La chair du limier : Stéphane Belmont

Titre : La chair du limier

Auteur : Stéphane Belmont
Édition : Les Nouveaux auteurs Polar Historique (2012)

Résumé :
Paris. Juillet 1888. Un monstre sans visage éventre et mutile deux « fleurs de trottoir »dans le quartier Mouffetard, sans provoquer la moindre réaction des autorités.

Seul à pressentir, dans ce carnage, les prémisses d’une macabre série, l’inspecteur Jean Roche, adepte de nouvelles méthodes d’investigation criminelle, décide de mener son enquête, au nez et à la barbe de sa hiérarchie.

Une traque impitoyable s’engage alors entre le policier et le sanguinaire, du ventre de Paris jusqu’aux bas-fonds de Londres.

Critique :
Parfois, il est bon de persévérer… Je parle de moi et de la lecture de ce roman, pas de Jack L’Éventreur qui aurait fait ses armes à Paris (et ailleurs) avant d’aller à Londres.

Le postulat de départ est intéressant et ce roman n’a pas eu le prix Histoire par hasard car il est bien documenté, même si la scène du départ aurait pu se dérouler de nos jours (l’inspecteur qui fait de la course à pied).

Si le contexte historique est bien fourni sans pour autant déborder sur le récit en lui-même, j’ai ramé dans le début du roman, tant les situations et les dialogues me semblaient plats, sans saveur, sans profondeur.

Ajoutons à cela des personnages un peu fades ou caricaturaux, dont le pire fut l’inspecteur Roche, personnage principal, que j’ai détesté et qui n’est jamais remonté dans mon estime.

Roche est un gros égoïste ! Il le remarquera lui-même… Se disputant avec ses quelques rares amis (qui reviennent ensuite, les cons), il est toujours borderline, têtu, bougon, se morfondant sur son passé et ses erreurs, mais les reproduisant encore et toujours.

Non, franchement pas sympathique pour deux sous et malgré le fait qu’il aime être à la pointe des progrès de la science criminelle, pour le reste, c’est un bourrin à la limite de la caricature du flic torturé alcoolo qu’on croise un peu trop souvent en littérature et qui s’affranchi de toutes les règles. Harry Hole a plus d’épaisseur et de sympathie.

L’inspecteur Roche, lorsqu’il ira enquêter aux côtés de l’inspecteurs Abberline de Scotland Yard se paiera même le luxe de causer anglais sans accent… Heu ? Il a eu une nurse anglaise ou quoi ? Qu’il ait appris l’anglais lorsqu’il se battait aux côtés des Anglais en Chine, je le concède volontiers, mais sans accent ? Non.

Initialement sélectionné pour le Mois Anglais, j’ai dû le mettre de côté car il faut avoir dépasser la moitié du récit pour enfin mettre les pieds à Londres. Si l’enquête a pris son temps à Paris, on va aller un peu plus vite à Londres, Roche continuant de n’en faire qu’à sa tête, tabassant même un médecin ou assommant un flic pour pouvoir faire ce qu’il lui plait dans son enquête. T’es lourd, Roche !

Ce que je retiendrai de bon pour ce roman sera son contexte historique qui était très bien fait sans jamais devenir long et ennuyeux. On nous parle de médecine légale, d’anthropologie physique, de cadavres exposés à la morgue, du Bertillonnage, des empreintes digitales auxquelles peu de gens croient, de photographie… Instructif sans jamais être rébarbatif.

Le choix du langage aussi était une bonne chose car nos policiers parlent un mélange de français et d’argot, sans non plus en inonder le texte comme dans « Touchez pas au grisbi ». Pas besoin de chercher les mots dans le dico « Français-Argot », vous comprendrez tout.

Heureusement que les mauvaises impressions de platitude des dialogues du départ se sont estompées ensuite.

Les décors étaient grandeur nature car l’auteur a réussi, grâce à ses description bien ciblées, à nous donner la sensation que nous arpentions Paris ou Londres.

Hélas, les personnages ne m’ont pas vraiment emballé, surtout l’inspecteur Roche qui m’a profondément énervée et j’ai failli reposer le roman au tout début car j’avais trouvé les dialogues fort creux, sans saveur, sans émotions, sans épices…

Ma persévérance a payée, même si cette lecture restera avec l’étiquette « déception » affichée dessus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°294.

Jack l’Éventreur, les morts : André-François Ruaud et Julien Bétan

Titre : Jack l’Éventreur, les morts

Auteurs : André-François Ruaud et Julien Bétan
Édition : Les Moutons Electriques La bibliothèque rouge (2014)

Résumé :
D’août à décembre 1888, une série de meurtres de femmes ensanglanta l’East End de Londres. Bientôt, la presse s’empara du sujet et des lettres d’origine suspecte revendiquèrent les crimes au nom de Jack l’Éventreur. Un mythe était né.

Stupéfiant paradoxe que celui de crimes bien réels mais commis par un criminel fictif !

Jack l’Éventreur hante l’imaginaire, croisant la route de Sherlock Holmes et de l’Homme-éléphant, fructifiant dans la fiction policière comme au cinéma.

Plus de 125 ans après les crimes de Whitechapel, une plongée minutieuse dans les terreurs du Londres victorien, sur les traces d’une des plus grandes figures du Mal.

Critique :
Des théories sur l’identité de Jack The Ripper, j’en ai lu de toutes les sortes : des farfelues, des capillotractées, des dirigées, des plus sérieuses, des intéressantes, des intrigantes, des complotistes, des abusées, des holmésiennes…

Mais celle d’un criminel appartenant à la légende urbaine, on ne me l’avait pas encore faite !

Les auteurs, avant de nous parler des crimes vont nous faire visiter Londres, mais attention, pas celle des jolies cartes postales, pas celle des beaux quartiers : l’East End, le négatif du West End.

La misère, la crasse, le dénuement, la pauvreté, les conditions de travail inhumaines, bref, l’East End. On ajoutera une dose de smog, celui qui puait fort et qui tua bien des gens et le décor plus vrai que nature est planté.

Notons que les nuits des différents meurtres, il n’y avait pas de brouillard ! Ni de haut-de-forme dans les témoignages…

Petit inconvénient lorsque, sur le même mois, on a lu « London Noir », « Sherlock Holmes une vie » et qu’on enchaîne avec « Jack L’Éventreur, les morts », c’est qu’on retrouve des redites. Oui, des copiés-collés qui se trouvaient dans les autres ouvrages, notamment dans celui consacré à Londres ou Holmes.

