Commissaire Llob – 02 – Morituri : Yasmina Khadra

Titre : Commissaire Llob – 02 – Morituri

Auteur : Yasmina Khadra
Édition : Folio Policier (1999 / 2008)

Résumé :
Au pays de l’impunité, les requins mettent les bouchées doubles. Dans Alger la délétère où règnent le totalitarisme religieux, les dignitaires véreux et les néo-beys aux mains sales, le commissaire Llob est un idéaliste qui s’obstine à rester intègre et s’oppose à la barbarie. Ce n’est pourtant pas une époque à mettre un flic dehors…

D’une désespérante noirceur, Morituri dénonce l’intégrisme, ses prêches d’une virulence absolue et son implacable haine à l’encontre du monde entier, mais aussi la corruption omniprésente et le danger d’un pays où les intellectuels et les opposants sont exécutés sans préavis.

“Plus rien ne sera comme avant. Les chansons qui m’emballaient ne m’atteindront plus. La brise musardant dans les échancrures de la nuit ne bercera plus mes rêveries. Rien n’égaiera l’éclaircie de mes rares instants d’oubli car jamais plus je ne serai un homme heureux après ce que j’ai vu.

Critique :
Dans ce roman noir, nous allons voyager dans une Algérie bien trouble : les barbus sont là, l’islamisme et l’intégrisme règnent, tout le monde a peur, des intellectuels et d’autres se font assassiner…

Bref, pour ceux qui sont honnêtes, qui ne veulent pas manger de ce pain là, qui n’ont pas soif de pouvoir, de fric, de sang, les temps sont durs.

Le commissaire Llob fait partie de ceux qui regrettent la splendeur de l’Algérie d’avant, sa fierté, sa douceur de vivre et qui maintenant, marchent en vérifiant qu’il n’y a personne dans leur dos. Lui est honnête et intègre.

La première chose que j’ai apprécié, dans ce polar noir, c’est la plume de l’auteur, que je ne connaissais pas : acide, cynique, peuplée de métaphores bien tournées qui m’ont données l’impression de lire du Frédéric Dard, les allusions sexuelles en moins (même s’il y en aura, mais c’est minime) et la recherche des tournures de phrases en plus.

Le récit est trash et sans détours. L’auteur ne s’embarrasse du politiquement correct et son commissaire n’en a rien à foutre de ce qu’on pense de lui. Il est désabusé et ne se prive pas pour lancer des piques ou des réponses assez froides à ses interlocuteurs.

L’affaire, au départ, semble assez simple et basique : le commissaire Llob est engagé par Ghoul Malek, un ancien homme politique pour mener l’enquête sur la disparition de sa fille pourrie gâtée de seize ans. Raté, c’est dans un sacré nids de vipère que le commissaire va mettre les pieds, le tout dans un pays ravagé par la violence, la corruption, les magouilles en tout genre.

Si au départ, j’ai été enchantée de ma lecture, arrivé à un moment, j’ai eu l’impression que le récit n’avançait plus et que l’auteur en profitait pour critiquer le régime de ces années noires. Il a raison, je ne lui donne pas tort, l’enquête n’étant là que pour nous plonger dans ces horreurs, tout au long du récit.

Oui, mais, à un moment donné, je me suis perdue, tellement c’était décousu et près avoir décroché durant quelques chapitres, j’ai réussi à raccrocher les wagons sur la fin.

Il faut donc savoir que ce roman noir n’est pas un roman avec une enquête ciselée, comme un polar ordinaire, mais juste une enquête pour que l’auteur puisse critiquer le régime, tout en contournant la censure.

Durant ses pérégrinations, notre commissaire nous promènera dans le haut de la société, où l’on fait des fêtes, où l’argent coule à flot, avant de nous expédier dans les bas-fonds où règnent les drogues, la misère, la pauvreté et où les ruelles sont de véritables coupe-gorges. Bref, des endroits loin des cartes postales touristiques !

Malgré le fait que je me sois perdue à un moment donné, cette lecture ne fut pas un fiasco et je ne regrette pas d’avoir découvert ce roman : j’ai aimé sa plume, ses expressions, son commissaire désabusé, le côté politique et le grand écart entre les soirées huppées et les ruelles pauvres (mais les deux sont fréquentées par des requins et des voleurs).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°123], Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°06) et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Algérie).

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Indians ! – L’ombre noire de l’homme blanc : Tiburce Oger et Collectif

Titre : Indians ! – L’ombre noire de l’homme blanc

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateurs : Collectif

Édition : Bamboo Grand angle (16/11/2022)

Résumé :
Le parcours sauvage et violent de l’aigle sacré des Indiens pendant la conquête de l’Ouest. Un western qui sent la poudre et la boue… En seize histoires, Indians retrace de 1540 à 1889 les épisodes sombres de la conquête de l’Ouest.

Quatre siècles de colonisation qui vont mener, entre les massacres et les maladies propagées par les colons, à un génocide qui n’a jamais porté officiellement ce nom mais qui décima 14 millions d’Amérindiens.

Décrivant la face cachée du rêve américain, Indians est un vibrant hommage aux peuples autochtones opprimés…

Critique :
Ayant adoré Go West, je me suis faite offrir la version Indians, basée sur le même concept : un seul scénariste, mais un dessinateur pour chaque histoire qui passera en revue un chapitre important de l’Histoire des Amérindiens.

On commencera à l’arrivée des Conquistadors et on terminera en 1889, lorsque les derniers Indiens déposeront les armes, conscient qu’ils ne vaincront jamais l’Homme Blanc vu que ce dernier est comme un nuage de sauterelles : infini et innombrable.

Contrairement à l’album Go West, où le fil rouge était une montre, dans celui-ci, c’est le vol d’un aigle que l’on apercevra de temps en temps, ou un personnage qui reviendra sur plusieurs chapitres (ou un descendant).

Ce que j’ai apprécié, c’est qu’il n’y avait pas de manichéisme dans les personnages, que ce soit du côté des Indiens ou des colons, dont certains avaient une conscience, une âme. Cela se verra surtout dans l’épisode avec les horribles écoles pour casser l’Indien.

Quant aux Indiens, ce n’étaient pas des anges, ils s’attaquaient entre eux, se pillaient, mais sans jamais arriver au niveau de l’Homme Blanc qui lui, commit un génocide, purement et simplement.

Tous les dessins ne se valent pas, mais j’ai apprécié les histoires, même si elles auraient mérité, toutes, un album rien qu’à elles toutes seules, tant il y avait de la richesse dedans et tant de choses à raconter.

Bien que différent et en peu en deçà du « Go West » qui se consacrait à la Conquête de l’Ouest, le tome consacré aux Amérindiens n’en reste pas moins excellent.

Du moins, pour celles et ceux qui voudraient en apprendre un peu plus sur les guerres Indiennes, sur les traitements que l’Homme Blanc, l’envahisseur, a fait subir aux Amérindiens. Au moins, ces derniers ont résistés, mais une fois les armes déposées, on a fait tout ce qu’il fallait pour qu’ils n’existent plus…

Terrifiant…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XXX] et Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°00).

Les Chiens de Pasvik – Les enquêtes de la police des rennes 04 : Olivier Truc

Titre : Les Chiens de Pasvik – Les enquêtes de la police des rennes 04

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2021) / Point Policier (2022)

Résumé :
Ruoššabáhkat, « chaleur russe », c’est comme ça qu’on appelait ce vent-là. Ruoššabáhkat, c’est un peu l’histoire de la vie de Piera, éleveur de rennes sami dans la vallée de Pasvik, sur les rives de l’océan Arctique.

