Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes : Kate McAlistair [LC avec Bianca]

Titre : Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes

Auteur : Kate McAlistair
Édition : L’Archipel (14/10/2021)

Résumé :
Lahore, 1838. Adolescent, Morgan vit sous le joug de son père, un mercenaire aussi cruel qu’ivrogne. Il tombe amoureux de Chali, une jeune princesse mongole, mais celle-ci doit épouser le petit-fils de l’empereur du Pendjab.

Morgan s’efforce de l’oublier en prenant sous son aile Maura, une fillette venue rejoindre son père, le colonel Fleming, redoutable chef de la police de l’empereur.

Un jour, c’est le drame : alors que Morgan tente de s’opposer à son père ivre, ce dernier tombe du balcon et se tue. Fleming l’accuse de meurtre. Le jeune garçon parvient à lui échapper et s’enfuit dans l’Himalaya.

Dix ans ont passé. Maura est mariée à un botaniste britannique qui œuvre dans le renseignement. Au cours d’une réception au Palais des mille vents, en Russie, elle reconnaît Morgan. À nouveau sous son charme, elle manœuvre pour qu’il devienne le guide de l’expédition de son mari. Attiré par Maura, Morgan refuse tout d’abord.

Mais lorsqu’il comprend que cette expédition est en réalité une mission de sauvetage de la princesse Chali, à présent veuve et pourchassée par des tueurs, il n’a plus qu’un désir : venir en aide à celle qu’il n’a jamais pu oublier…

Critique :
Pour qui veut voyager sans bouger de son canapé, ce roman est parfait, puisque, en plus de vous faire voyager sur la carte de l’Asie et de la Russie, il vous offrira aussi une plongée dans le temps, puisque l’histoire commence en 1838.

Au Pendjab, Morgan vit dans un élevage de chevaux, avec sa mère, d’origine Hindoue et son père, un anglais violent, alcoolique et tout basculera lorsque ce crétin à la main lourde, qui passe ses rages sur son épouse, chutera de son balcon… Oui, bien fait pour sa gueule, mais Fleming, le redoutable chef de la police de l’empereur, l’accusera et le poursuivra jusque dans les montagnes.

Si vous cherchez un roman qui dépote avec de l’action à tous les chapitres, il faudra laisser ce roman de côté, car lui, il s’attache plus aux us et coutumes des pays, des époques et est très descriptif dans les lieux, les paysages. Sans rire, j’ai été transportée du Pendjab à la Russie, les steppes, je les ai bien visualisées et je dois dire que c’est ce qui a fait que je me suis attachée à ce roman.

L’histoire est des plus conventionnelles, le plaisir étant dans la manière dont l’autrice nous la conte. Là où le bât blesse un peu (un comble, lorsque l’on voyage dans une caravane), c’est dans l’histoire d’amour et dans les personnages principaux.

Morgan est un jeune garçon sympathique, qui crève de trouille devant son père. Dix ans plus tard, le voici paré de toutes les qualités (beau, intelligent, parfait cavalier, il sait se battre, il est gentil,…). Fleming est le grand méchant, mais on ne sait pourquoi il voue une telle haine au jeune Morgan, qui ne lui a jamais rien fait. Pas de nuances dans les portraits des personnages, ce qui est dommage.

L’histoire d’amour est un peu bateau, à mon sens, dû au fait que Morgan, à 15 ans, est tombé amoureux de Chali (dernière descendante du célèbre Gengis Khan), avec qui il n’a échangé quelques mots, bien qu’il ait passé du temps avec elle (barrière de la langue). En même temps, il aime bien aussi Maura (par amour du goût ?), 12 ans, qui lui offrira un baiser avant qu’il ne s’enfuie.

Ce sont des gosses, des ados, des amourettes de jeunesse, à laquelle, en principe, on ne donnera jamais suite. Bingo, 10 ans après, Morgan croise à nouveau la route de Maura, mariée : son comportement sera un peu aberrant, jouant un jeu de séduction dangereux, bien que Morgan la repousse.

Rien n’est logique dans le comportement de Maura qui reveut un baiser, afin d’être sûre qu’elle aime son mari et non Morgan (comme si c’étaient des mets à goûter). Elle m’a fait penser à une gamine et non à une femme de 22 ans (à cette époque, on était mûre plus tôt). Morgan, lui, aime toujours sa princesse, mais peut-être aussi Maura, il ne sait pas…

Je n’ai rien contre les histoires d’amour dans les romans, mais j’apprécie tout de même qu’elles n’aient rien à voir avec du Harlequin. Morgan aime le souvenir de Chali, il l’idéalise et Maura fait pareil avec lui.

Bref, on perd du temps avec leurs chipoteries et autant ou j’avais apprécié Maura jeune, autant où elle m’a un peu exaspéré adulte. Rien de grave, mais j’ai eu l’impression d’un « tout ça pour ça ? ».

Malgré tout, cela ne m’a pas empêché de déguster le récit du voyage de la caravane de chevaux et de chameaux, dans les steppes kirghizes, chevauchant durant des heures, chassant avec un aigle, vivant à la dure, toujours à la merci de pillards. Les descriptions sont précises, très vivantes, belles et c’est ce qui m’a fait le plus vibrer dans ce roman.

Un roman à l’histoire ultra classique, mais racontée autrement, avec beaucoup de précisions dans les us et coutumes des différentes cultures abordées, de détails dans les paysages traversés, le climat, la nature, afin d’y immerger le lecteur pour qu’il se sente plus proche de ce que vivent les personnages, que ce soit dans la chaleur du Pendjab ou dans la froide Russie.

C’est grâce à ma copinaute Bianca que j’ai lu ce roman avec elle. Une LC réussie ! Comme il est à suivre, nous avons décidé de poursuivre le voyage. Tout comme moi, Bianca a apprécié le voyage. Suivez le lien et vous saurez tout !

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Le Suppléant : Henry Mountbatten-Windsor* *ou plutôt de son gosht-writter appointé [par Dame Ida, Pigiste Pipôle Stagiaire Adjointe à la Rédaction]

Titre : Le Suppléant

Auteur : Prince Harry
Édition : Fayard (10/01/2023)
Édition Originale : Spare (2023)
Traduction : Nathalie Bru et Santiago Artozqui

Résumé :
C’est l’une des images les plus marquantes du XXe siècle : deux jeunes garçons, deux princes, marchant derrière le cercueil de leur mère sous les regards éplorés – et horrifiés – du monde entier.

Alors que Diana, princesse de Galles, rejoignait sa dernière demeure, des milliards de personnes se demandaient à quoi pouvaient bien penser les princes à cet instant, ce qu’ils ressentaient – et quelle tournure allait prendre leur vie désormais.
Pour Harry, voici enfin venu le moment de raconter son histoire.

D’une honnêteté brute et sans fard, LE SUPPLÉANT est un livre qui fera date, plein de perspicacité, de révélations, d’interrogations sur soi et de leçons durement apprises sur le pouvoir éternel de l’amour face au chagrin.

L’avis de Dame Ida :
Je n’envisageais pas d’acheter ce livre afin de ne pas participer à l’entretien du train de vie de gens qui ont déjà à eux deux plus d’argent que mon époux, moi-même, mais aussi tous mes proches réunis ne parviendront jamais à gagner en une vie, voire une dizaine de vies… Et qui ne sont pas fichus d’écrire un livre eux-mêmes… Mais une bonne amie me l’a passé… et forcément, curieuse… J’ai passé un week-end dessus.

400 pages qui, initialement, auraient dû en faire le double, dit-on, avant qu’il ne soit expurgé du pire du pire pour ne pas rendre à jamais impossible une réconciliation que les déclarations de la presse rendraient de plus en plus improbable. En tout cas c’est que dit aujourd’hui la presse…

Oui mais voilà… La presse pipôle ne nous raconterait que des conneries. C’est d’ailleurs ça la principale révélation du bouquin !

Bon, je vous l’accorde que la presse nous raconte souvent des conneries, surtout sur les pipôles, on le savait déjà, ce n’est pas une révélation… Mais le décalage entre ce que les médias répètent et finissent par nous faire tenir pour vrai, parce que plusieurs sources le répètent, et ce qu’Henry Mountbatten-Windsor (ben oui, c’est ça en principe son vrai nom – d’autant qu’il n’est plus censé avoir de titres) déclare, est assez troublant.

Exit la Meghan qui harcèlerait ses collaboratrices… Ce serait un complot fomenté par l’une d’entre-elles, virée pour s’être fait passé pour la Duchesse de Sussex, afin de se faire offrir des cadeaux gratuits… Mouais… Il est aussi possible que ce grand benêt amoureux, peu objectif, n’ait pas envie de voir que certaines façons de parler puissent poser problème ou que quant on envoie des SMS le dimanche matin, de très bonne heure… ça peut aussi réveiller le destinataire, même si on prétend qu’il n’est pas tenu de répondre.

