La bibliomule de Cordoue : Wilfrid Lupano et Léonard Chemineau

Titre : La bibliomule de Cordoue

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Léonard Chemineau

Édition : Dargaud (26/11/2021)

Résumé :
Califat d’Al Andalus, Espagne. Année 976. Voilà près de soixante ans que le califat est placé sous le signe de la paix, de la culture et de la science. Le calife Abd el-Rahman III et son fils al-Hakam II ont fait de Cordoue la capitale occidentale du savoir. Mais al-Hakam II meurt jeune, et son fils n’a que dix ans.

L’un de ses vizirs, Amir, saisit l’occasion qui lui est donnée de prendre le pouvoir. Il n’a aucune légitimité, mais il a des alliés. Parmi eux, les religieux radicaux, humiliés par le règne de deux califes épris de culture grecque, indienne, ou perse, de philosophie et de mathématiques.

Le prix de leur soutien est élevé : ils veulent voir brûler les 400.000 livres de la bibliothèque de Cordoue. La soif de pouvoir d’Amir n’ayant pas de limites, il y consent.

La veille du plus grand autodafé du monde, Tarid, eunuque grassouillet en charge de la bibliothèque, réunit dans l’urgence autant de livres qu’il le peut, les charge sur le dos d’une mule qui passait par là et s’enfuit par les collines au nord de Cordoue, dans l’espoir de sauver ce qui peut l’être du savoir universel.

Rejoint par Lubna, une jeune copiste noire, et par Marwan, son ancien apprenti devenu voleur, il entreprend la plus folle des aventures : traverser presque toute l’Espagne avec une « bibliomule » surchargée, poursuivi par des mercenaires berbères.

Cette fable historique savoureuse écrite par Wilfrid Lupano (Les Vieux Fourneaux, Blanc Autour, …) et servie par le trait joyeux de Léonard Chemineau (Le Travailleur de la nuit, Edmond, …), fait écho aux conflits, toujours d’actualité, entre la soif de pouvoir et la liberté qu’incarne le savoir.

Critique :
Vous connaissiez sans doute le Bibliobus, ce bus/camion rempli de livres, DVD, K7 vidéos, qui se garait sur la place de votre bled et vous permettait de louer des œuvres diverses, si vous n’aviez pas une médiathèque dans le coin.

Voici son ancêtre : la bibliomule !

La première chose que j’ai appréciée, dans ce roman graphique, ce sont les dessins et les couleurs.

Tarid, l’eunuque bibliothécaire, est tout en rondeurs et elles lui allaient parfaitement, lui donnait un petit air comique. On s’attache à lui de suite. Un bibliothécaire qui veut sauver les livres d’un autodafé, au péril de sa vie, on ne peut que l’aimer.

La mule est têtue, semble être fainéante, mais on s’attache très vite à elle aussi, comme à Marwan le voleur et à Lubna, la jeune copiste noire. Ils forment, à eux 4, une fameuse équipe de bras cassés. Il leur faudra puiser dans leur courage, dans leur intelligence, leur savoir, leur ruse, pour arriver à échapper à tous ces soldats lancés à leurs trousses. Et faire des sacrifices.

Ce gros pavé est un régal à lire, tant par ses dialogues, que son scénario intelligent, mais aussi ses dessins. Les planches, même muettes, offrent des détails de la nature des plus jolis à étudier.

De tout temps, l’obscurantisme s’est opposé aux périodes éclairées, à croire que l’Humain aime brûler les livres, refuser les savoirs, ne se plongeant que dans la lecture d’un seul livre : un livre saint.

Un livre saint écrit par un Homme, sous la dictée de Dieu, paraît-il. On a le droit d’y croire, chacun est libre, mais on a l’obligation de laisser les autres se complaire avec d’autres livres. Amir le vizir n’était pas de cet avis. C’est un intégriste et il impose son point de vue à tout le monde, transformant le califat de Cordoue en un immense Fahrenheit 451.

C’est une bédé picaresque, une grande fresque d’aventures, mais pas que… On en apprendra un peu plus sur le passé de Marwan le voleur, sur celui de Tarid, ainsi que quelques allusions au sort des femmes en ce temps-là.

Il y a de l’humour, des émotions fortes (lorsque les livres brûlent), des personnages bien campés, qui n’ont rien de super-héros et c’est ce qui les rend attachant. Les faits historiques sont habillement mélangés avec la fiction, l’humour et le côté sérieux de l’histoire. Parce qu’elle a aussi des relents contemporains, cette histoire !

En s’ouvrant aux autres, les califes ont créés de la rancœur, les imams sont furieux que les femmes aient reçu de l’instruction, ainsi, lorsqu’Amir le vizir paraît et qu’il redistribue les cartes, afin de satisfaire les intégristes religieux, remettant tout le monde à la place qu’il est persuadé d’être juste, cela plait à ses partisans. Un air de déjà vu…

Cette histoire parle aussi des conditions de vie des gens, de leurs peurs, des famines, du fait que personne ne sait de quoi demain sera fait et que lorsqu’on vit dans la peur, qu’on passe sa vie au labeur, on n’a pas de temps pour s’amuser à étudier ou à lire.

Que la culture est réservée à ceux et celles qui ont le temps, qui ont de l’argent, ou qui sont des esclaves instruits, comme Tarid et Lubna. Que ce qui est acquit aujourd’hui peut disparaître demain, il suffit de quelques hommes au bon endroit. Les autodafés ne datent pas d’hier et ont encore lieu de nos jours, toujours pour les mêmes raisons.

Une bédé de 264 pages qui mêle habillement l’Histoire, le sérieux, l’humour, la légèreté, le roman noir, le fascisme, l’imbécilité, les croyances, la misère, l’amitié, l’obscurantisme et l’amour des livres.

Le tout dans un récit d’aventure picaresque, sorte de road-movie avec une mule têtue, aimant dévorer le livre de Al Khwârizmî. Une mule qui aime les mathématique, ça ne court pas les rues.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°101].

Raven – Tome 1 – Némésis : Mathieu Lauffray

Titre : Raven – Tome 1 – Némésis

Scénariste : Mathieu Lauffray
Dessinateur : Mathieu Lauffray

Édition : Dargaud (10/07/2020)

Résumé :
Au XVIIe siècle, alors que le pavillon de l’Union Jack flotte sur la mer des Caraïbes, Raven, un jeune et impétueux pirate décide de mettre la main sur un prétendu trésor, promis à l’infâme gouverneur de Tortuga qui fait appel à lady Darksee, une redoutable femme pirate, en échange du pardon royal.

Mais Raven, qui assiste à la scène, décide de les devancer et d’agir seul grâce à un plan de l’île où se situerait le trésor.

