UnPur : Isabelle Desesquelles

Titre : UnPur

Auteur : Isabelle Desesquelles
Édition : Belfond (22/08/2019)

Résumé :
Benjaminquejetaime et Julienquejetaime. Les noms que leur a donnés leur mère, Clarice. Dans les ruelles de Paris, ils forment une famille tournesol aux visages orientés vers le bonheur. Seulement, le destin va en décider autrement.

Quand un inconnu pose les yeux sur deux enfants en se demandant lequel il va choisir. Et tout leur enlever.

Quarante ans plus tard s’ouvre le procès d’un monstre qui n’est pas sur le banc des accusés mais dans la tête de chacun. C’est sa victime que l’on juge.

Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ?

De l’Italie – Bari et Venise – au Yucatán – sa mer turquoise et les rites ancestraux maya – se déploie l’histoire d’un être dont on ne saura jusqu’à la fin s’il est un pur.

Isabelle Desesquelles explore l’absolu de l’enfance, avec ses premières et surtout ses dernières fois, qu’à toute force on voudrait retrouver.

À sa manière frontale, l’auteur éclaire l’indicible. Roman de l’inavouable et dissection d’un tabou, UnPur bouscule, interroge, il envoûte et tire le fil de ce que l’on redoute le plus.

Critique :
J’aurais aimé rejoindre les avis enchanté de mes collègues de blogueurs, Lord Amnezik et Yvan, mais ce sera celui de Nathalie : la forme de la narration a tout foutu en l’air et m’a empêché de m’accrocher tout à fait à l’histoire.

Déjà, nous abordions deux sujets que je n’affectionne pas trop : l’enlèvement d’un enfant et la pédophilie.

Pourquoi le lire, alors, me direz-vous ? Parce que les retours étaient excellents et qu’il faut de temps en temps affronter les sujets que l’on évite en littérature.

Jamais facile de trouver le ton juste pour parler de ces horreurs et là, il faut souligner que l’auteure a su trouver les mots justes en utilisant des métaphores qui étaient encore plus percutantes que les mots réels. Là, mes tripes se sont serrées.

L’auteure n’épargne pas ses personnages, notamment notre jeune garçon enlevé qui semble souffrir du syndrome de Stockholm pour son ravisseur et j’avoue que c’est toujours dérangeant de lire ce genre de chose.

Oui, le livre est dérangeant, glauque aussi, la violence est présente, normal, vu les sujets traités, nous ne sommes pas au pays de Petzi.

Là où le bât a blessé, c’est dans la manière de narrer cette histoire.

L’utilisation d’une confession faite par Benjamin était une bonne idée, mais j’ai trouvé que le ton de la narration était froid, distant, sorte de mélange d’imagination débordante, de flou artistique, de sujet atteint psychologiquement (il serait difficile d’en ressortir sans séquelles psychiques) et inventant une réalité alternée, le tout baignant dans une réalité sordide.

Anybref, jamais je n’ai réussi à accrocher au récit tout à fait et ma compassion en a pris un coup puisqu’il me manquait des émotions brutes.

Sans les émotions au rendez-vous, hormis celle du dégoût des pédophiles et des enlèvements, cela a rendu ma lecture encore plus difficile puisque ce ton distant, comme si Benjamin racontait un récit onirique sur ce que fut sa vie après son évasion, a foutu toute ma lecture en l’air.

De plus, il me reste des interrogations à la fin de ma lecture et entre nous, j’aime mieux ne pas avoir la réponse car si elle était positive, ça retirait le crédit que j’ai encore pour Benjamin.

Mon seul autre point positif sera pour le final qui est horrible, brutal, violent et qui clôt le roman d’une manière magistrale.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.

Mon territoire : Tess Sharpe

Titre : Mon territoire

Auteur : Tess Sharpe
Édition : Sonatine Thriller/Policier (29/08/2019)
Édition Originale : Barbed Wire Heart (2018)
Traducteur : Héloïse Esquié

Résumé :
À 8 ans, Harley McKenna a assisté à la mort violente de sa mère. Au même âge, elle a vu son père, Duke, tuer un homme. Rien de très étonnant de la part de ce baron de la drogue, connu dans tout le nord de la Californie pour sa brutalité, qui élève sa fille pour qu’elle lui succède.

Adolescente, Harley s’occupe du Ruby, un foyer pour femmes en détresse installé dans un motel, fondé des années plus tôt par sa mère. Victimes de violence conjugale, d’addictions diverses, filles-mères, toutes s’y sentent en sécurité, protégées par le nom et la réputation des McKenna.

Mais le jour où une des pensionnaires du Ruby disparaît, Harley, en passe de reprendre les rênes de l’empire familial, décide de faire les choses à sa manière, même si elle doit, pour cela, quitter le chemin qu’on a tracé pour elle.

Critique :
Cette histoire comment un peu comme celle des rivaux de Painful Gulch (Lucky Luke) avec les O’Hara d’un côté et les O’Timmins de l’autre.

Entre ces deux familles, c’est la guerre ouverte.

