Les Traqueurs – Tome 01 – L’arme perdue des dieux : David Muñoz et Tirso

Titre : Les Traqueurs – Tome 01 – L’arme perdue des dieux

Scénariste : David Muñoz
Dessinateur : Tirso

Édition : Glénat Grafica (2017)

Résumé :
Londres, milieu du XVIIe siècle. Depuis la mort de son père, le candide Jonas, botaniste et naturaliste émérite, pratique sa passion dans la grande serre de son oncle.

Ce dernier prépare une périlleuse expédition en Nouvelle-Espagne à la recherche d’une créature fantastique issue tout droit des légendes aztèques.

Une arme perdue des dieux, une curiosité scientifique ou une juteuse attraction pour le public européen, et qui suscite bien des convoitises.

Grâce à ses compétences, Jonas va prendre part à l’aventure et embarquer, alors que les eaux des Caraïbes sont envahies par les pirates et les navires de guerre anglais et hollandais qui se disputent le contrôle des mers, à la rencontre d’un danger plus terrible encore…

Critique :
Est-ce l’homme qui prend la mer ou la mer qui prend l’homme ?

En tout cas, la mer, les Anglais et les Hollandais se la disputent, voulant être le meilleur et surtout avoir le monopole des routes et comptoirs commerciaux.

Bref, sur la mer que l’on voit danser le long des golfes clairs, ça bastonne à tour de bras et quand l’un des deux protagonistes n’a plus de bateaux, ben il n’a plus de bateaux !

1664, l’Angleterre n’a plus de navires et seul le résultat d’une expédition menée en Nouvelle-Espagne pourrait les sauver car si les Anglais mettent la main sur l’arme fabuleuse qui s’y trouve cachée, plus personne n’osera les attaquer et il n’y aura plus de guerre.

D’après les Anglais, il vaut mieux que l’arme tombe dans leurs mains que dans celles des autres… Vous avez envie de crier « Mon cul » vous aussi ? Oui, ça me fait toujours cet effet là à moi aussi ce genre de discours.

Si le scénario est un peu tarabiscoté avec les multiples flash-back qui l’encombre, une fois remis les pièces du puzzle dans le bon ordre, il ne devrait pas y avoir de problèmes de compréhensions.

Le découpage aurait peut-être dû être amené d’une autre manière car au départ, ça fait un peu fouillis car il y moult événements qui se produisent en peu de pages.

Pour un premier album, cela fait beaucoup de choses à avaler et si je peux saluer le fait que les auteurs aillent droit au but sans trop perdre de temps à chipoter, l’inconvénient est que cela donne l’impression que les personnages ont été survolés, pas assez approfondis (oui, je sais, jamais contente !), limite clichés.

Les graphismes sous forme d’aquarelles sont magnifiques, surtout quand ce sont des plans des navires ou des paysages. Les couleurs, dans des tons chauds, illuminent certaines planches et j’avais envie de les découper pour les mettre dans un cadre (moi qui aime les bateaux).

Par contre, certains visages des personnages changent d’une case à l’autre, ce qui énervant pour le lecteur, surtout lorsqu’on a eu des planches qui étaient de très belle facture, dont une avec un saut de baleine.

Ce qui m’a attiré dans cette saga, c’est le côté fantastique, la légende Aztèque de cette créature fabuleuse et qui entraîne les hommes à la recherche pour l’asservir et l’utiliser contre leurs ennemis (comme d’habitude). Au départ, nous ne savons pas s’ils poursuivent une chimère ou pas. La dernière planche laissera les lecteurs sur un beau cliffhanger et la résolution du mystère.

Anybref, on ne refera pas le Monde, l’Homme ne changeant jamais au fil des siècles, mais l’apport du fantastique dans un récit qui fleure bon les expéditions vers le Nouveau-Monde, les Cités d’Or (sans l’or) ou les flibustiers, pourrait lui donner une direction moins conventionnelle.

À voir si cela se produit dans les albums suivants…

Le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages.

Les Voleurs de curiosités : Jess Kidd [LC avec Bianca]

Titre : Les Voleurs de curiosités

Auteur : Jess Kidd
Édition : Presses de la cité (11/02/2021)
Édition Originale : Things in Jars (2019)
Traduction : Laurent Philibert-Caillat

Résumé :
Londres, 1863. Bridie Devine, détective spécialisée dans les cas délicats, fait face à l’affaire la plus complexe et la plus insolite de toute sa carrière. Christabel Berwick, l’héritière d’un baronet, a été kidnappée. Mais Christabel n’est pas une enfant ordinaire.

Son existence a été cachée aux yeux de tous et ses étranges talents semblent effrayer son entourage autant qu’ils attirent l’attention des collectionneurs de curiosités.

Ne ménageant pas ses efforts pour retrouver l’enfant, Bridie entre dans un monde de chirurgiens déments et de saltimbanques mercenaires.

