Lady Chevy : John Woods

Titre : Lady Chevy

Auteur : John Woods
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (26/01/2022)
Édition Originale : Lady Chevy (2020)
Traduction : Diniz Galhos

Résumé :
Amy Wirkner, lycéenne de 18 ans, est surnommée « Chevy » par ses camarades en raison de son surpoids.

Solitaire, drôle et intelligente, elle est bien décidée à obtenir une bourse pour pouvoir aller à l’université et quitter enfin ce trou perdu de l’Ohio où la fracturation hydraulique empoisonne la vie des habitants, dans tous les sens du terme.

Mais alors qu’elle s’accroche à ses projets d’avenir et fait tout pour rester en dehors des ennuis, les ennuis viennent la trouver.

Convaincue que l’eau de la région devenue toxique est à l’origine des malformations de naissance de son petit frère, elle accepte de participer avec son meilleur ami Paul à un acte d’écoterrorisme qui va très mal tourner.

Mais Amy refuse de laisser l’erreur d’une nuit briser ses rêves, quitte à vendre son âme au diable…

Critique :
La fracturation hydraulique, dans le but d’extraire du gaz de schiste, c’est un truc super giga polluant. Ceux qui ont des doutes, je leur conseille de lire « Fracture » de Eliza Griswold.

Une fois de plus, je me suis retrouvée dans l’Amérique d’en bas, des laissés-pour-compte, des petites gens, des redneks, des suprémacistes et racistes.

Non pas que j’aime les théories raciales (que du contraire), juste que j’apprécie les romans noirs et que ce genre de personnes gravitent souvent dans l’Amérique profonde, celle qui a peur de perdre sa place, de se faire remplacer, de perdre sa puissance.

Amy Wirkner, lycéenne de 18 ans, est surnommée « Chevy »… Joli petit surnom, pour une fille, que l’on se dit de suite. Sauf que c’est l’abréviation de Chevrolet et que c’est parce qu’Amy est grosse. La grossophobie est de sortie et en raison de son surpoids, là voilà toute désignée pour être victime des élèves de son bahut.

Dans son patelin, les mecs de la fracturation hydraulique sont passés, ont entubés tout le monde (sans vaseline), ont fait miroiter des revenus importants et lorsque les gens n’étaient pas intéressés, ils leurs ont dit que de toute façon, ils n’y couperaient pas puisque tout le monde signait. Depuis, l’eau n’est plus potable et on peut même y mettre le feu lorsqu’elle sort du robinet.

Amy Wirkner est un personnage qui marque, un personnage important, une fille qui ne se laisse pas faire, qui essaie d’y arriver, alors que son entourage n’est pas le meilleur. Une mère qui s’en va avec d’autres hommes, un père qui manque de couilles, un grand-père qui a appartenu au Triple K (ce n’est pas le nom d’un ranch) et un oncle suprémaciste, raciste, possédant un bunker pour survivaliste et un drapeau nazi.

L’ère d’Obama ne plaisait pas à ces gens… L’auteur a poussé loin les curseurs pour monter son petit théâtre, pour nous plonger dans cette Amérique profonde, dans cette Amérique qui portera, plus tard, le Trump aux nues et au pouvoir. Un président qui se vantera d’attraper les femmes par la chatte… Tout ce que certains aiment.

N’ayant pas relu le résumé avant ma lecture, je ne savais pas du tout où le récit allait m’entraîner, jusqu’à ce que le drame se produise.

J’étais à fond dans l’histoire, me demandant comment tout cela allait finir, quand, en lisant un passage, ma tasse de café s’est figée dans les airs. Non, pas possible, j’avais dû mal lire. On reprend… Purée, non, j’avais tout à fait bien lu. Bizarrement, cet acte m’a secoué, m’a troué le cul et pourtant, c’était la seule solution et j’y avais moi-même pensé… Il est temps que je me fasse soigner.

Les personnages, même secondaires, sont bien travaillés, réalistes au possible et tous auront un rôle à jouer. Le pire étant H, le policier. Un méchant comme on aime en croiser dans la littérature (ou au ciné), un homme froid, dangereux, manipulateur et que l’on ne voudrait pas croiser dans la vraie vie. Une réussite !

