Golden Dogs – Tome 3 – Le juge Aaron : Stephen Desberg et Griffo

Titre : Golden Dogs – Tome 3 – Le juge Aaron

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Griffo

Édition : Le Lombard (2014)

Résumé :
Ils étaient quatre, deux filles et deux garçons. Voleurs, escrocs, faussaires, ils unirent leurs talents pour devenir ensemble les plus célèbres voleurs de Londres.

Critique :
Le juge Aaron nous l’a joué à la maire de New-York, Giuliani : tolérance zéro !

Le juge, personnage austère, plus croyant que Dieu lui-même, a éradiqué la délinquance des quartiers de Londres, chassant les pauvres comme on chasse les rats, éliminant même les chiens et ne voulant que des gares, des banques ou des commerces corrects.

Les aristocrates ont le droit de se défoncer avec toutes les substances qu’ils veulent, de claquer des milliers de livres dans les salons élégants où ces substances sont servies, mais ils sont priés de le faire sans troubler l’ordre public. Ah, l’hypocrisie, elle est toujours dans les parages et elle a encore de beaux jours devant elle.

Le juge Aaron est un Méchant de la pire espèce sans que rien ne vienne contrebalancer son portrait d’homme violent, sans cœur qui embastille tous les pauvres gens pour un oui ou pour un non. Il aime voir dans les yeux des prisonniers la terreur qu’il leur inspire. C’est un tyran, un dictateur qui tient toute la ville de Londres dans ses mains.

Mais cet homme de loi est-il aussi pieu qu’on le croit ? C’est ce que vont essayer de découvrir deux anciens membres des Dogs.

C’est rythmé, on a de l’action, ça bouge assez bien, mais nous ne savons toujours pas qui a trahi les Golden Dogs il y a 6 ans. Tout le monde pense que c’est l’autre qui les a dénoncés mais personne n’a aucune preuve. Suspense total.

Les Golden Dogs recommencent à jouer avec les pieds des puissants et ça fait du bien, pour eux comme pour le lecteur.

On a arrêté de tourner en rond comme dans le tome 2 et si on est d’accord pour accepter la reformation de la bande, la suite de la lecture passera comme une lettre à la poste.

Oui, il faut accepter que la bande se reforme alors que personne ne sait toujours pas qui les a dénoncés il y a 6 ans et qui a piqué le magot. Vous auriez confiance, vous ? Moi pas…

Anybref, on continue de faire le grand écart entre les quartiers mal famés où les pauvres vivotent et les beaux salons où les riches s’amusent en claquant leur fric, puisqu’ils n’auront pas de soucis pour manger demain, eux.

Les couleurs sont agréables, pas criardes, pas délavées, les ambiances des bas-fonds de Londres sont bien rendues, comme celle des salons chics pour les pété de thune d’aristo.

En espérant avoir les réponses dans le quatrième et dernier tome. Dans ce troisième, on avance bien, mais il reste toujours des questions sans réponses et je suis du genre à apprécier les recevoir au fur et à mesure et pas tout dans le dernier tome, car bien souvent, soit l’auteur oublie de les donner, soit il les donne en vrac, dans les dernières cases…

À voir ce que le dernier nous réserve !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°289], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°42], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages), et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Blood and Sugar : Laura Shepherd-Robinson

Titre : Blood and Sugar

Auteur : Laura Shepherd-Robinson
Édition : 10/18 (06/05/2021)
Édition Originale : Blood and Sugar (2019)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Juin 1781. Un corps est pendu à un crochet sur le quai de Deptford : l’homme a été horriblement torturé et porte la marque des esclaves.

Quelques jours plus tard, le capitaine Harry Corsham – un héros de guerre se lançant dans une carrière parlementaire prometteuse – reçoit la visite de la sœur d’un vieil ami.

Son ami, Tad Archer, un abolitionniste passionné, était sur le point de dévoiler un dangereux secret, lourd de conséquence pour l’industrie de la Traite négrière. Un secret capable d’abolir l’esclavage.

Pour découvrir ce qui est arrivé à Tad, Harry est obligé de remonter les fils de l’enquête de son ami, en fouillant au cœur de la conspiration que Tad avait mise au jour.

Son enquête va menacer ses perspectives politiques, le bonheur de sa famille et l’obliger à affronter son propre passé, à ses risques et périls.

Critique :
C’est l’histoire de l’hypocrisie humaine qui rencontre l’appât du gain à n’importe quel prix.

Nos deux horreurs fusionnant ensemble se transformeront ensuite en un business sans conscience puisque ce sera l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

Oh, ne jugez pas trop vite ces Anglais esclavagistes qui voulaient du sucre à bas prix pour mettre dans leur tea time, nous ne valons pas mieux qu’eux de nos jours.