Exit le scandale de la tiare, Henry étant supposé avoir levé le ton contre l’habilleuse de la Reine, qui s’opposait au choix d’une tiare russe, controversée pour le mariage…

Alors que le choix de la tiare se serait porté sur une autre et en outre, en présence de la Reine elle-même, qui avait approuvé ce choix… L’habilleuse n’aurait seulement pas apprécié qu’on lui fasse remarquer les retards qu’elle a pris pour faire parvenir la tiare sélectionnée pour les essais coiffure nécessaire (poser une tiare ne s’improvise pas au dernier moment; il faut que le coiffeur apprenne à le faire avant le jour J).

Il n’y aurait donc eu aucun appel de Mamie pour gronder son petit fils et lui dire qu’il ne faut pas parler ainsi au personnel et l’affaire de la tiare russe serait une pure invention de l’habilleuse !

Fausse également, l’hypothèse voulant que la Reine ait découvert la décision d’exil des Sussex via leur blog, puisque la presse avait déjà prévu d’annoncer, le lendemain, des éléments confidentiels, transmis directement par un courrier des intéressés au roi actuel sur les conditions de leur départ… éléments qui avaient donc fuité alors que les négociations avec la Reine et son successeur étaient déjà en cours…

Et tout serait à l’avenant, découlant de fuites plus ou moins mensongères des collaborateurs et secrétaires royaux, qui ont un sens étrange de leurs devoirs, de confidentialité, allant même jusqu’à vendre des infos fausses aux médias, pour mieux arrondir leurs fins de mois, vu qu’ils sont mal payés au Palais !

Et le narrateur n’épargnera pas la nouvelle femme de son père en lui attribuant la responsabilité de certaines fuites, pour que la presse s’intéresse moins à son propre fils en galère… L’ennui, évidemment, c’est qu’on ne pourra jamais vérifier quelles sont les vraies versions… Et c’est ça qui fait enrager l’ex-prince : sa parole n’est pas et n’a jamais été considérée comme la vérité, les théories alternatives de la presse inventée par elle-même ou par d’autres, ayant été répandues dans les oreilles du public auparavant.

Cela étant, nous pouvons compter sur l’Establishment pour ne jamais rien nous dire de manière transparente.

Alors nous n’avons aujourd’hui que les déclarations d’Henry Mountbatten-Windsor, et celles d’une presse dont on sait par ailleurs qu’elle n’a pas hésité non plus à raconter bien des saloperies.

Tiens… Quand la Reine est morte, on annonçait qu’elle était au plus mal à la nation dans l’après midi, alors que c’était déjà fini (on l’apprendra le lendemain quand l’heure exacte du décès sera annoncée). On voulait attendre que toute la famille soit arrivée pour annoncer la nouvelle, ça peut se comprendre… Mais ça veut dire et ça prouve que la communication du palais n’est pas fiable, puisqu’elle peut employer le mensonge. Le narrateur, quant à lui, avait été averti dans l’avion du décès de sa grand-mère, alors que la nation priait encore pour la survie de celle-ci…

Alors la vérité véritablement vraie… bien malin qui saura la connaître… Le Palais ment… les employés vendent de faux tuyaux… certains le feraient sur ordre de certains membres de la famille… Et pendant ce temps, le narrateur raconte sa propre vérité et son propre point de vue.

Mais il n’échappera pas aux lecteurs attentifs que ce point de vue passe aussi à travers les interprétations et le prisme d’une subjectivité très en souffrance. Ben oui… il souffre, ce narrateur. C’est une évidence.

Cela étant, difficile de se faire une idée très claire de ce qu’endurent les « royals » britanniques, avec la presse. Nous ne recevons pas les tabloïds britanniques en France et nous mesurons assez peu les débordements hallucinants que la liberté de la presse permet, outre-manche. On peut raconter n’importe quoi, sur n’importe qui, sans rien risquer, à condition d’y mettre certaines formes.

Et oui chers amis… En France (je ne sais pas comment ça se passe en Belgique), les lois sur la vie privée et la diffamation, les lois réprimant les discours racistes etc… ne permettent pas de dire n’importe quoi, dans les journaux, alors que visiblement la presse britannique pourrait mentir en toute liberté, sans jamais avoir à en rendre compte, sauf dans des cas particuliers limités, toujours possibles à contourner.

Nous ne savons donc des péripéties de la Firme que ce que la presse francophone s’autorise à reprendre. Cela nous parvient plus soft, très édulcoré, moins racoleur, plus sérieux… Mais ce n’est pas nécessairement plus vrai pour autant !

Un tri a juste été fait par les services juridiques, pour mettre au panier les « infox » des tabloïds qui tomberaient sous le coup de la loi chez nous, et il semblerait que ce soit le cas de la majorité de ce qui se publie de l’autre côté du tunnel ou du channel, ça dépendra par quel moyen vous y allez.

Mais pour apprendre tout cela, il vous faudra accepter de mourir d’ennui pendant 80 % de ce livre, où le gosht-writter de Monsieur Mountbatten-Windsor nous fera part de manière assez répétitive de ses états d’âmes, de ses nombreux voyages (purée le bilan carbone du type ferait frémir la petite Gretha T!!!), de ses souvenirs d’armée ou de collégien…

Ce livre est, bien souvent, creux ou vide, reprenant des anecdotes sans intérêt, déifiant le souvenir de sa mère avec quelques bons sentiments, par-ci par-là… Mais sans réelles révélations, car la plupart des éléments abordés ont déjà été révélés par la presse.

Quant à ses liens avec certaines personnes, ils ne seront pas suffisamment détaillés pour qu’on saisisse quelque chose de leurs relations, comme s’ils étaient de parfaits figurants anonymes.

Même son père, sa grand-mère, son frère et quelques autres ne feront pas l’objet de développements, nous permettant réellement de voir comment il les saisit subjectivement, ce qui nous en révélerait peut être trop… Leurs descriptions sont très factuelles, sans profondeur…  Aux lecteurs de se les imaginer à travers ce qu’ils auront lu dans une presse… qui selon lui n’est que mensongère.

Il est pourtant de notoriété publique que les Windsor forment une famille dysfonctionnelle, pas douée avec les sentiments, etc…

Et d’ailleurs, le narrateur ne manquera pas une occasion de les tacler, mais sans jamais véritablement rien mettre en lumière, quoi que ce soit, des liens qu’ils ont les uns avec les autres et de la façon dont il s’en débrouille. Probablement, valait-il mieux zapper ces questions pour laisser une porte ouverte à un retour possible du narrateur, dans le giron familial, quand sa femme se sera fatiguée de lui.

Anybref, ce n’est pas de la grande littérature et ça a donc l’avantage d’être vite lu…

D’ailleurs c’est certainement le but, pour toucher un lectorat très vaste et rapporter plus d’argent possible… Mais c’est souvent sans intérêt, et la lecture diagonale m’a soulagé les yeux et l’esprit assez souvent.

Et puis… Ce livre m’a dérangé par certains aspects.

Quand on revendique avec autant de force un droit à l’intimité, pourquoi s’appesantir sur des détails sur l’anatomie de son pénis, sur ses inquiétudes concernant l’intégrité de celui-ci suite à un voyage au pôle nord, pour cause d’engelures et de sa décision de le mettre au chaud dans une « chaussette », sur mesure, en polaire, lors de son voyage au pôle sud ? Pourquoi nous raconter en quelques mots la perte de sa virginité ? Pourquoi nous parler de ses ex, aussi ?

Parce que la presse avait raconté autre chose ? Mouais… Pas certaine de cela… Démentir nécessite-t-il toujours de tout dévoiler ? À la presse intrusive, faut-il réagir par l’impudeur totale ? Always complain, always explain… La rupture du narrateur avec sa propre famille est manifestement une rupture éthique et philosophique sur la façon de se positionner.

Autre problème : Henry Mountbatten-Windsor ne nous cachera rien de ses consommations fréquente et précoce de cannabis, de cocaïne, de drogues hallucinogènes, et surtout de ses abus d’alcool. Et à aucun moment il ne tiendra un discours critique à cet égard. Il en parle d’une manière totalement banale comme si c’était parfaitement normal de se défoncer régulièrement à la beuh dès le collège !

La cocaïne ? Ben quoi ? Tout le monde n’en prend-il pas ? Et l’alcool après tout, ce n’est même pas illégal ! Où est le problème d’évoquer une cuite à pratiquement chaque chapitre ? Quant aux drogues hallucinogènes, on vous dira que c’était une thérapie alternative à son malaise psychologique, pour lequel il reconnaît n’avoir jamais vraiment  consulté un psy dans la durée, sauf dans l’année qui a précédé son exil.

Ce discours, sans aucune critique sur ses consommations de drogues ou d’alcool et leurs effets, me semble parfaitement irresponsable de la part d’un père de famille et d’une personne ayant une telle audience médiatique. Ce livre va être lu par des millions de gens… N’a-t-il jamais imaginé qu’un passage un peu critique sur les dangers des drogues aurait été de bon ton ?

La recherche en neurosciences pose que la consommation régulière de cannabis à l’adolescence altère le développement cognitif et diminue le QI durablement… La psychiatrie sait aussi très bien que de nombreux épisodes psychotiques sont déclenchés par cette drogue et qu’elle n’a rien d’anodin, même si certains voudraient qu’elle soit librement commercialisable, au motif qu’on l’utilise pour préparer des médicaments (à titre indicatif; la morphine est utilisée en médecine ou pour des médicaments antalgiques, mais est-ce une raison pour légaliser l’héroïne ?).