Mystérieuse langue de terre qui s’écoule le long de la rivière frontière, entre Norvège et Russie. Deux mondes s’y sont affrontés dans la guerre, maintenant ils s’observent, s’épient.

La frontière ? Une invention d’humains.

Des rennes norvégiens passent côté russe. C’est l’incident diplomatique. Police des rennes, gardes-frontières du FSB, le grand jeu. Qui dérape. Alors surgissent les chiens de Pasvik.

Mafieux russes, petits trafiquants, douaniers suspects, éleveurs sami nostalgiques, politiciens sans scrupules, adolescentes insupportables et chiens perdus se croisent dans cette quatrième enquête de la police des rennes.

Elle marque les retrouvailles – mouvementées – de Klemet et Nina aux confins de la Laponie, là où l’odeur des pâturages perdus donne le vertige.

Olivier Truc nous raconte le pays sami avec un talent irrésistible. Il sait nous séduire avec ses personnages complexes et sympathiques.

Et, comme dans Le Dernier Lapon et La Montagne rouge, il nous emmène à travers des paysages somptueusement glacés.

Critique :
Le Pasvik du titre n’est pas un être humain qui posséderait des chiens… Non, Pasvik, c’est une réserve naturelle, à cheval sur la Norvège et la Russie.

C’est aussi le nom de la rivière qui sépare la Norvège, la Finlande et la Russie, en pleine Laponie, dans le Nord !

Ah, cette foutue frontière… Lorsque les rennes la franchissent, c’est l’incident diplomatique, comme si des animaux pouvaient connaître une invention humaine, qui n’a de sens que pour nous (et encore, les frontières bougent au gré des conflits).

Ensuite, ce sont des chiens errants, en provenance de Russie, qui franchissent la frontière. Ils sont soupçonnés d’être porteurs de la rage et les voilà entrés en Norvège. My god, on a déclenché des guerres pour moins que ça. Il va falloir faire preuve de diplomatie, car les relations entre les deux pays sont plus tendues que la corde d’un string.

Le Grand Nord, le froid polaire, les rennes, la culture sami, les policiers Klemet et Nina, de la culture, de la politique, les us et coutumes, les jours faibles en lumière, la Laponie, la Russie, les vieilles querelles, rancœurs,…

Bref, j’étais contente de retrouver ce qui m’avait enchanté dans les trois précédents romans, me délectant à l’avance du fait que j’irais me coucher moins bête après cette lecture.

Et effectivement, j’ai appris des choses sur la politique, sur les corruptions, ordinaires ou grandes, j’ai remis à jour mes connaissances sur la culture sami, l’élevage des rennes, la difficulté qu’à le peuple Sami pour survivre, puisqu’ils ont de moins en moins de pâturages pour leurs bêtes.

Malheureusement, il faut attendre près de la moitié du roman pour que cela commence à bouger et que l’enquête débute vraiment. Klemet et Nina ne font plus équipe, Klemet semble encore plus paumé qu’avant, comme s’il n’était pas vraiment là.

De plus, l’auteur se répète souvent, notamment avec Klemet et ses problèmes d’ombre, sur le fait que dans le tome précédent, Nina, sa collègue, l’avait surprise en train de se mesurer le crâne… La répétition, ce n’est pas bon.

Les personnages qui gravitent autour de Klemet et de Nina sont bien campés, sans manichéisme, avec de la profondeur, des contradictions, des blessures profondes et hormis le vrai méchant, ses sbires pouvaient être touchants. Oui, un comble, mais c’est ce que j’apprécie dans les personnages.

Ce polar du Nord (bien qu’écrit par un français) est comme tous les polars nordique : il prend son temps. En fait, l’enquête policière ne commencera qu’après une bonne moitié du récit et ne sera pas tout à fait conventionnelle.

D’ailleurs, cette enquête n’est là que pour permettre à l’auteur de parler de géopolitique, de politique, de l’Histoire entre les pays du Grand Nord, de la Russie, des problèmes des éleveurs Sami, du communisme et de quelques unes de ses dérives, des territoires qui ont appartenu un jour, aux Samis et où leurs rennes broutaient, avant qu’on ne les foute plus loin, comme s’ils n’étaient que des fétus de paille qui dérangeaient.

Les conflits, la collaboration avec les Allemands, les traités, les vainqueurs, ont retracé les frontières, sans prendre en compte les gens qui vivaient sur ces territoires.

La Guerre Froide est terminée depuis longtemps, mais dans ce roman, dans ces territoires, des remugles en provenance de l’Histoire s’échappent encore et toujours. Durant ma lecture, j’ai souvent eu l’impression d’être toujours dans cette période, tant ça y puait.

Un polar nordique qui s’attache plus à la politique, aux différentes populations, à la cohabitation difficile entre tous ces peuples, de culture Sami, à la difficulté de vivre de l’élevage des rennes, sur la recherche de son identité, sur le patriotisme exacerbé, sur le fait qu’une partie du peuple russe vit dans la pauvreté, tout en continuant de porter son pays aux nues.

C’est très documenté, très approfondi, les paysages sont bien décrits, on ressent bien le froid et le fait que tout le monde se retrouve le cul entre deux chaises, dans ces confins glacés où le soleil est soit ultra-présent ou soit au minimum syndical.

Malgré tout cela, la première partie a été assez longue à lire et contrairement aux précédents romans, ce ne fut pas le coup de coeur, sans doute dû au fait que Klemet et Nina n’enquêtent plus ensemble et qu’ils m’ont semblé un peu pâlot, comme effacé, dans ce roman.

Cela ne m’empêchera pas de lire la suite, si suite il y a un jour…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°118] & et Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°01).

Où reposent nos ombres : Sébastien Vidal

Titre : Où reposent nos ombres

Auteur : Sébastien Vidal
Édition : Le mot et le reste (20/10/2022)

Résumé :
Été 1987. Johanna, Franck, Vincent et Christophe se connaissent depuis toujours et forment une bande que rien ne peut séparer.

Un dimanche d’août, quittant les rues de leur petit village de Province pour rejoindre la forêt, ils découvrent un endroit coupé du monde où vit un homme étrange que tout le monde surnomme « l’Indien ».

Au même moment, en région parisienne, deux jeunes amis entament une cavale sanglante après un braquage et mettent le cap plein sud pour se faire oublier. Rapprochées par le destin, ces trajectoires dissemblables vont se télescoper et exhumer de grandes souffrances enracinées dans le passé.

Durant cette période de transition délicate qu’est l’adolescence, la petite bande va apprendre à grands frais que l’innocence à une fin, contrairement à la violence.

Critique :
Haute Corrèze, vacances d’été, 1987. Une bande de 4 jeunes de 15 et 16 ans, amis depuis l’enfance, passent leurs vacances à s’amuser, à rouler à vélo, à jouer aux cartes, bref la belle vie, le genre de vacances et de potes dont on a toujours rêvé.

Le soleil est au rendez-vous (chanceux !) et cette petite bande bien sympathique tombe sur un lac tranquille, dans la forêt, bref, LE spot dont tous les gamins auraient rêvés d’avoir pour passer leurs vacances d’été.

Ce roman avait tout pour me plaire. Même si j’avais un peu peur de comment l’auteur allait mettre en scène cette bande de gamins. Le King est un champion dans le genre (ÇA) et je n’ai pas été déçue du travail de Sébastien Vidal !

