L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03 : Nicolas Beuglet [Par Dame Ida, lectrice épuisée]

Titre : L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO (22/09/2022)

Résumé Babélio:
Cette histoire vous fera douter de tout…

Les inspectrices Grace Campbell et Sarah Geringën le savent. Malgré leurs caractères opposés, elles doivent unir leurs forces pour neutraliser l’“ homme sans visage ”, l’architecte du plan diabolique qui mènera l’humanité à sa perte.

Seule piste : un manoir égaré dans les brumes d’Écosse. Derrière les volets clos de la demeure, l’ombre d’une jeune veuve austère, en apparence innocente. Mais cette femme est-elle vraiment ce qu’elle prétend être ? Ce que les deux inspectrices découvrent dépasse leurs pires hypothèses.

Dans une course qui les entraîne du loch Ness à la Norvège, Grace et Sarah vont devoir repousser les frontières de la peur pour rejoindre l’énigmatique archipel des Oubliés – l’ultime rempart au chaos du monde.

Un thriller glaçant. Et perturbant. Car ce qui se joue sur ces terres mystérieuses pourrait bien ressembler au choix de civilisation qui se dresse devant nous…. Même de vous…

L’avis de Dame Ida :
Bon… On ne peut pas dire que le résumé Babelio qui est en réalité le plus souvent la 4e de couverture proposée par les éditeurs, nous aide beaucoup. Et c’est fort ennuyeux.

D’autant qu’à aucun moment l’Archipel des Oubliés n’est nommé comme tel dans le roman !!! Ce sera au lecteur de deviner de quoi il s’agit…

Cette présentation est d’autant plus regrettable que le chaland lambda qui n’a jamais lu un roman de Nicolas Beuglet ne saura pas que l’Archipel des Oubliés est la suite (et fin ?) des précédentes enquêtes de l’inspectrice Grace Campbell (le Dernier Message, Le Passager sans visage) et de celles de Sarah Geringën (Le Cri, Complot, l’Île du Diable) qu’il est tout bonnement impératif d’avoir lues avant si on veut suivre un minimum. Or, ce n’est pas indiqué.

Après avoir lu dans un premier temps les enquêtes de Sarah Geringën, et être arrivée au bout de la première enquête de Grace Campbell, j’avais lu la seconde qui se terminait sur l’irruption tonique de Sarah dans le bureau de Grace qui rentrait de sa dernière expédition policière à travers le monde…

Je les avais quittées là… Attendant la suite avec impatience, et c’est bien là que j’ai eu le plaisir de les retrouver. Elles n’avaient pas bougé du commissariat écossais où Grace officie.

Mais je les avais laissées à cette place un peu trop longtemps et n’avais plus un souvenir très frais des cinq premiers tomes qui avaient préparé les deux femmes à se rencontrer et à partir ensemble dans une nouvelle enquête.

Je dois avouer avoir eu un peu de mal à raccrocher les wagons et à retrouver mes repères dans les débuts de cette nouvelle enquête, notamment pour comprendre ce que Sarah pouvait vouloir à Grace. Heureusement, Beuglet nous rafraîchit la mémoire bien comme il faut.

Même s’il sait nous embarquer tambour battant dans des enquêtes rythmées où ses héroïnes elles-mêmes peinent à retrouver leur souffle, je reprendrai mes critiques habituelles concernant les arrangements de l’auteur avec la réalité.

Comme lors des cinq précédents volumes, la hiérarchie des inspectrices est inexistante et les deux femmes enquêtent en roue libre comme si de rien n’était, même si les enquêtes impliquant les polices de deux pays doivent toujours préalablement faire l’objet d’autorisations des services diplomatiques etc… La police n’est pas bureaucratique qu’en France.

Par ailleurs, le corps humain a ses limites et de voire Grace attaquer une nouvelle enquête avec un bras dans le plâtre (ce qui est assez peu crédible pour un agent de terrain en principe – si on vous autorise à travailler avec un plâtre, c’est à des tâches strictement administratives) m’a bien amusée.

Et j’ai également compris lors de la lecture des romans précédents que Grace et Sarah sont des dures à cuire, increvables, qui peuvent essuyer les coups, les tirs, les sauts dans le vide, les cascades sans égratignures, résister aux drogues, survivre à des explosions, prendre des bains d’eau glacée, alors qu’il gèle à pierre fendre sans choper un rhume et subir des situations psychologiquement traumatisantes sans jamais s’écrouler.

En lisant ce roman je me suis rappelée ce que je m’étais dit en passant des enquêtes de la norvégienne à celles de l’écossaise… Les deux femmes n’avaient peut-être pas la même histoire et les mêmes traumatismes, l’une est supposée être plus froide que l’autre… Mais je n’arrivais pas franchement à les différencier l’une de l’autre.

Et ce roman est venu renforcer cette impression. Lorsque l’auteur nous fait entrer à l’intérieur de leurs têtes respectives, c’est avec ses propres mots, son propre style, sans parvenir à décrire pour l’une et pour l’autre un flux de pensée qui leur soit propre ou original. Leurs différences ne sont visibles que de l’extérieur ou que dans le rappel de leurs biographies.

De fait, elles me sembleront presque être le clone l’une de l’autre et dans le feu de l’action, là où elles fonctionnent en tandem, j’oubliai rapidement qui est qui, comme si elles ne faisaient qu’une. L’uniformité du style de l’auteur dans le déploiement de la pensée de ses deux héroïnes ne permettra pas de leur donner à toutes les deux, une psychologie qui leur est propre. Je trouve ça un peu dommage, même si ça n’empêche pas de suivre et d’apprécier l’histoire.

Voilà pour les faiblesses du roman, selon moi. Du côté de l’intrigue en revanche… Ce n’est franchement pas mal du tout. C’est tordu à souhait et rythmé, et les pompes funèbres auront bien du boulot, avec tous les cadavres qui joncheront la route des deux inspectrices.

Et pourtant… on est franchement loin du polar réaliste ! Et je suis assez sévère quand on n’est pas assez réaliste dans un bouquin.

