Sans même un adieu : Robert Goddard [LC avec Bianca]

Titre : Sans même un adieu

Auteur : Robert Goddard
Édition : Sonatine (2016) / Le Livre de Poche (03/01/2018)
Édition Originale : Take No Farewell (1991)
Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
1911, Geoffrey Staddon, jeune architecte plein d’élans et d’espoir, vient de concevoir une magnifique demeure, Clouds Frome. Et il est tombé amoureux fou de la femme de son commanditaire, Consuela Caswell, une jeune Brésilienne perdue dans un mariage de convenance.

Alors qu’il lui a promis de s’enfuir avec elle, il l’abandonne à son triste sort, préférant se consacrer pleinement à ses ambitions professionnelles.

1923, en lisant le journal, Geoffrey tombe sur un article qui lui glace le sang. Consuela Caswell est accusée de meurtre et risque la peine capitale.

Bouleversé par cette nouvelle qui réveille bien des fantômes et ravive son sentiment de culpabilité, il ne peut rester sans rien faire. D’autant plus qu’il est persuadé que Consuela n’a pas pu commettre un crime aussi terrible.

Il n’a pas le choix, il doit revenir à Clouds Frome pour savoir ce qu’il s’y est réellement passé. Il ne se doute pas encore des sombres secrets qu’il va y découvrir et qui vont bouleverser son existence.

Critique :
En vacances, faire des longueurs dans la piscine me détend l’esprit, le vide le cerveau, j’adore ça.

Par contre, en littérature, les longueurs, ça remplit le cerveau d’autre chose car on n’est pas concentré sur sa lecture.

Et des longueurs, nom d’une pipe, il y en avait en veux-tu en voilà, dans ce récit !

D’ailleurs, si je n’avais pas été en LC avec Bianca, je pense que j’aurais sauté directement aux derniers chapitres, afin de savoir le fin mot de l’histoire et le livre aurait fini dans mes étagères de l’oubli.

Heureusement que j’étais en LC, donc, je ne l’ai pas fait… Et heureusement aussi qu’avant la moitié du roman (avant la page 400, donc), on commence à entrer dans le vif du sujet et les longueurs ne seront plus que limitées dans le récit.

Si on retire les longueurs qui m’ont rempli d’une langueur monotone, ce roman possède bien des choses qui valaient la peine qu’on les découvre et donc, que l’on aille jusqu’au bout sans sauter les huit dixième du récit.

L’ambiance, tout d’abord, celle post Première Guerre Mondiale et l’état d’esprit qui va avec, cette société très machiste, qui n’accepte pas qu’une femme soit libre, belle, intelligente. Non, ça leur fout la trouille (comme encore maintenant). Et si en plus elle vient d’ailleurs, alors là, c’est le cumul interdit. D’accord, de nos jours aussi.

Cette société anglaise est très bien décrite, surtout dans ses différences entre les riches, les pauvres, les prolétaires, les hommes et les femmes, les enfants qui n’ont pas de droit, le système judiciaire archaïque, où l’on pend encore, même si on ne le fait plus en public. La France ne sera pas en reste puisque la faiseuse de veuve tranche toujours les cous. C’était il y a 100 ans.

Les personnages sont intéressants aussi, même si j’ai été heureuse que Geoffrey Staddon aille enfin s’acheter une paire de coui…, heu, de roubi…, enfin, vous voyez de quoi je veux parler (des enfants lisent peut-être mes bafouilles). De testicules, en effet.

Parce que nom de Dieu, Geoffrey, j’ai parfois eu envie de t’étrangler ! Spice di counard, va, qui abandonne la femme à qui il a tout promis, à cette femme qui elle prenait tous les risques, dans cette société étriquée de 1910, pour quitter son mari, alors que pour elle, le divorce était inacceptable (elle est brésilienne et pas libérée).

Au niveau de l’enquête, j’ai suspecté tout le monde et s’il y avait eu un chat, il aurait été sur ma liste des suspects aussi. Là, je dois dire qu’à la révélation, après quelques rebondissements, j’ai été sur le cul.

Rien à redire du final, il m’a donné des palpitations cardiaques, il était bourré de suspense, de retournements de situations, de mauvaises passes et de questionnements, jusqu’à la solution à laquelle je n’avais pas pensée.

Par contre, dans les dernières lignes, l’auteur m’a laissée perplexe, sans que je sache ce qu’il arrive vraiment à un personnage, mais dans mon esprit, tout ira mieux pour lui ensuite, c’est ma manière de positiver après une lecture dont plus de la moitié du récit fut longue et dure. J’avoue que j’ai sauté des lignes !

Une LC où Bianca et moi avons eu du mal à avancer mais pour terminer tout de même sur le cul, sans avoir vu venir la résolution. Sans cela, nous aurions eu une lecture intéressante, certes, mais bourrée de longueurs chiantes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°186 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°31].

À l’ombre des loups : Alvydas Šlepikas

Titre : À l’ombre des loups

Auteur : Alvydas Šlepikas
Édition : Flammarion (08/01/2020)
Édition Originale : Mano vardas – Marytė (2011)
Traducteur : Marija-Elena Baceviciute

Résumé :
Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de s’achever, femmes et enfants allemands sont exposés à l’avancée de l’armée soviétique victorieuse en Prusse-Orientale.

Dépossédés de leurs biens, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux tout n’est plus que désolation.

Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver à se nourrir : malgré la menace omniprésente des soldats russes, certains enfants décident d’entamer le périlleux voyage.

La forêt sombre et inquiétante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les « enfants-loups ».