Comme entre les McKenna et les Springfield, l’humour de René Goscinny en moins, bien entendu. Et sans Lucky Luke aussi…

Au milieu du territoire des McKenna coule une rivière qui la sépare de la famille Springfield, l’ennemi héréditaire. Même si pour le moment, une trêve semble être respectée…

Et les trêves sont faites pour être rompues !

Quelle puissance, dans ces pages… Comparable à la puissance d’un labo de meth qui explose : tu entends le bruit, le grondement et la boule de feu te plaque au sol, ravageant tout sur son passage. Voilà le genre d’émotions que je recherche dans une lecture et là, j’ai eu la dose recherchée.

Certains avaient comparé Harley, la fille de Duke, à Turtle (My absolute darling) mais pour moi, toutes les deux sont distinctes car le père de Harley, même s’il lui enseigne l’école de la vie de trafiquant, jamais il ne lève la main sur elle et jamais il n’abuse d’elle.

La violence est présente, bien entendu, mais elle est acceptable dans la mesure où nous nous trouvons face à un roman noir nous parlant d’un baron de la drogue dans le North County, sorte de trou du cul de l’Amérique où des suprémacistes Blancs se tatouent le chiffre 88 sur le cou et autres svastika un peu partout…

Pourtant, ce ne sera pas la violence des hommes que je retiendrai de ce roman, mais les émotions fortes qu’il m’a procuré, notamment avec le personnage de Harley, que j’ai aimé dès la première page.

Oui, j’ai aimé sa manière d’être, alternant d’un côté celui d’une fille qui sait se battre, qui n’a peur de rien et de l’autre la fille qui aide les femmes battues à s’en sortir. Deux faces d’une même pièce, tout comme son père, Duke.

L’auteur a mis en scène une héroïne qui nous marquera durablement car sous ses dehors de Tom Raider, elle est humaine. Et c’est aussi une véritable stratège, une petite Napoléon du crime qui n’a pas envie de connaître un Waterloo mais des Austerlitz.

Taclant fortement les hommes qui battent les femmes et les néonazis de tous poils, l’auteur a rendu son récit encore plus addictif en alternant les chapitres au présent et ceux du passé, où Harley nous racontera sa vie, ses premières fois, le tout dans le désordre, mais sans que cela rende le récit opaque.

Que du contraire, le récit est lisible, compréhensible et foutrement addictif. On dévore les chapitres comme si on avait toute la troupe des Sons Of Jefferson à son cul, comme si le manque risquait de se faire sentir si on déposait le roman sur la table.

Un roman noir époustouflant, violent, mais sans exagération, où, pour marquer son territoire, une fille va devoir se retrousser les manches puisque, contrairement aux mâles qui la sous-estiment, elle ne sait pas pisser debout.

Harley n’a peut-être un pénis entre les jambes, mais elle a un cerveau, elle sait l’utiliser et mieux, utiliser les faiblesses des autres, leurs points faibles et comme c’est une pisseuse, les mâles ne se méfient pas d’elle…

La barre a été placée très haute et pour la dépasser ou, du moins, l’égaler, l’auteure va devoir se retrousser les manches si elle ne veut pas décevoir son public pour son prochain roman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°102.

PAZ : Caryl Férey

Titre : PAZ

Auteur : Caryl Férey
Édition : Gallimard Série noire (03/10/2019)

Résumé :
Un vieux requin de la politique.
Un ancien officier des forces spéciales désormais chef de la police de Bogotá.
Un combattant des FARC qui a déposé les armes.
Un père, deux fils, une tragédie familiale sur fond de guérilla colombienne.

Critique :
Voyager avec Air Férey n’est pas sans risques…

Les parachutes ne sont pas compris dans le billet et durant tout le voyage mouvementé, on encaisse des G à hautes doses à tel point qu’on se demande si on reviendra vivant ou, au mieux, que l’on reviendra totalement disloqué

[Pour info, l’unité G (gravité), est une unité d’accélération correspondant approximativement à l’accélération de la pesanteur à la surface de la Terre].

Pourtant, j’y reviens toujours, à cet auteur…

Oh, je l’avais laissé un peu sur le côté ces derniers temps, mais pas parce que je n’aimais plus ses romans, juste parce que j’avais peur de repartir dans une spirale infernale et de m’en prendre, une fois de plus, plein la gueule, les tripes, le cœur, le plexus.

Généralement, après lecture d’un de ses romans, j’ai besoin de relire quelques « Martine » ou autre « Oui-Oui » pour remettre mon palpitant et mon cerveau à la normale.

Caryl Férey ne nous écrit pas un roman banal, il va au fond des choses, il est allé sur des terrains (et c’est risqué) où vous et moi n’irons jamais, il se documente et régurgite le tout dans des romans Noirs, profonds, qui ne vous laissent jamais indifférents et qui, surtout, instruisent sans vous donner l’impression que vous suivez un cours magistral sur l’Histoire du pays.

Et l’Histoire de la Colombie, ce n’est pas celle des Bisounours. Vous me direz que c’est pour tous les pays du Monde, mais j’ai comme l’impression que la Colombie a morflé plus que certains et qu’elle se situe dans le groupe de tête des pays aux Histoires les plus sanglantes.

