Les enquêtes de Leaphorn et Chee – 01 – Porteurs-de-peau : Tony Hillerman

Titre : Les enquêtes de Leaphorn et Chee – 01 – Porteurs de peau

Auteur : Tony Hillerman
Édition : Rivages Noir (1990/2018)
Édition Originale : Skinwalkers (1986)
Traduction : Danièle et Pierre Bondil

Résumé :
Les porteurs-de-peau sont les sorciers, les loups Navajo qui décident d’apporter le mal à leurs congénères. Ils rôdent dans les ténèbres de la grande réserve, parfois couverts d’une fourrure d’animal, et possèdent des pouvoirs surnaturels. Trois meurtres sont commis, peut-être quatre.

Une nuit, Jim Chee, le policier navajo traditionaliste, est tiré de son sommeil et plongé dans l’angoisse.

Alors commence une enquête qui lui fera côtoyer le lieutenant Joe Leaphorn et les marquera tous deux profondément, dans leur esprit comme dans leur chair.

Critique :
Jim Chee, policier Navajo, doit la vie à une chatte abandonnée…

Il ne l’a pas vraiment recueillie, puisque pour lui, un animal doit savoir se suffire à lui-même et ne pas compter sur les humains car un chat domestique n’a aucune chance de survie dans ce monde sauvage.

Mais c’est tout de même grâce à la chatière installée qu’il a échappé au tireur.

Il y avait trop du Navajo traditionaliste en lui pour intervenir dans la vie d’un animal sans avoir une raison de le faire. Mais il était curieux. Un animal comme celui-là, élevé et nourri parmi les hommes blancs saurait-il retrouver assez de ses instincts de chasseur pour survivre dans le monde des Navajos ?

Trois meurtres ont eu lieu sur la réserve, plus une tentative en ce qui concerne Jim Chee et la police tribale Navajo est au point mort.

On a bien arrêté un homme qui a tiré sur une des victime, mais le problème est que cette victime à été tuée à coups de couteau…

Ce roman est le premier qui rassemble le policier Jim Chee et l’enquêter Joe Leaphorn. Puisque j’avais commencé à l’envers, je me devais de revenir aux sources et ce par quoi tout a commencé.

Tony Hillerman nous immerge dans la société Navajo, dans leurs rites, leurs croyances, leur mode de vie, de pensées. Utilisant des mots de leur langue (glossaire en fin de volume), il rend ce récit encore plus réaliste.

Ne vous attendez pas à de grandes démonstrations, le Navajo se doit d’être modéré en tout chose et il ne courra pas en hurlant « YOUPIE », lui. Nos deux enquêteurs policiers sont aux antipodes l’un de l’autre. Chee est mince, Leaphorn est plus épais, Chee croit aux fantômes, Leaphorn non. Ils n’étaient pas fait pour se rencontrer, et pourtant.

On ne se plonge pas dans un Hillerman comme dans un autre roman policier. Ici, pas de page-turner, de suspense à couper au couteau. L’auteur prend son temps, développant ses personnages, leur environnement, leur mode de vie.

Pour l’auteur, ce sont les personnages qui sont les plus important, l’enquête passe au second plan, elle est juste le moyen de nous faire découvrir une autre civilisation qui est toujours attachée à ses rites, à certaines croyances et qui vit en marge du reste du monde.

Lire les enquêtes de Jim Chee et Joe Leaphorn est quelque chose que l’on doit savourer, un bonbon qui fondra lentement sur la langue, un bonbon qu’on ne sait pas croquer pour faire fondre plus vite. Alors, il faut lui accorder le temps qu’il mérite et ne pas vouloir aller plus vite que le temps.

Observez bien, ne ratez aucun indices car ils seront peu nombreux. L’enquête sera ardue et les mobiles pas aussi clair que Joe Leaphorn le voudrait, lui qui ne croit pas aux porteurs-de-peau…

Et n’oubliez pas, comme les Navajos, restez modéré en toute chose et n’abandonnez pas vos animaux à la campagne car ils ne sont pas adaptés à la vie sauvage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°72] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Butcher’s crossing : John Edward Williams

Titre : Butcher’s crossing

Auteur : John Edward Williams
Édition : PIranha (2016) / 10/18 Littérature étrangère (2018)
Édition Originale : Butcher’s Crossing (1960)
Traduction : Jessica Shapiro

Résumé :
Dans les années 1870, persuadé que seul un rapprochement avec la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort d’Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage.

Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado.

Will accepte de participer à l’expédition, convaincu de toucher au but de sa quête.

Le lent voyage, semé d’embûches, est éprouvant et périlleux mais la vallée ressemble effectivement à un paradis plein de promesses.

Jusqu’à ce que les quatre hommes se retrouvent piégés par l’hiver…

« Butcher’s Crossing démonte le mythe du Grand Ouest américain avec une histoire de survie qui tourne à l’horreur. Un lyrisme superbe et tout en retenue. La prose simple et élégante de Williams est enfin reconnue à sa juste valeur ».
Bret Easton Ellis.

Critique :
Voilà un western qui en est un sans vraiment en être un car tous les codes sont absents et ce n’est pas le saloon, les poivrots et la prostituée que l’on croise au début du roman qui feront l’atmosphère western du roman.

Même les Amérindiens sont absents ! Pas d’attaques, pas besoin de faire le cercle, pas de vengeance pour la tuerie des bisons.

Non, juste Will Andrews; un jeune homme frais émoulu de Harvard qui veut découvrir l’Ouest sauvage en participant à une chasse aux bisons.

Miller, le chasseur, connait justement un coin secret où ces grands herbivores pullulent, un coin connu de lui seul qu’il n’a jamais su exploiter parce que le nerf de la guerre c’est l’argent. Là, il a un bleu-bite qui a du fric et qui veut vivre à la dure.

Si en plus Miller lui promet une chasse de dingue, avec des milliers de peaux à vendre et du pognon à se faire, notre gamin est encore plus tenté et deux autres hommes se joindront à eux, Charley Hodge le conducteur de char à bœufs et Schneider, l’écorcheur.

Le baptême sera violent car notre jeune homme verra un fier bison mâle passer de la noblesse de sa masse en marche à une carcasse vide de vie. Hé oui, on croit que…

On souhaite voir la vie sauvage, mais quand tu la prends dans la gueule, la vie sauvage, dans le sang, les viscères et ensuite la puanteur, tu rigoles moins, petit homme des villes. La réalité est dure et cruelle. L’apprentissage se fera dans la douleur.