Dira-t-il que la cocaïne peut rendre paranoïaque à long terme ou mettre ses consommateurs en dangers, à cause de la surestimation des compétences qu’elle entraîne chez ses consommateurs ? Evidemment non ! Sans faire l’apologie des drogues, il les présente sous un jour inoffensif sans avertissement ni conseil de modération…

Même la dernière psy qu’il aura consultée, la seule dont il nous parle, il ne l’aura vue qu’un an ou deux tout au plus sa thérapie s’achevant avec le Meghxit. Bref… Elle n’aura certainement pas duré suffisamment pour faire le tour de ses tendances toxicomaniaques, de ses tendances alcooliques, de sa dépendance au risque (être militaire n’a pour lui de sens que si on va au front, à bien le lire), et surtout d’un deuil pathologique ancien (le jeune Henry se serait accroché jusqu’à l’âge de 17 ans à l’idée que sa mère se serait fait passer pour morte afin de vivre un exil anonyme!), sans parler d’un trouble de stress post-traumatique, auto-diagnostiqué, dont les symptômes tels qu’ils seront évoqués dans le livre, ne correspondent pas spécifiquement à ça, et ne seraient apparus qu’après sa carrière militaire.

Bref, le jeune homme n’allait franchement pas bien. Il est carrément fracassé et on peut se demander s’il va réellement mieux eu égard au manque de recul de questionnement ou d’autocritique de son discours.

Jamais il ne se remet en question… Il préfère les méthodes alternatives, les délires new-age, les tantras, les voyantes… voire l’homéopathie (granules de sucre sans AUCUNE substance active, les substances supposées être utilisées à des doses plus qu’infinitésimales n’ont aucune efficacité scientifiquement démontrée, et les résultats atteignent péniblement l’effet placebo) pour soigner des troubles anxieux !

La préférence systématique pour les méthodes alternatives signe le plus souvent une méfiance ou un évitement des méthodes scientifiquement éprouvées… Et donc, une résistance profonde au changement.

Et même si je comprends qu’il doit être très pénible de vivre constamment dans le viseur de la presse-caniveau britannique qui atteint des abysses de bassesse, je ne résumerais pas à cette unique raison les traits persécutifs qu’il exprimera à l’égard de la presse, de l’establishment, de sa famille, si j’en crois la théorie complotiste à peine voilée qu’il évoquera au sujet du décès de sa mère dont la version officielle a été arrêtée du fait de la « corruption »…

Sachant que les autorités françaises ont collaboré à cette enquête, l’évocation d’une « corruption », même s’il ne dit pas qui serait corrompu, relèverait de l’incident diplomatique, s’il avait encore quelque accréditation pour s’exprimer au nom de la Couronne !

Il reproche constamment à sa famille de n’avoir jamais partagé son exaspération à l’égard des tabloïds, de leurs intrusions, de leur harcèlement, et de leurs mensonges. Mais oublie-t-il que cette famille en est aussi l’objet et n’a eu d’autre choix que de s’en débrouiller, eu égard aux coudées franches que la loi leur laisse en Grande-Bretagne ?

Dans la prière des Narcotiques Anonymes, que l’on dit en début ou en fin de réunions, n’y a-t-il pas une petite phrase où l’on dit qu’il faut « accepter ce qu’on ne peut changer » et s’y adapter ? Cela fait partie du programme de réhabilitation. Monsieur Henry devrait méditer sur cette petite phrase si un jour il avait la bonne idée de participer à leurs réunions.

Sa famille n’a d’autre choix que de respecter la loi. Aucun manquement, aucune critique contre la loi sur la liberté de la presse ne serait tolérée de la part de la famille royale britannique ! Et par son comportement et ses exaspérations contre la presse, il met objectivement le statut de sa famille en danger, en laissant supposer que cette famille pourrait questionner la liberté de la presse et la liberté d’expression, qui sont des piliers fondamentaux de ce pays.

Critiquer ouvertement la liberté d’expression de la presse, même pour en condamner les abus, mettrait l’institution monarchique en position d’être suspectée de tyrannie ou de velléités dictatoriales !

Nous pouvons tous déplorer que la liberté de la presse britannique ne puisse se voir opposer aucune loi sur le respect de la vie privée… ou qu’on puisse publier des mensonges, sans avoir à en rendre compte…

Mais c’est ainsi qu’est la loi britannique et la famille royale, pour préserver son statut, doit s’y faire et s’y adapter. Et s’y adapter suppose de garder un contrôle rigoureux sur sa présentation, sur ses moindre faits et gestes et sur tout ce qu’on dit quand on sort dans un lieux public… C’est injuste, mais c’est ainsi.

Alors, le voir monter dans les tours parce que la presse a parlé de ses consommations de cannabis, de cocaïne ou d’alcool devant des tiers, en groupe ou dans des lieux publics… et que le seul problème avec ses consommations de drogues a été que la presse en parle.

Excusez-moi… Mais là, je ne peux pas le plaindre. Si tu ne veux pas te voir reprocher de faire des conneries, et bien tu commences par ne pas en faire, au lieux de faire comme la plupart des sales gosses dont la seule réaction est de dire : « Qui a osé me dénoncer ! ».

Franchement un strip-billard à Las Vegas, alors qu’on ramène de parfaits inconnus dans la suite où on se soule ? Est-ce bien raisonnable quand on est supposé avoir l’habitude de devoir toujours faire attention à qui prend des photos ? Ou joue-t-on un peu avec le feu pour s’en plaindre après ?

Bonhomme, si tu ne veux pas voir tes fesses dans la presse, ne les découvre que dans ta salle de bain ou dans ton lit ! Ou alors montre les et… assume !

Personnellement, si le narrateur est accro à la beuh et ruine son QI avec, c’est son problème tant qu’il ne fait pas de prosélytisme ! Mais dans ce cas là, qu’il assume comme le ferait Doc Gynéco ! Mais qu’il ne se plaigne pas après, si ça fuite dans la presse, parce qu’il le fait sans se soucier d’être vu !

Est-ce que je fais des sextapes moi ? Non. Pourquoi ? Ben parce que je sais que même si ça ressemblerait plus à un reportage animalier sur la reproduction des éléphants de mer, un vidéogramme peut être téléchargé, piraté, diffusé, et regardé par la planète entière.

Alors ? Quand tu sais que les photos de tes moindres conneries seront revendues quoi qu’il arrive et bien… Tu t’abstiens ! Sinon… tu assumes et tu ne te plains pas. On pourra me trouver coincée… Mais je parle juste de sens des responsabilités. Si tu aimes montrer ton cul aux gens, il faut te faire à l’idée à l’ère d’internet que même des gens que tu n’as pas choisis, finiront par le voir aujourd’hui.

Par ailleurs, quand il parle de ses stratagèmes pour faire des courses dans des supérettes ou pour s’acheter des vêtements… Heu… Excusez-moi… Mais à l’ère de la livraison à domicile ou des services VIP dans les grands magasins où on vous reçoit dans un salon et on vous apporte un choix du type de produits recherchés… Ne cherche-t-il pas les problèmes ?

Tu vois Deneuve ou Adjani faire leur marché ? Tu crois que Brad Pitt se promène au rayon caleçons d’un centre commercial ? Comment faisait son frère ? Ses oncles ? Ses cousines ? Dans une famille qui a autant de thunes, et des services de sécurité, on ne me fera pas croire qu’il n’y aurait eu personne pour faire ses courses ! Comme si c’était si drôle de faire ses courses !

Pitié ! Je me dispenserais bien de devoir les faire moi ! J’ai pus la force de pousser mon caddie bondé dans des allées noires de monde le samedi ! C’est pas juste parce que j’ai peur d’être prise en photo ! Et si j’osais me lamenter là dessus au bureau mes collègues me regarderaient comme une conne en me disant « Ben c’est la vie, Ida ! Fais-toi livrer si tu ne veux plus pousser ton caddie! »…

Le mec, il a un secrétaire particulier des gardes du corps et même le cuisinier de papa qui lui apporte des plats sous vide et toussa toussa… mais il va nous faire croire qu’il doit faire ses courses comme n’importe qui ! Pauvre garçon… il ne réalise pas ce que vivent les vrais gens dont il voudrait se faire plaindre ! Pitié !

Son obsession à se poser comme victime de la presse, à l’instar de sa mère qui pourtant savait aussi très bien l’utiliser (et ça il tend à l’oublier), là où le reste de sa famille a dû apprendre à faire le dos rond, n’étant en réalité pas plus protégé que lui (on se souviendra des conversations entre Charles et Camilla, rendues publiques où il disait vouloir être son tampax… Une humiliation assez sympa… On ne parlera pas des unes, sur la fois où son père a commandé un sherry au pub alors qu’il était collégien, ou de toutes les petites amies et liaisons qu’on lui a prêtées avant son mariage !), me semblera parfois peu entendable même si je conçois que de voir les gens qui entrent ou sortent de chez vous être harcelés par les paparazzis ou les parents ou proches de vos petites amis harcelés également, est prodigieusement scandaleux.