Alors oui, c’est violent ! Autant le savoir avant de commencer qu’on ne va pas aller prendre le goûter chez Petzi. Le roman de Caryl est réaliste, donc, vous qui ouvrez ce roman, oubliez toute espérance.

Ici, on nous parle de meurtres sanglants, comme au temps de Violencia (période de guerre civile qui dura de 1948 à 19601 et provoqua la mort de 200.000 à 300.000 Colombiens, et la migration forcée, notamment vers les centres urbains, de plus de deux millions d’autres), des cartels de drogues, des FARC, de la corruption, de ce que les habitants ont endurés et endurent toujours.

La violence est-elle trop présente ? Je vous dirai que « oui mais non » car dans les notes de fin d’ouvrage, l’auteur nous avoue avoir édulcoré certaines choses et on ne pourrait pas écrire un roman réaliste sur la Colombie sans mettre en scène une partie de cette violence. Sauf si c’est le Guide du Routard que vous voulez lire.

Oui, j’en ai pris plein ma gueule, oui j’ai souffert avec ses habitants, avec les jeunes filles mineures et j’ai morflé avec les personnages qui ne sont jamais épargnés dans les romans de Férey.

Si la journaliste Diana, si Flora la formatrice auprès des ex-FARC et si Angel avaient toute ma sympathie, Lautaro le flic testostéroné n’avait reçu que mon mépris avant que l’auteur ne nous parle de la jeunesse de ce flic brutal et ne fasse pencher la balance vers l’empathie. C’est ça aussi le double effet Caryl Férey : arriver à te faire aimer un espèce de salopard froid et résolvant la violence par la violence.

Caryl Férey n’est pas un auteur qui écrit ses romans avec de l’encre ou avec un PC, non, il les écrit avec ses tripes, la plume trempée dans son sang, sa sueur et il te balance ça dans la gueule, sans précautions aucune, parce que tout compte fait, c’est une réalité que nous ne voulons pas voir…

Se plaçant du côté des opprimés, des laissés-pour-compte, des petites gens, des politiciens, l’auteur nous assène des Vérités dérangeantes comme autant de coups de poings sur un ring où les règles du marquis de Queensberry ne prévalent pas car on frappe sous la ceinture et en traître.

C’est violent, oui, c’est réaliste, c’est Noir, sombre, sans une once de lumière, ça pue la corruption à tous les étages, la poudre blanche, la coca, les armes à feu, la poudre, le sang, la sueur, les règlements de compte et les histoires de famille bien sordides.

J’aime bien quand Caryl Férey me tape dessus à coup de roman Noir…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°98.

C’est l’histoire de la Série Noire (1945-2015) : Franck Lhomeau, Antoine Gallimard & Alban Cerisier

Titre : C’est l’histoire de la Série Noire (1945-2015)

Auteur : Franck Lhomeau, Antoine Gallimard & Alban Cerisier
Édition : Gallimard (13/11/2015)

Résumé :
La Série Noire est née durant l’été 1945. Marcel Duhamel l’a dirigée pendant trente-trois ans, au sein de la maison d’édition de Gaston et Claude Gallimard.

Ami de longue date de Jacques Prévert et de Raymond Queneau, féru de littérature américaine, Marcel Duhamel s’est entièrement voué à cette passionnante et frénétique entreprise éditoriale, commencée modestement avant de devenir l’une des collections phares de la NRF.

Bon marché et largement diffusée, la Série Noire a été accueillie à bras ouverts par les lecteurs français de l’après-guerre fascinés par l’Amérique, scène mythique de ces romans noirs rugueux et haletants, hérités des pulps et puissamment relayés par le cinéma.

« C’est Duhamel qui a créé le genre avec sa Série Noire, a pourtant écrit Manchette. Duhamel a inventé la grande littérature morale de notre époque. Il faisait semblant de ne pas le savoir. »

L’homme, professionnel tenace, n’était pas dogmatique ; sa collection ne l’a pas été plus que lui, trouvant, de son vivant comme à sa suite, les moyens de se réinventer ou de se réajuster, sans piétiner l’héritage. Jamais un album n’avait été consacré à l’histoire éditoriale, commerciale et littéraire de cette collection emblématique, riche de quelque trois mille titres.

L’anniversaire de ses soixante-dix ans offre l’occasion d’y remédier, en retraçant un parcours rythmé par la succession de quatre directeurs et par les métamorphoses d’un genre, porté par plusieurs générations d’auteurs – anglo-saxons, français puis du monde entier -, tous porteurs d’une certaine conscience de notre temps. Trois cents documents, issus notamment des archives de la maison Gallimard, viennent ainsi illustrer des contributions inédites sur l’histoire de la Série Noire, d’hier à aujourd’hui.

Critique :
Qui ne connait pas encore la mythique Série Noire, celle qui traduisait et publiait les pulps américains à tour de bras, juste après la Seconde Guerre Mondiale ?

Je possède quelques titres (euphémisme) de cette collection qui avait un but louable, nous empêcher de dormir.