Dans ce roman bouleversant, Alvydas Slepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes.

À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes, qui confèrent à ce livre une force irrésistible.

Critique :
Autant parfois où je me plains de roman qui ont trop de longueurs, autant je peux en trouver d’autres bien trop court. Surtout lorsque le récit prend à la gorge, qu’il possède des personnages auxquels on s’attache et dont on aimerait savoir ce qu’il va advenir d’eux ensuite…

Les récits de guerre sont toujours intéressants pour moi dans le sens où je voudrais en savoir plus, explorer la noirceur humaine, qu’elle soit le fait de militaires et concerne des exterminations de masse ou qu’elles soient le fait de gens ordinaires qui ont eu peur des Autres et n’ont pas répondu à leur appel à l’aide.

Je jugerai plus durement le soldat qui fait usage de la force de ses armes à feu face à des civils désarmés que lorsqu’une personne lambda a eu la trouille d’ouvrir sa porte car elle ne savait pas si les gens implorant de l’aide derrière étaient animés de bonnes intentions ou si l’aide qu’elle leur donnerai ne se retournerait pas contre elle.

Dans le confort de son salon, le ventre et le frigo remplis, il est facile de dire que nous aurions agit mieux que les personnages qui se trouvent devant nous, dans ces pages, eux qui ne possèdent que peu de nourriture, eux qui ont peur des soldats, de la menace du Goulag…

Ce roman prend son lecteur aux tripes car il nous fait entrer dans le quotidien d’une famille allemande, celle d’Éva, juste après la défaite, lorsque les soldats Russes font payer aux civils tout ce que les soldats Allemands ont fait subir aux leurs durant leur avancée en Russie. Je ne cautionne ni l’un, ni l’autre.

Le quotidien de ces familles , c’est la famine, la misère, le froid, les privations et les humiliations. Certaines mères vont même jusqu’à proposer certains de leurs enfants à la vente pour obtenir de quoi manger en échange, afin de nourrir les autres, plus jeunes. Ou à se jeter avec leurs enfants dans le fleuve Niémen, afin d’échapper aux privations.

C’est cru, c’est violent et lorsque je lis ce genre de récit, je suis heureuse de ne pas avoir vécu cela. M’imaginer à leur place me serre les entrailles car j’ai remarqué que l’on devenait vite indifférent aux autres, lorsque l’on avait le ventre vide depuis des lustres et que l’on vivait entouré de cadavres.

Je me suis attachée à Éva, à tante Lotte, aux enfants et j’aurais aimé savoir ce qu’il va leur advenir mais le mot « fin » est venu trop tôt, me laissant dans le doute, dans l’angoisse, dans des idées sombres quand à leur avenir.

Une fiction historique basée sur des faits réels, qui explore un pan méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, de ces enfants-loups, ces Wolfskinder qui, en 1946, ont été envoyés par leurs mères en Lituanie, afin de tenter de récupérer de la nourriture pour leur famille, ou dans l’espoir qu’ils y seraient en sécurité.

Émouvant, poignant, glacial, une écriture qui ne masque pas les douleurs des gens, leur condition de vie inhumaine et innommable, sans pour autant chercher le glauque.

Une plume qui nous offre un récit basé sur la réalité, une réalité qui n’est pas belle à voir et qui transformera certains de ces enfants en bête féroce car pour survivre, il faut être le plus fort.

Magnifique mais trop, trop court ! Beaucoup trop court.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°183 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°28].

Notre mère la guerre – Tome 04 – Requiem : Kriss & Maël

Titre : Notre mère la guerre – Tome 04 – Requiem

Scénariste : Kriss
Dessinateur : Maël

Édition : Futuropolis (04/10/2012)

Résumé :
En septembre 1917, remis de ses blessures, le lieutenant Vialatte apprend deux nouvelles d’importance : Eva, l’amour de sa vie, travaille comme interprète à la Croix-Rouge.

Par ses fonctions, elle est en contact avec les camps de prisonniers français en Allemagne.

Et c’est par elle que Vialatte découvre que Peyrac, porté disparu en 1915, a été fait prisonnier et qu’il est bien vivant. Vialatte, avec l’aide de Janvier, reprend donc son enquête, pour découvrir enfin le nom du ou des coupables de l’assassinat des trois jeunes femmes sur le front.

Où l’on apprendra comment Peyrac fut mis à la tête d’une unité de gamins, de fortes têtes repris de justice, puis après la mort de ces derniers, comment il se retrouva prisonnier en Allemagne.

Vivant donc, mais mal en point, en proie à des délires cauchemardesques…

Critique :
Ce dernier album clôt l’enquête de Vialatte, qui, pour le moment, patauge toujours dans la boue et n’a pas réussi à prouver l’implication de l’unité du caporal Peyrac dans les meurtres des 4 jeunes filles dont on avait retrouvé les corps non loin des premières lignes du front.

Petit retour en arrière pour nous présenter un peu plus en détail le fameux caporal Peyrac, celui qui devait diriger une unité de jeunes gamins pré-pubères qui venait d’une maison de redressement.

Alternant les passages se déroulant sur le front à ceux se déroulant ailleurs, les auteurs nous livrent enfin le QUI et surtout, le POURQUOI de ces quatre crimes. J’avais eu beau chercher, je n’avais pas trouvé.

