Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1] : Anthony Neil Smith

Titre : Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1]

Auteur : Anthony Neil Smith
Édition : Sonatine (21/03/2019)
Édition Originale : Yellow Medicine (2008)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Une vision toute particulière de la justice et de la morale a valu à Billy Lafitte d’être viré de la police du Mississippi.

Il végète aujourd’hui comme shérif adjoint dans les plaines sibériennes du Minnesota, avec l’alcool et les filles du coin pour lui tenir compagnie, les laboratoires clandestins de meth pour occuper ses journées.

Si Billy franchit toutes les lignes, on peut néanmoins lui reconnaître une chose : il a un grand cœur. Ainsi, lorsqu’une amie lui demande de tirer d’affaire son fiancé, impliqué dans une sale affaire de drogue, c’est bien volontiers qu’il accepte.

Quelques jours plus tard, Billy est arrêté par le FBI, enfermé dans une cellule au milieu de nulle part, et sommé de s’expliquer sur tous ces cadavres qui se sont soudain accumulés autour de lui.

Critique :
Si tu aimes les flic élégant et propres sur eux, style le commissaire Swan Laurence, alors tu risques de t’étrangler devant le shérif Billy Lafitte, véritable flic bad ass et borderline.

Cet homme aime rendre service et personne ne se rend compte des choses bien qu’il a accompli après l’ouragan Katarina.

Bon, il a touché de l’argent, mais tout travail mérite salaire, non ? Et puis, il aidait les pauvres gens qui seraient passés en tout dernier sur les listes d’aide.

Charité n’est pas récompensée puisque le voilà muté dans le trou du cul du Minnesota et de nouveau, en voulant aider, il se retrouve avec un tas d’emmerdes au cul. Une diarrhée d’emmerdes, carrément et une chiée de cadavres…

Billy Lafitte est un flic qui a de l’humour, cynique, une sorte de Dead Pool sans le costume (et avec moins d’humour) qui se retrouverait pris dans un engrenage dont il n’a pas le contrôle et où tout le désigne comme le seul coupable.

On a du rythme, de l’action, des cadavres sous tous les dessous de lit, des vilains méchants vraiment pas beaux et très cons, comme les flics, d’ailleurs, mais on manque cruellement d’idées novatrices et de peps qui donnerait envie de rester concentré dans l’histoire ou lieu de regarder la moindre mouche qui passe.

Si le quatrième de couverture faisait allusion à Jim Thompson et James Crumley, c’était sans doute une erreur de leur part, car nous sommes loin d’un flamboyant Nick Corey, d’un Lou Ford et même d’un Milo Milodragovitch et d’un C.W. Sughrue.

Ok, c’est un récit bien burné, avec un héros pas toujours très finaud, le genre qui défonce tout puis réfléchi ensuite, un grand stratège de mon cul, bref, le genre de gars qui a tendance à tout faire foirer et à s’entêter au-delà du raisonnable.

Assurément, un personnage qui sort des sentiers battus mais le scénario, lui, il avait des airs éculés et ne m’a pas emballé plus que ça.

Un roman noir burné, un personnage déjanté, hors-norme, des méchants limite trépanés mentaux, un scénario un peu bancal et une envie d’arriver au bout pour passer à autre chose.

On est bien en-deçà de ce que j’espérais pour ce roman au vu des bonnes critiques lues et de son pitch qui m’avait fait baver à l’avance. Comme quoi, les retours et les impressions littéraires sont personnels à chaque lecteur/trice.

Pas dit que je poursuivrai les aventures de Billy Lafitte dans le tome suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

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Comme les lions : Brian Panowich

Titre : Comme les lions

Auteur : Brian Panowich
Édition : Actes Sud/Actes noirs (06/03/2019)
Édition Originale : Like Lions (2018)
Traducteur : Laure Manceau

Résumé :
Pendant des décennies le sanguinaire clan Burroughs a régné sur Bull Mountain, Georgie. Ils ont donné dans le trafic d’alcool, la culture de marijuana et ont distribué de la meth dans six états.

Maintenant ils sont tous morts, ne reste que Clayton – le bon fruit né d’un arbre pourri – le dernier survivant.

Sheriff de Bull Mountain il veut enterré son héritage brutal et stopper les violents conflits sur lesquels les Burroughs ont construit leur empire.

Mais les prédateurs débarquent avec l’intention de ré-établir la pompe à drogue et argent de la ville. La mort d’un jeune d’un clan adverse va ameuter les loups à la porte de Clayton.

Pour sauver sa montagne et sa famille Clayton doit choisir entre le passé auquel il ne peut échapper et la loi…

Critique :
Paraît que le lion peut s’accoupler 50 fois par jour, mais l’orgasme du cochon dure 30 minutes… À vous de voir dans lequel des deux vous voudriez vous réincarner.

Oui, le lion est un sacré copulateur, mais aussi un gros fainéant puisque ce sont les lionnes qui chassent et qui se tapent tout le boulot.

Gardez bien cela à l’esprit lorsque vous commencerez à lire ce roman noir comme son prédécesseur (Bull Mountain), mais un chouïa moins sombre, je trouve.

Ici, nous n’avons plus Abel tuant Caïn (non, non, je ne fais pas erreur, je me comprends) mais une guerre des gangs qui évite tout de même les clichés des exécutions en pleine rue puisqu’une partie du gang de Viner ne voulait pas aller marcher sur les plates bandes du clan Burroughs, hormis le fiston Viner, tête brûlée par lequel toute la merde va commencer et immerger tout le monde.