Comme eux, nous souhaitons acheter des biens à bas prix : nous ne regardons pas toujours où nos habits sont fabriqués, ni comment (et par qui) sont extraits les matériaux de nos smartphones, PC, ni si notre huile d’olive, viande, légumes ou fruits ont été collectés par des travailleurs syndiqués, payés aux tarifs en vigueurs dans nos pays ou par des travailleurs immigrés sous-payés, des sans papiers qui touchent des misères,…

Le but du jeu n’a pas changé : de la qualité pas trop cher et pour le reste, comme les Anglais de cette époque, nous faisons ceux qui ne savent pas, qui regardent leurs pieds, ailleurs, qui ont des scrupules qui ne durent que peu de temps.

Ce thriller historique frappe là où ça fait mal : l’esclavagisme, la traite des Noirs, les vaisseaux négriers qui allaient chercher des Noirs en Afrique et les transportaient ensuite dans les Caraïbes pour bosser dans les exploitations de canne à sucre.

Ces esclaves Noirs appelés Nègres sont considérés par la loi comme du mobilier, ce qui fait qu’au même titre que vous pouvez shooter dans vos casseroles ou massacrer votre buffet, sans que cela émeuve personne, vous avez le droit de tuer vos esclaves sans qu’un tribunal ne vous condamne.

Ce polar historique a aussi des airs de roman noir, le contexte social de cette Angleterre étant bien mis en avant et utilisé à bon escient, se mélangeant harmonieusement dans l’enquête (qui ne sera pas de tout repos) que le capitaine Harry Corsham va mener afin de savoir qui a tué aussi abominablement que ça son ancien copain de collège, Tad Archer.

Bourré de fausses-pistes, de chausse-trappes, d’omerta, son enquête se révèlera bien plus dangereuse que l’on ne pourrait penser de prime abord car dans cette histoire, on ne sait jamais à qui se fier, les personnages pouvant cacher une âme sombre ou vous aider sans vous le montrer.

Sans aucun doute, ce roman a demandé des heures, des jours, de travail de recherche historiques et cela a payé car le réalisme est bien présent, autant dans les personnages que dans le récit historique.

Personne n’est tout à fait blanc ni tout a fait noir dans cette histoire et la plupart des personnages sont esclavagistes comme d’autres seraient banquiers ou pécheurs. C’est un métier comme un autre en 1780…

À cette époque, en plus de les considérer, par la loi, comme des biens meubles, la population Blanche considérait les Noirs comme un peuple de dégénérés, des sous-hommes, des animaux. C’était scientifique, même ! (oui, ça me fait mal de l’écrire mais je n’y peu rien, je ne fais que noter la pensée des gens de l’époque).

Si nous avions baigné dans de pareilles inepties, pensées horribles (tous les mots que vous voulez), sans doute n’aurions pas pensé différemment que ceux de cette époque. Harry Corsham qui ne pense pas comme les autres est regardé de travers et c’est mal vu pour une carrière politique de penser que les Nègres (oui, c’est pas ce terme qu’ils sont désignés, je ne l’utilise pas en insulte, par contre) sont des humains comme les autres.

Sera-t-il hypocrite comme les autres, aura-t-il les couilles ou nous fera-t-il un compromis à la Belge ? Non, je ne vous le dirai pas, faudra lire cet excellent polar historique pour le savoir.

Sachez juste que nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et qu’il n’est pas facile d’avoir raison contre tout le monde dans cette époque qui voulait que les gens ne soient pas ce qu’ils étaient vraiment. Si un Juif pouvait se faire passer pour un catho pour éviter les ennuis, si un homo pouvait donner le change aux autres, un Noir en fuite ne pouvait pas changer sa couleur de peau.

Un polar historique bien documenté, addictif, sans pour autant se la jouer 24H chrono, des personnages réalistes, qui évoluent, une enquête difficile et quelques scènes qui donneront envie de hurler tant c’est inhumain. Un récit brillant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°284], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°37] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Sacrilège à Blackfriars – Frère Athelstan 03 : Paul C. Doherty

Titre : Sacrilège à Blackfriars – Frère Athelstan 03

Auteur : Paul C. Doherty
Édition : 10/18 Grands détectives (2000 / 2018)
Édition Originale : Murder most holy (1992)
Traduction : Anne Bruneau et Christiane Poussier

Résumé :
Londres, début d’été 1379.
Sir John Cranston, coroner de la ville, est invité à un grand banquet au palais du Savoie, sur la Tamise. Gian Galeazzo, seigneur de Crémone, le met au défi de résoudre en deux semaines, l’énigme des crimes mystérieux autrefois perpétrés dans l’un des manoirs de sa famille.

Cranston, réalisant que sa réputation est en jeu, sollicite l’aide de son fidèle assistant, le jeune frère dominicain Athelstan.

Cette nouvelle enquête sera bien entendu le prétexte à un parcours dans l’Angleterre urbaine et médiévale ainsi que dans les consciences de ces hommes du passé.

Critique :
Fallait tout de même oser inventer pareil duo improbable, aux antipodes l’un de l’autre et pourtant, complémentaires.