Enfer et damnation, une fois de plus, je me suis fait prêter ce recueil et donc, interdiction de mettre du fluo sur tout ce qui m’intéressait et j’en serai quitte pour l’acheter en seconde main et régler le problème : ça va fluorer !

Bordel de nom d’une pipe, que voilà un livre intéressant, du moins, pour celui ou celle qui aime la littérature policière d’origine américaine, car il faut bien le dire, au départ, ils ne publiaient que des auteurs américains et ce n’est que tardivement qu’ils publièrent des auteurs français.

La Série Noire est surtout connue maintenant pour ses traductions pas toujours au top, son caviardage des textes, ses changements de fin et certains de ses traducteurs qui prenaient un peu trop de libertés avec les textes des autres (Boris Vian, pour ne pas le citer).

Mais ne revenons pas sur les sujets qui fâchent, l’époque était ainsi. Je ne le pardonne plus maintenant car réimprimer des ouvrages mal traduits, c’est une hérésie.

Ce lourd volume se lit en plusieurs jours, même sur plusieurs semaines car il est épais, lourd, bourré de choses intéressantes (dont j’ai déjà oublié la majeure partie), de documents reproduits, de lettres, de couvertures de livres, de photos d’auteurs.

En vrac, on a des photos d’auteurs, des affiches de film, des débats sur la littérature dite Blanche (littérature ordinaire) et la littérature Noire (la policière), des jeunes modèles féminins posant pour les couvertures des traductions américaines…

Ici, c’est du copieux et une fois terminé, on se sent plus lourd du savoir littéraire et si vous voulez alourdir vos étagères de biblio, on a l’intégrale des titres parus en fin d’ouvrage, du premier (« La môme vert-de-gris » ou dernier paru lors de la parution de cet ouvrage : « La voie des morts » en 2015).

Ça s’ouvre tout seul, ça se feuillette, on s’amuse devant les affiches un peu kitch, devant certains titres bien recherchés (Fantasia chez les ploucs – Le Gorille vous salue bien – Touchez pas au grisbi – Adieu poulet ! – La Reine des pommes), on redécouvre des pages qu’on avait passée, on se goinfre des articles présents dedans, on repose le tout pour digérer, on fait son petit rot et on recommence, comme si c’était la première fois.

Un recueil, un album de souvenir, un plaisir pour les yeux, pour le cerveau et un livre pour les durs, pour ceux ou celles qui aiment le Noir sans sucre, pour ceux qui aiment rouler les mécaniques avec les vilains garçons, boire le whisky sec de grand matin, bref, pour les amateurs de la mythique Série Noire qui doit se méfier car la concurrence est présente sur le ring et elle tape fort aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°96.

La vie en chantier : Pete Fromm

Titre : La vie en chantier

Auteur : Pete Fromm
Édition : Gallmeister Americana (05/09/2019)
Édition Originale : A job you mostly won’t know how to do (2019)
Traducteur : Juliane Nivelt

Résumé :
Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s’aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, leur vie s’en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi.

Avec leurs modestes moyens, ils commencent à retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l’avenir prend des contours plus précis.

Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras.

Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendus.

Critique :
♫ Avoir un seul enfant de toi, ça f’sait longtemps que j’attendais. ♪Le voir grandir auprès de toi, c’est le cadeau dont je rêvais ♫ Qu’il ait ton sourire, ton regard quand tu te lèves le matin ♪ Avec l’amour et tout l’espoir que j’ai quand tu me tiens la main. ♫

Cette chanson de Phil Barney, tout le monde connait… Une chanson triste puisque la mère décède et que le père se retrouve seul avec l’enfant dans ses bras.

Mais nous n’avons jamais su ce qu’il s’est passé entre la naissance et les 10 ans de son p’tit homme, dans sa chanson.

À croire que Pete Fromm voulait nous conter ce qu’il arrive à un papa qui se retrouve seul, avec juste l’enfant qui revient avec lui et la maman qui part pour un long voyage dont on ne revient jamais.

Bordel, quelles émotions en tout genre j’ai dégustées dans ce roman à la fois tendre, touchant, triste, émouvant, mais ô combien merveilleux car jamais l’auteur ne sombre dans la mièvrerie ou le larmoyant.

Non, pas de pleurs dans les chaumières car l’auteur à choisi de nous montrer un père (Ted, Taz de son surnom) qui tire le diable par la queue, qui est dans sa bulle, qui se coupe de tout le monde pour être avec sa fille, qui annihile toute vie sociale et qu’un pote, Rudy, sa belle-mère et la baby-sitter vont essayer de ramener à la vie sociale, pour le bien de la petite Midge.

Souvent j’ai souri durant ma lecture, j’ai été attendrie par cette petite fille qui se retrouve juste avec son père qui ne sait pas trop comment faire avec elle mais qui se débrouille pas si mal que ça, tout compte fait.

Porté à bout de bras par ces trois personnes, lentement, notre jeune père veuf va quitter les sables mouvants qui se trouvent au fond de la rivière et commencer sa lente remontée vers la surface, vers de l’oxygène autre que sa petite Midge.