Aidée dans sa quête par le fantôme tatoué d’un boxeur mélancolique qu’elle seule peut voir et par une femme de chambre à la carrure impressionnante, la jeune femme suit pas à pas les traces laissées par les ravisseurs, s’exposant ainsi à un passé qu’elle a tenté d’oublier.

Résurrectionniste, chimiste excentrique, créature aquatique légendaire : autant de personnages qui hantent les pages de ce roman lyrique et gothique où le spectacle est roi, mais qui fait la part belle à une enquête digne des plus grandes énigmes policières.

Critique :
Approchez Mesdames et Messieurs ! Bienvenue dans Londres la victorienne. Pour vous, ce sera Londres la sale, la puante, celle pleine de smog, de mendiants, de gens fouillant la vase de la Tamise…

Bref, la Londres d’en bas, celle de Dickens, celle de Jack London. Approchez, mesdames et messieurs, n’ayez pas peur et plongez dans cette histoire qui fait la part belle aux légendes.

Durant cette enquête, mesdames et messieurs, si vous croisez du beau linge, ceux de la haute, ce ne sera pas pour autant que ce sera moins glauque ou puant… La merde, ça peut se mettre dans un bas de soie…

1863, Londres. Le personnage central, Bridie Devine (veuve) est une sorte d’enquêtrice. Oui, une sorte de Sherlock Holmes au féminin, mais si elle s’en inspire, elle n’est pas sa copie en jupons. En fait, Bridie, c’est LA spécialiste des investigations domestiques et les affaires complexes, qui sortent de l’ordinaire, c’est pour elle.

Autrement dit, le cadavre d’une femme emmurée avec son bébé dans la crypte d’un presbytère, c’est pour elle, de même que la disparition d’une enfant qui n’a rien d’ordinaire…

Pour l’aider dans son enquête complexe, Bridie a sa femme de chambre immense (7 pieds de haut = 2,13m) et Ruby, le fantôme d’un boxeur qu’elle est la seule à voir.

L’univers de ce roman est le fantastique, sans pour autant que l’on vire dans la magie, mais la présence d’un fantôme aux côtés d’une enquêtrice n’est pas une chose courante, vous conviendrez.

L’autre univers est celui des freaks (monstres de foire), des gens qui sortent de la norme. Ainsi que celui des anatomistes, des chirurgiens, des scientifiques, des collectionneurs qui adorent découper les personnes qui sortent de l’ordinaire ou alors, les mettre en bocal (en bocaux, s’ils sont plusieurs).

L’écriture de l’auteure est fort descriptive, les paysages, les décors, sont très bien décrits. Il n’en aurait pas fallu plus, sinon, cela serait devenu l’indigestion.

Mais l’auteure ne se contente pas de nous brosser les décors divers, elle nous parlera aussi, au travers de Bridie, des droits de la femme en Angleterre et sa place est clairement: mariée, avec des enfants et aux fourneaux, sauf si elle vit dans une famille fortunée, alors, elle aura les larbins pour s’occuper du ménage. Bref, mesdames, c’est pas rose mais plutôt morose pour nous.

L’alternance du récit entre le présent et le passé permettra à l’auteure de nous conter la jeunesse de Bridie Devine, l’enquêtrice qui ne lâche rien. Pourtant, dans l’ensemble, il m’a semblé qu’il manquait des morceaux dans la trame du passé, comme si l’auteure avait laissé des non dits, des blancs. Nous ne saurons pas vraiment tout…

L’intrigue est étrange, mais la construction du roman l’est aussi et c’est sans doute cela qui m’a dérouté au départ, avant que je ne retombe sur mes pieds (assez vite) et que j’embraye à fond sur le récit qui joue avec plusieurs genres littéraires comme le roman fantastique, historique, social et qui met en scène des légendes, des mythes, le tout dans une ambiance sombre et gothique.

C’est étouffant, ténébreux à souhait, mais amusant aussi car il y aussi de l’humour grinçant dans ces pages et un fond d’humanité, mais je vous le dis de suite, ce ne sera pas dans les yeux des anatomistes, chirurgiens et autres collectionneurs prêts à tout pour agrandir leur collection. Ma foi, vous trouverez plus d’humanité dans l’œil d’un chien qui remue la queue.

Une LC réussie de plus avec Bianca et cette fois-ci, c’était une lecture aux ambiances fantastiques et gothique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°251], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook, et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°11].

Hel’Blar – Tome 2 – Le Roi sous le Tumulus : Sergio A. Sierra et Alex Sierra

Titre : Hel’Blar – Tome 2 – Le Roi sous le Tumulus

Scénariste : Sergio A. Sierra
Dessinateur : Alex Sierra

Édition : Sandawe (07/11/2018)

Résumé :
Suite et fin des « Chasseurs de Draugar ». La traque se poursuit ! Car, même si l’ennemi a révélé son vrai visage, les incertitudes demeurent. Il est, en effet, des rancœurs et des haines que la mort, elle-même, ne peut consumer…

Harek récupèrera-t-il ses enfants et ses neveux ? Leif se révèlera-t-il assez fort pour surmonter l’horreur de l’avenir dévoilé par la vision d’Odin ?