Même si les James Bond nous semblent toujours aussi improbables, c’est toujours avec un certain plaisir qu’on les regarde… Les histoires sont démentes, les complots granguignolesques des super-méchants n’ont absooooolument rien de crédible, et les abrutis qui travaillent pour les super-méchant ratent toujours leur cible quand ils tirent à la mitraillette ou au bazooka et James Bond, même à découvert en sortira indemne sans être décoiffé.

Et bien là, c’est pareil, sauf que l’auteur est suffisamment sadique pour faire morfler ses héroïnes. Et elles morflent très lourdement… Mais… à les entendre… « Même pas mal ».

Côté méchants, c’est pareil aussi… Les deux femmes se sont battues pendant cinq et maintenant six tomes, contre des super-vilains aux moyens illimités, que ce soit en argent, moyens techniques, relations ou contrôle des médias, capables de recruter des armées entières de sbires à leur service et d’entretenir des bases secrètes d’où ils projettent d’asservir l’humanité. Rien que ça.

C’est énorme… Je dirais même ça pourrait être carrément grotesque… Surtout pour moi qui ai du mal quand les auteurs me prennent pour une quiche à essayer de me faire gober n’importe quoi.

Et pourtant ça marche !

Pourquoi ça marche ? Et bien parce qu’à travers de ses intrigues, Nicolas Beuglet, extrapole sur certains travers de notre société afin de les dénoncer, travers basés sur des faits réels et vérifiés sur lesquels il revient en postface dans chacun de ses romans pour nous aider à mieux en prendre conscience.

On pourrait presque l’imaginer fasciné par le complotisme, car il s’efforce de nous montrer comment les puissances du profit peuvent parvenir à nous faire gober tout et n’importe quoi.

Oui mais voilà… S’agit-il d’interprétations complotistes d’éléments pourtant bien tangibles de la réalité ? Ou l’étiquette complotiste ne serait-elle pas ici posée pour décrédibiliser celui ou celle qui dénoncerait quelque chose de trop dérangeant pour certaines élites ? Questions qui se renvoient sans cesse l’une à l’autre comme notre image entre deux miroirs.

Même si ses histoires sont totalement incroyables, ce qu’elles mettent en scène ne peut que nous toucher et nous faire réfléchir… voire nous épouvanter face à la mise en abîme du sens et de la vérité de toute chose.

Je ne sais pas précisément quand il a écrit son livre mais quand à travers la bouche d’un de ses personnages il ironise sur le fait que l’on demande à la population de baisser son chauffage alors que ceux qui nous le recommandent circulent en jets privés… On ne peut que se prendre ça de plein fouet dans la figure étant donné notre actualité.

Quand il nous rappelle que le passage au tout numérique n’a certainement rien d’écologique en ce sens que les datacenters et le passage à la 5G, la généralisation du cloud et de la dématérialisation des factures ou autres documents, vont conduire le numérique à consommer encore plus d’énergie et à rejeter encore plus de carbone que jamais, on ne peut que comprendre à quel point les discours véhiculés par les médias et présentés comme des vérités écologiques mériteraient d’être repensés et décryptés… car les médias sont-ils si libres ou indépendants ? N’appartiennent-ils pas de plus en plus souvent à des grands groupes industriels ?

Il y a toujours quelque chose de vrai dans un délire disait Freud… Et le moins qu’on puisse dire c’est que les délires des super-vilains de Beuglet, aussi incroyables soient-ils contiennent une part de vérité.

À nous d’interpréter celle-ci ou de choisir sous quel angle on a envie de la voir. Et c’est ça qui fait pour moi tout le sel de cette série de romans.

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L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03 : Nicolas Beuglet

Titre : L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO Thriller (22/09/2022)

Résumé :
Cette histoire vous fera douter de tout…

Les inspectrices Grace Campbell et Sarah Geringën le savent. Malgré leurs caractères opposés, elles doivent unir leurs forces pour neutraliser l' » homme sans visage « , l’architecte du plan diabolique qui mènera l’humanité à sa perte.

Seule piste : un manoir égaré dans les brumes d’Écosse. Derrière les volets clos de la demeure, l’ombre d’une jeune veuve austère, en apparence innocente. Mais cette femme est-elle vraiment ce qu’elle prétend être ? Ce que les deux inspectrices découvrent dépasse leurs pires hypothèses.

Dans une course qui les entraîne du loch Ness à la Norvège, Grace et Sarah vont devoir repousser les frontières de la peur pour rejoindre l’énigmatique archipel des Oubliés – l’ultime rempart au chaos du monde.

Un thriller glaçant. Et perturbant. Car ce qui se joue sur ces terres mystérieuses pourrait bien ressembler au choix de civilisation qui se dresse devant nous…. même de vous…

Critique :
Dans ce dernier roman de la trilogie, l’inspectrice écossaise Grace Campbell, l’héroïne principale, venait de croiser la route de l’inspectrice Sarah Geringën, celle de l’autre trilogie (deux trilogies, ça fait une sexologie ? mdr).

Ça promettait d’allumer le feu parce que nos deux inspectrices n’étaient pas des neuneus ! Elles sont badass et, telles des James Bond au féminin, rien ne leur fait peur, elles enchaînent les cascades, même avec un bras cassé !

Verdict ? Le début est canon, mené tambour battant, on ne s’ennuie pas, les mystères sont bien présents, l’adrénaline pulse et l’angoisse monte. Normal, nous avons suivi nos deux inspectrices vers un manoir égaré dans les brumes d’Écosse où vit une étrange bonne femme.

Ce que j’ai toujours apprécié, dans les romans de cet auteur, c’est qu’il frappe là où ça fait mal.

Après qu’Olympe ait fait en sorte de niveler par le bas (ce qui se passe réellement dans nos sociétés, sauf pour certains), ôté l’esprit critique des gens (des moutons sont plus faciles à manipuler pour envoyer à l’abattoir) et de jouer avec les peurs des gens pour faire mieux les contrôler, la phase 3 était le suspense insoutenable !