Clayton Burroughs, est de retour ! Pas en grande forme, il s’était pris deux balles dans le coffre dans le tome 1 et maintenant, il boite, boit de nouveau et hésite toujours entre être un sheriff à part entière ou continuer la petite entreprise hyper lucrative commencée par son grand-père, puis reprise par son p’pa et ensuite par son frère aîné : le trafic de drogue en tout genre.

Pour le moment, la lucrative entreprise connait la crise puisque plus un gramme de drogue n’est acheminée dans la montagne et la plupart des caïds ou hommes de mains de son frère sont parti voir ailleurs si le trafic de meth ne se porterait pas mieux.

L’auteur s’engouffre dans un sujet bien connu, celui de la nature qui a horreur du vide et dans notre cas, c’est celui du milieu de la drogue et des truands qui n’aime pas laisser vide la case des trafics en Géorgie du Nord.

L’auteur a su planter un décor réaliste, plus vrai que nature et des personnages qui, bien que faisant partie du clan Burroughs, bien qu’étant des truands, on s’y attache, surtout à Clayton, sa famille et Mike Le Croûteux.

Intelligent, l’auteur a su dresser d’eux des portraits affinés, sans trop s’appesantir sur leur passé, mais tout en nous disant assez pour qu’on ait envie de les apprécier. C’est tout en finesse et en justesse.

Le portrait qu’il nous dresse est celui des bouseux, des gars du Sud qui ont choisi la facilité en passant du mauvais côté de la Loi et si certains sont bas de plafond, d’autres plus tourmentés, certains n’ont rien à voir avec des ploucs et leur cerveau marche du tonnerre niveau stratégie.

Sans en faire trop niveau paysages, le décor est tout de même planté et on sent bien qu’ici nous sommes dans le Sud profond, une fois de plus, celui qui offre le plus de diversité sociale.

Alors oui, il y a de la violence, oui ça risque de saigner, oui on a des morts et certains sont mérités car quand on fait le malin, faut pas s’étonner de tomber dans le ravin et d’entrainer tout le reste du clan avec soi.

Voilà un roman noir comme je les aime, même si celui-ci est moins sombre que d’autres et qu’il possède tout de même une petite lueur de clarté qui donne envie de croire à la possibilité de rédemption ou de changement de mentalité chez certains.

Et puis, le final m’a laissé sur le cul, littéralement et là, je me dis que l’auteur a réussi un coup de pute magnifique. J’adore me faire botter les fesses de la sorte en terminant un roman.

Un roman noir maîtrisé, une suite qui est dans la lignée du premier tome et mes craintes de voir le tout partie en carabistouilles (c’est pas vraiment le mot que je voulais utiliser, je vous laisse deviner mon choix) étaient infondées.

On reste dans du plus classique que pour Bull Mountain mais tout est sous le contrôle de l’auteur qui, il le savait, était attendu au tournant. Pari réussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

L’envol du moineau : Amy Belding Brown

Titre : L’envol du moineau

Auteur : Amy Belding Brown
Édition : Le Cherche Midi (21/03/2019)
Édition Originale : Flight of the Sparrow (2014)
Traducteur :

Résumé :
Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre.

Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens.

Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage.

Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée.

Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée.

Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères.

Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment.

Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?

Critique :
Lui, dès que j’ai lu son résumé juste après avoir flashé sur sa belle couverture, je savais qu’il était fait pour moi !

NetGalley et l’éditeur ayant donné un accord favorable à ma demande, et je les remercie, je me suis plongée dans cette histoire.

1672… Je ne vous ferai pas un topo de la mentalité des colons anglais de cette époque lointaine, mais je peux vous dire qu’ils étaient puritains au possible et plus catholique que tous les papes et cardinaux réunis, passé et présent confondus.

Ici, quand il arrive une chose, c’est la volonté de Dieu. On ne discute pas ! Dieu, si ça se trouve, Il n’a peut-être rien dit, rien décidé, rien prévu… Hérétique que je suis !

Quoiqu’il se passe, c’est SA volonté à LUI et on ne la remet pas en question. Tu trébuches, tu meurs, tu te fais enlever par des Indiens, c’est que c’était SA volonté, point barre et si tu en réchappes aussi.

Ça m’a fait froid dans le dos un tel prosélytisme, et l’auteur n’a pas manqué de soulever les illogismes de leur croyance puisque pour, un esclave, c’est la volonté de Dieu et donc, tenir des gens sous son autorité et les faire trimer, c’est chrétien, Il l’a voulu ainsi et vos gueules les mouettes (ou les moineaux).

À cette belle époque, nous les femmes (nous le charme), ben on avait le droit de la fermer, le droit d’obéir et les horribles 3K prônés par les nazis étaient d’application (Kinder, Küche, Kirche = Enfants, cuisine, église).

Mary Rowlandson, notre héroïne, n’a pas beaucoup de marge de manœuvre dans sa vie, surtout qu’elle est mariée à un pasteur qui est plus rigide que l’outil de travail de Rocco après la prise de 4 comprimés bleus. C’est vous dire comment il est rigide, le gars et on ne remet pas son autorité en question, merci bien.