De même le sujet de sa relation avec son frère me semblera problématique. La dimension projective (le fait d’attribuer à l’autre des sentiments qu’on ressent à son égard) des sentiments de rivalités, qu’il attribue à son frère aîné à son égard, me semblera évidente, notamment quand ils se trouvent régulièrement associés à une sorte de listage de tous les privilèges dont il jouit et dont le narrateur prétend ne pas se préoccuper.

S’il ne s’en préoccupe pas, alors, pourquoi en fait-il si souvent la liste ? Mon Dieu ! Le futur roi jaloux de son frère parce qu’on l’autorise à porter l’uniforme de son choix et la barbe à son mariage ! Qui y croit ? Dégringolé au cinq ou sixième rang dans l’ordre de succession, il était presque à la limite de ce que la Reine n’ait plus son mot à dire sur son mariage… Pauvre vieille… Elle n’avait juste pas envie de se raidir sur des questions de protocole pour un petit fils qui n’avait aucune chance de régner…

Et son frère s’est fait plus royaliste que la reine en ne comprenant pas l’abandon d’un point de protocole concernant son frère… Whaou… Le scandale du siècle !!! La preuve que son aîné est un jaloux pathologique !

Quand on l’entend raconter devant des caméras que son aîné et sa femme lui en voudraient à lui et à son actrice, d’être plus populaires qu’eux… et qu’ils sont contre eux, à cause de ça… on ne pourra trouver ça que pathétique !

Comme si le problème était là ! Il y a juste un aîné qui va devoir récupérer le job de diriger la firme et qui, comme son propre père, ne peux féliciter ou soutenir un trublion qui torpille le système !

Et puis mince… J’ai des enfants et des frères et sœurs… Et quand on a pris un peu de maturité et qu’on va bien dans sa tête, c’est suffisant pour savoir, qu’entre frères et sœurs, on imagine toujours que l’autre est plus avantagé que soi, vis à vis des parents !!! C’est normal d’imaginer ça quand on est enfant… Mais rester là-dessus une fois adulte c’est un peu plus ennuyeux. Et quoi que vous fassiez, en tant que parent, pour empêcher ça entre vos enfants, ça revient tout le temps sur la table.

Quand les parents essaient d’être justes et ne vont pas dans le sens d’un de leurs enfants, celui-ci a toujours l’impression qu’on préfère les autres à lui ! C’est tout le temps comme ça dans les fratries… L’aîné attend plus longtemps son premier téléphone et trouve injuste que le petit frère ait le sien plus jeune etc… C’est la vie ! Mais quand on est adulte, on est supposé passer à autre chose, non ? Faudrait grandir un peu peut-être ? Mais s’il n’y parvient pas à son âge, peut être est-ce le signe qu’il a encore besoin d’une aide ?

Alors oui c’est vrai… Les parents seront davantage satisfaits quand un de leurs enfants travaille bien à l’école, ou se montre bien élevé, s’approprie les valeurs de la famille… et déçus si l’un est en échec, part en vrille, se drogue, picolle etc. Alors oui… Chez les Mountbatten-Windsor-Spencer, c’est l’aîné qui est le mieux rentré dans le moule… Ben oui c’est comme ça… Et ça tombe bien en plus parce que c’est sur lui qu’on compte pour reprendre la firme… So what ? Il faut lui reprocher ? Et lui reprocher de faire son job en approuvant pas la démission de son frère ? Mais croyez-vous que les Windsor ont bien vécu le départ d’Edward VIII pour épouser sa maîtresse nazi en son temps ?

Est-ce leur faute, à son père et à son frère, si le cadet n’a pas bien réussi à l’école ? Sont-ce eux qui lui ont allumé son premier joint, sachant que la consommation de cannabis pendant la puberté fait perdre des points de QI ? Non, mais à entendre le narrateur, ils auraient « autorisé » l’establishment à faire de lui une sorte de bouc émissaire, supposé servir de contre-feu afin de ne pas trop regarder leurs affaires ! Ben voyons ! J’imagine bien son père, le fournir en coke, pour être certain qu’il se fasse photographier en train de sniffer, tant qu’on y est !

Faut-il fusiller tous les Windsor qui ont appris et réussi à se débrouiller des tabloïds en commençant par prendre de la distance avec leurs mensonges et par ne plus y faire attention ? Les mouches à merde sont toujours gênantes, mais nous avons toujours mieux à faire que de les écraser ou de sauter dans la merde à pieds joints pour s’acharner sur elles ! Et bien c’est malheureusement ce que fait le narrateur de ce livre.

Le problème, c’est que seules les personnes avec de bonnes assises de personnalité, bien construites, ayant une bonne estime d’elles-mêmes, sont capables de se passer de se voir renvoyer constamment une bonne image d’elles mêmes, par tous les miroirs qu’ils croisent. La presse est un de ces miroirs qui vous renvoient une image de vous-même, déformée, fausse… sans doute…

Et pour supporter que des crétins disent n’importe quoi sur vous, en permanence, et bien il faut être suffisamment certain de ce qu’on est, de sa valeur, de ce qu’on veut dans la vie etc. Et l’incapacité d’Henry Mountbatten-Windsor à faire face à ce que le reste de sa famille doit supporter, révèle surtout ce qu’il en est des profondes blessures qui l’ont empêché d’avoir une image de lui-même suffisamment solide.

D’ailleurs, ce livre ne démontre-t-il pas à quel point il est en définitive fragile et en recherche constante de lui-même, arpentant littéralement la Terre du pôle nord au pôle sud dans l’espoir de se trouver enfin ?

Ne démontre-t-il pas non plus que les traumatismes psychologiques de l’enfance devraient être pris en charge sur le plan psychologique sur le champ, et que sa famille a clairement merdé en ne lui offrant pas ce secours au plus tôt ?

Espérons pour lui qu’il se trouvera un jour… Dans pas trop longtemps… ça nous évitera un autre livre aussi creux.

 

La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (02/11/2022)

Résumé :
Poursuivant sa traversée de l’histoire humaine, Noam s’éveille d’un long sommeil sur les rives du Nil, en 1650 av. J.-C. et se lance à la découverte de Memphis, capitale des deux royaumes d’Égypte. Les temps ont bien changé.

Des maisons de plaisir à la Maison des morts, des quartiers hébreux au palais de Pharaon se dévoile à lui une civilisation inouïe qui se transmet sur des rouleaux de papyrus, qui vénère le Nil, fleuve nourricier, momifie les morts, invente l’au-delà, érige des temples et des pyramides pour accéder à l’éternité.

Mais Noam, le coeur plein de rage, a une unique idée en tête : en découdre avec son ennemi pour connaître enfin l’immortalité heureuse auprès de Noura, son aimée.

Avec le troisième tome du cycle de La Traversée des Temps, Éric-Emmanuel Schmitt nous embarque en Égypte ancienne, une civilisation qui prospéra pendant plus de trois mille ans.

Fertile en surprises, Soleil sombre restitue ce monde en pleine effervescence dont notre modernité a conservé des traces, mais qui reste dans l’Histoire des hommes une parenthèse aussi sublime qu’énigmatique.

Critique :
Bienvenue à Memphis ! Non, pas dans le Tennessee, mais en Égypte !

Si on a tous en nous quelque chose de Tennessee, il est plus difficile d’avoir en nous une vie dans l’Égypte ancienne.

Puisque la littérature peut nous faire voyager dans l’espace, elle sait aussi nous faire voyager dans le temps. Après avoir arpenté le Néolithique et m’être pris un déluge sur la tronche (Paradis Perdus), après avoir assisté à la construction et la chute de la tour de Babel dans la Mésopotamie (La porte du ciel), place maintenant à l’Égypte des pharaons, celle qui vit l’exode des Hébreux sous l’égide d’un certain Moïse.

Avec brio, Eric-Emmanuel Schmitt continue de mettre en scène des petites histoires pour nous raconter l’Histoire (la grande), revisitant par la même occasion, les grands faits bibliques, les mettant à hauteur d’Homme, les expurgeant de leur côté fantastique.

Noam est un personnage attachant, même s’il peut aussi être exaspérant, par moment, mais dans le fond, je l’aime bien, il est réaliste, on prend plaisir à le retrouver. Noura, la femme qu’il aime et qui, comme lui, est atteinte d’immortalité, est plus calculatrice, plus manipulatrice et elle m’a exaspéré avec sa jalousie, alors qu’elle ne s’était pas privée pour aller avec d’autres hommes.

Dans ce troisième tome, c’est la société égyptienne qui est mise à l’honneur et elle est moins glamour que dans les reportages télés qui parlent de découvertes de tombeaux de pharaon ou de vestiges historiques.

Sans pour autant utiliser des esclaves, les pharaons avaient tout de même mis leurs sujets sous servitude. Il faudra toujours des petites mains pour construire des grands stades… heu, pyramides ! Rien n’a changé, tout, tout à continué ! Ah, non, on a inventé les casques de chantiers, au moins !