On ne lit pas Butcher’s crossing pour avoir de l’action, oubliez les courses-poursuites, d’ailleurs, le char à boeufs ne se prête pas à la chose et le relief non plus.

On ne lit pas non plus ce roman pour s’extasier sur les paysages et la nature, ici, elle est indomptée, le relief est montagneux, encaissé, le soleil tape dur et si tu traînes trop et que tu te prends l’hiver dans la gueule, tu vas geler sur place.

Et nos quatre hommes vont devoir rester des mois, coincé là-haut, à attendre que le printemps revienne et que la neige fonde… Survivalistes, ils vont devoir l’être.

Entre un jeune homme qui a fantasmé cette chasse au bison, cet Ouest sauvage, cette nature libre de tout et un chasseur qui ne rêve que de flinguer, jusqu’à plus soif, des milliers de têtes de bisons, ça ne pouvait que mal tourner.

La gabegie de ce massacre est superbement retranscrite, on voit les carcasses pourrissantes sous le soleil, juste dépouillées de leur pelisses, la scène du film « Danse avec les loups » est gravée dans la mémoire et ça fait mal au bide un tel gaspillage.

L’écriture est belle, lente, descriptive et évocatrice. Vous aurez chaud, soif, faim et froid avec les personnages. Le confinement fut long et dur ? Imaginez un de plusieurs mois, enfermé dans une cabane en peaux de bisons, avec le froid qui s’infiltre et les mêmes vêtements à garder sur le dos…

Vanité, tout n’est que vanité… À force de vouloir gagner un max de fric, d’être celui qui a le plus abattu de bisons, Miller oublie une chose importante : une leçon sur la loi du marché que l’on a apprise avec Caius Saugrenus, dans « Obélix et compagnie »… Une loi basée sur l’offre et la demande. Bardaf, c’est l’embardée.

Un roman d’aventure qui va au rythme du pas des boeufs, un western qui n’en possède que peu de codes, un nature writing beau et violent, qui se déroule au milieu des grands espaces, une réflexion sur la vanité des Hommes et la vacuité de certaines choses, comme ces chasses aux bisons juste pour leurs peaux alors que dans le bison, tout est bon.

L’Homme Blanc aime gaspiller ce qu’il pense avoir en quantité, mais à tant va la cruche à l’eau qu’à la fin le puits est vide (oui, j’invente des expressions).

À méditer…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°56], Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc. et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°29]

Le Mois Américain arrive au galop – Septembre 2020

Septembre était un mois honni lorsque j’allais à l’école, mais maintenant que c’est le Mois Américain, il est entré en ordre de sainteté.

Par contre, il doit être un des mois redoutés pour Titine car elle sait que je peux y être aussi prolifique que durant le Mois Anglais de Juin (mon mois préféré).

Un jour, des psys se battront pour analyser mon cerveau car ce dernier est bizarre… Voyez par vous-même…

Durant le Mois Anglais j’adore sélectionner des auteurs anglais qui m’emmèneront ailleurs qu’en Angleterre (Japon, Argentine, Mongolie, Russie,…) et faire des incursions dans des genres littéraires différents, comme la fantasy, la SF, la dystopie, l’uchronie ou le steampunk… Même si je sélectionne toujours des classiques comme Holmes, Poirot ou Jack.

Par contre, pour le Mois Américain je ne veux que du western, des Amérindiens, du roman noir, de la ségrégation raciale, du Sud Profond, des rednecks,…

En un mot, je recherche tout ce qui fait l’Amérique, dans ce qu’elle a de génial ou d’horrible.

Faut que mes tripes se serrent, je veux bouffer de la misère, des génocides, des assassinats, du petit peuple, des coincés, des esprits fermés, étriqués… Je veux que ça me fasse mal à l’âme de voir tant de bêtises humaine.

Heu, par contre, je pense que j’ai sélectionné un peu trop de romans et de bédés car ces dernières sont légions, contrairement à celles qui se déroulent en Angleterre.

Alors, je vais déjà en lire et vous proposer les fiches en août, ainsi, on sera à l’heure Américaine un peu plus tôt.

Ces fiches ne compteront pas pour le challenge, bien entendu puisque avant l’heure, c’est pas l’heure. Mais j’ai envie de plonger de suite dans la littérature américaine sans attendre.

PS : mes logos sont pour les participantes du challenge Mois Américain et elles prennent ceux qu’elles veulent ! Je les ai posté sur la page FB dédiée au challenge.

Listes de livres sélectionnés pour le mois Américain :