C’est magnifique, c’est tendre, c’est du bonheur en boite, même si un des chocolats de la boîte était amer (le décès de la mère). Mais je vous jure que tous les autres étaient un concentré d’émotions gustatives qui m’ont touchée au coeur.

Oui, Taz avait une vie en chantier, une maison en chantier mais il a pu compter sur des ouvriers du coeur, des véritables amis, de ceux qui ne vous laisse pas sombrer dans le caniveau, de ceux qui comptent, de ceux qui vous tirent vers le haut, de ceux qui vous tirent de votre prostration, de votre dépression en construisant avec vous une nouvelle vie.

Un vrai coup de coeur, une fois de plus, avec Pete Fromm.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°90.

Le Polar pour les Nuls : Marie-Caroline Aubert & Natalie Beunat

Titre : Le Polar pour les Nuls – Grands Formats

Auteurs : Marie-Caroline Aubert & Natalie Beunat
Édition : First Pour les nuls (20/09/2018)

Résumé :
Un panorama passionnant de l’histoire du polar, de Edgar Allan Poe à Stephen King, en passant par Agatha Christie et Stieg Larson.

Le Polar pour les Nuls vous invite à un voyage dans le monde tout à la fois captivant et effrayant du roman noir.
On y découvrira les multiples formes du genre : roman noir, roman policier, roman d’angoisse, suspense psychologique, techno-thriller, thriller, mais aussi les adaptations cinématographiques et télévisées des grands classiques. Les auteures nous livreront par ailleurs leurs coups de coeur et dénicheront pour nous les perles du genre… Frissons garantis !

En Introduction: « Moi, j’aime faire du polar parce que mon but, ce n’est pas d’emmerder les gens et quand même, il est rare avec un polar de totalement emmerder les gens. Je ne vois pas pourquoi on tournerait autre chose que des polars parce que tous les grands enjeux de la vie et toutes les questions morales sont contenus dans ce genre-là. » Claude Chabrol

Critique :
La série « Pour les Nuls » n’est plus à présenter, je pense que tout le monde en a au moins eu un livre de cette série dans les mains.

Le concept ne change pas, normal, on ne change pas un concept qui gagne et qui a déjà fait ses preuves de nombreuses fois.

Sauf à me mettre « la guitare pour les Nuls » dans les mains (ça ne changera rien pour moi), ces livres m’ont toujours réussi et puis, j’ai toujours été m’endormir moins bête.

D’ailleurs, ceux que j’ai lu sont bourrés de fluo (j’étranglerai un jour ma soeur pour m’avoir rendu un « La franc-maçonnerie pour les Nuls » vierge de toute fluoration parce qu’elle avait perdu le mien), du moins, les choses les plus importantes.

Dans ce Polar pour les Nuls, on a de quoi nourrir son esprit et sa culture polardeuse, le tout sans indigestion car les auteurs évitent d’en dire trop sur les auteurs.

L’équilibre n’est pas facile entre l’assiette trop pleine et celle qui laisse un goût de trop peu, mais il me semble qu’elles ont réussi à atteindre le juste-milieu, à dire ce qu’il fallait, le plus important et ne pas s’encombrer du superflu, celui qui nous aurait fait décrocher de notre lecture en baillant.

De toute façon, avec Wikiki, on peut toujours aller glaner des détails plus affinés sur les auteurs.

Ce gros ouvrage, je l’ai lu durant tout mon mois d’août, après avoir nourri le chat, pendant que môssieur faisait sa toilette ou pieutait sur son coussin. Il est épais (le livre, pas mon chat, bien qu’il ait fait du gras) mais il se lit facilement et les différentes thématiques proposées se recoupent parfois.

Au départ, j’avais commencé à retenir les auteurs de polars ou romans noirs que les autreures oublient et puis, je me suis rendue compte que ces auteurs oubliés intervenaient en fait plus loin, dans une autre thématique.

L’inconvénient, c’est que j’ai surligné des romans que je n’avais jamais lus (pas tous) et que ce guide m’a donné envie de lire afin de ne pas mourir idiote. Le genre de truc trèèès mauvais pour ma PAL car j’en ai trouvé des tas dans ma bouquinerie préférée.

Je ne sais pas si je pourrais prendre ce guide en défaut, il me semble qu’il a ratissé large en ce qui concerne le « mauvais » genre qu’était le polar avant d’acquérir ses lettres de noblesse, mais il m’a semblé que les auteurs sud-américains étaient sous représentés.

Attention, je le fais de mémoire, j’ai terminé ce guide depuis plus d’un mois et je n’avais pas encore eu le temps d’écrire une chronique avec le Mois Américain de septembre.

En tout cas, je suis contente de l’avoir trouvé en seconde main, même pas abîmé, même pas lu, si ça se trouve et maintenant, il a rejoint ma collection de « Pour les Nuls » et ne pourra jamais être vendu car fluoré sur toutes les pages.

Maintenant, je mourrai moins bête, j’en sais bien plus sur les Polars, Policiers, Romans Noirs qu’avant, faut juste que ma mémoire passoire retienne le tout…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°85.