Après avoir abruti les peuples pour leur ôter l’esprit critique dans sa phase 1, après les avoir terrorisés dans sa phase 2 pour mieux les contrôler, la phase 3 consiste à [NO SPOLIER].

Ambiances anxiogènes au possible, le roman me collait aux mains et j’ai eu du mal à le poser tellement le récit pulsait et que je voulais savoir.

L’écriture est simple sans être simpliste, elle est nerveuse et l’auteur ne prend pas des gants : il trempe sa plume dans l’encrier des dénonciations et il balance (le 5G inutile, les datacenters immenses, les cloud qui bouffent de l’énergie, le tout au numérique qui consomme et qui a une empreinte carbone énorme,…).

Des vérités, rien que des vérités, hélas. Au travers de son roman, l’auteur s’appuie sur des faits de sociétés, sur des thèmes qui nous sont contemporains, ce qui ancre ses récits dans la réalité. Bref, il est engagé.

On a le nez dans la merde, je ne le nierai pas et effectivement, si nous continuons de la sorte, l’iceberg devant nous va faire couler le navire sur lequel nous nous trouvons et il n’y aura pas assez de canots de sauvetage pour tout le monde (uniquement les premières classes, les plus fortunés). Je dirais même plus : on a déjà pris l’iceberg dans la gueule ! La maison brûle et nous sommes dedans !

L’auteur dénonce aussi les médias, les journalistes qui ne prennent pas la peine de recouper leurs informations, qui balancent tout et n’importe quoi pour faire le buzz, pour être lu, pour que leur feuille de choux soit la plus lue (mais rien n’a changé depuis des siècles).

Le pire étant que les journaux appartiennent maintenant à des groupes industriels, à des grands patrons du CAC40 et qu’ils soient tributaires des pubs, perdant de ce fait leur indépendance. Si l’un d’eux veut dézinguer une ou plusieurs personnes, le journal a ce pouvoir et dans le roman, c’est bien illustré. Avant que tout ne parte un peu en capilotade…

Ben oui, on était bien parti et puis, boum, on a pataugé dans la panade avec une évasion spectaculaire, avec l’entrée d’une vieille légende dans le récit, à tel point que j’ai pensé que je lisais un roman fantastique ! Non, je n’ai rien contre le fantastique, la SF ou l’anticipation, mais là, dans le roman, ça clochait tout de même, rendant bancal la suite.

Ce qui m’a le plus gêné, c’est à nouveau l’opposition entre une puissante société qui veut le Mal (avec une puissance énorme) et un groupe qui ne veut que le Bien (et qui n’est pas sans ressources non plus). Le manichéisme, c’est bien beau, mais dans la littérature (comme dans les films, séries), ça coince tout de même. J’aurais apprécié plus de nuances.

J’ai cru à un moment donné que les nuances allaient arrivées, on aurait pu les toucher du doigt dans une confession, mais non, peau d’zob, pas de nuances dans les méchants et les gentils, si ce n’est un méchant devenu un gentil…

Dans ce que nous assène l’auteur, à travers les paroles de certains des personnages, j’ai eu l’impression que c’était une leçon que l’on nous donnait. Cela ne me gêne pas du tout de recevoir des leçons, elles peuvent être bénéfique et je suis toujours à l’écoute, mais il y a la manière de le dire…

Là, j’ai eu la sensation que ceux qui écoutaient les belles paroles véridiques (les inspectrices et nous, lecteurs et lectrices), étaient des enfants qu’il fallait convaincre, des gosses à qui le prof fait la leçon.

Et leur esprit critique, il compte pour du beurre ? Là, ce n’était pas des bons conseils, c’était limite du prosélytisme.

Je ne sais pas si je dois mettre cela sur le compte de l’auteur ou sur le compte de ce personnage, qui, malgré ses belles paroles, a un côté un peu hypocrite (faites ce que moi je dis, pas ce que le méchant fait), dénonçant chez son ennemi Olympe un comportement qui est ancré en lui aussi, même s’il le fait différemment, avec la meilleure volonté du monde (et l’enfer est pavé de bonnes intentions, nous le savons).

Si je partage ses points de vue, je n’apprécie pas trop la manière dont il nous les fait passer. Par contre, je suis intéressée par ses conseils de lecture, en fin d’ouvrage.

Anybref, malgré ce petit malaise avec cette leçon qu’on nous donne et le côté fantastique qui surgit d’un coup, le reste est de bonne facture et cela donne un thriller qui pulse, qui ne vous laisse pas bailler d’ennui et des personnages féminins assez forts, même si on a du manichéisme dans les méchants/gentils.

Ces défauts ne seront pas rédhibitoires si vous n’y attachez pas d’importance ! Ou si vous voulez un thriller qui vous emporte loin dans l’aventure.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°78].

La maison des jeux – 02 – Le voleur : Claire North

Titre : La maison des jeux – 02 – Le voleur

Auteur : Claire North
Édition : Le Bélial’ Une Heure-Lumière (22/09/2022)
Édition Originale : The Gameshouse, book 2: The Thief
Traduction : Michel Pagel

Résumé :
Depuis des siècles, il existe un établissement mystérieux connu sous le nom de Maison des Jeux.

Un établissement qui accueille deux loges. Dans la basse, des fortunes se font et se défont face à un échiquier, devant une table de backgammon ou n’importe quel autre jeu. Ceux que favorisent la chance ou le talent sont parfois invités à concourir dans la haute loge…

Là, le jeu se déroule à l’échelle d’un pays, les pièces du plateau sont de véritables individus, les cartes impliquent la manipulation de véritables personnes ; dans cette loge, les enjeux sont des souvenirs, des compétences, des années de vie… voire bien davantage encore.

Bangkok, 1938. Remy Burke, membre de la haute loge, reprend conscience après une nuit trop arrosée et se souvient qu’il a parié avec Abhik Lee, joueur redoutable, un bien précieux : sa mémoire.

Le jeu qui déterminera le vainqueur ? Une partie de cache-cache, Lee ayant un mois pour trouver Burke ; après quoi les rôles seront inversés.