Sa bande était réaliste, sympathique et j’ai pris un plaisir fou à me replonger dans les années 87, que je connais bien, puisque j’étais jeune aussi, à cette époque (plus jeune que les gamins du roman). Nos quatre ados vont faire une rencontre qui va être importante, dans leur vie… Ce sera un beau deal, de beaux échanges.

L’écriture est belle, poétique, brillante, sans pour autant que l’auteur en fasse des caisses ou surjoue avec les émotions, les émois et les emmerdes qui peuvent arriver, dans la vie d’ados, dont certains parents sont… des enfoirés de première !

Dans ce roman rural, il y aura une alternance de chapitres : la bande de jeunes et les deux braqueurs en cavale. On se doute qu’à un moment donné, les deux récits vont se télescoper et passé la moitié du récit, je croisais les doigts pour les deux histoires restent en parallèle et que jamais elles ne se croisent…

Entre nous, on se serait bien passé du récit des deux braqueurs en cavale, qui sèment des morts sur leur passage et dont l’un des deux pète un câble, prenant plaisir à tuer. Si au début, leur cavale en manquait pas de rythme, à la fin, elle a fini par me lasser et je n’attendais qu’une seule chose : que quelqu’un leur fasse la peau, flic, voyou ou simple quidam.

Pour moi, dans ce roman magnifique, l’histoire avec les ados se suffisait à elle-même, fallait pas aller chercher autre chose, car ces récits de cavale, ça a tiré le roman vers le bas et sans cela, c’était le coup de cœur.

Toute leur violence a fini par me lasser, par me débequeter et le final, bien qu’inattendu, m’a tué, à cause d’un geste irréparable qui a été commis par l’auteur (au travers d’un des personnages), donnant lieu à une perte (non, pas celle d’un chien ou d’un chat)… Argh, là, il n’aurait pas dû… Nous ne saurons jamais ce qu’en a pensé l’instigatrice de ce bon plan, devant le chaos qui en a résulté.

Si je devais me positionner par rapport au récit des gamins, c’est un coup de cœur véritable, une tornade d’émotions. Pour le récit des braqueurs, à partir d’un moment, cela devient redondant, et j’ai bien eu envie de zapper leurs chapitres (ce que je n’ai pas fait, mais j’étais à ça).

Un très bon roman rural, noir, malgré les vacances, le soleil, les copains, un spot génial pour passer du bon temps… Des vacances qui les marqueront à jamais et qui signifiera la fin de l’insouciance, de l’innocente, de la belle vie.

Bien que nous soyons dans un village, loin de l’agitation des grandes villes, dans ces jolies maisons, il peut aussi se passer des horreurs et l’on n’imagine pas la facilité avec laquelle les crimes peuvent s’y commettre, en toute impunité, les voisins restant des témoins silencieux.

Un très bon roman qui parle du Mal qui rôde partout, parfois plus proche qu’on le pense et que les attaques peuvent venir d’une personne de confiance (et non pas d’un étranger)… Une très belle lecture, remplie d’émotions, belles et douloureuses. Une bande de copains qui va rester longtemps dans ma tête.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°116].

Le bateau-usine : Takiji Kobayashi et Gô Fujio

Titre : Le bateau-usine

Scénaristes : Takiji Kobayashi et Gô Fujio
Dessinateur : Gô Fujio

Édition : Akata (2016)
Édition Originale : Kanikôsen (2006)
Traduction :

Résumé :
Dans les années 20, au Japon… L’industrialisation du pays fait rage, tandis qu’en Russie, la Révolution vient de s’achever.

Au port de Hakodate, c’est l’effervescence : le bateau-usine s’apprête à partir en mer, pour pêcher des crabes qui seront revendus à prix d’or. Mais les ouvriers-pécheurs ne se doutent pas encore du destin qui les attend…

Exploités, battus et spoliés par Asakawa, l’intendant du navire qui ne pense qu’aux bénéfices de l’entreprise qu’il représente, ils vivront un véritable enfer quotidien.

Pourtant, quand le bateau échappe au naufrage, grâce à l’aide d’un chalutier russe, les esprits commencent à s’échauffer.

Un jeune étudiant, influencé par les romans de Dostoïevski, décide de prendre la tête d’un mouvement de rébellion… La grève est ouverte !

Critique :
La littérature engagée, j’aime ça. Quelque soit son support. Ici, c’est roman issu de la littérature japonaise, publié en 1929 (et interdit ensuite), qui est adapté en manga.

L’auteur du roman original est décédé en 1933, d’une crise cardiaque, soi-disant, mais les marques sur son cadavre font tout de suite penser à ses proches qu’il est mort de la torture… Ambiance.

Ce manga parle du capitalisme dans ce qu’il a de plus extrême : pour que les actionnaires gagnent plein de pognon, il faut que des pauvres types crèvent en travaillant dans des conditions épouvantables.

Le rendement, quoiqu’il en coûte ! Voilà le maître mot d’Asakawa, l’intendant du bateau-usine qui pêche des crabes sur la mer du Kamtchtka, rivalisant avec les Russes. Pour l’intendant, c’est une guerre économique contre les Russes.

[…] c’est un duel entre le peuple de l’empire du Japon et les Russkofs… si jamais on perdait, alors les jeunes Japonais que vous êtes, avec vos couilles ballantes, vous n’auriez plus qu’a vous ouvrir le ventre et vous jeter dans la mer du Kamtchatka.

Coups, menaces, privations, travail dans des conditions terribles, pire qu’au goulag (ou « aussi pire »), malades obligés de bosser, bouffe infâme, pendant que le capitaine, l’intendant et les autres, se goinfrent de mets succulents, pour aller les vomir ensuite, vu que la mer, parfois, est démontée…

Même les ouvriers, dans leur trou à merde, au fond de la cale, on bien du mal à garder leur bol de riz dans l’estomac.

Dans ce manga, aucun personnage n’est plus mis en avant qu’un autre. Pas un héros, mais des ouvriers pauvres, qui n’ont pas le choix que de bosser sur ce navire, des hommes qui vont se révolter, tenter de se serrer les coudes pour mettre fin à cette tyrannie.

L’union fait la force, c’est bien connu, mais avant d’y arriver, à cette union, il faudra bien des brimades, bien des coups, bien des morts… avant que les 400 marins ne se rendent compte qu’ils sont bien plus nombreux que l’intendant.

Unir les gens est la chose la plus difficile qui soit, tandis que les désunir est si facile, comme le fera l’intendant, en mettant les pêcheurs et les ouvriers chargés de mettre les crabes en boîte en compétition. Et ça marche toujours !

Les seules choses qui aient un prix, sur ce bateau-usine, ce sont les boîtes de crabes, destinées à l’élite, certaines à l’empereur. Dans ces boites de crabes, il y a surtout le sang, la sueur et les morts des ouvriers, des pêcheurs.

L’autre chose qui a de la valeur, c’est le rafiot sur lequel ils naviguent : ce dernier est assuré pour une somme plus élevée que sa valeur. Autrement dit, il rapportera plus d’argent en faisant naufrage qu’en naviguant. Le ton est donné.

Récit d’une descente aux enfers où les pauvres gars embarqués sur cette galère se demanderont, à un moment, s’il n’aurait pas mieux valu mourir au départ. Les conditions de travail vont devenir de plus en plus dures, laissant les ouvriers épuisés, à tel point que les accidents de travail augmentent.