  1. La famille Winter : Clifford Jackman [WESTERN]
  2. La prisonnière du désert : Alan Le May [WESTERN]
  3. Little Big Man, Mémoires d’un visage pâle : TH. Berger [WESTERN]
  4. Le sang des Dalton : Ron Hansen [WESTERN]
  5. La culasse de l’enfer : Tom Franklin [WESTERN]
  6. La porte d’or : Michel Le Bris [WESTERN]
  7. La rivière des indiens : Jeffrey Lent [WESTERN]
  8. L’agent indien : Dan O’Brien [AMÉRINDIENS]
  9. Méridien de sang : Cormac McCarthy [WESTERN]
  10. L’Aventurier du Rio Grande : Tom Lea [WESTERN]
  11. Du haut des cieux, les étoiles : Harry Brown [WESTERN]
  12. The Big Sky – La Captive aux yeux clairs 01 : A.B Guthrie [WESTERN]
  13. Le pouvoir du chien : Thomas Savage [WESTERN]
  14. La montagne en sucre : Wallace Stegner [ROMAN]
  15. Ces montagnes à jamais : Wilkins Joe [ROMAN]
  16. Molosses – Walt Longmire 06 : Johnson Craig [POLAR]
  17. Le sang ne suffit pas : Taylor Alex [WESTERN NOIR]
  18. 11h14 : Swarthout Glendon [POLAR]
  19. Calme plat : Williams Charles [ROMAN]
  20. Le gang de la clef à molette : Edward Abbey [ROMAN]
  21. L’usine à lapins : Brown Larry [ROMAN]
  22. La Vénus de Botticelli Creek – Sean Stranahan 03 : Keith McCafferty [POLAR]
  23. Aquarium : Vann David [ROMAN]
  24. Indian creek : Fromm Pete [ROMAN]
  25. L’insigne rouge du courage : Stephen Crane [GUERRE]
  26. Coup de vent : Haskell Smith Mark [POLAR]
  27. Le canard siffleur mexicain – C. W. Sughrue 02 : Crumley [ROMAN NOIR]
  28. Cobb tourne mal : Mike McCrary [POLAR]
  29. 221b Baker Street : Graham Moore [POLAR]
  30. Je suis fille de rage : Del Socorro [FANTASTIQUE]
  31. Le Châtiment de Willie Jones : Winthrop [SÉGRÉGATION]
  32. Un autre tambour : William Melvin Kelley [SÉGRÉGATION]
  33. Le régiment noir : Henry Bauchau [SÉGRÉGATION]
  34. Marche à l’étoile : Montardre Hélène [SÉGRÉGATION]
  35. Wash : Margaret Wrinkle [SÉGRÉGATION]
  36. Bohemian flats : Mary Relindes Elliss [ROMAN NOIR]
  37. Bois sauvage : Ward Jesmyn [ROMAN NOIR]
  38. Mississippi : Hillary Jordan [ROMAN NOIR]
  39. Butcher’s Crossing : Williams John [WESTERN]
  40. De beaux jours à venir : Kruse Megan [ROMAN NOIR]
  41. Jeu blanc / Cheval Indien : Wagamese Richard [ROMAN NOIR]
  42.  Arrive un vagabond : Goolrick Robert [ROMAN]
  43. L’oeil le plus bleu : Morrison Toni [SÉGRÉGATION]
  44. La rivière des âmes perdues – Charlie Moon 01 : Doss James D. [POLAR]
  45. Cherry : Nico Walker [ROMAN]
  46. La poudre et la cendre : Taylor Brown [WESTERN]
  47. Stoneburner : William Gay [ROMAN NOIR]
  48. September, september : Foote Shelby [ROMAN NOIR]
  49. Les animaux : Christian Kiefer [ROMAN NOIR]
  50. Les Dieux de Howl Mountain : Brown Taylor [ROMAN NOIR]
  51. Un livre de martyrs américains : Oates Joyce Carol [ROMAN]
  52. La Chance vous sourit : Johnson Adam [ROMAN]
  53. 20+1 short stories : Collectif [ROMAN]
  54. La véritable histoire de l’Ouest américain : Jacques Portes [WESTERN]
  55. Le Western – Quand la légende devient réalité : Leutrat [WESTERN]
  56. Darktown : Mullen Thomas [ROMAN NOIR]
  57. Desert home : Anderson James [ROMAN]
  58. Swan Peak – Dave Robicheaux 17 : James Lee Burke [ROMAN NOIR]
  59. Red Grass River : James Carlos Blake [ROMAN NOIR]
  60. Porteurs de peau – Leaphorn et Chee 01 : Hillerman [POLAR][AMÉRINDIENS]
  61. Perfidia – Second quatuor de Los Angeles 01 : Ellroy James [ROMAN NOIR]
  62. Comment voler une banque – Dortmunder 02 : Westlake Donald [POLAR]
  63. Dans la vallée de l’ombre de la mort : Kirk Mitchell [POLAR]
  64. Sympathy for the Devil : Kent Anderson [GUERRE]
  65. Mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Lansdale [POLAR]
  66. Le monde selon Garp : Irving John [ROMAN]
  67. Une prière pour Owen : Irving John [ROMAN]
  68. Fais-moi danser, beau gosse : Gautreaux Tim [ROMAN NOIR]
  69. Big daddy : Djavann Chahdortt [ROMAN NOIR]
  70. Retour à Cold Mountain : Frazier Charles [ROMAN]
  71. Black coffee – Desmond G. Blur 01 : Loubière Sophie [POLAR]
  72. Brasier noir – Trilogie du Mississippi 01 : Iles Greg [ROMAN NOIR]
  73. Le cercle brisé – Meurtres en pays Navajo : Rodney Barker [AMÉRINDIENS]
  74. Comme des ombres sur la terre : Welch James [AMÉRINDIENS]
  75. Les Cheyennes : Sandoz Mari [AMÉRINDIENS]
  76. Enterre mon cœur à Wounded Knee : Brown Dee [AMÉRINDIENS]
  77. Les Sioux des Plaines face au colonialisme : Ostler Jeffrey [AMÉRINDIENS]
  78. Mille Femmes blanches – 01 : Fergus Jim [AMÉRINDIENS]
  79. La flèche brisée : Arnold Elliott [AMÉRINDIENS]
  80. L’hiver dans le sang : Welch James [AMÉRINDIENS]
  81. Le dernier sur la plaine : Bernard Nathalie [AMÉRINDIENS]
  82. Un seul parmi les vivants : Sealy Jon [POLAR]
  83. La Saison des feux : Ng Celeste [POLAR]
  84. Après le déluge – Nola Céspedes 01 : Castro Joy [ROMAN NOIR]
  85. La route sauvage : Vlautin Willy [ROMAN]
  86. Dans la colère du fleuve : Franklin Tom [ROMAN NOIR]
  87. River Blues : Cheng Bill [ROMAN NOIR]
  88. La Cabane du métayer : Thompson Jim [ROMAN NOIR]
  89. Nécropolis : Herbert Lieberman [POLAR]
  90. Mindhunter – Dans la tête d’un serial-killer : Douglas & Olshaker [POLAR]
  91. Le moustique flemmard : Erle Stanley Gardner [POLAR]
  92. Meurtres à Atlanta : Baldwin James [SÉGRÉGATION]
  93. Harlem Quartet : Baldwin James [ROMAN]
  94. La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur : Collins Suzanne [SF]
  95. Sur des mers plus ignorées : Powers Tim [FANTASY]
  96. Dylan Stark – T12 – La peau du nègre : Pelot Pierre [WESTERN]
  97. Train des orphelins – T03 – Lisa : Charlot et Fourquemin [BD]
  98. Train des orphelins – T04 – Joey : Charlot et Fourquemin [BD]
  99. Train des orphelins – T05 – Cowpoke Canyon : Charlot et Fourquemin [BD]
  100. Train des orphelins – T06 – Duels : Charlot et Fourquemin [BD]
  101. Train des orphelins – T07 – Racines : Charlot et Fourquemin [BD]
  102. Train des orphelins – T08 – Adieux : Charlot et Fourquemin [BD]
  103. Badlands – T01L’enfant-Hibou : Corbeyran Eric et Kowalski [BD]
  104. Badlands – T02Le danseur au grizzli : Corbeyran Eric et Kowalski [BD]
  105. Badlands – T03Le Grand Serpent : Corbeyran Eric et Kowalski [BD]
  106. Black Hills 1890 – T01La danse des fantômes : Swolfs Yves et Warnauts [BD]
  107. Blueberry – T07Le cheval de fer : Charlier J-M et Giraud [BD]
  108. Blueberry – T08L’homme au poing d’acier : Charlier J-M et Giraud [BD]
  109. Blueberry – T09La piste des Sioux : Charlier J-M et Giraud [BD]
  110. Blueberry – T10Général tête jaune : Charlier J-M et Giraud [BD]
  111. Blueberry – T19La longue marche : Charlier J-M et Giraud [BD]
  112. Blueberry – T20La tribu fantôme : Charlier J-M et Giraud [BD]
  113. Blueberry – T21La dernière carte : Charlier J-M et Giraud [BD]
  114. Blueberry – T22Le bout de la Piste : Charlier J-M et Giraud [BD]
  115. Bouncer – T01Un diamant pour l’au-delà : Jodorowsky et Boucq [BD]
  116. Bouncer – T02La pitié des bourreaux : Jodorowsky et Boucq [BD]
  117. Bouncer – T03La justice des serpents : Jodorowsky et Boucq [BD]
  118. Deadly Class – T01Reagan youth : Remender et Wes Craig [BD]
  119. Démon gun – Intégrale : Gary Cohn et Barry Orkin [BD]
  120. Duke – T01La boue et le sang : H. Yves et Hermann [BD]
  121. Duke – T02Celui qui tue : H. Yves et Hermann [BD]
  122. Duke – T03Je suis une ombre : H. Yves et Hermann [BD]
  123. Fondu au noir : Ed Brubaker et Phillips [BD]
  124. Gunfighter – T01 : Bec Christophe et Rouge [BD]
  125. Jeunesse de Blueberry – T20Gettysburg : Corteggiani et Blanc-Dumont [BD]
  126. Jeunesse de Blueberry – T21Le convoi des bannis : Corteggiani [BD]
  127. Lieutenant Blueberry – T01Amertume apache : Sfar et Blain [BD]
  128. Main de Dieu – T01La peur rouge : Védrines Marc [BD]
  129. Main de Dieu – T02Promotion gangsters : Védrines Marc [BD]
  130. Main de Dieu – T03L’usurpateur : Védrines Marc [BD]
  131. Marshal Bass – T01Black & white : Macan Darko et Kordey [BD]
  132. Marshal Bass – T02Meurtres en famille : Macan Darko et Kordey [BD]
  133. Marshal Bass – T03Son nom est personne : Macan Darko et Kordey [BD]
  134. Marshal Bass – T04Yuma : Macan Darko et Kordey Igor [BD]
  135. Pinkerton – T01Dossier Jesse James – 1875 : Guérin et Damour [BD]
  136. Pinkerton – T03Dossier massacre d’Antietam : Guérin et Damour [BD]
  137. Preacher (Urban) – T01 : Garth Ennis et Steve Dillon [BD]
  138. Preacher (Urban) – T02 : Garth Ennis et Steve Dillon [BD]
  139. Preacher (Urban) – T03 : Garth Ennis et Steve Dillo [BD]
  140. Shelton & Felter – T03Billy Bowman a disparu : Lamontagne Jacques [BD]
  141. Six-coups – T01Le crash de monsieur Crunch : Jérôme Jouvray [BD]
  142. Six-coups – T02Les marchands de plomb : Jérôme Jouvray [BD]
  143. Tex : Le Héros et la légende : Paolo Eleuteri Serpieri [BD]
  144. Tony Stark – T01Le lion d’un million : Jean Van Hamme [BD]
  145. W.E.S.T – T01La chute de Babylone : Dorison Xavier et Nury [BD]
  146. W.E.S.T – T02Century club : Dorison Xavier, Nury Fabien [BD]
  147. Walter Appleduck – T01Cow-boy stagiaire : Fabcaro et Erre [BD]
  148. Walter Appleduck – T02Un cow-boy dans la ville : Fabcaro et Erre [BD]
  149. Wanted – T02Le canyon de la muerte : Girod et Rocca [BD]
  150. West Legends – T01Wyatt Earp’s Last Hunt : Peru et Giovanni [BD]
  151. Western : Van Hamme et Rosinski [BD]
  152. Western Valley – T01 – Chicanas : Di Giorgio et Mormile [BD]