Le plateau de jeu ? La Thaïlande toute entière. Burke doit donc se cacher comme il le peut… ce qui n’est pas chose aisée quand on est un Européen à la forte carrure. D’autant que Lee dispose de tous les moyens possibles pour traquer sa proie…

Critique :
Qui n’a jamais joué à cache-cache, quand il était gosse ? Souvenez-vous de la satisfaction immense que vous retiriez lorsque vous aviez une cachette tellement géniale que personne n’avait réussi à vous trouver !

Et bien, dans cette novella, nous allons jouer à cache-cache, mais avec des règles plus poussées que celle de notre enfance.

Plateau de jeu ? Toute la Thaïlande ! L’inconvénient c’est que Remy Burke, celui qui doit se cacher, est grand et Blanc et que le jeu est déséquilibré, le chercheur ayant bien plus de cartes dans sa main que lui.

Dans cette novella, les cartes sont des personnes que l’on joue et les enjeux sont autre chose que de l’argent. Vous pourriez très bien, en perdant, gagner les hémorroïdes de votre adversaire ou gagner sa compréhension du Japonais médiéval, ou bien perdre 20 ans de votre vie (ou les gagner)… TOUT peut-être mis en jeu.

Cette partie de cache-cache commence comme une bonne chasse à l’Homme (sauf qu’on ne peut le tuer, en principe) : Remy Burke est poursuivit par Abhik Lee, il n’a que peu de cartes en main, il est facilement repérable et il n’a pas la carrure pour ce genre de jeu.

Le narrateur ? On ne sait pas. On dirait des esprits qui se faufilent et voient tout, nous l’expliquant ensuite. C’est un procédé qui fonctionne bien dans cette série de novella.

Le suspense est au rendez-vous et la tension aussi. N’allez pas croire que c’est juste une partie de je me cache et tu essaies de me trouver, non, non, cela va bien plus loin que cela.

La Maison des Jeux est une institution toute puissante, elle défait des gouvernement, elle place des hommes au pouvoir, le tout par l’entremise de ses jeux et de ses joueurs.

Il y a des complots dans l’air et depuis le premier tome, on sent qu’il se passe des choses pas nettes dans les coulisses, ce deuxième tome confirmant que ça magouille, sans que l’on sache encore ce que cela va donner, même si, vu l’année (1938), on sent venir l’affaire. Cela risque d’être épique.

Le Serpent nous présentait la Maison des Jeux, ses règlements et la partie jouée avait été hautement stratégique. Dans Le Voleur, pensais que celle-ci le serait moins, mais non, la stratégie est bien présente, elle est magnifique, même et inattendue.

Une fois de plus, j’ai été bluffée par les joueurs et pas l’autrice qui a su mener sa barque pour nous amener là où il fallait, ménageant le suspense, les mystères, les magouilles politiques et me clouant sur place avec le final de cette novella.

Excellent, je n’ai rien d’autre à ajouter.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°76].

L’homme peuplé : Franck Bouysse

Titre : L’homme peuplé

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Albin Michel (17/08/2022)

Résumé :
Harry, écrivain à succès en panne d’inspiration, achète sur un coup de tête une ferme isolée, à l’écart d’un village inhospitalier. C’est l’hiver. La neige et le silence recouvrent tout. Ce pourrait être idéal pour se remettre au travail…

Mais Harry se sent vite épié, insidieusement envahi.

Serait-ce lié à son énigmatique voisin, Caleb, guérisseur et sourcier – et entre sourcier et sorcier, il n’y a qu’une infime différence…?

Et quels secrets cache la belle Sofia qui tient l’épicerie du village, de quels forfaitures le maire s’est-il rendu coupable, quelle malédiction pèse donc sur la lignée de Caleb?

Franck Bouysse nous invite dans une stupéfiante histoire de fantômes à la construction parfaite, où les fatalités familiales croisent les chimères d’un grand écrivain.

Critique :
Franck Bouysse sait parler de la ruralité, il a un don pour nous transporter dans des régions paumées, où le temps n’est qu’à la neige, au froid, à la brume et nous offrir des habitants taiseux, renfermés sur eux-mêmes, parlant par énigmes, de légendes, de malédictions, vous mettant en garde devant trop de curiosité, comme si au lieu d’être en 2022, le narrateur se trouvait projeté en 1722…

La ruralité dans toute sa splendeur, celle où les portes ne sont pas fermées à clé, celle qui vous aurait laissé tranquille lors d’un confinement, mais tout de même vachement démuni !

Quand Harry rencontre Sarah, ça donne ça : un écrivain qui n’arrive pas à pondre son second roman, son envie de calme, un achat d’une ancienne ferme paumée dans un bled paumé, un voisin qu’il ne voit jamais et Sarah, la tenancière de la petite épicerie, qui sert du café et est aussi taiseuse que si vous étiez un contrôleur fiscal à la recherche de marchandises vendues au noir.

Non, ce n’est pas la ruralité que j’ai connue lorsque j’étais jeune : ces campagnes dépeuplées, ces villages où tout le monde a rejoué l’exode… Mais l’étranger que l’on regarde de travers, ça oui !

Les dialogues sont peu nombreux, les mystères sont épais et la vie de Caleb, le fameux voisin que l’on ne voit jamais, si ce n’est une silhouette lointaine, a tout d’une tragédie antique.

Les récits de Harry et Caleb s’alternent, celui de Caleb étant plus intéressant que l’auteur en mal d’inspiration. Le fait que l’on décrive Caleb comme un bel homme, version Alain Delon (et pas Deloin) dans Plein Soleil, a sans doute fait qu’ensuite, j’avais envie d’aller élever les moutons dans la cabane de ce Caleb, même perdue dans la campagne !

Le roman et moi nous nous sommes installé dans le divan, je l’ai lu en une seule journée, mais finalement, nous nous sommes quittés sans que l’on ait envie de se revoir.