Un manga dont la lecture ne laissera personne indifférent, sauf peut-être les gros actionnaires (hommes ou femmes), qui ne s’enrichissent que sur le dos des autres, tels des tiques sur le dos d’un chien.

Il est à souligner que dans ces bateaux-usines, les intendants étaient des Japonais, qui se comportaient en esclavagiste envers d’autres Japonais, le tout pour le bien du pays. Ce n’était pas le fait d’étrangers donc !

Juste pour rappeler que bien souvent, le Mal vient de ses propres dirigeants, de ses propres intendants, patrons…. et qu’ils sont de la même nationalité que ceux qu’ils exploitent. Le véritable ennemi, ici, c’est le capitalisme et les étrangers ne sont pas responsables.

Diviser pour mieux régner, c’est un classique qui marche toujours. Exploiter les plus pauvres, ceux qui n’ont pas le choix, et les dresser l’un contre l’autre, c’est le combo gagnant pour cet intendant et pour tous les exploiteurs.

Un excellent manga, qui prouve, une fois de plus, que les mangas, ce ne sont pas que pour les ados et que ce ne sont pas des « trucs avec des mecs bourrins dedans ». Non, ici, c’est juste la mise en image d’un roman qui était lui même la mise en phrase des horreurs qui avaient lieu dans les bateaux-usines.

Le pire est que ces pratiques ont toujours lieu, quelque part dans le monde, dans d’autres pays, pour que des sociétés fassent de superprofits sur des vêtements, de l’alimentation, le tout, au détriment de gens qu’elles exploitent et de la Nature qu’elles foutent en l’air.

Pas de soucis, tout va très bien, madame la marquise !

Gueules d’ombre : Lionel Destremau

Titre : Gueules d’ombre

Auteur : Lionel Destremau
Édition : La manufacture de livres (07/04/2022)

Résumé :
À Caréna, l’enquêteur Siriem Plant est chargé par le Ministère des Anciens combattants de découvrir l’identité d’un mystérieux soldat plongé dans le coma.

On ne sait d’où vient cet homme, quelle fut son histoire, ni même si le nom qu’il utilise, Carlus Turnay, est bien le sien.

Et pourtant, des familles se bousculent pour reconnaître en lui un proche disparu. Plant n’a d’autre choix que de chercher des témoins parmi les anciens frères d’armes de l’inconnu.

Mais les survivants ne sont pas légion et il devra arpenter les routes pour rencontrer celles qui attendaient le retour de ces gueules d’ombre aujourd’hui disparues – épouses, amantes, mères, sœurs… De femme en femme, il lui faudra reconstituer le puzzle de l’énigmatique Carlus Turnay.

Au fil de cette enquête insolite menée dans les décombres d’un pays fictif, Lionel Destremau impose, dès ce premier roman, son univers littéraire unique.

Critique :
Caréna est une ville imaginaire (rien avoir avec Ma Caréna, la danse connue), tout comme la guerre dont on parle dans ce roman policier.

Pourtant, cette guerre, avec ses tranchées, ses boyaux de terre, ses obus qui enterrent les vivants dedans, avec ces hommes partis au combat presque la fleur au bout du fusil, parlant de guerre éclair, on aurait pu croire que l’on parlait de la Première. Mais non…

Les références à de la modernité (électricité, hélicoptères,…) vous font vite comprendre que toutes références à 1914 est impossible. Bizarrement, durant ma lecture, c’est à elle que j’ai pensé, surtout en lisant les lettres ou les récits des soldats de l’unité de Carlus Turnay, soldat dans le coma dont on charge Siriem Plant de retrouver son identité, sa véritable famille.

Si certains passages de ce roman m’ont enchanté, d’autres ont créés de la lassitude durant ma lecture. Le rythme n’est pas trépidant, l’enquête de Siriem Plant débouche souvent sur du vide, une fausse piste, des hommes décédés, ayant perdu l’esprit, l’usage de la parole et j’avoue que durant la moitié de ma lecture, je me suis ennuyée.

Pourtant, l’écriture de l’auteur était belle, les témoignages des soldats parlaient de désobéissance, d’ordres débiles, de pertes humaines énormes pour gagner quelques mètres, de conditions déplorables dans les tranchées, de la peur, du sang, des boyaux répandus…

Bref, tout ce qui m’a fait penser à la Grande Guerre… Ces passages, bien que durs, étaient très instructifs, surtout qu’ils intervenaient juste avant que Siriem Plant n’aille interroger la famille de cet homme mort au combat.

La plus belle partie, ce sont les témoignages, qui permettent aussi d’en apprendre un peu plus sur la personnalité du soldat Carlus Turnay et de mieux cerner le personnage.

C’est dans la toute dernière partie, lorsque Siriem a accès à une lettre écrite par cet homme dont il recherche désespérément l’identité, que les émotions seront les plus fortes. Cette lettre, que le destinataire n’a jamais lue, éclaire cet homme et nous font comprendre ses motivations profondes.

L’hypocrisie, les bien-pensants qui prêchent ce que vous devez faire, mais qui ne le pratiquent pas, la famille et son poids, une mère trop présente, une vie toute tracée par les autres, comme l’ont toujours fait les ancêtres, décidant pour les autres comme on avait décidé pour eux-mêmes… Vie de merde ? Vie de fardeau, oui.

Ces gueules d’ombre sont des gueules cassées, mais de l’intérieur, pour ceux qui ont survécu à la boucherie que fut cette guerre intemporelle dans ce pays imaginaire.

Le roman aurait dû m’emporter par sa puissance, mais je suis restée coincée de nombreuse fois dans les atermoiements de l’un, les errances de Siriem durant son enquête. Malgré tout, c’est un bon détective, mais hélas, il m’a été difficile de m’y attacher.

Un roman étrange, loin des canons habituels des romans policiers, une belle écriture, comme si le roman datait d’un autre siècle, une enquête épineuse et malgré tout cela, je me suis ennuyée durant une partie de ma lecture. Dommage…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XXX].

Les trois épouses de Blake Nelson : Cate Quinn

Titre : Les trois épouses de Blake Nelson

Auteur : Cate Quinn
Édition : Presses de la Cité (2021) / Pocket (2022)
Édition Originale : Black Widows (2021)
Traduction : Maxime Berrée

Résumé :
Blake Nelson est retrouvé mort dans le désert. La police soupçonne sa femme l’avoir tué. Mais laquelle ?

RACHEL, PREMIÈRE ÉPOUSE
 » Pardonne-moi, Seigneur, j’ai menti à un policier aujourd’hui. Je lui ai dit que Blake n’avait jamais levé la main sur moi. « 

TINA, SŒUR-ÉPOUSE
 » Quand les flics m’ont embarquée, j’ai cru qu’ils nous arrêtaient pour polygamie. À Vegas, je me faisais arrêter pour racolage. Ici, c’est parce que je suis mariée. « 

EMILY, SŒUR-ÉPOUSE
 »  » Tu peux être toi-même ici ‘, m’a dit Blake. Ce qu’il voulait dire, je pense, c’est que je pouvais être à lui. « 

Contre la volonté de sa famille et les règles de l’Église mormone, Blake Nelson a épousé trois femmes. Tous les quatre vivent dans un ranch miteux perdu au beau milieu de l’Utah, dans l’attente de la Fin des Temps. Personne ici ne les dérangera.

Jusqu’à ce que le corps de Blake soit retrouvé dans un sale état. Bienvenue chez les mormons !

