Blanc autour : Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

Titre : Blanc autour

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Stéphane Fert

Édition : Dargaud (15/01/2021)

Résumé :
1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles.

Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah. La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace.

Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante.

Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l’école si la jeune Sarah reste admise.

Prudence Crandall les prend au mot et l’école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l’abolition de l’esclavage.

Critique :
Jeune enfant, on m’avait expliqué à l’école que la guerre de Sécession avait eu lieu parce que les vilains du Sud étaient esclavagistes et que les gentils du Nord pas.

Qu’au Nord, les Noirs n’étaient pas traités en esclaves mais en Hommes libres…

Puis, un jour, en lisant l’album « Black Face » des Tuniques Bleues, j’avais appris que si les Noirs n’étaient pas des esclaves dans le Nord, ils n’avaient pas de droits, zéro, nada, que dalle et étaient aussi mal considérés que dans le Sud (et sans doute dans nos pays aussi, ne nous faisons pas plus catho que le pape).

Les dessins sont spéciaux, mais ils ne m’ont pas dérangés une fois que je m’y suis habituée. J’ai aimé le style minimaliste de certaines cases, sans paroles, mais où les expressions affichées sur les visages des gens montraient bien tout le bien qu’ils pensaient qu’une jeune fille noire soit instruite et qu’ensuite, toute l’école pour jeunes filles Blanches devienne une école pour les jeunes filles Noirs.

Nous sommes dans le Nord, l’esclavage est aboli mais n’allez pas croire que les Blancs acceptent que les Noirs aient des droits, ni même le droit à l’instruction car c’est dangereux d’être instruit, de savoir lire, écrire. Le dernier Noir a qui on a appris à lire s’est révolté. Pour eux, pas question ! Déjà que l’on accepte que des jeunes filles blanches soient instruites… Manquerait plus que toutes les femmes le soient !

Les Noirs ont juste le droit d’être leurs bonnes à tout faire, leur homme à tout faire, bref, de bosser librement mais en se taisant, merci bien. Pourtant, si ces personnes qui poussent des hauts cris s’étaient intéressés à ces jeunes filles, ils auraient appris qu’elles venaient quasi toutes de familles afro-américaine appartenant à la middle-class.

Ce roman graphique, sans montrer trop d’horreurs, nous laisse quand même entrevoir entre les lignes, avec des images sans paroles, toute la violence contenue dans ces hordes de gens bien pensants qui estimaient que les jeunes filles Noires ne pouvaient pas être instruites.

Car ils se doutaient que cela ne s’arrêterait pas là, que ça impliquerait ensuite que leur monde allait changer et eux, comme des petits enfants, ne voulaient pas que leur monde change ! Normal, ils avaient le pouvoir… Il ne fallait pas compter non plus sur les femmes Blanches pour jouer la solidarité féminine puisque ces dames étaient des épouses soumises aux avis de leur mari.

Wilfried Lupano use toujours de finesse dans ses analyses de situation, sans manichéisme, ses portraits de personnages sont travaillés et l’auteur explore plusieurs pistes, plusieurs courant de pensées, nous remettant en mémoire que l’Enfer est pavé de bonnes intentions…

Avec peu de mots il arrive à regrouper tous les comportements aberrants, lâches, violents, disproportionnés, des gens quand ils ne sont pas d’accord avec quelque chose. Certains crient des choses sensées, véridiques, afin d’ouvrir les yeux des filles et le jeune Sauvage, petit garçon Noir libre d’aller où il voulait, sans jamais avoir été instruit, avait tout compris.

Les Blancs de cette Histoire sont instruits, la plupart (surtout les hommes), mais jamais ils n’useront du dialogue, ne s’exprimant que par la brutalité des gestes et des mots, comme s’ils étaient tous mal dégrossis. Et toujours à plusieurs parce que la lâcheté les empêcherait de le faire seul. Ensuite, comme toujours, ils et elles se donneront bonne conscience en disant qu’ils n’étaient pas d’accord avec cette folie furieuse.

Lorsqu’on connait l’Histoire américaine et que l’on sait qu’à la rentrée des classes 1957, dans les universités, il fallu accompagner les quelques étudiant(e)s Noirs qui y firent leur entrée par des gars de la Easy Compagny, on se dit que le chemin va être encore long et laborieux avant que le regard des gens changent…

Et au vu de l’actualité, je me dis que le regard des gens n’a pas changé autant que ça, malheureusement.

Un magnifique album graphique qui met en scène une partie de l’Histoire dont nous n’avions pas connaissance et je me suis réjouie de l’apprendre parce que dans toute cette merde ségrégationniste, il y avait des gens biens et malgré tout, des lueurs d’espoir.

Non, la liberté n’est pas gratuite, faut aller la chercher, se battre pour l’avoir, pour la garder, mais qui dit liberté dit aussi responsabilités.

Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Roman graphique.

La république des faibles : Gwenaël Bulteau

Titre : La république des faible

Auteur : Gwenaël Bulteau
Édition : La manufacture de livres (04/02/2021)

Résumé :
Le 1er janvier 1898, un chiffonnier découvre le corps d’un enfant sur les pentes de la Croix-Rousse. Très vite, on identifie un gamin des quartiers populaires que ses parents recherchaient depuis plusieurs semaines en vain.

Le commissaires Jules Soubielle est chargé de l’enquête dans ce Lyon soumis à de fortes tensions à la veille des élections. S’élèvent des voix d’un nationalisme déchainé, d’un antisémitisme exacerbé par l’affaire Dreyfus et d’un socialisme naissant.

Dans le bruissement confus de cette fin de siècle, il faudra à la police pénétrer dans l’intimité de ces ouvriers et petits commerçants, entendre la voix de leurs femmes et de leurs enfants pour révéler les failles de cette république qui clame pourtant qu’elle est là pour défendre les faibles.

Critique :
Ce polar historique qui fleure bon le roman noir, nous parle de la France d’en bas, celle qui se lève tôt, celle des sans-dents.

En un seul mot : des prolétaires de tous bords. Ceux qui triment comme des bêtes, tirent le diable par la queue, où les hommes boivent, traitent les femmes comme des moins que rien, ont la haine des Juifs, des étrangers, des Prussiens, des flics…

En commençant son histoire par la découverte du corps supplicié d’un enfant, déposé dans une décharge, l’auteur nous balance directement dans la fosse à purin avant même que l’on ait pu tester la température du bouillon de culture.