L’île volcanique, perdue dans les Caraïbes et peuplée par une tribu cannibale, s’avère pourtant dangereuse… Et c’est précisément sur celle-ci que le nouveau gouverneur de Tortuga et sa famille, venus de France, ont échoué après un long voyage…

Critique :
Qui n’a pas joué aux pirates, en étant gosse ? Qui n’y joue pas encore en téléchargeant illégalement ? Non, non, ne vous dénoncez pas et ne dénoncez pas les autres, la question était rhétorique.

Moi, j’aurais aimé sentir les embruns sur mon visage, marcher sur le pont d’un galion (pas un qui s’est échoué) et crier à l’abordage, juste pour le fun, parce que pour le reste, je n’ai pas l’étoffe d’une lady pirate sans peurs.

La littérature, les films et les bédés me permettent d’assumer ce rêve impossible en suivant, tout en sécurité, des personnages.

Raven a un petit je ne sais quoi de Jack Sparrow : pas l’habillement ou le phrasé particulier, mais il traîne derrière lui une putain de poisse digne d’un pied nickelé ! Raven La Poisse devrait devenir son nom de pirate. Ses confrères le nommeront Jonas, ce qui revient au même (le Jonas avalé par la baleine).

1666, l’année du grand incendie de Londres… Nous sommes aux Caraïbes, sur l’île de Tortuga. La Jamaïque est devenue anglaise et le début de l’histoire nous en apprendra un peu plus sur les pirates des mers.

L’aventure avec un grand A commencera avec la carte d’un trésor inviolé (le trésor, pas la carte) qui sera confiée à Lady Darksee, une pirate ! Le genre de détail qui fait fulminer notre Raven, tête brûlée en quête d’un grand fait d’arme et qui compte la jouer double à la piratesse.

Les dessins sont très jolis, les couleurs aussi, on a de l’action, une touche d’humour, du suspense et une histoire qui marche toujours : celle des pirates !

Comme références, nous aurons un jeune garçon fasciné par les pirates, un trésor jamais trouvé, maudit et qui est enterré sur une île maudite peuplée de cannibales (bien plus dangereux que des végans) et une déesse meurtrière.

On mélange les ingrédients avec un pirate qui n’en fait qu’à sa tête, qui est bouffi de vantardise, adore faire des fanfaronnades, possédant un égo surdimensionné, des Gascons aristos (gros égo aussi) et prolos échoués sur l’île où se trouve le trésor, une Lady Darksee qui ne se prend pas pour de la merde, qui ne pense plus qu’à trouver le trésor et son équipage qui ne vit que pour elle…

Je me doute que ça va exploser : il y a trop d’égo surdimensionnés dans cette petite île, trop de testostérone, trop de personnes qui veulent montrer que ce sont eux/elles les chefs et si le deuxième tome est aussi explosif et jubilatoire que le premier, ça promet encore une belle lecture et une super découverte !

PS : j’ai lu le deuxième tome dans la foulée du premier et putain, c’était de la bonne came ! Encore mieux que le premier. Ma chronique sera postée sur Babelio et je vous donnerai le lien via le bilan mensuel avant de l’ajouter à ce billet.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol

Auteur : Katherine Arden
Édition : Denoël – Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2020)
Édition Originale : Winternight, book 1: The Bear and the Nightingale (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante.

Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela.

En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt.

Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Critique :
Winter is coming… L’hiver vient.

Et en Rus’, quand l’hiver vient, c’est du costaud : on se gèle les miches, on ne mange plus à sa faim, on maigrit, la neige est haute, elle recouvre tout et le gel vous mord les chairs à tel point que vous pourriez perdre des membres.

M’attendant à lire de la fantasy, j’ai été surprise en constant que l’univers resterait dans le registre du fantastique, lui-même puisant son inspiration dans le folklore et la mythologie slave.

Pas de soucis ! J’ai adoré découvrir ce moyen-âge Rus’ (la Russie n’existait pas encore en tant que pays) et me plonger dans la vie d’une famille, 200 ans avant Ivan Le Terrible.

Dans les années 1300, la femme n’avait pas de droits, si ce n’est de se marier et de pondre des chiées de gosses, si possible des garçons vigoureux, merci bien. L’autre option, c’est le couvent… Sympa.

Vassia, elle, adore porter les habits d’un de ses frères, grimper aux arbres et parler aux esprits protecteurs de la maison, sorte d’Elfes de maison qui la protège, si on leur laisse des offrandes. Et pour que le domovoï me reprise mes chaussettes, je lui laisserai tout le pain sec qu’il désire ! Idem pour le vazila (l’esprit des chevaux).

La Russie m’a toujours fascinée, tout en m’effrayant. Ressentir son Histoire, son folklore, son climat, sa Nature, ses habitants au travers de la littérature, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour éviter tout risque de se faire tuer par un guerrier du Khan de la Horde d’Or (empire turco-mongol gouverné par une dynastie issue de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan), de crever de froid dans une forêt en plein hiver, de finir au couvent ou mariée avec une chiée de gosses à mes basques !

Ce roman fantastique ne brillera pas par son rythme endiablé, que du contraire. Il se passe peu de choses durant des centaines de pages, ou alors, juste des petits évènements et pourtant, jamais je n’ai ressenti de l’ennui durant ma lecture. Il est des romans guère plus épais qui m’ont semblé plus longs et qui furent lus en plus de jours (suivez mon regard sur ma chronique des enquêtes de Irene Adler et Holmes).

Découvrir le folklore et les contes Rus’ m’a passionné, les personnages m’ont emportés, surtout la jeune Vassa, jeune fille qui aimerait être libre et que tout le monde regarde de travers en la traitant de sorcière parce qu’elle veut vivre différemment des autres… Ajoutons à cela le poids de la religion et la place importante que va prendre Konstantin, le prêtre local en les faisant tourner le dos à leurs anciennes croyances.

Tous les personnages, même Anna, la belle-mère bigote, sont bien traités, ont de l’épaisseur et évitent le côté manichéen que l’on retrouve souvent d’autres romans. Oui, on aimerait baffer Anna, mais on peut aussi comprendre ses peurs, elle qui n’a pas accepté ce qu’elle était.

Anna est terriblement humaine et comme les autres, son désir le plus cher est de protéger la fille qu’elle a eu. À elle non plus, on ne lui a pas demandé son avis, lorsqu’on l’a mariée de force, elle qui voulait entrer au couvent.

Ce que j’ai apprécié aussi, dans ce roman fantastique, c’est qu’il n’y a pas de chevalier sans peur, de super homme fort. Il y aura des hommes courageux, de ceux qui donneraient leur vie pour leur famille, mais rien de surhumain. Des frères et des pères, tout simplement, qui craignent pour les leurs, même s’ils ne le disent pas.

L’ambiguïté du personnage de Morozko était un régal aussi, difficile de savoir avec certitude de quel côté de la Force il se trouvait. Le combat final n’est pas bâclé, il prend le temps de monter en puissance, les forces en opposition ont eu quelques escarmouches, Vassia résistant comme elle peut, à la mesure de ses moyens.