Malgré tous les ingrédients glauques, sombres, violents, pollués comme les eaux de la ville, malgré les assassinats, les racistes, les héritages lourds à porter, la grossophobie, ce roman n’est pas le genre à plomber l’ambiance à la fin de sa lecture, ni à terminer les pieds dans le tapis ou dans les caricatures lourdes.

C’est un roman noir sombre, ô combien troublant, puisque l’on ne sait jamais comment tout cela va se terminer. Le suspense est entier, jusqu’au bout et le duel entre Amy et H sera le point d’orgue de ce récit.

Dans ces pages, personne n’est ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc, tout le monde se trouvant dans ces zones de gris, même l’oncle qui se lamente que les Américains se soient trompés d’ennemis durant la Seconde Guerre. Lorsqu’il dit que l’Amérique s’est construite sur un génocide et sur l’asservissement des autres, il a tout à fait raison. Un trait de lucidité avant qu’il ne reprenne ses discours de haine.

L’Amérique doit sa place dans l’Histoire à sa conquête génocidaire, à l’asservissement d’autres races, et à une quinzaine de centimètres de terre riche et saine en surface. Nous n’étions au départ qu’une poignée de colonies sur la côte Est, et nous avons relié le Pacifique au gré des massacres, bâtissant ainsi notre empire continental.

Bref, un roman noir magistral, parfaitement maitrisé et qui nous plonge dans une Amérique qui a mal, qui a peur, qui aimerait se retrouver entre Blancs, une Amérique pieuse, qui va à l’église mais qui ne sait pas ce qu’est le Bien ou le Mal, ou alors, qui a sa propre définition qui ne correspond pas vraiment au « Aimez-vous les uns et les autres » et « respectez votre prochain »…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°54] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Balles perdues : Matz, Jef et Walter Hill

Titre : Balles perdues

Scénariste : Matz
Dessinateur : Jef
Adapté de : Walter Hill

Édition : Rue de Sèvres (2015)

Résumé :
1931. Arizona, période la Prohibition. Roy Nash sort de prison, à laquelle il était condamné à perpétuité.

Pour payer la dette de sa libération envers le boss de Chicago, Roy est à la poursuite de trois braqueurs qui ont filé avec le magot sans partager. L’un a de plus embarqué Lena, l’ex de Roy, dans l’aventure.

Roy parcourt les speakeasy et les bas-fonds de Los Angeles à la recherche des fuyards, fâche les mafieux locaux, un détective verreux et ses propres patrons…

De la vengeance, du magot ou de Lena, quel sera le vrai moteur de la quête de Roy ? Et surtout, comment survivre au milieu de ces gangsters à la gâchette facile ?

Critique :
Arizona 1932… Le désert, un trou paumé de chez paumé. Un homme descend de la voiture. Gros plan sur lui, sur la voiture, sur son chauffeur, un balafré.

Pas un mot durant plusieurs cases où notre homme, qui se nomme Roy Nash, commande un whisky au bar, en pleine prohibition. Déposant un billet sur le comptoir, on lui sert son verre.

Roy est un tueur, il a une gueule de tueur.

D’ailleurs, les dessins réalisés par Jeff n’étaient pas toujours de qualité égale.

Il y a des gros plans magnifiques et aussi des merdiques, où l’œil d’un personnage bouffe les cerises pendant que l’autre crache les noyaux. Dans une case, le personnage du policier avait un certain cousinage avec une trogne digne des Guignols de l’info.

Et je ne vous parle même pas des bouches, qui, de temps en temps, se tordent, donnant un rictus affreux aux personnages, les rendant moche, défigurés. Par contre, j’ai apprécié les tons sépias, même si cela donnait l’impression que les mecs portaient du rouge à lèvre.

Dommage pour les visages, parce que les décors et les bagnoles étaient des plus réussis.

Le scénario est classique : trois hommes ont réalisé un hold-up, empruntant de l’argent à un mec de la pègre, ainsi qu’un chauffeur et ensuite, on retrouve la bagnole vide, le chauffeur abattu et le fric envolé.

Non, pas de surprises au rendez-vous, juste un polar noir musclé, rythmé, sanglant, avec des femmes superbes qui se baladent les nichons à l’air (et la touffe aussi).