Il règne, dans ce dernier album, des sentiments de colère et d’incompréhension chez les soldats. Tout le monde en a marre de cette guerre, de ces morts et de cette France, qui, au travers des lettres des épouses, dit à ses soldats qu’il faut lui faire honneur, qu’il faut avoir du courage et se battre. Facile lorsqu’on n’est pas au front…

Les dessins, dans des tons camaïeux de gris et de sépia collent à l’ambiance sombre et terne du front et de la série. La guerre de tranchée est bien représentée, on voit la boue, elle colle aux godillots, elle pénètre dans les vêtements et génère le froid.

Mon seul bémol sera pour les dialogues en allemand qui ne sont pas traduits. Ce n’est sans doute rien d’important, mais une petite traduction dans la case ou en fin de page n’aurait pas nuit à la chose.

Un dernier album qui termine, magistralement, une enquête longue et laborieuse, où les indices n’étaient pas légions, où les scènes de crimes se détérioraient très vite, rendant la tâche du lieutenant Vialatte plus difficile.

Une belle saga consacrée à la Première Guerre Mondiale, qui a exploré les tranchés, l’âme et les pensées des soldats, mais aussi celle des français moyens, ceux qui se trouvaient à l’arrière (pour des raisons X) et qui regardaient les soldats avec regard où se mélangeait l’admiration mais aussi la peur de se faire salir par eux.

On peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°174 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°19].

Bagdad, la grande évasion : Saad Z. Hossain

Titre : Bagdad, la grande évasion

Auteur : Saad Z. Hossain
Édition : Agullo Fiction (13/04/2017) / Folio SF (2019)
Édition Originale : Escape from Baghdad ! (2013)
Traducteur : Jean-François Le Ruyet

Résumé :
Prenez une ville ravagée par la guerre : Bagdad, 2004.

Prenez deux types ordinaires qui tentent de survivre ; ajoutez un ex-tortionnaire qui veut sauver sa peau, un trésor enfoui dans le désert, un GI bouffon mais pas si con.

Incorporez un fanatique religieux psychopathe, un alchimiste mégalo, une Furie et le gardien d’un secret druze.

Versez une quête millénaire dans un chaos meurtrier chauffé à blanc ; relevez avec sunnites, chiites, mercenaires divers et armée américaine.

Assaisonnez de dialogues sarcastiques et servez avec une bonne dose d’absurde.

Critique :
♫ Je m’appelle Bagdad♪ Et je suis tombée ♪ Sous le feu des blindés ♫

Direction Bagdad en pleine guerre (2004), lorsque les gendarmes du monde, les Américains, retournaient tout le pays à la recherche d’hypothétiques armes de destruction massive, sans savoir que c’étaient eux les armes de destruction.

C’est dans une ville et un pays ravagé que j’ai débarqué. Nous étions loin du faste des milles et une nuits ou des hôtels avec 36 étoiles.

Pourquoi cette destination dangereuse qu’aucun Tour-Opérator ne me proposerait ? Pour varier mes lectures, mes plaisirs littéraires et parce que durant le Mois du Polar (en février, chez Sharon – page de pub), j’essaie toujours de sortir des auteurs aux nationalités moins courantes ou qui proposent des destinations inhabituelles pour moi.

Pour sortir de l’ordinaire, il sort de l’ordinaire, ce roman qui commence comme un roman de guerre additionné d’une touche d’humour cynique et d’une mini dose de fantastique ésotérique. Ou de l’ésotérisme fantastique. Vous trancherez.

Allez, c’est jour de fête on a aussi, dans ce récit, comme des airs de western, de la religion, de la politique, de l’action, de l’humour et de la réflexion. J’espère n’avoir rien oublié et s’il y en a un peu plus, je vous le laisse, ma bonne dame.

Les personnages sont assez atypiques car entre Dagr l’ancien prof de math, Kinza le tueur, Hamid l’ancien tortionnaire du régime de Saddam, Hoffman le sergent américain qui semble bien parti pour gagner un dîner de con et d’autres personnages tous plus hallucinants les uns que les autres dont un alchimiste sournois, une femme fatale, un espèce de martyr mystique et des fanatiques religieux. Visez-moi le casting de malade.

Anybref, le lecteur se retrouve devant un roman échevelé mais intelligent, bien écrit, bien mis en scène et profond. Le ton avec une dose d’humour noir et cynique. De l’absurdité parfois, mais pour arriver à du réel, tout en dénonçant une guerre absurde.

Vous savez, dans un pays en guerre, les gens simples se divisent en deux catégories : ceux qui se terrent et font dans leur froc et ceux qui prennent les armes et n’ayant plus rien à perdre, vont jusqu’au bout de la folie. Dagr en fait partie, même s’il a encore le trouillomètre à zéro à certains moments.

Il est dommage que l’ont mette en avant des romans qui le méritent sans doute mais qui n’ont pas autant d’âme que celui-ci, qui, soyons réalistes, ne sera jamais tête de gondole.

Il le mériterait pourtant car la construction est intelligente et jamais l’auteur ne paume son lecteur dans le fatras des personnages qui traverse son récit et niveau personnages principaux, ils sont tellement différents qu’il est impossible de les confondre.

Un roman qui a tout d’un roman noir, d’une course au trésor, d’une vengeance, d’une enquête avec les math pour s’aider, d’un secret aussi vieux que Bagdad, citée millénaire remplie de légendes.

Un roman drôle, intelligent, enlevé, profond, amusant, qui entraînera ses lecteurs dans une aventure folle mais réfléchie. L’auteur a jonglé avec bien des thèmes, passant du sérieux à du plus fou, des combats sanglants à une déclaration d’amour, sans jamais oublier de retomber sur ses pieds avec un équilibre jamais mis en défaut.

Un super roman dépaysant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°168 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°13].