La scène de l’attaque du village de Lancaster, par les Indiens est très réaliste. J’ai serré les dents devant la violence de l’attaque et les morts inutiles, femmes et enfants tués juste pour le plaisir. Ne nous leurrons pas, les Indiens n’étaient pas des Bisounours.

Bizarrement, lorsque Mary Rowlandson est prisonnière des Indiens et que ceux-ci crèvent de faim, et bien, mes dents se sont serrées aussi devant tant de souffrances, pourtant, quelques chapitres auparavant, ils avaient massacrés femmes, enfants et hommes.

L’auteure a réussi un sacré tour de force ! Mettant en scène des Indiens avec une grande rigueur historique, elle les dépeint tels qu’ils étaient, sans en rajouter, dressant un portrait tel qu’on le fait de nos jours, et pas comme il l’était dans les années 1600 (ou même plus tard).

Sans oublier de nous les montrer avec les yeux des citoyens Blancs, puritains, chrétiens jusqu’au bout des ongles et persuadé que tout ce qui n’est pas chrétien est sauvage. Ce sont des païens ! Et je vous passerai les fake news qui leur collent aux mocassins !

J’ai vibré avec Mary, j’ai souffert avec elle et j’ai souri lorsqu’elle a découvert, avec stupeur, que les Indiens ne sont pas si sauvages que ça, pas si cruels non plus et que chez eux, la notion de partage est ancrée, celle de rire, d’élever ses papooses dans l’amour… Tout le contraire de ce qui se passe dans son monde à elle.

Bref, sans être chrétiens, ces hommes et femmes ont des principes qui ont tout du chrétien charitable. Mieux encore, notre Mary a plus de libertés en étant prisonnières des Indiens que dans sa propre maison !

Un livre empreint d’un grand humanisme, une femme qui a vu ses certitudes s’effondrer, qui a bénéficié de plus de liberté en captivité que dans sa vie d’épouse et qui a découvert que le portrait de ces païens n’était pas juste.

Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire… Les gens aiment croire, encore de nos jours, que les Autres sont mauvais, doué de duplicité, de violence, qu’on n’en fera jamais rien de bon et que s’ils veulent qu’on les accepte, ils doivent devenir tels que nous, avoir nos croyances, notre mode de vie, tout en sachant que même s’ils font tout comme il faut, ils seront toujours rejetés.

Un vibrant récit, une plongée dans une époque fort troublée où les gens se tournaient pour tout vers le Seigneur Dieu (maintenant, on se tourne vers d’autre), où la femme avait zéro droit et les Indiens encore moins, victimes déjà de massacres et de spoliations.

Un récit tiré d’une histoire vraie, récit terrible où une femme a dû batailler, non contre les sauvages, mais contre les siens, batailler contre les rumeurs, les ragots immondes, les gens avides de sensationnel et de récit glauque, le tout sans liberté aucune.

Poignant, humain, grandiose.

#LenvolDuMoineau #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

En lieu sûr : Ryan Gattis

Titre : En lieu sûr

Auteur : Ryan Gattis
Édition : Fayard Littérature étrangère (27/03/2019)
Édition Originale : Safe (2017)
Traducteur : Nadège T. Dulot

Résumé :
Los Angeles, 2008. Ex-addict et délinquant, Ricky « Ghost » Mendoza est déterminé à rester clean jusqu’à la fin de ses jours.

Rentré dans le rang, il force désormais des coffres-forts pour le compte de toute agence gouvernementale prête à payer ses services, des Stups aux Fédéraux.

Mais quand il découvre que la personne qui compte le plus pour lui croule sous les dettes, il décide de faire une embardée risquée : forcer un coffre et en prélever l’argent sous le nez du FBI et des gangsters à qui il appartient, sans se faire prendre – ni tuer.

Thriller au rythme haletant, le nouveau roman de Ryan Gattis projette le lecteur dans un Los Angeles sombre et incandescent, et pose la question la plus difficile qui soit : jusqu’où iriez-vous pour protéger ceux que vous aimez ?

Critique :
On aurait pu appeler ce roman « Ghostbuster » car notre Ricky « Ghost » Mendoza va se faire chasser par des chasseurs sachant chasser avec leurs chiens.

Ricky, ex-junkie est revenu dans le droit chemin et met ses talents de perceur de coffres-forts au service des agences gouvernementales de Los Angeles car il est doué dans son métier et est clean.

Mais voilà, quand un coffre est bourré de fric jusqu’à la gueule et que personne ne vous regarde, la tentation est grande de prendre le pognon et de jouer à Ricky ou la belle vie (les gens de ma génération comprendront l’allusion).

J’avoue que j’ai été bluffée quand au mobile de Ricky… Oui, il pique du fric à des dealers/gangs mais pas pour la raison que l’on pense et c’est là que réside le point fort du roman, en plus de nous proposer des personnages assez décalés et inhabituels puisqu’ici, exit les policiers, tout se joue entre gangsters et notre perceur de coffres.

L’auteur ne se prive pas de tirer à coup de bazookas sur les banquiers et les subprimes qui ont entrainé la faillite du système ainsi que de multiples expulsions des gens de leurs domiciles. Les coups sous la ceinture sont permis et certains risquent de grimacer, surtout si ce sont des banquiers ou autres gangsters en cols blancs.

Le récit est concentré sur quelques jours, même si Ricky fera quelques retours dans le passé pour nous éclairer sur le genre d’homme qu’il a été et celui qu’il est devenu, le tout sur des musiques mélancoliques et un vieil amour perdu.

