Entre fauves : Colin Niel

Titre : Entre fauves

Auteur : Colin Niel
Édition : Rouergue Noir (2020) / Livre de Poche Thriller (2022)

Résumé :
Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal.

Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Critique :
Non, je n’aime pas les chasseurs, qu’ils flinguent le gibier de nos contrées ou les animaux exotiques d’ailleurs, et encore moins ceux qu’ils posent devant leurs trophées, exposant leurs massacres sur les réseaux sociaux…

Mais de là à faire du bashing, à les poursuivre, à les traquer, sur le Net ou dans la vie réelle, il y a un pas que je ne franchirai pas, contrairement à Martin, un garde au parc national des Pyrénées.

Un ami m’avait expliqué, il y a un certain temps, que l’on ne savait pas toujours ce qu’il se cachait derrière une photo, lorsqu’elle n’était pas expliquée, que l’on ne savait pas d’où elle était tirée, dans quelles circonstances… Mais que l’on avait tendance à extrapoler dessus et à lui inventer une légende qui convenait, surtout si ça peut faire le buzz.

Une jeune fille, avec un arc, devant la dépouille d’un lion, en Namibie, ça a de quoi révolter les anti-chasses (je le serais aussi) et Martin, notre garde, va mener l’enquête pour tenter de trouver l’identité de cette jeune fille, sans doute blindée de thune, pour avoir pu s’offrir une chasse au lion.

Donner l’histoire de cette photo, c’est ce que Colin Niel va tenter de faire, avec ce roman choral, qui nous emmènera des Pyrénées à la Namibie, passant du dernier représentant des ours qui a disparu à un lion qui s’est mis à chasser les vaches et les chèvres des bergers du Kaokoland.

L’auteur donnera la parole à cette chasseuse, surnommée Lagolas, à Martin, le garde du parc, à Charles, le lion chasseur et à Kondjima, le jeune Himba qui a vu son troupeau de chèvres décimé par un lion solitaire.

La première moitié du roman est entraînante et je suis allée de surprises en surprises, la chasseuse n’étant pas aussi mauvaise qu’on pourrait le penser… Le récit n’étant pas linéaire, on passera de l’arc pyrénéen à celui qui s’est déroulé en Namibie, quelques mois auparavant. Cela ajoute du mystère et du suspense, ce qui fait que le récit avance très vite.

Malheureusement, les personnages sont assez linéaires, stéréotypés, manquant de profondeur et le pire fut Martin, très radical, même s’il n’a pas tort dans ce qu’il dit, parlant des torts que les Hommes font à la Nature et aux animaux. Imbu de lui-même, il croit qu’il est le seul à détenir la vérité.

Là où le bât a blessé, ce n’est pas dans son obsession à trouver l’identité de la jeune fille, mais quand il a commencé à jouer au stalker, la suivant, l’espionnant, pénétrant dans son appart et lorsqu’il la suivra dans la montagne, là, le récit a perdu tout sens commun, notamment à cause du comportement dingue de Martin qui agira comme un vulgaire chasseur.

Le final ne manquera pas d’ironie, il est cruel, violent et on se prendra l’instant karma dans la gueule… L’histoire de la photo est dévoilée et elle ne manquait pas de cynisme non plus.

En fait, tout est ironique dans ce récit, puisque le lion, s’il s’est mis à s’attaquer aux troupeaux, c’est à cause de l’extension des Hommes, qui prennent de plus en plus de place, de la sécheresse, de l’extinction des troupeaux d’animaux sauvages qu’il chassait avant. Tout est lié et l’Homme, horrible virus, a propagé la maladie partout.

Dommage que les personnages aient été si stéréotypés et que Martin ait viré radicaliste, sinon, cela aurait pu être un coup de coeur. Son comportement extrémiste dans la montagne, m’a dérangé fortement. J’ai beau ne pas aimer les chasseurs, il est des choses qui ne se font pas, sinon, on ne vaut pas mieux qu’eux.

Malgré mes bémols, ce n’est pour autant pas une lecture ratée, car elle m’aura fait réfléchir sur le fait que l’être humain est un prédateur, une créature qui sème le vent et s’étonne ensuite de récolter la tempête, un être qui détruit quasi tout, qui pollue au-delà du possible et dont certains, qui ne pensent qu’à s’enrichir, sont prêts à tout pour y arriver, même à écraser les vivants : humains, animaux, plantes, insectes…

Nous sommes dans la merde, mais c’est de notre faute, nous nous y sommes mis dedans. J’ai fait mon introspection et bien que n’étant pas contaminée par la consommation, je consomme tout de même, comme tout le monde. J’ai moi aussi ma part de responsabilité (sans doute moins grande que d’autres, enfin, je crois).

Comme quoi, même avec une lecture qui m’a un peu déçue par certains aspects, elle m’a tout de même élevée plus haut, me faisant pousser les curseurs de la réflexion plus loin. Une fois de plus, c’est ironique, ce roman. Rien que pour cela, je ne risque pas de l’oublier…

Chouette, alors, il me reste encore d’autres romans de cet auteur et je compte bien les lire. Qui sait, je ferai peut-être encore fumer mon cerveau ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°117].