La misère noire, on va en bouffer, mais sans jamais jouer au voyeur car l’auteur a évité le pathos et le larmoyant. Oui, c’est brut de décoffrage, oui c’est glauque, oui c’est violent et c’est à se demander si on en a un pour relever l’autre, dans ce petit monde qui est aux antipodes de La petite maison dans la prairie.

L’enquête aura plusieurs ramifications, elle servira de fil conducteur à l’auteur pour nous montrer la ville de Lyon en 1898, en pleine affaire Dreyfus, à une époque où Zola et son « j’accuse » fit l’effet d’une bombe et où les gens se transformèrent en bêtes sauvages dans le but d’aller casser du juif.

Le travail historique et documentaire est énorme, mais jamais nous n’aurons l’impression que l’auteur nous déclame une leçon apprise en cours d’histoire car tous les éléments historique s’emboîtent parfaitement dans le récit, sans jamais l’alourdir, l’appesantir, ou ralentir le ryhtme.

Mesdames, ne cherchez pas vos droits dans ces pages, nous n’en avons pas, ou si peu : celui de fermer notre gueule, d’écarter les cuisses et de rester à notre place, devant les fourneaux. Je préviens les petits esprits que cela pourrait choquer et qui voudrait ensuite porter plainte contre l’auteur pour maltraitance féminine.

L’Histoire ne fut pas tendre avec nous les femmes (nous le charme), comme elle fut violente aussi pour bien d’autres personnes ! On ne va pas renier le passé ou le passer sous silence sous prétexte que certains ne veulent pas en entendre parler ou veulent nous imposer la cancel culture.

Ce que ce roman décrit et met en lumière est terrible, car à cette époque, on a de la maltraitance enfantine, féminine, ouvrière, c’est bourré d’injustices, d’inégalités sociales, d’antisémitisme, de misère crasse, de mauvaises foi et de type qui ont des relations inadéquates avec des enfants.

La République (IIIème) avait promis de protéger les faibles, mais ce sont eux qui morflent en premier. La société est bourgeoise, l’ordre est bien établit dans les classes et ceux d’en haut n’ont pas trop envie que les trublions socialistes d’en bas viennent foutre en l’air cet ordre. S’il le faut, la police et le rouleau compresseur de la Justice viendront y mettre bon ordre, dans ces agitateurs.

Un roman noir puissant, violent, sans concession, brut de décoffrage. Une belle écriture, sans fioritures et une plume trempée dans l’acide des injustices sociales. Un très bon premier roman noir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°225].

La cité de larmes : Kate Mosse

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Titre : La cité de larmes

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (21/01/2021)
Édition Originale : The City of Tears (2020)
Traduction : Caroline Nicolas

Résumé :
1572. Depuis dix ans, les guerres de Religion ravagent la France. Aujourd’hui, enfin, un fragile espoir de paix renaît : Catherine de Médicis a manœuvré dans l’ombre et le royaume s’apprête à célébrer le mariage de la future reine Margot et d’Henri, le roi protestant de Navarre.

Minou Joubert et son époux Piet quittent le Languedoc pour assister à la cérémonie. Alors que la tension est déjà à son comble dans les rues de Paris, on attente à la vie de l’amiral de Coligny. C’est le début du massacre de la Saint-Barthélemy. Précipités dans les chaos de l’Histoire, Minou et Piet sont sur le point de prendre la fuite quand ils découvrent la disparition de Marta, leur fillette de sept ans…

Après La Cité de feu, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque historique et familiale pleine de rebondissements. Du Paris de la Saint-Barthélemy à Amsterdam en passant par Chartres, elle tisse sa toile et le lecteur, captivé, regarde s’écrire l’Histoire.

Une famille plongée dans l’enfer de la Saint-Barthélemy : l’Histoire de France comme vous ne l’avez jamais lue !

51176327Critique :
L’Histoire de France racontée par une Anglaise ! Et dans cette histoire, la perfidie n’est pas toujours du côté d’Albion…

Celle qui n’est pas encore Marianne se comporte aussi comme une traîtresse et plus le sang coule et plus les gens ont envie de le faire couler.

On a toujours quelque chose à venger et à ce rythme-là, on peut assassiner au nom d’une vieille rancune ou des morts durant des siècles.

Si je retournais dans le passé, je ferais en sorte d’éviter le mois d’août 1572 et la ville de Paris, car bien que étiquetée catho tendance « je me pose beaucoup de questions et je ne sais rien de rien », je risquerais ma tête en tant que non pratiquante, profane…

Une fois encore, l’auteure nous entraîne dans les horreurs des guerres de religions, dans les querelles sanglantes entre protestants (huguenots) qui pratiquent la religion réformée et les catholiques qui pratiquent la totale et ne démordent pas que leur religion est la seule, la vraie, la plus mieux, bref…

Pas de place pour les autres croyants qui voudraient un culte plus sobre, si ce n’est de la place au cimetière. Aimez-vous les uns et les autres… Tu parles !

Les ambiances sont travaillées pour que les lecteurs n’aient aucun doute sur l’époque à laquelle ils sont transportés, le travail de documentation de l’auteure est titanesque et c’est toujours un plaisir de découvrir l’Histoire de France dans ses romans.

Par contre, autant où le premier opus m’avait emporté de suite (La cité de feu), autant où celui-ci a pris plus de temps à arriver à un certain rythme de croisière et à entrer dans l’action. Les débuts sont un peu lents et il a fallu que l’on arrivasse à Paris, quelques jours avant la funeste Saint-Barthélemy pour que le roman se mette à bouger vraiment.

Entre nous, j’aurais préféré avoir plus de pages sur cet épisode sanglant que fut la Saint-Bath… Là, c’est assez vite expédié. Je l’avais vécu de l’intérieur avec Ken Follet (Une colonne de feu) mais j’aurais aimé que Kate Mosse y passe plus de pages.

Les femmes ont leur place dans les romans l’auteure et ce n’est pas jouer les seconds rôles, celui de la potiche de service qui fait à manger pour les hommes !