Critique :
Blake Nelson est mort, assassiné. Non, je ne divulgâche rien, c’est dans le résumé et son meurtre arrive dès les premières lignes.

Le mystère est de savoir qui l’a tué ? Et pourquoi ? La particularité de cet homme, c’est qu’il était mormon et polygame, ce qui n’est plus permis dans cette secte.

Ses trois épouses sont number one sur la liste des suspects. Pour  le savoir, nous allons entrer dans leur tête et ces dames seront, tour à tour, les narratrices.

La particularité de ce roman policier, c’est que nous entrons dans l’église des Saints des Derniers Jours et ce n’est pas triste ! L’autrice s’est bien renseignée et l’immersion dans la société mormone est un petit plus qui ne gâche rien.

Entre nous, je n’ai absolument pas envie de me retrouver dans cette espèce de secte qui me parle de fin des temps, qui stockent de la bouffe pour une année, ne boivent pas de café et doivent porter des sous-vêtements jour et nuit, ceux agréé par le Temple.

Ce polar prend son temps et si vous recherchez de l’action, il faudra aller voir ailleurs, car l’autrice prend le temps de planter ses décors, de donner de l’épaisseur à ses personnages en nous parlant de leur vie antérieure, de nous présenter l’homme qu’était Blake Nelson et de sa vie avec ses femmes, eux qui vivent dans un trou tellement perdu que même le trou du cul du monde est moins paumé.

Suivre les pensées de nos trois femmes est glaçant, notamment dans leur façon de vivre et de penser, surtout Rachel, la première épouse, qui est mormone jusqu’au tréfonds de son âme et du fond de sa culotte agrée par le Temple.

Sa spécialité ? Cuisiner des conserves et faire des conserves. Si vous voulez perdre du poids, oubliez les programmes à la con, venez vous asseoir à la table de Rachel : perte de poids garantie tant sa cuisine est insipide.

Brillante idée que de donner la parole aux trois femmes, tour à tour. Leur récit est glaçant, notamment leur vie de femmes mariées et celles de leur enfance. Cela nous permet de ressentir de l’empathie à leurs égards et d’avoir une autre vision que celle de la psychorigide mormone, de l’ancienne pute droguée et de la jeunette immature et frigide, qui ment tout le temps.

Lorsqu’on prend le temps d’aller gratter sous le vernis, on découvre des personnages inattendus. Se retrouver dans la position d’accusées permettra à ces trois épouses de s’ouvrir, de changer, de se montrer telles qu’elles sont vraiment.

L’autrice décrit bien le fonctionnement de la communauté des saints des derniers jours, l’intégrisme de ses membres, leurs préceptes et l’intransigeance de leur doctrine. Ça fait froid dans le dos. Et puis, il n’y a pas que ça… Dans le passé d’une des épouses, il y a des boites qu’elle a choisi de garder fermer.

Un excellent roman policier qui ne se contente pas de nous mettre face à un meurtre et un/une coupable à trouver, mais qui nous immerge dans la communauté des mormons, ainsi que dans la tête et la vie de trois femmes, trois épouses d’un même homme, qui vont devoir se sortir les doigts du cul afin de trouver la solution à l’assassinat de leur époux, qui était loin d’être un saint, lui aussi, mais qui se prenait pour un roi chez lui.

Un roman choral aux atmosphères particulières, aux dialogues ciselés, aux personnages travaillés, qui ne manquent pas de profondeur, ce qui donnera des portraits psychologiques très fins et un roman noir qui se lit tout seul, malgré les 580 pages en version poche.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°111].

Sous-vêtements mormons…

Bilan Livresque Annuel 2022 et Coups de Cœur selon les catégories ! [Épisode 2/3]

Afin de n’oublier aucune lectures  digne d’intérêt, je vous propose, comme les autres années, un classement par « genre littéraire ». Rentrent dans ce classement, les romans que j’ai apprécié, mais pas au point d’en avoir un coup de coeur. Ce sont les 3 Sherlock ou 3,5 (étoiles).

Si vous l’envie subite vous prenait de vouloir lire un thriller addictif, un polar addictif, de la fantasy, de la SF ou tout autre genre qui vous fasse sortir de votre zone de confort, vous pourrez piocher dans ces listes de romans que j’ai apprécié en 2022, mais qui ne se retrouvent pas nécessairement dans les coups de cœurs publiés hier.

Il y aura des redites, bien entendu : des romans classés hier se retrouveront à nouveau dans ces listes, parfois à plusieurs endroits. D’autres feront leur apparition, selon leur catégorie et leur degré d’appréciation.

Certains romans, qui n’ont pas été des coups de cœur de l’année, dont j’ai soulevé des bémols dans mes chroniques, pourraient, malgré tout, se retrouver dans ces classements, car ils n’avaient pas que des points négatifs, que du contraire.

J’ai passé toute ma liste de lecture 2022 (putain, quelle longueur !) et j’ai essayée d’être la plus juste possible, de brasser le plus large possible et de vous laisser le plus de choix possible (non, je n’ai pas des actions dans la vente des livres !). J’espère ne pas en avoir oublié… 

PS : l’ordre de classement n’a rien à voir avec le plaisir de lecture. De toute façon, les meilleurs sont signalés par de ♥♥♥♥.

La Littérature Américaine que j’ai le plus appréciée en 2022 :

  1. L’été où tout a fondu : Tiffany McDaniel ♥♥♥♥
  2. Les bisons de Broken Heart : Dan O’Brien ♥♥♥♥
  3. Un profond sommeil : Tiffany Quay Tyson ♥♥♥♥
  4. Minuit à Atlanta : Thomas Mullen ♥♥♥♥
  5. Lady Chevy : John Woods ♥♥♥♥
  6. Duchess : Chris Whitaker ♥♥♥♥
  7. American predator : Maureen Callahan ♥♥♥♥
  8. Les croassements de la nuit – Inspecteur Pendergast 04 : Preston et Child
  9. Nuit noire, étoiles mortes : Stephen King
  10. Blackwater – 01 – La Crue : Michael McDowell
  11. Blackwater – 02 – La Digue : Michael McDowell
  12. Blackwater – 03 – La Maison : Michael McDowell
  13. Billy Summers : Stephen King
  14. L’Outsider : Stephen King
  15. Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Joe Lansdale
  16. Plus bas dans la vallée : Ron Rash

Les romans, policiers ou pas, qui m’ont fait  passer un bon moment de lecture tout en étant bien faits ! Cela peut être un bon cosy mystery, un thriller plus tordu que les autres, un western bien foutu… Bref, ceux que j’ai apprécié lire, sans pour autant qu’ils décrochent, tous, les médailles d’or.

  1. Détectives du Yorkshire ‭–‬ 07 ‭–‬ Rendez-vous avec la menace ‭:‬ Chapman
  2. L’assassin de la rue Voltaire – Gabriel Joly 03 : Henri Loevenbruck
  3. La Traversée des Temps – 02 – La Porte du ciel : Eric-Emmanuel Schmitt
  4. Les chroniques de St Mary’s‭ – ‬04 – Une trace dans le temps : Jodi Taylor
  5. L’Armée d’Edward : Christophe Agnus
  6. Le Loup des Ardents : Noémie Adenis
  7. Au service surnaturel de sa majesté – 02 – Agent double : Daniel O’Malley
  8. Le bureau des affaires occultes – 02 – Le fantôme du vicaire : Éric Fouassier

Thrillers addictifs, pages-turner, mais pas que ! De quoi rester accroché à son roman tout en ayant plus qu’une simple enquête… Bien souvent, des faits de société viennent se greffer dans les récits, ce qui donne à ces romans un petit plus que les autres n’ont pas.