L’énorme avantage de cette trilogie est que le premier tome peut se suffire à lui-même. Il y a une véritable fin et nous pourrions en rester là. Ce que je ne ferai pas, car j’ai bien envie de découvrir ce qu’il va advenir de la petite Vassia et quel périple l’attend.

Un roman fantastique, touchant, rempli de folklore russe, de froids hivers où l’on se gèle les fesses, l’estomac vide et de personnages avec qui l’ont aurait envie de vivre cette aventure. Pas de naïveté et pas de mièvrerie, car elles n’avaient rien à faire dans ces contrées septentrionales où le vie était dure et rude.

Une belle découverte que j’ai faite grâce à la proposition de LC de Bianca, qui, une fois encore, est sur la même longueur d’onde que moi.

PS : le Bibliocosme en avait parlé en bien aussi.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°98].

Fukushima – Chronique d’un accident sans fin : Bertrand Galic et Roger Vidal

Titre : Fukushima – Chronique d’un accident sans fin

Scénariste : Bertrand Galic
Dessinateur : Roger Vidal

Édition : Glénat – Hors collection (03/03/2021)

Résumé :
Japon, 11 mars 2011. Un séisme effroyable accouche d’une vague immense, qui vient frapper de plein fouet le nord-est du pays. C’est là que se trouve, entre autres, la centrale de Fukushima-Daiichi…

D’une violence inouïe, le cataclysme provoque alors le pire accident nucléaire du XXIe siècle. Comment réagir face au chaos engendré ? Que faire quand l’inconcevable vient d’arriver ? Masao Yoshida doit répondre dans l’urgence.

La réputation de son pays est en jeu, la vie de ses employés et de ses concitoyens en dépend.

Dans un univers complètement dévasté, où les bâtiments sont plongés dans l’obscurité, tandis que les explosions se multiplient et que les radiations sont toujours plus toxiques, le directeur de la centrale fait preuve d’une ingéniosité et d’un sang-froid hors du commun. Il prend seul des décisions vitales, transgresse les procédures et les directives de sa hiérarchie pour éviter l’apocalypse…

Mais, malgré tous ses efforts, après cinq jours durant lesquels les secondes passent comme des heures, un énième incendie se déclare et oblige à l’évacuation de la majorité des employés. Ne reste alors sur place qu’une poignée de volontaires qui travaillera d’arrache-pied pour stabiliser tant bien que mal la situation.

Dix ans après, Bertrand Galic et Roger Vidal retracent avec force et détails les premières journées d’une tragédie sans fin.

Le récit d’un compte à rebours angoissant, pendant lequel un chef et ses équipes doivent faire face à une catastrophe technologique sans précédent et à des supérieurs complètement dépassés par les événements.

Critique :
Si pour les plus jeunes d’entre nous, Tchernobyl semble loin, l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, il y a eu 10 ans (11/03/2021), est plus ancré dans les mémoires.

Tout le monde a vu les images d’une région dévastée par un tsunami et une centrale qui avait tout pour nous refaire le coup du 26 avril 1986…

La bédé m’a fait entrer au cœur du monstre, à côté de ces hommes et femmes qui ont fait en sorte de réaliser l’impossible alors que tout partait en couille de tous les côtés.

Gérer une catastrophe de cette ampleur n’est déjà pas évident, la pression est énorme, des vies sont en jeux, certaines devront être sacrifiées pour éviter le pire, mais lorsque le premier ministre et les hommes de la TEPCO vous foutent des bâtons dans les roues, cela n’aide pas à la concentration.

Cela nuit même énormément à tous ceux et celles qui ont autre chose à foutre que de recevoir le premier sinistre sur le site ou de discutailler avec les dirigeants de la TEPCO qui ne sont pas sur les lieux.

Entre nous et rien qu’entre nous, personne n’aurait aimé être à la place du personnel de Fukushima en ce jour funeste, ni à la place de Masao Yoshida, le directeur de la centrale, sur les lieux tout le temps et tentant de faire du mieux qu’il pouvait, sans électricité, avec des vannes bloquées et le refus de sa hiérarchie d’utiliser l’eau de mer.

Cette bédé aux dessins dans les tons bleus (couleur des vestes du personnel de la centrale) nous fait descendre dans le saint des saint à son pire moment. Les conséquences sur la santé de ceux qui y sont allés n’étaient pas à prendre à la légère, les radiations étant super élevées.

Le dessinateur a bien rendu les traits tirés de ces gens manquant de sommeil et en proie à un stress aigu. Les expressions de colère, sur les visages sont éclairantes, lorsque le premier ministre ou d’autres ne se trouvant pas dans la centrale, donnent des ordres. La précision ne sera pas scénaristique, mais aussi au niveau des dessins.

J’ai apprécié cette bédé qui nous montre l’envers du décor, celui que nous n’avons pas vu à la télé, planqués chez nous à juger et à nous demander pourquoi la digue n’était pas plus haute… Des erreurs ont été faites, à nous de ne plus les faire (vœu pieu).

Commençant avec l’audition du directeur de la centrale (Masao Yoshida), qui jamais n’a quitté le navire (et qui est mort d’un cancer deux ans après), son personnage va nous faire revivre tout l’accident, du début à la presque fin, expliquant les erreurs, les fautes, mais aussi le courage de son personnel, sa fatigue extrême, l’impression de ne servir à rien et de ne jamais pouvoir y arriver, sans compter le stress et l’inquiétude pour leurs proches.

Il restera des zones d’ombre sur ce qu’il s’est passé durant ces cinq jours capitaux, mais la bédé apporte de nombreux éclairages et le déroulé du scénario est minutieux, avec dates et horaires pour nous montrer combien les faits se sont parfois enchaînés très vite, trop vite.

Ici aussi, pas besoin d’être un prix Nobel en nucléaire pour comprendre l’histoire, qui a été vulgarisée, et si des termes restaient obscurs, il y a le glossaire à la fin pour vous rendre plus intelligent.

Une bédé à lire et à découvrir ! Elle est captivante et vous prend aux tripes…

Hélas, l’Homme retiendra les noms des buteurs au foot, jamais ceux de ces hommes et femmes qui sacrifièrent leur santé pour éviter que l’accident ne soit encore plus dramatique qu’il ne le fut déjà.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°101].

Indeh – Une histoire des guerres apaches : Greg Ruth et Ethan Hawke

Titre : Indeh – Une histoire des guerres apaches

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Hachette Comics (22/03/2017)
Édition Originale : Indeh (Signed Edition): A Story of the Apache Wars (2016)
Traduction : Pascal Bataillard

Résumé :
Année 1872. Au coeur des territoires apaches – vaste région déchirée par des décennies de guerres -, Goyahkla, jeune et brave parmi les braves, vient de perdre sa famille et tout ce qui lui était cher.

Une vision l’amène à rejoindre le chef apache Cochise. Il prend ensuite la tête d’une attaque contre le village mexicain d’Azripe, où il fait montre d’un courage insensé. Ce jeune guerrier est dès lors à jamais transformé : Goyahkla sera désormais Geronimo, héros de tous les Indiens d’Amérique du Nord.