Oui, le duo formé par frère Athelstan, le dominicain et Sir John Cranston, le coroner royal est atypique. Autant où le dominicain est réservé (sauf quand il se fâche sur ses ouailles), autant où le coroner est un sanguin qui aime faire ripaille et boire jusqu’à s’endormir sur sa chaise (ou son cheval).

Bizarrement, les deux personnages sont attachants, complémentaires, s’apprécient beaucoup et ça fonctionne très bien, leur équipe.

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce polar historique, ce sont les descriptions de la vie en Angleterre en l’an de grâce 1379 (même si je n’ai absolument pas envie d’aller y vivre), sans que cela tourne au cours d’histoire soporifique ou que cela entrave le cours du récit.

C’est au gré des pérégrinations de nos deux acolytes que nous en apprendrons plus sur la société anglaise, que ce soit sur l’Histoire, la gastronomie, les boissons locales ou les jeux de pouvoir.

Pas le temps de s’ennuyer durant leur enquête car nous en aurons trois pour le prix d’une : un squelette retrouvé sous les pavés de l’église de notre frère ; une énigme en chambre close soumise à Cranston par le seigneur de Crémone (et qu’il a intérêt à résoudre) ; des morts à la pelle dans l’ancien monastère de Athelstan.

L’auteur a réussi l’équilibre parfait entre des enquêtes qui prennent leur temps sans toutefois devenir trop lente, mélangeant habillement les pérégrinations de nos deux enquêteurs afin de récolter indices et témoignages, sans pour autant négliger la vie paroissiale qui a lieu à côté ou la vie de famille de Cranston le coroner, sans que tout cela endorme ses lecteurs.

C’est ce dosage subtil entre différents éléments qui fait que ces romans soient toujours aussi intéressants et plaisants à lire et qui fait que je reviens vers eux.

Les enquêtes de frère Athelstan et du coroner Cranston, c’est une gourmandise, un petit chocolat que l’on garde pour certaines occasions (comme le Mois Anglais) parce que l’on sait que l’on ne sera pas déçue.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°281], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°34] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Golden Dogs – Tome 2 – Orwood : Stephen Desberg et Griffo

Titre : Golden Dogs – Tome 2 – Orwood

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Griffo

Édition : Le Lombard (22/05/2014)

Résumé :
Ils étaient quatre, deux filles et deux garçons. Voleurs, escrocs, faussaires, ils unirent leurs talents pour devenir ensemble les plus célèbres voleurs de Londres.

Critique :
♫ Caramels, bonbons et chocolats ♪ Voilà ce que pourrait chanter Fanny à Orwood qui leur a fait de belles paroles, paroles et encore des paroles, qu’il a semé au vent car leur association de malfaiteurs n’a pas fait long feu.

Après quelques coups de maîtres magnifiques, des vols audacieux et rempli d’intelligence, nos Golden Dogs n’ont pas réussi à tenir autant que l’autre bande, les Blackbirds et bardaf, ce fut l’embardée.

Ils étaient exceptionnels, mais ça n’a duré que le temps que durent les roses et je m’attendais à continuer dans la montée en puissance de nos Dogs, pas à ce qu’ils chutent aussi vite.

Les dessins sont toujours très agréables pour les yeux, les couleurs sont toujours bien attribuées selon les ambiances et là où le bât blesse un peu, c’est que ce deuxième tome consacré à Orwood ne nous en apprend pas beaucoup sur lui et c’est Fanny que nous allons suivre dans ses tribulations après le démantèlement de la bande par le juge Aaron.

Lario, le castrat et Lucrèce sont sous représentés dans cet album et c’est bien dommage car ce sont deux personnages sur lesquels j’aimerais en savoir plus.

Suivre Fanny était intéressant, elle s’est révélée être une parfaite détective et une vraie business woman, mais je n’ai guère appris de choses dans ce tome sur les personnages principaux, si ce n’est que Orwood n’a pas tenu toutes ses promesses (du moins, vu comment le récit nous est présenté).

Dans cet album on nous parle toujours d’un traître à la bande (et ce, depuis la première case du premier album) mais jusqu’à présent, nous restons sur notre faim.

Comme sur l’épaisseur des personnages puisque les auteurs nous livrent des bribes d’informations tellement maigres que je trépigne d’impatience d’en apprendre plus, croisant les doigts qu’il soit bien prévu au programme des deux derniers albums que l’on nous dévoile un peu leur passé, sinon, je resterai sur ma faim.

En ce qui concerne les parties de jambes en l’air, là, tout le monde est rassasié ! Mais dans cette bédé, ce qui m’intéresse, ce sont des infos sur les personnages, pas sur leurs fesses !