Non, dans ce roman, les femmes ont de la force de caractère, même si elles se font toujours rabrouer par les mecs qui leur demandent de tenir leur place, mais malgré tout, elles en veulent, elles ont la hargne et tous les mâles dans ses pages ne sont pas des Alphas, phallocrates, misogynes et empêcheur de dire haut ce que les femmes pensent tout bas.

Les chapitres sont nombreux mais assez courts, ce qui donne la possibilité à l’auteure de multiplier les points de vue des personnages et de nous faire voyager entre l’un et l’autre. Plusieurs intrigues se dérouleront sous nos yeux avant que toutes ne se rejoignent pour un final démentiel qui sera bourré d’action (sans pour autant en arriver à celle d’un 007, restons sérieux).

Un très bon roman historique qui parle des guerres de religions, des jeux de pouvoir entre les têtes couronnées, de massacres de Protestants, de haine de l’autre, d’inégalités sociales, de religions intransigeantes et qui met en scène un couple attachant (Minou et Piet), leur famille et bien des secrets enfouis que certains ne voudraient pas voir remonter à la surface.

Un roman historique hautement documenté, possédant des couleurs sociales, des références historiques, une jolie plume pour nous conter le tout et un rythme assez lent au départ, avant de prendre une vitesse de croisière plus intéressante pour la lectrice que je suis.

Étoile 3,5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°223], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°08].

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Dehors les chiens – Les Errances de Crimson Dyke – Tome 1 : Michaël Mention

Titre : Dehors les chiens – Les Errances de Crimson Dyke – Tome 1

Auteur : Michaël Mention
Édition : 10/18 Grands détectives (18/02/2021)

Résumé :
Californie, juin 1866. Crimson Dyke, agent des services secrets, sillonne l’Ouest et traque les faux-monnayeurs pour les livrer à la justice. Tandis qu’il est de passage dans une ville, un cadavre atrocement mutilé est découvert. Crimson intervient et se heurte aux autorités locales.

Mais lorsque d’autres crimes sont commis, ce sont les superstitions et les haines qui se réveillent. Crimson décide alors d’enquêter, traqué à son tour par les shérifs véreux et les chasseurs de primes.

Sueur, misère et violence : Dehors les chiens réinvente le western avec réalisme, sans mythe ni pitié.

Critique :
Yes, un western ! Et pas écrit par n’importe qui, mais par Michaël Mention, qui, j’en aurais mis ma main à couper, allait y apporter sa touche personnelle et nous sortir un excellent roman western.

Bingo, j’ai gagné ! Non seulement le western n’est pas mort, mais l’auteur lui rend un vibrant hommage en respectant ses codes habituels mais en les cuisinant à sa sauce, ce qui donne quelque chose de consistant sans pour autant être indigeste.

D’ailleurs, il nous écrirait une romance qu’elle serait sans aucun doute magnifique et loin d’être neuneu… Parce qu’avec lui à l’écriture, on peut être sûr que la société va passer à la moulinette et que son analyse sera pointue et le diagnostic sévère.

Avec Michaël Mention, même une bête scène de rasage devient magistrale, remplie de poésie, de questionnement (avant que l’on ne comprenne qu’il s’agit d’un simple rasage). Mieux, j’ai même pensé me trouver devant une scène de sexe alors que ce n’était des ouvriers qui posaient des voies de chemin de fer…

Son personnage principal, Crimson Dyke, agent des services secrets, n’est pas bourré de gadgets comme un 007, mais chevauchant toute la journée, avec ses petites douleurs un peu partout et une odeur qui fleure bon le canasson en sueur (ça fouette !).

Heureusement, si l’auteur est doué pour décrire des ambiances au plus précis, nous donnant l’impression que nous y sommes, il est incapable encore de produire un roman en odorama. Mais je vous jure qu’il ne manque que le bruit et les odeurs pour y être.

Son western se double d’une enquête policière car 22 ans avant les crimes de Whitechapel, un assassin se prend déjà pour Jack The Ripper avant l’heure, mais au lieu d’éventrer des pauvres prostituées, il éventre des hommes. On peut dire d’eux qu’ils ont sorti leurs tripes.

Fort bien documenté, l’auteur nous balade dans cet Ouest sauvage et sans justice, ou alors, celle des plus forts ou de ceux qui tirent plus vite que les autres, qui magouillent mieux, qui tirent en traître.

Non, son Ouest n’a rien à voir avec La Petite Maison Dans La Prairie et si d’aventure une enfant chutant en courant, ce serait parce qu’elle serait poursuivie ou abattue d’une balle dans le dos. No stress, ça n’arrivera pas.

C’est un western sans concession que Mention nous sert, un western qui nous démontre que la société d’aujourd’hui et celle d’avant, ne sont pas fort différents, (les colts et les canassons en moins) et que ce qui fait tourner notre Monde faisait déjà recette dans celui des collons Américains : haine des autres, repli sur soi, violences, magouilles, corruption, femmes méprisées,…

Ces gens qui, obnubilés par l’idée d’éradiquer la menace de l’éventreur, ne réalisent même pas compte que les moyens qu’ils mettent en œuvre pour y parvenir les rendent encore plus mauvais que ledit éventreur.

Que la sauvagerie n’est pas que chez les Indiens (qu’ils considèrent comme non civilisés), mais qu’elle était présente aussi chez les colons et qu’elle n’attendait que l’étincelle pour exploser et sortir, faisant plus de dégâts que les quelques connards éventrés.

Voilà un western noir que j’ai dévoré, bouffé jusqu’à la dernière miette, avec avidité et c’est le cœur lourd, très très lourd, que je l’ai refermé, me disant que la justice, une fois de plus, ne frappait pas les vrais coupables et que, une fois de plus, les gens regardaient par le petit bout de la lorgnette.

Je me suis sentie, à la fin, comme dans un roman mettant en scène les enquêtes du commissaire Kostas Charitos et seul ceux (celles) qui les ont lues comprendront.

Merci, Michaël (je me permets) pour ce putain de roman western, mâtiné de roman noir et pour ces réflexions sur notre société pourrie. Tu as mis le doigt là où ça faisait mal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°219] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

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Le chant du bison : Antonio Pérez Henares [LC avec Bianca]

Titre : Le chant du bison

Auteur : Antonio Pérez Henares
Édition : HC (21/01/2021)
Édition Originale : La cancion del bisonte
Traduction : Anne-Carole Grillot

Résumé :
Il fut un temps où deux espèces humaines coexistaient sur terre : Homo sapiens et Néandertaliens. Que s’est-il passé pour que l’une d’elles disparaisse ?