Terres fauves : Patrice Gain

Titre : Terres fauves

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (2018) / Livre de Poche Policier (2020)

Résumé :
David McCae, écrivain new-yorkais en mal d’inspiration et citadin convaincu doit quitter Brooklyn pour l’Alaska dans le but de terminer les mémoires du gouverneur Kearny.

Le politicien visant la réélection, il envoie son porte-plume étoffer l’ouvrage d’un chapitre élogieux : le célèbre alpiniste Dick Carlson, ami de longue date, aurait de belles choses à raconter sur leurs aventures. Direction Valdez pour David, vers le froid, les paysages sauvages et un territoire qui l’est tout autant.

Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, l’alpiniste n’en est pas moins disert et David en apprend beaucoup. Trop.

Devenu gênant, la violence des hommes, et celle d’une nature qui a préservé tous ses droits, va s’abattre sur lui et l’obligera à combattre ses démons pour survivre.

Critique :
Aux premiers abords, David McCae, écrivain new-yorkais, ne donne pas envie d’aller boire un verre en sa compagnie.

Il est sans saveur, n’aime que la ville, rechigne à aller en Alaska (on ne peut pas lui en vouloir pour ça).

David est un personnage sans relief, plat, édulcoré. C’est ballot parce que ça donne envie de déposer le livre et d’aller voir ailleurs.

Comme son roman « Denali » (lu il y a 1 an pile-poil) m’avait emporté, j’ai persévéré, sans savoir où le roman allait n’emmener puisque je n’avais pas été relire le résumé.

Heureux les lecteurs/trices persévérant(e)s, ils/elles seront récompensés !

Alors que David continuait de me courir sur le haricot, j’ai commencé à m’intéresser au récit et quand il a basculé totalement, il m’était impossible d’en ressortir et je suis allée jusqu’au bout d’une seule traite.