  1. L’Armée d’Edward : Christophe Agnus
  2. Dans les brumes de Capelans : Olivier Norek
  3. Labyrinthes : Franck Thilliez
  4. La capture – Yvonne Chen 02 : Nicolas Lebel
  5. Atmom[ka] – Franck Sharko et Lucie Hennebelle 03 : Franck Thilliez
  6. Pandemia – Franck Sharko & Lucie Hennebelle 05 : Franck Thilliez
  7. Immortel – Tomás Noronha 10 : José Rodrigues dos Santos
  8. Te tenir la main pendant que tout brûle ‭:‬ Johanna Gustawsson
  9. Lontano – Famille Morvan 01 : Jean-Christophe Grangé
  10. W3 – 02 – Le mal par le mal : Jérôme Camut et Nathalie Hug

♫ Noir c’est noir ♪ Les romans Noirs, ceux qui possèdent un contexte social important, ceux qui parlent des sans-dents, des pauvres… Ce classement reprendra aussi les petites perles noires lues cette année et toutes n’étaient pas des lectures dépressives !

  1. Hangman – Les fantômes du bourreau : Sébastien Bouchery ♥♥♥♥
  2. La reine noire : Pascal Martin ♥♥♥♥
  3. Épilogue meurtrier – Trilogie de la crise HS1 : Pétros Márkaris
  4. Tapas nocturnes – Diego Martín 00 : Marc Fernandez
  5. Indomptable : Vladimir Hernández Pacín
  6. Bandidos – Diego Martín 03 : Marc Fernandez
  7. Le fourgon des fous : Carlos Liscano
  8. ‭Respirer le Noir : Collectif
  9. On était des loups : Sandrine Collette
  10. L’Aigle noir : Jacques Saussey
  11. Le carré des indigents‭ : ‬Hugues Pagan

Nouvelle catégorie, parce que Holmes mérite bien d’avoir son classement des titres lus. Au royaume des apocryphes, tous ne sont pas de bonne qualité, tous ne sont pas super. Voici ceux que j’ai lu et apprécié…

  1. Lady Sherlock – 02 – Conspiration à Belgravia : Sherry Thomas
  2. Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion : Nicholas Meyer
  3. Les vieux cahiers de Sherlock Holmes : Martine Ruzé-Moens
  4. Les voyages de Sherlock Holmes : Martine Ruzé-Moëns
  5. Sherlock Holmes – Compléments d’enquête : Jean Alessandrini
  6. Sherlock, Lupin & Moi – 12 – Le bateau des adieux : Irene Adler
  7. Sherlock, Lupin & moi – 13 – Le souterrain mortel : Irene Adler
  8. Sherlock, Lupin & moi – 14 – À la recherche de la princesse Anastasia : Adler
  9. Enola Holmes – 07 – Enola Holmes et la barouche noire : Nancy Springer
  10. Sherlock Holmes et l’héritière de Lettox Castle : Pascal Malosse
  11. Sherlock, qui est le coupable ? : Vincent Raffaitin et Collectif
  12. Sherlock Holmes et les Romanov : Pascal Malosse
  13. Simulacres martiens : Eric Brown
  14. Sherlock Holmes et l’affaire des noyades bleues : Jérôme Hohl
  15. Sherlock Holmes – Recueil d’enquêtes détonantes : Gareth Moore

Envie de dépaysement ? D’aventures ? De partir au loin sans bouger de votre divan ? Avec eux, on s’évade dans l’espace, dans le temps et on passe d’excellents moments de lecture (souvent dans le froid ou la chaleur forte).

  1. Nouvelle Babel ‭:‬ Michel Bussi
  2. Atmom[ka] – Franck Sharko et Lucie Hennebelle 03 : Franck Thilliez
  3. La Traversée des Temps – 02 – La Porte du ciel : Eric-Emmanuel Schmitt
  4. L’Odyssée de Sven : Nathaniel Ian Miller
  5. Bêtes, hommes et dieux – À travers la Mongolie interdite : Ossendowski
  6. Du fond des âges : René Manzor
  7. Tous les démons sont ici – Walt Longmire 07 : Craig Johnson

Cette classification pourrait donner la main avec celle consacrée aux romans parlant des horreurs humaines (camps, génocides, goulags, racisme,…), parce que bien souvent, les deux classements possèdent les mêmes titres, à quelques exceptions près. Ici, sont classés les romans dont je n’oublierai pas certaines scènes, certains passages…

  1. La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse : Svetlana Alexievitch ♥♥♥♥
  2. Hangman – Les fantômes du bourreau : Sébastien Bouchery ♥♥♥♥
  3. Condor : Caryl Ferey ♥♥♥♥
  4. S’adapter : Clara Dupont-Monod ♥♥♥♥
  5. Quand tu écouteras cette chanson : Lola Lafon ♥♥♥♥
  6. Génocidé : Révérien Rurangwa ♥♥♥♥
  7. Une saison de machettes : Jean Hatzfeld (non chroniqué)
  8. Le Chant d’Haïganouch : Ian Manook ♥♥♥♥
  9. Les silences d’Ogliano : Eléna Piacentini ♥♥♥♥
  10. Un coin de ciel brûlait : Laurent Guillaume
  11. Voyage au bout de l’enfance : Rachid Benzine ♥♥♥♥
  12. Que sur toi se lamente le Tigre : Emilienne Malfatto ♥♥♥♥

Parfois, on commence une lecture sans savoir si elle va nous apporter du plaisir ou de la déception… On avait entendu des bonnes critiques sur ces romans, mais on n’est jamais à l’abri de foirer sa lecture… Ce ne fut pas le cas ici. Des bons souvenirs de lecture !

  1. Le dernier joyau des Romanov ‭:‬ Monique Dollin du Fresnel
  2. Lady Sherlock – 02 – Conspiration à Belgravia : Sherry Thomas
  3. Lontano – Famille Morvan 01 : Jean-Christophe Grangé
  4. Les croassements de la nuit – Inspecteur Pendergast 04 : Preston et Child
  5. La Nymphe Endormie : Ilaria Tuti
  6. Vivre avec nos morts : Delphine Horvilleur
  7. Les Mots immigrés : Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini
  8. Immortel – Tomás Noronha 10 : José Rodrigues dos Santos
  9. Tenir sa langue : Polina Panassenko
  10. La maison assassinée : Pierre Magnan

Chaque année, je me dis que je vais lire plus de fantasy/SF/fantastique/dystopie (j’en ai des tas dans ma PAL), et au bilan final, je me rends compte que je n’en ai pas lu beaucoup. Par contre, j’ai fait des bonnes pioches du premier coup :

  1. Le Chien du Forgeron : Camille Leboulanger
  2. Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 02 – La Fille dans la tour : Katherine Arden
  3. Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière : Katherine Arden
  4. La maison des jeux – 01 – Le serpent : Claire North ♥♥♥♥
  5. La maison des jeux – 02 – Le voleur : Claire North ♥♥♥♥
  6. Harry Potter et le prince de sang-mêlé – 06 : J.K. Rowling ♥♥♥♥
  7. Drenaï – 10 – Loup Blanc : David Gemmel
  8. Au service surnaturel de sa majesté – 02 – Agent double : Daniel O’Malley
  9. Les chroniques de St Mary’s‭ – ‬04 – Une trace dans le temps : Jodi Taylor
  10. Les chroniques de St Mary’s – 05 – Hier ou jamais : Jodi Taylor
  11. Ring Shout : P. Djèli Clark
  12. Simulacres martiens : Eric Brown
  13. Émissaires des morts – Andrea Cort 01 : Adam-Troy Castro
  14. La monture : Carol Emshwiller