Ici n’est plus ici : Tommy Orange

Titre : Ici n’est plus ici

Auteur : Tommy Orange
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (21/08/2019)
Édition Originale : There There (2018)
Traducteur : Stéphane Roques

Résumé :
A Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse.

Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier.

Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.

Critique :
Là, c’est décidé, je vais aller me faire soigner parce que me voici de nouveau face à un livre encensé par la critique, élu Meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award… Excusez du peu !

Je ne suis pas devant une daube et pourtant, je ne pourrai même pas me fendre d’un « merci pour ce moment » car je n’ai ressenti aucune émotions devant les personnages et leurs histoires.

Enfin, aucune, j’exagère, j’ai senti vibrer un peu ma corde sensible, surtout lors du prologue mais ensuite, j’avais l’impression d’être sur la lune alors que j’aurais dû avoir les pieds sur terre.

Ce roman choral brossait différents portraits qui étaient intéressants puisque nous étions face à des gens fracassés, marginalisés, paumés, déracinés, ayant perdu leur identité propre, leur culture, n’était pas reconnu, ayant été génocidé (et je me fous que ce soit un néologisme, j’inaugure).

Tous ces personnages basés dans la région d’Oakland ont des origines indiennes et plus question de nier que ce peuple a souffert (mais pas sans rendre une partie des coups).

Il serait bête de dire qu’il ne souffre plus de nos jours. Comment être un Indien en 2019 ? Comment être un métis ? Comment gérer son nom Indien qui fait sourire les Blancs ? Comment vivre dans un Monde qui n’est plus le sien ? Comment être sur la Terre de ses ancêtres quand d’autres la foulent et la piétine ?

Ce roman avait tout pour ma plaire, une fois de plus : des Amérindiens ou d’origine, des questionnements, des êtres fracassés, marginaux, complexes, une quête d’identité qui n’est pas simple.

Un roman choral porté par 12 portraits de personnes qui allaient se croiser au Grand Pow-Wow d’Oakland sans que l’on sache ce qui allait se passer, hormis un drame puisqu’on avait imprimé en 3D un révolver pour passer les portiques de sécurité…

Oui, il y avait tous les ingrédients pour me filer un trip littéraire d’enfer et j’attendais beaucoup, l’ayant vu passer un peu partout avec des critiques positives, des coups de coeur…

Je pense que mon problème est venu de la construction du récit. Je me suis perdue dans les personnages, je me suis perdue dans leurs histoires, leurs récits et j’ai perdu pied, lâchant le fil d’Ariane, me déconnectant du récit.

Râlant, je vous l’avoue parce que j’aurais aimé l’aimer à sa juste valeur, surtout qu’il traitait d’un sujet que j’apprécie fortement : la vie des Amérindiens de nos jours. Mais voilà, une fois de plus, je n’ai pas suivi le rythme et le roman et moi nous nous sommes perdu au fil des pages pour ne plus nous rencontrer que très brièvement, au hasard d’un chemin de traverse.

Peut-être qu’il vous a donné des émotions que je n’ai pas eue, vous êtes des veinards ou peut-être qu’il vous en donnera, et vous serez chançards aussi. Moi, je vais me chercher un Petzi pour tenter de retrouver des émotions et relancer la machine littéraire qui, ces derniers temps, c’est vachement enrayée chez moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°74 et Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Pumpkin – Aux couleurs de l’automne : Couverture de livre orange).

Whiskey : Bruce Holbert

Titre : Whiskey

Auteur : Bruce Holbert
Édition : Gallmeister Americana (04/09/2019)
Édition Originale : Whiskey (2018)
Traducteur : François Happe

Résumé :
Andre et Smoker ont grandi dans le Pacifique Nord-Ouest, près de la réserve indienne de Colville.

Après le divorce de leurs parents, dont la passion désordonnée n’a résisté ni au temps ni à l’alcool, les deux frères deviennent inséparables. Adultes, ils restent farouchement loyaux l’un envers l’autre.

Aussi, lorsque Smoker apprend que son ex-femme a confié leur fille à une communauté marginale nichée en pleine montagne, Andre n’hésite pas une seconde à tout lâcher pour se joindre à lui.

Commence une quête qui, de bagarres en virées alcoolisées, repoussera les limites de l’amour fraternel.

Critique :
Est-ce parce que j’ai lu un excellent livre (Dites-leur que je suis un homme) que ceux qui suivent me semblent sans saveur ?

Après avoir peiné à en finir un autre juste avant (vous en saurez plus dans les prochains jours, je suis en LC avec Rachel), voilà que celui-ci passe lui aussi à la trappe.

Il avait tout pour me plaire mais durant ma pénible lecture, j’ai eu l’impression d’aller dans un sens alors que le roman partait dans un autre.

Impossible de m’attacher aux personnages des frères Andre et Smoker, impossible de m’attacher à l’histoire d’amour vache entre leurs parents, impossible de m’attacher à leur quête, leurs déboires, leurs vies impossibles…

Anybref, j’ai soupiré maintes et maintes fois et pour finir, j’ai terminé la lecture en diagonale.

