Baker Street – Tome 1 – Sherlock Holmes n’a peur de rien : Pierre Veys & Nicolas Barral

baker-street-tome-1-sherlock-holmes-na-peur-de-rien-barral-veys

Titre : Baker Street – Tome 1 – Sherlock Holmes n’a peur de rien

Scénariste : Pierre Veys
Dessinateur : Nicolas Barral

Édition : Delcourt (2004)

Résumé :
Saviez-vous que Watson doit une grande partie de sa popularité à une méduse ? Que Holmes pratique parfois le cambriolage ? Et seriez-vous capable de trouver un rapport entre un diable en boîte, un haltère, un réveil-matin, un cactus et une masse d’armes ? Non ?

Eh bien plongez-vous dans les carnets secrets du Dr Watson, miraculeusement exhumés par deux « froggies »…

bakerstreet01pCritique :
Je n’ai rien contre les parodies, tant qu’elles sont bien fichues… Sherlock Holmes avait déjà été excellemment parodié dans le film « Without a clues » (Élémentaire mon Cher Lock Holmes) et ici, il en est de même : excellent !

Oubliez ce que vous savez du plus célèbre détective de Baker Street, celui est plus burlesque et moins… grand détective qui résout tout.

Pourtant, on sent que les auteurs ont potassé leur canon et qu’ils n’ont pas fait cela à la légère puisque dans ce premier tome, ils remercient les Quincaillers de la Franco-Midland !

Ce premier tome regroupe 4 enquêtes de notre plus célèbre détective d’Angleterre et de son ami, le bon docteur Watson.

Watson dépeint comme un gros gourmand, un amateur de boisson alcoolisée, meilleurs en découverte de solution que Holmes et bourré d’humour dans ses petites pensées.

Sans oublier leur logeuse, madame Hudson, toujours bourrée et l’inspecteur Lestrade, l’emmerdeur de service.

— LESTRADE !
— Le casse-pieds !
— Planquons-nous, Watson !

Nous sommes dans une parodie, c’est drôle, amusant, on nous présente un Holmes aux antipodes du canonique puisqu’il n’est pas le roi de la déduction, est colérique, s’engueule avec Watson, est mauvais joueur, imbu de sa personne, il déteste la reine Victoria, est parfois perdu dans son enquête et pique une crise digne de Joe Dalton lorsque l’on dit « Moriarty ».

— Vous ne prenez pas de notes, Watson ? Je sens que je vais être brillant !

Les dessins sont drôles, sans être des oeuvres d’art, mais faut chercher les petits détails et les expressions faciales valent leur pesant de tabac, le scénario comporte de véritables enquêtes, leur solution, mais elle n’est pas toujours celle trouvée par Holmes…

À déguster avec une tasse de thé et  le sourire aux lèvres !

Une bédé drôle, une parodie réussi, ou : comment retrouver des personnages cultes dans des situations abracadabrantesques…

— Mais moi, j’arrête qui, alors ?
— Alors le lourdaud de service, il se tait où il rentre à pied aussi !!!
— Mais Holmes, c’est mon fiacre…
— Tac ! Ça y est ! C’est gagné ! Il est puni. Cocher, arrêtez.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (48 pages).

diabolo-riretexte

La voix secrète : Michaël Mention

voix-secrete-la-michael-mention

Titre : La voix secrète

Auteur : Michaël Mention
Édition : 10-18 (01/01/2017)

Résumé :
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe. Dans un Paris rongé par la misère et les attentats, la police enquête sur un tueur d’enfants, issus des quartiers miséreux. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, et son adjoint vers Lacenaire, le célèbre poète assassin.

Incarcéré à la Conciergerie, celui-ci passe ses journées à recevoir des visiteurs et rédiger ses Mémoires.

Un autre crime se produit, révélant davantage de similitudes avec ceux commis jadis par Lacenaire. Allard décide de le solliciter, au grand dam de son adjoint, dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse.

Entre le policier et l’assassin s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation. Cette collaboration les entraîne dans les coulisses d’un Paris mystérieux et malsain.

voix-secrete-la-michael-mention-la-fantascopeCritique :
La force de Michaël Mention c’est qu’il change de genre à chaque roman, qu’il surprend ses lecteurs, arrivant là où on ne l’attend pas.

Michaël Mention peut aussi se targuer de m’avoir entrainé en Angleterre, dans les traces de l’Éventreur du Yorkshire, de m’avoir fait vibrer en me retranscrivant un match de foot, de m’avoir fait hurler de joie en saquant certains médias et de m’avoir fait claquer des dents, en Australie, par 50C° à l’ombre.

Là, il m’a fait soupirer d’aise de ne pas avoir vécu à Paris en 1835 ! Celui-là, on aurait pas trop envie de le visiter…

Pour la peine, en lisant comment les ouvriers étaient traités, combien d’heures ils prestaient et quelles misérables sommes ils gagnaient, je me sens riche, protégée et je bénis les avancées des syndicats ! sans oublier qu’à cette époque là, les gosses travaillaient aussi. Enfin, les miséreux.

Lacenaire le mercenaire ! Je ne connaissais pas ses faits et gestes, mais j’en sais un peu plus sur le lascar en ayant suivi une enquête sur ce qu’on appellerait maintenant un Copycat, sauf que le copieur, c’est des enfants qu’il tue, et pas de manière « propre » (si tant est qu’il peut exister une manière propre de tuer des gosses).

Le style d’écriture de Mention est bien là, c’est le sien, on ne s’y trompe pas. Là aussi il a dû bosser sa copie parce que tout est réaliste dans ce Paris de 1835, en hiver. Manquerait plus que le son et l’odorama et on frôlerait la perfection.

Mais on se passera des puanteurs de la ville, de ses abattoirs, de ses Halles, l’auteur nous plongeant déjà assez comme ça dans le réalisme !

Bien entendu, l’auteur mêle ici la réalité à la fiction, mais avec un tel brio qu’on ne sait plus où est la fiction, tant on se sent immergé dans l’Histoire avec un grand H. À tel point qu’on penserait bien que le récit fictionnel se retrouvera dans Wiki tant il est criant de réalisme.

Un roman historique noir, une plongée directe dans la misère des rues de Paris, une plongée dans ses lieux non fréquentables, du moins en haut-de-forme, une immersion dans ses lieux où trimait des pauvres gens, des esclaves, une fracture immense entre les riches et les pauvres, entre ceux qui ne demandait que le nécessaire à ceux qui possédaient le superflu…

Un roman où l’enquête sur leurs meurtres sordides frôle la politique, jamais loin, n’ayant pas envie que des émeutes éclatent, voulant à tout prix se protéger du scandale, ne voulant pas perdre ses privilèges.

Un roman où tout n’est pas toujours ce que l’on pense et où le lecteur pourrait se perdre en sympathisant avec Lacenaire qui n’est pas le pire, dans cette histoire (ni dans l’Histoire) ou en ne voulant voir que ce qu’on veut lui faire voir.

Une fois de plus Michaël est reçu avec Mention en nous proposant un polar noir historique loin de ses sentiers habituels, mais toujours avec sa plume unique et ses petites piques qui font mouche.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

[SÉRIES] Downton Abbey – Saison 1 – La série qui te down du British

downtonabbey

La première saison de Downton Abbey se déroule sur la période s’étendant du naufrage du Titanic, le 15 avril 1912, jusqu’à la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Empire allemand, le 4 août 1914, et donc au début de la Première Guerre mondiale.