Chat-Huant est encore jeune lorsqu’il voit arriver dans sa grotte celui que l’on surnomme l’Errant, que tout le monde craint et respecte. La solitude du petit garçon et son intelligence poussent le grand homme à l’emmener avec lui dans son long périple.

Un voyage initiatique commence alors pour le jeune Homo sapiens, qui découvre de nouvelles contrées, de nouveaux horizons, de nouveaux clans, leur art, le pouvoir des femmes… Il va aussi s’approcher de la vallée des Premiers Hommes où vivent Terre d’Ombre et les Néandertaliens.

Mais alors que les Lunes de glace deviennent de plus en plus rudes, alors que chaque nuit est une occasion de mourir, Chat-Huant et Terre d’Ombre comprennent qu’ils ne vont pas avoir d’autre choix que celui de s’affronter pour tenter de survivre.

Extraordinairement documenté, Le Chant du Bison est aussi un roman d’amour et d’aventure au temps de la dernière glaciation. Best-seller en Espagne dès sa sortie, Le Chant du Bison est particulièrement actuel, mettant en lumière les valeurs écologistes et féministes de nos ancêtres néandertaliens.

Critique :
S’il y a bien une matière qui me faisait chier à l’école, c’était celle consacrée à la préhistoire et aux hommes des cavernes… Faut dire aussi qu’on en a bouffé à chaque rentrée des classes, des hommes des cavernes !

La faute n’est pas imputable à nos lointains ancêtres mais à la manière dont les profs donnaient leurs cours, revenant sans cesse sur les mêmes sujets (et j’ai quand même tout oublié) et sur le fait que, nom d’une pipe, j’aurais préféré en apprendre plus sur mon siècle (le 20ème, merci de ne pas remonter plus loin) et sur les deux guerres mondiales que sur les hommes en fourrures qui vivaient dans des grottes.

Une fois adulte, maintenant que l’on sait plus de chose qu’il y a 35 ans (purée, on m’a appris des conneries à l’école !), le sujet est devenue bien plus passionnant ! J’ai dévoré la bédé Sapiens et je me suis jetée comme une affamée sur Le chant du bison.

Il faut saluer avant tout le travail de documentation de l’auteur, ses notes en fin de chapitres étaient remplies de détails historiques, des quelques licences que l’auteur parfois a prises avec l’Histoire. C’était très instructif car tout son récit s’appuie sur des faits avérés ou des preuves découvertes dans les grottes, essentiellement en Espagne et dans le Sud de la France.

Les chapitres sont assez courts, ce qui fait que le récit avance bien, surtout qu’il est en alternance avec les aventures de Chat-Huant, qui fait partie des Peaux Sombres (Sapiens) et de Terre d’Ombre, métis entre une Peau Sombre et un Pattes Courtes.

Les Pattes Courtes ne sont pas une manière polie de parler de personne de petite taille qui souffrent de verticalité contrariée… C’est tout simplement l’appellation d’un Néandertalien, dit aussi Premiers Hommes.

Qu’est-ce qui s’est passé entre les Sapiens et les Néandertaliens ? Pourquoi une race s’est-elle éteinte et l’autre à t-elle prospéré ? Génocide ? Extinction naturelle ? Impossibilité des Néandertaliens d’évoluer comme les Sapiens ont réussi à la faire, développant des armes de jet et racontant des histoires pour fédérer tout le monde ? Les meilleurs enquêteurs sont sur la piste : pour le moment, rien n’est exclu…

L’auteur, dans son roman, nous donne une piste, qui est tout à fait plausible car les Hommes de l’époque n’ont pas tellement changé par rapport à ce que nous sommes maintenant : lutte pour le pouvoir, magouilles et compagnie, mise à l’écart d’un bon élément s’il est susceptible de nous faire de l’ombre, peur des autres (ceux qui sont différents de nous qu’on prend toujours pour des sauvages, des barbares), très haute opinion de nous-mêmes (trop haute)…

Ce récit est une grande aventure qui nous fera voyager dans le Nord de l’Espagne et ce, jusqu’en France, dans le Sud, plus précisément à la grotte Chauvet. Là, j’était en terrain connu puisque j’ai eu la chance de visiter la réplique de cette grotte et putain de nom de dieu, c’était magnifique (mais 1h, c’est trop rapide, j’aurais aimé y flâner, mais ce n’était possible qu’en juillet/août à l’époque où le covid ne pourrissait pas notre vie).

Les personnages sont attachants, autant Chat Huant que l’Errant, que Pavot ou même Terre d’Ombre, qui cherche sa place, lui qui est un sang-mêlé. Hé oui, rien n’a changé !

Si les Sapiens aiment bouger, aller voir ailleurs, changer de territoire, les Néandertaliens sont plus casaniers, n’aimant pas changer de méthode quand une fonctionne très bien, n’aimant pas aller sur les territoires des autres afin de ne pas ramener la merde ensuite. On ne peut pas leur donner tort non plus…

Ce roman n’est pas à lire si vous voulez de l’action pure et dure et un récit qui avance à la vitesse d’un coureur cycliste dopé, dans une descente de montagne. C’est un récit qui prend son temps : celui de planter ses décors, de nous montrer les mœurs de nos ancêtres, de présenter ses personnages et de les approfondir.

Malgré tout, dès la première ligne avalée, j’étais immergée dans mon récit et j’avais du mal à le lâcher car c’était instructif, intéressant, bien écrit et malgré le fait que les dialogues sont courts et peu présent, je me suis attachée aux personnages et me suis gavée de cette histoire qui, si elle m’avait été présentée ainsi à l’école, m’aurais empêché de soupirer sans fin.

Une LC réalisée avec Bianca, qui avait attiré mon attention sur ce roman qu’elle venait de recevoir et j’ai dit oui tout de suite ! Aucun regret car c’était une super lecture qui m’a bien rempli mon petit cerveau. Tourner la dernière page m’a donné un petit coup au cœur car j’étais bien avec ces personnages. Pour Bianca, la lecture fut plus mitigée, trouvant le récit trop dense et contemplatif. Deux avis différents… Suivez le lien pour lire le sien.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°43].