Dans ce roman, il n’y a pas que des aventures, de l’amour, de l’amitié, il y a aussi des réflexions sur le vieillissement, sur la médecin, le pouvoir, son hérédité, sur le fait que ceux en bas de la pyramide sont toujours les plus mal lotis, comparés à ceux qui se pavanent dans les hauteurs, les premiers de cordée qui, sans les petits du bas, ne seraient rien. Les seules choses qui ruissellent, ce sont les misères et les malheurs, pas les richesses (ou alors, entre riches).

Il me faudrait trop de place pour parler de tout ce qui m’a plu, dans les réflexions de l’auteur (au travers celles de Noam), mais sachez que je les ai trouvées intéressantes, intelligentes et non dénuées de fondement.

Mon premier bémol sera pour le fait que le Méchant soit le même à travers les âge : Derek. Un peu réducteur, je trouve, j’aurais aimé que nos personnages affrontent d’autres salopards, d’autres égoïstes, d’autres enfoirés. Le second pour les quelques longueurs de texte, à certains moments.

Oui, je cherche la petite bête, parce que dans le fond, le vrai fond, j’ai passé un bon moment de lecture, hors du temps, dans cette Égypte ancienne que j’aurais aimée arpenter. Les quelques longueurs n’ont pas réussi à entraver mon plaisir de lecture et mes retrouvailles avec cette grande fresque Historique.

Les intermezzo, entre deux parties, sont toujours le bienvenu, puisqu’ils nous montrent nos héros, à notre époque. Le suspense est bien mené, dans ces petits morceaux et on a toujours hâte d’en savoir plus.

Pour le prochain tome, on quitte l’Égypte (dommage !) pour se diriger vers la Grèce au IVe siècle avant J.C.

Une fois encore, l’auteur réussi à prouver qu’il est un grand conteur et qu’il y a moyen de mélanger des petits histoires dans la grande, sans pour autant lui porter préjudice. Le tout sans jamais être rébarbatif ou que l’Histoire devienne un cours magistral d’université.

Vivement la suite !

 

Christmas Challenge – Comment faire craquer le flic bourru d’à côté : Nina Loren

Titre : Christmas Challenge – Comment faire craquer le flic bourru d’à côté

Auteur : Nina Loren
Édition : Autoédité (05/12/2022)

Résumé :
Herschel Richter est un aspirant écrivain, une carrière potentielle dans laquelle il fonde tous ses espoirs après avoir été contraint d’abandonner son ancien poste de courtier à Calgary. Réfugié dans sa ville natale perdue au beau milieu des Rocheuses, le jeune homme est dévasté en constatant qu’on vient de le cambrioler : l’ordinateur portable contenant tout son travail a bel et bien disparu.

Tandis que le sergent Sawyer Lundblad, le chef bourru, mal élevé mais terriblement charismatique du poste de police local, vient constater les dégâts, l’un comme l’autre voient leurs premières impressions et leurs idées reçues voler en éclats à mesure que l’avancée du dossier de plainte les force inlassablement à passer du temps l’un avec l’autre.

Pendant que la tranquille bourgade se prépare à célébrer un Noël paisible, nos deux héros se retrouveront bien malgré eux confrontés à une attirance mutuelle qui pourrait bien faire d’un banal fait divers le début d’une véritable histoire d’amour

Seront-ils prêts à relever le nouveau challenge que la vie leur réserve ?

Critique :
Oui, en principe, je ne lis jamais de roman se déroulant pendant la période de Noël à Noël (ma copinaute Bianca le confirmera), et encore moins des romances.

Là, avec ce genre de lecture, je surprend toutes celles et ceux qui me connaissent bien et qui savent que j’ai un côté Grinch, avec les romans (et les téléfilms) de Noël.

Mais, après avoir lu un roman assez fort et violent, j’avais besoin de douceur, c’est pour cela que je suis sortie de mes sentiers battus, en sélectionnant une romance de Noël M/M (homme/homme).

Pourquoi M/M ? Parce que j’avais envie et que je garde un bon souvenir d’une lecture de Noël en 2020 (Un chocolatier pour Noël de Hope Tiefenbrunner).

Bon, on ne va pas se mentir, après l’écriture forte de Pierre Pouchairet (L’or vert du Sangha), celle de cette romance est terriblement plate, les dialogues ne sont pas d’Audiard, c’est pétri de bons sentiments, on sent venir l’écueil, la fin est écrite d’avance… Ben oui, une romance de Noël ne peut pas mal se terminer !

Malgré tout, je n’ai pas envie de cracher du venin sur cette romance qui a le mérite de m’avoir offert une parenthèse de calme, quelques sourires et une jolie histoire d’amour et Herschel le gentil et Sawyer, le flic bourru, qui, au départ, n’était pas gagnée.

Avec 216 pages au compteur, l’autrice ne pouvait pas se permettre de faire trop durer les choses et, contrairement à un vieil Harlequin où les deux protagonistes tombaient dans les bras l’un de l’autre, juste avant le mot « FIN », au moins, ici, ça commence avant.

Hélas, on n’échappera pas à certains clichés, certains poncifs que l’on retrouve aussi dans les séries télé TF1, où, quand tout semble bien parti, on a un retournement de situation, un écueil devant le navire, une merde qui vous tombe dessus…

On n’échappe pas non plus au cliché de celui qui embrasse comme un Dieu et du couple où l’un est une personnalité forte, qui protège (Sawyer) et un autre plus fragile, qui a besoin d’être rassuré, protégé et qui prend soin du ménage (Herschel). Ce n’est pas irréaliste, je sais, c’est même une réalité dans bien des couples (homo ou hétéro).

Pourtant, j’aurais aimé avoir une autre figure de couple que la sempiternelle image qui fut celle des romances Harlequin ou Barabara Cartland et de la société patriarcale dans laquelle nos parents ont évoluée. Nous sommes en 2022 et dans les couples, ce n’est plus tellement ce rapport d’un protecteur (Sawyer) et d’une petite chose fragile (Herschel).

Dans un couple hétéro, une femme peut être forte comme son homme (pas en muscles mais en esprit, en gueule, psychologiquement,…), donc, j’aurais aimé lire une romance homo où les deux hommes sont égaux dans leur force et leur caractère, au lieu d’avoir le cliché d’un musclé qui n’a peur de rien (Sawyer) et d’un autre, aussi épais qu’un sandwich SNCF (Herschel).

Ceci n’est que mon avis, cela ne m’a pas empêché de profiter de ma lecture, sans pour autant que je ne lève les yeux au ciel en râlant devant les clichés.

Vu que je lis peu de romances (et que je n’en lirai pas plus souvent), j’aurais aimé me trouver face à quelque chose qui change vraiment de ce que nous avons été habitué et que l’on sorte du Complexe de Cendrillon, ce désir inconscient éprouvé par quelqu’un d’être pris en charge (le plus souvent par son partenaire masculin, dans les couples hétéros).

Dans ce roman, Herschel aimerait que Sawyer donne des ordres (gentiment), qu’il le protège, qu’il prenne une partie du contrôle. Bizarrement, ça passe mieux dans le film « Pretty Woman », alors que c’est pareil, si pas pire : Edward Lewis modelant Vivian Ward telle qu’il la veut, telle que la société, dans laquelle il évolue, veut voir les femmes : un bel objet… Ce que ne fera pas Sawyer ! Herschel, lui, demandera juste un peu moins de gros mots (et il a raison).

Anybref, sans casser la baraque, tout en restant très classique dans son scénario, cette romance se laisse lire sans difficulté, sans prise de tête et putain, ça fait du bien.

Non, cette romance ne m’a pas offert du « temps disponible de cerveau », parce que je me suis attachée aux personnages, mais il m’a fait entrer dans une petite bulle de douceur, un moment hors du stress du monde, de la course aux cadeaux (même si l’histoire se déroule à Noël, nous ne sommes pas dans la débauche de cadeaux hors prix ou de bouffe exagérée).

Donc, malgré mes quelques bémols, cette lecture reste tout de même un bon moment de lecture. Rien de plus, mais parfois, on ne demande rien d’autre qu’un peu de tendresse dans ce monde de brute.

Rassurez-vous, je repars dans mes polars, dans mes crimes, mes romans noirs et je garderai la littérature sentimentale pour mes fins d’années. Une romance ou deux par an, ça va, plus, je saturerais très vite de tous ces bons sentiments.

PS : l’autrice s’est permise de prendre des libertés avec certains délais, parce que là, ils ont eu droit à un « service » rapide (no spoil), digne du couple Angelina Jolie/Brad Pitt ou des Halliday… Mais je pinaille ! 😉

 

Que sur toi se lamente le Tigre : Emilienne Malfatto

Titre : Que sur toi se lamente le Tigre

Auteur : Emilienne Malfatto
Édition : Elyzad (03/09/2020)

Résumé :
Dans l’Irak rural d’aujourd’hui, sur les rives du tigre, une jeune fille franchit l’interdit absolu: hors mariage, une relation amoureuse, comme un élan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte: son destin est scellé.