Cette attaque n’est qu’un épisode d’un très long combat. Le mot Indeh, qui signifie « les morts », monte aux lèvres des Apaches, chaque fois qu’ils se battent contre l’ennemi et perdent des êtres chers, en défendant leur terre et leur culture.

Le jour où une paix durable semble avoir été atteinte, la guerre paraît enfin terminée… Mais en est-il vraiment ainsi ?

Critique :
Dans cet épais comics, les guerres Apaches seront vues du côté des Apaches, et non selon le point de vue des Tuniques Bleues.

Heureusement que les mentalités ont un peu changées et que maintenant, on comprend que les colons ont été injustes envers les Amérindiens, cherchant toujours le prétexte pour les exterminer.

Et si pas de prétexte valable, on en inventait un, on mettait en scène des massacres dont on accusait les Indiens et hop, c’était reparti pour un tour.

Dans cet ouvrage, il y a peu d’Homme Blanc qui ont la langue droite. Un militaire sera plus indulgent que ses pairs, plus intelligent aussi, comprenant que Cochise n’a pas enlevé de l’homme qui l’accuse et que tout ceci va mal se terminer.

Qu’il est difficile d’être le seul à s’ériger contre les autres, à défendre ceux que personne ne veut défendre, à faire preuve d’humanité, d’écoute, là où tous les autres ne veulent qu’une seule chose : exterminer la vermine Indienne (ce sont leurs mots, pas mes pensées).

La perfidie et la lâcheté des militaires Blancs atteint des sommets de cruauté lorsqu’ils assassineront Mangas Coloradas, venu négocier la paix et qui finira la tête coupée, mise à bouillir dans un chaudron… Non, les barbares ne sont pas toujours ceux que l’on pense.

Les Apaches voulaient la paix, leurs ennemis étaient les Mexicains. Suite à des injustices, leur colère va se concentrer sur les Visages Pâles et bien des innocents vont périr.

Lorsque l’on s’attaque à votre culture, à ce qui fait de vous tient à cœur, à vos terres, à votre mode de vie, pour aller vous parquer dans des réserves stériles et vous y laisser crever de faim, il est normal que l’on se révolte. Qui sème le vent récolte la tempête et nos anglo-saxons auraient dû méditer sur cette maxime.

Les dessins, en noir et blanc, sont sublimes ! Les crayonnés mettent en valeur des personnages, les accentuent, en laissant d’autres en arrière-plan. Le scénario était déjà très fort, mais les dessins finissent de vous clouer au fauteuil et rendent les émotions encore plus palpables.

Chronique d’un génocide dont on ne lui donnera jamais le nom… Pourtant, c’est un génocide qui a eu lieu : les envahisseurs Blancs n’avaient pas encore assez avec l’immensité de ce nouveau continent, ils leur fallait aussi le peu que les Indiens possédaient : des terres riches, du gibier et de l’or, qui n’intéressait pas ce peuple car inutile, pour eux.

Les Apaches se disaient « Indah » (les vivants) et à cause des colons, des militaires, ils devinrent des « Indeh » (le peuple mort) : lorsqu’un Blanc tombait, il était vite remplacé, mais lorsqu’un Indien tombait, personne n’était là pour prendre sa place.

L’Homme Blanc était comme un nuage de criquet fondant sur une contrée…

Un roman graphique d’une intensité rare, d’une puissance folle, bourré d’émotions, qui vous serrent les tripes car c’est aussi la chronique d’une mort annoncée, celle d’un peuple qui s’est fait génocider (néologisme offert) pour l’appât du gain, parce qu’il était différent et que l’on ne tolère pas la différence…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°100], et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°97].

Sapiens – T02 – Les piliers de la civilisation : Yuval Noah Harari, David Vandermeulen et Daniel Casanave

Titre : Sapiens – T02 – Les piliers de la civilisation

Scénaristes : Yuval Noah Harari et David Vandermeulen
Dessinateur : Daniel Casanave

Édition : Albin Michel (13/10/2021)

Résumé :
Animal insignifiant parmi les animaux et humain parmi d’autres humains, Sapiens a acquis il y a 70 000 ans des capacités extraordinaires qui l’ont transformé en maître du monde.

Harari, Vandermeulen et Casanave racontent avec humour la naissance de l’humanité de l’apparition de Homo sapiens à la Révolution agricole.

Une bande dessinée pour repenser tout ce que nous croyions savoir sur l’histoire de l’humanité.

Critique :
Lorsque j’avais lu le premier tome, j’en étais restée sur le cul : si on m’avait expliqué la préhistoire de la sorte, j’aurais été plus assidue en classe et au moins, on ne m’aurait pas farci le crâne d’imbécilité.

Mon seul regret est de ne pas avoir fait de fiche pour le blog et Babelio, pour cause de manque de temps.

Je ferais mieux de relire le premier tome et d’éditer une chronique, car ce sont des bédés qui instruisent et qui nous font aller nous coucher moins bête.

Affichant 256 pages au compteur, ceci n’est pas un roman graphique qui se lit d’une traite, même si ce n’est pas l’envie qui manque tant il est intéressant et aborde des sujets qui concernent l’Humanité toute entière, parlant de ses erreurs, de ses comportements qui ont isolés la moitié de l’humanité (les femmes), d’autres personnes (selon leur couleur de peau ou leur caste).

Ceci est un pavé qui, loin d’être indigeste, se doit d’être lu à son aise, tranquillement, sans être dérangé. C’est du costaud et il mériterait d’être jeté à la figure de tous ceux (et celles) qui nous disent que les bédés, c’est pour les enfants, mais en aucun cas pour les adultes (bon, j’arrête là, sinon la fumée va encore me sortir par les oreilles).

Lors de ma lecture du premier tome, j’avais été un peu déstabilisée par les dessins qui sont assez spéciaux, comme le choix des couleurs et puis, sans même m’en rendre compte, je m’y suis très vite habituée et cela ne m’a plus gêné du tout.

Ce deuxième tome aborde le passage de Sapiens à l’agriculture, quittant petit à petit son mode de vie de fourrageur (chasseur-cueilleur) et de toutes les emmerdes qui en ont découlées (maladies, déformation des os, guerres, montée de la natalité, changement de régime alimentaire,…).

Pensant faire bien et ainsi assurer des stocks de nourriture pour leurs enfants et eux-mêmes, les Sapiens se sont échinés sur la terre, esclaves du blé qu’ils sont devenus sans même s’en rendre compte. L’enfer est pavé de bonnes intentions et là, ils ont construit un boulevard !

C’est bien expliqué et j’apprécie toujours les petits interventions de Captain Fiction, de la détective Lopez, des aventures de Bill & Cindy… Cela illustre bien ce que les scénaristes nous ont expliqués juste avant, mettant leur théories en scène. Cela apporte un petit vent de fraicheur, tout en nous instruisant.