Arsène Lupin, L’aventurier – Tome 5 – L’aiguille creuse (3ème partie) : Takashi Morita et Maurice Leblanc

Titre : Arsène Lupin, L’aventurier – Tome 5 – L’aiguille creuse (3ème partie)

Scénaristes : Takashi Morita et Maurice Leblanc
Dessinateur : Takashi Morita

Édition : Kurokawa (2017)
Édition Originale : Kaitô Lupin Den, Aventurier, book 5 (2013)
Traduction : Fabien Nabhan

Résumé :
L’Aiguille creuse: C’est le nom de la clef menant à l’immense trésor accumulé par la royauté française durant des siècles.

Où se trouve finalement ce lieu considéré comme le centre du monde et où atterrira notre jeune détective Beautrelet ? Quelle est la véritable identité du roi du monde, Arsène Lupin ?

Dernière ligne droite pour le chef-d’œuvre de la saga de Lupin, l’Aiguille creuse !!

Critique :
Dernière ligne droite pour la résolution de l’énigme de l’aiguille et match au sommet entre Beautrelet et Lupin, bien qu’ils aient eu quelques rencontres avant la confrontation ultime, celle qui déchire le coeur et qui met mal à l’aise les holmésiens.

Parlons-en, de Holmes, enfin, de Sholmès puisque Leblanc changea le nom du célèbre détective de Conan Doyle : macfarlane, deerstalker, épaules de déménageur et il doit être le fils caché de l’elfe Legolas car il a les oreilles pointues.

Arsène Lupin, de son côté, a encore abusé du Polynectar de Poudlard… Ses multiples visages sont souvent diamétralement opposés à celui que la nature lui a donné et c’est à se demander comment il parvient à changer aussi radicalement de figure.

370 pages d’enquêtes, de tentative de résolution de l’énigme du message codé par Beautrelet, un Lupin qui fait tout pour qu’il ne puisse pas résoudre l’affaire et qui le pique au vif en ricanant qu’il lui faudra 10 ans pour y arriver.

Le récit est dense, bourré de détails, d’action, de réflexion et bien que mes souvenirs datent, je n’ai pas eu l’impression que le mangaka avait laissé des infos de côté lorsqu’il a réalisé cette trilogie magnifique.

Hélas, par contre, l’auteur fait références à d’autres aventures de Lupin qu’il va mettre en page mais depuis la sortie de ce tome 5, nous n’avons rien vu venir… Pour ma part, j’apprécierais de continuer avec Lupin en manga plutôt qu’en roman (pas frapper, pas frapper).

Lorsque j’avais lu le livre, il m’avait fallu déployer des trésors d’imagination pour visualiser l’aménagement de la fameuse aiguille creuse et là, même pas eu besoin de faire fumer mon cerveau, j’avais tout sous les yeux et c’était appréciable.

Pour moi qui n’ai jamais été une fan du gentleman cambrioleur, le lire en manga (surtout cette trilogie) fut bénéfique. Je ne sais pas si j’aurai un jour le temps de lire les romans originaux, mais il faudrait que je prenne le temps pour lire celui qui suit celui-ci, 813.

Une trilogie qui plaira aux amateurs d’action, d’aventure, de mystères, de suspense, de vols audacieux, d’enquêtes, d’énigmes, de détective en herbe, d’histoire de France et qui vous fera voir la fameuse aiguille creuse d’une autre manière et ce, pour votre vie entière, puisque même moi, lorsque je l’aperçois, je repense à Lupin.

Si vous voulez des images avec votre lecture, ce manga est fait pour vous ! Il peut aussi amener des lecteurs (jeunes ou moins jeunes) plus facilement vers les romans de Maurice Leblanc.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°217].

Arsène Lupin, L’aventurier – Tome 4 – L’aiguille creuse (2ème partie) : Takashi Morita et Maurice Leblanc

Titre : Arsène Lupin, L’aventurier – Tome 4 – L’aiguille creuse (2ème partie)

Scénaristes : Takashi Morita et Maurice Leblanc
Dessinateur : Takashi Morita

Édition : Kurokawa (09/06/2016)
Édition Originale : Kaitô Lupin Den, Aventurier, book 4 (2013)
Traduction : Fabien Nabhan

Résumé :
Gravement blessé par l’un des hommes de main de Lupin, Beautrelet a la conviction que toute la clef de l’histoire est contenue dans le code que possédait le cambrioleur. La vérité qui est sur le point d’être révélée ébranlera un pan de l’histoire de France.

Critique :
Rhôôô, Lupin a copié sur Sherlock Holmes ! Mais non, Lupin n’est pas mort ! Il a fait croire à sa mort, a fourni un corps et hop, l’affaire est jouée.

Le bras de fer continue en Lupin et le jeune Beautrelet, véritable petit détective en herbe, comme issu du croisement en Holmes et Poirot et un bouledogue car il ne lâche pas sa proie.

Une fois de plus, la suite de l’aiguille creuse met plus en avant les recherches de Beautrelet que les ruses de Lupin pour échapper à ce gamin bourré de ressources dans le cerveau.

Mais pas de panique, notre jeune garçon va tout nous expliquer et provoquer l’ire du gentleman cambrioleur.

Cela me fait vraiment du bien de relire cette grande aventure de Lupin au travers d’un manga. Les trois volumes font 670 pages et on a vraiment l’impression que le mangaka n’a fait l’impasse sur aucun détail et on en a pour nos sous.

Nous sommes dans un manga, les mentons des personnages sont souvent pointus, les nez sont un peu en trompette, certains en ont même un digne de Cyrano ! Mon seul bémol ira pour les déguisement de Lupin qui arrive toujours à changer de physionomie à tel point qu’à ce niveau, c’est presque de la magie. Hermione a dû lui fabriquer du Polynectar…

L’action est bien présente, pas vraiment le temps de s’ennuyer, le mystère s’épaissi (sauf si on connait l’histoire ou que l’on s’en souvient, 30 ans après) et c’est un réel plaisir que de lire cette histoire mise en manga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°214].