Niveau peps, rien à dire, on n’a pas vraiment le temps de s’emmerder dans ces pages.

Là, vous vous dites que si je lance un compliment, c’est qu’un bémol va suivre et vous avez gagné ! Mon plus gros bémol ira à l’usage de mots argotiques spécifiques à l’américain ou au milieu, le tout sans renvoi en bas de page pour la définition et je peux vous dire que ce n’est pas toujours évident de comprendre le sens du mot dans la phrase.

Pour certains, ça coulait de source vu le contexte, mais pour d’autre, il m’aurait fallu interroger le moteur de recherche bien connu et c’est chose impossible dans les transports en commun et puis, zut, le traducteur ou l’éditeur pour faire en sorte que les mots soient expliqués afin que les lecteurs ne perdent pas de temps en recherche, ça casse le rythme de lecture.

Les frères Lehman vont finir aux chtar. Moi je dis que c’est bien. Ça leur apprendra à foutre la merde dans les prêts hypothécaires. Ils les ont tellement trafiqués et retrafiqués qu’on sait plus ce qu’y a dedans. Putain, prendre les gens pour des proies comme ça. Les dévorer. Prendre sa maison à une famille qui essaie de payer comme elle peut et appeler ça « faire des affaires ». Il y a rien de pire à mes yeux. Rien. Pas même tuer quelqu’un.

J’avais donc compris que le chtar c’était la prison, que le brelic était un révolver, mais que signifiait être keus ? C’est être mince… Un Homies ? Ben c’était un pote. Bader veut dire être triste et un marave, c’est un combat, une bagarre entre, au moins deux personnes qui ont un différend. Mais ne me demandez pas ce que veut dire quince…

Ce sera mon seul bémol. Pour le reste, c’est aussi noir que du café torréfié à partir de jus de chaussettes sales et c’est sans édulcorant ou sucre quelconque, même pas un nuage de crème pour adoucir le récit : brut de décoffrage, aussi violent qu’un coffre-fort qui te tomberait sur le pied alors que tu ne portes pas tes bottines de sécurité.

J’ai aimé l’ambiance noire qui se dégage de ces pages, le fait que la crise financière plane tel un vautour, prêt à bouffer tout le monde, sauf les trafiquants, j’ai aimé le personnage de Ricky Mendoza mais il m’a manqué quelques émotions en plus pour que le roman s’imprime durablement dans ma rétine et dans mes tripes.

Mais s’il ne me marquera comme certains romans noirs l’ont fait, je n’ai pas à me plaindre de la marchandise car il a fait son job : me divertir, faire monter mon adrénaline, mon rythme cardiaque et me surprendre.

Un bon p’tit café noir bien sombre et, comme le disait si bien Ricky : parce qu’il fait pas seulement sombre par ici, on est carrément dans une obscurité qui a mis des lunettes de soleil et un manteau noir pour aller traîner dans une cave. Genre, noir sombre.

N’oublie pas ta lampe de poche car le récit est sombre.

Je remercie NetGalley et les éditions Fayard d’avoir donné suite à ma demande de lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Né d’aucune femme : Franck Bouysse

Titre : Né d’aucune femme

Auteur : Franck Bouysse
Édition : La manufacture de livres (10/01/2019)

Résumé :
« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile ».
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandais-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose.

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquelles elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

Critique :
« Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé » et là, je confirme les paroles intelligentes d’Harry Quebert car, autant où je suis contente d’arriver à la fin de ce récit sombre tant mon coeur n’en pouvait plus, autant où j’ai envie de replonger dedans pour le relire, apaisée.

L’auteur m’a souvent fait vibrer, avec son écriture magnifique, ses mots bien choisis, avec ses personnages profonds, avec ses histoires bien racontées et surtout avec le milieu qu’il décrit : le rural noir.

On a beau vivre à la capitale depuis bientôt 20 ans, mes origines sont dans la ruralité !

Johnny Hallyday chantait ♫ Je suis né dans la rue ♪ et moi je pourrais chanter ♫ Je suis née dans la ru…ralité ♪ mais bon, le temps est déjà moche, je ne vais pas rajouter de la pluie ♫ en chantant ♪ (non, Sardou, ne dis rien dans ma tête ou je vais chantonner un mélange de toi et de Johnny).

L’habileté de Franck Bouysse tient dans beaucoup de choses, comme je le disais au deuxième paragraphe, mais elle vient aussi de sa manière de construire son récit en le déstructurant de manière à nous appâter dès le départ avec du suspense, du mystère et des décors grandioses qui cachent des scènes plus sombres.

Pourtant, au début du récit, bien que j’ai été happée, il y a eu un moment de flottement dans mes émotions… On avait commencé avec du costaud, on poursuivait dans du sombre et puis, tout avait l’air d’aller dans le meilleur des mondes… Durant peu de temps, je précise ! Le flottement a duré quelques pages et puis…

À partir de ce moment là, mes émotions ont été mises à mal, ballotées, torturées car je m’étais attachée à Rose, cette jeune fille de 14 ans travaillant dans une maison où les maîtres n’ont rien de chaleureux, sans pour autant être des brutes…

Un instant de flottement, je vous ai dit ! Juste le temps de laisser le lecteur prendre une bouffée d’air avant de le noyer dans la suite du récit car il va nous plonger dans du très sombre, mais jamais sans que cela devienne trop obscur.