Critique :
La chasse aux Draugars est officiellement ouverte et réservée aux types badass, couillus et qui n’ont pas peur de se retrouver au banquet d’Odin, nom de Thor !

Cet album pulse, j’aurais dû l’écouter avec une bande-son d’Iron Maiden, ça aurait rendu ma lecture encore plus punchy.

Le scénario nous offre un petit retour en arrière afin que nous comprenions les tenants et aboutissants de cette course-poursuite.

Assez vite nous apprendrons pourquoi les Draugars ont attaqué spécialement le village d’Harek et enlevé ses enfants et neveux.

L’identité du Draug, celui qui mène le jeu sera dévoilée aussi, sans que cela entache le récit puisque tout n’est pas encore dit et que jusqu’au bout, nous aurons droit à des bribes de ce qu’il s’est passé au moment X.

Les graphismes sont excellents, les couleurs vives ou froides, selon l’endroit, l’action, mais toujours justes comme il le faut.

Les personnages sont assez nombreux, on pourrait en confondre certains, si l’on n’est pas assez attentif, mais les albums possèdent un cahier graphique à la fin avec les détails de leur personnalité résumé et de très jolies esquisses.

Pas de temps morts, ça pulse bien, les combats sont superbes à regarder et j’ai frissonné devant ces espèces de zombies qu’il fallait décapiter pour survivre (je vous informe pour si jamais vous tombiez un jour sur ces sales bêtes). On dit quoi ? On dit « merci Belette » !

Moi qui m’attendais à lire une saga bourrée de testostérones, de mecs baraqués, prêts à se battre, à foncer dans le tas hache ou épée en avant… Bon, d’accord, on a de ça, mais pas que !

Il y a tout de même de la profondeur dans les personnages, ils évoluent, changent, selon les évènements ou les combats. Ce qu’ils ont vécu, vu, vont les marquer à jamais et les ont déjà marqué.

Le scénario est basique, certes, mais la soupe servie n’a pas le même goût que toutes les autres bues avant : elle est épicée, colorée et ce fut un plaisir de la boire car les auteurs, bien que prenant des ingrédients archi connus, ont réussi à sublimer le plat en y ajoutant les ingrédients du fantastique et de la fantasy.

Éditée grâce à la participation d’internautes, cette saga n’a sans doute pas eu l’éclairage qu’elle aurait méritée car il y a du potentiel. Si l’aventure se termine avec ce tome, la porte n’est tout de fois pas totalement fermée pour une suite.

Une série que j’ai lue comme ça, pour passer le temps, parce que les couvertures étaient chouettes et qui se révèle bien plus intéressante que je ne l’aurais pensé au départ car ce n’est pas que des vikings testostéronés se battant comme des brutes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°249], et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 46 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Captain America : Steve Rogers – T01 – Heil Hydra ! : Nick Spencer, Miguel Sepúlveda, Javier Piña et Jesús Saiz

Titre : Captain America : Steve Rogers – T01 – Heil Hydra !

Scénariste : Nick Spencer
Dessinateurs : Miguel Sepúlveda, Javier Piña et Jesús Saiz

Édition : Panini Marvel Now! (2018)
Édition Originale : Captain America: Steve Rogers, book 1: Hail Hydra (2016)
Traduction : Jérémy Manesse

Résumé :
Steve Rogers, redevenu jeune, a repris le costume de Captain America. Mais derrière ce retour tant attendu, se dissimule un secret qui va secouer l’univers Marvel.

(Contient un prologue de 10 planches publié initialement dans Free Comic Book Day: Captain America (2016) et Captain America: Steve Rogers (2016) #1-6)

Critique :
Captain America, je ne le connais que par les films de la Marvel. Steve Rogers, pour moi, c’est le bô gosse (Chris Evans) avec qui j’irais bien m’encanailler !

Ne connaissant pas l’ordre de lecture de la saga des Captain America, j’ai sans doute commencé par là où il ne fallait pas…

Le scénario est assez riche, comportant des flash-back dans les années 20 sur la jeunesse de Steve Rogers.

Le dessinateur utilisera alors des tons bruns/gris pour nous plonger dans l’atmosphère des années 20, utilisant du rouge lorsqu’il y a danger.

Une partie des personnages de l’écurie Marvel sont présent aussi et j’y ai croisé Iron Man, Doctor Strange, Deadpol, Captain Marvel, Thor, un Spiderman gamin et bien d’autres.

Grâce aux flash-back sur la jeunesse de Steve, le récit n’est en rien linéaire, mais les auteurs se sont permis aussi de faire des bons dans le temps afin de nous montrer les évènements qui ont eu lieu auparavant et éclairer ainsi notre lanterne. Bon, il ne faut pas s’y perdre.