Sherlock Holmes et le mystère des reliques de Saint-Martin de Tours : Jean-Noël Delétang

Titre : Sherlock Holmes et le mystère des reliques de Saint-Martin de Tours

Auteur : Jean-Noël Delétang
Édition : La geste (01/10/2020)

Résumé :
Savez-vous que Sherlock Holmes a séjourné en Touraine en 1902, accompagnant son fidèle ami le docteur Watson venu régler une question d’héritage ?

Le plus célèbre des enquêteurs se retrouve mêlé bien malgré lui à une enquête face au commissaire Courtel…

Trafic de reliques, mort suspecte du sacristain de Saint-Martin sur le chantier de la nouvelle basilique, fin tragique de Fritz l’éléphant…

Que de faits étranges et sombres qui vont mettre à rude épreuve les talents de Holmes !

Substituant pour l’occasion le vouvray au whisky et la PJ à Scotland Yard, l’auteur nous entraîne à Tours, au début du XXe siècle et rend hommage, avec ce pastiche, au prodigieux créateur que fut Sir Arthur Conan Doyle.

Critique :
Tout le monde l’a chanté sur tous les toits et sur tous les tons : à mort les 4ème de couverture qui résument tout un livre, qui déflorent l’affaire, qui sont trop bavards, qui en disent trop (les pires ceux qui promettent trop, mais ici, ce n’est pas le cas)…

Merde alors, où est le plaisir de découvrir les faits si on nous dit tout dès le départ ?

Oui, je sais, on ne devrait pas les lire avant de commencer le roman, mais bon, j’aime quand même savoir, avant d’acheter un livre, s’il va m’intéresser.

Le gros de l’affaire était défloré, je commence ma lecture avant de piler net devant un truc qui m’a fait penser que l’abus du café portait à conséquence sur la lecture : Watson, arrivant au 221b, dis, en entrant « C’est moi, Charles ! ».

CHARLES ????? Bordel de nom d’une pipe, pourquoi lui changer son prénom ? Son père littéraire lui a donné celui de John, même si sa femme, un jour, le prénomma James (Conan Doyle avait envie de donner matière à réflexion aux futurs holmésiens). Pourquoi en faire un Charles tout au long du roman ????

Un pastiche, c’est raconter une histoire à la manière de, mais de là à changer le prénom alors que notre docteur ne doit pas faire une infiltration de gang, je n’en vois pas la raison.

Plus loin, j’ai frôlé l’apoplexie avec nos deux amis qui s’interpellent par leurs prénoms… Et viens-y que je te donne du Sherlock et du… Charles (argh). Pardon, je ne m’y fait pas du tout à ce nouveau prénom !

Nous sommes en 1902, les Anglais ont peut-être décoincé le balai brosse mais nos deux personnages sont des vieux de vieille, pas des djeun’s de 20 ans et c’est limite de l’hérésie de les faire utiliser leurs prénoms au lieu des traditionnels Holmes ou Watson. Sous coup d’une émotion forte, je dirais « ok », mais là, non !

Watson a de la famille en France, bon, c’est nouveau, mais dans un pastiche, on peut ajouter des faits, des choses… Là, je ne dis rien. Que Watson connaisse le français parce qu’il a passé ses vacances à Tours, pas de soucis.

Là où le bât blesse à mort, c’est quand Holmes nous apprend que pour le français, il n’a que le niveau scolaire et que Watson va devoir l’aider… ARGH ! Et sa grand-mère française, elle pue ? Watson a toujours dit que le français de Holmes était excellent et le voici qui perd sa langue…

Ce roman policier, c’est Top Chef à Tours ! Que le commissaire Montalbano nous fasse profiter de la gastronomie sicilienne, c’est habituel, mais que dans une aventure de Holmes, on ait droit à la description des petits-dej, des dîners, des soupers (oui, je le dis à la Belge) et que pendant son enquête, Holmes pense à manger et à avoir un bon coup de fourchette, ça passe plus difficilement.

Si on ne devait garder que les pages de l’enquête, il ne nous resterait que la taille d’une nouvelle holmésienne. Mais bon, ce n’est pas avec cette enquête qu’il va se fouler les cellules grises. Même le lecteur sait déjà quels trafics se passent dans la ville de Tours et si Holmes a lu le 4ème de couverture…

Autre bizarrerie dans ce roman, c’est qu’en 1902, madame Watson soit toujours vivante alors que dans le canon holmésien, on ne parle plus d’elle après le hiatus de Holmes (1891-1894). De l’avis général, madame Watson est morte entre 1891 et 1894. Bon, c’est un choix de l’auteur, il me dérange moins que les autres, mais doit être souligné.

Mais le pire, dans ce roman, c’est que l’on se retrouve avec un Sherlock Holmes sympathique au possible ! Nous sommes loin du détective qui pouvait être imbuvable dans le canon holmésien, ou même dans la série de la BBC, même celle de la Granada. Eux ont respecté le personnage et son caractère bien à lui.

C’est un Holmes sans relief que j’ai suivi, fadasse, sans épices. Il est le reflet de ce que l’auteur a voulu faire, de tel qu’il l’imagine dans sa tête (et c’est son droit), mais le présenter de la sorte, c’est un parti pris énorme et qui ne paye pas car si le plat présenté est inhabituel, il est aussi sans saveur et trop doux pour le palais des fans du détective. Ça manquait de goût !

Son Sherlock Holmes n’est pas celui que j’apprécie depuis plus de 30 ans, qui m’a fait découvrir mon premier vrai roman policier (autre que Le Club des Cinq). Si Conan Doyla l’avait présenté ainsi, pas sûr qu’il aurait du succès.

Ici, nous sommes face à une sorte de commissaire Montalbano anglais, buvant (avec modération) et faisant bonne chère à tous les repas, bref, c’est un costume qui ne lui sied guère car il lui manque la verve du sicilien et son caractère un peu rêche.

Lisez ce roman comme un mémoire à la gastronomie tourangelle, à son architecture, à son Histoire, mais pas comme un pastiche holmésien, ni même comme une enquête qui va vous décoiffer !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°205] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°31].