 

Notre mère la guerre – Tome 03 – Troisième complainte : Kriss & Maël

Titre : Notre mère la guerre – Tome 03 – Troisième complainte

Scénariste : Kriss
Dessinateur : Maël

Édition : Futuropolis (2011)

Résumé :
À la fin du deuxième volume, les « gosses » de la section Peyrac sont suspectés par Vialatte et surtout le capitaine Janvier d’être les assassins des quatre jeunes femmes.

Mais Raton, Surin, Jolicoeur, Jojo, Planchard et Le Goan succombent à une attaque des Allemands.

Le caporal Peyrac, lui aussi, est porté disparu. Quand débute le troisième tome, nous sommes en mai 1917, vingt-sept mois plus tard. Le lieutenant Vialatte est versé dans les chars, en première ligne.

Gravement blessé, il sera soigné à l’hôpital militaire du camp de Marly-le-Roi. À sa surprise, le désormais commandant Janvier vient lui rendre visite.

« Vous vouliez rendre justice à ces malheureuses femmes et à ces gamins perdus ? Je vous en redonne le pouvoir », lui dit-il en substance.

Vialatte, tout juste remis de ses blessures, reprend donc son enquête à zéro…

Critique :
C’est avec plaisir que j’ai repris la série Notre Mère La Guerre après une longue interruption due au fait que je n’arrivais pas à mettre la main sur le tome 3.

Maintenant que je l’ai enfin trouvé, je me suis jetée dessus.

1917. La guerre est loin d’être finie, les chars ayant fait leur apparition, ce qui change la face de la guerre, sauf en ce qui concerne les morts qui tombent toujours comme des feuilles en automne.

Blessé, le lieutenant Vialatte a dû quitter sa compagnie de chars et reprendre l’enquête des jeunes filles retrouvées assassinées, enquête que nous avions suivie dans les tomes 1 & 2.

Les soupçons pesaient lourdement sur la section Peyrac, qui fut décimée durant un assaut et tous les membres déclarés assassins, sans distinction, sans réelles preuves. Ils sont tombés pour la France mais on leur a refusé le droit d’inscrire ça sur leurs tombes. Mais étaient-ils bien coupables ?

Cette saloperie de doute qui ronge et vous grignote le cerveau plus surement que les vers d’un cadavre.

Si les dessins sont toujours un peu bizarres et pas du tout ma tasse de thé (une histoire de goût), le scénario vaut la peine que l’on découvre cette saga.

Les deux premiers tomes étaient plus consacrés à l’enquête à proprement parler, sur le front et sa violence permanente. Nous étions au cœur de la guerre et les balles sifflaient à nos tempes, nous pataugions dans la boue et grelottions sous la neige.

Le troisième album est consacré à la reprise de l’enquête, mais loin du front, de la boue et fait la part belle aux pensées des soldats, à leurs ressentis, leurs ras-le bol, leur envie que la guerre s’arrête. L’euphorie des premiers jours est terminée depuis longtemps et on a compris qu’on ne botterait pas les boches dehors si facilement.

Alors que les galonnés et les planqués jurent toujours que la guerre a du bon, qu’elle fortifie et renouvelle une nation par le sacrifice du sang et dans l’honneur. Ben voyons. Mourir en soldat, quelque soit le côté de la tranchée, c’est toujours mourir.

Les auteurs nous offrent l’ambiance dans les villes, les contrôles, la haine entre les soldats et les gendarmes, la mentalité des civils français, leurs rapports avec les soldats et le front.

Une ambiance plus sombre, même si les couleurs sont dans des sépias lumineux, des personnages tourmentés, la rage au ventre, qui en ont marre de voir les copains mourir sous leurs yeux et la populace s’en foutre, comme s’ils vivaient sur une autre planète.

Les réflexions et les dialogues sont profonds, explorant l’âme des gens, traduisant leurs pensées, nous donnant à entendre leurs réflexions, qu’elles soient dénuées de bon sens (puisque l’Homme est ainsi) ou d’une logique implacable.

Le scénariste a ratissé large et nous a offert un beau panel de réflexions à méditer.

Un excellent album, comme les précédents. Une série qui mérite qu’on la découvre.

— Vous verrez une chose quand la guerre sera finie, mon lieutenant : on essaiera de leur raconter, et c’est nous qui aurons tort !
Quand ils nous féliciteront pour nos charges héroïques et qu’on leur avouera avoir juste crevé de trouille dans nos trous pendant des années, ils n’en voudront pas de notre petite vérité ! 

— Alors on a dit non, pas moyen. S’il veut alimenter sa boucherie, Nivelle a qu’à y porter sa viande tout seul ! 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°163 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°08].

La résistance indienne aux Etats-Unis du XVIè au XXème siècle : Elise Marienstras

Titre : La résistance indienne aux Etats-Unis du XVIè au XXème siècle

Auteur : Elise Marienstras
Édition : Gallimard (1980) / Folio Histoire (2003/2014)

Résumé :
Ce livre raconte «une autre histoire» : parcourant cinq siècles, il présente, à partir aussi bien de textes d’une actualité proche que de récits plongeant dans les temps immémoriaux du mythe, la résistance d’un peuple à la négation de son existence.

Le récit de leur résistance tenace à la colonisation et à la tentative d’extermination permet d’entendre directement leur parole, de les observer dans l’action, de les retrouver comme les partenaires d’une histoire commune où Euro-Américains et Amérindiens ont chacun joué leur rôle.