Il n’a pas éveillé des échos en moi, il ne m’a pas vraiment parlé, même si je l’ai écouté parler, sans jamais ressentir l’étincelle, celle qui met le feu aux poudres et fait décoller le récit. Zéro émotions.

Pourtant, que sa prose est belle…, comment peut-on s’imaginer, en lisant les mots sortis de son escarcelle, que la déception va arriver ? Impensable, mais vrai.

L’intrigue manque de corps, il m’a fallu attendre d’avoir passé la page 200 pour que je trouve enfin du corps au récit, jusqu’au final, qui lui, m’a laissé comme deux ronds de flamby, tant il était inattendu. C’est lui qui relèvera le tout. Mais si je n’avais pas poursuivi ma route, je ne l’aurais jamais découvert.

Ma chronique va à l’encontre de la majorité sur Babelio, n’en tenez pas compte, faites-vous votre propre avis, comme on dit toujours.

En résumé, je n’a pas détesté cette lecture, je l’ai lue sans y trouver mon compte, sans éprouver un réel plaisir, comme on écoute une personne nous parler, se demandant quand dans son récit, on va être catapulté dans les émotions.

Une lecture en demi-teinte, ce qui est dommage, car l’écriture de l’auteur est belle, poétique, mais cette fois-ci, la sauce n’a pas pris.

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°72]et et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Fantômes.

L’Outsider : Stephen King

Titre : L’Outsider

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2019 / Livre de Poche (2020)
Édition Originale : The Outsider (2018)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
PARFOIS, LE MAL PREND LE VISAGE DU BIEN.

Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City.

Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.

Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.

Et si c’était vrai ?

Critique :
Au rayon de mes lectures super en retard, j’avais un King datant de 2019. Comme ils vieillissent très bien, je ne me suis pas inquiété…

Stephen King ne perd pas de temps et nous plonge de suite dans une enquête sur le meurtre épouvantable d’un garçon d’une dizaine d’années.

Les témoignages sont unanimes, les empreintes le seront aussi : le coupable est le coach de base-ball, le professeur d’anglais, le très estimé Terry Maitland.

Oui mais, il y a des preuves et des témoignages qui le disculpent, puisqu’il était ailleurs et jusqu’à ce jour, personne ne possède le don d’ubiquité, ce don qui permettrait d’être à deux endroits à la fois.

Stephen King nous plonge au cœur d’une famille où tout vient de s’écrouler. Non, pas celle de l’enfant assassiné de manière horrible et gore, mais dans celle de l’accusé, celui qui, maintenant, est vilipendé par toute la ville, par les amis qui l’appréciaient, par les gens dont il a entraîné les gamins, qu’il a invité à des barbecues. Les vestes se retournent très vite dans ce genre d’accusation.

La douleur d’une famille qui perd un enfant, même dans les conditions d’un meurtre, il est assez facile de s’y identifier, mais celle d’un accusé d’un meurtre pédophile, là, c’est plus complexe, cela va à l’envers de ce que nous sommes.

Oui, mais, et si l’homme n’était pas coupable ? Y a-t-on songé, dans ce déversement de haine ? Qu’en sera-t-il de sa vie après l’accusation ? Foutue, irrémédiablement, tout comme celle de la famille du jeune gamin assassiné…

Arrivé au tiers de ce roman fantastique, sans trop reprendre ma respiration, je savais que j’avais en main un très bon Stephen King. Mais allait-il virer en Excellent Roman du King par après ? Mystère et boule de gomme et je compte bien faire un peu durer le suspense, maintenant que j’ai ma réponse.

L’élément fantastique est présent, mais il n’est pas le plus important. Ne cherchez pas un monstre sous votre lit. D’ailleurs, ce qui m’a fait le plus peur, dans ce roman, c’est le côté rouleau compresseur de la Justice et de la police.

Être accusé d’un crime que l’on n’a pas commis, un crime pédophile en plus, c’est l’élément le plus glaçant. Vous savez que vous êtes innocent, mais personne ne vous écoute, même lorsque votre avocat prouve que vous n’étiez pas là le jour du meurtre.

La vindicte populaire, le lynchage public, ça fout la trouille aussi. Idem pour l’hystérie collective. Même innocenté ensuite, il restera toujours des traces sur vous et votre famille en souffrira, parce que le tribunal populaire, qui aime juger, qui aime crier fort, chuchotera qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Bref, vous êtes mort socialement, même en étant innocenté.

L’inspecteur Ralph Anderson fait partie des personnage principaux, Holly Gibney arrivera bien après. Une fois de plus, Stephen King n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour que ses personnages soient réalistes et attachants. On sait peut de choses d’eux, mais c’était suffisant, pas besoin de plus.

Les 800 pages de la version poche se lisent toutes seules, l’écriture du King fait toujours le job et jamais je ne me suis ennuyée. Quelques piques envers Trump m’ont fait sourire et les références à Holmes m’ont fait plaisir. Effectivement, dans cette histoire, lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité.

Maintenant, je peux vous le dire, c’est un Très Bon Stephen King, mais pas du niveau de Son Excellentissime ÇA.

Malgré tout, son Outsider fait peur : il cible des enfants, se nourri de la tristesse des gens, prend l’apparence de gentilles personnes pour commettre ses forfaits et se repait ensuite de tout ce qui en découle. C’est un manipulateur terrible. Et les manipulateurs, ça me fout la trouille.

Pas un coup de coeur, mais il n’est pas passé loin… En attendant, cela reste un roman du King comme je les aime : de l’épouvante, du mystère, des personnages forts, réalistes, une créature parfaitement maîtrisée, qui fait peur, un récit où on ne s’ennuie jamais et un final bourré d’adrénaline.

Mais pourquoi ne l’ai-je pas lu plus tôt, moi ??

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XX] et et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Roman Épouvante.

 

Les Ogres-Dieux – Tome 1 – Petit : Hubert et Bertrand Gatignol

Titre : Les Ogres-Dieux – Tome 1 – Petit

Scénariste : Hubert
Dessinateur : Bertrand Gatignol

Édition : Soleil – Métamorphoses (2014)

Résumé :
Du plus jeune et plus petit des Ogres, c’est toute l’histoire d’une famille et de ses membres qui nous est contée. Héritage, coutumes, tiraillements… Un superbe récit gothique autour du déterminisme familial.