Comment ça commence ? Tout simplement par le naufrage du Titanic en avril 1912 – rassurez-vous, Céline Dion ne chante pas et vous ne reverrez pas le beau Jack couler, mort de froid – anybref, le comte de Grantham et son épouse Cora apprennent que les deux héritiers potentiels de la demeure de Downton, le cousin germain du comte et son fils Patrick, sont morts lors du naufrage du Titanic.

Les Crawley n’ont eu que trois filles, Lady Mary, Lady Edith et Lady Sybil, or seul un héritier mâle peut hériter du domaine, qui est soumis à un « entail fee tail male ».

Oui, pour l’égalité des sexes, vous repasserez, mesdames, nous avons peu de droits, sauf celui de fermer notre gueule et de se taire.

Le nouvel héritier est ainsi un arrière petit cousin, Matthew Crawley, un avocat vivant avec sa mère Isobel. Une sacrée bonne femme, sa mère ! Elle ne s’en laisse pas compter. On lui demande de ne rien dire, mais elle, elle ouvre sa gueule et n’a pas peur. Une femme avec des couilles….

Non mais franchement, t’imagines le brol avec ce putain d’entail fee tail male ? Si le comte de Grantham avait acheté le domaine avec son fric gagné personnellement, il aurait pu le donner en héritage à ses filles, mais puisqu’il est « tributaire » de ce domaine, qu’il l’a reçu en héritage de sa lignée d’ancêtres mâles, ça ne peut pas revenir à une de ses filles, mais à des lointains cousins, fortune comprise.

Oui, mais, sa fortune, elle lui vient de son épouse, américaine… Moi, ça me foutrait les boules que tout mon fric passe à un lointain cousin de mon Chouchou (même si je suis morte) alors que je n’aurais rien pu donner à mes propres filles.

Heureusement, je n’ai pas d’enfants et pas de fortune personnelle, hormis mes livres… Là, pas touche.

Alors, en partant de ce postulat qui veut que le comte de Grantham doive trouver un autre héritier dans ses petits cousins, la série nous fait découvrir les coulisses des cuisines d’une manoir, avec son lot de valet, de cuisinière, de bonnes, de larbins, ainsi que la vie « culs bordés de nouilles » d’une famille noble qui a du pognon grâce à l’épouse américaine.

Va pas croire que ça vole pas haut, les bisbrouilles sont hautement bien travaillées, les personnages aussi, et si tu en as pris certains en grippe, il peut se révéler plus sympa que tu ne le pensais et vice-versa.

Ah, que j’apprécie le valet personnel du comte, Bates, le majordome Carson, la bonne Anna, miss Hugues, la chef des femmes et même la cuisinière, Madame Patmore !

Et les deux méchants, les empêcheurs de tourner en rond, les jaloux, les comploteurs, ils sont odieux, détestables, surtout Thomas avec sa belle petite gueule. Quant à O’Brien, elle va commettre un acte odieux pour lequel sa conscience risque de la tourmenter.

Notre petite famille de noble a trois filles donc (Mary, Sybil et Edith), dont deux sont plus jolies que l’autre (Edith), toujours laissée un peu sur le côté… Et niveau saloperies, elles ne sont pas en reste non plus, notre Edith et notre Mary.

Surtout que Mary… Ouh, je ne dirai rien de plus, mais… Non, je ne dirai rien !

Niveaux décors et toilettes (je parle de fringues, pas de chiottes), tu en prends plein la vue et même si ce genre de chiffons ne m’irait pas, je bave tout de même devant leurs belles toilettes somptueuses.

Alors certes, ça n’a pas un rythme trépidant comme un 24h Chrono, mais on s’en moque parce que le rythme n’est pas important, c’est tout le reste qui est vecteur d’orgasmes :

  • Le scénario,
  • Les personnages travaillés,
  • Les intrigues,
  • Les chipoteries de Mary niveau mec à épouser,
  • Le côté so british,
  • La comtesse douairière Miss Minerva McGonagall (Maggie Smith), pardon, Violet Crawley – j’adore son rôle de vieille femme qui ne veut pas voir le progrès et qui a du mal à vivre avec son temps,
  • Les décors et les toilettes,
  • La société edwardienne qu’on passe au peigne fin,
  • La place de la femme dans la société de l’époque,
  • Les envies des uns à continuer de servir et celles des autres à monter dans  la société
  • La Grande Guerre qui va changer la donne
  • Les différentes positions des gens face à la guerre et face aux hommes qui n’y sont pas…

Bref, il y a tout un tas d’excellentes choses dans cette série que je regrette de ne pas avoir pris le temps de regarder plus vite !

Avantage, c’est que je peux m’enquiller toute la série sans devoir attendre, et puisque je n’ai pas été lire les forums qui en parlaient, je suis vierge de tout ! Y’a plus que de ça que je suis vierge, quasi.

Alors, si vous ne l’avez pas encore vue, faites comme moi, il n’est jamais trop tard pour bien faire et pour découvrir une série qui n’a plus à faire ses preuves et qui a été encensée par la critiques et les blogs.

PS : Non, Dorothée, je te jure que je n’ai pas oublié de me faire les 12 saisons de la série Supernatural… J’ai tout pompé, c’est déjà un grand point…

Étoile 5

BILAN LECTURE - Veux la suite t'excites pas

Enregistrer

Enregistrer

Le garçon : Marcus Malte

LeVieuxJardinAW+

Titre : Le garçon

Auteur : Marcus Malte
Édition : Zulma (2016)

Résumé :
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.

Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

32bdbd04d5b1e5b437524900b4c52a01Critique :
Si vous connaissez la musique du film « 2001, l’odyssée de l’espace », passez-le vous dans votre tête car je publie enfin ma chronique tant attendue sur ce roman !

Enfin, elle était juste attendue par Yvan (GruzBlog Émotions) !

J’avoue qu’il m’a imploré, supplié – même menacé des pires représailles – si je ne lisais pas ce roman (je ne vous dirai pas les tortures qu’il m’avait promises, elles sont trop horribles ! Même à Guantánamo ils n’oseraient pas vous torturer avec du Barbara Cartland).

Jubile, Yvan, le voici ma chronique !

Alors, Marcus, ton roman… Un sacré roman que tu nous as écrit là, Marcus ! Oui, je me permets de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, j’espère que tu ne m’en voudras pas parce que c’est un peu de ta faute aussi : tu viens de présenter une sacré histoire, toi.

Déjà, Marcus, fallait oser mettre en scène un personnage principal qui est muet (mais pas sourd).

Je dirais même qu’il fallait une sacrée paire de cojones pour nous le faire évoluer sur 544 pages, sans que jamais il n’ait une ligne de dialogue, sans que jamais l’on ne sache son prénom exact, ni des circonstances qui avaient amené sa mère là où elle était.

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un.

Brillante l’idée ! Mais elle aurait pu devenir casse-gueule. Maintenant, le prochain qui nous proposera un garçon muet, on pensera directement au tien.

J’avoue tout de même que j’ai eu un peu de mal à m’attacher au garçon, au départ. Je suivais sa route, son chemin, mais sans savoir vraiment si j’allais me plaire à faire cette longue route avec lui.