Du polar noir dans toute sa splendeur, un hard-boiled de derrière les fagots, réunissant tous les ingrédients du genre : des truands, des trafics, un bar Noir, les années 30, la prohibition, les filles faciles, des femmes fatales, les balles qui sifflent, les contrats sur les têtes, des chaussures de béton, un tueur à gage, des trahisons, des mitraillettes, des chapeaux, de l’amour…

Les cadrages de cette bédé étaient très bien fait, donnant l’impression de regarder un film. Normal, on apprend à la fin que Walter Hil, crédité dans cette bédé, est un réalisateur et scénariste de Hollywood et que cette bédé, au départ, c’était un scénario pour un film.

Et comme dans les films, des gars tirant avec des mitraillettes arrivent encore à louper le mec en face d’eux, qui lui, uniquement pourvu de flingues, arrivent à les dessouder !

Roy, c’est Lucky Luke version salopard.

Rien de nouveau sous le soleil avec ce scénario, mais au moins, il va à l’essentiel et nous plonge dans le monde de la pègre dans les années 30. Efficace et distrayant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°51] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Minuit à Atlanta : Thomas Mullen

Titre : Minuit à Atlanta

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (05/05/2021)
Édition Originale : Midnight Atlanta (2021)
Traduction : Pierre Bondil

Résumé :
Après le succès de Darktown et Temps noirs, voici le troisième opus d’une saga criminelle qui explore les tensions raciales au début du mouvement des droits civiques.

Atlanta, 1956. L’ex-agent de police nègre Tommy Smith a démissionné pour rejoindre le principal journal noir d’Atlanta en tant que reporter. Mais alors que le Atlanta Daily Times couvrait le boycott organisé par Rosa Parks à Montgomery, son directeur est retrouvé mort dans son bureau, et sa femme injustement accusée d’assassinat par la police. Qui pourrait en avoir après le principal patron de presse noir d’Atlanta ?

Et qui était-il vraiment ? FBI, flics racistes, agents Pinkerton, citoyens opposés à la déségrégation : beaucoup de monde, en vérité, semble s’intéresser à cette affaire d’un peu trop près.

Critique :
♫ One night in Atlanta makes a humble man hard ♪ (1)

Une nuit dans le quartier de Darktown (Atlanta) pourrait rendre un homme humble, dur. Car la vie dans le quartier pauvre n’est pas facile.

Les habitants, Noirs, doivent se battre tous les jours contre les injustices, les non-droits, les brimades des Blancs, les manques de moyens des écoles…

Lorsque tu penses que cela va aller mieux, les Blancs en rajoutent une couche pour que les Noirs restent bien à leur place, loin d’eux. Bref, la vie n’est pas simple.

Les deux romans précédents étaient consacrés à notre duo de flics Noirs, Lucius Boggs et Tommy Smith. Ce dernier a démissionné de la police afin de rejoindre l’ Atlanta Daily Times, principal journal noir d’Atlanta. Peut-être qu’en tant que reporter, il pourra faire évoluer certaines mentalités, dénoncer des injustices…

Cela m’a fait drôle de ne plus avoir Smith aux côtés de Boggs. J’aimais leur duo, diamétralement opposé et qui fonctionnait pourtant bien, avec ses hauts et ses bas. Heureusement, Tommy n’a pas oublié ses anciens réflexes de flic et lorsque son boss, Arthur Bishop, se fait assassiner dans son bureau, il va mener l’enquête et découvrir des choses…

Une fois de plus, l’auteur frappe en grand coup avec ce roman noir, bien que différents des autres. Nous aurons toujours des entrées dans le poste des policiers Noirs, nous suivrons l’enquête de leur lieutenant, mais nous passerons plus de temps avec le journaliste Smith et dans l’enceinte de son journal.

C’est une page d’histoire que l’auteur nous ouvre, sortant les squelettes des placards, la pourriture des pages américaines, avec le racisme, la ségrégation, l’absence de droits pour la population Noire.

Un vent de révolte souffle sur l’Amérique, les temps changent, ou veulent changer. À Montgomery, les Noirs boycottent les bus, Rosa Parks a refusé de céder sa place à un Blanc, on parle de déségrégation dans les établissements scolaires, que des Noirs pourraient aller étudier dans les écoles des Blancs. Et ça, les Blancs n’en veulent pas.

