lui ont allumé son premier joint, sachant que la consommation de cannabis pendant la puberté fait perdre des points de QI ? Non, mais à entendre le narrateur, ils auraient « autorisé » l’establishment à faire de lui une sorte de bouc émissaire, supposé servir de contre-feu afin de ne pas trop regarder leurs affaires ! Ben voyons ! J’imagine bien son père, le fournir en coke, pour être certain qu’il se fasse photographier en train de sniffer, tant qu’on y est !

Faut-il fusiller tous les Windsor qui ont appris et réussi à se débrouiller des tabloïds en commençant par prendre de la distance avec leurs mensonges et par ne plus y faire attention ? Les mouches à merde sont toujours gênantes, mais nous avons toujours mieux à faire que de les écraser ou de sauter dans la merde à pieds joints pour s’acharner sur elles ! Et bien c’est malheureusement ce que fait le narrateur de ce livre.

Le problème, c’est que seules les personnes avec de bonnes assises de personnalité, bien construites, ayant une bonne estime d’elles-mêmes, sont capables de se passer de se voir renvoyer constamment une bonne image d’elles mêmes, par tous les miroirs qu’ils croisent. La presse est un de ces miroirs qui vous renvoient une image de vous-même, déformée, fausse… sans doute…

Et pour supporter que des crétins disent n’importe quoi sur vous, en permanence, et bien il faut être suffisamment certain de ce qu’on est, de sa valeur, de ce qu’on veut dans la vie etc. Et l’incapacité d’Henry Mountbatten-Windsor à faire face à ce que le reste de sa famille doit supporter, révèle surtout ce qu’il en est des profondes blessures qui l’ont empêché d’avoir une image de lui-même suffisamment solide.

D’ailleurs, ce livre ne démontre-t-il pas à quel point il est en définitive fragile et en recherche constante de lui-même, arpentant littéralement la Terre du pôle nord au pôle sud dans l’espoir de se trouver enfin ?

Ne démontre-t-il pas non plus que les traumatismes psychologiques de l’enfance devraient être pris en charge sur le plan psychologique sur le champ, et que sa famille a clairement merdé en ne lui offrant pas ce secours au plus tôt ?

Espérons pour lui qu’il se trouvera un jour… Dans pas trop longtemps… ça nous évitera un autre livre aussi creux.

 

Gueules d’ombre : Lionel Destremau

Titre : Gueules d’ombre

Auteur : Lionel Destremau
Édition : La manufacture de livres (07/04/2022)

Résumé :
À Caréna, l’enquêteur Siriem Plant est chargé par le Ministère des Anciens combattants de découvrir l’identité d’un mystérieux soldat plongé dans le coma.

On ne sait d’où vient cet homme, quelle fut son histoire, ni même si le nom qu’il utilise, Carlus Turnay, est bien le sien.

Et pourtant, des familles se bousculent pour reconnaître en lui un proche disparu. Plant n’a d’autre choix que de chercher des témoins parmi les anciens frères d’armes de l’inconnu.

Mais les survivants ne sont pas légion et il devra arpenter les routes pour rencontrer celles qui attendaient le retour de ces gueules d’ombre aujourd’hui disparues – épouses, amantes, mères, sœurs… De femme en femme, il lui faudra reconstituer le puzzle de l’énigmatique Carlus Turnay.

Au fil de cette enquête insolite menée dans les décombres d’un pays fictif, Lionel Destremau impose, dès ce premier roman, son univers littéraire unique.

Critique :
Caréna est une ville imaginaire (rien avoir avec Ma Caréna, la danse connue), tout comme la guerre dont on parle dans ce roman policier.