Alors que la mécanique implacable s’ébranle, les membres de la famille se déploient en une ronde d’ombres muettes sous le regard tutélaire de Gilgamesh, héros mésopotamien, porteur de la mémoire du pays et des hommes.

Inspirée par les réalités complexes de l’Irak qu’elle connait bien, Emilienne Malfatto nous fait pénétrer avec subtilité dans une société fermée, régentée par l’autorité masculine et le code de l’honneur. Un premier roman fulgurant, à l’intensité d’une tragédie antique.

Critique :
Non, la taille n’est pas importante ! Avec un court roman, on peut faire plus d’effet qu’avec un pavé (sauf si on se prend le pavé dans la gueule), la preuve avec ce roman de moins de 100 pages.

Irak… La guerre et la conditions des femmes, les non-droits des femmes, si ce n’est de respecter les règles, de ne pas trop parler, de ne pas rire, ou alors, doucement, de baisser les yeux, de porter l’abaya une fois les premières règles venues… Et j’en passe.

Tomber enceinte hors mariage, c’est l’affront ultime, le péché maximum, le déshonneur éternel, celui qu’on ne peut laver que dans le sang, celui de la femme, bien entendu !

Dans ce court roman choral, l’autrice donnera la parole à plusieurs protagonistes : la jeune fille enceinte de son amoureux, la belle-sœur, le frère ainé qui va devoir assassiner sa sœur pour sauver l’honneur de la famille, le petit frère, l’autre frère, le modéré, mais qui n’ose pas, qui est lâche. Même un mort aura droit à la parole, même le fleuve Tigre !

L’esquisse des personnages est rapide, cela étant, ils ne manquent pas de profondeur pour autant, ni de présence. Avec peu de mots et des belles phrases, l’autrice nous plonge dans ce pays en guerre, dans un pays où les hommes ont tous les droits et les femmes aucun. Où les mères dressent les mêmes prisons pour leurs filles qu’on leur a dressées pour elles.

On reproduit les mêmes comportements, parce que personne n’ose les changer, se dresser contre elle. Celui ou celle qui osera est morte d’avance, condamnée avant d’essayer, ou alors, il faudrait que la majorité se rebelle contre ces règles iniques.

Un court roman qui vous prend aux tripes, qui vous les tord violement et qui vous fait remercier le Ciel (ou qui vous voulez, je ne suis pas sectaire) d’être née en Europe, dans un pays bien plus libre que l’Irak. Dans ma maison, j’ai le droit de parler fort, de rire aux éclats et de raconter des blagues cochonnes si je veux. C’est le pied !

Non, ce roman ne m’a rien appris que je ne savais déjà, il a même enfoncé les portes ouvertes, puisque nous avons connaissance des horreurs que font subir les société ultra patriarcales aux femmes…

Néanmoins, les émotions étaient au rendez-vous, mon coeur battait à la chamade (et pas d’amour pour la société irakienne), tant le texte était prenant et que j’avais peur de ce qui allait arriver, ce qui est annoncé dès les premières lignes.

Chronique d’une mort pour l’honneur annoncée…

Oui, on se doute de l’issue, on comprend bien que le serpent se mord la queue et que même si le frère ne tuait pas sa sœur, d’autres s’en chargeraient et que personne ne veut aller à l’encontre de ces règles épouvantables qui ne frappent que les femmes et où les hommes ne se sentent jamais coupables.

Un roman qui m’a touché en plein coeur… La preuve que même à la mi-décembre, j’ai encore des coups de cœur littéraire à prendre.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 79 pages).

Le lac de nulle part : Pete Fromm

Titre : Le lac de nulle part

Auteur : Pete Fromm
Édition : Gallmeister (06/01/2022)
Édition Originale : Lake Nowhere (2022)
Traduction : Juliane Nivelt

Résumé :
Cela fait bientôt deux ans que Trig et Al, frère et sœur jumeaux, n’ont plus de contact avec leur père. Et voilà qu’il réapparaît dans leur vie et réclame « une dernière aventure » : un mois à sillonner ensemble en canoë les lacs du Canada.

À la fois excités à l’idée de retrouver la complicité de leur enfance et intrigués par ces retrouvailles soudaines, les jumeaux acceptent le défi de partir au milieu de nulle part.

Mais dès leur arrivée, quelque chose ne tourne pas rond, les tensions s’installent.

Contrairement à ses habitudes, leur père paraît mal préparé à l’expédition, qui s’annonce pourtant périlleuse par ce mois de novembre froid et venteux.

Tous les trois devront naviguer avec la plus grande prudence entre leurs souvenirs et la réalité qui semble de plus en plus leur échapper.

Critique :
Qui a eu cette idée folle, non pas d’inventer l’école, mais d’emmener ses enfants pagayer en canoë sur des lacs canadiens, fin octobre, et ce, durant un mois ? C’est leur papa Bill !

Bill, grand aventurier à l’ancienne, a proposé à ses jumeaux de plus de 25 ans, de vivre une dernière aventure ensemble, comme au bon vieux temps (sans maman, puisque divorcés).

Al et Trig sont des faux jumeaux, Al étant la fille et Trig le gamin. Vous comprendrez dans le récit, pourquoi leur père a décidé de les affubler de ces prénoms horribles. Le père est un hurluberlu, un peu fou, un peu zinzin, fantasque, autoritaire, avec des certitudes bien ancrées…

Qu’allaient-ils faire dans cette galère, aux portes de l’hiver (oh, je vais des vers) ? Parce que sérieusement, faut déjà être un peu folle pour lire un récit qui se déroule dans des grands froids alors que dehors, il fait 2° (et dedans, pas plus de 19°), mais rester dans un parc composés de grands lacs, en hiver, seuls comme des cons, faut être chtarbé !

Pete Fromm est un auteur que j’apprécie beaucoup, certains de ses romans m’ont fait vibrer et là, j’ai eu un peu de mal avec le début de son roman, notamment avec les redondances des gestes de notre trio : portage des canoës, monter le camp, préparer la bouffe, dormir dans les duvets, se lever, s’habiller, pisser un coup, préparer le café, démonter le campement, pagayer… Ça devenait long et laborieux !

Mêmes les décors n’étaient pas vraiment au rendez-vous… Quant à l’attachement aux personnages, il était aux abonnés absents. Il aurait peut-être fallu avoir un narrateur omniscient au lieu de Trig. Ou alors, passer de l’un à l’autre…

Si je me suis accrochée à ma pagaye et remonté le plaid sur moi pour ne pas frissonner plus, c’est parce que je sentais que là, sous la glace qui n’était pas encore arrivée, se cachait un Nessie, un monstre du Loch Ness qui allait surgir et engloutir tout le monde, au sens figuré, bien entendu.

Chacun porte sa croix, a ses blessures, ses secrets qu’il ne dit pas, qu’il garde pour lui. Le père a un comportement bizarre, ça sentait la merde à plein nez. Trig, le fils, allait se réfugier dans son vortex et les tensions montaient entre les protagonistes de ce canoë dangereux, vu la saison froide qui arrive à grand pas.

Quant à Al, elle était distante de son père, pas trop contente d’être là. La bomba allait exploser… Et ça n’a pas loupé ! Il a tout de même fallu plus de 150 pages pour que le récit commence à bouger.

À partir de ce moment-là, le récit est devenu addictif, car récit de survie pure et dure, dans le froid, avec les glaces qui se forment. Impossible de lâche le roman, je l’ai terminé sur ma soirée, alors qu’auparavant, je ne pagayais plus, heu, pardon, je n’avançais plus.

Là, tout le talent de Pete Fromm entre en jeu pour nous décrire, avec brio (avec qui ?), un récit de survie, un récit dans un froid de -20°, avec les provisions qui diminuent, la trouille de ne pas arriver au point de départ et les paysages qui changent, en raison de la neige, sans compter que pas de cartes, de GPS, pas de réchaud (allumettes seulement), bref, à l’ancienne…

Le récit m’a donc donné ma dose d’adrénaline, même si je n’ai jamais eu d’empathie pour les personnages, ce qui aurait été un plus. Déjà que j’avais hésité à poursuivre ce roman qui m’avait un peu endormi au départ. Comme quoi, persévérer, parfois, ça paie.

Un roman d’aventure extrême, de survie dans la nature et le froid, où la moindre erreur, la mauvaise décision, se paie cash. Ce roman met aussi en scène des jumeaux fusionnels, issu d’une famille un peu bizarre, où il faudra une expédition mal préparée, à la mauvaise saison, pour faire sortir le pus des blessures. Une thérapie de groupe aurait été moins dangereuse.

Le final, lui, m’a estomaqué… Il n’aura manqué, à ce roman, qu’un début moins soporifique, des décors mieux décrits et des personnages attachants. En ce qui concerne l’adrénaline, elle, elle fut au rendez-vous, j’ai eu ma dose.

La cité des nuages et des oiseaux : Anthony Doerr

Titre : La cité des nuages et des oiseaux

Auteur : Anthony Doerr
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (14/09/22)
Édition Originale : Cloud cuckoo land (2021)
Traduction : Marina Boraso

Résumé :
Un manuscrit ancien traverse le temps, unissant le passé, le présent et l’avenir de l’humanité.