Quant une interview vire au cauchemar et se transforme en récit de survie, ça vous change un homme et le David va en sortir transfiguré. Mais seul, horriblement seul contre tout le reste puisque personne ne le croit.

Il lui faudra encore quelques embrouilles pour sortir vraiment de sa coquille et comprendre ses erreurs et puis tenter de les réparer.

Ce roman, c’est la renaissance d’un homme après un séjour sur une terre sauvage, brutale, froide, hostile où la Nature est toute puissante et les ours aussi. Pourtant, même en rogne, un ours sera toujours moins démoniaque qu’un humain quand ce dernier a décidé que vous le gêniez et que vous deviez avoir une bonne leçon.

L’inconvénient c’est que la transformation de David le-sans-saveur en David attaquant-le-Goliath-machiavélique va un peu trop vite et que cela pose la question de la vraisemblance. Dans la vie réelle, on ne galérerait bien plus longtemps et nous n’aurions pas fini de ramer. David devait avoir la baraka collée à ses basques.

Au moins, je ne pourrai pas me plaindre que le récit était trop long et qu’on a fait durer le plaisir juste pour avoir des pages de plus.

Le juste milieu qui satisfait les lecteurs n’est pas facile à atteindre et si je me permets de juger, je ne sais pas ce que je ferais, moi, à la place de l’auteur, pour rester dans le réalisme. Sans doute pire…

Un roman policier qui commence platement, avec un personnage sans saveur et qui explose à un moment donné en un roman de survie, d’aventure, de nature writing, en quête de la vérité, en forme de rédemption tout en essayant de reprendre le contrôle de sa vie qui est en train de changer de manière irrémédiable.

Malgré mon bémol sur la vraisemblance du récit et sa rapidité, c’était un bon moment de lecture, même si ce roman n’arrive pas à la cheville de « Denali » au niveau de l’intensité des émotions et de la narration.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°26].

Jungle : Miguel Bonnefoy

Titre : Jungle

Auteur : Miguel Bonnefoy
Édition : Paulsen (2016) / Rivages Poche (2017)

Résumé :
Prenez un jeune écrivain couvert de louanges, couronné de nombreux prix littéraires.

Plongez-le sans autre préparation au milieu de la jungle vénézuélienne. II devra parcourir la montagne (Auyantepuy), escalader des crêtes, s’enfoncer dans la mousse, traverser des torrents, ouvrir des sentiers à la machette…

Et s’élancer dans le Salto Angel, un rappel vertigineux de neuf cent cinquante mètres, dans le fracas de la plus haute cascade du monde.

Laissez frémir quatorze jours, et faites revenir.

Vous obtiendrez Jungle, un texte joliment ciselé par le vent, perlé par les marécages, le récit d’un jeune homme qui s’abandonne à la nature et confirme son talent pour la littérature.

Critique :
Je ne sais pas ce que j’ai ces derniers temps mais j’en suis à ma 3ème déception lecture ! L’une à la suite de l’autre…

Pourtant, ce roman parlant d’un trek de 15 jours dans la jungle vénézuélienne, au milieu d’une flore et d’une faune méconnue par nous, avec grimpette de la montagne Auyantepuy et la redescente en rappel par la gorge du Diable, la où se situe la cascade la plus haute du monde, le Kerepakupai Venà, avait tout pour me plaire.

Une fois de plus, je suis restée quasi de marbre devant les mots de l’écrivain, lisant sans lire, n’arrivant pas à me projeter dans cette jungle.

Sans doute que, comme l’auteur, j’ai compris que la littérature n’arriverait jamais à retranscrire avec les mots juste la beauté de la Nature. L’auteur ne me contredira pas, lui qui s’est renseigné dans les livres sur son périple et qui a avoué ensuite que toutes les pages de bibliothèque ne pouvaient rien devant l’architecture d’une fleur.

Avant le départ, je lus tout ce que je trouvais sur le sujet. Du vieux manuscrit jusqu’au traité de biodiversité, je m’enfermai dans des bibliothèques et des librairies, je rencontrai des archéologues et des géographes, des journalistes spécialisés dans les exploitations minières et des poètes de Ciudad Guayana. J’abattis le travail de plusieurs hommes pour dresser une monographie régionale de la Gran Sabana. Je dois confesser ici que, lorsque je posai le premier pied dans la jungle, je compris que mon effort avait été vain. Toutes les pages des bibliothèques ne peuvent rien devant l’architecture d’une fleur.

Et bien, j’ai dû souffrir du même syndrome aussi car mon petit coeur de lectrice n’a pas vibré dans cette nature luxuriante, dans ces chemins escarpés, ne s’est pas décroché lors de la descente en rapper de la cascade la plus haute du monde.

Là, il est plus que temps que j’aille voir un médecin, je dois souffrir d’un virus de lectrice blasée ou alors, le roman et moi n’étions pas fait pour nous rencontrer.

Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 08].

 

Vers la sobriété heureuse : Pierre Rabhi

Titre : Vers la sobriété heureuse

Auteur : Pierre Rabhi
Édition : Babel (2013)

Résumé :
Pierre Rabbi a en effet vingt ans à la fin des années cinquante, lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu’ont largement commencé à dessiner sous ses yeux ce que l’on nommera plus tard les Trente Glorieuses.

Après avoir dans son enfance assisté en accéléré, dans le Sud algérien, au vertigineux basculement d’une pauvreté séculaire, mais laissant sa part à la vie, à une misère désespérante, il voit en France, aux champs comme à l’usine, l’homme s’aliéner au travail, à l’argent, invité à accepter une forme d’anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique, point de dogme intangible.

L’économie ? Ce n’est plus depuis longtemps qu’une pseudo-économie qui, au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l’humanité en déployant une vision à long terme, s’est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d’élever la prédation au rang de science.

Le lien filial et viscéral avec la nature est rompu ; elle n’est plus qu’un gisement de ressources à exploiter – et à épuiser.

Au fil des expériences de vie qui émaillent ce récit s’est imposée à Pierre Rabhi une évidence : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé « mondialisation ».

Ainsi pourrons-nous remettre l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, et redonner, enfin, au monde légèreté et saveur.

Critique :
J’avais déjà entendu parler de Pierre Rabhi, mais sans plus et, une fois de plus, c’est à cause (grâce ?) de La Grande Librairie que j’ai découvert ce monsieur qui prône une sobriété dans nos sociétés de consommation.