Petit est le fils du Roi-Ogre. À peine plus grand qu’un simple humain, il porte sur lui le signe de la dégénérescence familiale qui rend chaque génération plus petite que la précédente à force de consanguinité.

Son père veut sa mort, mais sa mère voit en lui la possible régénération de la famille puisqu’il pourrait s’accoupler à une humaine tel que le fit jadis le Fondateur de la lignée.

Elle le confie alors à la tante Desdée, la plus ancienne d’entre eux, qui déshonorée en raison de son amour pour les humains, vit recluse dans une partie de l’immense château.

Seulement voilà, contrairement au souhait de sa mère, elle tentera d’élever Petit à l’inverse des moeurs familiales…

Tiraillé entre les pulsions violentes dont il a hérité et l’éducation humaniste qu’il a reçue de Desdée, Petit trouvera-t-il sa place ? Et survivra-t-il à l’appétit vorace de sa famille ?

Critique :
Once upon a time, au pays des ogres…

Cette bande dessinée m’avait intriguée, j’aurais aimé en savoir plus et c’est donc pour cela que je l’ai acquise.

Premières impressions ? Les dessins sont superbes, ils me plaisent, les tons en noir et blanc aussi. Allez, vendu et hop, directement à la lecture.

Le récit n’est pas fait pour les petits enfants : nous sommes au pays des ogres, ils vivent dans un château et sont cannibales. Donc, en tant qu’être humain, faites gaffe à vos miches, vous pourriez bien finir dans leur assiette, ou en amuse-gueule, comme nous grignoterions une carotte devant la télé. Sauf que la carotte, elle n’est pas vivante !

Dans cette famille de géant, au fur et à mesure du temps qui passe, les géants naissent de moins en moins grands, la consanguinité les rend aussi un peu tarés et la seule à ne pas être cannibale est l’ancêtre, Desdée, celle qui va prendre Petit sous son aile et le laisser grandir dans un environnement plus sécurisé, son père voulant le bouffer pour cause de petite taille.

Oui, chez eux, la taille est importante !

Cette bédé nous plonge dans un monde cruel, gore, horrible, gothique, un monde où la loi du plus fort est toujours la meilleure et où il faut manger pour ne pas être mangé.

Dans cette bédé, les dessins, les expressions, sont tout aussi importantes que les textes et je me suis régalée, me demandant où tout cela allait nous mener et surtout, quel rôle Petit allait pouvoir jouer, lui qui est tout de même plus grand que les humains, plus petit que le plus petit des ogres, qui ne mange pas d’humains, mais qui refuse de se reproduire.

Ce conte de fée est violent, sans concession, comme l’étaient à l’origines les contes de fées (oublions les mièvreries faites par Disney), il met en scène un enfant qui va devoir grandir dans le secret et ensuite, trouver sa voie, sauf qu’il ne veut pas de celle qu’on lui trace et qu’il va devoir trouver sa propre voie et surtout, se défaire de ses frères dégénérés qui veulent le bouffer (et son père aussi).

Un conte de fées cruel, mais excellent ! Il me tarde de pouvoir lire la suite.

PS : l’ouvrage est plus grand qu’une bédé ordinaire et ce premier tome fait 174 pages… Oui, c’est lourd à tenir dans ses mains !

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°67] et Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Familles extraordinaires.

La Passe-miroir – 01 – Les fiancés de l’hiver : Christelle Dabos

Titre : La Passe-miroir – 01 – Les fiancés de l’hiver

Auteur : Christelle Dabos
Éditions : Gallimard Pôle fiction (2016) / Folio (07/10/2021)

Résumé :
Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons.

La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ?

Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Critique :
La saga phénomène ! 1.600 critiques sur Babelio ! Qu’allais-je donc pouvoir ajouter à ce qui avait déjà été dit ? Rien, sans doute…

Loin de m’imaginer que cette saga était un phénomène, je me suis lancée dans ce premier tome sans trop me poser de question.

Ophélie est une Animiste (sa famille), c’est aussi une passe-miroir et une liseuse. Non pas au sens premier du terme, son pouvoir est de lire les objets, leur histoire.

Ophélie est aussi une jeune fille gauche, maladroite, réservée, taiseuse, se cachant derrière ses lunettes, son écharpe et portant des robes du genre sac-à-patates. Nous sommes loin du glamour d’une héroïne sans peur, pourfendant les airs de ses réparties cinglantes.

Elle est attachiante. On l’apprécie, on se sent en phase avec elle, nous non plus n’aimerions pas vivre dans cette société patriarcale où l’on vous choisit votre époux, mais sa maladresse la rend énervante et sa passivité aussi. Surtout que l’autrice nous rabâche à longueur de récit combien Ophélie est maladroite et mal fagotée. C’est bon, j’avais compris…

Le monde décrit par l’autrice ressemble beaucoup à une société victorienne : les puissants en haut, qui donnent des ordres, qui se tirent dans les pattes, qui magouillent l’un contre l’autre tout en se faisant des courbettes, et en bas, les domestiques, bossant comme des fous pour satisfaire les caprices de leurs employeurs, grands enfants éternellement insatisfaits.

Ce roman de fantasy fantastique nous entraîne dans un monde bien imaginé, bien mis en place, avec toutes ces familles dans le Nord, aux ordres de leur esprit de famille, alors que chez les Animistes, famille d’Ophélie, l’esprit de famille semble moins tyrannique que celui des nordistes.

Je m’attendais à plus d’action, je dois dire, plus d’aventures, plus de rebondissements et surtout, à en apprendre un peu plus sur le monde d’Ophélie, celui des Animistes. Bardaf, à peine dedans, on le quitte parce que Ophélie doit se marier avec Thorn, un grand type du Nord et elle n’a rien à dire.