L’auteur a su jongler entre le sordide, l’horrible, l’indicible mais sans jamais entrer dans le glauque gratuit alors que son récit est très brutal par certains moments et que seule la volonté de Rose, son personnage principal, nous donnera la force de poursuivre avec elle.

Oh, Rose, combien de fois aie-je eu envie de te sauver ? De te délivrer ? D’avoir des couilles à la place d’Edmond, celui qui, toute sa vie durant, failli être un homme sans jamais l’être vraiment.

Une fois de plus, l’auteur m’a enchanté, m’a emporté, m’a fait vibrer, m’a fait pleurer, m’a remué les tripes, m’a mise à genoux (et ça commence à devenir du sexisme tous ces auteurs mâles qui me mettent à genoux, sans compter que mon kiné ne sera pas content), m’a fait passer par une multitude d’émotions, me laissant amorphe à la fin de ma lecture de ce rural noir, de ce roman choral qui m’a marqué au fer rouge.

Amoureux des grands romans, amoureux des belles plumes, lecteurs/trices qui veulent lire autre chose que de la littérature fast-food (sans pour autant commencer à lire des Classiques), ceux ou celles qui aiment qu’on leur retourne les tripes avec des mots et des personnages qui marquent, à tous ceux et celles qui aiment les belles histoires, je ne dirai qu’une seule chose : lisez-le, nom de Dieu !

PS : il est à signaler que les mouchoirs ne sont pas fournis avec le roman…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le Pays des oubliés : Michael Farris Smith

Titre : Le Pays des oubliés

Auteur : Michael Farris Smith
Édition : Sonatine (17/01/2019)
Édition Originale : The Fighter (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Abandonné à la naissance, Jack est passé d’orphelinats en foyers, avant que Maryann, une lesbienne mise à l’écart par la bonne société de Louisiane, le prenne sous son aile.

Aujourd’hui celle-ci vit ses derniers jours et sa propriété est menacée par les banques. Jack, qui veut à tout prix conserver cet héritage, doit trouver l’argent nécessaire.

Mais, le corps cassé par une vie de combats, ravagé par de multiples addictions, il ne se sent plus la force d’avancer.

D’autant plus qu’il doit aussi affronter Big Momma Sweet, qui règne sur cet empire du vice qu’est le delta du Mississippi.

Critique :
♫ Premier coup d’poing, échangé, dans une cour, de récré ♪

♫ Premier combat, dans la cage, que vous v’nez d’remporter ♪ Ça ne s’oublie pas quand c’est la première fois ♫

Je ne voudrais pas faire hurler dans les chaumières avec cette vieille ritournelle que je viens de vous remettre en tête, mais elle m’est venue spontanément à l’esprit…

Je m’en voudrais aussi de faire pleurer dans les chaumières avec l’histoire malheureuse de Jack, abandonné à l’âge de deux ans par ses parents, uniquement vêtu d’une couche sale et brinquebalé ensuite de foyer en foyer…

Mais c’est ainsi… Vous aurez la larme à l’oeil et personne ne saura si c’est à cause de l’histoire triste de Jack ou à cause de la chanson que je viens de vous remettre en tête pour toute la journée.

Ma foi, j’aurais pu chanter du Nolwenn avec son ♫ Cassé ♪ car c’est ce que Jack est, cassé de partout. Trop de combats dans la cage, trop de coups de poings encaissés, trop de cachets avalés, trop de whisky, trop de dettes à rembourser, trop de tout.

Pourtant, à l’âge de 12 ans, ça avait mieux tourné pour lui, quand Maryann l’avait accueilli, mais on ne peut pas lutter contre ses démons et si Jack s’était apaisé, d’autres sont venus jeter de l’huile sur le feu bouillonnant qu’il était.

Jack, on pourrait le cataloguer dans les loosers : il a emprunté de l’argent à Big Momma Sweet, l’a joué dans les combats, ne s’est pas couché quand on le payait pour ça, a joué au casino pour se refaire, ne s’est pas retiré à temps…

Un cercle vicieux dans lequel il a mis le doigt et impossible d’en sortir, un pas après l’autre, il court à sa perte car il est incapable d’être raisonnable, est tête brûlée et on a souvent envie de l’attraper par le col, et pourtant, on reste là à le regarder s’enfoncer de plus en plus, en serrant les dents pour lui.

Ce roman noir est court mais tous les ingrédients du roman noir se trouvent dedans ! Rien ne manque, ni les personnages flamboyants, paumés, violents, alcooliques, sans morale aucune, profitant des faiblesses des autres ou les loosers magnifiques.

Comme durant un match dans la cage, les coups pleuvent entre les rounds et l’auteur, s’il te laisse tout de même respirer, t’entraine vers le combat ultime, celui dont tu as peur de ne pas tenir, de t’écrouler et de voir ton sang imprégner le ring sale sur lequel tous les coups sont permis.

Là, tu as envie de te mettre à genoux et d’implorer le créateur de ses pages d’épargner un peu ses personnages, de leur offrir des vacances, loin de tout cela, de faire intervenir les Bisounours pour calmer le jeu, mais pas de miracle, l’auteur ne t’écoute pas et on se prend des pains dans la gueule et on en redemande.

Un roman noir violent, sombre, avec très peu de sucre, profond, âpre, mais il est réaliste, juste et la plume de l’auteur se plante dans ton cœur car il nous offre des personnages puissants, même dans leur détresse ou dans leur loositude (comment ça, le mot n’existe pas ? J’m’en fous).