Non, ça ne me fait pas plaisir d’écrire ce genre de chronique… Contrairement à des romans ou des bédés qui ont vraiment quelque chose de merdique à souligner, ici, je n’ai pas vraiment de matière pour faire une chronique assassine…

L’écriture n’était pas gnangnan, l’histoire avait du potentiel, les personnages étaient bien tourmentés, se demandant au fil de leur vie comment être des enfants, des ados, des maris ou des pères.

La narration alternant le présent et le passé était bien utilisée car elle mettait sous le feu des projecteurs les points importants dans la vie de tous les protagonistes, tentant de nous montrer comment tout ce petit monde en était arrivé là, à ce point de non retour, à cette impasse, à cette vie sacrifiée.

Mais voilà, le roman est parti dans une direction et moi dans un autre et jamais nous ne nous sommes rencontré pour passer un bon moment ensemble. Tant pis, ça arrive dans la vie d’une lectrice (ou d’un lecteur) surtout si cette personne dévore les livres tel un cannibale boulimique de littérature.

Bah, j’irai voir ailleurs et ce n’est pas ce qui manque sur ma PAL dantesque et plus haute que la plus haute montagne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°72.

Dites-leur que je suis un homme : Ernest J. Gaines

Titre : Dites-leur que je suis un homme

Auteur : Ernest J. Gaines
Édition : Liana Lévi Piccolo (2004)
Édition Originale : A lesson before dying 1993)
Traducteur : Michelle Herpe-Voslinsky

Résumé :
Dans les années quarante, en Louisiane, Jefferson, un jeune Noir démuni et ignorant, est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis : l’assassinat d’un Blanc.

Au cours du procès, il est bafoué et traité comme un animal par son propre avocat commis d’office devant la cour et, pour finir, condamné à mort.

La marraine du jeune homme décide alors que ce dernier doit, par une mort digne, démentir ces propos méprisants.

Elle supplie l’instituteur, Grant Wiggins, de prendre en charge l’éducation de Jefferson. Le face à face entre les deux hommes, que seule unit la couleur de la peau, commence alors…

Critique :
En ouvrant ce roman, je me doutais qu’il était porteur d’émotions fortes mais je ne savais pas comment l’auteur allait dérouler son récit, donc, je me suis laissée porter et niveau émotions, j’ai eu mal ma gueule.

C’était couru d’avance avec un jeune homme Noir condamné à mort par un juge Blanc, par 12 jurés Blancs, arrêté par des policiers Blancs, défendu par un avocat Blanc qui l’a assimilé à un porc pour faire pencher la balance de son côté.

Mon dieu, à un porc… Violent.

Voilà à quoi est réduit Jefferson, ce jeune homme qui a eu le malheur, la malchance, de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Les deux braqueurs ont été tués par l’épicier, l’épicier est mort, mais puisque se trouvait sur les lieux du crime un autre Noir, allez hop, à la chaise électrique.

Je ne spoile pas en disant qu’il se fait condamner, nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours mais dans l’Amérique, fin des années 40. Ne nous leurrons pas ! Un Noir accusé d’avoir descendu un Blanc… Le contraire aurait été pardonné, par contre.

Lors de ma lecture, j’ai pensé au départ que l’instituteur Grant Wiggins, à qui la tante de Jefferson lui demande d’aller lui apprendre à marcher comme un Homme était un Blanc… Stupide fille que je suis ! On ne demanderait pas à un Blanc d’aider un Noir à marcher comme un Homme quand on l’a rabaissé au niveau d’un cochon. Oui, désolé, j’ai encore parfois des rêves impossibles.

L’auteur a su éviter le larmoyant et je le remercie. Certes, on a mal sa gueule sur la fin parce que l’on voit un innocent, un pauvre gosse de 21 ans, qui sait difficilement lire et écrire, s’avancer vers la faiseuse de veuves électrique. Enfin, non, on n’y assiste pas, mais on sait que…

Mais avant d’arriver à cette monstruosité, nous allons être immergé dans un quartier Noir, dans une petite ville du Sud des États-Unis où les Noirs ont beau avoir leur liberté, doivent tout de même s’incliner devant l’Homme Blanc tout puissant.

Oh, ce n’est pas un racisme méchant, c’est juste un état d’esprit chez ces gens Blancs. On leur expliquerait qu’ils ne comprendraient pas. On a toujours fait ainsi, nous diraient-ils. Ils ne pensent même pas mal en se comportant de la sorte.

Pour eux, un Noir doit être à peine éduqué, juste le minimum syndical (lire, écrire, mais un peu), répondre par des « oui monsieur » ou des « oui madame », bosser, fermer sa gueule et garder les yeux baissés.

Doit-on les blâmer ? Oui et non. Oui de nos jours, l’Histoire les blâmera et nous aussi, mais si nous avions vécu à cette époque et en ces lieux, comment nous serions-nous comporté ?? C’est l’éternelle question que je me pose : comment me serais-je comportée, moi ? Et vous ? Pas sûr que nous en sortions grandi.

Anybref, l’auteur a su comment nous faire passer le message, comment nous faire passer les émotions, comment nous faire passer la douleur des Noirs d’être en bas de l’échelle, dont les Blancs font souvent comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils étaient des animaux, rien de plus. Les humiliations sont légions.