Pourtant, cette guerre, avec ses tranchées, ses boyaux de terre, ses obus qui enterrent les vivants dedans, avec ces hommes partis au combat presque la fleur au bout du fusil, parlant de guerre éclair, on aurait pu croire que l’on parlait de la Première. Mais non…

Les références à de la modernité (électricité, hélicoptères,…) vous font vite comprendre que toutes références à 1914 est impossible. Bizarrement, durant ma lecture, c’est à elle que j’ai pensé, surtout en lisant les lettres ou les récits des soldats de l’unité de Carlus Turnay, soldat dans le coma dont on charge Siriem Plant de retrouver son identité, sa véritable famille.

Si certains passages de ce roman m’ont enchanté, d’autres ont créés de la lassitude durant ma lecture. Le rythme n’est pas trépidant, l’enquête de Siriem Plant débouche souvent sur du vide, une fausse piste, des hommes décédés, ayant perdu l’esprit, l’usage de la parole et j’avoue que durant la moitié de ma lecture, je me suis ennuyée.

Pourtant, l’écriture de l’auteur était belle, les témoignages des soldats parlaient de désobéissance, d’ordres débiles, de pertes humaines énormes pour gagner quelques mètres, de conditions déplorables dans les tranchées, de la peur, du sang, des boyaux répandus…

Bref, tout ce qui m’a fait penser à la Grande Guerre… Ces passages, bien que durs, étaient très instructifs, surtout qu’ils intervenaient juste avant que Siriem Plant n’aille interroger la famille de cet homme mort au combat.

La plus belle partie, ce sont les témoignages, qui permettent aussi d’en apprendre un peu plus sur la personnalité du soldat Carlus Turnay et de mieux cerner le personnage.

C’est dans la toute dernière partie, lorsque Siriem a accès à une lettre écrite par cet homme dont il recherche désespérément l’identité, que les émotions seront les plus fortes. Cette lettre, que le destinataire n’a jamais lue, éclaire cet homme et nous font comprendre ses motivations profondes.

L’hypocrisie, les bien-pensants qui prêchent ce que vous devez faire, mais qui ne le pratiquent pas, la famille et son poids, une mère trop présente, une vie toute tracée par les autres, comme l’ont toujours fait les ancêtres, décidant pour les autres comme on avait décidé pour eux-mêmes… Vie de merde ? Vie de fardeau, oui.

Ces gueules d’ombre sont des gueules cassées, mais de l’intérieur, pour ceux qui ont survécu à la boucherie que fut cette guerre intemporelle dans ce pays imaginaire.

Le roman aurait dû m’emporter par sa puissance, mais je suis restée coincée de nombreuse fois dans les atermoiements de l’un, les errances de Siriem durant son enquête. Malgré tout, c’est un bon détective, mais hélas, il m’a été difficile de m’y attacher.

Un roman étrange, loin des canons habituels des romans policiers, une belle écriture, comme si le roman datait d’un autre siècle, une enquête épineuse et malgré tout cela, je me suis ennuyée durant une partie de ma lecture. Dommage…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XXX].

L’affaire du musée‭ ‬– Les enquêtes lyonnaises de Sherlock Holmes et Edmond Luciole HS1 : Eric Larrey

Titre : L’affaire du musée‭ ‬– Les enquêtes lyonnaises de Sherlock Holmes et Edmond Luciole HS1

Auteur : Eric Larrey
Édition : Autoédité (25/04/2022)

Résumé :
Le Palais des Arts est une vénérable institution. Niché au cœur de Lyon, il accueille les visiteurs qui viennent admirer peintures, sculptures et autres antiquités.

Un havre de paix, jusqu’à ce jour de mai 1873, où son directeur reçoit une bien curieuse lettre anonyme, lui annonçant… un prochain cambriolage.

La menace est étonnante! Quel cambrioleur serait assez téméraire pour prévenir sa victime ?

Appelés à prendre en charge cette affaire, nos deux détectives n’ont guère de temps devant eux, puisque le méfait est programmé pour cette nuit même…

Critique :
Dans cette nouvelle holmésienne, nous retrouvons à nouveau un jeune Sherlock Holmes de 20 ans, menant ses enquêtes à Lyon, accompagné d’Edmond Luciole, sorte de Watson avant l’heure, qui aide Holmes dans ses enquêtes et les consigne dans son carnet.