Sa manière de penser m’avait interpellée et je voulais découvrir au moins un de ses ouvrages.

Heureusement que j’ai eu le temps de faire du stock de livres avant le confinement… No sobriété dans mes livres.

Je consomme donc je suis… Voilà en quoi on a réussi à nous transformer, en bétail consommant tout et rien et pensant que si nous n’avons pas, nous n’existons pas.

Si l’esclavage a été aboli, il est toujours présent dans nos pays, sous une autre forme, mais le travail à la chaîne en est un bel exemple, ainsi que nos « colons » allant prôner le travail en usine dans des petits villages qui s’en sortaient très bien avant notre arrivée.

Pourrait-on être heureux avec moins ? C’est ce qu’affirme Pierre Rabhi et je suis tentée de le croire, l’abus nuisant en tout et la profusion de biens n’étant pas synonyme de vie heureuse.

Nos placards sont remplis, les congélateurs aussi et la même question se pose tous les jours : qu’est-ce qu’on mange ? suivie d’un soupir parce que nous ne savons pas.

Je me souviens de ce que Philippe Lambillon des « Carnets du bourlingueur » (RTBF, télé Belge) disait un jour en parlant des petites épiceries dans un pays dont j’ai oublié le nom. Il nous disait qu’il n’y avait que deux produits : du thon et un autre aliment. La question du que mange-t-on ne se posait même pas, là-bas. Bizarrement, lorsqu’il revenait chez lui, devant ses armoires remplie de victuailles, il ne savait que choisir.

Au travers des souvenirs de son enfance, prenant l’exemple de son père, forgeron heureux qui dû devenir ouvrier d’usine sans avoir d’autre choix, l’auteur nous parle des sociétés de consommation, de ces gens qui pensent tout savoir mieux que tout le monde et qui pousse les sociétés à consommer comme si la Terre était sans-fond, sans limite…

Basculant de l’agriculture raisonnée à l’éducation des enfants et au respect de la femme, j’ai eu l’impression que ce petit livre aurait pu avoir des pages de plus afin d’entrer dans les détails, d’étoffer certains passages et de ne pas laisser l’impression que l’auteur devait tout dire en 150 pages de récit.

Son essai est copieux, dense et malgré le peu de page, il ne se lit pas d’une traite car il faut laisse le temps au cerveau d’assimiler le tout, tout en poussant notre propre réflexion au sujet de ses messages.

Même si je l’ai trouvé un peu court, j’ai eu matière à nourrir mon cerveau, à me questionner, à regarder autour de moi, à penser au mur dans lequel nous avons déjà foncé tête baissée, me demandant s’il n’est déjà pas trop tard pour enrayer l’iceberg que nous avons déjà tamponné allègrement.

Pour l’auteur, cela semble encore possible mais on sent dans ses propos que cela ne peut se faire sans y aller franco et il ne souhaite pas que cela se fasse dans la violence.

Non, ce petit roman qui parle d’écologie, de vie durable, de respect de la nature, des animaux, des Hommes, des enfants, n’est pas un ouvrage de greenwashing qui veut tout peindre en vert pour se donner bonne conscience. Ses paroles sont sensées, ses idées ne sont pas révolutionnaires mais pleines de bon sens.

C’est un petit ouvrage où j’ai souligné bien des passages et qui doit être relu un peu plus tard, à tête plus reposée, sans se presser, afin d’en digérer toute la philosophie. Sans compter qu’il faut des couilles et que ce n’est pas facile de vivre dans la sobriété heureuse alors que nous sommes au milieu de société de consommation…

L’émission de François Busnel m’a déjà fait découvrir quelques pépites qui m’ont sorties de mes sentiers battus littéraires. Elle a enrichi mon esprit mais mon bankster ne lui dit pas merci ! mdr

PS : en cherchant des illustrations pour ma chronique, je suis tombée sur les trucs polémiques autour de l’homme et de ses fondations. Mais cela, j’en ai pris connaissance après ma lecture et après rédaction de ma critique. Les polémiques n’entreront donc pas en ligne de compte. Même Mère Theresa avait des casseroles au cul…

Belek, une chasse dans le Haut Altaï : Galsan Tschinag

Titre : Belek, une chasse dans le Haut Altaï

Auteur : Galsan Tschinag
Édition : Philippe Picquier Poche (2007)
Édition Originale : ?
Traducteur : Dominique Vuathier

Résumé :
Un journaliste apprend la mort de Belek, un homme simple qui, parvenu au crépuscule de sa vie, tua un loup sans autre arme qu’un gourdin. De retour dans son village natal, il découvre que, sous des dehors anecdotiques, se cache l’un de ces drames qui tissent la vie des petites gens.

A l’orée du village, vit solitairement le vieux Dshaniwek, en butte à l’hostilité générale. C’est pourtant lui que choisit le narrateur pour aller traquer le loup.

Surpris par un orage, tous deux s’abritent dans un ancien campement d’hiver. Interrogé sur le passé des lieux, le vieillard taciturne devient soudain loquace et raconte la déchirante histoire du fils qu’il n’osa jamais reconnaître.

Critique :
160 pages, c’est court, mais il n’a pas fallu deux lignes pour que je parte en voyage dans le pays Touva, extrême sud de la Sibérie (j’y étais déjà avec Sylvain Tesson).

Deux histoires, avec un début et une fin, le genre d’histoire qu’on aurait eu envie d’écouter un soir, devant un feu de camp, tant elles auraient été belles, dites à voix haute.

Deux histoires tragiques, bien entendu.

La première est celle de Belek, un pauvre bougre, un berger qui a été puni alors que les responsables étaient les p’tites bit** qui avaient des armes et voulaient chasser le loup en s’en prenant à des louveteaux sans défense.

Vous situez le genre de pleutres qu’étaient ces quatre kékés ? Des porteurs d’emmerdes et les emmerdes, ça vole toujours en escadrilles. Belek ne le savait pas et il l’a payé cher sans que les autres fussent inquiétés.

C’est une histoire émouvante, une histoire tendre aussi, celle d’une vengeance, celle d’un homme chassé du clan pour une erreur qui ne lui était pas imputable, une histoire de malédiction car dans ces terres, elle règne en maître.

En filigrane, nous aurons aussi de la politique, celle du Parti, des Rouges, mais pas des socialistes comme nous avons maintenant… Non ! Ici, ce sont ceux avec qui il ne faut pas trop discuter et où il ne fait pas bon avoir des biens.