Les romans marquants qui parlaient de ségrégation raciale, de l’apartheid, de racisme, de l’esclavage, des dictatures, du communisme et de ses dérives,  du totalitarisme, des guerres, des camps de concentration, des goulags, des génocides, de Tchernobyl et sa catastrophe, de fracturation hydraulique, les migrants, Daesh,… Le tout dans des romans policiers, historiques, autobiographiques, des recherches, de la littérature blanche :

  1. La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse : Svetlana Alexievitch ♥♥♥♥
  2. Condor : Caryl Ferey ♥♥♥♥
  3. Vous ne nous séparerez pas : Régis Delpeuch ♥♥♥♥
  4. Une libération : Nicolas Rabel
  5. Toute la lumière que nous ne pouvons voir : Anthony Doerr
  6. Quand tu écouteras cette chanson : Lola Lafon ♥♥♥♥
  7. Génocidé : Révérien Rurangwa ♥♥♥♥
  8. Une saison de machettes : Jean Hatzfeld (non chroniqué)
  9. Le Chant d’Haïganouch : Ian Manook ♥♥♥♥
  10. GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique ‭: ‬Ondjaki 
  11. Donbass : Benoît Vitkine
  12. Un coin de ciel brûlait : Laurent Guillaume
  13. Haine : José Manuel Fajardo
  14. Le fourgon des fous : Carlos Liscano
  15. Fracture : Eliza Griswold
  16. Voyage au bout de l’enfance : Rachid Benzine ♥♥♥♥
  17. Le cycliste de Tchernobyl : Javier Sebastian
  18. L’or vert du Sangha : Pierre Pouchairet

Parce que les Amérindiens méritent aussi d’avoir leur classement en plus des autres, parce que cette année, j’ai lu trois romans parlant de ce que les Blancs leur ont fait subir… Et que je devrais en lire plus.

  1. Nous étions libres comme le vent : David Roberts
  2. Crazy Horse – Une vie de héros : Joseph Marshall III
  3. Kill the indian in the child : Elise Fontenaille-N’Diaye

Parfois, lorsque plus rien ne va, lorsqu’on en a marre de tout, il suffit de sortir de sa PAL un auteur doudou (Camilleri et son commissaire Montalbano / Doherty et son frère Athelstan / Kinsey et sa Lady Hardcastle / Faith Martin avec Loveday & Ryder,…) pour que tout reparte ! Ce sont des polars que j’aime lire et dont j’apprécie suivre les personnages.

  1. Commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano : Andrea Camilleri
  2. Commissaire Montalbano – 06 – La démission de Montalbano : Camilleri
  3. Commissaire Montalbano – 07 – L’excursion à Tindari : Andrea Camilleri
  4. Commissaire Montalbano – 10 – Le tour de la bouée : Andrea Camilleri
  5. Les enquêtes de Frère Athelstan – 04 – La Colère de Dieu : Paul Doherty
  6. Les enquêtes de Frère Athelstan – 06 – Le Repaire des corbeaux : Doherty
  7. Les enquêtes de Frère Athelstan – 07 – Le Jeu de l’assassin : Paul Doherty
  8. Les enquêtes de Frère Athelstan – 08 – La Chambre du diable : Doherty
  9. Enquêtes de Lady Hardcastle – 01 – Petits meurtres en campagne ‭:‬ T.E Kinsey
  10. Enquêtes de Lady Hardcastle – 02 – Meurtres dans un village anglais : Kinsey
  11. Enquêtes de Lady Hardcastle – 03 – La mort au tournant : T. E. Kinsey
  12. Détectives du Yorkshire ‭–‬ 07 ‭–‬ Rendez-vous avec la menace ‭:‬ Chapman
  13. Loveday & Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel : Faith Martin
  14. Loveday & Ryder – 06 – ‬Couronnement fatal à Middle Fenton ‭: ‬Faith Martin
  15. Les folles enquêtes de Magritte et Georgette – 03 – Les fantômes de Bruges : Nadine Monfils
  16. Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette – 04 – Liège en eaux troubles : Nadine Monfils
  17. Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco : Jean-Christophe Rufin
  18. Les chroniques de St Mary’s‭ – ‬04 – Une trace dans le temps : Jodi Taylor
  19. Les chroniques de St Mary’s – 05 – Hier ou jamais : Jodi Taylor
  20. Les Dames de Marlow enquêtent – 01 – Mort compte triple : Robert Thorogood
  21. Sa Majesté mène l’enquête – 02 – Bain de minuit à Buckingham : S.J. Bennett

Les déceptions totales, alors que je m’attendais à de belles lectures. Parfois ce furent des découvertes d’auteurs que je voulais faire et qui ont foirées (et elles sont nombreuses, cette année) :

  1. Verre cassé : Alain Mabanckou
  2. Nos vies en flammes : David Joy
  3. L’île des chamanes : Jay Kim
  4. L’eau rouge : Jurica Pavičić
  5. Sherlock Holmes et la Bête des Stapleton : James Lovegrove
  6. Sidérations : Richard Powers
  7. 1977 : Guillermo Saccomanno
  8. Je suis l’hiver : Ricardo Romero
  9. Dans les eaux du Grand Nord : Ian McGuire
  10. Le grand monde : Pierre Lemaitre
  11. Ce qui vient après : JoAnne Tompkins
  12. Francis Rissin : Martin Mongin
  13. Omerta : R. J. Ellory
  14. Nous sommes les chasseurs : Jérémy Fel
  15. Les hommes ont peur de la lumière : Douglas Kennedy [LC avec Bianca]
  16. Arpenter la nuit : Leila Mottley
  17. Le Meurtre de Harriet Monckton ‭:‬ Elizabeth Haynes [LC avec Bianca]
  18. Fantômes : Christian Kiefer
  19. Toutes les chances qu’on se donne : Kevin Hardcastle
  20. Dessous les roses : Olivier Adam
  21. Instants sauvages : Noël Sisinni
  22. L’homme peuplé : Franck Bouysse
  23. Le secret de la cité sans soleil : Gilles Legardinier
  24. Se cacher pour l’hiver : Sarah St. Vincent (non chroniqué)
  25. True story : Kate Reed Petty (non chroniqué)
  26. Eldorado : Laurent Gaudé (non chroniqué)

Le carré des indigents‭ : ‬Hugues Pagan

Titre : Le carré des indigents

Auteur : Hugues Pagan
Édition : Rivages Noir (05/01/2022)

Résumé :
L’inspecteur principal Claude Schneider, fraîchement muté dans une ville moyenne de l’est de la France, reçoit comme première affaire celle de la disparition d’une jeune fille sans histoire.

Son père a signalé son absence alors qu’elle n’est pas rentrée de la bibliothèque. Finalement, le cadavre de Betty est retrouvé peu après, atrocement mutilé à la gorge.

Critique :
La prochaine fois qu’un scrogneugneu me balancera, d’un air infatué (ou moqueur), que « les romans policiers, ce n’est pas de la littérature, que je ferais bien de lire des vrais livres », je pense qu’il serait de bonne guerre que je lui balance ce polar noir dans la gueule, afin qu’il constatât que cela fait moult années que le polar n’est plus un roman de gare.