Tu sais où j’ai commencé à l’aimer, le garçon ? Non ? Et bien, quand Brabek est entré en scène… Parce que nom de dieu, Brabek, lui, je l’ai adoré ! Et en l’aimant, j’ai commencé à ressentir de la profonde affection pour ce garçon sans nom.

— In God We Trust sur chaque pièce et sur chaque billet. Estampille officielle. Parole d’évangile. La seule et unique religion de l’Amérique.

À ce propos, si je gardais un chien de ma chienne pour Olivier Norek et son utilisation horrible d’un four micro-ondes, j’en gardera aussi un pour toi, mais pour mon ogre adoré…

Anybref, une fois que le garçon fit partie de ma vie, j’ai cheminé avec lui sans plus lui lâcher la main, découvrant le monde, les hommes, avec lui, à ses côtés, partageant ses peines et ses espoirs, rencontrant avec lui les autres spécimens Humains, toute cette galerie de personnages bien typés que tu nous fais croiser dans ton œuvre.

Il y en avait des plus attachants que d’autres, et pas besoin d’en faire des tonnes pour que l’on apprécie plus un tel qu’un autre. Ils avaient leurs qualités, leurs défauts, leur vie, leur histoires et je les ai trouvées bigrement réalistes.

Sinon, Marcus, j’ai pris du plaisir aussi avec tes petites introductions « Cette année là » et si je pouvais ne fus-ce qu’en retenir 5%, je pourrais briller à « Questions pour du pognon ». Si j’en été étonnée au départ, elles m’ont vite plu et ma foi, j’en aurais bien demandé un second tour.

Autre chose que j’ai aimé, Marcus, c’est ta manière d’écrire. On ne peut pas dire qu’elle est simple ou simpliste, loin de là ! Elle est élaborée, costaude, plaisante, déroutante, imaginative, et il y avait même des tas de mots dont je ne connaissais pas la définition.

C’est cette plume qui m’a fait plaisir lorsque tu utilisas de la métaphore dans l’acte sexuel et de brillants jeux de mots comme je les adore ! À ce petit jeu là, d’ailleurs, je ne suis pas la dernière…

C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue.

Et Marcus, cette scène de sexe émaillée de mots italien… Oh mon coquin ! Tu sais y faire sans devoir trop en faire. D’ailleurs, ne le répète pas à mon homme – il se demande encore ce qui m’a pris de poser brutalement le roman que je lisais pour le… Non, celle là, il ne l’avait pas vu venir. Qu’il ne sache jamais que tu étais le responsable avec tes écrits.

Passons maintenant au contraire de l’amour : la guerre, Marcus, cette saloperie de Grande Guerre…

Les combats sont épiques, les combattants héroïques. Ils sont vaillants, ils sont pugnaces, ils sont intrépides, ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera.

Cette manière que tu as eue d’en parler dans ton roman, avec, dans un paragraphe, ces phrases tirées de la Marseillaise, j’ai adoré.

Oui, Marcus, tu nous as parlé de la Guerre d’une autre manière, tu l’as abordée par un autre côté, par un autre front (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots), et j’ai ressenti des moments de grandes tristesses, surtout lorsque tu nous parlais de la future mort des homme du régiment…

C’est violent, cette manière que tu as eue de faire. Poétique aussi, vu la manière dont tu l’as écrite. Ça m’a dressé les poils sur les bras, ça m’a collé une boule au fond de la gorge, alors que je ne les connaissais pas et qu’ils n’étaient que personnage de fiction…

Et Krestorsky, le Polonais. Mineur de fond. La sape il connaît. Bon chrétien. Il prie, il embrasse son crucifix avant de charger. Notre-Dame-de-Lorette aura raison de lui. Un coup de grisou comme jamais il n’en aurait imaginé. C’est en vapeur qu’il montera au ciel. Sublimé. Va, Polak, va. Dieu recollera les morceaux.

Mais la fiction suit la réalité (jamais elle ne la dépasse) et rien que d’y repenser, à cette grande boucherie, j’ai le cœur au bords des lèvres.

Oui, Marcus, tout était d’une triste justesse, sans oublier que ton roman est bourré de vérités, de choses justes, de réflexions non dénuées de bon sens, et Emma, cette jeune fille que j’ai apprécié de suite, avait de la suite dans ses idées dans ses lettres. Plus que les militaires, plus que les dirigeants… (Ok, ce n’est pas difficile d’en avoir plus qu’eux).

Plus que Gustave, son père qui… Dieu que j’ai eu de la peine pour lui, que j’ai souffert avec lui de cette erreur qu’il commit et que bien d’autres que lui commirent aussi en ces temps là.

Marcus, Marcus, tu ne m’as pas épargnée ! Tu m’as fait vivre des pages lumineuses de vie, de découverte du monde, d’amour et se sexe, et ensuite, tu m’as plongé dans les affres de la guerre avec tout son cortège de misères. C’est violent, ça, Marcus.

On  ne peut pas dire que tu laisses ton lecteur gambader gentiment dans tes pages, non, tu le malmènes, tu le mets en situation de confort pour mieux le martyriser ensuite. Tu le fais si bien, en plus…

Par contre, Marcus, désolée, mais lorsque tu citais tout ces noms de soldats morts à la bataille de Souain, je n’ai pas su aller jusqu’au bout. Trop dur. Et ce n’était qu’un bataillon de la Légion… Horrible. Alors j’ai passé des pages car j’étais trop lessivée que pour en supporter plus. Que ces morts me pardonnent.

Par contre, Marcus, j’ai eu besoin de deux tubes d’aspirine après avoir lu ton immense paragraphe (sans point final pour reprendre mon souffle) avec les liens familiaux qui unissaient toutes les familles régnantes d’Europe (étendue à la Russie) en 1914.

C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts.Et l’on se demande encore de quoi est venu se mêler Poincaré !

J’ai essayé de dresser l’arbre généalogique, mais je me suis rendue compte que tout le monde était parent avec tout le monde et que les branches s’entremêlaient.  Même « Point De Vue » ne s’y retrouverait pas, dans tout ces rois qui nous gouvernaient en 14, tous parents ensemble, des tas d’alliances ayant été crées artificiellement par des mariages (et notre futur roi Léopold I a bien instigué de ce côté-là aussi !).

Les rois. Les empereurs. Comment cela peut-il encore exister de nos jours ? Les « Sire », les « Majesté », les « Monseigneur ». Comment peut-on encore l’accepter ? Comment peut-on nous faire avaler cette énorme couleuvre ? La couronne et tout ce qui va avec. Des rois ! Et au nom de quoi, tu peux me dire ? Au nom du sang.

J’aimerais te dire encore bien d’autres choses, Marcus, sur ton roman époustouflant, mais les mots me manquent.

Je te dirai juste que j’aurais aimé avoir encore plus de pages, plus de détails sur les autres voyages du garçon devenu homme et que je me suis trouvée fort dépourvue lorsque la fin de l’histoire fut venue.

Ah, Marcus, je te remercie d’avoir écrit pareil roman, pareille fresque, de m’avoir plongé dans la France de 1900, dans sa manière de vivre campagnarde, avec tout ces gens qui, vu d’ici, ne sont pas si différents de nous puisqu’ils accusaient déjà l’étranger d’être le responsable de tous leurs maux.

Je te dis merci de nous avoir mis en scène un garçon sans nom, sans passé, sans paroles et de l’avoir fait mouvoir avec tes mots, tes belles phrases, ton talent de conteur. De m’avoir mis sous les yeux cette belle symphonie, cette ode, cette fresque, ce concert majestueux qui vibre encore dans mes veines, dans mon cœur, dans mes tripes.