La seconde histoire est celle d’un père qui n’osa jamais reconnaître son fils, qui se pensait voleur alors qu’il ne l’était pas, et celle aussi des Rouges, plus présente, puisque notre vieux Dshaniwek a été un membre important du parti.

La première histoire m’avait emportée loin de Bruxelles, donné des émotions et c’était un peu groggy que j’avais commencé la seconde, pensant, à tort qu’elle serait moins belle.

Elle a tout explosé. Le pays m’a apparu encore plus dur, encore plus violent, surtout ses paysages, ses montagnes, son climat. Une fois de plus, les personnages sont marquants, même les seconds rôles.

Bajak, que l’on regarde jeune garçon, avec l’envie de le fesser va se révéler être un homme de bien, un grand homme, un homme qui voulait juste vivre sans faire de bruit, sans déranger personne, en faisant le bien autour de lui. Mais…

Oedipe à l’envers… Dark Vador et Skylwalker avec plus de brio, de bravoure, de folie, de haine. On devrait détester son père, Dshaniwek, mais c’est impossible. On aimerait agir, intervenir, hurler « non » mais tel un témoin impuissant, les drames vont se jouer sous nos yeux.

J’ai refermé ce petit roman en soupirant car il était déjà terminé… Entre nous, je ne sais pas si j’aurais survécu à une autre histoire de la trempe de ces deux-là.

Une fois de plus, un roman où la Nature est très présente, où les Hommes doivent faire corps avec elle s’ils ne veulent pas mourir.

Deux histoires tragiques dans un pays magnifique pour celui qui le voit dans un reportage, mais en vrai, c’est un pays et un peuple aussi âpre l’un que l’autre car façonné par les vents et le climat rude.

Pour les Nuls et pour se coucher moins bête : La république de Touva est située dans l’extrême sud de la Sibérie. C’est le vingt-quatrième sujet fédéral de Russie en superficie, avec 168 604 km.

Elle est limitée au nord par le kraï de Krasnoïarsk et l’oblast d’Irkoutsk, à l’est par les républiques de Khakassie et Bouriatie, au sud par la Mongolie et à l’ouest par la république de l’Altaï.

En 1944, le Tannou-Touva intègre l’Union soviétique comme oblast autonome de Touva, puis, en 1961, celui-ci devient une république autonome au sein de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, appelée république socialiste soviétique autonome de Touva.

Dans les forêts de Sibérie : Sylvain Tesson

Titre : Dans les forêts de Sibérie

Auteur : Sylvain Tesson
Édition : Folio (2011/2013/2016/2019)

Résumé :
Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane.

Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.

Je crois y être parvenu.

Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ?

Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?

Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Critique :
Oui, je dois être prise de folie pendant ce confinement (qui est plus doux que celui de mes voisins français) puisque après avoir lu des romans traitant de la peste et du choléra, voilà que je me suis plongée dans un roman qui traite d’un isolement choisi.

Quelle idée folle que celle d’aller s’enterrer 6 mois dans une cabane en bois, au fond de la Sibérie, le long du lac Baïkal ?

D’accord, tout comme Sylvain Tesson, j’ai des lectures en retard, mais jamais de le vie je n’irais m’exiler, seule, en Sibérie…

Merde, Sylvain Tesson, tu m’as donné envie d’y aller, maintenant ! Mais pour mon cas, il faudrait un semi-remorque pour transporter les livres que je veux lire…

Des mauvaises langues pourraient penser que la méditation le long du lac Baïkal est un truc de fainéant, mais je les détrompe de suite…

Là-bas, si tu ne coupes pas ton bois pour faire du feu, personne ne le fera à ta place ! Si tu ne pêches pas tes poissons, Ordralphabétix ne t’en vendra pas sur la place du village puisque ton plus proche voisin est à 5h de marche !

Ce que j’aime, dans les récits de Tesson, c’est que non seulement il nous emmène loin de toute civilisation, mais aussi qu’il parsème ses romans d’aphorismes en tout genre, d’extraits des romans qu’il a lus et se sont toujours des phrases qui donnent à réfléchir.

Ici, la Nature est LE personnage principal. Les ours, les poissons, les cerfs, la neige, la glace, le froid, la solitude sont à prendre en compte. Mais avec des litres de vodka et des cigares, on vient à bout de tout. Même des -30°. Vaut mieux le lire au soleil, à l’abri du vent, sinon, le froid s’insinuera dans vos os.

Un roman dépaysant, où les alternances entre le récit de la description du quotidien alterne avec des moments grandioses de poésie, d’éclair de génie, de phrases magnifique.

Un roman où l’Homme est peu de choses face à la Nature, même si, avec les nouvelles technologies, l’Humain se fraye de plus en plus un chemin dans ces grandes étendues désertiques.

Espérons qu’un jour il n’y aura pas d’embouteillage comme sur les sommets qui ne sont plus immaculés mais maculés de déchets. Hélas, sur ces étendues sauvages, les Chinois lorgnent , pour la déforester…

Un roman sur un confinement voulu, prévu, mis en place car rêvé par Sylvain Tesson qui est allé jusqu’au bout de son rêve. Bon, d’accord, lui, il pouvait sortir prendre l’air et arpenter les étendues glacées !

Le poney rouge : John Steinbeck

Titre : Le poney rouge

Auteur : John Steinbeck
Édition : Folio Junior (2009)
Édition Originale : The Red Pony (1933)
Traducteurs : Marcel Duhamel & Max Morise

Résumé :
Jody, petit garçon rêveur et solitaire, vit dans un ranch de Californie, avec ses parents et son ami Billy Buck, le garçon d’écurie.

Sa vie est paisible, entre l’école et les travaux de la ferme. Un matin, Jody découvre dans la grange un poney rouge, offert par son père. Aidé par Billy Buck, Jody entreprend de le dresser.

Et peu à peu vient le jour où, pour la première fois, Jody va pouvoir le monter ! Mais le poney tombe malade…

Par un grand romancier américain, l’histoire d’une inoubliable amitié, une aventure humaine forte et juste au cœur des fascinants paysages du Far West.

Critique :
Steinbeck ne m’a pas fait vibrer avec ce petit roman jeunesse qui, je trouve, manquait de profondeur dans son personnage principal de Jody.

On saura peut de chose de lui et de ce fait, il me fut difficile de m’y attacher, même si j’ai ressenti sa peine.