Pas de plagiat puisque c’est le même auteur, mais ça donne cette horrible impression de déjà-lu. Bon, voyons le bon côté de la chose, à force de lire les même infos, je pourrais les retenir dans ma mémoire passoire.

C’est une étude complète et copieuse que les auteurs nous proposent car ils ne se contentent pas d’égrainer les dates, les lieux, noms des victimes mais ils dissèquent aussi la société victorienne et Londres.

L’autopsie est puante mais ça vaut le coup d’y mettre son nez afin de ne pas aller se coucher bête. Beaucoup de sujets passeront sur la table : les docks, la politique, les débuts de la police (son Histoire), le climat, l’industrie, la prostitution, la misère, le tueur au torse, la presse qui cherche le scoop…

Pour ceux qui aiment voir le Londres victorien sous un autre visage que celui du thé et des scones, c’est le pied.

Ensuite, maintenant que le décor est planté et que vous en savez plus sur l’East End, on va commencer à vous parler des victimes de 1888 en commençant par Emma Smith, juste avant Martha Tabram. Il est à noter qu’elles ne font pas partie des victimes canoniques mais il faut en tenir compte quand même.

Notez aussi que les auteurs ne vous proposeront pas un nom à la fin de leur ouvrage ! Mais le florilège des suspects est bien présent et les théories loufoques et farfelues seront passées au crible rapidement.

Leur but est de faire la biographie d’une grande figure populaire mythique, en dégageant les grands faites d’une vie de la gangue de la fiction. En essayant, comme pour leur autres ouvrages, de révéler une présence derrière le mythe littéraire, ils n’ont pu découvrir qu’une terrifiante absence.

Une fois de plus, c’est un ouvrage copieux qui se lit sur plusieurs jours, mais pas de trop car c’est addictif, sans pour autant avoir un scénario puisqu’il s’agit d’une étude. Peut-être devrait-il publier « Comment rendre des études intéressantes et addictives pour les lecteurs » pour en inspirer certains.

Un excellent ouvrage qui traînait depuis trop longtemps sur mes étagères et une fois de plus, shame on me car là, cet ouvrage va dans le trio de tête, aux côtés du « Le livre rouge de Jack L’éventreur » de Bourgouin (la polémique sur l’auteur et ses mensonges et un autre débat) et de « Jack l’éventreur démasqué – L’enquête définitive » de Sophie Herfort (la partie Historique consacrée aux meurtres, pour sa théorie, on valide ou pas).

PS : je n’ai pas pu découvrir pourquoi dans les autres ouvrages, l’auteur transformait le nom de Mary-Ann Nichols en Mary-Ann Nicholson.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°271 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Les Moutons Electriques Hélios (2018) – 176 pages (version poche)

 

Jack l’Éventreur, le secret de Clifford Harrington : Patrice Dumas

Titre : Jack l’Éventreur, le secret de Clifford Harrington

Auteur : Patrice Dumas
Édition : Autoédité (07/08/2019)

Résumé :
En 1888, Clifford Harrington, sergent de la police londonienne, enquêta secrètement sur les meurtres de Whitechapel. La révélation de son journal, caché pendant plus d’un siècle, balaye toutes les théories.

Jack l’Éventreur, le secret de Clifford Harrington, n’est pas un énième livre consacré à l’affaire sordide qui enflamma Londres à la fin du XIXe siècle…

Il est le seul à avoir été écrit au moment des faits.

Suivez l’enquête de Clifford Harrington, jeune sergent dont les conclusions, en 1888, firent vaciller Scotland Yard.

Critique :
Encore un Xème roman fiction sur Jack The Ripper, pourrait-on dire.

Effectivement, il en existe une pléthore, de toutes les qualités littéraires que l’on peut imaginer.

Sans être dans le haut du panier, ce polar fiction sort pourtant du lot et au regard de tout ce que j’ai lu comme romans fictions sur Jack, celui-ci est dans le peloton de tête.

Une écriture qui n’essaie pas de faire de l’humour, pas d’utilisations de phrases neuneu, mais un texte fluide, simple, sans chichis, juste comme il faut.

Une intrigue qui commence en 1934, à une vente aux enchères et le jeune journaliste Ewan McNamara y acquiert une bibliothèque fin XIXème et dans la partie basse se trouvent des livres, dont un manuscrit datant de 1888, écrit par le sergent Sergent Clifford Harrington de la fameuse Division H de Whitechapel…

Une bibliothèque fin XIXe, en bon état. En haut, un rayonnage avec quatre tablettes ; en dessous, un rangement fermé par deux portes ornées de motifs floraux en bois de rose, citronnier, et ébène. Les livres figurant dans la partie basse sont cédés avec le lot. Estimation : de 20 à 30 guinées.

Le récit du sergent est tellement intéressant que j’en ai oublié totalement que c’était le jeune Ewan qui lisait ce manuscrit au coin du feu. Lorsqu’on est revenue en 1934, mon jet lag fut violent.

L’auteur réussi la gageure de « transplaner » son lecteur en 1888, dans les bas-fonds de Whitechapel, au cœur des crimes sordides. Une flopée de personnages historiques se pressent dans ces pages mais c’est le sergent Harrington qui sera le plus important.

Le récit de son enquête sur les crimes est prenant. À un moment donné, j’ai pensé que l’auteur voulait faire de l’augmentation de pages en consacrant une partie du récit à l’enquête du sergent Harrington sur le meurtre du prêteur sur gages, Samuel Boyd.

Aucun rapport dans l’affaire de Jack mais l’enquête était intéressante, bien faite. Puis, en avançant dans ma lecture, je me suis rendue compte que (shame on me) cette enquête n’était pas là « juste » pour augmenter les pages du roman. Au temps pour moi.

Par contre, désolée monsieur l’auteur, mais mon esprit est pervers et c’était trop facile, trop visible de deviner l’identité de Jack…

Si je n’ai pas deviné l’identité du coupable pour le meurtre de Samuel Boyd, en ce qui concerne l’identité de Jack, j’avais hésité entre deux personnes, puis une phrase m’a mise sur la voie et j’ai de suite trouvé qui c’était. Mince, ça gâche le plaisir.

Un bémol, j’ai trouvé le mobile que le coupable sert au sergent un peu léger (je préfère l’hypothèse de crimes « juste pour tuer » pour Jack), la théorie avancée par l’auteur n’est pas sans fondement, est logique et ma foi, pourquoi pas ?

Avant, j’aurais sans doute refusé cette théorie (Scotland Yard en rit, lui) mais au fur et à mesure de ce que je lis sur les meurtres de Whitechapel, elle devient une hypothèse sensée (mais pas qu’elle). En revanche, carton rouge sur le brouillard ajouté car j’ai toujours lu qu’il n’y en avait jamais eu, les nuits des crimes de Jack.

— J’étais passé une demi-heure avant, à l’endroit où j’ai découvert le cadavre, sans croiser personne. Il n’y avait pas âme qui vive dans le secteur. Il faut dire qu’avec le brouillard, on n’y voyait goutte.

On ne révolutionnera pas la fiction sur Jack The Ripper (la réalité la dépassera toujours) mais au moins, l’auteur a respecté les faits, les lieux, les personnages réels tout en créant d’autres qui étaient attachants.

Son hypothèse sur l’assassin n’est pas dénuée de sens et elle permet d’expliquer le pourquoi du comment on ne l’a jamais attrapé malgré que tout Whitechapel était à sa recherche.

Pour ma part, j’en ai une autre que j’apprécie beaucoup et qui pourrait expliquer aussi certaines choses.

Un roman qui se lit d’une seule traite, avec une tasse de thé ou un whisky…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°268 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ? : Benoit Chavaneau

Titre : Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ?

Auteur : Benoit Chavaneau
Édition : Ravet-Anceau (22/08/2016)

Résumé :
Agitation sur les berges de la Tamise où un sac poubelle renfermant les restes d’un corps démembré a été retrouvé.

Dépêché sur place par Scotland Yard, l’élégant inspecteur Shelley rencontre avec surprise sa nouvelle équipière : la Française Marie Altbauer, consultante stagiaire en martyrologie. Après un échange volcanique, l’enquête débute. Le médecin légiste est formel, la victime a été disséquée vivante.

La coupe est précise voire professionnelle. Selon Altbauer, ce geste vise à l’humiliation ultime du supplicié. Peu après, un deuxième puzzle humain est déniché près du Millenium de Londres.

La tuerie fait planer le spectre de Jack l’Éventreur au-dessus de la capitale anglaise. Il est temps pour la spécialiste d’établir le profil de bourreau.

Et de l’empêcher de recommencer.

Critique :
Lorsque dans la préface vous tombez sur un message rempli de promesses fait par l’auteur, je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis accrochée de suite et je paie pour voir (le message de la préface est à la fin de ma chronique)

Comme au poker, une fois l’argent posé sur la table, le joueur adverse m’a dévoilé son jeu et durant la partie, j’ai eu l’impression de voir de l’esbroufe et pas un beau jeu.

La main était riche de cartes fortes, mais mal utilisées.

Dans certains cas, je pars en cuisine avec mon bouquin tant il est intéressant mais là, durant une partie de ma lecture, j’ai pensé à ma lessive qui tournait, à la liste des courses, à regarder si la lessive n’était pas sèche au fil (entre temps, je l’ai mis sécher), à vérifier que ce n’était pas l’heure du repas du chat…

Soyons généreuse et commençons pas les bons côtés… On y apprend des tas de choses sur les techniques de tortures (Ida, reste avec nous) dans l’Histoire et certains m’ont fait crisper les orteils (le nerf dentaire) tant c’était affreux… Niveau martyrologie, il y a de quoi meubler les futurs repas en famille, le jour où l’on pourra réunir des grandes tables.

Problème ? La manière dont tout ce savoir est amené est maladroite et énervante puisqu’on dirait que la stagiaire à Scotland Yard, Socket (Marie Altbauer de son vrai nom) nous la joue à la Hermione Granger ou Lisa Simpson, avec moins de grâce qu’elles. Socket est énervante, mal calibrée en tant que personnage et son duo avec l’inspecteur Shelley, un espèce de dandy mal embouché, marche très mal.

On est loin des duos atypiques de Linley/Havers qui marchait si bien dans les romans d’Elizabeth George, malgré leurs différences de classe. Ici, c’est loupé sur toute la ligne, de plus, le Shelley pique une crise de nerf à un moment donné pour une connerie et c’est lui qui aurait mérité un blâme. Nous saurons ensuite le pourquoi du comment, mais en plus d’être un peu glauque, ça me semble surfait.

Et puis, on a un autre récit, celui de l’inspectrice Rachel Porter, sans que l’on sache ce qu’il advient, à ce moment là, de notre Socket et du chieur Shelley, qui bossent pourtant à Scotland Yard et qui ont croisé Rachel dans la partie avant.

Avec Rachel, ça a passé un peu mieux, même si je n’ai jamais vibré pour la plume de l’auteur, malgré ses feintes à deux balles, qui m’ont exaspérées (alors que dans d’autres récits, comme les Chroniques de St Mary’s, ça passe sans soucis).

Un récit que j’ai apprécié, c’est celui attribué au Jack The Ripper de 1888. En effet, la théorie est plausible, cela aurait pu se dérouler de la sorte et cela expliquerait les différences entre les assassinats des prostituées. Leur reproduction de nos jours est sans doute plus rocambolesque et beaucoup trop longue, ce qui donne des creux dans le rythme de l’histoire.

Arrivée à la fin, lorsque l’on fait la somme de tous les récits (celui non loin du parc Kruger, en début de roman, celui de Soket et Shelley et le dernier vécu par Rachel), on a enfin l’explication de tout ces crimes, les mobiles…

Ouf, il était temps de tirer un trait sur tout cela, même si je reste avec des questions sans réponses, notamment quand au pourquoi de Janus, son rôle exact, son degré d’implication, tout cela est un peu flou. En poussant son cerveau dans les tours, on se doute, mais sans qu’on ait une certitude.

Il y avait du bon, dans ce roman, mais à force de vouloir y faire entrer trop de choses, en brossant des personnages un peu par-dessus la jambe, sans les approfondir, sans leur donner une épaisseur, en les faisant agir comme des idiots sans cerveau ou des imbéciles dédaigneux, en faisant d’eux des caricatures, il n’y aucun attachement avec eux, zéro empathie et on lit le roman d’un oeil distrait, avec le cerveau qui gambade ailleurs.

Dommage, il y avait des bons ingrédients qui auraient mérité une cuisine plus précise, plus respectueuse des produits, avec une cuisson à une température différente pour ne pas dénaturer les quelques aliments nobles qui se trouvaient sur la table.

Si on a un morceau de foie gras, on ne le traite pas de la même manière qu’un Big Mac de chez MacDo, sinon, cette petite perle se retrouvera gâchée sous une sauce épaisse, écœurante et qui n’a pas de goût.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°257 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Il y a des sujets qui sont pour l’auteur de romans noirs comme les figures imposées du patinage artistique : le double salto, double axel… Jack l’Éventreur est de celles-ci pour l’auteur de thrillers. Et Dieu sait qu’elle fut pratiquée ! Des centaines d’essais et de romans ont été écrits sur le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Pour autant, à quelques exceptions près, il faut reconnaître que la majeure partie de ces ouvrages se sont contentés d’éclairer et de suréclairer les mêmes questions, les mêmes thèmes, dans toutes les couleurs mais sous le même réverbère. 

C’est pourquoi j’ai souhaité prendre le parti absolument inverse. Aller fouiller dans l’ombre, dans le plus obscur des tripes de Jack. Je voulais écrire un roman qui serait avant tout l’expression contemporaine d’un mode opératoire.

Pour ce faire, je suis donc retourné aux sources, dans les archives historiques, dans les dossiers d’autopsies manuscrits, les rapports de police, dans les plans d’urbanisme de 1888… pendant près de trois ans.

J’ai ouvert grand les yeux dans l’ombre. Et j’ai réfléchi… Et j’ai trouvé des choses imprévisibles, inattendues. Ces trouvailles m’imposaient d’écrire non pas un mais deux romans, comme autant de métaphores narratives de la même réalité historique. Bienvenue dans le côté obscur des Jacks…

 

Joseph Laflamme – Tome 1 – Jack / La légende de Jack : Hervé Gagnon

Titre : Joseph Laflamme – Tome 1 – Jack / La légende de Jack

Auteur : Hervé Gagnon
Édition : Libre Expression (2014) / 10/18 (07/02/2019)

Résumé :
Montréal, août 1891. Par un matin de canicule, on découvre le corps horriblement mutilé d’une prostituée dans une rue du Red Light.

Ce meurtre est le premier d’une série comme jamais Montréal n’en a connu et qui ressemble à s’y méprendre aux assassinats commis par Jack l’Éventreur à Londres en 1888. Pourtant, étrangement, ni la police ni la presse ne s’y intéressent.

Seul Joseph Laflamme, journaliste du quotidien Le Canadien en mal de travail, fouille l’affaire malgré l’opposition des autorités et des mystérieux francs-maçons.

Un fou imite-t-il le célèbre tueur ou Jack l’Éventreur lui-même a-t-il traversé l’Atlantique pour mieux sévir à Montréal ?

Critique :
Deux personnages me font relever la tête, tel un chien qui vient de flairer la piste d’un gigot : Sherlock Holmes et Jack The Ripper.

L’un appartenant à la fiction et l’autre à la réalité. L’un redressant des torts, se trouvant du bon côté de la loi et l’autre un criminel. Cherchez pas à comprendre.

Donc, un roman intitulé « Jack » ne pouvait que me faire dresser la tête, même dans une fiction et ma PAL étant ce qu’elle est, ce roman y a pris la poussière.

Si on commence assez doucement dans l’histoire, c’est pour une bonne cause, il faut placer les décors, les protagonistes, les faire bouger devant nos yeux, faire en sorte que l’on s’y attache, que l’on se pose des questions, que l’on suppute, que l’on tremble un peu, que notre nez se plisse devant la barbarie des assassinats…

Joseph Laflamme m’a bien plu, sa frangine aussi. Ils sont humains, réalistes, tirent le diable par la queue et Joseph va vider la sienne chez une prostituée et en est amoureux. L’imbécile heureux qui pense qu’il va la sortir de ce milieu alors qu’il a du mal à joindre les deux bouts (si je puis me permettre) financièrement.

Joseph était le seul de ses clients avec lequel elle n’avait pas besoin de feindre le plaisir. La liqueur abondante qui lui coulait entre les cuisses avant qu’il la pénètre, les petits cris qui lui échappaient pendant l’acte et les morsures qu’elle lui plantait dans les épaules alors qu’il allait et venait avec une ferveur maladroite et attendrissante, la façon qu’elle avait de le retenir en elle après qu’il eut joui, tout cela était sincère. […] Quand il la prenait, mais aussi après, il ne la regardait jamais comme un vulgaire morceau de viande fraîche dans lequel il voulait vider au plus vite un sexe fébrile. Il la considérait comme une personne. Il la respectait autant qu’on pouvait respecter une putain. Avec lui, pendant une heure, elle avait le sentiment d’être une femme pure et propre.

À un moment donné, le roman est devenu addictif, on nageait en plein mystère, on avait des meurtres sordides, des flics qui ne faisaient pas leur boulot, un Joseph enquêtant lui-même, des personnages énigmatiques, l’ombre de ces pauvres francs-maçons sur qui planait encore les soupçons…

Bref, j’étais à fond dedans, bien plongée dans ce roman qui me décrivait si bien le Montréal de 18991, qui me donnait quelques atmosphères intéressantes, qui utilisaient des personnages qui me plaisait et qui ne donnait pas trop de révélations mais laissait planer un doute comme j’aime.

Certaines tirades des personnages piquaient juste où il le fallait, égratignant les financiers, les politiciens, le clergé.

— Évidemment, dans les institutions catholiques, ces ouvrages sont interdits, au point qu’ils ne sont même pas conservés à l’index. Il faut protéger l’âme des fidèles, tu comprends ? Et surtout, les curés veulent préserver le contrôle qu’ils exercent sur leurs ouailles. Imagine l’anarchie s’ils se mettaient à penser librement dans une loge !

Il n’avait quitté le pouvoir qu’entre 1873 et 1878, alors que les financiers du chemin de fer transcontinental avaient poussé un peu trop loin le financement du parti Tory en échange de contrats de construction et que la chose avait été éventée. Une maladroite erreur de parcours, rien de plus.

— Il m’a laissé entendre que Mgr Fabre n’aime pas du tout que notre journal publie des histoires de meurtres, maçonniques de surcroît. Il paraît que ça trouble les bons catholiques qui, c’est bien connu, ne doivent pas trop penser, puisque le clergé le fait pour eux.

Arrivé au final, à la révélation ultime du pourquoi des crimes, patatras, la cassage de gueule total car l’auteur n’a rien trouvé de mieux que nous ressortir une des théories à la con de Stephen Knight, celle que l’on retrouve dans le film « Meurtres par décret », à quelques détails près.

Non, pitié, pas cette théorie là que les ripperologues sont les premiers à dire qu’elle est à oublier puisque juridiquement impossible.

Ce genre d’accident (on va éviter de spolier, seuls les initiés comprendront) n’aurait jamais pu monter dessus ! La monarchie anglaise est rigide, guindée, olé-olé aussi, mais il y a des règles juridiques qui protègent et on n’y déroge pas. De plus, si la reine n’a pas consenti à la chose, alors quéquette, zéro droits !

De plus, étant donné que l’auteur inclus Martha Tabram, assassinée le 7 août 1888, cela nous donne un délai de trois longs mois pour éliminer ce qui doit être éliminé… Ça fait long, non ? Ça donne surtout le temps aux personnes misent dans le secret de foutre le camp, de se planquer et surtout, de se méfier.

J’avais déjà tiqué pour l’assassinat de Mary Jane Kelly qui, d’après le récit, semble se dérouler dans une chambre au premier étage, sur un couloir possédant plusieurs chambrées… Heu, nous sommes dans une fiction, certes, mais pourquoi changer la topologie des lieux ?

MJK avait une personne qui vivait au-dessus de chez elle (qui l’entendit chanter, même), mais sa porte donnait sur la rue, elle vivait au rez-de-chaussée (on entrait au N°13, Miller’s Court par un passage entre le 26 et le 27, Dorset Street) et la porte était fermée lorsque Thomas Bowyer fut envoyé chercher les loyers qu’elle devait à son proprio, John MacCarthy.

Le carreau était cassé et Thomas glissa un œil pour voir… Ce qu’il vit le fit sans doute blêmir puisqu’il alla chercher le proprio qui vint constater lui-même les dires du garçon.

Il posa l’oreille contre la porte et écouta longuement en retenant son souffle. Rien. Soit les autres chambreuses étaient en train de se livrer à leur négoce avec un client, soit elles se saoulaient dans un des tripots qui pullulaient dans le quartier, soit encore elles cuvaient leur vin ou reposaient leur corps malmené. Il tourna doucement la poignée et entrouvrit, les sens aux aguets. Toujours rien. Il coiffa son gibus, se glissa dehors et referma la porte sans bruit en prenant soin de ne pas la verrouiller. Le cadavre de miss Kelly devait être retrouvé ; on devait pouvoir entrer librement. D’un pas mesuré, il traversa le couloir sombre en silence, descendit jusqu’au rez-de-chaussée et sortit sans avoir croisé âme qui vive. Dehors, il faisait frisquet et un épais brouillard s’était formé, comme chaque nuit ou presque à cette époque de l’année.

N°13 Miller’s Court en 1888

Purée, c’est râlant ! Voilà un roman qui m’avait bien embarqué, qui me plaisait, malgré les libertés prises avec la disposition des lieux de chez MJK et bardaf, la catastrophe finale qui m’a fait gémir de douleur, de frustration car peu réaliste puisque juridiquement non avenue.

Nous sommes dans un roman, dans de la fiction, je l’admets, mais autant où je passerai les test ADN réalisés en 30 secondes par les Experts de tous poils (non réaliste), autant je coince sur l’irréalisme de cette théorie.

Et maintenant, les Romains vont s’empoigner car je suis face à une impasse pour la cotation du roman : il est bon, j’ai passé un bon moment mais l’explication finale a tout foutu en l’air. Mais elle sera une théorie tout à fait acceptable pour ceux ou celles qui n’ont pas ou peu de connaissance sur Jack The Ripper.

Comme je ne suis pas rancunière, fin du mois, je me ferai le tome 2 des enquêtes de Joseph Laflamme avec Jeremiah !

D’expérience, il connaissait les endroits et les recoins les plus sensibles de son corps et savait les titiller avec un doigté à nul autre pareil. L’adorable petit efféminé était ce qu’aucune femme ne serait jamais : la délicatesse avec un sexe d’homme. Jack avait fait appel à ses services par le passé même s’il coûtait cher, car chaque seconde de la torture qu’il savait si bien infliger valait son pesant d’or.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°76 et Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Terreur – Le crime était parfait – thriller).

 

L’Homme de l’année – Tome 13 – 1888 : Céka & Benjamin Blasco-Martinez

Titre : L’Homme de l’année – Tome 13 – 1888

Scénariste : Céka
Dessinateur : Benjamin Blasco-Martinez

Édition : Delcourt Histoire & histoires (18/04/2018)

Résumé :
Comment un rescapé des pogroms russes, arrivé en Angleterre avec sa famille, est devenu le plus célèbre psychopathe de l’ère victorienne ? Rencontrez l’homme qui se cache derrière Jack l’Éventreur…

1888. Londres. Un mystérieux assassin s’attaque aux prostituées de Whitechapel. Les corps sont atrocement mutilés. Qui est capable de telles horreurs ?

Scotland Yard échoue à arrêter celui qui devient le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Un châle maculé de traces ADN nous permet de révéler, plus d’un siècle après l’affaire, l’identité du fameux Jack l’Éventreur et ce qui le poussait à tuer…

Critique :
Enfer et damnation, encore cet Aaron Kosminski et cette stupide histoire de châle bourré de traces d’ADN que j’avais lue dans le roman de Russell Edwards : « Naming Jack The Ripper » (Jack l’éventreur démasqué) !

Bardaf, après quelques cases, lors de la découverte d’un châle dans une vieille malle au grenier, j’ai compris qu’on allait nous proposer cette théorie tout ce qu’il y a de plus loufoque.

Mais bon, le vin était tiré, il fallait le boire, ou plutôt, la bédé était commencée, fallait l’achever.

Juste après cette découverte, les auteurs basculent sur la nuit du 31 août 1888 avec Mary Ann Nichols, ivre et rencontrant son tueur. Par contre, ils oublient de parler de l’incendie sur les docks…

Les dessins ont su donner à ce récit l’atmosphère qu’il lui fallait en présentant, avec réalisme, des bans de brume typiquement londonienne, même si, durant les meurtres, il n’y avait ni fog, ni smog, ni brouillard.

Les clichés cinématographiques ont la vie dure et effectivement, ça vous plonge encore mieux dans les rues miteuses de Whitechapel si vous ajoutez ces effets spéciaux que sont les brouillards de l’époque victorienne.

La lumière des quelques réverbères est elle-même noyée dans la brume, tamisant la lumière, lui donnant une autre aura, plongeant un peu plus le lecteur dans l’ambiance de 1888 et de ses meurtres. Rien à redire, j’ai aimé les décors.

Les meurtres sont violents, sordides, le sang gicle, bref, on s’y croirait ! Les couleurs, style aquarelles, mettent bien en scène l’histoire, que ce soit au niveau des meurtres ou des événements qui l’entourent puisque nous allons pénétrer au coeur de la vie de Kosminski.

Là où j’ai trouvé que l’on manquait de réalisme, c’est lorsque notre garçon coiffeur, le fameux Aaron Kosminski est vêtu d’un haut-de-forme et d’une belle redingote lorsqu’il quitte son boulot. Apparemment, les apprentis coiffeurs savaient se vêtir. On vit piteusement mais on s’habille en grand seigneur.

Pour mieux comprendre les mobiles du tueur de Whitechapel, les auteurs le mettent en scène dans ce qui fut son passé, avant qu’il n’arrive en Angleterre, quand il était dans son village en Pologne, sous occupation Russe.

Et les Russes, ils s’en prenaient aux Juifs Polonais… Non, rien n’a changé, les boucs émissaires sont toujours les mêmes.

Mettant en scène ce qui aurait pu être la vie de Kosminski, les auteurs lui ont donné une vie, un mobile, un regard un peu fou, dans les tons bruns-rouges des plus troublants et flippants. On frôle même parfois des regards méphistophéliques.

Leur tueur, vu ses yeux fous et son comportement a tout d’un tueur crédible, mais on ne me fera pas gober le test ADN que Russel Edwards a réalisé sur le châle trouvé aux côtés du cadavre de Catherine Eddowes et (sois-disant) volé par un policeman à l’époque (celui arrivé le premier sur les lieux du crime) pour l’offrir à sa femme.

Un truc plein de sang et de coups de couteau, dans la bédé… Quelle femme voudrait de ça ? Là, je n’y crois pas un instant, je n’y ai jamais cru, encore moins en lisant le roman de Edwards, mais la bédé est plus centrée sur les meurtres de 1888 que sur les tests ADN réalisé sur le châle et au final, moi qui pensais soupirer et ronchonner, et bien, c’est tout le contraire qui s’est passé.

La manière d’aborder le sujet, les dessins, la mise en scène, le découpage (si je puis me permettre), les couleurs aquarelles dans les tons qui rendent justice à l’ambiance glauque des rues de Whitechapel, tout ces détails réussis ont fait pencher la balance vers le plaisir livresque, alors que c’était des plus mal barré au départ.

Les auteurs ont bien réussi leurs coups et on a vraiment l’impression d’être face à un potentiel tueur, même si, dans le fond, ce serait trop facile et que de toute façon, pour moi, Jack l’Éventreur doit rester à jamais sans identité, le mythe s’effondre toujours quand on sait.

Une réussite. En mettant de côté le fait que ce châle soit vraiment celui trouvé sur Catherine Eddowes ! Cette vente aux enchères avait attisée la curiosité de cerains Ripperologues mais personne n’a pris cette histoire au sérieux car tous doutaient de l’authenticité de ses origines.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Oscar Wilde et les crimes de la Tamise : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 7]

Titre : Oscar Wilde et les crimes de la Tamise

Auteur : Gyles Brandreth
Édition : Terra Nova (2017) / City Poche (2018)
Édition Originale : Jack the Ripper : Case Closed (2017)
Traducteur : Benoît Domis

Résumé :
Londres, 1889. Arthur Conan Doyle est fatigué de Sherlock Holmes, le personnage qui l’a rendu célèbre. Oscar Wilde, lui, est ruiné comme à l’accoutumée, et traîne son ennui de clubs privés en soupers fins.

Mais le Londres de cette fin de siècle offre trop d’opportunités pour laisser deux hommes de cette envergure oisifs bien longtemps.

Pour faire fortune et retrouver cette pulsion de vie si chère à Oscar, quoi de mieux que d’enquêter sur les meurtres du déjà célèbre Jack l’Eventreur qui sème derrière lui les corps de femmes atrocement mutilés ?

L’homme opère dans les bas-fonds de Londres, mais les suspects se rencontrent jusque dans les salons les plus raffinés de la capitale.

Un tel voyage ne peut que mettre en joie le fantasque Oscar. Arthur, lui, doit surtout prendre garde à ne pas se laisser entraîner trop loin par ce tourbillon d’extravagance et d’immoralité…

Une nouvelle enquête d’Oscar Wilde dans le Londres victorien.

Critique :
On a eu des 4ème de couverture qui en disait trop et des mensongers, ici, on en a un qui se plante dans la date puisque nous ne sommes pas en 1889 mais en janvier 1894.

Autrement dit, 5 ans après les crimes de Whitechapel et Conan Doyle avait publié dans The Strand Magazine la nouvelle intitulée « Le dernier problème » où Holmes tombait dans les chutes…

Le diable se cachant dans les détails, je voulais le souligner, des fois que l’éditeur me lirait et aurait envie de corriger son 4ème.

Bordel de dieu, quelle joie de retrouver mon Oscar Wilde enquêtant avec ce cher Conan Doyle sur les crimes de Whitechapel !

En tombant sur ce roman dans une librairie, j’ai frôlé la crise cardiaque et l’orgasme en même temps. Je subodore que j’ai fait l’un et puis l’autre. Me demandez pas l’ordre mais sachez que l’orgasme s’est prolongé durant la lecture…

Sacrebleu, mon Oscar Wilde de retour alors que je l’avais laissé aux portes de la mort après son incarcération dans la prison de Reading ? Une résurrection ? Un miracle, Salomon ?

Non, Oscar Wilde est bien mort dans la misère la plus totale après sa sortie de prison (30/11/1900) et ne nous fera pas le coup de Jésus ou de Holmes.

Ce récit est comme le « Chien des Baskerville » où Conan Doyle avait fait revivre Holmes de manière détournée, en faisant dire à Watson que l’histoire n’avait jamais été publiée à l’époque et qu’elle était antérieure à sa disparition.

Ici, c’est presque pareil, l’enquête se situe donc avant la prison de Reading (25/05/1895) dans la chronologie et notre Wilde est déjà en train de fricoter avec Bosie, (Alfred Douglas), le fils du 9ème marquis de Queensberry.

Oscar Wilde est un bon vivant, dépensier, intelligent. Avec lui, c’est une citation à la minute et un bon mot toutes les pages. Il est jubilatoire ! Ses réflexions sont dignes d’un Sherlock Holmes et Doyle a tout d’un Watson car il le suit sans jamais comprendre la manière qu’à son ami de réfléchir. Et Conan Doyle n’a rien vu venir.

Nous sommes en 1894 et des crimes similaires à ceux de 1888 ont eu lieu. Durant leur enquête, nos deux amis se remémoreront les crimes de 1888 et l’auteur ayant potassé son sujet, c’est détaillé sans que cela devienne rébarbatif pour les non-initiés et assez complet pour que les aficionados de Jack The Ripper aient leur came.

Un véritable plaisir que ce fut de retrouver ces deux-là pour une enquête dans le Londres victorien où plane l’ombre de Jack The Ripper. Copy cat ou véritable retour du tueur en série ? Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous le dire ?

Jubilatoire, amusant, sérieux, intelligent, joyeux, sombre, ce récit est comme la personnalité d’Oscar Wilde : flamboyante ! Non seulement nos deux protagonistes sont réalistes, mais ceux qui les entourent aussi et le scénario est tissé d’un fil qui, au final, donnera une trame qui aurait pu être celle de 1888. Qui sait ?

Bien que tout ceci ne soient jamais que pures théories ou conjectures, mais au moins, elle tient mieux la route que celle de Cornwell ou, plus récemment, celle de Russel Edwards.

Je ne sais si cette nouvelle aventure est née d’une envie de l’auteur de faire enquêter Wilde et Doyle sur les meurtres de 1888 ou si cette nouvelle histoire est due au fait que la série marche super, mais je ne vais pas pinailler, il peut encore m’en sortir, des récits Wilde/ACD, tant qu’ils sont de cette qualité là.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

L’Affaire Jack l’Éventreur : Christian Coudurier

Titre : L’Affaire Jack l’Éventreur

Auteur : Christian Coudurier
Édition : Publibook (12/01/2000)

Résumé :
En 1887 et 1888, sous le règne de Victoria, l’Angleterre allait connaître une flambée de violence sans précédent (…).

Au début de l’année 1888, la presse s’intéressa soudain aux « crimes de l’East-End ».

Ces assassinats sont ceux du plus notoire des serial-killers de l’Histoire de l’Angleterre : Jack l’Éventreur.

Critique :
Voilà un petit livre qui, sans trop entrer dans les détails, donne une vue d’ensemble de l’affaire Jack The Ripper.

Pour celui ou celle qui voudrait en savoir plus, je conseillerai toujours « Le livre rouge de Jack l’Éventreur » de Stéphane Bourgoin qui est archi complet et sans théories foireuses.

Ici, l’auteur abordera les théories foireuses et en peu de mots, expliquera pourquoi elles ne tiennent pas la route.

Malheureusement, en leur temps, elles firent fureur et certaines ont encore de beaux jours devant elles car dès que l’on parle de complot, certains deviennent comme une chienne de ma connaissance (Nikita, si tu me lis) devant sa gamelle que l’on va remplir (elle tourne sur elle-même, langue pendante, sourire béat).

La seule chose qui m’a dérangé, dans le récit, c’est la mise en majuscules des noms propres des gens et des villes. À la longue, on a l’impression qu’on nous crie sans cesse dessus.

De plus, l’auteur laisse penser que les lettres reçues sont belles et bien celles de Jack l’Éventreur alors que la « From Hell », la « Dear Mister Lusk » ou la carte « Saucy Jacky » sont considérées comme « pouvant être de l’Éventreur lui-même » car il reste et restera toujours un doute quant à leur authenticité !

Déjà que tous les Ripperologues ne sont pas d’accord sur le nombre de victimes… Faut tout prendre avec le doute, dès qu’on s’intéresse à Jack.

C’était court, c’était bref, l’essentiel était dit et pour celui ou celle qui voudrait en savoir un peu plus sans trop entrer dans les détails, ce petit livre est parfait, il fait le job, mais rien de plus.

Pas une lecture indispensable, je n’ai rien appris de neuf sous le soleil, ceux qui connaissent l’histoire peuvent zapper ce récit ou bien faire comme moi, le lire juste pour le plaisir ♫

Je ne plaindrai pas de cette lecture, vu toutes les horreurs sur le sujet que j’ai déjà pu lire dans ma vie, celui-ci est dans le haut du panier (mais plus bas que le livre de Bourgoin et celui de Sophie Herfort).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Mary Jane Kelly – La dernière victime : Didier Chauvet

Titre : Mary Jane Kelly – La dernière victime

Auteur : Didier Chauvet
Édition : L’Harmattan Graveurs de mémoire (01/06/2002)

Résumé :
Avec cette première biographie de Mary Jane Kelly, jeune et jolie prostituée irlandaise à la personnalité si attachante qui fut la dernière victime de Jack l’Éventreur, l’auteur nous replonge au cœur du Londres de la fin du 19e siècle, et dresse un portrait sans fard des mœurs, des soubresauts de l’époque, des conditions de vie inhumaines des déshérités de l’East End, ces quartiers maudits dans lesquels Jack l’Éventreur va frapper en 1888.

Critique :
Avant toute autre chose, j’aimerais pousser un ch’ti coup de gueule contre cet epub !

Acheté sur une grande plate-forme bien connue, je me suis pourtant retrouvé avec un texte en tout petit caractères, sans possibilité d’agrandir, comme si au lieu d’être numérisé, on était face à des scans de basse catégorie.

Non mais allo quoi ? Je ne l’ai pourtant pas payé en monnaie de singe et je me retrouve avec un fichier merdique de chez merdique.

Fallait la loupe pour arriver à lire sans se faire saigner les yeux. Comment voulez-vous faire une chronique honnête quand on est face à un sabotage pareil ?

En pompant la couverture du livre chez les éditions de L’Harmattan, je suis tombée sur ce petit texte qui explique peut-être cela : « Les ebooks publiés avant 2011 sont susceptibles d’être issus d’une scannérisation, merci de consulter l’aperçu pour visualiser leur qualité ».

Bon mon colon, si j’avais su, j’aurais pas v’nu, comme le disait si bien le petit Gibus.

Pourtant, on avait du potentiel mais vu ainsi, il est impossible d’aller jusqu’au bout sans frôler la déficience oculaire.

Malgré tout, je peux tout de même vous en parler un peu car j’ai fractionné ma lecture.

L’auteur nous décrit l’East End où les conditions de vie n’avaient rien d’idyllique, croyez-moi. Il a potassé le sujet, il est précis et ce n’est pas plombant de le lire, juste horrible pour la vue, mais l’écriture de l’auteur n’en est pas la cause.