Bon, au moins, on évite l’histoire d’amûr guimauve ou après s’être tiré dans les pattes, les héros tombent dans les bras l’un de l’autre… Mais ici aussi, l’autrice répète à l’envi que Thorn est taciturne, froid, et grand, très grand… Je vous ai dit qu’il était grand ?

Malgré tout, j’ai aimé découvrir les jeux de pouvoir et les magouilles cachées sous les tapis, les merdes camouflées sous les vernis de la Citacielle, être surprise avec certains personnages qui ne sont pas toujours celles ou ceux que l’on pense.

Si le début est long (d’ailleurs, j’ai coupé cette lecture avec d’autres romans) et qu’il faut le temps que tout se mette en place, j’ai apprécié que l’on bouge un peu plus dans la seconde partie, notamment lorsqu’Ophélie arrivera à la Citacielle, déguisée en valet.

La magie est bien présente, différente selon les familles et j’ai aimé cet univers fait de faux-semblants, d’étiquettes et de méchants inattendus. Un méchant est réussi et il fiche bien la trouille, malgré sa jolie bouille.

Et puis, Ophélie est comme un Kinder Surprise. Non, elle n’a pas le pouvoir de coller la salmonellose et non, elle n’a pas une surprise dans le ventre, juste que comme lui, elle est pleine de surprise.

Moi qui la trouvait trop fade, trop réservée, trop pas assez révoltée, elle arrive néanmoins à tirer son épingle du jeu, à tirer son plan et à comprendre pourquoi elle a été choisie pour ce mariage qui ne la passionne ni elle, ni son futur mari.

L’écriture est facile à lire, malgré les nombreuses descriptions, mais au moins, elles ont le mérite de vous plonger dans ce monde imaginaire directement.

Lirai-je la suite ? Oui, si j’ai le temps, parce que même si l’emballement n’est pas survenu avec ce roman fantastique, j’ai tout de même apprécié le voyage et le récit, surtout la seconde partie.

Et puis, je suis curieuse de voir l’évolution d’Ophélie, de son grand échalas de Thorn (et futur mari non choisi) et de voir si un jour, cette société ultra patriarcale, ultra phallocrate, se fera renverser par les femmes… Ben quoi, dans l’imaginaire, tout est possible !

Calvin et Hobbes – Tome 9 – On n’arrête pas le progrès ! : Bill Watterson

Titre : Calvin et Hobbes – Tome 9 – On n’arrête pas le progrès !

Scénariste : Bill Watterson
Dessinateur : Bill Watterson

Édition : Hors collection (2011)
Édition Originale :
Traduction : Laurent Duvault

Résumé :
Calvin est un petit garçon comme les autres qui adorent se raconter des histoires. Il imagine des aventures extraordinaires avec tigre en peluche, Hobbes, doué de parole.

Une création originale de Bill Watterson, qui a su séduire un large public par son inventivité, son humour et son intelligence.

Critique :
Qui c’est qui fout le bordel dans la maison ? Qui c’est qui ne veut jamais que ses parents passent une soirée tranquille au resto ? Qui c’est qui a fait monter le prix du baby-sitting ?

Ben c’est Calvin, bien entendu ! Et après avoir enfermé sa baby-sitter dehors, je pense que le prix va tripler !

Calvin & Hobbes, c’est un de mes duos préférés. Gamine, j’adorais Boule & Bill (je les aime toujours), mais ils étaient bien plus sage que le duo créé par Bill Watterson.

Non, Calvin n’est pas un gentil petit garçon, que du contraire, il est capable de rendre tout le monde chèvre par ses bêtises, ses réflexions et ses excuses pour ne pas faire ses devoirs. Son imagination est débordante, tantôt il se voit en T-Rex dans la cour de l’école, en géant, en Spiff le spationaute ou en Hyperman, un super-héros.

Bien que l’on n’ait pas envie de l’avoir comme petit frère ou comme fils, Calvin reste un personnage plus qu’attachant et ses réflexions ne sont jamais dénuées de vérité. Un philosophe en culottes courtes et au t-shirt rayé.

Quant à son tigre parlant (peluche ou pas ? Mystèèèèère), bien qu’il vendrait toute la famille pour une boîte de thon, bien qu’il s’amuse à sauter sur Calvin lorsque ce dernier rentre de l’école, il est encore plus sarcastique que son jeune ami.

Si la série ne donne jamais de dates ou de références permettant de la situer dans le temps, on peut tout de même la situer dans les années 80/90, bien avant l’apparition des téléphones portables, des smartphones, de lecteurs DVD ou autres gadgets de notre époque.

Cela lui permet avant tout de rester intemporelle et de bien vieillir. De toute façon, la critique de la société américaine, faite par l’auteur, est elle-même intemporelle.

Anybref, les albums de Calvin & Hobbes, ce sont des petits bonbons acidulés, que l’on a envie de bouffer toute la journée, mais que l’on suçote avec parcimonie, pour ne pas arriver trop vite à la fin du paquet (bah, on recommencera à relire les 24 tomes), afin de faire durer le plaisir le plus longtemps possible.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Blackwater – 01 – La Crue : Michael McDowell

Titre : Blackwater – 01 – La Crue

Auteur : Michael McDowell
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (07/04/2022)
Édition Originale : Blackwater, book 1: The Flood (1983)
Traduction : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Résumé :
Alors que les flots sombres et menaçants de la rivière submergent Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux innombrables dégâts provoqués par la crue.

Mené par Mary-Love, la puissante matriarche, et par Oscar, son fils dévoué, le clan s’apprête à se relever.

Mais c’est compter sans l’apparition , aussi soudaine que mystérieuse, d’Elinor Dammert, jeune femme séduisante au passé trouble, dont le seul dessein semble être de s’immiscer au cœur de la famille Caskey.

Critique :
« Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite », comme le disait si bien Jeanne D’Arc sur le bûcher. La ville de Perdido (Alabama du sud) pourrait dire (si elle savait parler) : « Le jour de la crue, j’ai été cuite ».

Submergée par les flots de la Perdido et de la Blackwater, la ville est recouverte d’eau, de boue, tout est dévasté.