La décision de supprimer la ségrégation dans les établissements scolaires avait initialement abasourdi les Blancs, …Maintenant, le Sud blanc se mobilisait avec fébrilité. Les nouveaux Conseils de citoyens blancs organisaient des rassemblements, rédigeaient des lettres et mettaient un point d’honneur à châtier financièrement les Noirs qui disaient ou faisaient quelque chose pour favoriser l’accès aux droits civiques.

Il est à noter que les termes utilisés par certains personnages pour parler des Afro-américains est le « N word », ce qui pourrait choquer les adeptes de la cancel culture ou tout autre personne qui ne veut pas entendre, qui ne veut pas savoir. Le mot est choquant, bien entendu, mais en 1956, si les Blancs avaient utilisé le terme politiquement correct, ce serait un putain d’anachronisme !

Ce roman met aussi en lumière les difficultés pour des Blancs de fréquenter des Noirs (et vice-versa), ce qui était hyper super mal vu à l’époque. Joe McInnis, le lieutenant Blanc, responsable des policiers Noirs, en sait quelque chose. Ce troisième opus le met un peu plus en avant.

Lui n’utilise pas les vilains mots pour désigner les Noirs, mais il est sans cesse sur la corde raide. Ses policiers Noirs voient en lui un Blanc et les Blancs voient en lui un ami des Noirs (ils utilisent l’autre mot, bien entendu). Il n’est pas facile d’être le seul face aux autres. Comme le disait Dumbledore « Il faut du courage pour affronter ses ennemis mais il en faut encore plus pour affronter ses amis ».

Personne n’est atteint de manichéisme, dans ce roman sombre, tout le monde évolue comme il le peut, dans un monde où l’injustice règne en maître, ou les Blancs ne veulent pas perdre leur hégémonie, partager leur ville ou leurs écoles avec des Noirs et où ces derniers ne demandent pas grand-chose, juste d’avoir des conditions décentes de vie.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’écriture de Thomas Mullen est trempée dans l’acide, sa plume est une épée qui tranche mieux que le fil affuté d’un poignard.

Il dénonce, sans pour autant que les procès soient à charges, mais il ne se prive pas de dénoncer la laideur de la société américaine des années 50 (et même de l’après Première Guerre Mondiale où on lynchait des soldats Noirs vétérans de la Grande Guerre).

L’enquête est complexe, aura des ramifications un peu partout et nos enquêteurs auront bien du mal à trouver le coupable du meurtre et à mener des investigations alors que les flics Blancs ont déjà bétonné le dossier en accusant une possible innocente. Il faudra rester concentré sur sa lecture.

Un roman noir décrivant une période encore plus sombre, mais ô combien réaliste. Une trilogie explosive, que j’ai lue avec grand plaisir, même si j’avais les sangs qui bouillonnaient.

(1) One night in Bangkok de Murray Head – après une mini transformation

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°49] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Un profond sommeil : Tiffany Quay Tyson

Titre : Un profond sommeil

Auteur : Tiffany Quay Tyson
Édition : Sonatine (25/08/2022)
Édition Originale : The Past Is Never (2018)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu’elle inquiète. On murmure que des esprits malveillants se dissimulent dans ses eaux profondes.

Par une chaude journée d’été, Roberta et Willet bravent toutes les superstitions pour aller s’y baigner avec leur petite sœur, Pansy. En quête de baies et à la faveur d’un orage, ils s’éloignent de la carrière.

Quand ils reviennent, Pansy a disparu. Quelques années plus tard, Roberta et Willet, qui n’ont jamais renoncé à retrouver leur sœur, suivent un indice qui les mène dans le sud de la Floride.

C’est là, dans les troubles profondeurs des Everglades, qu’ils espèrent trouver la réponse à toutes leurs questions.

Critique :
Les disparitions d’enfants sont des sujets que j’évite comme la peste, en littérature (et à la télé aussi), pourtant, j’ai sauté à pied joints dans ce roman noir, parce que le récit n’était pas QU’UNE histoire de disparition d’enfant.

En littérature, j’apprécie toujours d’aller dans l’Amérique profonde, dans le Sud, ségrégationniste au possible, haineux, pauvre…

Attention, je n’aime pas le racisme, la ségrégation me fait vomir, mais les atmosphères du vieux Sud me plaisent, en littérature. Cela donne souvent de grands romans.