L’intrigue est assez bien fournie, les réparties fusent et notre Captain America n’est pas le Gentil tout bon, tout lisse que l’on pourrait penser. Les scénaristes sont allés plus loin avec lui et je gage que cela a dû faire grincer des dents.

En tout cas, c’est audacieux et cela change de la vision que nous avons de lui, bien que, même ainsi, en quelque sorte, il reste un patriote, vu les discours que certains tiennent dans ce récit. Vérités ou manipulations ? Ça semble tout beau à les entendre mais je reste méfiante des beaux discours.

Mélangeant habillement l’espionnage, le double jeu (ou le triple ?), le S.H.I.E.L.D qui veut prendre des mesures plus coercitives suite à la montée en puissance des suprématistes de l’Hydra, la démocratie qui pourrait être mise à mal puisque certains mesures de surveillance donneraient à penser que la NSA a pris des amphètes !

Un comics très dense, avec beaucoup de détails dans les dessins ou les dialogues. Anybref, pas un comics qu’on lit en vitesse ! J’ai pris le temps de le découvrir (vierge de l’univers, quasi) et j’ai l’intention de poursuivre ma découverte des aventures du Cap et de voir comment ça va tourner dans la suite !

Le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Patagonie, route 203 : Eduardo Fernando Varela

Titre : Patagonie, route 203

Auteur : Eduardo Fernando Varela
Édition : Métailié (20/08/2020)
Édition Originale : La marca del viento (2019)
Traduction : François Gaudry

Résumé :
Perdu dans l’immensité du paysage, il se trouve confronté à des situations aussi étonnantes et hostiles que le paysage qui l’entoure.

Saline du Désespoir, La Pourrie, Mule Morte, Indien Méchant et autres lieux favorisent les rencontres improbables avec des personnages peu aimables et extravagants : un journaliste qui conduit une voiture sans freins et cherche des sous-marins nazis, des trinitaires anthropophages qui renoncent à la viande, des jumeaux évangéliques boliviens gardiens d’un Train fantôme, un garagiste irascible et un mari jaloux…

Au milieu de ces routes où tout le monde semble agir avec une logique digne d’Alice au pays des merveilles, Parker tombe amoureux de la caissière d’une fête foraine.

Mais comment peut-on suivre à la trace quelqu’un dans un monde où quand on demande son chemin on vous répond : « Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à la mer » ?

Ce fabuleux premier roman est un vrai voyage à travers un mouvement perpétuel de populations dans un paysage dévorant, auquel le lecteur ne peut résister.

Critique :
Prêt pour un road-trip loufoque, dingue, déjanté à travers une contrée immense et perdue au bout du monde ?

Où ? En Patagonie. Non, non, pas celle de Florent Pagny, celle de la pampa, des routes sans fin où les indications se résumeront à des « le jeudi, tu tourneras à gauche » ou tout simplement à des « c’est par là, là-bas »…

— C’est loin, Teniente Primero López ?
— Deux jours, s’il n’y a pas de vent. Tu files tout droit et demain tu tournes à gauche, tu traverses la colline, puis encore à gauche pendant une demi-journée, plus ou moins.

Bien installée dans le camion de Parker, je suis allée à la rencontre de gens totalement barjes, dingos, déjantés, dont on n’est jamais sûr qu’ils plaisantent où sont sérieux.

Parker est un camionneur dont on ne croisera que peu souvent la route, tellement il est atypique. Transportant des marchandises pas déclarées, il prend les petites routes pour éviter les douaniers et dort à la belle étoile après avoir installé ses meubles dehors. Atypique, je vous dis.

Je n’ai pas osé rire de son prénom, Parker, car il était tellement fier de porter le nom d’un célèbre marque de stylo (oserais-je lui dire que j’en possède toujours un ?).

Les pieds sur le tableau de bord, je me suis laissée bercer par ce voyage en absurdie, croisant la route d’un chercheur d’U-Boots nazis (ils auraient accostés en Argentine), qui cherche aussi des galions remplis d’or échoués sur une plage ; de deux employés du train fantôme pas des plus fûtés ; d’un garagiste qui semblait se foutre de nous et j’ai même taillé un bout de gras avec un néo-nazi pas si méchant que ça (qui l’eut cru ?).

Hélas, malgré la magnificence des paysages, ces espaces immenses, arides, ces terres désolées, inhospitalières et sublimes (Florent n’y chantait pas ses murs porteurs), malgré les routes droites, malgré les portraits hauts en couleurs de personnages croisés au fil de notre périple, malgré une histoire d’amour toute bêêêllle (mais pas Harlequin !), à un moment donné, à un arrêt, Parker est reparti sans moi et j’ai eu beau courir derrière le camion, jamais je n’ai réussi à me réinstaller dans la cabine.

Le vent n’a pas soufflé dans la bonne direction une fois passé la moitié du livre, il me soufflait dans la gueule et j’ai terminé ce roman à l’arrache.