Merci aussi, au passage, à Yvan (GruzBlog Émotions) de m’avoir mis le canon du fusil sur la tempe pour que je lise ton dernier roman.

Bon, j’exagère un peu, je sais, mais j’aime l’entendre me supplier (via ma boite mail) de lire tel ou tel livre car jamais je ne suis déçue.

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

Oh que j’aimerais ne jamais avoir lu ce roman afin de pouvoir le recommencer, vierge de tout savoir…

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Femina – 2016).

Étoile 5

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre OK

Enregistrer

Des clairons dans l’après-midi : Ernest Haycox

Clairons dans l'après-midi, des - Haycox

Titre : Des clairons dans l’après-midi

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud (2013) – Collection « L’Ouest, le vrai » dirigée par Bertrand Tavernier

Résumé :
Dans un coin perdu du Dakota, la jeune Josephine Russel fait la connaissance de l’énigmatique Kern Shafter, aux allures de gentleman, que ronge un lourd secret et un désir de vengeance. Shafter rejoint comme simple soldat le Septième de cavalerie que commande le général Custer.

Histoire d’amour et de vengeance sur fond de la plus célèbre bataille des guerres Indiennes, Little Big Horn, que Haycox retrace avec une extraordinaire lucidité. Un magnifique roman épique et intime, lyrique et précis.

la-bataille-de-little-big-hornCritique :
— Holà, Tavernier, à boire ! Servez-moi quelque chose de bon, de fort, de puissant, de goûtu. Pas une infâme piquette !

— Alors, madame, je vous conseille de boire à cette bouteille, de poser vos lèvres sur ces clairons de l’après-midi, vous m’en direz des nouvelles. Et puis, je suis Bertrand Tavernier, le directeur de la collection, pas le serveur.

— Excellent ce breuvage, Tavernier… On sent qu’il a pris son temps de murir en fût de chêne et que l’auteur a bien fait son travail, qu’il a su faire décanter son récit et lui additionner tout ce qui fait un grand cru.

— Vous m’avez demandé de vous servir de la qualité, madame, ce que j’ai fait en vous proposant ce grand-cru Western de chez Ernest Haycox, un maître en la matière. Ceci n’est pas un Western de gare. Vous sentez sa longueur en bouche ? Un roman que vous n’oublierez pas de sitôt, croyez-moi !

— En effet ! Il a une odeur de grandes plaines sauvages, un soupçon de Black Hills, de la Frontière, si proche, une odeur de poudre à fusil, de cheval, de sueur, de cuir des selles, de poker, des bagarres dans le saloon, du sang, de la trahison… Oh, des indiens qui galopent dans la bouteille !

— Bien sûr qu’il y a des indiens, sinon, ça manquerait de corps et vous avez sans doute souffert avec tout les corps, sur la fin… Vous remarquerez que les personnages principaux, qui composent de divin nectar, ont été travaillés, taillés avec amour, blessés, aussi, mais cela forge le caractère.

— Oh, j’ai ressenti un gros faible pour le mystérieux Ken Shafter : ses fêlures, ses zones d’ombre, la violence intérieure qu’il trimballe, son passé dont qu’on ne nous dévoilera qu’à petites doses, ses allures de gentleman, ses envies de vengeance.

J’ajouterai aussi que la jeune Josephine Russell est réussie, elle aussi, et à l’opposée des femmes que l’on a tendance à croiser dans des Westerns de mauvaises factures. Joséphine, c’est une jeune femme complexe,  libre et elle n’a rien d’une femme soumise. De plus, ses jugements sur Shafter sont pertinents.

“Vous avez été blessé une fois et vous avez cessé de grandir. Vous avez passé les dernières années de votre vie à rapetisser […]. Vous avez brillamment réussi à vous transformer en homme insignifiant”

— Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus !

— Que nenni, monsieur Tavernier ! Même les personnages les plus secondaires, que nous ne croiserons qu’une seule fois, sont brillamment mis en place et ils nous dévoilent un véritable pan de la vie à cette époque (les deux tenancières des hôtels en sont des exemples vivants), non loin de cette fameuse Frontière qui recule pendant que les autres avancent.

— Les habitants de la frontière veulent aller vers l’ouest. Ils voient que les Indiens leur barrent le chemin. Alors, ils vont tuer quelques Indiens et les Indiens vont les tuer. Cela provoquera un incident. Les gens d’ici se plaindront au Congrès et le Congrès fera pression sur le ministère de la Guerre. Et c’est nous que l’on enverra.

Même son Méchant de l’histoire est soigné et l’auteur nous brossera un portrait qui n’est ni tout blanc, ni tout noir, mais tout en nuance de gris, comme il le fait pour le général Custer, dont les différents protagonistes nous dresserons un portrait à charge ou à décharge, sans lui trouver des excuses ou tout mettre sur son dos.

Tour à tour indulgent et débordant d’intolérance furieuse, il [Custer] n’avait aucun semblant d’équilibre, et il était tellement aveugle face à son propre caractère qu’il enfreignait inutilement le règlement de l’armée au nom de la vertu absolue, alors qu’il condamnait et punissait instantanément un subordonné à la moindre infraction. Il était toutes ces choses : un ensemble primitif d’émotions, de désirs et de rêves jamais apaisés, jamais maîtrisés, ni raffinés par la maturité, car il n’avait jamais grandi.

Mon dieu, Tavernier, et cette plume ! Elle m’a emportée dans la vie courante de la garnison d’un fort, j’ai vécu avec ses soldats, suivi leurs rituels, eu faim et froid avec eux, ressenti l’épuisement des longues chevauchées et puis, ce climat du Dakota, qu’elle merveilleuse manière qu’a Haycox de le présenter.

[la tempête] brisa les lignes télégraphiques qui partaient vers l’est et arrêta les trains en provenance de Saint Paul. Elle surgit des grands espaces vides au nord, semblable à de grandes vagues indomptables, de plus en plus hautes, de plus en plus violentes, et cette fureur qui tonnait contre les murs de Fargo finit par emporter toutes les choses fragiles, en secouant chaque construction jusque dans ses fondations. Les habitants de la ville se comptaient et dressaient la liste de ceux qui s’étaient laissé surprendre, loin de chez eux, en sachant que la mort rôdait au-dehors.Une corde avait été tendue de l’hôtel au restaurant et du restaurant au saloon, et les gens se déplaçaient en suivant ce chemin borné, à l’aveuglette.

Ce temps qui change constamment, qui passe de la chaleur la plus accablante au vent le plus glacial, sans prévenir. La plume de Haycox nous le démontre bien par des petits épisodes de la vie quotidienne. Niveau décors, il n’est pas en reste non plus. On les voit, on les vit.

En fait, dans ce Western haut de gamme, on peut dire que toute l’action est sur la fin du récit, mais le talent de l’auteur fait que, ce qu’un cinéaste considérerait comme des moments “inutiles” sont absolument essentiels dans le récit et l’auteur ne s’en prive pas, pour notre plus grand plaisir.

Un roman Western fort, bien construit, bien raconté, des personnages travaillés, réalistes, ou le plus insignifiant a son rôle, où aucun n’obéit aux règles immuables du genre et qui nous conte une bataille dont on a entendu beaucoup parler mais dont on ne sait pas grand-chose, au final, et dont il est facile, avec le recul, de juger.