Les auteurs aborderont aussi des sujets tels que l’esclavagisme, le racisme, sur le pourquoi du comment cela a commencé, à perduré, sur les excuses que se donnaient les riches planteurs du Sud…

Idem avec le système de castes en Inde et nous proposerons différentes théories qui pourraient expliquer pourquoi nos sociétés sont patriarcales alors qu’elles sont souvent matriarcales dans le règne animal.

Leurs explications sur le « ‘normal/naturel » opposé au fameux « contre-nature » est à rebalancer à la tronche de ceux qui pensent qu’il est naturel pour une femme d’utiliser son utérus et contre-nature les relations homosexuelles. Magnifique et magistral, même si ça ne fera pas changer d’avis les bas-de-plafond du cerveau (qui ne l’utilisent pas, alors que la Nature leur en a donné un !).

Je suis allée me coucher moins ignorante qu’avant, avec des tas de choses qui frémissaient dans mon petit cerveau et maintenant, le plus compliqué sera de tout retenir et là, c’est un autre soucis.

Une bédé roman graphique intelligente et scientifique, sans jamais devenir lourde et qui est accessible à nos petites têtes sans avoir besoin d’être un prix Nobel de science !

Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – 15 – Le Cadavre du Palais Royal : Laurent Joffrin [Fiche Lecture de Dame Ida, éternelle fiancée du Marquis de Ranreuil]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – 15 – Le Cadavre du Palais Royal

Auteur : Laurent Joffrin
Édition : Buchet/Chastel (04/11/2021)

Résumé :
La Bastille a été prise. La nuit du 4 août a tout changé. Mais le destin de Louis XVI n’est pas encore scellé. Qui sont ses alliés ? Qui sont ses ennemis ?

Le commissaire Nicolas Le Floch quitte sa Bretagne pour une nouvelle fois porter secours au roi et à la reine. Mais où est sa fidélité ? À un régime qui lui a donné sa chance mais dont il connaît toutes les faiblesses ? À un avenir dont son expérience lui a, à de nombreuses reprises, révélé que le temps du changement était arrivé ?

Un cadavre proche des intrigues et des folies du Palais-Royal vont lui faire comprendre les nouvelles règles du jeu. Le duc d’Orléans ou le comte de Provence, par leurs complots et leurs ambitions, ne risquent-ils pas de précipiter la fin de la royauté ?

L’avis de Dame Ida :
Dame Belette vous a fait découvrir quelques volumes des aventures de Nicolas Le Floch, Commissaire au Chatelet et accessoirement Marquis de Ranreuil relevé de la bâtardise par une reconnaissance tardive de son père qui n’avait d’autre héritier que lui.

J’ai contribué modestement à sa réputation sur le blog de Dame Belette en faisant une fiche de lecture du volume 14 paru en 2017 car je suis moi-même une inconditionnelle des aventures du Commissaire Le Floch que j’ai eu l’honneur de suivre depuis qu’il est tout petit (oui ! je suis vieille ! Et alors ?).

Il faut dire que j’aime les romans historiques lorsqu’ils sont écrits avec art, et que Jean-Françoit Parot, créateur du personnage et auteur des 14 premiers volumes avait excellé dans cet art délicat consistant à intégrer des petites histoires (fictives) dans la véritable Histoire, sans la dénaturer, et qui plus est, en offrant à ses pages, un lustre, un cachet, une patine nous donnant le sentiment d’être réellement plongés dans l’époque par l’évocation de moult détails de la vie quotidienne de ceux qui l’avait vécue, et en développant une langue reprenant les tournures alors usitées.

Jean-François Parot avait été diplomate et comme beaucoup d’agents de l’état travaillant à faire l’Histoire, il avait nécessairement développé un goût et une compétence réelle pour jouer avec elle.

Las ! Le Sieur Parot s’est éteint, laissant Nicolas Le Floch orphelin une fois de plus, et plongeant les fans du commissaire au Chatelet en deuil à la veille de la Révolution Française, les confrontant à une question devenue alors insoluble ! Comment Nicolas le Floch, aristocrate et serviteur des rois depuis Louis XV allait-il faire pour traverser cette époque troublée et peu amène pour les représentants du pouvoir royal, en gardant la tête sur les épaules ?

Allait-il retourner sa veste, lui homme intègre et droit pour sauver sa peau et servir la révolution ? Réussirait-il à se faire oublier le temps que la Terreur se tasse pour reprendre du service et croiser Vidocq quelques années plus tard ? Allait-il s’exiler ? Chez l’Anglois où vivait la mère de son fils ? Au Nouveau Monde ? Et qu’y ferait-il ?

Incidemment la mort de Jean-François Parot ne pouvait que nous laisser que sur ces questions.

C’était compter sans Laurent Joffrin qui, 4 ans plus tard, prend la relève et relève le gant en se lançant dans la délicate entreprise de faire vivre de nouvelles aventures à Nicolas.

Laurent Joffrin, on ne le présente plus en France. C’est un grand journaliste assez connu. Et parfois, les journalistes savent écrire. Je dis parfois… alors qu’en principe ce devrait toujours être le cas…

Mais nous savons bien qu’il y a journalistes et journalistes… Quoi qu’il en soit celui-ci sait écrire et aime suffisamment l’histoire et l’univers des personnages créés par Parot pour avoir repris le flambeau et entrepris de guider Nicolas, devenu quinquagénaire et grand-père, à travers les années tourmentées de la Révolution.

Alors ? J’en pense quoi de cette reprise ?

Fallait-il vraiment que je m’attende à ce que Joffrin fasse du Parot ? Certainement pas. Voulait-il le faire ? Ou pas ? Quelles étaient ses intentions à ce sujet ? Je l’ignore.

Aussi ne jugerai-je pas trop sévèrement le changement de style qui aura fortement déplu à certains. On ne retrouve évidemment que dans une bien moindre mesure le langage ampoulé et les expressions d’époques dont Parot avait l’habitude d’émailler ses dialogues et qui, je dois le dire, contribuaient à me ravir. Joffrin s’y essaie, mais la langue est moins poétique, moins chantante, moins pétillante ou exubérante.

Évidemment, cela je le regrette… Mais celles et ceux d’entre nous qui ont encore leurs parents et ont des enfants adolescents savent à quel point le langage peut changer au fils des ans.

Regardez des archives télévisées des années 60 ou 70, des archives des années 80 et puis regardez la télévision d’aujourd’hui et vous verrez comment le langage évolue en une ou deux décennies.

Alors ? À bien y réfléchir, peut-on s’offusquer de voir le style d’écriture ne pas être le même ? On a rencontré Nicolas à la fin du règne de Louis XV et la Révolution commence. Le parler n’était en réalité plus le même. Certes, la transition est brutale car elle correspond à un changement d’auteur…

Généralement les auteurs ont leur propre style, leur griffe… Mais même si dans l’ensemble un style personnel évolue peu, une fois fixé, on peut parfois repérer de subtils changement au fil des ans car même eux sont touchés par les évolutions de la langue de leur époque.