Avez-vous jamais lu un livre capable de vous transporter dans d’autres mondes et à d’autres époques, si fascinant que la seule chose qui compte est de continuer à en tourner les pages ?

Le roman d’Anthony Doerr nous entraîne de la Constantinople du XVe siècle jusqu’à un futur lointain où l’humanité joue sa survie à bord d’un étrange vaisseau spatial en passant par l’Amérique des années 1950 à nos jours. Tous ses personnages ont vu leur destin bouleversé par La Cité des nuages et des oiseaux, un mystérieux texte de la Grèce antique qui célèbre le pouvoir de de l’écrit et de l’imaginaire.

Et si seule la littérature pouvait nous sauver ?

Critique :
Il vaut mieux être bien concentré sur sa lecture, lorsque l’on commence à lire ce gros pavé de 690 pages car l’auteur nous présente plusieurs personnage, le tout étalé sur des époques différentes.

Qu’est-ce qui pourrait relier Zeno (1940, 1950, 2020), Seymour (2014, 2020), Konstance (2156), Anna, et Omeir (1450), alors qu’ils ne se connaissent pas ?

Sans oublier qu’ils ne sont pas sur les mêmes lignes du temps…

Est-ce que les récit allaient se croiser ? Bonne question, j’en étais à la moitié du roman et je n’en savais pas plus. Il faut ajouter à ces différents récits, des extraits d’un manuscrit, celui d’Antoine Diogène, narrant les aventures (fictives) du berger Aethon à la recherche d’une utopique cité céleste.

L’inconvénient, c’est qu’au début, tout semble décousu, on saute les époques, on passe d’un personnage à l’autre, les chapitres sont courts, ce qui fait qu’à peine remis dans le bain de l’histoire, on resaute déjà dans le temps (ou d’un personnage). L’avantage, c’est que chaque arc narratif est très riche et que les personnages sont travaillés, ne manquant pas de profondeur.

La littérature est au centre de ce récit, que ce soit avec la bibliothèque municipale, avec des textes anciens datant d’avant l’imprimerie ou dans le futur, avec des livres qui sortent de leur étagères pour s’ouvrir là où se trouve le renseignement que vous avez demandé. Est-ce que la littérature peut aider des gens ? Les sauver ? C’est à ça que le livre va répondre et entre vous et moi, je le pense, oui.

Le bandeau-titre disait « Un chef d’œuvre »… Heu, c’est peut-être abusé. Bien que des copinautes aient notés, dans leurs chroniques, que cette lecture faisait partie de leurs meilleures.

Non, ce roman ne fera pas partie de mes coups de coeur, et ce, malgré que je n’ai pas grand-chose à lui reprocher, si ce n’est 100 pages en trop, ce qui n’est pas grand-chose lorsqu’on en a 690… Lu en trois jours, ce qui en fait un roman addictif.

Mais… Il ne m’a pas fait vibrer. Le récit me semblait plus écrit pour des jeunes adultes que pour des adultes tout court. L’écriture de l’auteur est agréable, sa plume n’utilise pas des mots compliqués, ses décors étaient bien décrits, les personnages aussi, mais il manquait les émotions pour me faire vibrer réellement.

Beaucoup de sujets de société sont abordés dans ce récit (écologie, les guerres, l’homophobie, la survie, société de consommation,…), hélas, c’est trop lisse, consensuel, sans peps. Limite réducteur…

Il paraît que la critique est facile, ce qui est réducteur, car si l’on reste honnête, la critique n’est pas un art aisé, la preuve en est avec ce roman qui me laisse le cul entre deux chaises :  il est lisse, mais j’ai aimé ses atmosphères, son histoire, ses personnages, sa construction. Il ne m’a pas emporté, mais il ne m’a pas déplu non plus.

C’est un sacré pavé et je n’ai pas perçu son épaisseur, je ne me suis pas ennuyée dans son récit, même si je lui reproche une petite centaine de pages en trop. Quant à son final, il m’a bien plu, il était inattendu pour un personnage.

Alors non, ceci n’est pas un chef d’œuvre, mais ce n’est pas non plus un mauvais roman et il vaut la peine d’être découvert. Aux lecteurs et lectrices ensuite de se faire leur propre avis.

Les silences d’Ogliano : Eléna Piacentini

Titre : Les silences d’Ogliano

Auteur : Eléna Piacentini
Édition : Actes Sud (05/01/2022)

Résumé :
La fête bat son plein à la Villa rose pour la célébration de fin d’études de Raffaele, héritier de la riche famille des Delezio.

Tout le village est réuni pour l’occasion : le baron Delezio bien sûr ; sa femme, la jeune et divine Tessa, vers laquelle tous les regards sont tournés ; César, ancien carabinier devenu bijoutier, qui est comme un père pour le jeune Libero ; et bien d’autres.

Pourtant les festivités sont interrompues par un drame. Au petit matin, les événements s’enchaînent. Ils conduisent Libero sur les hauteurs de l’Argentu au péril de sa vie.

Critique :
Voilà un petit roman qui sentait bon le Sud, qu’il soit de l’Italie, de Sicile ou de Corse…

Le déroulement de ce récit pourrait se passer dans l’une où l’autre de ces contrées, bien que puisque l’on parle de mafia, je le situerai plus dans l’Italie du Sud ou en Sicile, celles des montagnes et des petits villages perdus où il n’y a même pas de médecin.

N’espérez pas vous la couler douce, dans ce roman, ni rester alangui sur une chaise longue, car nous sommes dans un drame et l’on va encore crapahuter dans les montagnes (on m’en veut, ces derniers temps !!!).

À Ogliano, c’est calme, le baron vient durant les vacances d’été, il est riche, blindé du fric de ses métayers et de celui que ses ancêtres ont amassé au fil des années. On se doit de le saluer, de courber l’échine, comme au temps des seigneurs médiévaux.

Le récit commence par un enterrement, celui d’un salopard, avec tout le village qui vient rendre hommage ou alors, qui vient vérifier qu’il est bien crevé, allez savoir. La bigoterie est de mise, on se doit d’aller à l’église. Le baron arrive, donne une fête pour le baccalauréat de son fils…

Bref, le récit commence gentiment, lentement. L’écriture de l’autrice était éloquente et puissante. On se doutait que sous ces belles phrases, couvait un futur drame. Un drame dont nous savions pas encore la teneur, mais qui, comme les secrets gardés par les villageois, la fameuse omerta, n’allait pas tarder à tonner, tel un coup de feu.

Oui, le récit commençait gentiment, avant de prendre un tour inattendu et de nous entraîner dans les montagnes, puis d’y subir un orage et un coup de foudre… Oui, j’ai adoré ce roman, j’ai eu le coup de foudre, le coup au cœur.

Il n’y a pas que l’écriture qui est travaillée, ciselée, dans ce roman. Les différents portraits sont passé sur l’établi de l’orfèvre, ils ont été tordus, afin de nous donner des personnages réalistes, non manichéens, torturés, se posant des questions ou enviant l’autre de ce qu’il possède (et pas toujours au niveau matériel, juste parce que l’un a un père et pas l’autre).

Chacun a son secret, ses doutes, ses blessures et elles nous seront racontées par ces personnages mêmes, dans ces chapitres qui seront consacrés à leur confession. Grâce à eux, on comprendra mieux leur psychologie, leurs regrets, leurs envies, leurs secrets, ce qu’ils ont tus et cela donnera des nuances de gris à ceux que l’on aurait bien jugé tout noirs ou tout blancs. Mais il n’en est rien…

Antigone, le roman de Sophocle, est en arrière-fond, mais il n’y joue pas un rôle de figurant, il est important dans ce récit, et c’est au fil de l’histoire que l’on comprendra ce qui lie les personnages avec ceux de celui de Sophocle.

L’épisode dans la montagne, dans l’Argentu, sera le point culminant de ce roman, m’apportant moult émotions différentes, me faisant passer de la peur ou bonheur, de l’angoisse à l’espoir, de la haine aux questionnements : et moi, qu’aurais-je fait ? Comment aurais-je réagi ? Et dans ce village, est-ce que moi aussi j’aurais fermé ma gueule contre de l’argent ? Bonnes questions…

Si Libero, jeune homme de 18 ans, personnage principal, est un personnage réaliste et sympathique, l’on ne peut qu’aimer Raffaele, le fils du baron, qui n’a rien de son père, qui parle de pardon et qui est tout aussi tourmenté que son ami d’enfance. Ils m’ont donné bien des émotions, ces deux gamins, et des plus belles.

Ce roman, je pense que je l’avais acheté à cause d’une chronique publiée sur le blog Black Novel (merci, Pierre !) et puis, je l’avais oublié. C’est grâce à une modération de chronique sur Livraddict que j’ai repensé à ce roman et que je l’ai sorti du tas… Quelle imbécile j’ai été de ne pas le sortir plus tôt, moi qui cherchais des coups de coeur, j’en avais un à portée de main.