Vus sous cet angle, les Amérindiens paraissent exemplaires : ils se sont opposés avec constance au vol de leurs terres, à la violence exterminatrice, à l’anéantissement de leurs structures sociales et de leurs cultures, saisissant les armes les plus propices – guerre, guérilla, recours légal, usage inversé de l’acculturation, ressourcement aux racines de la spiritualité ancestrale.

Exemplaires dans leur refus de séparer la lutte pour la survie du combat pour l’identité, les Amérindiens concrétisent, par l’affirmation de leurs propres valeurs, le doute qui saisit le monde actuel sur le bien-fondé des civilisations technologiques, l’exploitation abusive des ressources naturelles, l’enfermement de l’homme blanc dans une vie consacrée au seul profit matériel.

Critique :
C’est l’histoire de l’arrivée des envahisseurs… De Colomb qui ne découvrit jamais l’Amérique puisque d’autres l’avaient trouvée avant lui, à une époque où l’Homme ne naviguait pas mais où il prit le raccourci via le détroit de Béring gelé. Pas de bol pour lui, on ne peut découvrir ce qui a été découvert par d’autres avant.

C’est l’histoire de meurtres, d’assassinats, d’un génocide, où les noms de certains coupables sont connus mais ils ne passèrent jamais en jugement.

C’est l’histoire de la destruction humaine, culturelle d’un peuple. De sa tentative d’anéantissement, de tout ce que l’Homme Blanc, l’envahisseur, fit comme tentatives pour se débarrasser de l’Homme Rouge. Il failli y arriver.

C’est l’histoire d’Hommes qui ne voulaient plus du joug des Rois sur le continent de la vieille Europe, qui rêvèrent d’un pays libre et qui se comportèrent comme les rois et gouvernants tyranniques, ceux là même qu’ils fuyaient, qu’ils critiquaient.

Étude historique, rassemblant les faits, ce roman pourrait être considéré comme une enquête puisque l’auteur rassemble des faits, des preuves, des pièces à convictions, elle parle des morts, des différentes techniques pour éliminer les Amérindiens, allant de la distribution de couvertures infestées aux massacres purs et simples et en passant par la famine, le déplacement (à pied)…

Considérant toujours que ces Êtres Humains sont comme des enfants et doivent être sous la tutelle de papa et maman États-Unis, le colonisateur se montre paternaliste, distribue les fessées et oblige ses enfants turbulents à s’adapter, à changer de vie, à devenir comme l’Homme Blanc, un cultivateur et plus un chasseur.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me ferait profondément enrager qu’on vienne me dire que je dois changer mon mode de vie, tout en me faisant tuer, déplacer, exterminer, affamer, déculturiser (non, le mot n’existe pas)…

Alternant les faits bruts, les extraits de discours, les passages de lois, l’Histoire, l’auteure dresse un portrait où l’Amérique ne sort pas grandie. L’Humain non plus.

Il est tellement plus facile de voler ce que l’on convoite plutôt que de le demander gentiment ou de l’acquérir avec une contre-partie. Il est tellement plus intéressant de prendre ou d’acheter à vil prix les terres occupées par les Amérindiens afin de les revendre en multipliant les prix par des chiffres indécents…

Il est tellement facile d’exploiter la misère des Hommes qui crèvent la dalle en les sous-payant et en les faisant bosser dans des mines d’uranium, tellement facile de les déclarer inaptes à gérer leurs biens et ainsi prendre les richesses contenues dans les sols des réserves, réserves où on les consigna, avec moins que le minimum vital.

Je pourrais continuer ainsi, mais je vais encore me rendre malade.

Anybref, vous l’aurez compris, l’Homme est un Salopard pour l’Homme et si les Amérindiens n’étaient pas des anges, étant les envahis et les spoliés, ils avaient le droit de se défendre et d’organiser leur résistance. Et ils ont résisté !

Un récit qui se lit lentement, car il y a beaucoup à assimiler et des renvois en fin de livre. Un récit qui se lit avec les tripes nouées, une fois de plus.

Dommage qu’il date de 1980, ce qui fait que dans le texte, les faits s’arrêtent vers 1976 et seule la ligne du temps continue jusqu’aux années Obama (2010), sans doute des ajouts faits lors des réimpressions.

Un excellent ouvrage pour ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur les Amérindiens et les injustices dont ils furent victimes, avant de poursuivre plus en avant avec d’autres récits parlant du même sujet. J’ai bien l’intention d’un découvrir d’autres.

PS pour Dame Ida : non, je te rassure de suite, nous ne sommes pas en Septembre et ce n’est pas le Mois Américain ! Mais il n’y pas que le western qui me passionne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°156 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°01].

Je suis le fleuve : T. E. Grau

Titre : Je suis le fleuve

Auteur : T. E. Grau
Édition : Sonatine (09/01/2020)
Édition Originale : I Am the river (2018)
Traducteur : Nicolas Richard

Résumé :
Subir. Survivre.

Depuis la fin de la guerre du Vietnam, Israël Broussard survit tant bien que mal à Bangkok. Cinq ans plus tôt, il a participé à la mystérieuse opération Algernon, au cœur de la jungle laotienne.

Ce qui s’est passé là-bas ? Il ne s’en souvient plus, il ne veut plus s’en souvenir.

Et pourtant, l’heure est venue de s’expliquer…

L’intensité et la crudité dérangeante de sa prose font de Je suis le fleuve une expérience de lecture à nulle autre pareille.

Ce voyage halluciné et sans retour à travers les méandres d’une psyché dévastée évoque irrésistiblement Apocalypse Now.