Le régiment avait affronté les Sioux au summum de leur puissance, la plus grande concentration de forces jamais vue dans les plaines. Invaincu et libre, ce pouvoir sioux repartait sans se presser maintenant, tandis que Terry et ses troupes dévastées étaient incapables de le suivre.

Sa description de la bataille de Little Big Horn est des plus réaliste, on s’y croirait, même si nous n’aurons qu’un seul point de vue, celui du groupe de Shafter et pas celui de Custer ou des Sioux.

De plus, si quelqu’un a un jour pensé – ou lu – que la bataille de Little Big Horn avait été un combat rapide, engagé et perdu en fort peu de temps, et bien, il avait tout faux : la bataille a au moins duré un jour et demi (et c’est long quand tu crèves de soif ou de douleur !!).

L’auteur nous décrit aussi, au plus juste, la panique des soldats, dont certains n’avaient jamais été au feu, ainsi que l’indécision dont font preuve certains officiers ou soldats, mais aussi le courage dont certains firent preuve !

— Et bien, si quelqu’un avait encore un doute sur le fait que la Belette a aimé ce western, ses personnages, son histoire, ses combats violents à la fin…
— Hé, au fait, M’sieur Tavernier, tu aurais pu appeler ce roman « Kern le survivant » !
— Tu as regardé trop le Club Dorothée, toi.
— Oui, sans doute…
— Je te ressers un verre de la cuvée « L’Ouest, le Vrai » ?
— Sans hésiter, Bertrand, mais pas tout de suite si tu le permets, laisse un peu celui-ci reposer, c’était du costaud, on n’en boit pas tous les jours au petit déjeuner !
— En effet… Bien que j’ai connu une polonaise qui en buvait au petit-déjeuner !
— Toi, tu as trop regardé les Tontons, toi !

Pour citer une conclusion de Bertrand Tavernier qui résume ce que je voudrais vous dire mais que je n’y arrive pas tant les mots se bousculent dans ma tête : « Portrait magnifique, à la fois mesuré et impitoyable, généreux et lucide. […] Haycox nous restitue une réalité complexe, âpre, déroutante, avec une vérité plus grande que certains historiens qui reconstruisent la réalité de manière abstraite. »

Je dirai plus sobrement « Putain, quel grand roman western qui rend ses lettres de noblesse au genre trop souvent décrié et méprisé ! ».

PS : Mes excuses les plus plates à monsieur Bertrand Tavernier, directeur de cette belle collection « L’Ouest, le vrai » auquel je prête des dialogues imaginaires avec moi pour cette chronique.

— J’y ai réfléchi, murmura Shafter. Le général Terry a divisé ses forces en deux sections, afin d’approcher les Sioux en tenailles. C’était une erreur. Puis Custer a séparé son régiment en trois. Autre erreur. Il devait attendre l’arrivée de Gibbon. Il devait envoyer un éclaireur pour savoir où était Gibbon. Mais il n’a pas envoyé d’éclaireur. Et il n’a pas attendu. Deux autres erreurs. Nous comptions sur Crook, mais Crook n’est jamais venu. Additionnez tous ces éléments.
— Si Terry n’avait pas divisé ses troupes, si Custer avait attendu…

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

BILAN - I-Love-Minion-Wallpaper - OK

2151560579_1

Maus – Intégrale : Art Spiegelman

Maus - Intégrale

Titre : Maus – Intégrale

Scénariste : Art Spiegelman
Dessinateur : Art Spiegelman

Édition :Flammarion (1998)

Résumé :
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945.

Maus, auquel l’auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père et un fils après des années d’incompréhension.

Bande dessinée exceptionnelle par son sujet, Maus l’est aussi par son audience.

Petit Plus : Récompensée par le prestigieux Prix Pulitzer en 1992, l’œuvre de Spiegelman a séduit le public au-delà des amateurs de BD en apportant la preuve de la capacité du genre à s’emparer des thèmes les plus ardus.

Ce volume comprend « Mon père saigne l’histoire » et « C’est là que mes ennuis ont commencé ».

Maus04Critique :
Voilà un album que je voulais découvrir depuis longtemps mais je n’osais pas, ayant trop lu sur les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale…

Peur aussi de ne retrouver qu’une resucée de ce que je connaissais déjà (tout en sachant que l’on ne saura jamais tout).

Peur de replonger dans les cauchemars qui naquirent lors d’anciennes lectures qui furent traumatisantes, peur de me redemander « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? » et peur en imaginant que tout pourrait recommencer un jour…

Mes craintes étaient justifiées ET injustifiées…

Injustifiées car l’auteur réussi un tour de force en nous parlant avec justesse d’un épisode terrible de notre époque tout en lui donnant une autre vision, si je puis m’exprimer de la sorte.

Par autre vision, j’entends bien entendu le fait qu’il ait dessiné les nazis sous les traits de chats et les juifs sous les traits de souris, ce qui donne au récit une autre dimension, sans en enlever l’horreur, mais avec une autre approche puisqu’il raconte l’histoire d’un fils (l’auteur), arrachant le récit de la bouche de son père, rescapé d’un camp.

Un récit dans le récit qui permet de reprendre un peu d’oxygène dans cette enquête qui est terriblement émouvante mais qui jamais ne sombre dans le pathos.

Vladek, le père d’Artie est un personnage à part, un homme qui a gardé ses manies de tout récupérer qu’il avait acquises au camp, ainsi que celle de faire des économies de tout. Il est exaspérant, son fils en à marre et ne sait plus comment faire avec lui.

Le récit du père comprendra sa rencontre avec la future mère d’Artie, la montée du nazisme, les privations, la spoliation, les séparations, les soi-disant « mise au vert » des plus âgés…

Quand aux craintes, elles furent justifiées dans le sens où on a beau connaître l’Histoire, on la redécouvre toujours sous un autre jour, avec tout son cortège d’horreurs, dont celui de devenir bien souvent égoïste, de ne penser qu’à sauver sa peau et de laisser tomber ses anciens amis, ses voisins, ses membres de sa famille…

Malgré tout, certains font preuve de courage et d’abnégation pour aider les autres ou bien peuvent évoluer dans le bon ou le mauvais sens durant les années de privation (d’où mon éternelle question sur ce que moi j’aurais fait moi, sur mon comportement en de pareilles circonstances)…

Tout cela est bien décrit dans cet album et le fait d’utiliser l’anthropomorphisme donne une certaine atmosphère au récit et le rend encore plus fort, je trouve.

L’auteur nous raconte l’histoire de son père, sans fustiger les uns, sans excuser les autres. Son père explique, il excuse même certains, leur pardonnant leurs abandon. C’est grand…

Et au travers de l’histoire que Vladek raconte à son fils, c’est aussi une histoire vraie qui se déroule sous nos yeux, celle des horreurs qui ont eu lieu, cette déshumanisation d’un peuple et de million d’êtres humains qui ne s’en sont pas sorti.

Une histoire forte, émouvante, un autre regard, et une mise en image de l’indicible. Un album que je relirai dans quelques temps afin de bien n’imprégner du récit et de vérifier que je n’ai rien raté.

« Zahkor » ! (souviens-toi, en hébreu) parce que ce genre d’horreur s’est encore déroulée après (Staline, Mao, dans un autre registre) et continuera encore et encore.