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22 réflexions au sujet de « Entre fauves : Colin Niel »

  1. Ping : Bilan Livresque : Janvier 2023 | The Cannibal Lecteur

    • Les personnages cachent des secrets, des mystères et l’on ne sait jamais ce qu’ils nous réservent. Ils ne sont pas caricaturaux et tant mieux, je n’aime plus trop ça (bon, Follet le fait, je lui pardonne).

      Jamais testé la lecture audio et je ne suis pas tentée, je dois dire.

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  2. C’est un roman que j’ai apprécié pour ma part. Je trouvais intéressant le fait d’examiner les points de vue de chaque camps : les chasseurs, les militants, les Himbas, les animaux… et le fait de montrer que les excès, le radicalisme ne se trouvent pas uniquement dans celui des « méchants ». Du coup, le polar de Colin Niel a sans doute les défauts de ses qualités ?

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    • Oui, il a des qualités, comme je l’ai souligné : il m’a fait pousser la réflexion plus loin et j’ai aimé qu’il donne la parole aux deux camps. Ce qui m’a dérangé, c’est le comportement de Martin, sur la fin, qui se radicalise très fort et qui en arrive à l’irréparable (mais bon, ça c’est encore réaliste, des gens qui se radicalisent, ce n’est pas irréaliste), mais le pire, c’est que tous les personnages étaient creux, sans relief, un peu mou, sans profondeur.

      Malgré le fait que je sois mitigée à cause du traitement des personnages, le roman m’a marqué, il restera dans mes souvenirs, rien que pour le coup de la photo et de toute la réflexion que je me suis faite.

      Là, coup de chapeau ! Comme quoi, c’est ironique : une lecture mitigée qui me restera dans la tête alors que j’ai oublié des tas de supers thrillers bien fichus 😆

      Aimé par 1 personne

  3. Un peu trop de faiblesse dans ce roman à mon goût à la lecture de ta critique. J’aurais du mal à aller au bout (clichés, acharnement militant…) et pis… pffff!

    Moi je suis pour la disparition de certaines espèces qui sont trop en concurrence avec la notre pour trouver à manger! Si on laisse les ours proliférer il n’y aura plus de saumon pour moi… et avec les ours polaires qui bouffent les phoques comment je me fait faire un manteau en bébé phoque? Hein? Je te demande? 🙄 Pareil dans la savane! Si on laisse les lions bouffer les antilopes je pourrais tirer sur quoi quand j’irai là bas? Les lions c’est pas bon à manger! Les antilopes oui! 🙄 Et les hippopotames ? Et les rhinocéros ? Tu crois que c’est des bêtes sympas? Et les crocodiles! C’est méchant et pervers! Juste bons à faire des sacs à main!🙄

    Ayé ! Me suis fait plein de copines aujourd’hui ! Gros bisous à toi Greta si tu nous lis! 😂🤣😂

    Nan… mon compte n’a pas été piraté ! Je suis juste possédée par un démon ! Celui du Très Mauvais Esprit! 😂

    Sérieusement la chasse c’est pas trop mon truc non plus!!! Et encore moins quand on ne mange pas ce qu’on tue (parce que là c’est juste le plaisir du meurtre et pas une nécessité ! Surtout avec des espèces menacées !). Je crois que l’univers du livre me rebuterait un peu…

    Aimé par 1 personne

    • Ton message a même fait peur à WP qui l’avait classé dans les « à vérifier » 😆 WP a repéré que tu avais été possédée :p

      Oui, tu vas te faire des copines… celles qui aiment les manteaux en peaux de léopard.

      Chasser pour manger, c’est une chose, je l’accepte (même si je n’en suis pas capable), mais les chasseurs qui font élever des faisans ou autres gibiers pour les relâcher ensuite et les dégommer comme s’ils étaient à la fête foraine, ça fait assassinat de masse, le tout sans se fatiguer, juste pour se faire jouir. Je ne cautionne pas.

      Malgré mon bémol, ce livre restera en mémoire pour la réflexion qu’il m’a poussé à faire, parce qu’il a rejoint une conversation que j’avais eue peu de temps avant et ironiquement, il m’a marqué, malgré le fait que je n’ai pas adhéré au dernier chapitre :p

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  4. Ca rentrerait pas dans les lectures sur les minorités (avec le personnage Himba) ?
    Sinon je l’ai lu et beaucoup aimé, y compris l’aspect caricatural des personnages, je crois (je me sentais tellement en phase avec le personnage de Martin… même si je ne traque pas les chasseurs de fauves, -je devrais peut-être m’y mettre, tiens !)..
    De cet auteur, j’ai sinon beaucoup aimé Seules les bêtes.

    Aimé par 1 personne

    • Ben je ne sais pas, vu que je ne participe pas à ce challenge…

      De mon côté, j’ai aimé l’histoire derrière la photo, sur le fait que si on met une mauvaise légende à une image, on peut lui faire dire autre chose que ce qu’elle dit réellement. Idem si on ne met pas de légende et qu’on laisse les gens se faire la leur, selon ce qu’ils veulent voir.

      Je n’aime pas les chasseurs, le pouvoir que leur donne les armes (tous ne sont pas ainsi, heureusement), le pouvoir divin de vie ou de mort sur un animal, le côté festif de la chasse, les trophées, mais jamais je ne voudrais me comporter comme eux et traquer un être humain.

      Le final est horriblement ironique !

      J’ai encore tous les autres romans de l’auteur à lire et je compte bien le faire 🙂

      J’aime

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