Critique :
♫ One night in Bangkok makes a hard man humble ♪ Not much between despair and ecstasy ♪

One night in Bangkok and the tough guys tumble ♫ Can’t be too careful with your company ♪ I can feel the devil walking next to me ♫

I can feel the devil walking next to me… Je peux sentir le démon marcher près de moi…

Voilà une phrase qui sied bien au personnage halluciné, traumatisé et azimuté qu’est l’ex-soldat Israël Broussard.

Mon problème avec ce roman a commencé dès l’entrée en scène de cet étrange personnage et j’ai eu un peu de mal à me concentrer sur ma lecture tant son comportement était bizarre, oscillant entre rêves éveillés (ou pas), cauchemars, visions, folie, démence… Ne biffez aucune mention, elles sont toutes utiles.

Vu sa psyché dévastée, il aurait eu sa place dans le film Apocalypse Now, sans aucun doute, mais il n’arrive tout de même pas à la cheville du colonel Kurtz… Ou alors, je dois revoir mes classiques de toute urgence (faut une prescription ?) !

Ce que Israël Broussard a vu de la guerre du Vietnamn ce n’était pas La croisière s’amuse (Love Boat), loin de là.

Pourtant, l’auteur nous donnera peu de détails sur l’horreur que fut cette guerre. Il en brosse les grandes lignes, les grandes monstruosités et Monsanto nous fait même un petit coucou avec ses produits défoliants toute concurrence.

En fait, on dirait que toutes les monstruosités, tous les actes barbares sont concentrés dans le personnage de Broussard. Non pas parce qu’il les a commis (même si on se doute que son traumatisme vient d’un acte violent) mais parce qu’il les a subies en participant à ce conflit.

À lui tout seul, il regroupe une bonne partie des syndromes post-traumatiques dont souffrent les soldats après une guerre.

On ne lit pas se livre tranquillement, il n’est pas un long fleuve tranquille, dedans on y côtoiera même un chien noir qui semble tout droit sorti des Enfers et qui poursuit Broussard sans relâche, malgré ses shoot à diverses substances.

Bizarrement, Molosse Noir poursuit Broussard depuis une mystérieuse opération au Laos qui n’est renseignée nulle part. La Grande Muette n’aurait-elle pas validé cette opération ?

Comment passe-t-on d’un homme traduit en cour martiale pour avoir refusé de tirer sur l’ennemi à un homme traumatisé par une opération clandestine dans un pays neutre ? Demandez à la taupe Chapel…

Une fois de plus, l’Amérique ne sort pas grandie de ces pages… Une fois de plus, le Super Gendarme du Monde en prend plein sa gueule pour pas un rond, l’auteur frappe sous la ceinture et je n’irai pas lui demander d’arrêter. Qu’il frappe seulement, tant que c’est avec des mots… Et ses mots poignardent.

Dommage que j’ai un peu galéré au départ parce que cela m’a fait perdre une partie du plaisir de lecture. Malgré tout, je n’ai pas tout perdu puisque le pays qui se fout de tout le monde s’est fait tacler sévèrement.

Heureusement qu’après mon patinage de départ j’ai persévéré car il s’est révélé au final un très bon livre dont le personnage le plus ressemblant au colonel Kurtz niveau folie n’était pas Broussard mais Chapel, la taupe, et son plan plus qu’halluciné !

Avec des personnages profonds, illustrant la diversité de l’Amérique à eux tous seuls (avec leur haine raciale, leurs préjugés et leurs différences culturelles), ce roman de guerre est spécial car il vous plonge directement dans la tête d’un ancien soldat qui se terre dans un trou pour échapper à ses cauchemars réincarnés en chien énorme.

En s’accrochant un petit peu et en dépassant ce côté bordélique du départ, on entre peu à peu dans un roman sur la guerre du Vietnam différent des autres, où la jungle et la ville de Bangkok prennent vie…

Un roman où les pires cauchemars vous poursuivent, sans qu’il y ait intervention de l’élément fantastique, simplement parce que la guerre a fait de vous un traumatisé, un pauvre hère hanté par ce qu’il a commis, parce qu’un ou plusieurs gouvernements, un jour, on décidé de se faire la guerre et de vous y envoyer la faire à leur place.

La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens (Carl von Clausewitz).

Lorsqu’un gouvernement se prépare à la guerre, il décrit ses adversaires comme des monstres (Carl Sagan).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°151.

Retour à Birkenau : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)

Titre : Retour à Birkenau

Auteurs : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)
Édition : Grasset Documents français (09/05/2019)

Résumé :
« Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c’est pas possible d’avoir survécu… »

Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt.

Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan–Ivens.

Aujourd’hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu’elle a vu et connu dans les camps d’extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté.

Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva.

Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d’y croire, même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à « ça »…

Critique :
Des livres sur les camps d’exterminations et/ou de concentration, j’en ai lu assez bien dans ma vie.

Certains étaient tellement horrible à lire qu’ils ont terminé dans le freezer avant de repartir dans la biblio et ne plus jamais en sortir.

C’est donc toujours en respirant un grand coup que je me plonge dans ces heures noires et sanglantes que furent l’extermination d’êtres humains durant la Seconde Guerre Mondiale.