Dommage parce que notre histoire avait bien commencée et le côté loufoque, décalé, me plaisait beaucoup.

 

Batman – Gotham by Gaslight : Eduardo Barreto, Mike Mignola et Brian Augustyn

Titre : Batman – Gotham by Gaslight

Scénariste : Brian Augustyn
Dessinateur : Mike Mignola & Eduardo Barreto (Uruguay)

Édition : Urban Comics DC Deluxe (2018)

Résumé :
Le légendaire Jack l’éventreur est l’ennemi public N°1 et sévit dans les rues de Gotham. Mais dans cet univers alternatif, le tueur en série va se heurter à une autre légende nocturne : Batman.

Pris dans une conspiration dont il est la victime, le Chevalier Noir nous entraîne à l’époque victorienne où l’obscurité de la nuit n’est troublée que pas la lueur fébrile et tremblante des réverbères de Gotham City.

Critique :
Batman vs Jack The Ripper ? Je demandais à voir… L’époque ne leur est pas commune (contrairement à celle avec Holmes) et l’endroit encore moins, sauf si Gotham a déménagée à Londres.

Ce comics avait été adapté en film, (en 2018 par Sam Liu – critique ici), mais très librement adapté et j’ai préféré faire la version bédé que celle du film sorti directement en vidéo à l’époque.

L’histoire commence par le meurtre de deux personne, en pleine campagne, durant un voyage en calèche et leur gamin est sauvé par un vol de chauve-souris.

Vienne, 1889… Bruce Wayne raconte ce rêve étrange qu’il fait à un docteur, un certain Freud. Mais ce n’est pas un rêve, c’est un souvenir plus ou moins fidèle d’un évènement réel. Ce qu’il voudrait savoir, notre homme c’est le rapport avec les chauve-souris.

Transposer l’univers de Batman à l’époque victorienne, fallait oser. Reprendre tous les personnages de son univers, Gotham comprise et les déplacer en 1889, c’était une idée qui valait la peine d’être exploité.

Si je ne suis pas tombée en pâmoison devant les dessins, je dois avouer tout de même qu’ils étaient plaisant et avaient un air rétro, comme si nous lisions un comics de 1889 dont les couleurs ne sont pas aussi vives que ceux de notre époque.

Par contre, je n’ai pas aimé les dessins représentant Batman, avec son masque ressemblant plus à celui d’un pingouin qu’à celui ultra sexy de la chauve-souris.

La ville de Gotham, aussi gangrenée par le crime et le vice que Londres est bien reproduite, mais ça fait tout de même bizarre d’y découvrir des fiacres et non des voitures ! Elle aussi a un charme rétro dû aux dessins, même si on a pas envie d’aller se frotter à sa pègre.

Comme toujours, notre Batman sauve les gens, se débarrasse des méchants mais quand des meurtres sordides de femmes ont lieu dans les ruelles sombres de Gotham, la presse titre « Bat-Man est-il le tueur ? » et le dire, c’est déjà le sous-entendre, c’est planter la graine de la peur, de la suspicion dans l’esprit des gens.

J’ai été surprise de la direction de l’histoire, du fait que Bruce Wayne ait dû résoudre cette affaire de cette manière (no spolier) mais la résolution était un peu faiblarde je trouve, surtout pour ce mobile aussi futile et un peu capillotracté à mon sens.

D’ailleurs, nous n’étions même pas à la moitié du récit que l’affaire Jack The Ripper était déjà pliée, résolue et au suivant ! Purée, rapide… Trop rapide, on a l’impression que l’on a survolé l’histoire, l’enquête, la résolution…

L’histoire suivante met en scène un mégalo qui veut dicter sa loi aux autorités de la ville de Gotham sous peine de la faire brûler. Il y a de l’action, de la baston, c’est rythmé et même si tout se règle dans les dernières pages, il y a tout de même un autre responsable que ce fou de Leroy.

Pas tout à fait conquise par cet opus de Batman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°243] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar : Sergio A. Sierra et Alex Sierra

Titre : Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar

Scénariste : Sergio A. Sierra
Dessinateur : Alex Sierra

Édition : Sandawe (2017)

Résumé :
Norvège, an 910. Quel ennemi peut être assez fou pour s’attaquer aux terribles Vikings ?

C’est la question que se pose le groupe de guerriers et guerrières lancé à la poursuite de deux guerriers apparemment invincibles qui ont attaqué leur village et enlevé leurs enfants.

Ils ne trouveront la réponse qu’au terme d’une traque aussi angoissante que sanglante…

Critique :
Voilà une bédé qui déménage ! Il y a tous les éléments réunis pour donner une histoire géniale : de l’action, des guerriers vikings, des massacres de villages, des créatures sorties tout droit de l’enfer…

Les dessins sont très bien exécutés, les ambiances sont sombres à souhait, le mystère est bien présent, le suspense est utilisé à bon escient, les causeries aussi et les créatures foutent encore plus la trouille dessinées en ombre.