Étoile 5

Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Pulitzer – 1992) et RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

maus_horreur

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - T2 - Mon retour en France

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Le premier volet de cette histoire s’achevait sur le départ des prisonniers de leur stalag fin janvier 1945, toujours encadrés par leurs geôliers, sous la menace de l’armée rouge soviétique lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie alors en pleine débâcle.

Le second volume de ce grand récit de guerre reprend là où le premier s’était arrêté, toujours sous le regard attentif de l’alter-ego enfantin de Tardi : la longue marche des prisonniers dans un dénuement total et sous des températures extrêmes, la violence des garde-chiourme, la peur que suscitent les troupes russes toutes proches, les expédients pour s’assurer les meilleures chances de survie, les velléités d’évasion et ici et là quelques rares moments de récupération, comme la miraculeuse douche chaude négociée dans les locaux d une ancienne brasserie…

Autant de péripéties authentiques directement inspirées du carnet tenu au fil des jours à la mine de plomb sur « un cahier d’écolier coupé en quatre » par René Tardi, que l’on suit avec ses compagnons d’infortune tout au long de leur marche harassante à travers l’Europe dévastée, en direction de la France et de leurs foyers si longtemps espérés.

Un témoignage d’une force exceptionnelle, et toujours le brio sans équivalent de l’un des plus grands auteurs de la bande dessinée contemporaine.

RT PlancheA_228987Critique :
Pour une fois, j’avais lu la seconde partie avant la première, cette dernière n’étant pas disponible à la biblio.

Bon, ce n’est pas si grave que ça, l’œuvre est à découvrir de toute façon pour l’Histoire qu’elle raconte, pour le passé sombre que la Seconde Guerre Mondiale fit vivre au gens.

Sans compter qu’ensuite, ces prisonniers durent souvent faire face au mépris de ceux qui avait fait la Grande Guerre parce que eux, ils ne l’avaient pas perdue et n’avaient pas été défaits en quelques mois.

Nous avions quitté le tome 1 sur le départ des prisonniers de leur stalag IIB fin janvier 1945 et nous les retrouvons ici, toujours encadrés par leurs geôliers qui ne veulent pas trainer car il sente le souffle de l’Yvan dans leur dos et n’ont pas trop envie de se frotter à l’armée rouge soviétique qui s’est lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie qui est en pleine débâcle.

Comme pour le premier, Jacques Tardi, le fils, se met en scène, accompagnant sur les routes enneigées son père.

Ils traversent des villes dévastées ou qui le seront bientôt et on assiste, impuissant, à l’indifférent du prisonnier Tardi (et des autres) aux actes de violence et de vengeance commis par des prisonniers ou tout autre homo sapiens qui, dans ces conditions, régresse vite au stade d’animal enragé.

— Plus d’une fois, vers la fin, nous avons été salauds avec des civils !

Et leur périple fut long et dur (il suffit de regarder la carte au début de l’album) et ceux qui avaient survécu aux privations du Stalag seront nombreux à laisser leur maigre carcasse sans vie sur le bord des routes, sous des -30°.

Tout en marchant, aux travers de ses questions à son père, Jacques Tardi évoquera aussi des tas de sujets tels les sur le Lebensborn (les couveuses pour « poussins » aryens), les Einsatzgruppen (de troupes qui ratissaient les ghettos et programmaient le suicide forcé des juifs) ou les corps francs (des anciens combattants qui avaient été proches de Hitler à ses débuts).

Nous apprendrons, en même temps que les prisonniers, ce que sont devenus Hitler et son Eva, Goebbels, sa femme et leurs six enfants, Göring, Himmler et j’en passe, tout en traversant des villes bombardées.

Petit supplément, le fils Tardi nous explique aussi le futur des villes qu’ils ont traversés durant ces 5 mois d’errance.

Tels des vaches allant à l’abattoir, poussés vers l’Ouest par des fridolins enragés qui avaient la peur au bide, frappés à coup de crosses, affamés, parqués dans des hangar froids, partageant leurs habits avec leur vermine en tout genre (puces, poux, morpions), ils ont avalés kilomètre après kilomètre, exposés à tous les vents (c’était l’hiver), leur pieds les faisant souffrir, affaiblis et démoralisés.

Comme le premier tome, le second est dans les tons gris, à trois images par page, il est dur, éprouvant, dur avec tout le monde, et une fois terminé, on ressent un grand malaise à cause du traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre, aux civils, à ceux qui se sont gaussés en 39-40 et qui chiaient dans leur froc lors de la débâcle.

Et quand nos prisonniers arrivaient à se libérer eux-mêmes, ils ne savaient pas ou aller pour rentrer chez eux.

Bref, un autre tome d’une excellente qualité de ton, des dialogues entre le père et le fils assez incisifs, une critique de la guerre, un regard sombre sur ces années qui firent passer un bon nombre de gens de vie à trépas ou qui les laissèrent dans un état de traumatisme.

Étoile 4,5

 RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - Jacques Tardi

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Avec Moi, René Tardi, prisonnier de guerre – Stalag IIB, Jacques Tardi concrétise un projet mûri de très longue date : transposer en bande dessinée les carnets de son propre père, rédigés des années durant sur des cahiers d’écolier, où celui-ci tient par le menu la chronique de sa jeunesse, en grande partie centrée sur ses années de guerre et de captivité en Allemagne.

Après avoir, comme on le sait, énormément travaillé sur la guerre de 14 – 18, c’est la première fois que Tardi se penche d’aussi près sur la période de la Seconde Guerre mondiale.

Ce faisant, il développe également un projet profondément personnel : en mettant en images l’histoire de son père militaire, Tardi explore rien moins que les racines, les origines et les ressorts de sa propre vie.

Ce « roman familial » prend des accents d’autant plus intimes que Tardi a associé au projet deux de ses propres enfants, Rachel (qui assure la mise en couleur) et Oscar (documentation et recherches iconographiques).

Moi PlancheA_175323Critique :
— Ach, fous zavez berdu la guerre, petits françouzes, alors, on fa fou le faire bayer cher dans nos kamps *rire sadique*

Ainsi devait parler le feldwebel « Kolosal Konnard » ou tout autre « Kartoffel-Führer », faisant son dikkenek devant les pauvres soldats français qui venaient de se prendre la pâtée en un temps record.

Ne vous en faites pas, nous les Belges, on se croyait tranquilles car neutres…

On s’était tous foutus le doigt dans l’œil jusqu’au coude et bardaf, ce fut l’embardée.

Tout comme Art Spiegleman l’a fait dans son « Maus », Jacques Tardi tente aussi de comprendre son père au travers de la réalisation de cet album où il se met en scène à ses côtés, lui posant « en direct » des questions, le suivant durant son périple en char ou en tant que prisonnier dans le Stalag IIB, en Poméranie.

On sent du Louis-Ferdinand Céline dans cette haine de René Tardi ressent contre la société qui n’a pas bougé, contre cette armée française incompétente, dépassée, mais qui se croyait la plus forte, contre ces officiers n’ayant pas évolué depuis 14-18 ou depuis les guerres Napoléoniennes et devant la bêtise incommensurable de la guerre…

Le fils, Jacques Tardi, a lui aussi les dents qui grincent lorsqu’il parle au début, rappelant à son père qu’il n’aimait pas l’armée, que la SNCF a transporté gratuitement les Juifs pour les livrer… Alors le père lui dit de se taire et d’écouter.