Aussi, même si on peut ressentir comme une déception le changement notable dans le style, que ce changement de style vienne coïncider avec la Révolution qui sera une révolution qui touchera jusqu’au langage n’est pas nécessairement une mauvaise chose d’un point de vue strictement historique.

Et d’ailleurs, le souci de coller à l’Histoire (avec un grand H) reste présent. Les faits, les coteries, réseaux d’influences et rivalités, évoqués ou mis en scène dans l’intrigue nous ont été rapportés par les historiens sur la base des correspondances et documents de l’époque. Sur ce registre Joffrin respecte le cahier des charges implicite qui s’impose à lui en prétendant poursuivre l’écriture du parcours du Marquis de Ranreuil.

Je regretterai seulement la disparition de quelques personnages très secondaires qui ont totalement disparu comme la bonne cuisinière alsacienne de Monsieur de Noblecourt, mise subrepticement en retraite,…

Et je ne serai pas la seule à regretter la raréfaction des scènes de table et explications sur les pratiques culinaires de l’époque. Il y en a un peu certes… En plus avec la Révolution et les départs de nobles en exil (ou à l’échafaud… mais nous ne sommes qu’en 1789… pas en 1792), les cuistots sans emplois vont commencer à ouvrir des restaurants et les gourmands et gourmandes dans mon genre auraient bien aimer manger davantage avec Nicolas.

C’est peut-être là que se situe la rupture entre Parot et Joffrin. Si Joffrin connaît manifestement bien le déroulement détaillé du processus politique de la Révolution, il semble moins en mesure de développer les petits détails de la vie quotidienne de l’époque en dehors des queues énervées devant des boulangeries ne pouvant produire du pain qu’en fonction des quantités de blé disponibles.

Parot ne manquait par exemple jamais de faire passer Nicolas se faire faire un habit chez maître Vachon dans chacun de ses romans. Ces scènes ou descriptions qui certes n’apportaient que peu aux intrigues mais permettaient au lecteur de visiter la France de l’époque et de visualiser son intimité ont pratiquement disparu sous la plume de Joffrin qui d’ailleurs livre un volume bien moins épais que ceux habituellement produits par Parot.

L’écriture se resserre sur l’intrigue et sur son fond historique. Même les bavardages chez la Paulet sont réduits à leurs plus simple expression, recentrés sur ce qui sera utile à l’intrigue alors que cette grande bavarde avait toujours beaucoup à nous apprendre sur les mœurs de son époque.

Comme le fait remarquer une des fiches critique de Babelio, les retrouvailles entre Nicolas et le bourreau Samson sont presque purement professionnelles.

N’oublions pas qu’en raison de son métier Samson vivait à l’écart du monde, sans vie sociale ni amis et que Nicolas avait été le seul à lui donner une réelle amitié jusque-là, acceptant même de dîner à sa table, ce qui était un acte très « fort », dans les volumes précédents. Et là, bien que certains coquins eussent mérité la questionnette au Châtelet, Nicolas ne profitera pas de l’occasion pour passer davantage de temps avec son ami.

D’ailleurs au-delà de la vie amicale de Nicolas, c’est aussi les développements de sa vie privée de Nicolas qui se trouve vite simplifiée. Or, souvenons-nous… De sa découverte progressive de ses origines, de ses histoires de cœur compliquées avec la Satine ou Mlle D’Aranet…

De ses questionnements sur la façon dont il pouvait penser sa paternité… Toutes ces thématiques nous avaient accompagnés pendant quatorze volumes… Et là… En quelques mots, Nicolas laisse tout cela en plan en Bretagne où tout le monde s’est retiré avec lui et il n’en sera plus question un bon moment.

Ce qui se passe en Bretagne reste en Bretagne, et on se concentrera sur l’enquête jusqu’à ce qu’une nouvelle romance modérément crédible, cousue de fil blanc et sans les complications habituelles surgisse sans me transporter d’enthousiasme.

En se recentrant sur son intrigue, certes captivante, bien menée, dans un contexte où les événements historiques se précipitent, et qui plus est très fidèle à l’Histoire, Joffrin a opéré un certain nombre d’impasses, d’oublis ou de restrictions éloignées des usages en cours dans les romans de Parot.

Cela a pour effet de réduire quelque peu l’univers dans lequel Nicolas nous faisait évoluer avec lui. Si certains lecteurs pourront apprécier la simplification qui en découle et qui rend évidemment l’intrigue plus facilement lisible, ceux qui ne voyaient pas comme « des longueurs » les parenthèses historiques de l’œuvre originale, pourront éprouver une certaine déception.

Malgré tout, je retrouve bien chez Joffrin le Nicolas que Parot nous avait laissé, même s’il ne parle plus tout à fait de la même manière. Il en va de même pour le commissaire Bourdeau et quelques autres personnages centraux qui sont relativement bien respectés dans la psychologique qui leur avait été donnée lors de leur création et de leur évolution.

Je serais plus circonspecte en revanche concernant l’évolution du personnage de Sartine qui a perdu une grande part de sa superbe et de son acidité. Certes… l’âge… Mais il n’explique pas tout. Surtout qu’on ne devient pas brutalement sénile entre deux romans qui n’ont en principe que peu d’années d’écart dans la chronologie réelle.

Or donc, ce sera un bilan mitigé que nous pourrons faire de cette quinzième enquête de Nicolas Le Floch sous la plume d’un nouvel auteur. Une bonne intrigue sur un fond historique parfaitement maîtrisé, avec des personnages principaux conformes à ce que leur créateur en avait faits.

Les fans de la série de roman regretteront cependant le resserrement de l’œuvre sur l’intrigue, qui certes n’en paraîtra que plus rythmée mais qui coupe ainsi tous ces passages qui s’ils n’apportaient pas grand-chose au développement de l’intrigue, contribuaient à notre édification intellectuelle en nous apprenant moult détails sur la vie quotidienne de l’époque traversée ainsi que sur ses mœurs et son esthétique, ce qui représentait à mes yeux une grande part du charme de ces romans.

On ne fera tout de même pas la bêcheuse sur le manque de suspens de certains aspects du livre : le problème avec les romans historiques c’est que… Ben… il n’y a pas trop de suspens sur certains évènements… Et Loulou le XVIème et Maria Antonia finiront raccourcis quelques années plus tard quand même. L’auteur a eu le bon goût de ne pas réinventer l’Histoire. C’est heureux.

Je garderai un regard bienveillant sur Joffrin qui s’est frotté là à un exercice très périlleux pour permettre aux amis de Nicolas de le retrouver dans une époque troublée et décisive.

Relever un tel défit n’est pas chose facile car l’œuvre de Jean-François Parot est truffée de complexités qui débordent largement le cadre des enquêtes policières résolues par le héros.