Ok, ça sent le scénario classique, déjà vu mais vous savez aussi que le plus important est la manière dont on raconte l’histoire. Une vieille blague connue bien racontée me fera toujours de l’effet.

Bingo ! Les frères Sierra ont réussi à me raconter une histoire qui m’a prise directement dans ce premier tome, sorte de mélange d’histoire de vampires, de morts-vivants, de marcheurs blancs à la G.R.R Martin ou de 13ème guerrier, film avec Antonio Banderas où des saloperies surgissaient d’une brume plus épaisse que celle de Londres au temps du smog (oui, j’adore ce film).

Maintenant, je ne sais pas si les vikings, à cette époque, utilisaient des mots comme « tarlouzes » ou « machos décérébrés », ? Je n’ai pas suivi un cours sur leur langage, mais je doute que ces mots soient parfaitement A.O.C.

Comme dans tout bon scénario, faut monter un groupe pour tenter de récupérer les enfants enlevés par cette horrible engeance que sont les Draugars (connus aussi sous les noms de Hel’blar, de mort noire ou de guerrier non-morts).

Nous avons beau être dans un univers de testostérone, de guerriers qui pillent pour subsister, de types qui fêtent le premier guerrier ennemi qu’ils ont tué ou qui jouent à celui qui pisse le plus loin (ou celui qui a la plus grosse), les femmes ne seront pas laissées de côté dans cette expédition puisque deux les accompagneront et que ce sont de sacrées guerrières.

Un album fantastique (dans les deux sens du terme) dont le scénario, même s’il est classique, est bien mis en scène, dont le suspense est bien équilibré, ainsi que les passages action ou blabla, sans que l’un prenne le pas sur l’autre.

Franchement, une belle découvert et vu le final, je ne vais pas attendre plus longtemps pour lire le second et dernier tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°242], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Les somnambules : Chuck Wendig

Titre : Les somnambules

Auteur : Chuck Wendig
Édition : Sonatine (04/03/2021)
Édition Originale : Wanderers
Traduction : Paul Simon Bouffartigue

Résumé :
Un nouveau monde, le nôtre ?

Dans un petit village de Pennsylvanie, Shana surprend sa soeur, Nessie, quittant d’un pas résolu leur maison. Lorsqu’elle tente de l’intercepter, la petite fille ne réagit pas à sa présence. Mutique, absente, le regard vide, elle avance… Croyant à une crise de somnambulisme, Shana commence à la suivre.

Rapidement, elles sont rejointes par un deuxième errant, frappé des mêmes symptômes que Nessie. Puis un autre. Bientôt, ils sont des centaines à converger vers la même destination inconnue, tandis que leurs proches, impuissants, leur emboîtent le pas. Très vite, cette mystérieuse épidémie enflamme le pays.

Chuck Wendig tend à notre monde un miroir dans lequel se reflètent ses hantises les plus contemporaines : l’irruption de l’inconnu, la peur de l’autre, la défiance envers le gouvernement, la force rampante des discours religieux et extrémistes… Rappelant autant Le Fléau que The Leftovers,

Les Somnambules est un portrait humain mais sans concession d’une société au bord de l’extinction.

Critique :
Lève-toi et marche…

Lecteur/trice, prévois de bonnes chaussures parce que ce sera une longue marche et elle comportera des chausse-trapes, des dangers, des suprémacistes Blancs qui tenteront d’arrêter ta marche.

Prévois aussi un canapé confortable car la marche ne sera pas que longue en kilomètre parcourus mais aussi en pages avalées (plus de 1.100).

Que la taille et la longueur en te rebute pas, ami de la littérature car tu ne le sentiras pas passe, ou si peu. Tu seras si bien au coeur de ce mystère, de cette pandémie bizarre que tu ne verras pas les pages se tourner.

L’auteur aurait pu suivre une seule direction, se contenter de nous faire marcher, mais non, il a été intelligent, créatif et ce, bien avant l’apparition du Covid19.

Les réactions des gens face à ce phénomène, qu’ils ne comprennent, pas ressemble terriblement à nos comportements depuis 1 an de Covid. Entre les complotistes, les illuminés de Dieu, les écolos, les protecteurs, ceux qui ne savent pas, il y en aura pour tout le monde.

La différence c’est qu’il nous a pondu une pandémie qui fait passer la nôtre pour une peccadille, un tout petit caillou dans les rouages de la machine, alors que lui, il te jette un pavé (au propre comme au figuré) et il te skette (« casser », en patois wallon) la machine, divisant l’Amérique en plusieurs parties : les marcheurs, leurs bergers, les pros-somnambules et les antis avant de refragmenter ces morceaux en suprémacistes survivalistes et en infectés.

Sorte de Fléau (Stephen King) en version moderne, la comparaison s’arrêtera là, sauf à comparer les portraits des personnages, tous très bien réalisés (même si ma préférence ira à ceux du Fléau), travaillés, possédant de la profondeur. Les portraits des suprémacistes sont moins travaillés mais je pense qu’il serait difficile de leur trouver des circonstances atténuantes.