Un deuxième tome pas tout à fait à la hauteur du premier, fort creux dans sa seconde partie et ça casse le rythme. Gageons que dans le suivant, tout cela remonte un peu et que nous en apprenions un peu plus sur les Golden Dogs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°280], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°33], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Basil et Victoria – Tome 2 – Jack : Edith Grattery et Yann

Titre : Basil et Victoria – Tome 2 – Jack

Scénariste : Yann
Dessinateur : Edith Grattery

Édition : Les Humanoïdes Associés (1992/2003)

Résumé :
Basil et Victoria font partie de ces milliers de gamins livrés à eux-mêmes, entre vente de rats et menus larcins, avec pour seule demeure les docks des quais. Aidé par Cromwell, leur fidèle molosse, ils arpentent ainsi White Chapel pour trouver de quoi se nourrir.

Critique :
Les crimes de Whitechapel vu de l’intérieur (si je puis me permettre pareille expression scabreuse), ça pouvait être intéressant puisque d’habitude, nous sommes du côté de la police ou d’un enquêteur.

Avec Basil & Victoria, nous sommes dans les taudis, dans les pensions pour indigents, remplie de crasses, de bestioles et de misère humaine, nous fréquentons les bouges infâmes, croisons des prostituées, des pédophiles,…

Bref, cette bédé nous montre l’autre côté de Londres, sa face cachée, son côté obscur, loin des cartes postales sépia ou noir et blanc de l’époque.

Les dessins de cette bédé ne sont toujours pas ma tasse de thé, mais ils ont ça de bien qu’ils rendent honneur à la misère des taudis de Whitechapel. Les couleurs dans des tons gris ou sépias rendent les ambiances glauques encore plus.

Nos deux jeunes ont agrandi leur bande en prenant Sāti avec eux (Tome 1) et Kangourou fait son entrée aussi. C’est un gamin Noir débrouillard qui gagne sa vie en faisant des numéros dans un cabaret.

Victoria pète une nouvelle fois les plombs et comme dans le tome 1 et toujours avec un malheureux chien… Elle a beau regretter ensuite son geste, le mal était fait. Déjà qu’elle avait envoyé leur chien Cromwell à la mort dans le tome 1 (ouf, sauvé ensuite par Sāti).

Au final, Basil est bien plus « gentil » qu’elle, bien que nos garnements ne soient pas tout blancs ou tout noir, dans l’histoire, mais Victoria est celle qui est la plus expéditive quand elle a une crise de jalousie.

Ce qui est expédié aussi, c’est le dénouement… À force de s’amuser dans les rues de Whitechapel, on ne se rend pas compte qu’on arrive au bout de son quota de pages et hop, on envoie le final en quelques cases.

Déjà que nous avions une resucée du bon vieux complot royal qui ne tient pas la route une seconde car des bâtards royaux, ça n’a pas de quoi faire trembler une monarchie puisqu’ils sont sans droits.

Que l’on étouffe le scandale du 19, Cleveland Street où des messieurs allaient jouer avec des jeunes garçons et où l’héritier de la couronne aimait aller tremper son biscuit, je le conçois car ce genre de relations n’étaient pas bien vues du tout (même entre deux hommes majeurs, c’était super mal vu à l’époque), mais pas pour un bâtard.

En ce qui concerne les descriptifs de la condition humaine miséreuse, cette bédé se pose et en impose, mais pour le scénario de Jack, là, elle s’est égarée dans la pire théorie possible et la plus risible.

Puisque le scénariste a pris énormément de libertés avec la réalité de 1888, autant proposer une autre théorie que celle qui est éculée de chez éculée et qui, si elle fonctionnait à l’époque dans le film « Meurtre par décret », on sait que maintenant elle n’a aucune raison d’être et est pure fantasmagorie.

Bref, je vais l’oublier, ce tome (ou alors, je m’en souviendrai pour les erreurs !).

Ajoutons les horribles erreurs ou les libertés prises avec l’Histoire :