Mesurant le poids de ces difficultés, nous ne pouvons lui reprocher violemment là où il pèche, mais nous pouvons le lui pointer afin de l’encourager à améliorer ces points de déception où il n’est pas parvenu à se rapprocher suffisamment du modèle original afin de permettre aux vieux et aux vieilles habitués des aventures du Marquis de Ranreuil de retrouver les repères qui avaient initialement contribué au succès de ces romans.

Ira dei – Tome 4 – Mon nom est Tancrède : Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Titre : Ira dei – Tome 4 – Mon nom est Tancrède

Scénariste : Vincent Brugeas
Dessinateur : Ronan Toulhoat

Édition : Dargaud (12/02/2021)

Résumé :
Pour Tancrède, c’est l’heure de tous les dangers. Capturé par Hugues, le voilà entre les mains de Guillaume de Hauteville, le chef des troupes normandes. Celui-ci voit en lui un redoutable soldat dont il aimerait se faire un allié.

Afin d’inciter Tancrède à réveiller son âme guerrière, depuis longtemps en sommeil, Guillaume l’oppose en combat singulier à plusieurs prisonniers, auxquels il promet la liberté en cas de victoire.

« Tu t’apprêtes à faire sortir le diable », lui glisse Étienne, le représentant du pape. Aucun homme ne saura vaincre Tancrède. Même Hugues périra au fil de son épée…

Vivant, Tancrède reste une menace pour l’Église. Pourtant, Étienne décide de lui offrir sa liberté : seul Tancrède est en mesure de l’aider à retrouver sa sœur.

Ce quatrième tome marque la fin du cycle italien. Il confirme les qualités d’une saga qui explore un cadre – la Méditerranée du XIe siècle – peu traité par la bande dessinée et qui allie la rigueur de ses sources historiques à un dessin évoquant autant la poésie de Moebius que la puissance de Jack Kirby.

Critique :
Si dans la chanson, elle voulait revoir sa Normandie, Tancrède, lui, ne veut pas la revoir du tout, ni reprendre son véritable nom de Robert, duc de Normandie.

Guillaume de Hauteville, lui, voudrait bien que Tancrède redevienne Robert, mais ce dernier n’a absolument pas envie d’aller affronter son fils, toutes ces guerres des trônes, ça le fait chier…

Dans ce dernier tome de cette saga (4), nous sommes une fois de plus plongés dans l’Histoire, les guerres, les magouilles politiques, les invasions et les luttes intestines (et pas intestinales).

Étienne (le représentant du pape), de son côté, le tien toujours bien et on ne sait pas trop de quel côté il va tirer. Jusqu’au bout, ce personnage m’aura intriguée, étonnée et là, il va continuer de me trouer le cul, cet Étienne ! Un comble pour un homme d’Église.

Ça magouille de tous les côtés, ça s’embrouille, ça bidouille des complots, l’un joue avec les nouilles de l’autre (restons poli, mais vous voyez de quoi je veux parler).

Bref, dans ce récit, personne n’est tout à fait blanc, ni tout à fait noir, ni vraiment bon ou méchant, tout est nuance de gris, les personnages sont complexes et nous sommes loin du manichéisme affiché dans d’autres bédés.

Les dessins sont dynamiques et les scènes de combats sont bien détaillées : mouvements, expressions… Le découpage de certaines planches ajoute aussi des claques monumentales au lecteur. Là, ça dépote !

Mon bémol sera pour le final qui arrive un peu trop vite, comme un cheveu dans la soupe, laissant un goût d’inachevé, comme si j’avais été plantée au milieu du chemin et que les auteurs foutaient le camp en vacances. L’impression d’être un chien abandonné sur le bord de la route.

Attendez les mecs, c’est tout ? C’est fini ? Tout ça pour en arriver à cette fin un peu bancale ? Tout ce machiavélisme, toutes ces guerres entre les différents seigneurs, entre leurs armées, tout ce suspense, toute cette psychologie et ce travail des personnages pour finir ainsi ?

Ben merde alors… Dommage, car ce final bancal et brutal (je sens l’âme d’une poétesse) casse tout le plaisir de lecture ressenti jusqu’à présent et fout en l’air cette série que j’avais apprécié d’entrée de jeu.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°96] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Jours de sable : Aimée De Jongh

Titre : Jours de sable

Scénariste : Aimée De Jongh
Dessinateur : Aimée De Jongh
Traduction : Jérôme Wicky

Édition : Dargaud (21/05/2021)

Résumé :
Washington, 1937. John Clark, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l’organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression.

Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère.

En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d’un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe…

Critique :
1937, États-Unis… Le krash boursier de 1929 a eu lieu et une partie de l’Amérique se prend de plein fouet le Dust Bowl.

Pour les ignares du fond de la classe, le Dust Bowl n’est pas la finale du championnat organisé par la ligue américaine de football américain, mais une série de tempêtes de poussière qui s’est abattue sur les plaines des États-Unis !

L’Oklahoma, le Kansas et le Texas, furent touchés, dans les années 30, par la sécheresse et une série de tempêtes de poussière provoquant une catastrophe écologique et agricole.

Si jamais, relisez (ou lisez) « Les raisins de la colère » de Steinbeek…

La première chose que l’on admire, dans ce roman graphique, ce sont les dessins de l’autrice : de belles grandes planches montrant des décors new-yorkais et ensuite de la région de l’Oklahoma (dans le manche de cet état qui ressemble à une poêle à frire).

Si N-Y grouille de vie et misère, dans l’Oklahoma, ça grouille de misère et la vie se cache tant il est difficile de respirer ou de vivre dans cette région touchée de plein fouet par ces nuages de poussières.

Les couleurs sont dans des tons pastels et même sans paroles, ces grandes planches parlent plus qu’un discours. Sans avoir le choc des photos, on a le choc des dessins et pas besoin du poids des mots, les images parlent d’elles-mêmes.

Des grands dessins sur des pleines pages ou sur des doubles pages : l’envie est grande de les enlever de la bédé et de les accrocher au mur, tant ils sont magnifiques.

De plus, le scénario ne manque pas de profondeur avec les réflexions des habitants de l’Oklahoma sur les photos que prend John Clark : c’est de la mise en scène !

Lui-même se posera la question sur son travail de photographe : est-ce qu’il rend justice aux habitants soumis au Dust Bowl ? La mise en scène est nécessaire pour faire une belle photo, certes, mais donne-t-elle vraiment la dimension de leur souffrance, de ce qu’ils endurent depuis des années ?

Moi qui me plaignais ces derniers temps de ne pas ressentir des émotions dans certains romans lus, ici, j’en ai pris plein ma tronche, des émotions !

Pas de pathos, pas de larmoyant, l’autrice n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières, et pourtant, elle est arrivé, de pas ses dessins, ses personnages, les actions de John Clark, par les dialogues, à me donner des frissons et à faire monter l’eau aux yeux, afin d’en ôter la poussière.

Une magnifique bédé qui va s’en aller rejoindre le clan des bédés d’exceptions dans ma biblio.