L’Amérique profonde, une fois de plus, m’a envoûtée. Normal, avec Michaël Farris Smith aux commandes, le voyage ne pouvait être que très bon.

Mais il serait peut-être temps que je me fasse un roman d’humour ou un Oui-Oui, ça me ferait du bien au moral littéraire.

Des centaines de kilomètres plats. Des repaires d’esclaves et de soldats. Une terre d’oubliés couverte de cieux infinis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le voleur de temps [Enquêtes de Leaphorn et Chee 02] : Tony Hillerman

Titre : Le voleur de temps [Enquêtes de Leaphorn et Chee 02]

Auteur : Tony Hillerman
Édition : Rivages Noir (1991/2016)
Édition Originale : A Thief of time (1988)
Traducteurs : Danièle et Pierre Bondil

Résumé :
Quand une anthropologue notoire arrive dans les montagnes sacrées du pays Anasazi, elle est d’abord furieuse de découvrir que le site funéraire pre-navajo a été pille ; plus elle est terrifiée par ce qui surgit de l’ombre.

Des semaines plus tard, le lieutenant Joe Leaphorn, en examinant un rapport selon lequel l’anthropologue a dérobe de precieux objets, découvre aussi qu’elle a disparu.

L’affaire prend un tour sinistre lorsque Jim Chee, a la recherche de matériel de fouilles disparu également, trouve autre chose de nettement plus macabre dans une fosse. Leaphorn et chee devront unir leurs forces pour exhumer le passe et résoudre une longue série de meurtres, plus étranges les uns que les autres.

Critique :
Je signalerai tout d’abord à l’aimable lectorat qui lit cette chronique que le voleur de temps n’a rien à voir avec votre collègue qui passe des heures à la machine à café ou à fumer dehors et qui, de par son comportement, vole du temps à son employeur et est payé à ne rien foutre pendant que les autres (et vous) triment !

Non, ici, le voleur de temps, c’est celui qui fouille illégalement des sites archéologiques et les pille.

Ma première incursion dans un roman de Tony Hillerman s’était soldée par une reddition pure et simple de ma part et un roman qui avait terminé sa course dans une caisse, avec ses petits frères, dans le but d’être oublié.

Si sainte-Sharon existe, je lui ferai brûler un cierge ! mais dans l’absolu, je pense que là je dois un mojito bien frais à ma copinaute Sharon pour m’avoir conseillé de revenir à cet auteur avec un autre titre, dont celui-ci dont elle me disait du bien.

Là, ce fut le plaisir absolu, le petit café noir que l’on déguste doucement mais avidement, les pages que l’on tourne lentement mais sans perdre de temps non plus et des personnages que j’aimerais découvrir de manière plus approfondie à présent.

La plume de l’auteur m’a enchanté, la manière dont il décrit les Navajos d’aujourd’hui aussi et cette enquête avec deux membres de la police tribale m’a fait un plaisir fou.

Ses deux personnages ont leurs propres fêlures, leurs tourments, leurs peines de cœur, mais tout cela reste réaliste étant donné que cela pend au nez de tout un chacun.

Joe Leaphorn voudrait prendre sa pension, il n’a plus le cœur à enquêter et Jim Chee est amoureux d’une navajo qui sort avec un autre, un Blanc et notre Jim ne sait pas comment lui avouer ses sentiments, les Navajos ayant plus d’accointances avec un Sherlock Holmes tant ils sont avares en expressions faciales et en démonstration de sentiments en tout genre.

Sans brûler les étapes, Hillerman nous permet de nous immerger lentement dans son récit, sans pour autant nous voler du temps de lecture en nous proposant de vaines pérégrinations inutiles.

Directement il nous met devant le fait accompli de cette rencontre non voulue dans le désert qui va plonger tout le monde dans le mystère avec la disparition de madame Trait-d’Union (ceux qui l’ont lu comprendront) dont le bureau du shérif a pris ça avec désinvolture, au départ.

Deux enquêteurs qui commenceront de manière séparée, avant que leurs différentes affaires ne commencent à sentir la même odeur et qui, ensuite, poursuivrons chacun de leur côté afin de résoudre cet imbroglio aussi éparpillé qu’une poterie Anasazi cassée et enterrée.

Je fus meilleure qu’eux pour une chose que j’avais compris 100 pages avant eux, mais je ne leur en veut pas, le mystère était épais et les indices aussi rare que les cheveux sur la tête de Yul Brynner.

Un polar ethnologique qui m’a réconcilié avec son auteur, deux enquêteurs de la police tribale qui tentent toujours de trouver leur place dans le monde des Blancs, à cheval qu’ils sont entre deux cultures, dont la leur menace de se faire submerger par celle de l’Américain qui n’est pas d’origine.

Une enquête dans une réserve indienne, une plongée dans un monde que nous connaissons peu, ou mal, le tout au milieu de trafiquants du dimanche de poterie ancienne, de disparition d’anthropologue, le tout sans GSM, sans grands moyens financiers mais avec son cerveau et sa connaissance du terrain.

Maintenant, yapuka lire le premier roman consacré à leur rencontre et le troisième et puis, si un jour j’ai le temps, découvrir les autres.