N’espérez pas lire ce polar noir en vitesse, il faut être concentré sur sa lecture, l’auteur utilisant des phrases bien plus complexes que le traditionnel « Sujet – Verbe – Complément ». Ses constructions de phrases sont belles, brillantes, recherchée. Mais c’est une lecture plus exigeante, il est déconseillé de rêvasser en lisant.

La société des années 70 que nous brosse l’auteur n’est pas brillante. Non, ce n’était pas mieux avant. Dans ses pages, c’est sombre et ce sont les petites gens qui sont mises à l’honneur, ainsi que les membres d’un commissariat, un peu à la manière de la série du 87è district (Ed McBain).

L’inspecteur principal Schneider est un homme taciturne, il a fait la guerre d’Algérie, est revenu avec des blessures à l’âme et au cœur, mais son personnage sort tout de même des sempiternels flics bourrus alcoolos. Mais que ça fait du bien d’avoir un enquêteur qui sort des portraits habituels, qui a du répondant (avec peu de mots, mais souvent cinglants) et qui se fout de tout, sauf de ses enquêtes (il ne fait pas de la lèche).

Hugues Pagan a une plume incisive, cynique, caustique, mâtinée de termes argotique, de langage un peu cru, sans être vulgaire. Du langage de flics des années 70, de celui des gens d’en bas. Un langage qui colle parfaitement bien à l’atmosphère de ce roman noir, qui est parfaitement dans le ton des années 70 et qui lui donne un petit truc en plus.

L’enquête ne sera pas facile : pas de témoins de la mort d’une jeune fille qui rentrait chez elle à bicyclette et que l’on retrouvera morte. Schneider mène l’enquête, boit beaucoup, fume comme un dragon, se moque des colère de celui que l’on surnomme Dieu (le chef du commissariat), ne trempe pas dans les magouilles des ripoux et tente de faire la lumière sur ce crime banal mais terriblement dégueulasse.

Un roman noir, social, terriblement sombre, rempli de désespoir, de tristesse, aux atmosphères poisseuses, peuplé de personnages forts, qui dégagent une présence qui restera, même après la fermeture de ce roman.

Un roman que j’ai refermé avec une pointe de tristesse, avec la sensation que je quittais une épique de flics que j’avais apprécié, qui m’avaient marqué, notamment Schneider. Un roman noir qui va à son rythme, qui ne fait pas dans la surenchère ou la vitesse, mais qui marque tout de même.

PS : merci au Top 10 (chez Collectif Polar) de la flingueuse Chantal qui m’a donné envie de lire ce roman noir ! C’est mauvais pour la PAL, ces top, mais on y trouve parfois des pépites cachées qui méritent d’être mises en avant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°107].

Plus bas dans la vallée : Ron Rash

Titre : Plus bas dans la vallée

Auteur : Ron Rash
Édition :
Édition Originale : In the valley (2020)
Traduction : Isabelle Reinharez

Résumé :
Un an après son départ pour le Brésil, Serena, personnage emblématique de l’œuvre de Ron Rash, revient dans les Great Smoky Mountains. Selon le contrat qui la lie à la compagnie de Brandonkamp, tous les arbres de la dernière parcelle qu’elle possède aux États-Unis doivent être abattus avant la fin de juillet. Il ne reste que trois jours.

La pluie incessante qui fait de ce flanc de montagne un véritable bourbier, les serpents impitoyables, l’épuisement des bûcherons en sous-effectif rendent la tâche presque impossible. La « Lady Macbeth des Appalaches » sera-t-elle à la hauteur de sa sinistre réputation ?

Autour de ce diamant noir, six nouvelles âpres mais traversées d’éclairs d’un humour parfois grinçant disent la vie rude et privée d’horizon des enfants oubliés de l’Amérique que sont les habitants de cette contrée.

Critique :
Alors Serena, on est de retour ? Tu es revenue dans les Appalaches, dans les Great Smoky Mountains, afin de continuer de raser la forêt ?

Serena, tu n’imagines pas combien j’étais heureuse de recroiser ta route, tout en redoutant la confrontation. Avais-tu changé ou étais-tu égale à toi-même ?

Pas de doute, ma Serena, tu es égale à toi-même : une femme froide, une femme de poigne, une femme qui n’hésite pas à trucider ceux ou celles qui t’ont fait chier, déplu, qui pourraient te faire de l’ombre…

Enfin, Serena, tu te contentes de donner l’ordre à Galloway, ton âme damnée, qui fait le sale boulot.

Serena… Je disais, dans ma chronique du roman éponyme, qu’elle inspirait la peur, le respect, le désir, la haine. On oscille sans cesse entre l’amour et la haine du personnage.

La seule chose dont je suis sûre, avec Serena, c’est que son personnage est recherché, travaillé et que son auteur a réellement donné vie à une Lady Macbeth des années 30. Et quand elle doit gagner un pari ou respecter une échéance, la Serena est prête à tout, notamment à mettre en danger ses ouvriers, sans états d’âmes.

Moi qui ne suis pas fan des nouvelles, voilà que celles composant ce recueil m’ont scotchées dans mon canapé, tant elles étaient puissantes, bien racontées, sans laisser le lecteur sur sa fin. Le retour de Serena valait la peine d’être lu et Ron Rash a eu bien raison de nous l’offrir !

Percutante, comme toujours, la Serena. Diabolique, comme toujours. J’ai aimé les petits textes, entre deux chapitres, où l’auteur parle des animaux qui ont quitté la forêt, dévastée par les bûcherons, aux ordres de Serena, coupant tout sur leur passage, ne laissant que des souches, des morts, des blessés et des ouvriers épuisés… Violent.

La nouvelle se déroulant avec des soldats Sudistes (Les Voisins), vivant de rapines, celle avec l’homme qui voulait être baptisé était magnifique aussi et terriblement violente (Le Baptême), notamment dans la personnalité du futur baptisé.

Sans oublier celle avec la flamboyante, mais froide, Serena (Plus bas dans la vallée) et celle avec gérant d’une aire d’autoroute qui aidera une paumée (Le Dernier pont brûlé). Ce sont mes quatre nouvelles préférées.

Toutes ont pour cadre la Caroline du Nord, et si elles n’ont pas toutes la même puissance dévastatrice, elles n’en restent pas moins de très bonnes nouvelles qui parlent de pêche, de nature, de solitude, d’alcoolisme, de rencontres improbables, de nature exploitée et de travailleurs aussi…

Ce recueil de nouvelles est noir, sombre, sans pour autant manquer de lumière, car toutes les nouvelles ne se terminent pas tragiquement, il y a encore de l’espoir dans certains êtres humains. Bon, pas dans tous… En tout cas, même en étant dans des nouvelles assez courtes, les personnages ne manquaient pas de consistance.

J’aimerais bien que Ron Rash nous donne encore de ses nouvelles, qu’il nous offre quelques pépites noires, où les âmes humaines se débattent, hésitent, ne savent pas quel chemin choisir.

Ron Rash a un art bien à lui pour nous conter la noirceur humaine, ses côtés obscurs, le tout dans une nature grandiose, malmenée par l’Homme, où les animaux ne savent pas se défendre, hormis les serpents venimeux.

Attention, ce ne sont pas toujours les serpents les plus dangereux… Si Serena vous propose un emploi, fuyez, pauvres fous, mais si elle vous tend ce recueil, achetez-le et lisez-le, nom de Dieu !