Le Roman des Morts Secrètes de l’Histoire : Philippe Charlier [Par Dame Ida, Membre Honoraire du Fan Club de Stéphane Bern]

Titre : Le Roman des Morts Secrètes de l’Histoire

Auteur : Philippe Charlier
Éditions : du Rocher (2011)

Résumé :
Alexandre le Grand, Cléopâtre, Gilles de Rais, Christophe Colomb, Marie Stuart, Molière, Marat, Casanova, Sissi, Raspoutine, les Romanov… Des personnages illustres dont la disparition reste nimbée de mystère.

L’Histoire dit-elle la vérité ? Les causes de décès transmises au fil du temps sont-elles authentiques ? Une seule manière de le savoir : faire parler les morts…

Exhumation de restes momifiés, comparaisons génétiques, recherche de traces d’empoisonnement, relecture de procès-verbaux d’autopsie…

À l’aide des techniques de pointe de la médecine légale appliquées à l’archéologie, ce Roman des morts secrètes dissèque les plus grandes célébrités, parties en emportant le secret de leurs derniers instants. Un secret que l’Histoire s’est parfois bien gardée de révéler…

L’avis de Dame Ida : 
Comme vous le savez, je suis une folle-dingo-psycho-barge des potins de la famille royale britannique, certes présents, et futurs mais aussi du passé.

Et puis ne soyons pas mesquine ! Il n’y a pas que chez les royals britanniques qu’on a des ragots croustillants…

Nos défunts feus les french royals n’étaient pas en reste questions turpitudes et on peut aussi étendre notre voyeurisme au reste du monde et à toutes les époques.

Et ouais… ce n’est pas faire mentir Freud que de rappeler que la curiosité scientifique ou épistémologique n’est jamais qu’une sublimation du voyeurisme et de la curiosité sexuelle.

Et sachant que quand j’étais petite, genre 8 ou 10 ans, j’étais assez effrayante pour ma famille car j’étais passionnée également par les rites funéraires des civilisations disparues, ce mélange précoce de curiosité historiquement sublimée pour le sexe et la mort guide encore et toujours les lectures.

Or donc… pour résumer… je suis passionnée par les petites histoires de l’Histoire… et quand je suis tombée sur ce livre pendant une séance de bookshopping avec une vieille copine (ouaip ! Des plus vieilles que moi ça existe encore!), la couverture a opéré une sorte de charme hypnotique sur mon regard et j’entendais également un chuchotis des pages s’élever vers mes oreilles… « Achète-moi ! »… « Achète-moi ! » disait ce chuchotis.

Et puis il y avait le nom de l’auteur aussi… Philippe Charlier… Le médecin-légiste habitué des émissions historiques et accessoirement bogosse à qui je léguerai volontiers mon cadavre pour qu’il lui administre les derniers outrages entre le suaire et la paillasse ! Oui je sais… j’ai des fantasmes étranges mais n’oubliez pas que j’ai épousé un inquisiteur frustré qui a d’autres jeux très étranges. Mais… je m’égare, je m’égare…

J’en ai pensé quoi donc de ce livre ? Sur toutes les petites histoires de ces morts ?

Le livre se lit plutôt bien. Il est en outre découpé en chapitres de longueurs variables mais pas trop longs, chacun étant consacré à un personnage. Cela évite les longueurs et permet d’en lire un petit bout par-ci, un petit bout par-là tout en ayant une autre lecture en parallèle.

Ce découpage en ferait un ouvrage idéal pour les lectures de toilettes par exemple…

Mais j’avoue que ça ne serait pas sympa pour l’auteur car son travail ne mérite certainement pas que l’on puisse imaginer comparer son ouvrage à un torchon, ou qu’on l’associe à des déjections. Non ! C’est un livre très agréable.

Le style est dynamique mais demande malgré tout une certaine attention. D’une part parce que le dynamisme du style fait justement que la progression des idées va parfois assez rapidement et supporte mal parfois un relâchement de la concentration…

À cela s’ajoutent quelques mots techniques sans que cela ne sombre pour autant dans du jargon pénible… Des occurrences de vocabulaires spécifiques aux époques vécues par les personnages méritent aussi attention…

J’ai passé un bon moment dans l’ensemble mais j’ai toutefois trouvé le titre un peu inadapté, voire quelque peu racoleur en le mettant en rapport à ce que j’ai trouvé dans l’emballage. Et ça… ça me dérange toujours un peu car même si j’ai appris plein de trucs sur certains de ces personnages…

On ne peut tout de même pas dire que la mort de Mata Hari, ou de Marie Stuart, ou de Gilles de Rais aient été si secrètes que cela vu qu’ils furent exécutés devant témoins et que le diagnostic sur les causes de la mort s’imposaient d’elles-mêmes.

Pour Marat… les circonstances de sa mort sont aussi secrètes que celles d’Henri IV mais curieusement, ce n’est pas du Vert-Galant qu’on parlera, mais du supplice de son assassin et de celui qui tenta plus tard de trucider Louis XV.

On sait que la mention « secret » dans un titre fait vendre… Mais il n’est pas ici employé à juste titre. On aurait mieux fait de titrer « Petits secrets concernant quelques morts célèbres », car en réalité il n’y aura pas de véritable secret médico-légal pour bien des personnages dont il sera question.

Alors oui… de quoi est mort Mozart ? Là les théories diverses peuvent s’accumuler…

On peut les confronter, analyser leur caractère plus ou moins fondées, trancher en faveur de l’une ou en proposer une autre… Là pourquoi pas.

Comment Raspoutine a-t-il fait pour ne mourir qu’au terme d’un réel acharnement meurtrier, montrant une résistance assez sidérante ? Oui… là, il y a quelque chose de presque mystérieux.

Après… comment se prononcer sur la mort d’Alexandre Le Grand, Le Caravage, ou Jacques Coeur sans disposer des corps et sur de simples indications écrites parfois peu concordantes…

Là ça devient plus hasardeux et peut aller difficilement au-delà de la confrontation des données historiographiques ou documentaires. On est donc très loin des « Experts à Miami » !

Et pour le Chevalier d’Éon mort paisiblement de vieillesse dans son lit…

On sait bien que le mystère ne consiste pas tant dans les circonstances de sa mort que dans celles de sa vie et en particulier dans ce qu’il pouvait avoir à cacher dans ses sous-vêtements ! Homme ou femme ?

Personnage non-binaire ou transgenre qui s’ignorait car ces catégories de pensée n’existaient pas encore à son époque ? C’est bien là que réside l’énigme et non pas dans sa mort… même si au moment de sa toilette mortuaire le secret de son anatomie fut enfin levé !

Bref… Les amoureux d’histoire trouveront cette lecture distrayante, mais il ne faudra pas non plus s’attendre à des révélations fracassantes ! Après tout… serai-je en train de spoiler en vous révélant que tous ces défunts ont pour point commun d’être morts d’un arrêt du cœur ?