La première chose qui m’a attiré, dans cette saga de 6 romans, ce sont les couvertures ! Purée, elles sont magnifiquement ouvragées. Alors, pourquoi pas ?

Ce premier tome pose les bases de la famille Caskey, une famille qui a fait fortune dans le bois, avec une scierie. Nous sommes en 1919 et à cette époque, les Noirs peuvent servir les Blancs, mais pas s’asseoir à leur table.

Les premières pages du livre sont intrigantes : la crue a eu lieu et Oscar Caskey, en barque avec Bray, un de ses employés (Noir), trouve une femme dans l’hôtel de la ville. Elle n’a pas été prévenue de la crue. Bizarre, bizarre se dit Bray (et les lecteurs aussi). Surtout lorsqu’il remarquera la hauteur où l’eau s’est arrêtée, à ce premier étage !

Elinor est un personnage énigmatique. Le côté fantastique vient d’elle. Sans en dire plus, soit les mystères qui l’entourent n’en sont pas (effet d’optique dû au soleil), soit il y a un truc qui sent mauvais dans son cas. Pour moi, ça pue, méfiance !

On ne peut pas dire que l’action est présente dans ce premier tome. Et pourtant, j’ai eu du mal à le lâcher. Les mystères qui entourent le personne d’Elinor, m’ont happé, tel le courant puissant de la rivière.

De plus, j’ai apprécié les autres personnages, même si nous sommes en présence d’une mère limite castratrice, qui ne veut pas que ses enfants partent ailleurs, que son fiston se marie… Mary-Love, puissante matriarche du clan Caskey, est une roublarde, mais elle pourrait tomber sur pire qu’elle.

Oui, à Perdido, ce sont les hommes qui bossent, mais ce sont les femmes qui décident, qui tirent les ficelles, qui manipulent. Girl power ! Attention, les femmes Blanches, bien entendu. N’oubliez pas que nous somme en Alabama du Sud et en 1919 ! Machiavel pourrait trouver à qui parler, avec certaines femmes, dont Mary-Love et Elinor.

La plume de l’auteur est aussi fluide que les cours d’eau, elle glisse toute seule et on a envie de voguer sur les flots de ces deux rivières qui se rejoignent en créant un tourbillon mortel. Merde alors, je viens de succomber aussi à la maladie de l’année : Blackwater ! Paraît que ça se soigne facilement, en lisant tous les tomes. Je vais me soigner, alors !

Sans que ce soit le livre de l’année, l’univers mis en place par l’auteur m’a bien plu, sans pour autant que je puisse vous dire précisément pourquoi. Sans doute grâce au contexte historique (ségrégation raciale), à cette famille peu ordinaire et au personnage mystérieux de Elinor, que l’on n’arrive pas à cerner.

Les tensions, les secrets cachés, le petit côté fantastique maîtrisé, tout ça m’a fait plonger dans ce roman avec plaisir. Je compte remettre mon maillot de bain et aller à nouveau nager dans les eaux troubles de la famille Caskey prochainement.

Alors, qui plongera aussi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°41] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Batman – Terre un – Tome 3 : Geoff Johns et Gary Frank

Titre : Batman – Terre un – Tome 3

Scénariste : Geoff Johns
Dessinateur : Gary Frank

Édition : Urban Comics – DC Deluxe (04/03/2022)
Édition Originale : Batman: Earth One, book 3 (2021)
Traduction : Alex Nikolavitch

Résumé :
Après la mort de son frère, le nouveau maire de Gotham, Jessica Dent se remet de ses blessures et est décidée à faire de la ville un endroit à nouveau sûr.

De son côté, Batman continue sa croisade contre le crime, s’associant avec de nouveaux alliés surprenants comme Killer Croc ou une voleuse d’exception : Catwoman !

Critique :
Ayant commencé cette série en retard, je n’ai pas dû attendre 6 ans entre ma lecture du tome 2 et celle du dernier tome. Juste un an et demi…

L’album, toujours scénarisé par Geoff Johns et dessiné par Gary Frank (magnifiques dessins), reprend là où nous avions laissé Batman dans le tome 2.

Un bref résumé permet aux lecteurs de se remettre le plus important en mémoire.

Harvey Dent est mort, les criminels de Gotham s’agitent, deviennent de plus en plus violents, possèdent des armes et la population se demande si ce n’est pas la faute à Batman : les criminels s’adaptent aux méthodes du justicier…

Le scénario est riche, il ne se contente de nous proposer des courses-poursuites, mais intègre des mystères et quelques retournements de situations qui m’ont scotchés dans mon canapé, les doigts pris dans la toile d’araignée… heu, de la chauve-souris !

Les dessins ne sont pas en reste, les planches sont soignées, les dessins ultra précis, magnifiques, les détails bien rendus, que ce soit au niveau vestimentaires ou des émotions. Parfois, des arrière-plans sont floutés, le dessinateur se permettant de ne pas redessiner entièrement le décor que nous venons de voir.

L’album pourrait presque se lire indépendamment des deux autres, l’histoire n’ayant pas vraiment une continuité pure et dure, mais étant plutôt tournée vers des épisodes de la vie de Batman, le tout relié par un fil ténu : raconter la genèse, mais autrement.

Je le rappelle pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas : l’univers « Terre-Un » permet à des auteurs d’avoir le droit de se réapproprier un personnage et son univers, sans tenir compte du canon.

Malgré tout, il y a un personnage bien connu de l’univers de Batman qui m’a semblé fort peu développé dans cet album : Catwoman, que l’on retrouve telle qu’on la connait, sans vraiment de grands changements, si ce n’est sa tenue… Pour la nouveauté, on repassera, avec ce personnage qui reste conforme au canon, sans avoir été réinventée, dommage.

Malgré ce petit bémol, le reste est excellent et celle lecture fut un plaisir. Une lecture pour les fans, ou pour ceux et celles qui voudraient découvrir Batman, sans pour autant se farcir les milliers de publications de la chauve-souris.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°33 – Dites 33] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.