Sherlock, Lupin & moi – Tome 10 – Le seigneur du crime : Irene Adler

Titre : Sherlock, Lupin & moi – Tome 10 – Le seigneur du crime

Auteur : Irene Adler
Édition : Albin Michel Jeunesse (13/01/2021)
Édition Originale : Il signore del crimine (2015)
Traduction : Béatrice Didiot

Résumé :
C’est le printemps ! Mauvaise nouvelle pour Sherlock Holmes, impatient de pouvoir exercer son esprit brillant avec une nouvelle enquête.

Pour jouer, Irene lui propose d’analyser une série d’inexplicables événements. C’est alors que Sherlock identifie un sinistre, subtil fil rouge qui les relie tous…

Ainsi commence une incroyable compétition avec un mystérieux génie criminel qui, dans une succession de rebondissements, mènera Sherlock, Lupin et Irene à une révélation finale éblouissante.

Critique :
Comment redonner vie à un Sherlock en proie à la stagnation de son cerveau ?

En lisant les faits divers du Times et en mettant la main sur ce qui semble une affaire pour le moins étrange : un homme a tiré à l’arc sur un cuisinier français et l’homme, une fois arrêté, ne se souvient de rien du tout.

L’avantage de ces romans c’est que l’auteur en a écrit une vingtaine et qu’Albin Michel nous les fournisse assez vite.

En 4 ans, nous avons déjà eu 10 livres ! 10 romans rafraichissants qui, jusqu’à présent, ne m’ont jamais déçus.

L’inconvénient est qu’ils se lisent trop vite… Une seule soirée est nécessaire pour le dévorer et ça laisse toujours un goût de trop peu dans la bouche tant c’est amusant, les enquêtes de notre trio.

Amusantes, leurs enquêtes, oui, mais non dénuée de danger ! Il ne s’agit jamais de retrouver le chat de la mère Michel ou de se frotter à des gentils voyous, mais souvent de résoudre des meurtres.

Le seul inconvénient que je relève à chaque lecture, c’est que Irene Adler en dit parfois trop à l’avance ! Cela nuit ensuite au suspense ou alors, ça nous met les nerfs en boule de savoir qu’entre eux, il va y avoir un drame, un accident, une dispute, des « si j’avais su »… Faut jamais annoncer aux lecteurs la couleur des choses avant qu’ils ne les voient arriver. Ceci est minime, bien entendu, mais ça gâche le suspense.

Une fois de plus, l’enquête est intéressante, possède du mystère, du suspense, des interrogations et est rondement menée. On sort un peu des sentiers battus en ce qui concerne les meurtres ou les incidents et c’est finement joué.

De plus, c’est aussi l’entrée en scène d’un futur méchant que nous connaissons bien et qui avait déjà fait une apparition fugace dans un autre tome (L’énigme de la rose écarlate, Tome 03)… Une affaire à suivre !

Sans révolutionner le monde du polar, cette saga n’en est pas moins très agréable à suivre, de par ses personnages principaux, très attachants et de par le fait qu’elle ne prend pas les jeunes lecteurs pour des neuneus sans cervelle.

Une chouette série qui peut être lue sans problème par des adultes qui ont 4 fois 10 ans (même plus) car ils y trouveront leur compte, passeront un moment de lecture agréable et détendue, ce qui, en ces moments, est toujours bonne à prendre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°184], le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°10] et le Challenge A Year in England chez Lou, Cryssilda et Plaisirs à Cultiver – 2021 [Fiche N°02].

L’archipel du Goulag [Abrégé] : Alexandre Soljenitsyne

Titre : L’archipel du Goulag [Abrégé]

Auteur : Alexandre Soljenitsyne
Édition : Points (05/06/2014)
Édition Originale : Arkhipelag gulag (1973)
Traduction :

Résumé :
Colossale enquête documentaire et historique sur les institutions concentrationnaires en Russie. Un livre de combat, qui a ébranlé les fondements du totalitarisme communiste et qui brûle encore les mains.

Ecrit de 1958 à 1967 dans la clandestinité, par fragments dissimulés dans des endroits différents, il a été activement recherché, et finalement découvert et saisi par le KGB en septembre 1973.

Aussitôt, le premier tome a été publié d’urgence en Occident, la pression de l’opinion publique des pays libres étant la seule force capable de sauver l’auteur et tous ceux qui l’avaient aidé.

Arrêté en février 1974, Soljénitsyne fut inculpé de trahison, puis, par décret du Présidium du Soviet suprême, déchu de la nationalité soviétique et expulsé d’URSS. Jusqu’à sa publication partielle par la revue Novy mir en 1990, l’Archipel ne sera lu en URSS que clandestinement, par la partie la plus courageuse de l’intelligentsia.

Mais, en Occident, il sera répandu à des millions d’exemplaires et provoquera une mise en cause radicale de l’idéologie communiste.

Toute sa puissance d’évocation, son éloquence tumultueuse, tantôt grave et tantôt sarcastique, l’auteur les prête aux 227 personnes qui lui ont fourni leur témoignage, et à tous ceux « auxquels la vie a manqué pour raconter ces choses ».

Là où rien n’est parvenu jusqu’à nous, « car l’Archipel est une terre sans écriture, dont la tradition orale s’interrompt avec la mort des indigènes », il nous fait sentir le poids du silence et de l’oubli. La première partie, « L’industrie pénitentiaire », explique comment la machine vous happe et vous transforme en « zek ».

Aux sources de la terreur, elle montre Lénine. Elle dresse la liste des  » flots « , grands et petits, qui se sont déversés sur l’Archipel.

En étudiant l’évolution de la mécanique judiciaire, elle explique les grands procès staliniens.

La deuxième partie, « Le mouvement perpétuel », montre, à toute heure du jour et de la nuit, des convois de condamnés acheminés vers les camps : en fourgons automobiles, en « wagons-zaks » et wagons à bestiaux, en barges sur les fleuves, en colonnes de piétons dans la neige.

Chaque mode de transfert engendre une torture propre, mais certains permettent d’étonnantes rencontres.

Alexandre Soljénitsyne se montre lui-même tel qu’il a été en liberté, en prison, au camp, et il se juge.

À tous ceux qui ont connu la captivité et à tous ceux qui s’interrogent sur le sens de la vie humaine, ce livre propose une nourriture forte, pénétrée d’espoir et adaptée à notre temps.

Critique :
Comment parler de l’indicible ? Comment parler d’un génocide par les camps de travail ? De déportations massives ?