Vu le calvaire traversé durant son incarcération au Stalag, on sent aussi du Primo Levi (même si les Stalags n’étaient pas des camps d’extermination à proprement parler, ce n’étaient pas non plus des camps de vacances) et, comme j’en parlais plus haut, il y a du Art Spiegelman dans cette obstination à comprendre ce qu’a vécu son père pour pouvoir enfin se réconcilier avec ce paternel taciturne et colérique.

Si je ne suis pas fan des dessins de Tardi, ils ne m’ont néanmoins pas dérangés, c’est sobre, réaliste, le tout dans des tons gris, avec de temps en temps des ciels rouge sang.

De plus, j’ai apprécié cette mise en scène de l’auteur qui s’est dessiné sous les traits d’un jeune gamin de plus ou moins 14 ans et qui dialogue avec son père, nous montrant ainsi son passé de conducteur de char (on ne dit pas tank) avant de se retrouver au Stalag, puis dans une ferme en tant qu’esclave bon marché puis de retour au Stalag.

C’est toute la vie des prisonniers dans un Stalag qui se déroule sous nos yeux, avec les soldats français qui font chier les compteurs allemands, bougeant sans cesse, le black market, la bouffe infecte, le travail inhumain, le traitement des prisonniers aussi, la débrouille, la joie, la tristesse, les prisonniers russes encore plus mal lotis qu’eux et les américains comme des coq en pâte.

L’histoire est dure, sans pitié pour personne, que l’on soit un fritz salaud, un prisonnier lâche, cafteur, un travailleur forcé mettant un peu trop d’ardeur à ramasser les patates pour le grand Reich, ou un officier imbécile.

Et puis, comme pour tout le reste, il y a aussi un peu de solidarité entre certains prisonniers, des amitiés fidèles, des officier bosch un peu plus sympa que les autres.

C’est corrosif, avec un peu d’humour parfois, c’est cinglant et sans édulcorants.

Le genre de lecture dont on ne ressort jamais indemne.

Étoile 5

RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

L.10EBBN001643.N001_MoiRTARDI_Ip019p074_FR

moi_ren___tardi__prisonnier_de_guerre_au_stalag_iib___tardi__casterman__3291_north_628x

Les archives secrètes de Sherlock Holmes – Retour à Baskerville Hall : Chanoinat & Marniquet

Titre : Les archives secrètes de Sherlock Holmes – Retour à Baskerville Hall

Scénariste :  Philippe Chanoinat
Dessinateur :  Frédéric Marniquet

Édition : 12bis (2011) 

Résumé :
Novembre 1897 dans le Dartmoor, sud-ouest de l’Angleterre. Trois ans après l’aventure du Chien des Baskerville, l’horreur est de retour sur la lande marécageuse du Devonshire.

Les meurtres se succèdent, tous plus terrifiants les uns que les autres et, encore une fois, la sinistre silhouette fantomatique du chien des Enfers sème l’effroi parmi la population de Grimpen.

Mis sur la piste de la bête immonde par un mystérieux corbeau, Sherlock Holmes et son fidèle comparse, le docteur Watson, se rendent de nouveau dans cette région particulièrement inhospitalière, afin de venir en aide à leurs vieux amis, Sir Henry Baskerville et le docteur Mortimer.

Le plus célèbre détective de tous les temps se retrouve face à son plus grand défi : jamais il n’a eu à faire face a une telle entreprise meurtrière !

Quel génie du mal, plus redoutable encore que feu Professeur Moriarty, se cache dans les bourbiers du Dartmoor ? Et si le célèbre résident du 221B Baker Street avait fini par trouver son maître ?…

PlancheA_146856Critique :
Ah, une suite à l’aventure du « Chien des Baskerville », m’étais-je dis en me frottant les mains devant la bande dessinée.

Il y a un os…

Une suite, oui, et une bonne suite, voilà pour le positif.

Le scénariste s’est creusé les méninges et son histoire tient debout, avec juste un soupçon de faux surnaturel et des cadavres comme s’il en pleuvait. De quoi me satisfaire.

C’est pas là qu’est l’os.

Tous les personnages canonique sont présents, hormis les Barrymore, qui sont partis vendre des bicyclettes…

Mortimer, Henry Baskerville, l’ex-madame Stapleton, Beryl (avec un polichinelle dans le tiroir) devenue madame Baskerville, Frankland et sa fille, Perkins, le toutou, Mycroft, madame Hudson, le flacon de la solution à 7%, le pénitencier de Dartmoor et le grand bourbier de Grimpen.

Oui, tout le monde est là. Manque personne à l’appel. Et l’os, il est où ?

Ben, l’os, il se trouve dans le dessin, encore le dessin et toujours le dessin. Lui, il gâche le scénario comme ce n’est pas possible. Voilà le premier point négatif de cette bande dessinée et croyez-moi, c’est là qu’est l’os !

Holmes et Watson sont mal fichus, donnant l’impression que leurs visages sont tordus, celui de Holmes change en deux cases, les autres sont mal fichus, mal dessinés eux aussi.

Pourquoi, lorsque le personnage est étonné, lui dessiner des tas de petites virgules blanches au-dessus de la tête ?? C’est moche et ça ne sert à rien !

Quant aux dessins du chien maudit… Carramba, encore raté !

Damned, n’y a-t-il pas sur cette fichue terre un dessinateur qui serait capable de dessiner un vrai chien qui fasse peur et pas un truc à quatre pattes qui ne ressemble à rien ???

Ou mieux, ne pas le dessiner du tout mais le laisser soupçonner…

Ajouté aux dessins assez sommaires des décors et des personnages vraiment mal fait, cela gâche un peu le bon scénario.

Mais l’autre os, le gros fémur, lui il est dans la relecture… qui n’a sans doute pas eu lieu car il y a moult « fôte dotografffe » ou erreur de calcul.

Ainsi, à la première page on parle de « Aout 1897 », la page suivante il est noté  « Trois mois plus tard, le 12 Novembre 1894 ». Oh purée ! 3 mois plus tard et on retranche trois ans ?

Un plus qui devient un moins, c’était pas dans les équations à une inconnue quand on changeait de côté ??

Niveau fautes d’orthographes, c’est assez violent, quasi une faute par page (et elles m’ont fait mal aux yeux), on a aussi des mots qui disparaissent dans des phrases… Dans mes souvenirs, un membre du forum de la SSHF les avait toutes comptées et il arrivait à plus de 40 pour un album de 47 pages à 14,50€ chez FN**.

Je ne sais pas si tout ceci fut corrigé pour les éditions réimprimées après, mais bon, c’était quand même fort de café.

Autre soucis, la surcharge de phylactères (les bulles) ! On a souvent droit à d’énormes pavés de texte rendant la case tellement chargée que le lettreur a du réduire la taille de la police pour pouvoir tout entrer dans les cadres.

A contrario on a aussi régulièrement des cadres énormes avec juste deux bout de phrases dedans, avec tout plein de blanc entourant les mots.

case 3

D’où un réel déséquilibre dans une page et un côté très laborieux dans la lecture. Une aération du récit aurait été un plus et une relecture aurait aussi permis d’évacuer des détails qui n’ont pas grand chose à voir avec l’intrigue, le rendant ainsi plus facile à suivre.