Et qu’est-ce qu’on dit ? On dit Merci Sharon 😉

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Les Lieux sombres : Gillian Flynn [LC avec Bianca]

Titre : Les Lieux sombres

Auteur : Gillian Flynn
Édition : Livre de Poche Thriller (2011/2018)
Édition Originale : Dark places (2008)
Traducteur : Héloïse Esquié

Résumé :
Libby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. Rescapée par miracle, la petite fille désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de 15 ans.

Ce fait divers émeut tout le pays, et la jeune Libby devient un symbole de l’innocence bafouée.

Vingt-cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby, qui ne s’est jamais remise du drame, souffre de dépression chronique. Encouragée par une association d’un type très particulier, elle accepte pour la première fois de revisiter les lieux sombres de son passé.

C’est là, dans un Middle West désolé, dévasté par la crise économique et sociale, qu’une vérité inimaginable commence à émerger.

Et Libby n’aura pas d’autre choix pour se reconstruire, et peut-être enfin recommencer à vivre, que de faire toute la lumière sur l’affaire, quelles qu’en soient les conséquences.

Critique :
En 35 lectures communes avec ma copinaute Bianca, nous avons une majorité d’avis communs avec de belles découvertes ou de romans qui nous ont plu à toutes les deux.

Malgré tout, vu le nombre de LC, nous avons parfois eu des avis divergents, l’une adorant le roman et l’autre s’y enlisant…

Puis, de temps en temps, nous avons été raccord dans le fait que nous n’avons pris aucun plaisir à la lecture car trop de longueurs (Oliver Twist) ou alors, nous avons abandonné en route, sans même aller lire la fin (Le coma des mortels et Une autre vie).

Le thriller de Gillian Flynn va aller rejoindre ces lectures abandonnées pour cause d’enlisement profond dans le récit, de non copinage avec le personnage principal, de sentiment d’ennui profond durant la lecture et si ça continue ainsi, on va surélever nos meubles à force de les caler avec des romans non aimés.

Alors que je le lisais dans le train, j’ai préféré regarder le paysage, que je connais, pourtant, mon esprit s’est égaré ailleurs et c’est sans plaisir aucun que je retournais à la lecture du chapitre tant Libby Day, la victime et seule survivante du massacre, me pompait l’air.

Renseignements pris, ma copinaute en était au même point que moi : zéro plaisir dans la lecture et Bianca commençait même à donner des signes inquiétants de lecture en diagonale, ce que j’ai fait aussi, et malgré tout, je me faisais toujours chier dans ma lecture, n’arrivant pas à ressentir les émotions qu’aurait dû me donner ce thriller encensé par Stephen King himself.

Allant directement au final, afin de savoir le fin mot de l’histoire et de ce mystère, j’ai trouvé sa résolution plus que capillotractée et limite bidon. Oui, j’ai bien dit que c’était bidon !

Autant « Les apparences » était un thriller addictif et bien tourné, autant celui-ci est juste bon à finir dans une boite à livre. Qui sait, il plaira peut-être à un(e) autre lecteur(trice) plus indulgente que moi.

Dommage, parce que les critiques de ce thriller étaient bonnes et j’avais grand hâte de le découvrir, même si ça faisait des années qu’il prenait les poussière dans une de mes biblios. Ma foi, il aurait mieux fait d’y rester.

Ma copinaute de cette LC loupée, Bianca, ne prendra même pas la peine d’en faire une chronique puisqu’elle n’a rien de plus à dire sur cette lecture plus qu’en demi-teinte et abandonnée.

Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Cripple Creek [John Turner 02] : James Sallis

Titre : Cripple Creek – John Turner 02

Auteur : James Sallis
Édition : Folio Policier (2010)
Édition Originale : Cripple Creek (2007)
Traducteurs : Stéphanie Estournet & Sean Seago

Résumé :
John Turner est un ancien taulard, ancien flic, un temps thérapeute, au passé fait de meurtres et de violence et qui s’est finalement réfugié près d’un lac où il n’aspire qu’à l’oubli. L’endroit semble idéal.

À peine installé pourtant, il devient l’adjoint du shérif local et arrête un chauffard qui traversait la ville ivre mort avec 200000 dollars dans son coffre.

Au petit matin, alors que personne n’a été prévenu, le prisonnier est « extrait » de sa cellule par un commando qui blesse grièvement deux policiers.

John Turner, bien loin de se douter qu’il va libérer les chiens de son passé, part sur la route à la poursuite de cet inconnu désormais en cavale…

Critique :
Pour une fois, je vais la faire courte : je voulais lire ce roman policier depuis longtemps et le plaisir n’a pas été au rendez-vous…

Bizarre, parce que l’adjoint au shérif qu’est John Turner avait tout pour me plaire : un ancien flic, ancien taulard aussi et thérapeute dans une vie antérieure ou entre celle de flic et de taulard…

Bref, j’avais entre mes mains un polar noir de noir, limite du hard-boiled, pas un truc pour les minettes en tutus qui lisent Hello Kitty.

Juste fait pour moi, donc…

Ajoutons au menu le Sud un peu profond, un bled paumé, des gens du cru bien typés, et un chauffard arrêté pour excès de vitesse, extrait de sa taule et les témoins de la scène au sol, blessés.

Violent… Tout ça pour un excès de vitesse ?? Ok, il y avait du fric dans le coffre et tout ça puait le gang à plein nez.

Où le bât a-t-il blessé ?