Il se dégage des émotions en tout genre de ce roman, l’auteur ne tombant jamais dans le manichéisme, nous montrant que la solidarité n’existe pas toujours chez les Noirs, qu’un instituteur peut ne pas avoir envie d’aller aider un gamin de 21 ans à se comporter comme un Homme devant les Blancs pour leur montrer qu’il est un humain et pas un porc.

La tâche sera ardue, Jefferson n’étant pas réceptif, Grant n’ayant pas très envie et le pasteur, lui, il veut sauver l’âme de Jefferson, le reste, ça ne le concerne pas.

On aura une belle bataille de regards noirs, de paroles retenues, entre Grant, le croyant non pratiquant et le pasteur, sans oublier les regard encore plus noirs de sa tante, grande pratiquante, elle.

Oui, l’auteur a su donner sa place aussi aux croyances des uns et des autres, à la religion qui prenait une place énorme chez certains, le tout sans blâmer l’un ou l’autre, sans donner raison à l’un ou l’autre, mais en insufflant les paroles qui fallait aux différents protagonistes.

Putain, c’est un beau roman, c’est fort, ça fait mal à sa gueule, c’est bien écrit, touchant, jamais larmoyant gratuitement et on se dit que fin des années 40, il y avait encore un sacré chemin à faire pour les Droits civiques des personnes Noires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°71.

Good-bye, Chicago : William Riley Burnett

Titre : Good-bye, Chicago

Auteur : William Riley Burnett
Édition : Gallimard Série noire (1997)
Édition Originale : Good Bye Chicago: 1928, End of an Era
Traducteur : Rosine Fitzgerald

Résumé :
Chicago 1928. Un flic mélancolique apprend que sa femme, depuis longtemps partie sans laisser d’adresse, a été retrouvée morte dans le lac, probablement à la suite d’une overdose.

Il en apprendra bien d’autres, par l’intermédiaire d’un ancien copain d’école devenu voyou, mais au cœur encore tendre : les policiers, les politiciens, les avocats corrompus, la réorganisation ultra-efficace des bordels de toutes catégories.

Tandis qu’une simple vendetta dégénère en véritable Saint-Barthélémy, pour couronner le tout.

Critique :
La rentrée Littéraire de Septembre 2019 bat son plein et moi, je me suis amusée dans un vieux roman de 1997… Un p’tit noir bien corsé, avec des truands de tous poils et des flics, corrompus ou non.

L’ombre de Al Pacino planait sur nous… Heu, Al Capone ! Pardon…

Oui, le milieu de la truande dans années 20-30, moi, j’adore ça, dans la littérature.

Dans la vraie vie, j’évite de me promener dans les travées des parlements… Oups.

Anybref, revenons à nos moutons noirs.

Ce roman noir nous emmène en 1928, à Chicago, dans ses bas-fonds, des ses gargotes, ses arrières-boutiques, ses locaux de la police. Une ambiance folle règne dans ces pages et l’atmosphère des années 20 se ressent bien.

Ce roman noir, on pourrait le résumer par des paroles extraites de la chanson « Rouge » de Fredericks, Goldman et Jones « C’est une nouvelle ère, révolutionnaire […] Rien ne sera plus jamais comme avant, C’est la fin de l’histoire ».

Ou comment passer de truand bien positionné, directeur des bordels pour le Grand Mec (Al Capone), qui possède son staff de gros bras, à cible à abattre pour l’un et has been pour les autres.

Il a suffit d’un oubli, un oubli oublié par un homme de main de Ted Beck et de là, tout vole en éclat et effectivement, on assiste à la fin d’une ère et le début d’une autre dans ce Chicago de 1928.

Le milieu de la truande ne fait jamais de cadeau, d’homme providentiel un jour, vous pouvez passer à l’homme à dézinguer le lendemain, ou même l’après-midi et rien ne dure dans le milieu des durs.

Certains devraient méditer dessus, on peut vite devenir un has been sans le sous alors que la minute d’avant, on était le King. Ou dans l’entourage bien vu du King.

L’histoire majeure possède des tas de petites autres qui viendront se greffer sur ce tronc central afin de donner un squelette (dans le placard ?) qui tiendra debout, mais il faut être vigilant, le nombre important de personnages pourrait venir déstabiliser le lecteur peu attentif.

Difficile de les confondre, chacun est bien défini, décrit, sans pour autant en faire trois tonnes. On est dans le court, dans l’expéditif ou tout est dit en 224 pages et on a pas besoin de plus pour se faire une idée des dates de péremption assez courtes du truand, même bien coté.

Sans être magistral, ce roman noir se lit tout seul, avec plaisir car le milieu de la prohibition et des villes américaines en ces temps-là sont toujours sources d’enchantement pour moi (non, je n’ai jamais consulté, pourquoi ?), d’émerveillement et puis, l’auteur ne se prive pas pour parler de la corruption qui gangrenait tout le système de l’époque.

Oui, la corruption gangrène toujours tous les systèmes même de nos jours, mais chut, faut pas le dire, personne ne le sait !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°70.