Si je devais résumer le récit de madame Kolinka, je dirais « sobriété » car il reste sobre comparé à d’autres romans qui décrivent ce que les Juifs et autres subirent dans les camps, mais malgré cette sobriété dans son témoignage, il est tout de même d’une force qui te pète encore et toujours dans la gueule, même si tu sais…

Avec force et en peu de mots, elle nous décrit la faim, la soif, le froid, la crasse, les coups, les brimades, les privations, le travail harassant, les ordres gueulés, les kapos, les maladies, les morts, les disparus, les fouilles…

Une fois de plus, en lisant, j’ai vu des images que mes yeux aimeraient ne plus jamais voir (vœu pieu), une fois de plus, j’ai ressenti les souffrances dans ma chair car j’ai pensé à ce que je pourrais ressentir si c’était moi et ma famille qui vivions cette horreur sans nom.

Une fois de plus, j’ai perdu pied… Puis je me suis raccrochée parce que le récit était beau, malgré les quelques horreurs qu’il décrivait, parce qu’il était profond, fort, empreint de tendresse et que cette dame accompagne des jeunes à Birkenau pour leur expliquer, pour témoigner, pour que l’on ne dise pas « je ne savais pas ».

Cette dame, je l’avais entendue parler de son livre à La Grande Librairie (émission dangereuse pour la PAL) et ce qui le tourmentait, c’était que le camp de Birkenau, de nos jours, au printemps, c’était beau car rempli de fleurs, d’herbes…

La crasse des latrines avait été nettoyée et qu’il était difficile pour ceux qui n’avaient pas vu ça, d’imaginer ce que le camp était en 40-45.

Une autre aussi l’étonne : personne ne lui pose des questions sur les privations alimentaires mais bien des gens lui demandent si elle avait croisé Hitler durant son séjour… Pas vraiment le genre de questions que je poserais.

Sans entrer dans les détails, l’auteure survole les années de bonheur avant les années de l’horreur et celles qui suivirent son retour dans sa famille, sans son père, sans son petit frère, sans non neveu…

Comme je vous le disais, c’est sobre, pas trop détaillé dans l’horreur, sans fioritures aucune, sans apitoiement car elle désire juste témoigner, raconter ce qu’elle a vu, vécu.

Un récit tout en sobriété, tout en force, tout en humilité, tout en émotions.

Un récit que l’on lit d’un coup, sans relever la tête, avec les tripes nouées et une boule au fond de la gorge car ceci n’est pas une fiction, mais une réalité.

Un récit bouleversant mais accessible aux âmes les plus sensibles car il n’explore pas en profondeur la noirceur de l’Humain en cette Seconde Guerre Mondiale et dans ces camps de la mort.

Un récit qui restera dans mon coeur, comme bien des autres.

Entrée de Birkenau (Auschwitz II), vue depuis l’intérieur du camp

Ira Dei – Tome 2 – La part du diable : Vincent Brugeas & Ronan Toulhoat

Titre : Ira Dei – Tome 2 – La part du diable

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Dargaud (05/10/2018)

Résumé :
Plusieurs mois se sont écoulés depuis la prise glorieuse de la ville de Taormine. Maniakès a donné l’ordre aux troupes d’Harald d’attendre son armée à Catane. Mais l’inaction rend les soldats nerveux et la confiance qu’ils avaient placée en Tancrède s’effrite doucement.

À présent, ce n’est plus un homme rusé et belliqueux qu’ils ont en face d’eux mais un homme mélancolique et docile qui s’en tient aux ordres.

Pourtant, Maniakès voit en lui un adversaire de taille et compte donc bien se jouer de lui pour récupérer son or.

Et pour cela, tous les moyens sont bons car, après tout, les alliés d’aujourd’hui sont les ennemis de demain? À nouveau, la colère jaillira !

Critique :
Des combats et des jeux de pouvoir… Ça sent Game Of Thrones, dragons et Marcheurs Blancs en moins… Et sans les bons mots de Tyrion !

Mais niveau stratégie pour niquer les autres et devenir calife à la place du calife, c’est du pur bonheur tant tout le monde complote contre tout le monde.

Mon bémol ? Le même que pour le premier tome (L’or des Caïds) : les traits assez grossiers des dessins.

Un peu de ligne claire aurait profité à l’ensemble et rendu certaines cases moins brouillonnes et plus jolies à admirer.

Terminé pour les bémols car je n’ai rien à dire d’autre et malgré les traits parfois un peu épais, je n’ai pas eu les yeux qui ont pleuré comme ce fut parfois le cas avec certaines bédés (mais faut pas le dire, sinon, on a l’auteur ou son fils, son neveu, son chien, l’ombre de son chien qui vous saute dessus toutes griffes dehors).

Les décors ? Purée, ils rendent justice à la Sicile, donne le ton pour l’atmosphère et les couleurs chatoyantes pourraient même nous faire prendre de jolie couleur de bronzage rien qu’en les regardant. C’est joli, bucolique, on sent le soleil qui chauffe notre peau.

A contrario, lorsque nous sommes sur les champs de batailles, les teintes rouges rougeoient et pas besoin d’avoir fait Master BD pour comprendre que le bucolique est foutu le camp et qu’il ne reviendra pas !

Les scènes de batailles foisonnent de détails et sont très réalistes. Ah, ces charges de cavalerie ! Et ces guerriers qui lèvent les boucliers pour tenir le mur ! Magnifique ! Ok, les cadavres ensuite, c’est moins génial.

Les personnages ont pris de l’épaisseur, on en apprend un peu plus sur Tancrède et le jeu des magouilles et compagnie va nous dévoiler le visage de certains personnages que l’on n’attendait pas là.

Une intrigue étoffée, du suspense, des retournements de situations, des magouilles, des jeux de pouvoir, bref, tous les ingrédients sont réunis pour nous faire une bonne soupe bien nourrissante !

On termine un premier cycle et j’ai hâte de lire les suivants.