Le scénario n’est pas conventionnel, il ira dans des directions inattendues et tant mieux car l’auteur a évité aussi que son récit ne s’enlise, ne stagne ou ne devienne redondant. Cela a augmenté mon plaisir de lecture et mon addiction.

La surprise était au rendez-vous tout au long de ma lecture et j’en ai eu pour mes sous, du début à la fin, sans que cela vire au grandguignolesque puisque son récit avait des points d’ancrage dans notre époque, même s’il a poussé le bouchon plus loin et que je croise les doigts que jamais pareil scénario apocalyptique ne se produise en vrai (vœu pieux, ça nous pend au nez).

L’autre point fort de ce roman, c’est son final qui est plus que réussi, contrairement à celui du Fléau (Stephen King) qui n’était pas à la hauteur des 1.500 pages lues. Chuck Wendig a réussi à donner au sien une dimension dantesque, un véritable combat pour la vie et à le faire de manière intelligente. Ça m’a troué le cul (pour parler vulgairement mais que tout le monde comprenne bien).

Si nous n’avions pas le choc des photos, ce lourd pavé possédait le poids des mots et c’est avec de l’acide que l’auteur a dû diluer son encre car entre les phrases, on discernait un peu de cynisme, de sarcasmes et quelques coups bas pour les sociétés humaines qui mènent le monde à sa perte (et le reste avec).

Un roman post-apo qui, malgré ses 1.100 pages, ne devient jamais ennuyeux ou ne semble trop long. Une lecture intense, au goût de prémonitions qui risquent un jour de passer en faits réels.

Hormis quelques libertés avec les sciences, la plupart des horreurs qui se déroulent dans ces pages sont hélas bien réelles et l’on a vu comment la peur durant une pandémie pouvait transformer les humains en pire que des bêtes.

Surtout que notre pandémie l’est aussi sur les réseaux sociaux avec toutes les conneries qui peuvent s’y raconter et contre ça, pas de médicaments pour guérir.

Un sacré roman post-apo, une lecture intéressante, hautement addictive, qui prend aux tripes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°240].

M.O.R.I.A.R.T.Y – T03 – Le voleur aux cent visages (1/2) : Jean-Pierre Pécau, Fred Duval et Gess

Titre : M.O.R.I.A.R.T.Y – Tome 3 – Le voleur aux cent visages

Scénaristes : Jean-Pierre Pécau & Fred Duval
Dessinateur : Gess

Édition : Delcourt Néopolis (24/06/2020)

Résumé :
La grande course autour du monde en ballon fait étape à Paris. C’est l’occasion pour Sherlock de capturer le voleur qui, à chacune de ces étapes, commet un vol extravagant.

Il découvre alors avec surprise que le malfrat, si brillant soit-il, souffre de troubles dissociatifs de la personnalité et abrite en lui de nombreux avatars. Alors que le jeune Freud s’apprête à le diagnostiquer, le voleur s’échappe.

Critique :
Je ne suis pas une mordue des aventures de Sherlock Holmes version steampunk et en plus, j’avais dit que je ne lirais plus cette saga puisqu’elle m’avait déçue…

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! J’étais curieuse et puisque l’on me prêtait l’album, en cas de déception, ce ne serait pas trop grave.

Si les dessins des dirigeables, des bâtiments sont bien exécutés, il n’en est rien de celui des visages de différents protagonistes. C’est une histoire de goût, mais ils n’étaient pas au mien, surtout en ce qui concernait les yeux, les bouches ou les expressions faciales.

On commence avec une enquête presque traditionnelle : des vols ont eu lieu à chaque escale de la course de dirigeables. Holmes et Watson mènent donc l’enquête, déguisé en pilotes. Le mystère concerne l’identité du voleur : d’après les témoignages, ce n’est jamais le même !

Bien que je n’ai pas aimé les dessins de Sherlock Holmes, en ce qui concerne les déductions, il était toujours très bon et notre pauvre Watson, tout comme moi, n’avons rien vu venir. C’est l’une des choses appréciables de ce troisième tome.

Le scénario est correct, l’enquête est bonne, on a de l’action, du rythme et des mystères. Je n’ai pas baillé durant ma lecture, même si j’ai soupiré devant ces personnages qui peuvent se déguiser avec tellement de brio que jamais personne ne remarque de supercherie.

Oui, je sais, Patrick Sébastien a un jour bluffé tout le monde, mais il lui était impossible de changer toute la morphologie de son visage comme y arrive deux personnages de ce roman.

Comme le scénario m’a emballé et que j’ai passé un bon moment de lecture malgré les dessins des visages qui étaient brouillons, mal exécutés, je laisserai tout de même une bonne note à ce tome 3 et je serai au rendez-vous pour la suite.