  • 3 shillings pour dormir dans un dortoir commun ? Fort cher, impossible pour les indigents de trouver une pareille somme. Un pain coûtait 4 pences et il fallait 6 pences pour se faire une prostituée (certains parlent de 2 pences). À 3 shillings la chambrée en asile de nuit, elles auraient du faire des passes toute la sainte journée pour réunir une telle somme ! Dans « Le peuple de l’abyme » de Jack London, voilà ce qui est dit pour les loyers des chambres (pour une famille complète) : Lorsque l’on sait que de telles chambres se louent de trois à six shillings par semaine, il faut bien admettre qu’un locataire, chaudement recommandé, peut avoir une petite place sur le plancher pour, mettons, huit pence à un shilling. Jack London donne le prix du lit du soir à l’asile : […] que je mis six pence de côté pour mon lit du soir. » Ou encore « Tenez, voilà six pence, et vous trouverez un lit. »
  • Le nom de Jack The Ripper n’a pas été donné dès le premier meurtre du 31 août 1888. C’est seulement le 27 septembre 1888 qu’une lettre arrive à l’agence de presse « Central News Agency » et était signée « Yours truly Jack the Ripper » autrement dit : « Votre dévoué Jack L’Éventreur ».
  • 1 shilling et 10 pences pour une gazette ? Mazette ! Imprimée sur des feuilles d’or, sans aucun doute.
  • On n’a pas offert 10.000£ pour la capture de Jack après le premier meurtre du 31 août 1888 ! Il mourrait tellement de prostituées, à cette époque, que le crime de Mary Anne Nichols n’a été commenté qu’en raison de la violence de son mode opératoire.
  • Une gamine pauvre des rues qui offre une guinée pour un renseignement, ça fait cher, non ?? Et offrir directement 3£ à un vieil indigent pour qu’il dévore votre rivale, pour une gamine des rues, c’est toujours une fortune !
  • Les chiens limiers n’ont pas été utilisés après le premier crime non plus, mais plus tard, dont après le meurtre de Mary Jane Kelly.
  • Ce n’est pas non plus après l’assassinat d’Annie Chapman (8 septembre 1888) que l’Éventreur se vantera d’avoir mangé la moitié d’un rein, mais c’est dans la lettre « From Hell », envoyée le 16 octobre (« Monsieur, je vous envoie une moitié du rein que j’ai pris à une femme que j’ai gardée pour vous l’autre, je l’ai frite et mangée c’était très bon »).
  • Nos 5 prostituées dans la bédé sont bien en chair, ce qui va à l’encontre de leur mode de vie d’indigentes qui ne mangent pas à leur faim tous les jours et qui boivent et qui reboivent…
  • On ressort le vieux complot royal qui ne tient pas la route une seule seconde. J’aurais apprécié avoir du neuf sous le soleil.
  • Jack London dit encore, à propos des prostituées : Des femmes flétries par la maladie et la boisson n’arrivaient même pas, dans leur décrépitude pourrissante, à obtenir deux pence pour le commerce de leurs charmes passés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°279], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°31], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages), et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Golden Dogs – Tome 1 – Fanny : Stephen Desberg et Griffo

Titre : Golden Dogs – Tome 1 – Fanny

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Griffo

Édition : Le Lombard (24/01/2014)

Résumé :
Ils étaient quatre, deux filles et deux garçons. Voleurs, escrocs, faussaires, ils unirent leurs talents pour devenir ensemble les plus célèbres voleurs de Londres.

Critique :
Londres et ses bas-fonds… Si je n’y descends pas régulièrement durant le Mois Anglais (et durant l’année), il me manque quelque chose.

Non pas que j’apprécie voir la misère humaine mais les bas-fonds sont le pendant de cette société londonienne que l’on disait riche et puissante. Pas pour tout le monde.

Dans cet album qui se déroule peu après 1820, je vais m’accoquiner avec une bande de quatre malfrats, les Golden Dogs.

D’entrée de jeu, le ton est donné avec le tabassage en règle d’un pauvre bougre qui a voler de quoi nourrir sa famille qui crève la dalle. Le juge Aaron estimant que la richesse est un don de Dieu, il n’admet pas qu’un pauvre se serve dans les futures richesses dévolues à la haute.

Le graphisme de Griffo m’a bien plu, sans mauvais jeu de mots, j’apprécie sa griffe. Les couleurs oscillent entre des tons gris ou des plus chaleureux, selon les ambiances.

Clairement, ce n’est pas une bédé pour les petits enfants ! On a du sang, des meurtres, des assassinats, du sperme, des prostituées (dont Fanny à 5 pennies parce qu’elle est une déesse – ne me demandez pas ce qu’elle est capable de faire), de la violence, des pendus, des truands, des voleurs, bref, le genre de monde que l’on ne dédaigne pas côtoyer dans la littérature mais pas en réalité.

Si le scénario ne manque pas d’action et d’ambition, l’intrigue reste néanmoins assez simple mais s’avère efficace et ce premier tome fait passer un moment de lecture fort agréable.

Par contre, nos quatre mousquetaires de la cambriole – version intelligente et rusée – manquent un peu de profondeur et sont esquissés un peu trop rapidement, même Fanny, qui pourtant est l’héroïne de l’album.

James Orwood, le meneur, le cerveau, est le plus mystérieux de tous, tout en étant beau comme un démon. Entre nous, avec moins de scène de sexe, on aurait pu en profiter pour les habiller et les étoffer au lieu de les foutre à poil pour baiser.

On apprend quelques détails de leur passé, mais leur caractère, ce qu’ils sont vraiment, reste encore mystérieux dans ce premier album. En espérant qu’ils soient développés dans les suivants.

Pas de cliffhanger sur le final de ce premier album, mais j’ai apprécié ma lecture et j’ai envie de lire la suite pour voir où nos cocos vont nous entraîner, quels seront leurs prochains vols audacieux et comment tout le monde va évoluer.

PS : c’est pour demain matin, la surprise pour les petits enfants !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°277], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°29], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

L’accusé du Ross-Shire : Graeme Macrae Burnet

Titre : L’accusé du Ross-Shire

Auteur : Graeme Macrae Burnet
Édition : Sonatine (2017) / 10/18 (2018)
Édition Originale : His Bloody Project: Documents relating to the case of Roderick Macrae (2016)
Traduction : Julie Sibony

Résumé :
Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire.

En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands.

Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles.

Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ? Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins.

Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ?

S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ?

La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

Critique :
Chronique d’une mort annoncée… Dès le départ, nous savons qui est mort et qui l’a tué. Ce que nous ne savons pas, c’est le modus operandi et le mobile.

Retour donc en arrière, quand tout ceci a commencé, grâce à la confession que Roderick Macrae a écrite en prison et dans laquelle il explique toutes les petites choses mesquines, cet harcèlement dont a fait preuve l’homme qu’il a assassiné.

Ce roman est inclassable car il oscille entre le témoignage d’un assassin (ou un innocent ?), un documentaire sur les conditions de vie des années 1860 dans les Higlands, un roman noir (condition sociale), un thriller, une enquête, une fiction ou un véritable carnet de confession d’un condamné…

Cet inclassable aurait pu aussi se nommer « la condition humaine » tant celle-ci est présente tout au long de ses pages de confession. Comme toujours, nous avons les riches propriétaires (laird) et les pauvres qui travaillent les terres du laird. Non, l’esclavage n’est pas mort, il porte juste un autre nom et est d’un modèle différent.

La vie est difficile, la Nature ne fait jamais de cadeau et bon an, mal an, nos paysans essayent de s’en sortir avec le peu qu’ils avaient.

Quand le nouveau constable commence à harceler une famille, à lui chercher misère, juste par plaisir sadique, alors, le fragile équilibre ne tient plus, il bascule et la subsistance même de la famille commence à vaciller aussi. Déjà que tout ne tenait qu’un un fil.

Qu’aurions-nous fait à sa place ? Qu’aurions-nous fait à la place de Roderick, jeune garçon ayant perdu sa mère, vivant avec un père bigot, sans couilles devant le constable, qui ne se complait que dans sa souffrance, est mutique et renfermé ?

Qu’aurions-nous fait face au droit de cuissage quand il n’existe pas de #BalanceTonGrosCochonPervers ? Qu’aurions-nous fait lorsque personne ne peut vous aider parce qu’il a la trouille ou tout simplement parce que le constable est un rusé saligaud et qu’on ne peut l’accuser de rien ? Parce que de toute façon, on n’est rien…

Oui, « paf le constable », je ne voyais pas d’autre solution non plus…

Roderick s’est révolté contre cette société, à sa manière, en silence, sans hurler, sans haranguer les foules, sans rébellion aucune. Un jour, il a pris un louchet (bêche à lame étroite) et un hoyau (petite houe à lame courbe taillée en biseau) et s’en est allé faire du jardinage à sa manière pour dire halte à la tyrannie, à ces règles non écrites que tout le monde doit suivre et que le Seigneur (ou constable) peut adapter à sa guise, à ces rites immuables qui perdurent, à ce statut de paysan qui ne peut changer.

Le récit de Roderick est écrit sans passion, sans émotions, il relate juste les faits, ce dont il se souvient, ce qui s’est passé. Notre jeune homme n’est pas un imbécile, il travaillait bien à l’école, il aurait pu faire autre chose que travailler la terre, mais non, sa place était aux côtés de son père, à retourner des lopins de terre.

C’est un témoignage fort noir, les conditions de vie de ces paysans sont atroces, la subsistance difficile et que l’on soit malade ou en bonne santé, faut bosser et dur, s’il vous plait. Pourtant, il y avait quelques éclats de lumière dans ce thriller témoignage sur la vie dure et difficile des paysans des Higlands…

Un récit bouleversant d’un jeune garçon qui a du prendre une décision forte pour arrêter le cercle vicieux des brimades mesquines, du harcèlement qui les conduisaient tout droit dans la tombe et qui, de par sa condition de paysan, sera toujours considéré comme un sous-homme par les autres, les magistrats, médecins, nobles, seigneurs…

Un récit brillant qui touche en plein cœur, malgré le fait que Roderick utilise un ton neutre pour nous raconter son histoire.

PS : pas de bol, le roman se passe dans les Higlands (Écosse) mais l’auteur est Écossais lui-même et pour le et Le Mois anglais (chez Lou, Cryssilda et Titine), ça ne passe pas… Mauvaise pioche pour le Mois mais bonne pioche littéraire pour mon plaisir de lecture !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°264].

Guerilla social club : Marc Fernandez

Titre : Guerilla social club

Auteur : Marc Fernandez
Éditions : Préludes (2017) / LP (2018)

Résumé :
Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.

Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.

Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.

L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Critique :
Lorsqu’un roman noir de politique-fiction est bien mené, il instruit son lecteur, le rend moins bête.

Ce fut le cas avec ce deuxième tome de l’auteur, où j’ai retrouvé les personnages de Mala Vida, sauf que je connaissais une partie de l’histoire.

Quelle histoire ? Les dictatures sud-américaines des années 70-80 et leurs exactions (tortures, enlèvements, disparitions, meurtres, assassinats,…). Attention, je ne connais pas tout mais les grandes lignes oui, vu que ce mois de mai, j’ai lu assez bien de romans noirs se déroulant en Amérique du Sud.

Cette fois-ci, notre journaliste Diego Martín ne va pas enquêter, comme dans le premier, sur les assassinats d’ancien guérilleros, retrouvés morts, après avoir été torturé et ce, 30 ans après les faits.

Non, Diego Martín ne va pas rester les bras croisés et muet, loin de là, mais ce sera surtout Isabel et Léa en Argentine qui vont mettre à jour des dossiers et au fur et à mesure que chacun apportera sa pierre à l’édifice, la solution apparaîtra dans toute son horreur.

Une fois de plus, le récit est glaçant car même si en l’état, c’est une fiction, on sait que ce qui est développé dans le récit à notre époque s’est déjà passé et se passera encore car il est un excellent moyen pour manipuler les gens et les faire accepter ce que vous proposez pour leur sécurité.

L’auteur est habile pour mêler le vrai et le faux, la réalité et la fiction, cette dernière servant de liant pour parler du passé et des horreurs des dictatures militaires sud-américaines.

Comme nous repartons avec la même équipe, nous sommes en terrain connu, mais cela n’empêche pas l’auteur de continuer de soigner les portraits de ses personnages, de les rendre réalistes à tel point qu’on aurait envie d’aller boire un verre avec eux à la Casa Pepe (en terrasse, bien entendu). En tous les cas, Ana reste ma préférée.

C’est comme toujours percutant et comme le roman est assez court, l’auteur va directement à l’essentiel et ne perd pas de temps, allant droit au but. Peut-être qu’un peu plus de pages n’auraient pas fait de tort et auraient données encore plus de poids au récit, même s’il pèse déjà lourd dans mon esprit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°262] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 [31ème et avant-dernière fiche].

Blacksad – Tome 2 – Arctic-Nation : Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido

Titre : Blacksad – Tome 2 – Arctic-Nation

Scénariste : Juan Diaz Canales
Dessinateur : Juanjo Guarnido

Édition : Dargaud (2003)

Résumé :
Oldsmill, le maître de la ville, est un tigre blanc.
Karup, le chef de la police, un ours blanc.
Huk, l’âme damnée de Karup, un renard blanc.

Avec les autres animaux à pelage immaculé, ils forment la société WASP (W pour White, AS pour Anglo-Saxon, P pour Protestant).

Tous les autres habitants, de la pie noire au renard brun-roux en passant par le chat tacheté et la biche châtain, ne sont que racaille.

Et si la police n’est pas capable de maintenir l’ordre des blancs, les gros bras d’Arctic-Nation, le parti raciste, cagoulés et vêtus de robes blanches, s’en chargent sans états d’âme. Ils ont les cordes et les croix enflammées qu’il faut.

Dans cette ambiance pas câline, câline, Blacksad, le chat détective privé, enquête sur la disparition d’une enfant de couleur. La mère de Kyle, Dinah, travaillait comme femme de ménage chez le même Karup et, selon quelques bonnes âmes, serait au mieux avec le fils Oldsmill.

Un vrai nœud de vipères dans lequel Blacksad plonge les pattes et joue au justicier prompt à griffer si nécessaire… Son seul appui est Weekly, le reporter d’un magazine à scandale, un fouille-merde qui sera utile à John.

Et ça vaut mieux. Coups bas et coups tordus vont pleuvoir comme à Gravelotte…

Critique :
Le premier tome de Blacksad sentait bon le polar hard-boiled à l’ancienne (nous sommes dans les années 50) et avait tout d’une grande bédé.

Le tome 2 grimpe encore plus haut et crève le plafond et explose la cotation.

Hard-boiled, il l’est toujours, mais en lieu et place d’une enquête « classique », on met les pieds dans l’auge puante (et j’insulte les cochons) du ségrégationnisme, du racisme, des encagoulés du KKK et des bas de plafond des WASP (le banc anglo saxon et protestant).

Bienvenue dans le quartier de The Line, bienvenue chez la racaille des Claws, bienvenue aussi chez les suprémacistes d’Artic Nation, ceux qui viennent du froid et qui sont plus Blancs que Blancs que même les poudres à lessiver Dash/Dixan vont leur coller un procès tellement qu’ils sont Blancs.

Si au départ on pense à une enquête classique sur la disparition d’une jeune gamine Noire, restez sur vos gardes car il n’en sera rien et le scénariste sait non seulement monter une histoire qui tient la route mais en plus, il sait comment nous trouer le cul à la fin de son album. J’adore me faire entuber de la sorte.

Le dessinateur Juanjo Guarnido me donne envie d’acheter des ex-libris de Blacksad tant ses dessins sont sublimes, magnifaïïïïks, géniaux (et faudra aussi que j’achète un dico car les superlatifs comment à manquer).

Lorsque je lis (que je dévore goulûment) Blacksad, j’ai l’impression de regarder un vieux film des années 50, un bon vieux polar à l’ancienne, avec des atmosphères à la Bogart. Les dialogues, eux, sont toujours ciselé au scalpel, rempli de cynisme et de sarcasmes. J’adore !

Surtout qu’une espèce de fouine (une belette ?) a fait son entrée aux côtés de Blacksad : le journaliste surnommé Weekly qui ne manque pas d’humour.

L’anthropomorphisme est toujours bien réalisé à tel point que l’on oublie que l’on a affaire à des animaux qui souffrent des mêmes tares que les Humains.

Blacksad, c’est sobre, soigné, c’est intelligent, c’est fin, bref, je me demande pourquoi je n’ai pas lu cette série plus tôt. Avantage, je la découvre avec encore plus de plaisir et là, elle a sa place sur les plus hautes étagères de ma biblio, là où je classe le Graal de la bédé…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°261], et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°58], le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) [N°20  Une bd récompensée] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

  • 2003 : prix spécial du jury au festival de Sierre;
    • Prix Saint-Michel du meilleur album francophone pour Arctic-Nation.
  • 2004 : prix du public et Prix du dessin au Festival d’Angoulême pour Arctic-Nation ;
    • Prix Virgin du meilleur album pour Arctic Nation.
  • 2005 : Prix Harvey du meilleur album original pour Arctic-Nation;
    • prix Virgin du meilleur album pour Arctic-Nation.

Les ombres de la Sierra Madre – Tome 1 – La Niña Bronca : Philippe Nihoul et Daniel Brecht

Titre : Les ombres de la Sierra Madre – Tome 1 – La Niña Bronca

Scénariste : Philippe Nihoul
Dessinateur : Daniel Brecht

Édition : Sandawe (17/05/2017)

Résumé :
Traumatisé par les horreurs de la Première Guerre mondiale, Moroni Fenn, jeune Mormon au comportement violent et imprévisible, est envoyé au Mexique pour assurer la sécurité des colonies qui y sont implantées.

En chemin, il manque de se faire tuer par un vieil ermite à moitié fou et sauve, puis adopte, une petite Indienne exhibée comme un animal sauvage.

Malgré les mises en garde du vieil homme, qui parle de bandes d’Apaches encore sauvages en ces années 20 et le comportement intrigant de sa fille adoptive, Moroni ignore les signes étranges et les cris nocturnes qui se multiplient autour de sa maison. Il va le regretter.

Critique :
Non le western n’est pas mort ! Tu as vu son hommage chez Jean-Pierre Foucault ? Non… Donc le western n’est pas mort.

Il a même encore de beaux restes et des auteurs de talents pour lui rendre ses lettres de noblesse.

Même si le scénario reste conventionnel, le talent est dans la manière de raconter l’histoire et clairement, nous sommes face à un conteur de talent qui est arrivé à m’entraîner là où je ne m’y attendais pas.

Moroni Fenn, notre personnage principal est un mormon. Depuis son retour des tranchées de la Première guerre Mondiale, il n’est plus le même. Déjà qu’il n’était pas le plus zélé des membres de l’église des Saints des derniers jours, ça ne s’est pas arrangé avec les traumatismes de la guerre.

On l’envoie donc au Mexique, à Colonia Juárez, pour assurer la sécurité de la communauté mormone qui s’y trouve. Mais sur la route, il croise celle d’une gamine, la Niña Bronca, utilisée comme objet de foire.

Décidemment, Moroni ne fait jamais rien de ce qu’on attend de lui et c’est ce qui est génial avec ce personnage car il de l’humanité, lui ! Et il nique toutes les règles des mormons : il boit de l’alcool et n’a qu’une seule femme.

Les décors mexicains, comme ceux des tranchées nous plongent d’emblée dans l’ambiance. Celui de l’Argonne est rempli de boue et de sang, ceux du Mexique sont secs et remplis de poussière.

Plusieurs personnages hauts-en-couleurs officient dans ce western et en toile de fond, il y a les terribles guerriers Apaches qui cherchent à récupérer la gamine puisqu’elle fait partie des leurs. On se doute que dans les tomes suivants, ça va barder…

Si cela fait 20 ans que l’on a plus vu d’Apaches dans le coin, ils n’ont jamais disparus totalement de l’endroit, restant cachés en petits clans afin de ne pas se faire repérer par les chasseurs de scalps. Là-bas, un bon Indien est toujours un Indien mort…

Un western qui, bien que possédant un scénario classique, tire son épingle du jeu en racontant l’histoire différemment, en proposant des personnages ayant réellement existé, avec d’excellents dessins et des ambiances chaudes et poussiéreuses.

Sûr et certain que je vais acheter la suite maintenant que j’ai découvert ce premier tome.

Le cahier final comporte les portraits des personnages qui ont réellement existés, ce qui les ancre encore plus dans cette bédé réaliste.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°259], et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.