De populations que l’on a pris dans leurs villages et qu’on a déplacé dans des terres arides, incultes, sans rien leur donner ?

Comment parler de la mort de millions de personnes, assassinés par les gens de son propre peuple ?

Tout simplement comme Alexandre Soljenitsyne l’a fait dans son célèbre livre qui lui valu des sueurs froides lorsqu’il le composa, ne laissant jamais l’entièreté d’un chapitre au même endroit, ne laissant jamais tout son travail étalé sur sa table. Trop dangereux.

Il est des livres qui, une fois terminés, vous donnent envie de plonger dans du Tchoupi ou équivalent (mais rien de plus fort). L’envie de plonger dans du Oui-Oui s’est déjà faite ressentir après certains chapitres de romans particulièrement éprouvants (Cartel  & La frontière, de Winslow).

Pour l’Archipel, j’ai eu l’envie de me rabattre sur des P’tit Loup après chaque phrase lue, c’est vous dire sa puissance ! C’est vous dire les horreurs que l’on a faite aux prisonniers politiques, condamné sur base de  l’article 58 et qu’on appellera des Cinquante-huit dans les camps.

Mais jamais Soljénitsyne ne s’amuse à faire dans le glauque pour le plaisir d’en faire, jamais il ne fait dans le larmoyant.

Alors oui ce qu’on lit fend le cœur, fait naître des sueurs froides, surtout si vous imaginez que ces horreurs arrivent à vos proches, mais l’écriture de l’auteur fait tout passer facilement car il donne l’impression de vous raconter une histoire, vraie et tragique, mais d’une manière telle que vous continuez la lecture sans arrêter.

Ce livre n’est pas vraiment un livre dans le sens habituel puisque la trame narrative n’est pas une suite, mais plutôt un rassemblement de divers témoignages, le tout étant regroupé dans des sections bien définies, commençant par l’industrie pénitentiaire qui décrit la mise en place de la machine à broyer.

Le ton de Soljénitsyne n’est pas dénué de cynisme, de causticité, mais jamais au grand jamais il ne fait de réquisitoire contre la politique, ni contre ceux qui broyèrent les autres, car il est lucide : le hasard de la vie aurait pu le mettre du côté des tortionnaires au lieu d’être avec les victimes du Grand Concasseur Humain.

Et il se pose une question que peu de gens osent se poser (et n’osent jamais y répondre véritablement) : qu’aurait-il fait si le destin, le hasard, l’avait placé du côté de ceux qui avaient le pouvoir de vous pourrir la vie, de vous arrêter arbitrairement, bref, du côté des Méchants, des grands salopards ?

Il ne les juge pas trop durement, il sait très bien que bien des Hommes ont obéi afin d’avoir la vie sauve, pour protéger les leurs, pour ne pas crever de faim, tandis que d’autres se cachaient derrière le « on m’a donné un ordre », là où d’autres ont senti pris leur pied d’avoir le pouvoir de vie ou de mort sur des êtres moribonds.

Staline et son parti ont posé une chape de plomb sur les épaules de leurs concitoyens, fait régner la terreur car jamais au grand jamais vous n’auriez pu prévoir que le Rouleau Compresseur allait vous passer dessus, pour des peccadilles, bien entendu !

Vous avez osé dire que le matériel des Allemands était bon ? Apologie, donc au trou ! Vous avez fait un paraphe sur la gueule à Staline, sur le journal ? Au trou ! Aberrant les motifs d’emprisonnement, exagérés les peines de prison pour des rien du tout, mais c’est ainsi que l’on fait crever son peuple de trouille et qu’on obtient tout de lui.

Soljenitsyne le décrit très bien, nous expliquant aussi, sur la fin, pourquoi personne ne s’est révolté, rebellé, pourquoi les gens n’ont pas osé aider les autres. Même sous 40° à l’ombre, j’aurais eu froid dans le dos durant ma lecture.

Ce témoignage met aussi en lumière la folie des dirigeants, dont Staline, qui voyait des espions partout et qui a imaginé les camps de travail bien avant que Hitler ne monte ses abattoirs.

Ces deux moustachus sont des assassins en puissance (aidés par d’autres, bien entendu). À la lecture de ce récit, on constate que les horreurs de Staline ont durées plus longtemps et qu’elles firent encore plus de mort (oui, c’est possible) et étaient tout aussi horribles que les camps d’exterminations des nazis (oui, c’est possible aussi).

Lorsque le procès de Nuremberg se terminait et que tout le monde criait « Plus jamais ça », les camps de travail étaient toujours bien là en Russie. En 1931, des hommes avaient même creusé un canal (le Belomorkanal, 227 km) sans instruments de travail – ni pelles, ni pioches, ni roues aux brouettes,… Renvoyés à la Préhistoire !) et en seulement deux ans….

Le 20ème siècle fut un siècle d’extermination en tout genre, hélas. Par contre, il est dommage que l’on ne porte pas plus d’éclairage sur les goulags, sur les camps de travail, sur les prisonniers innocents qui y périrent, sur leurs conditions de détentions déplorables,… J’ai l’impression qu’on les oublie dans la multitude des horreurs du 20e.

Une lecture faite sur 6 jours, une lecture coup de poing, une lecture à faire au moins dans sa vie.

PS : Cela fait longtemps que je voulais lire ce témoignage, mais j’avais du mal à trouver les différents tomes dans les bouquineries, alors, lorsque j’ai vu que Points avait sorti une édition abrégée, j’ai sauté sur l’occasion et acheté ce livre en octobre 2019.

Je voulais le lire en janvier 2020 et c’est « cartel » de Winslow qui est passé à la casserole et j’ai reporté cette lecture aux calendes grecques car le récit me faisait peur.

Peur que le récit et moi n’entrions pas en communion (ce qui aurait été dommageable), peur d’avoir peur de ce que j’allais y lire et que le roman de Soljénitsyne ne termine au freezer, comme d’autres le firent avant lui, notamment des livres parlant des camps de concentration.

Tout compte fait, nous nous sommes rencontrés, sans aucun problème et il est regrettable que j’ai reporté cette lecture. Maintenant que je l’ai faite, je suis contente et le livre termine dans les coups de cœur ultimes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°178] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°04].