En espérant que ce ne soit pas comme pour les deux premiers tomes de la saga où le premier avait un scénario intéressant (et déjà des dessins de visages brouillons) qui m’avait donné envie d’aller lire le deuxième qui lui m’avait déçu avec son grand méchant qui voulait dominer le monde, la ville, le pays…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°239] et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 64 pages.

Au bal des absents : Catherine Dufour

Titre : Au bal des absents

Auteur : Catherine Dufour
Édition : Seuil Cadre noir (10/09/2020)

Résumé :
Claude a quarante ans, et elle les fait. Sa vie est un désert à tous points de vue, amoureux et professionnel ; au RSA, elle va être expulsée de son appartement.

Aussi quand un mystérieux juriste américain la contacte sur Linkedin – et sur un malentendu – pour lui demander d’enquêter sur la disparition d’une famille moyennant un bon gros chèque, Claude n’hésite pas longtemps.

Tout ce qu’elle a à faire c’est de louer la villa « isolée en pleine campagne au fond d’une région dépeuplée » où les disparus avaient séjourné un an plus tôt. Et d’ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pourquoi se priver d’un toit gratuit, même pour quelques semaines ?

Mais c’est sans doute un peu vite oublier qu’un homme et cinq enfants s’y sont évaporés du jour au lendemain, et sans doute pas pour rien.

Une famille entière disparaît, un manoir comme premier suspect. Entre frissons et humour Au bal des absents est une enquête réjouissante comme on en lit peu.

Critique :
Est-il possible, dans un roman fantastique, de faire du social, de tirer à la kalach sur Pôle Emploi, le chômage, les formations à la con (qui ne mènent à rien), sur le RSA, sans que le tout ne soit un gloubi-boulga immangeable ?

Pardon, j’oubliais de dire que l’auteure fait aussi une belle déclaration d’amour aux livres du King et s’amuse avec les films d’horreur et  d’épouvante, qu’ils soient kitschissimes ou cultissimes.

Oserais-je dire que c’était presque un roman feel-good même s’il m’a fait dresser les poils des bras ? Ou était-ce tout simplement un roman fantastique d’épouvante (mais pas trop) qui se serait accouplé avec un roman social, à tendance noire (parce que le social chez les friqués, c’est pas un roman noir) et dont l’humour, noir, bien entendu, servirait à graisser les rouages ?

Inclassable, ce roman est tout bonnement inclassable, sauf à la caser dans les putain de romans qui réussissent à faire passer un excellent moment de divertissement, tout en ayant un fond et de l’épaisseur, autant dans son scénario que dans son personnage principale.

Claude, femme de 40 ans, émarge du RSA et la voilà qu’elle se retrouve à jouer les détectives privées dans une maison perdue dans le trou du cul de la France pour rechercher ce qui a pu arriver à une famille de touristes américains, disparue un beau jour…

Inclassable je vous dis, même avec un point de départ ultra conventionnel. Déjà, Claude n’est pas une femme banale, elle a du caractère, de la hargne et jamais je ne regarderai ma binette de jardin de la même manière.

Ce roman policier, roman noir, fantastique (dans les deux sens du terme) est à découvrir car sous le couvert du divertissement et de l’épouvante, il parle d’une société à double vitesse : celle qui laisse les plus démunis sur le côté, celle qui enfonce les demandeurs d’emploi au lieu de les aider, celle qui nous étouffe sous la paperasserie, celle des plans sociaux, des dégraissement, des start-up nation (je cause bien le dirigeant de multinationale, hein ?)…

L’angoisse est bien dosée, jamais trop exagérée et souvent suggérée (votre esprit est votre pire ennemi dans cette lecture). Malgré tout, j’ai frémi de peur mais toujours avec le sourire aux lèvres car Claude est une enquêtrice drôle qui manie aussi bien l’humour sarcastique que la binette de jardin.

Jamais le roman ne devient désespérant et malgré les ennuis, les coups du sort, le peu d’argent possédé par Claude (qui lui fait développer des combines pour manger, boire ou se laver gratuitement), jamais on a la sensation d’une ambiance plombée.

Plume trempée dans l’encrier du cynisme, additionnée d’humour noir, l’écriture est incisive, mordante, désopilante et laisse peu de moment de répit au lecteur. Mais l’encre n’est pas aussi noire que le café corsé, il y a de la lumière dans ce roman social, de l’espoir.

PS : Ok, peu d’espoir qu’un jour, les sites de l’administration arrêtent de buguer quand on a besoin d’eux, peu d’espoir aussi qu’au bout du fil (si on arrive encore à y trouver de la vie), une personne compatissante et professionnelle nous réponde que « oui, le site c’est de la merde, mais pas de soucis, on va tenir compte de votre inscription et vous aider ». Ça arrive parfois, mais c’est comme les apparitions de la Sainte Vierge : très rare !

Une lecture comme j’aimerais en faire plus souvent. Addictif à tel point que j’ai tout dévoré d’un coup. Un roman à lire car le plus horrible dans tout cela, c’est notre société à la « marche ou crève ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX].