Belek, une chasse dans le Haut Altaï : Galsan Tschinag

Titre : Belek, une chasse dans le Haut Altaï

Auteur : Galsan Tschinag
Édition : Philippe Picquier Poche (2007)
Édition Originale : ?
Traducteur : Dominique Vuathier

Résumé :
Un journaliste apprend la mort de Belek, un homme simple qui, parvenu au crépuscule de sa vie, tua un loup sans autre arme qu’un gourdin. De retour dans son village natal, il découvre que, sous des dehors anecdotiques, se cache l’un de ces drames qui tissent la vie des petites gens.

A l’orée du village, vit solitairement le vieux Dshaniwek, en butte à l’hostilité générale. C’est pourtant lui que choisit le narrateur pour aller traquer le loup.

Surpris par un orage, tous deux s’abritent dans un ancien campement d’hiver. Interrogé sur le passé des lieux, le vieillard taciturne devient soudain loquace et raconte la déchirante histoire du fils qu’il n’osa jamais reconnaître.

Critique :
160 pages, c’est court, mais il n’a pas fallu deux lignes pour que je parte en voyage dans le pays Touva, extrême sud de la Sibérie (j’y étais déjà avec Sylvain Tesson).

Deux histoires, avec un début et une fin, le genre d’histoire qu’on aurait eu envie d’écouter un soir, devant un feu de camp, tant elles auraient été belles, dites à voix haute.

Deux histoires tragiques, bien entendu.

La première est celle de Belek, un pauvre bougre, un berger qui a été puni alors que les responsables étaient les p’tites bit** qui avaient des armes et voulaient chasser le loup en s’en prenant à des louveteaux sans défense.

Vous situez le genre de pleutres qu’étaient ces quatre kékés ? Des porteurs d’emmerdes et les emmerdes, ça vole toujours en escadrilles. Belek ne le savait pas et il l’a payé cher sans que les autres fussent inquiétés.

C’est une histoire émouvante, une histoire tendre aussi, celle d’une vengeance, celle d’un homme chassé du clan pour une erreur qui ne lui était pas imputable, une histoire de malédiction car dans ces terres, elle règne en maître.

En filigrane, nous aurons aussi de la politique, celle du Parti, des Rouges, mais pas des socialistes comme nous avons maintenant… Non ! Ici, ce sont ceux avec qui il ne faut pas trop discuter et où il ne fait pas bon avoir des biens.

La seconde histoire est celle d’un père qui n’osa jamais reconnaître son fils, qui se pensait voleur alors qu’il ne l’était pas, et celle aussi des Rouges, plus présente, puisque notre vieux Dshaniwek a été un membre important du parti.

La première histoire m’avait emportée loin de Bruxelles, donné des émotions et c’était un peu groggy que j’avais commencé la seconde, pensant, à tort qu’elle serait moins belle.

Elle a tout explosé. Le pays m’a apparu encore plus dur, encore plus violent, surtout ses paysages, ses montagnes, son climat. Une fois de plus, les personnages sont marquants, même les seconds rôles.

Bajak, que l’on regarde jeune garçon, avec l’envie de le fesser va se révéler être un homme de bien, un grand homme, un homme qui voulait juste vivre sans faire de bruit, sans déranger personne, en faisant le bien autour de lui. Mais…

Oedipe à l’envers… Dark Vador et Skylwalker avec plus de brio, de bravoure, de folie, de haine. On devrait détester son père, Dshaniwek, mais c’est impossible. On aimerait agir, intervenir, hurler « non » mais tel un témoin impuissant, les drames vont se jouer sous nos yeux.

J’ai refermé ce petit roman en soupirant car il était déjà terminé… Entre nous, je ne sais pas si j’aurais survécu à une autre histoire de la trempe de ces deux-là.

Une fois de plus, un roman où la Nature est très présente, où les Hommes doivent faire corps avec elle s’ils ne veulent pas mourir.

Deux histoires tragiques dans un pays magnifique pour celui qui le voit dans un reportage, mais en vrai, c’est un pays et un peuple aussi âpre l’un que l’autre car façonné par les vents et le climat rude.

Pour les Nuls et pour se coucher moins bête : La république de Touva est située dans l’extrême sud de la Sibérie. C’est le vingt-quatrième sujet fédéral de Russie en superficie, avec 168 604 km.

Elle est limitée au nord par le kraï de Krasnoïarsk et l’oblast d’Irkoutsk, à l’est par les républiques de Khakassie et Bouriatie, au sud par la Mongolie et à l’ouest par la république de l’Altaï.

En 1944, le Tannou-Touva intègre l’Union soviétique comme oblast autonome de Touva, puis, en 1961, celui-ci devient une république autonome au sein de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, appelée république socialiste soviétique autonome de Touva.

Dans les forêts de Sibérie : Sylvain Tesson

Titre : Dans les forêts de Sibérie

Auteur : Sylvain Tesson
Édition : Folio (2011/2013/2016/2019)

Résumé :
Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane.

Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.

Je crois y être parvenu.

Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ?

Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?

Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Critique :
Oui, je dois être prise de folie pendant ce confinement (qui est plus doux que celui de mes voisins français) puisque après avoir lu des romans traitant de la peste et du choléra, voilà que je me suis plongée dans un roman qui traite d’un isolement choisi.

Quelle idée folle que celle d’aller s’enterrer 6 mois dans une cabane en bois, au fond de la Sibérie, le long du lac Baïkal ?

D’accord, tout comme Sylvain Tesson, j’ai des lectures en retard, mais jamais de le vie je n’irais m’exiler, seule, en Sibérie…

Merde, Sylvain Tesson, tu m’as donné envie d’y aller, maintenant ! Mais pour mon cas, il faudrait un semi-remorque pour transporter les livres que je veux lire…

Des mauvaises langues pourraient penser que la méditation le long du lac Baïkal est un truc de fainéant, mais je les détrompe de suite…

Là-bas, si tu ne coupes pas ton bois pour faire du feu, personne ne le fera à ta place ! Si tu ne pêches pas tes poissons, Ordralphabétix ne t’en vendra pas sur la place du village puisque ton plus proche voisin est à 5h de marche !

Ce que j’aime, dans les récits de Tesson, c’est que non seulement il nous emmène loin de toute civilisation, mais aussi qu’il parsème ses romans d’aphorismes en tout genre, d’extraits des romans qu’il a lus et se sont toujours des phrases qui donnent à réfléchir.

Ici, la Nature est LE personnage principal. Les ours, les poissons, les cerfs, la neige, la glace, le froid, la solitude sont à prendre en compte. Mais avec des litres de vodka et des cigares, on vient à bout de tout. Même des -30°. Vaut mieux le lire au soleil, à l’abri du vent, sinon, le froid s’insinuera dans vos os.

Un roman dépaysant, où les alternances entre le récit de la description du quotidien alterne avec des moments grandioses de poésie, d’éclair de génie, de phrases magnifique.

Un roman où l’Homme est peu de choses face à la Nature, même si, avec les nouvelles technologies, l’Humain se fraye de plus en plus un chemin dans ces grandes étendues désertiques.

Espérons qu’un jour il n’y aura pas d’embouteillage comme sur les sommets qui ne sont plus immaculés mais maculés de déchets. Hélas, sur ces étendues sauvages, les Chinois lorgnent , pour la déforester…

Un roman sur un confinement voulu, prévu, mis en place car rêvé par Sylvain Tesson qui est allé jusqu’au bout de son rêve. Bon, d’accord, lui, il pouvait sortir prendre l’air et arpenter les étendues glacées !

Le poney rouge : John Steinbeck

Titre : Le poney rouge

Auteur : John Steinbeck
Édition : Folio Junior (2009)
Édition Originale : The Red Pony (1933)
Traducteurs : Marcel Duhamel & Max Morise

Résumé :
Jody, petit garçon rêveur et solitaire, vit dans un ranch de Californie, avec ses parents et son ami Billy Buck, le garçon d’écurie.

Sa vie est paisible, entre l’école et les travaux de la ferme. Un matin, Jody découvre dans la grange un poney rouge, offert par son père. Aidé par Billy Buck, Jody entreprend de le dresser.

Et peu à peu vient le jour où, pour la première fois, Jody va pouvoir le monter ! Mais le poney tombe malade…

Par un grand romancier américain, l’histoire d’une inoubliable amitié, une aventure humaine forte et juste au cœur des fascinants paysages du Far West.

Critique :
Steinbeck ne m’a pas fait vibrer avec ce petit roman jeunesse qui, je trouve, manquait de profondeur dans son personnage principal de Jody.

On saura peut de chose de lui et de ce fait, il me fut difficile de m’y attacher, même si j’ai ressenti sa peine.

Monsieur Steinbeck, vous êtes une brute ! Vous offrez un poney à un gamin, il en est bleu, de son poney rouge, il le dresse et au moment où va enfin pouvoir le monter, bardaf, vous le faite mourir.

Non mais allo quoi ? En plus, j’aurais compris si il avait été emporté par le tétanos, mais sérieusement, un refroidissement après une pluie ?

Oui, dans ma vie, j’ai vu un jour une de mes juments trembler de froid sous la pluie, mais pas après un après-midi passé dessous, c’était après des jours et des jours de pluie, quand tout devient boue et que l’eau ruisselle de partout.

Un bon bouchonnage à la paille, un couverture séchante, un grand paddock pour pouvoir marcher, à l’abri et c’en était fini de ses tremblements. Mais vous, vous emportez le poney d’un pauvre gamin qui n’attendait qu’une chose : monter dessus.

Si la vie dans une exploitation est bien décrite, si les choses simples sont bien mises en scène, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages et si j’avais pas vécu plusieurs fois la perte d’un cheval, je n’aurais pas vibré avec Jody.

Hélas, j’ai vibré à cause de mes souvenirs malheureux mais pas à cause des siens. Autant où nous laissons couler nos larmes devant un de nos animaux étendu sans vie sur le sol, autant ici, Jody ne lâche rien, de peur qu’on le prenne pour une mauviette, une gonzesse… Il passe sa tristesse en maltraitant d’autres animaux et pour la compassion venant de ses parents, faudra repasser, car ils n’en montrent aucune.

Pourtant, en me posant un peu, je ressens de la douleur pour Jody, un gamin élevé sans amour par ses parents à qui il donne du m’sieur ou du m’dame, comme s’ils étaient des étrangers.

L’auteur a beau nous expliquer, au travers des pensées de Jody, que son père est un homme bon, j’ai du mal à le croire et me le répéter 36 fois ne me fera pas changer d’avis.

Une lecture en demi-teinte, donc, malgré la plume de Steinbeck, son style brut, cru, sans fioritures, violent, qui n’épargnera pas son jeune lecteur, même s’il laissera peut-être des plus âgés froids, justement à cause du manque d’empathie pour les personnages.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°01].

Là où chantent les écrevisses : Délia Owens


Titre : Là où chantent les écrevisses

Auteur : Délia Owens
Édition : Seuil (02/01/2020)
Édition Originale : Where the Crawdads Sing (2018)
Traducteur : Marc Amfreville

Résumé :
Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  » la Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord.

Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection.

Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais.

Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.

Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Critique :
À partir de maintenant, Kya sera bien plus que le nom d’une marque de voiture.

Maintenant, Kya, ce sera, avant tout, une héroïne qui m’a apporté des émotions en pagailles.

Attention, pas des émotions livrées en vrac dans un camion benne et qu’on balance à tes pieds et démerde-toi pour les trier…

Non, des émotions qui vont et qui viennent, des temps forts, des émotions douces, des dures, des tendres, de celles qui font le même effet qu’éplucher 1 kilo d’oignons.

Kya a mal commencé dans la vie, elle qui, telle un personnage de Dickens, avait un père alcoolo avec la main lourde, qui a vu sa mère partir, puis ses sœurs et ses frères mettre les voiles, sans que jamais personne ne la prenne par la main et ne l’emmène avec… Puis le daron s’est barré.

C’est une gamine qui se retrouve seule et livrée à elle-même, dans les marais, sans que personne dans la paisible communauté bourrée de grenouilles de bénitiers ne s’en émeuve et ne fasse quelque chose pour l’aider. Pour eux, c’est une souillon, une sauvage et je vous passe le reste.

Nous sommes dans les années 50 et à cette époque-là, puisque l’on n’est pas capable de dire merde à la ségrégation raciale et de passer outre, faut pas trop espérer que ces braves WASP (White Anglo-Saxon Protestant) tendent la main à la gamine qui marche pied nus et qui a tout d’une sauvageonne illettrée et asociale.

Impossible de ne pas s’attacher à cette gamine lumineuse, débrouillarde, qui cafouille beaucoup au départ, pour se faire à manger, mais qui arrivera à survivre en utilisant les ressources du marais et la gentillesse de Jumping, Noir de son état et qui a un cœur plus gros que tous les biens pensants qui vont à l’Église (pour les Blancs) tous les dimanches.

Je citerai aussi Mabel, son épouse, qui est le genre de femme que l’on aimerait croiser dans sa vie, lorsque tout s’est effondré. Ils sont Noirs, n’ont pas de droit, mais eux au moins, ils tendent la main, ils aident. Bref, ils m’ont émus.

C’est un roman noir nature writing car si ses conditions de vie sont dignes de Dickens, en apprivoisant le marais, elle va réussir à survivre et à en tirer de belles choses car lorsqu’on tend la main à Kya, il n’en ressort que du magnifique, du beau, du lumineux.

Le marais est lui aussi utilisé comme personnage principal car durant tout le récit, qui alternera entre 1969 (le présent) et 1952 (le passé), le marais pèsera sur le récit, lui donnant une tonalité inattendue, belle, une ode à la préservation de la Nature nourricière et des animaux qui la peuplent.

On va doucement, sans pour autant se la couler douce, sans pour autant perdre du temps, mais le récit s’écoule à son rythme, celui des marais et si on tend bien l’oreille, là-bas, tout au fond, là où c’est le plus sauvage, on entendra chanter les écrevisses.

Sur la fin du récit, pendant les pages les plus angoissantes, j’ai eu envie de les passer afin de savoir « quoi », pour arrêter ce suspense horrible, cette attente détestable, pour diminuer les battement de mon cœur et éviter la crise cardiaque en plein coronavirus… Ce qui serait bête.

Un roman émouvant, beau, tendre, dur, qui met en avant des Humains magnifiques, des détestables, des manipulateurs, des racistes primaires, des lâches aussi car nous le sommes tous parfois et qui vous en apprend plus sur la nature des Hommes et celle au sens propre, notamment sur la vie sexuelle de certains insectes.

Méfiez-vous des lucioles…

Un roman à découvrir car c’est malgré tout une bulle de douceur, de bonheur, de silence, dans ce monde de brute et grâce à lui, je suis partie en voyage, à l’autre bout du monde, dans une autre époque et tout ça pour le prix d’un livre, sans sortir de chez moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°198.

Allegheny River : Matthew Neill Null

Titre : Allegheny River

Auteur : Matthew Neill Null
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (02/01/2020)
Édition Originale : Allegheny Front (2016)
Traducteur : Bruno Boudard

Résumé :
Avec « Le Miel du lion », un roman salué par la critique, Matthew Neill Null avait apporté la preuve de son incroyable talent pour saisir le monde sauvage et interroger notre rapport à l’environnement.

Dans Allegheny River, animaux et humains cohabitent au fil du temps, dans un équilibre précaire, au sein d’une nature ravagée par la main de l’homme.

Tour à tour épique et intimiste, c’est un univers de violence et de majesté qui prend vie sous la plume lyrique de ce jeune écrivain.

Ce livre, récompensé par le prix Mary McCarthy, acquiert une dimension universelle, car si le monde qui y est décrit peut nous sembler lointain, une chose est certaine : il s’agit bien du nôtre.

Singulières et puissantes, ces nouvelles, ancrées dans la région des Appalaches, résonnent d’une inquiétante actualité.

Critique :
Décidément, je suis abonnée aux nouvelles, ces derniers jours !

Allez hop, direction l’Amérique et un de ces petites endroits que l’on pourrait qualifier de « trou du cul des États-unis », j’ai nommé les Appalaches.

Ah, Trumpinette vient de twitter que j’étais devenue persona non grata sur le territoire pour ce que je venais de dire. Quand on parle de trou du cul…

Anybref, ces différentes nouvelles illustrent bien l’état d’esprit de ces coins reculés et certaines de ces histoires m’ont touchées, les pires étant celles parlant de chasse…

Putain, mais quel gâchis ! Et dire que nous sommes une espèce dite évoluée… L’évolution n’a pas eu cours chez tout le monde car là, on est en pleine régression de l’être humain.

Bizarrement, si des nouvelles m’ont emportées, émotionnées (6/9), quelques unes ne m’ont pas apporté le plaisir attendu (3/9).

Majoritairement, j’ai pris mon pied, mais la descente est assez raide lorsque l’on passe du trip absolu à une nouvelle qui nous laisse froide.

Pour certaines nouvelles, on se croirait sur des rapides, on est sur des rapides, on a eu une montée d’adrénaline et puis boum, on se retrouve en canot, à la piscine communale avant de repartir, violemment, dans la nouvelle suivante.

Toutes tournent autour de la nature, de l’eau, de la rivière, de la ruralité, des animaux vivants dans ces espaces et de l’Homme qui est capable de tout détruire.

La plume de l’auteur est trempée dans le vitriol, les histoires sont âpres, comme les personnages qui gravitent dans les histoires. Du rural noir en somme.

PS : Mes préférées resteront « Quelque chose d’indispensable », « Le couple », « Ressources naturelles », « La saison de la Gauley », « L’île au milieu de la grande rivière » et « La lente bascule du temps »

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°196.

Une bête au paradis : Cécile Coulon

Titre : Une bête au paradis

Auteur : Cécile Coulon
Édition : L’Iconoclaste (27/08/2019)

Résumé :
La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée au bout d’un chemin de terre. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel.

Les saisons défilent, les petits grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive, et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui ravage tout sur son passage.

Il s’appelle Alexandre.

Leur couple se forge. Mais devenus adultes, la passion que Blanche voue au travail de la ferme, à la terre, à la nature, la contraint, la corsète, la domine.

Quand Alexandre, dévoré par l’ambition, veut partir, attiré par la ville, alors, leurs deux mondes se fracassent.

Critique :
La terre, c’est fort, c’est puissant, c’est dur, âpre, doux, c’est vivant…

Tout comme ce roman qui nous parle de la terre,d’une telle manière qu’il m’a touché une corde sensible avant faire bouger les autres.

La terre, je la connais. La ruralité aussi. La dure vie d’agriculteurs, je l’ai vue avec mes grands-parents, même si pour moi, étant gamine, ça ne me semblait pas si dur que ça.

On est naïf quand on est jeune, on ne voit que le bon côté des choses : un terrain de jeu immense.

Mais on a pas vu la somme de travail en amont, de privations, de sueur, qu’il a fallu pour obtenir ce patrimoine, grappillant l’argent petit à petit, s’endettant et ne sachant pas si oui ou non, il y aura une issue favorable.

Anybref, la terre, j’en ai entendu parler toute ma vie par les Anciens et je sais combien on peut s’y attacher, combien elle est remplie d’histoire, d’anecdotes, de sueur.

On la connait par cœur, cette terre, on sait où se trouvent les pièges, les trous, les meilleurs morceaux, les plus ensoleillés, les plus froids, où l’herbe est la plus verte…

Et je sais aussi qu’elle peut déclencher des rages infernales quand d’autres veulent se l’approprier. Sa terre, on y attaché, c’est viscéral.

Les personnages de ce roman, c’étaient comme retrouver des gens de ma famille, surtout la patriarche, Émilienne, qui m’a fait penser à une grande-tante.

Toujours sur le pont avant tout le monde, bossant sans jamais s’arrêter, s’occupant de sa famille, de son ménage, ne ménageant jamais sa peine. Dure au mal, dur à la peine, un roc inébranlable, dure avec ses enfants mais tendre avec ceux des autres.

Moi, ce roman m’a parlé directement au cœur. J’ai fait un bon dans le temps et je me suis retrouvée attablée en terrain connu. Le récit, il m’a collé au basques comme de la terre argileuse après une averse et j’en ai encore sur mes godasses tant il m’a pénétré.

L’histoire est conventionnelle au possible, mais c’est dans la manière de la conter que se trouve tout le sel.

Commençant par la fin qui nous laisse entrevoir une tragédie, le roman revient ensuite sur la jeunesse des protagonistes, Blanche et Gabriel, alternant les points-de-vue de plusieurs personnages, afin de nous offrir une large palette d’émotions brutes, telle une terre en friche que l’on va passer inlassablement afin de la travailler, de l’assouplir, de la réveiller.

Ce roman rural, c’est un mélange de tragédie grecque, de drame contemporain, un huis clos, la rencontre entre deux monde que tout oppose, la rencontre entre deux jeunes que tout va réunir avant de les opposer, deux personnes qui s’aimes mais dont l’une va exploser, d’une vie de privations, d’une ferme nommée Paradis qui est aussi un enfer…

C’est l’histoire d’une passion qui va tout brûler sur son passage, tout dévaster, oui, comme un ouragan (si vous chantez, c’est voulu).  L’histoire de trahisons, de vengeance, de rage, d’amour, de crime, de renoncement de soi, de peines à l’âme, de peines de cœur.

D’ailleurs, on ne s’y trompe pas, chaque chapitre porte le nom d’un verbe tels que grandir, venger, surgir, mordre, vivre, faire mal, protéger, construire… Tout un programme.

Entre une histoire (un roman) et son lecteur, il y a une rencontre ou pas. Avec certains, la rencontre n’a pas eu lieu car nous n’étions pas au même moment au même endroit, mais ici, le rendez-vous fut marquant, m’atteignant en plein cœur.

Ces émotions ressenties, elles ne seront pas les mêmes chez tout le monde. Chez moi, ce furent des émotions puissantes, de celles qui vous laissent dévasté et vous font vous endormir avec un sourire, triste mais heureux aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°132.

Elfes – Tome 22 – Le gardien des racines : Nicolas Jarry & Gianluca Maconi

Titre : Elfes – Tome 22 – Le gardien des racines

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Gianluca Maconi

Édition : Soleil (24/10/2018)

Résumé :
Bëloenn, le maître des Écorces irascible, veille sur les arbres anciens. Il vit en ermite jusqu’au jour où Laëdyss, une chasseuse dont le clan a été massacré, vient lui demander son aide.

Partout sur les Terres d’Arran, les créatures des bois deviennent folles et attaquent les elfes Sylvains…

L’origine du mal plonge ses racines au plus profond de la forêt de Duhann, dans le sanctuaire de la reine Ora, gardienne du cristal vert…

Critique :
Comment rebondir après la guerre des goules ? Pas facile car ce cycle était addictif et maintenant, on a l’impression que plus rien n’est comme avant. Il reste les cicatrices, les séquelles, et les auteurs continuent de nous en parler dans leurs histoires.

Pourtant, je ne vais pas me plaindre, ni demander l’arrêt de la série car si cet album est en deçà de certains, je l’ai trouvé intéressant dans son pitch.

Laëdyss, une jeune elfe qui a retrouvé tout son village massacré par une entité va se lancer sur ses traces et tomber sur le druide de service, sorte de vieil écolo portant un masque et qui ne veut pas d’apprentie. C’est Bëloenn, le maître des Écorces.

Oui, la relation maître-apprenti, c’est du connu, surtout si le maître ne veut pas de l’apprentie et vice-versa et qu’à la fin, ils s’apprécient.

Une fois de plus, on est face à un personnage qui a souffert jeune, qui traîne ses traumatismes et on aura une quête entre l’elfe gardien des racines, son pote Nain (Kadra) et la jeune Laëdyss.

De l’ultra classique, on vous dit. Malgré tout, la manière dont c’est raconté vaut bien un album et j’ai trouvé le maître des Écorces touchant à certains moments. J’ai fortement apprécié son ami le Nain.

Le premier bémol sera pour la lenteur du démarrage. On tourne un peu en rond avant de se mettre en route et là encore, on prendra du temps. Cela nous permettra de mieux connaître nos deux lascars, mais bon, niveau action, c’est du diesel.

Le second bémol, plus pire, lui, sera pour les dessins qui ne m’ont pas transcendés et pour le manque de détails dans certains visages, certaines cases. J’ai été habituée à mieux, je dois dire.

Pour le reste, j’ai apprécié les évolutions des personnages entre une qui doit accepter ce qu’elle est (N’oublie pas qui tu es – classique) et un vieux ronchon qui doit accepter la rédemption. Bref, faut mûrir pour tous les deux.

Alors, malgré un départ un peu lent, malgré une quête éculée, malgré des dessins un peu moins chouettes que d’habitude et manquant de détails, j’ai apprécié cet album qui parle de nature, de respect de cette dernière, de transmission d’héritage, de conflits générationnels et de personnages qui doivent évoluer, même si ça fait mal, pour y arriver.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°110.

 

La panthère des neiges : Sylvain Tesson

Titre : La panthère des neiges

Auteur : Sylvain Tesson
Édition : Gallimard (10/10/2019)

Résumé :
En 2018, Sylvain Tesson est invité par le photographe animalier Vincent Munier à observer aux confins du Tibet les derniers spécimens de la panthère des neiges.

Ces animaux discrets et très craintifs vivent sur un gigantesque plateau culminant à 5.000 m d’altitude, le Changtang.

Situé au Tibet septentrional et occidental, il s’étend sur environ 1.600 km, du Ladakh à la province du Qinghai, et il est habité par les nomades Changpas.

Sylvain Tesson décrit une sorte de savane africaine qui serait perchée à 4.000 mètres d’altitude, où l’on croise des troupeaux d’antilopes, des chèvres bleues, des hordes de yacks qui traversent de vastes étendues herbeuses où s’élèvent des dunes.

L’équipe s’enfonce toujours plus loin, se hissant à des hauteurs qui dépassent largement ce que nous connaissons en Europe.

À 5.000 m d’altitude s’ouvre le domaine de la panthère des neiges. Dans ce sanctuaire naturel totalement inhospitalier pour l’homme, le félin a trouvé les moyens de sa survie et de sa tranquillité.

Les conditions d’observation deviennent très difficiles, il faut parfois rester immobile pendant trente heures consécutives par -30° C pour apercevoir quelques minutes le passage majestueux de l’animal…

Critique :
La première fois que j’avais mis les pieds au Tibet, c’était avec Tintin et l’image du capitaine Haddock jurant en trouvant sa bouteille de whisky vide est toujours ancré dans ma mémoire.

Là, je viens d’y repartir avec Sylvain Tesson, je suis restée à l’affût avec d’autres, le tout par -30°, j’en ai eu froid mes mains, mes pieds, mais ça valait la peine de se les geler.

La panthère des neiges est en voie d’extinction, il n’en reste que 5.000 spécimens et si son alimentation vient à manquer, elle disparaîtra elle aussi. Dommage, je viens à peine de faire sa connaissance…

Le voyage était épique, froid, glacial, sans le whisky de ce bon vieux Haddock pour nous réchauffer mais ce qui m’a tenu chaud, c’est la plume de monsieur Tesson.

L’auteur a de la gouaille sur le plateau de La Grande Librairie mais il en a aussi sur le papier ! Utilisant des phrases qui ne sont ni simples, ni simplistes, l’auteur joue avec le français, le déroule sous nos pieds, tel un tapis rouge et c’est avec des yeux avides d’en lire plus que je l’ai dévoré en une courte soirée, telle une panthère des neiges affamée.

On pourrait croire qu’à plus de 5.000 mètres d’altitude, en frôlant les 6.000, même, il n’y aurait pas de vie dans ce désert de neige, de glace ou ce désert tout court.

Détrompons-nous, il y a de la vie, même si elle se cache pour mieux observer l’Homme qui parcourt ces montagnes et ces étendues désertiques. Et si Munier sait nous le montre avec ses jolies photos, Tesson, lui, nous l’explique de ses mots, avec brio.

Ce roman d’aventure, cette enquête policière à la recherche des traces de la panthère des neiges, c’est aussi un récit de patience, d’humilité, d’attente, qui aurait pu ne pas être récompensée car ils auraient pu rester à l’affût des jours et des jours et ne jamais la voir, elle qui sait si bien se camoufler et se fondre dans le décor.

C’est aussi un bon prétexte pour faire de l’introspection, puisque Sylvain Tesson, qui adore causer, devait se taire et observer le Maître Munier qui pense comme une bête afin de mieux la voir.

Si Sylvain dû se taire, ça ne l’empêcha pas de faire quelques calembours et aphorismes et ils ont eux le don de me faire sourire ou de me faire réagir à la Vérité qui s’étalait sous mes yeux.

La Terre avait été un musée sublime. Par malheur, l’homme n’était pas conservateur.

Plus qu’un roman magnifique, plus qu’un voyage éprouvant, plus qu’une quête d’un animal mythique, plus qu’un plaidoyer pour la sauvegarde des animaux – dont la panthère des neiges – c’est aussi un roman qui parle du respect d’autrui, autant de l’Humain que de l’Animal, de la capacité à se dépasser, à rester immobile, silencieux, à vivre dans un climat hostile et à aller à la rencontre des gens qui vivent dans ces montagnes.

Un roman qui donne envie de découvrir les livres de Vincent Munier et les très belles images qu’il a prise, sans oublier ses récits de photographe.

Le gouvernement chinois avait réalisé son vieux projet de contrôle du Tibet. Pékin ne s’occupait plus de pourchasser les moines. Pour tenir un espace, il existe un principe plus efficace que la coercition : le développement humanitaire et l’aménagement du territoire. L’État central apporte le confort, la rébellion s’éteint. En cas de jacquerie, les autorités se récrient : « Comment ? Un soulèvement ? Alors que nous bâtissons des écoles ? » Lénine avait expérimenté la méthode, cent ans plus tôt, avec son « électrification du pays ». Pékin avait choisi cette stratégie dès les années 80. La logorrhée de la Révolution avait laissé place à la logistique. L’objectif était similaire : l’emprise du milieu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°105.

Les Mystères de Sean Stranahan – Tome 2 – Les morts de Bear Creek : Keith McCafferty

Titre : Les Mystères de Sean Stranahan – Tome 2 – Les morts de Bear Creek

Auteur : Keith McCafferty
Édition : Gallmeister Americana (06/09/2019)
Édition Originale : The Gray Ghost Murders (2013)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Sean Stranahan, peintre amateur, guide de pêche et détective privé à ses heures perdues, se sent de plus en plus chez lui dans le Montana dont il connaît désormais les rivières comme sa poche.

Mais les âpres paysages des Montagnes Rocheuses livrent parfois de macabres trouvailles – comme les cadavres de ces deux hommes exhumés par un grizzly affamé.

Le shérif Martha Ettinger fait appel aux talents d’enquêteur de Sean, décidément très convoités : le même jour, il est embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver une précieuse mouche de pêche volée.

Les deux affaires vont se télescoper sur une piste escarpée menant vers quelques-unes des personnes les plus puissantes de la vallée de la Madison.

Critique :
Après la chanson « Merci patron », on pourra chanter « Merci le chien » et « Merci madame Ourse » car sans le chien pour se coucher sur la tombe et sans l’ourse pour dégager un des corps, jamais la police ne les aurait trouvé.

D’ailleurs, c’est bien simple, personne ne les cherchait, ces cadavres !

Maintenant qu’on a mis la main dessus – pour ne pas dire la patte couverte de griffes – va falloir enquêter et c’est là que les Romains s’empoignèrent car zéro piste, zéro identité et zéro idée sur le pourquoi du comment ils se sont retrouvés enterrés là, au sommet de la montagne.

Sean, de son côté, mène l’enquête pour retrouver les deux mouches volée au club de pêcheurs du coin. Non, non, elles ont de la valeur, ces deux mouches volées ! Sentimentale et vu leur prix d’achat et celui qu’on pourrait en retirer en les revendant, ce n’est pas rien.

Ce que j’aime, dans les enquêtes de Sean Stranahan, c’est qu’il y va tranquille et que l’auteur en profite pour animer d’autres personnages que lui tout en se centrant sur Sean et sa vie compliquée et le fait qu’il s’attire toujours des emmerdes, qui, vous le savez sans doute, volent toujours en escadrille !

On a beau ne rien y connaître en pêche à la mouche, on apprécie toujours accompagner Sean sur une rivière pour le regarder y tremper sa mouche (n’y voyez rien de sexuel, hein) pendant qu’il fait le vide dans son cerveau.

Sans jamais appesantir le récit, ces parties de pêche sont toujours agréables à lire et l’entièreté du roman se déguste avec un petit sourire aux coin des lèvres tant il est parsemé de fraîcheur, de mystères et de personnages hors-norme et attachants.

Dans le Montana, les gens ne se comportent pas comme ailleurs et l’auteur a su rendre cette atmosphère de camaraderie dans son récit, donnant l’impression à son lecteur de retrouver une bande de vieux copains.

— Vous savez ce qui est génial avec le Montana ? (…) C’est que des gens venus de tous les horizons s’y retrouvent. (…) Nous sommes au même niveau. Si tout le pays était comme ça, nous nous comprendrions et pourrions travailler à des solutions communes.

Il a beau ne pas en avoir l’air ainsi, mais Sean Stranahan est un bon enquêteur : tenace, calme, sans se presser, donnant l’air de ne pas en avoir l’air et en plus, il a une sacrée paire de cojones parce que ce qu’il a fait, peu en aurait eu le courage !

Dans ce deuxième tome, l’auteur continue d’étoffer ses personnages, dont Sean et poursuit ses belles descriptions du Montana et de ses rivières gorgées de truites en tout genre qui vous donnerait envie d’aller y lancer de la soie et de faire trempette à votre mouche, même si vous n’aimez pas la pêche.

Et puis, cette histoire de cadavres n’est pas du genre que l’on croise dans tous les romans policiers, ce qui ajoute du piment à l’histoire.

Une enquête qui va au rythme pépère, sans pour autant que l’on se mette à bailler d’ennui (que du contraire), des personnages attachants, presque des copains, des personnages étoffés, avec leurs petites faiblesses, leurs petites blessures (mais pas de folie), leurs petites histoires réalistes comme il pourrait nous en arriver, le tout sur le thon, heu, un ton réjouissant qui donne envie de frétiller comme une truite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°91.

Les Fugitifs de l’Alder Gulch : Ernest Haycox

Titre : Les Fugitifs de l’Alder Gulch

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : Alder Gulch (1942)
Traducteur :

Résumé :
Au milieu des années 1800, un couple improbable s’enfuit pour rejoindre le nouvel eldorado de la vallée de l’Alder Gulch, dans le Montana, où des milliers de chercheurs d’or s’aventurent pour faire fortune.

Jeff Pierce est traqué par le frère de l’homme qu’il a tué. Sa compagne de route, Diana Castle, cherche à échapper à un mariage arrangé. Quel avenir y aura-t-il pour eux dans cet Ouest sauvage où la loi est piétinée ?

Avec ce portrait d’une communauté d’orpailleurs dans les contrées les plus sauvages du Montana (l’endroit est historique : l’Alder Gulch et Virginia City ont véritablement existé), Haycox déploie à merveille son art romanesque et sa connaissance de la nature humaine.

Son roman est nourri de cette authenticité lyrique qu’on lui connaît depuis Des clairons dans l’après-midi (Actes Sud, 2013) et Le Passage du canyon (Actes Sud, 2015).

Critique :
Bienvenue dans la communauté des orpailleurs, dans le Montana. Ici, l’or est là, il suffit de se pencher pour le prendre.

Bon, faudra creuser tout de même et tamiser avant de trouver des pépites que vous irez dépenser au saloon du coin, vous encanaillant avec les prostituées, dépensant vos pépètes au poker avant de retourner tamiser la terre afin de vous refaire.

Le cercle vicieux.

Mais si vous gardez toutes vos pépites, tel un écureuil, lorsque vous mettrez les voiles, attendez-vous à ce que les bandits du coin vous les chipe et ne laisse votre cadavre pourrir sur le sol.

La communauté des orpailleurs, je l’avais suivie dans des bédés, mais pas vraiment dans un roman (ou alors, ma mémoire me fait défaut, ce qui serait normal, vu tout ce que je lis et tout ce que j’ai déjà lu).

Tous les ingrédients d’un bon western sont réunis, même si nous commençons l’aventure sur le pont d’un navire que nous quitterons bientôt à la nage. Ensuite, ce sera la fuite avec une jolie fille qui fuit sa famille et l’arrivée dans une citée de chercheurs d’or, avec tout ce que ça comporte comme dangers.

Jeff Pierce est celui qui s’est enfui du bateau où il n’avait pas souhaité monter et Diana Castle est celle qui l’aidera à fuir, profitant de lui pour fuir aussi sans attirer l’attention, car il est plus facile pour un couple de passe inaperçu que pour un fugitif et une femme seule de voyager.

Direction l’Alder Gulch et Virginia City. Une ville champignon qui a poussé après une ruée vers l’or, ça attise bien des convoitises et tout ce que le pays comptait de méchants s’est réuni dans une bande qui fait la loi et dont personne n’ose contrecarrer les mauvaises actions.

Une fois de plus, comme dans les Lucky Luke, on a une foule qui en a marre des meurtres, qui voudrait un peu plus de sécurité, qui souhaiterait que l’on mette fin aux exactions des bandits, mais qui n’est pas soudée, qui a besoin d’un meneur et d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase.

Nous sommes face à des gens qui ont peur, qui voudraient que cela s’arrête mais ne savent pas comment faire, n’osent pas le faire, sans oublier qu’ils ont peur des représailles et sont limite fleur bleue car ils ont hurlé pour qu’on ne pende pas certains des assassins car ils s’étaient laissé attendrir.

Ce sont des pleutres et ils ne diffèrent pas vraiment de nous, qui, à notre époque, avons encore les mêmes peurs face à des racketteurs, des dealers, des gangs, des petits merdeux de gamins,…

L’auteur nous décrit avec détail la vie dans une ville qui ne vit que grâce aux chercheurs d’or, décrivant les privations, le dur labeur, les conditions météo hostiles, l’éloignement, la solitude, la peur de l’autre et l’individualisme car ici, tout le monde veille jalousement sur sa matière jaune et espère qu’un autre fera le ménage à sa place.

On pourrait résumer le livre par deux mots : authenticité et réalisme. L’action n’est pas toujours présente, Haycox prenant le temps à un moment donné de nous faire vivre ce qui pouvait se passer dans ce genre de ville, nous présentant différents personnages secondaires qui, contrairement aux hors-la-loi, seront moins étiqueté « irrécupérables ».

Si les bandits sont tous catalogués dans les Méchants, l’un d’entre eux se distinguera par son côté jovial et amitieux, le genre de personne que l’on voudrait pour ami et qu’on n’hésiterait pas à tenter de sauver s’il passait du côté obscur de la Force.

Mêmes notre Pierce n’est pas tout blanc, mais au moins, il est honnête. Et dans le milieu des orpailleurs, un honnête homme, ça a de l’importance. C’est même en voie de disparition. Un bien rare étant cher, un homme honnête, c’est cher.

Ce western qui a tout du Roman Noir possède des émotions, de l’action, du suspense, du mystère, de la justice, qui peut faire défaut ou être expéditive, et des hommes prêts à tout pour s’enrichir. Des hommes qui doivent survivre face à une Nature hostile et un climat peut propice au bikini en hiver, sans compter qu’il faut faire face à l’envie, la jalousie, le vol.

Un western où la sauvagerie des lieux déteint sur les Hommes mais où brille un espoir, tout de même, celui de voir les gens se serrer les coudes pour faire face à ceux qui se pensaient tout puissant et à l’abri de tout danger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°58, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.