Monsieur Steinbeck, vous êtes une brute ! Vous offrez un poney à un gamin, il en est bleu, de son poney rouge, il le dresse et au moment où va enfin pouvoir le monter, bardaf, vous le faite mourir.

Non mais allo quoi ? En plus, j’aurais compris si il avait été emporté par le tétanos, mais sérieusement, un refroidissement après une pluie ?

Oui, dans ma vie, j’ai vu un jour une de mes juments trembler de froid sous la pluie, mais pas après un après-midi passé dessous, c’était après des jours et des jours de pluie, quand tout devient boue et que l’eau ruisselle de partout.

Un bon bouchonnage à la paille, un couverture séchante, un grand paddock pour pouvoir marcher, à l’abri et c’en était fini de ses tremblements. Mais vous, vous emportez le poney d’un pauvre gamin qui n’attendait qu’une chose : monter dessus.

Si la vie dans une exploitation est bien décrite, si les choses simples sont bien mises en scène, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages et si j’avais pas vécu plusieurs fois la perte d’un cheval, je n’aurais pas vibré avec Jody.

Hélas, j’ai vibré à cause de mes souvenirs malheureux mais pas à cause des siens. Autant où nous laissons couler nos larmes devant un de nos animaux étendu sans vie sur le sol, autant ici, Jody ne lâche rien, de peur qu’on le prenne pour une mauviette, une gonzesse… Il passe sa tristesse en maltraitant d’autres animaux et pour la compassion venant de ses parents, faudra repasser, car ils n’en montrent aucune.

Pourtant, en me posant un peu, je ressens de la douleur pour Jody, un gamin élevé sans amour par ses parents à qui il donne du m’sieur ou du m’dame, comme s’ils étaient des étrangers.

L’auteur a beau nous expliquer, au travers des pensées de Jody, que son père est un homme bon, j’ai du mal à le croire et me le répéter 36 fois ne me fera pas changer d’avis.

Une lecture en demi-teinte, donc, malgré la plume de Steinbeck, son style brut, cru, sans fioritures, violent, qui n’épargnera pas son jeune lecteur, même s’il laissera peut-être des plus âgés froids, justement à cause du manque d’empathie pour les personnages.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°01].

Là où chantent les écrevisses : Délia Owens


Titre : Là où chantent les écrevisses

Auteur : Délia Owens
Édition : Seuil (02/01/2020)
Édition Originale : Where the Crawdads Sing (2018)
Traducteur : Marc Amfreville

Résumé :
Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  » la Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord.

Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection.

Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais.

Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.

Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Critique :
À partir de maintenant, Kya sera bien plus que le nom d’une marque de voiture.

Maintenant, Kya, ce sera, avant tout, une héroïne qui m’a apporté des émotions en pagailles.

Attention, pas des émotions livrées en vrac dans un camion benne et qu’on balance à tes pieds et démerde-toi pour les trier…

Non, des émotions qui vont et qui viennent, des temps forts, des émotions douces, des dures, des tendres, de celles qui font le même effet qu’éplucher 1 kilo d’oignons.

Kya a mal commencé dans la vie, elle qui, telle un personnage de Dickens, avait un père alcoolo avec la main lourde, qui a vu sa mère partir, puis ses sœurs et ses frères mettre les voiles, sans que jamais personne ne la prenne par la main et ne l’emmène avec… Puis le daron s’est barré.

C’est une gamine qui se retrouve seule et livrée à elle-même, dans les marais, sans que personne dans la paisible communauté bourrée de grenouilles de bénitiers ne s’en émeuve et ne fasse quelque chose pour l’aider. Pour eux, c’est une souillon, une sauvage et je vous passe le reste.

Nous sommes dans les années 50 et à cette époque-là, puisque l’on n’est pas capable de dire merde à la ségrégation raciale et de passer outre, faut pas trop espérer que ces braves WASP (White Anglo-Saxon Protestant) tendent la main à la gamine qui marche pied nus et qui a tout d’une sauvageonne illettrée et asociale.

Impossible de ne pas s’attacher à cette gamine lumineuse, débrouillarde, qui cafouille beaucoup au départ, pour se faire à manger, mais qui arrivera à survivre en utilisant les ressources du marais et la gentillesse de Jumping, Noir de son état et qui a un cœur plus gros que tous les biens pensants qui vont à l’Église (pour les Blancs) tous les dimanches.

Je citerai aussi Mabel, son épouse, qui est le genre de femme que l’on aimerait croiser dans sa vie, lorsque tout s’est effondré. Ils sont Noirs, n’ont pas de droit, mais eux au moins, ils tendent la main, ils aident. Bref, ils m’ont émus.

C’est un roman noir nature writing car si ses conditions de vie sont dignes de Dickens, en apprivoisant le marais, elle va réussir à survivre et à en tirer de belles choses car lorsqu’on tend la main à Kya, il n’en ressort que du magnifique, du beau, du lumineux.

Le marais est lui aussi utilisé comme personnage principal car durant tout le récit, qui alternera entre 1969 (le présent) et 1952 (le passé), le marais pèsera sur le récit, lui donnant une tonalité inattendue, belle, une ode à la préservation de la Nature nourricière et des animaux qui la peuplent.

On va doucement, sans pour autant se la couler douce, sans pour autant perdre du temps, mais le récit s’écoule à son rythme, celui des marais et si on tend bien l’oreille, là-bas, tout au fond, là où c’est le plus sauvage, on entendra chanter les écrevisses.

Sur la fin du récit, pendant les pages les plus angoissantes, j’ai eu envie de les passer afin de savoir « quoi », pour arrêter ce suspense horrible, cette attente détestable, pour diminuer les battement de mon cœur et éviter la crise cardiaque en plein coronavirus… Ce qui serait bête.

Un roman émouvant, beau, tendre, dur, qui met en avant des Humains magnifiques, des détestables, des manipulateurs, des racistes primaires, des lâches aussi car nous le sommes tous parfois et qui vous en apprend plus sur la nature des Hommes et celle au sens propre, notamment sur la vie sexuelle de certains insectes.

Méfiez-vous des lucioles…

Un roman à découvrir car c’est malgré tout une bulle de douceur, de bonheur, de silence, dans ce monde de brute et grâce à lui, je suis partie en voyage, à l’autre bout du monde, dans une autre époque et tout ça pour le prix d’un livre, sans sortir de chez moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°198.