Dans les digressions de John Turner, sans aucun doute, dans le fait aussi que l’enquête est brouillonne, se résolvant en règlements de compte d’un côté en dans des tentatives de vengeance de l’autre, ce qui laissera un pile de cadavres pour le cimetière ou des éclopés pour les hôpitaux.

La sauce aurait dû prendre, mais sans doute le barbecue était-il trop chaud et j’ai eu l’impression que ma viande avait un goût de brûlé, que la sauce avait tourné et si je suis arrivée au bout de mon plat, c’est en sautant des passages et en m’endormant entre deux airs de folk.

Par contre, j’ai adoré Miss Emily, l’opossum qui squattait la maison de Turner… Comme quoi, on ressort du positif  dans toute lecture.

Sans mentir, je n’ai pas fait qu’apprécier Miss Emily, j’ai aussi trouvé que le personnage de John Turner était bien campé, tourmenté, mais ce fut aussi le cas pour une partie des personnages qui gravitaient autour de Turner.

Mais malgré ça, pour le reste, je me suis un peu ennuyée et je ne pense pas réitérer la chose avec les autres romans consacrés à John Turner…

Un roman policier pur, dur, sombre comme un café fort et je n’ai pas réussi à tremper mon biscuit dedans. Ce qui est râlant, vu les bonnes critiques qu’il avait sur Babelio.

Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

 

Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail : Jason Aaron & Jason Latour

Titre : Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Indies (28/10/2016)

Résumé :
Pourtant, les habitants s’apprêtent à accueillir sa traditionnelle fête des anciens élèves, et avec elle, la vingtième rencontre des Runnin’ Rebs contre l’équipe de Wetumpka.

Un match dont le coach se voit déjà vainqueur. Mais comment fera-t-il sans son mentor et bras droit, le coordinateur de la défense, Ol’ Big ?

Critique :
Si j’avais trouvé des circonstance atténuantes au coach Euless Boss dans le tome 2, là, on voit encore plus son côté sombre et on commence à avoir la sueur froide qui coule entre les omoplates.

Coach Big aussi… Souvenez-vous, l’aveugle Noir du tome 2 qui aidait le jeune Boss à acquérir les tactiques et le talent pour être un bon linebacker afin d’intégrer l’équipe des Runnin’ Rebs.

Pour le coach Boss, le foot est tout ce qui compte et tous les moyens sont bons pour arriver au but, quitte à déclarer un suicide comme un meurtre et à accuser un joueur de Wetumpka, l’équipe adverse.

Vous imaginez les conséquences d’une telle accusation lorsqu’elle arrive dans les cerveaux embrumés de nos rednecks amateur de l’équipe des Runnin’ Rebs ? Wetumpka, c’est un peu les frères ennemis et on a pris plaisir ces dernières années à les écraser au ballon ovale.

Les auteurs étant Sudistes eux-mêmes, ils savent de quoi ils parlent, ils connaissent les habitants du Sud profond et s’ils les égratignent, les bousculent et ne les mettent pas sous leurs meilleurs jours, ce n’est pas pour être insultant, juste pour décrire une situation réelle et l’analyser.

L’un des deux expliquera même, en introduction de l’album, pourquoi la couverture d’un des épisodes avait un chien déchirant le drapeau confédéré.

Beaucoup de mystères dans cet album qui fait la part belle à la violence, qu’elle soit verbale, en action ou par omission (comme on dit) car laisser les crimes impunis est aussi grave que de les commettre et par leur silence, les habitants de Craw County et son shérif sont aussi coupable que Coach Boss.

Les auteurs développent un peu plus certains personnages secondaires et en introduisent de nouveau, si bien qu’on ne sait pas toujours quel fil rouge leur récit va suivre : le crime d’Earl Tubb commit dans le premier tome ou les magouilles de Boss ainsi que le portrait des différents habitants de cette petite ville d’Alabama.

Malgré les portraits sombres de quelques uns de ses représentants, les auteurs n’hésitent jamais à leur donner un soupçon de circonstances atténuantes ou de montrer leur fragilité, compensée par le roulement des mécaniques, les humiliations qu’ils font subir à d’autres et de l’utilisation de la violence à tour de bras.

Boss est devenu tel qu’il est suite à son enfance, de la violence de son père et à cause du système qui faisait qu’un jeune garçon tel que lui n’aurait jamais accès à rien, quoiqu’il fasse, même en travaillant dur pour acquérir sa place dans l’équipe.

On est dans un système basé sur la force, pas sur l’intelligence et les faibles n’ont pas leur place ici, les soumis non plus, leur seule position acceptable étant la posture de soumission et le shérif l’illustre bien, cette posture du chien soumis.

Coach Boss avait la force, il est le maître de la ville, mais le cerveau, c’était Coach Big, le Noir aveugle et il n’est plus là pour le conseiller. Boss a toujours la force, mais sans l’intelligence tactique de l’autre, il risque de tout perdre.

L’introduction d’un nouveau personnage, celui de la couverture, laisse augurer que nous allons nous diriger vers des portraits de différents habitants de Craw County et du Sud profond, celui qui regarde toujours les gens de couleurs de travers et comme notre nouvelle arrivante est Black…

On n’a pas fini d’explorer la face sombre de l’Humain sudiste, avec cette série. C’est sombre, glauque, dérangeant, les dessins sont toujours survoltés, les traits grossier pour certains, mais la toile d’araignée est tellement ramifiée qu’il y a encore possibilité de passer de belles heures avec cette saga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).