Retraçant l’histoire de l’East End, depuis l’arrivée de Huguenots, le récit n’est jamais trop professoral mais intéressant, du moins, pour ceux qui se passionnent pour Jack, Whitechapel et les ruelles mal famées de Londres (non, ça ne se guérit pas).

La première partie, consacrée à l’East End, se lit assez vite et c’est avec regret qu’on la quitte, car il y avait encore tant à dire.

La deuxième partie est consacrée à Mary Jane Kelly, dite Ginger, où l’auteur nous la présente avec une courte biographie, décrit les lieux où il vivait (au 13 Miller’s Court), le carreau cassé dans une dispute et surtout nous explique la perte par MJK de l’unique clé de son gourbi,  faits que l’on n’avait jamais entendu parler jusqu’il y a peu.

Une copinaute ayant lu « Jack the Ripper : The casebook » m’en avait parlé il y a quelques années et depuis, l’info est reprise, mais pas toujours. Pourtant, ce détail insignifiant à son importance puisque lorsque les policiers arrivèrent, la porte était fermée à clé !

Soit elle l’avait retrouvée, soit le tueur l’avait en sa possession… Mystèèèère ! La troisième partie consacrée au meurtre nous donnera les faits, rien que les faits, pas de théorie fumeuse, si ce n’est les noms de différents suspects qui furent suspectés (logique) d’être Jack.

L’auteur, dans un soucis de coller le plus aux faits, parlera même de Caroline Maxwell qui affirma avoir vu Mary Jane vivante ce vendredi 9 novembre à 8h30…

Thomas Bowyer frappant à la porte de Mary Jane à 10h45 avait vu son corps en mille morceaux sur le lit. Et elle était déjà froide depuis longtemps. La police soutint donc que madame Maxwell l’avait croisée la veille, le jeudi. Le témoin ne revint jamais sur son témoignage.

Analyse brute des faits, véritable travail de fourmi, même si d’autres avant lui ont débroussaillé le terrain, l’auteur nous décrit minutieusement les événements de cette nuit du 9 novembre 1888 où Mary Jane Kelly fut dépecée par ce qui pourrait être Jack The Ripper (les ripperologues ne sont pas tous d’accord sur les victimes même si on a établit 5 victimes canoniques).

Jack The Ripper n’a toujours pas été identifié à ce jour et je n’ai jamais cru les théories fumeuses des certains auteurs mâles ou femelles.

Ce roman, qui n’en est pas vraiment un, s’adresse vraiment à ceux qui sont mordus de Jack The Ripper et qui ne sauraient pas encore tout ce qu’il y a à savoir.

Je ne sais pas tout sur Jack, je sais qu’on ne sait jamais, mais je n’ai rien appris de neuf dans ces pages que je ne savais déjà. Stéphane Bourgoin étant passé par là, après lui, les mouches car les autres peuvent aller voir ailleurs.

Dommage que l’on vende un livre numérique fait à partir de scans, obligeant le lecteur à le lire sur un programme pour PDF, en plissant un peu les yeux. Le travail de l’auteur est remarquable, précis, mais ne s’adresse qu’aux puristes.

Je ne coterai pas l’état de l’epub, sinon, se serait un zéro pointé et l’auteur ne mérite pas ça, sauf si c’est lui même qui a scanné les feuilles !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

J’étais Jack l’Éventreur : Claude Ferny

Titre : J’étais Jack l’Éventreur

Auteur : Claude Ferny
Édition : Florent Massot (16/01/1996)

Résumé :
« Toutes les nuits, des cauchemars me faisaient haleter. En rondes lubriques, des femmes enlacées dansaient dans mon cerveau sur des collines de fumier. Elles me harcelaient de leurs gestes provocants et de leurs sarcasmes. Je me persuadai que je n’arriverais à recouvrer un sommeil réparateur qu’après que j’aurais au moins, de mes propres mains, tué une femme »

Le roman « J’étais Jack l’Éventreur » nous retrace l’itinéraire d’un tueur conscient de sa folie, éprouvant une haine féroce envers la gent féminine.

Un roman sanglant qui retrace les agissements de celui qui deviendra l’illustre psychopathe.

Critique :
J’hésite entre le qualifier de diarrhée ou incontinence verbale…

La meilleure solution aurait été de placer Charley Dorsett sous camisole de force ou de lui tirer une balle directement, mais non, on lui a donné une plume pour qu’il nous raconte tout.

Ne me demandez pas la référence à Jack The Ripper.

Son nom se trouve dans le titre mais ça s’arrête là.

Certes, on a un Jack dans le récit qui tue des femmes qui lui doivent des sous ou qui ont tenté de le gruger, mais les noms ne correspondent pas aux victimes de 1888, pas plus que les femmes que le docteur maléfique va assassiner, tout ça parce qu’il voit la plupart des femmes comme des chiennes.

Oui, mesdames, nous sommes des chiennes pour cet homme qui ne rêve que de pureté, même dans l’acte sexuel. Entre nous, il est tellement lunatique que, lorsqu’il trouve des femmes plus pures que les autres, il les tue ou il les chasse car il a toujours un prétexte pour nous vilipender.

J’adjurai Dieu de me permettre de rencontrer enfin une femme pure, une femme que je pourrais aimer et posséder pieusement, avec toute la ferveur qui doit s’attacher au plus noble des actes, à celui par lequel se perpétue la vie.

Tout ça parce qu’une fille qui s’était intéressée à lui s’est faire fourrer la taupinière par un autre furet que le sien. Qu’il ne la ramène pas, ce crétin ne comprenait même pas que la fille désirait qu’il jouasse au docteur avec elle.

Là-dessus, lorsqu’il la surprend en train de se faire gâter la bonbonnière par le caramel dur de son copain de classe, il pète une durite et voit toutes les femmes avec des gueules de chiennes.

Une autre chose m’a ennuyé durant ma lecture : nous sommes un peu avant 1889 et la médecine a l’air d’être super avancée, surtout en gynécologie et en obstétrique.

— Mais si vous affirmez à Bruce que vous êtes fou, il ne voudra jamais vous croire. En principe, un psychiatre croit seulement à la folie des gens qui se jurent sains d’esprit.

Rien de cohérent, rien de concret, des mobiles bancals, un médecin qui trucide et ses pensées qui ne m’ont fait que soupirer et bailler.

Anybref, une lecture à oublier, tellement à oublier que j’en avais oublié ma conclusion, c’est vous dire la motivation pour écrire cette chronique ! Ainsi que sa cotation et les logos !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.