Un roman magnifique, des personnages marquants, avec qui l’on aurait aimé se promener en montagne, juste pour le plaisir de passer du temps avec eux. Hélas, j’ai dû les laisser, le cœur brisé de devoir refermer ce roman lumineux et sombre à la fois, mais où la lumière est plus forte que l’ombre.

 

Le Chant d’Haïganouch : Ian Manook

Titre : Le Chant d’Haïganouch

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (28/09/2022)

Résumé :
On leur avait promis une terre qu’ils ne quitteraient plus. Et c’est à nouvel exil qu’ils sont contraints… ?

Ils en rêvaient?: reconstruire leur pays et leur histoire. Comme des milliers d’Arméniens, Agop, répondant à l’appel de Staline, du Parti Communiste français et des principales organisations arméniennes de France, quitte sa famille et embarque en 1947 à bord du Rossia dans le port de Marseille. Mais au bout du voyage, c’est l’enfer soviétique qu’il découvre et non la terre promise.

Sur les bords du lac Baïkal, Haïganouch, une poétesse aveugle, séparée de sa sœur lors du génocide de 1915, aujourd’hui traquée par la police politique, affronte, elle aussi, les tourments de l’Histoire.

Des camps de travail d’Erevan aux goulags d’Iakoutsk, leurs routes se croiseront plus d’une fois, au fil d’une odyssée où la peur rencontre l’espoir, le courage et l’entraide. Agop et Haïganouch parviendront-ils à vaincre, une fois de plus, les ennemis de la liberté, pour s’enfuir et retrouver ceux qu’ils aiment ?

Critique :
Les voyages avec Air Manook sont toujours beaux, mais difficiles. Magnifiques, mais durs, éprouvants, émouvants…

D’ailleurs, je n’ai pas lu ce roman tout de suite. Je voulais découvrir la suite au plus vite, mais j’avais peur. Peur que l’auteur ne maltraite encore ses personnages, que j’adore, que j’aime (mais si vous lui dite, je vous tue !!). Envie de rester avec, dans ma mémoire, le final du premier roman, où les personnages étaient sains et saufs.

Le premier tome avait été éprouvant à lire, surtout dans ses 50 premières pages. Celui-ci est différent, mais il n’en reste pas moins éprouvant, même si ce n’est plus le récit d’un génocide avec toutes ses horreurs. Dans ce deuxième volet, un personnage (Agop) va retourner en Arménie, devenue communiste et qui n’aura rien de la terre promise.

Staline, le communisme, l’URSS, je savais que j’allais morfler. Le contrat est respecté et réussi. Dans ce nouveau roman, l’auteur va nous montrer le voyage d’Agop (que j’adore aussi, mais si vous lui dite, je vous tue !) en terres communistes et ce ne sera pas une promenade de santé.

L’auteur est champion dans les atmosphères, dans la description de l’Histoire, au travers de toutes les petites histoires qui font la Grande. Le dépaysement était réussi, j’étais bel et bien en URSS, chez les Soviets, au milieu d’un système inique, totalitaire, arbitraire et violent. Fuyez, pauvres fous !

Dans ce système totalitaire, le régime règne par la peur. Vous pouvez vous faire arrêter pour tout et n’importe quoi. Non pas uniquement en raison de votre religion, de votre appartenance politique, de votre préférence sexuelle, de votre sexe, de votre ethnie, de votre nationalité…

Là-bas, la foudre peut frapper à tout moment, n’importe où et n’importe qui, même un dirigeant du parti totalitaire. Vous étiez tout hier, aujourd’hui, vous n’être plus rien qu’un corps mort. Si certains salopards aiment le côté grisant du pouvoir absolu et ne se privent pas pour en user et abuser, d’autres n’obéissent aux ordres que parce qu’il y a des menaces sur la tête de leur famille. L’auteur fait bien la distinction entre les deux, bien que la violence soit toujours présente, surtout si le type a peur que sa famille n’en pâtisse.

Alternant les chapitres consacrés au voyage d’Agop et ceux de sa grande famille arménienne, restée en France, le roman s’intéressera aussi au destin d’autres personnages, rencontrés dans le premier tome, comme notre poétesse aveugle, Haïganouch et son fils. Tous les fils tissent une grande toile et les chapitres se lisent tout seul, la peur au ventre, les poils dressés sur les bras, en lisant quelques chiffres.

Une fois de plus, c’est un coup de coeur, en plus d’un coup dans les tripes, dans le coeur, dans l’âme. Les voyages au pays de l’iniquité et de l’illogisme, poussé à son paroxysme, sont toujours éprouvants et on n’en revient jamais tout à fait entier.

Un roman puissant, portés par des personnages forts, possédant de la profondeur, auquel on est attaché. Une aventure horrible au pays des Soviets, faite de violences, de déportations, de goulags, de camps de travail, d’horreurs, mais avec une faible lueur dans la nuit, de l’espoir, beaucoup d’amitié et d’amour familial.

Les émotions ressenties durant ma lecture furent puissantes. Un roman historique aussi qui dénonce les erreurs de la France, d’un certain Mitterrand et sur le fait que l’on se fout toujours de ce qui arrive aux autres, tant que ça ne nous touche pas personnellement.

Un magnifique roman, tout simplement !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°81].

Bêtes, hommes et dieux – À travers la Mongolie interdite (1920-1921) : Ferdynand Ossendowski

Titre : Bêtes, hommes et dieux – À travers la Mongolie interdite (1920-1921)

Auteur : Ferdynand Ossendowski
Édition : Phebus Libretto (2000/2011)
Édition Originale : Beasts, Men and Gods (1923) – Zwierzęta, ludzie, bogowie lub Przez kraj ludzi, zwierząt i bogów. Konno przez Azję Centralną
Traduction : Robert Renard

Résumé :
Krasnoïarsk (Sibérie centrale), hiver 1920. L’homme vient d’apprendre qu’on l’a dénoncé aux « Rouges », et que le peloton d’exécution l’attend. Il prend son fusil, fourre quelques cartouches dans la poche de sa pelisse, sort dans le froid glacial – et gagne la forêt.

Commence alors une course-poursuite dont il ne sortira vivant, il le sait, que s’il ose l’impossible : gagner à pied l’Inde anglaise à travers l’immensité sibérienne, puis les passes de Mongolie, puis le désert de Gobi, puis le plateau tibétain, puis l’Himalaya…

L’itinéraire qu’il suivra sera quelque peu différent, et si possible plus sidérant encore. Mais ce que le livre révèle – et que le lecteur n’attend pas – c’est, parallèle au voyage réel, une étrange odyssée intérieure qui nous introduit au coeur des mystères de l’Asie millénaire.

Car Ossendowski, géologue de son état, n’est pas qu’un savant doublé d’un aventurier. C’est un esprit exalté et curieux qui vit sa marche folle à la manière d’une initiation… Un livre-culte de la littérature d’aventure vécue.

Critique :
Voilà un récit d’aventures comme je les aime : un homme fuyant les Rouges et qui, pour vivre, va devoir affronter la Nature et ses éléments déchaînés.

Nous sommes en Russie (Sibérie centrale), il fait froid, ça caille à mort dehors, mais notre homme va se mettre sur la route pour échapper à la mort, alors qu’il peut tout aussi bien mourir dehors. Mais au moins, il mourra libre.

Quel périple ! À pied, à cheval ou à dos de chameau, notre auteur arrivera au Thibet (oui, avec un h), avant de remonter vers le haut.

Ne vous fiez pas à la couverture de chez Libretto, elle est très belle, mais à aucun moment nos aventuriers fuyant les Rouges, ne voyageront avec un traîneau tiré par des chiens !

Son voyage est tout sauf un voyage de santé ! Il faut sans cesse surveiller ses arrières ou ses avants, des fois que les bolcheviks surgiraient. Les rencontres peuvent être bénéfiques, mais aussi terriblement meurtrière. On a des traîtres partout, des vendus à l’ennemi, des Rouges déguisés en gentils monsieur.

Survire dans les étendues glacées, dans les montagnes abruptes, savoir chasser, faire du feu, suivre des pistes, viser juste, savoir soigner ses blessures et celles des autres, bref, faut s’accrocher pour survivre !

La première partie est dédiée à la fuite, à la survie, tandis que la deuxième sera plus politique, faite de rencontres des peuplades, des nomades, des guerriers. La dernière est plus mystique, plus spirituelle, dédiée à la religion en jaune, au bouddhisme. Le tout donnant un récit de voyage qui change un homme, autant dans sa chair (suite à tout ce qu’il a vécu) et dans son âme.

Mon seul bémol sera pour la traversée du désert de Gobi, dont l’auteur ne donne que quelques détails, alors que la traversée n’a pas dû être une partie de plaisir. J’aurais aimé avoir la description de ce périple aussi.

Une belle aventure (même si sans doute romancée), un beau récit humain, un périple de dingue, des rencontres marquantes, qu’elles soient faites avec des gens qu’on n’a pas envie de croiser ou les autres, ceux qui ont aidé l’auteur et sa troupe (oui, il parti seul et par un prompt renfort…).

Un récit parfait pour l’aventurière du fond de son canapé que je suis. Une visite de l’Asie comme on n’en fera plus.