Pour le scénario, l’auteur revisite un peu le livre original, puisque sa fin doit s’accommoder à la sauce qu’il nous a mitonnée, mais, malgré tout, elle reste plausible.

Il a le mérite de m’avoir surpris avec son final. Même si j’avais le nom du coupable, je n’avais pas tout résolu, loin de là.

Dommage que les dessins merdiques, les erreurs flagrantes, la surcharge des bulles et l’orthographe catastrophique fassent capoter l’œuvre…

Les dessins ne sont pas un délice, hélas, c’est là qu’est l’os (petit arrangement de la phrase de la « Grande Vadrouille » : Il n’y a pas d’hélice, hélas. C’est là qu’est l’os).

Un album qui manque franchement de finition et qui donne l’impression d’avoir été bouclé un peu trop vite, alors que qu’il possède une bonne intrigue et qu’elle est bien menée en plus.

Étoile 2

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Sherlock – Tome 2 – Les coquelicots du Penjab : Convard & Le Hir

sherlock-tome-2-les-coquelicots-du-penjab

Titre : Sherlock – Tome 2 – Les coquelicots du Penjab

Scénariste : Didier Convard & Éric Adam
Dessinateur : Le Hir (Jean-louis)

Édition : Glénat

Résumé :
Le jeune Sherlock Matthews, archéologue de formation devenu détective après le meurtre de sa mère, vient de décrocher sa première grosse affaire : retrouver le chat de la sœur de Mme Hudson, sa gouvernante.

Une enquête indigne de celui qui se fait désormais appeler Sherlock Holmes ! Mais qu’il mènera avec cet étonnant sens de la déduction et ce cynisme las qui feront vite sa réputation.

Sans se douter que cette affaire en apparence inintéressante le conduira bien vite vers un effroyable meurtre… ainsi que vers les plaisirs enivrants de l’opium…

sherlock-tome-2-les-coquelicots-du-penjab PlancheCritique :
Vu ce que j’avais vu dans le premier tome, on ne pouvait pas espérer mieux dans le second, sauf à changer de dessinateur.

Ma critique du premier tome « Sherlock : Révélations » était acerbe, ayant apprécié moyennement le livre à cause des petites erreurs et d’une grosse ficelle.

Je rectifie : le premier tome est magnifique comparé au second !

Oui, dit ainsi ça pourrait laisser induire que j’ai abusé de mojitos, mais non, je vous le jure, j’ai pas abusé de cette boisson et je vous jure qu’on pouvait trouver pire que le premier tome.

Comme quoi, on peut toujours tomber plus bas en lecture ! Certes, ici, c’est de la relecture, mais faut être sacrément maso pour se les refaire !

Je pense qu’ici, se sera la lame froide du scalpel de mon collègue Jack The Reader vous ouvrant le ventre à vif. On va trancher dans le lard !

Nous retrouvons notre jeune Holmes (et plus Matthews) qui s’ennuie et pour tromper son ennui, il flingue un verre de vin quand soudain, sa logeuse, madame Hudson – visage squelettique faisant peur – vient lui annoncer que sa sœur a un problème.

Moi aussi, Hudson j’ai un problème… Non, pas Hudson, Houston ! I have a groooot problem même.

La soeur de madame Hudson, visage très rond, a perdu son chat (♫ C’est la mère Michel ♫) et Holmes lui assure – avec force et conviction – qu’il va le lui ramener, vendant la peau du chat avant même de l’avoir récupéré.

Notre détective qui s’occupe d’une disparition de chat ? Et oui ! Quand je vous disait qu’on pouvait tomber plus bas…

Après une rapide enquête, il découvrira vite que le resto chinois du coin sert du félin au menu, à la place du lapin prévu.

Minute culturelle : c’était pour éviter qu’on ne vende des chats à la place des lapins qu’on obligea les marchands à laisser les pattes garnies de poils aux carcasses des lapins. Là, pas moyen de confondre l’un et l’autre !

Ayant récupéré le rôminet vivant, il fera comme l’inspecteur Columbo et boira une tasse de thé avec le coupable, qui a d’autres activités que la petite restauration et le blanchissage de vêtements.

Comme le gamin lui inspire confiance, le Chinois l’emmènera dans sa petite fumerie d’opium. Sûr que sa petite entreprise ne connaît pas la crise !

Et là, patatras, les scénaristes tombent dans le gros cliché de la mort qui pue en faisant fumer de l’opium à Holmes.

Je pense qu’ils n’ont pas lu « L’homme à la lèvre tordue » (TWIS). Ils auraient dû, cela leur aurait évité une erreur pareille. Vite, Toquéfada, un bûcher et des pieux pour les scénaristes.

Holmes appréciant les plaisirs de l’opium, il revient encore et encore à la fumerie ! Vas-y que je t’en rajoute.

Quel exemple pour la jeunesse et quelle idée les lecteurs qui découvriront la bédé auront du détective. Une bien piètre opinion, c’est sûr.

Alors qu’il fumait son calumet en paix, Holmes est appelé par son ami Chinois qui lui montre le corps d’un autre fumeur, transpercé d’un poignard. Fumer tue, c’est bien connu.

« Il n’y a pas de doute, cet homme est mort ! » s’exclame Holmes en lui tâtant le poignet. Comment ? Il ne l’a pas déduit en découvrant le poignard enfoncé dans le cœur ?

L’opium ralentirait-il ses brillantes facultés mentales, le faisant devenir débile ? À croire que oui.

Mauvais point aussi pour les scénaristes qui font soupirer le détective de bonheur lorsqu’il apprend que le Chinois va se débarrasser du corps dans le fleuve…

Du jamais vu ! Et Holmes laisse faire ça ? Oui, sans problèmes. Sinon, il restait la solution du resto…

Ce petit trait d’humour du Chinois fichera plus la trouille au détective que la perspective d’un cadavre balancé dans les eaux froide de la Tamise. Je n’en reviens toujours pas.

Tout le reste de l’album est affligeant, aussi : Holmes qui se promène en Inde, vêtu de sa cape et de sa deerstalker, sans que cela se remarque. Comme s’il ne savait pas qu’à Rome, il faut vivre comme les romains !

Le détective voyagera aussi à dos d’éléphant avec le même accoutrement, se déguisant juste sur le final. Il passe inaperçu, tout simplement. Ben voyons !

L’enquête avancera très vite, les scénaristes empruntant tous les raccourcis existants, pour finalement trouver le coupable et nous faire lire ses raisons.

Heu, oui, d’accord. Tout ça pour ça ?

Le meurtrier avait ses raisons, je peux comprendre (entre deux bâillements d’ennui) mais je doute de son stratagème pour faire empaler des chiens de garde sur des pieux.

C’est d’un pathos éhonté.

Et comme le disait James Bond lui même : « C’est une connerie ! ».

Pire : Holmes, après avoir été l’hôte du coupable et mangé à sa table, osera lui dire qu’il n’oublie pas qu’il est un assassin…

Un peu tard, jeune homme ! Trop facile de le lui rappeler au moment où tu vas quitter l’Inde et alors que tu connais le destin de cet homme. Les scénaristes s’en tirent par une pirouette.

Oh, tiens, une tête connue dans un lit d’hôpital sur la dernière case !

Si la suite est aussi pénible que ce deuxième opus, vous n’aurez pas besoin de pavot pour vous endormir. A conseiller aux insomniaques.

Heureusement, il n’y a pas de tome 3 ! Alléluia !

étoile 0

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.