En 1873, le directeur du musée vient voir les deux hommes afin de leur demander de l’aide : il a reçu une lettre anonyme dans laquelle l’auteur lui signale qu’il va le cambrioler.

Ben oui, j’ai commencé les nouvelles à l’envers… D’abord la deuxième, avant de passer à la première. Pas grave, mais pas malin. D’ailleurs, j’aurais dû commencer par les romans de cet auteur, afin d’en savoir plus sur ce jeune Holmes vivant à Lyon… Oui, tous ces apocryphes se dérouleront à Lyon…

Que l’on réanime à nouveaux les plus sensibles d’entre nous (Dame Ida, notamment), qui ne jurent que par un Holmes en Angleterre. J’ai survécu à cette lecture qui se déroule à Lyon, même si dans l’absolu, je préfère Londres (sans être contre les déplacements de Holmes).

Là aussi, l’enquête est bonne, des plus correcte, telle qu’elle aurait pu échoir à un jeune détective anglais de 19 ans, exerçant à Lyon… Tout comme Holmes, j’avais trouvé le petit truc que les autres n’avaient pas vu. Le récit ne manque pas d’offrir quelques surprises, si l’on a pas compris comme Holmes, ce qui se tramait.

Comme dans l’autre nouvelle, le bât a blessé aux mêmes endroits : Holmes, bien que ressemblant au canonique, manque de présence, de flamboyance et on a l’impression qu’il n’est pas là, comme si l’enquête était menée par un détective brillant, mais dont on ne perçoit guère la lumière. Dans les récits canoniques, Holmes écrase tout le monde de sa personnalité.

Holmes est un personnage fort, qui s’impose sans s’imposer. Là, sa présence était ténue, comme si l’auteur n’avait pas su lui donner toute sa prestance, toute sa flamboyance. Dommage !

Edmond Luciole, par contre, fait très bien le Watson, à tel point que lorsqu’il racontait cette ancienne affaire, je le visualisais à nouveau avec une moustache et une tête de Watson. Grrr, non, ce n’est pas Watson, ce n’est pas Watson.

Comme pour l’autre affaire (celle de Noël) les dialogues étaient en italique, ce n’est toujours pas folichon à lire et étaient toujours assez pauvre en détails. Pas de description de l’action que le personnage exécute, pendant qu’il est en train de parler.

Donc, pas de : « Voilà, dit Holmes en rassemblant ses doigts devant lui, les yeux pétillants de malice, notre homme est parti par la porte… ». Dans cette nouvelle, que des dialogues brutes, l’action étant décrite avant ou après, jamais durant le dialogue.

Certes, c’est au format de la nouvelle, il faut aller à l’essentiel, mais un peu plus ne nuit pas au texte et l’enrichirait, même. L’auteur développe une bonne intrigue et fait l’impasse sur son personnage principal qui est un jeune Holmes et sur les dialogues. Dommage.

Pourtant, malgré mes bémols, j’ai apprécié ma lecture. Dans le fond, vu que l’intrigue est correcte et que le Holmes n’est pas très différent du canonique (sa présence en moins), c’est plaisant, ça change des apocryphes qui le transforme en bouffon.

PS : dans les dernières pages son livre, l’auteur nous explique ses recherches sur la ville de Lyon dans les années 1870, nous parle des personnages réels qui interviennent dans l’enquête et signale que s’il a écrit des nouvelles, c’est pour faire comme Conan Doyle qui commença par des nouvelles avant de faire des romans…

Pas op hein, manneke (attention, mon gars) ! Par pour Sherlock Holmes, puisque les deux premières publications furent les romans « Une étude en rouge » et « Le signe des Quatre », avant de passer au format nouvelle avec « Un scandale en Bohême ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°114].