PS : j’ai trouvé ça bien trouvé de nous placer en début d’album les personnages importants dans un vitrail !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°95.

Les Tuniques Bleues – Tome 45 – Émeutes à New York : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 45 – Émeutes à New York

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (2002)

Résumé :
Quand l’armée manque de bras et que les volontaires ont cessé de se bousculer au portillon pour finir en chair à canon, que reste-t-il pour repeupler les rangs ? La conscription !

Mais un peu partout dans le pays, la révolte gronde face à cette démarche injuste et impopulaire. Afin de ramener le calme, les Bleus sont envoyés en renfort pour superviser les opérations, à New York.

Mais quand les plus riches achètent au détriment des plus pauvres la liberté de ne pas faire la guerre, excédés, les conscrits prennent les armes. Sus aux bourgeois ! Sus à l’armée ! Il est temps pour nos deux amis de changer de camp, s’ils veulent finir cette aventure vivants…

Critique :
Pas besoin d’avoir fait West Point (célèbre académie militaire) pour savoir qu’une guerre est énergivore en argent mais surtout en vies humaines… Dont la matière première : les soldats !

Et les Américains n’ont pas envie d’aller à la souscription, pas envie de faire la guerre, pas envie de mourir et sont en colère contre le système de tirage au sort, surtout par le fait qu’avec 300$, on peut y échapper.

Autrement dit, seuls les riches peuvent échapper au carnage et y faire échapper leurs enfants.

La colère et la révolte gronde… Les gens sont mécontents, haineux…

♫ Il suffira d’une étincelle, D’un rien, d’un geste ♪ Il suffira d’une étincelle […] Allumer le feu ♫ Et faire danser les diables et les dieux […] Se libérer de nos chaînes, Lâcher le lion dans l’arène ♪

Et l’étincelle a eu lieu et le feu a pris. C’est une révolution ? Non, sergent Chesterfield, c’est une révolte… Et vaudrait pas mieux traîner en uniforme de l’armée !

Une fois de plus, le sergent Chesterfield manquera d’intelligence et d’esprit, sans le caporal Blutch, il aurait fini taillé en pièces détachées.

Les cons, ça ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnait et dans cette excellente aventure, Chesterfield sera plus con que con. Heureusement que le caporal Blutch compense et qu’il a de la suite dans les idées, lui.

Beaucoup de tensions dans cet album qui quitte les champs de bataille pour nous plonger dans le New-York de la guerre de Sécession, au moment d’une conscription et qui va nous faire vivre les émeutes de l’intérieur puisque nos deux amis vont se retrouver, sans le vouloir, parmi les émeutiers et obligés de faire pareil pour ne pas se faire repérer.

L’épisode de l’incendie de l’orphelinat Noir, Michael Mention en avait parlé dans « Manhattan Chaos » mais puisque cet album ne concerne que cette émeute là, nous aurons aussi, pêle-mêle,  des exactions contre les Noirs, les journaux, les commerçants, les églises, les bourgeois, bref, tout ce qui peut être rendu responsable de cette guerre puisque les véritables responsables ne sont pas sur place pour se prendre une volée de bois vert.

On ne le dit pas dans l’album, mais ce qui pourrait être pris pour du racisme envers les Noirs n’était en fait que de la peur de perdre son job ou de ne plus en trouver. En effet, de nombreux immigrants voyaient, dans les esclaves Noirs affranchis, des concurrents pour décrocher le peu d’emploi disponible.

De plus, les émeutiers considéraient les Noirs comme les responsables de cette guerre entre le Nord et le Sud, et leur en voulaient aussi pour cette raison.

Anybref, on a des réparties cinglantes, sarcastiques, ironiques et de l’humour, mais moins burlesque que d’habitude, même si, de par son comportement débile, Chesterfield sera l’instigateur de la plupart des gags et se prendra des coups, tel un Vyle Coyote poursuivant le Road Runner.

On rit, mais dans le fond, on a les tripes qui se serrent lorsqu’on voit les journalistes du Times sortir des mitrailleuses Gatling, achetées à l’armée, on a le cœur serré en voyant des commerçants innocents se faire piller et dépouiller, des innocents se faire agresser, violenter…

De l’humour, mais dans le fond, c’est un album assez dur, assez violent et les petits gags qui le parsèment font du bien car cela évite de se trouver face à une aventure à l’atmosphère plombée et lourde suite au comportement des émeutiers qui règlent leur compte avec tout ce qui leur passe sous le nez.

L’intervention de l’armée est aussi un moment fort. Non content d’être englué dans une guerre fratricide, les voilà obligés de tirer sur les leurs, sur des civils qui ont eu le tort de se rebeller contre des décisions injustes, inégales, alors qu’on dit se battre pour l’égalité de tout les citoyens, quelque soit leur couleur de peau.

Être riche a toujours été un truc en plus et cela a toujours permis aux friqués de s’en sortir… Si nous l’étions, nous ne rouspéterions pas.

Un album excellent, de la facture d’un Bull Run, avec un scénario qui ne laisse pas la place aux temps mort et des situations qui, pour une fois, ne se mordent pas la queue en tournant en rond sans savoir dans quelle direction le récit va partir.

— Vous n’allez quand même pas vous mettre à obéir aux ordres du premier imbécile venu !
—  C’est vrai, au début, c’est un peu difficile ! …et puis c’est une question de routine. Regardez, moi, depuis le temps !

Dommage qu’ils ne soient pas tous de cette facture là car on est dans du tout bon.

PS : les émeutes à New-York ont eu lieu du 13 au 16 juillet 1863.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°52 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.