Le récit s’écoule comme le Mississippi, lentement et il est aussi boueux que sombre. Sombre comme les eaux dans la carrière, celle que l’on dit maudite. Ne cherchez pas des fins de chapitres avec un suspense à couper au couteau, il n’y en a pas.

Ce roman noir, véritable drame, est surtout le récit de ce qu’il se passe dans une famille lorsque l’un des membres disparaît, surtout si cette personne est à l’orée de sa vie, trop jeune pour disparaître.

De plus, dans une disparition, les questions se posent, restent et empoisonnent la vie de tous les membres de cette famille, puisque nul ne sait si la  disparue est vivante ou morte.

Roberta, dite Bert, notre narratrice, se retrouve coincée entre une mère qui ne vivait déjà que pour sa petite dernière et qui maintenant, vit comme un légume (lit, divan), un père absent (on ne sait où il est, ni quand il reviendra) et un frère aîné qui gère le ménage, mais qui souvent, oublie qu’elle est vivante, qu’elle existe.

La disparue, tel un trou noir, aspire tout ce qui est vivant, reléguant les autres dans un coin, les enfonçant dans l’oubli.

Les débuts de chapitre sont consacrés à une période de l’Histoire, un passé dont les pièces du puzzle vont se mettre à former une image et nous éclairer sur bien des choses dans cette famille bizarre.

Le récit se déroule dans les années 70, les Blancs n’aiment pas se mélanger avec les Noirs et 20 ans auparavant, on tuait des Noirs sans que cela prête à conséquence. L’effet de meute était présent.

Un gamin Noir aurait fait un clin d’œil à une dame Blanche ? Horreur, malheur, punissons-le ! Une jeune Noire enceinte d’un Blanc ? La question d’un possible viol ne se posait même pas, elle l’avait séduit, donc, mise à mort ! Le shérif ne levait pas le petit doigt. Ça ne lui en touchait même pas une, alors, pour faire bouger l’autre, il aurait fallu shooter dedans.

Roberta est touchante, elle est humaine, elle est jeune, fait des erreurs, se regarde parfois le nombril, ne trouve pas sa place dans cette société où les superstitions sont nombreuses, où le racisme est omniprésent et où elle a l’impression que sa famille lui cache des choses sur le passé de leur paternel.

Justement, parlons de la famille, celle que, contrairement aux copains, on ne choisit pas, ou que parfois, on nous choisit… Roberta n’est pas gâtée avec sa famille et pourtant, c’est auprès de sa grand-mère (un sacré personnage, Clem), qu’elle trouvera réconfort et travail, mais pas les réponses à ses questions.

Cet excellent roman noir, aux atmosphères poisseuses comme les Everglades, commence dans le Mississippi pour se terminer dans les marais de Floride, où notre jeune Roberta va mener une enquête, afin de re retrouver son père.

Un roman noir qui, malgré qu’il traite d’un drame, n’est pas dénué de lumière, notamment grâce à ses personnages marquants, certains étant plein de secrets, mais aussi grâce à son scénario maîtrisé qui nous entraîne dans une certains Amérique, celle qui est profonde, le tout sans manichéisme aucun.

De plus, ce roman noir donne une place importante aux femmes, alors, raison de plus pour le lire, mesdames et messieurs !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°46] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Blackwater – 01 – La Crue : Michael McDowell

Titre : Blackwater – 01 – La Crue

Auteur : Michael McDowell
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (07/04/2022)
Édition Originale : Blackwater, book 1: The Flood (1983)
Traduction : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Résumé :
Alors que les flots sombres et menaçants de la rivière submergent Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux innombrables dégâts provoqués par la crue.

Mené par Mary-Love, la puissante matriarche, et par Oscar, son fils dévoué, le clan s’apprête à se relever.

Mais c’est compter sans l’apparition , aussi soudaine que mystérieuse, d’Elinor Dammert, jeune femme séduisante au passé trouble, dont le seul dessein semble être de s’immiscer au cœur de la famille Caskey.

Critique :
« Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite », comme le disait si bien Jeanne D’Arc sur le bûcher. La ville de Perdido (Alabama du sud) pourrait dire (si elle savait parler) : « Le jour de la crue, j’ai été cuite ».

Submergée par les flots de la Perdido et de la Blackwater, la ville est recouverte d’eau, de boue, tout est dévasté.

La première chose qui m’a attiré, dans cette saga de 6 romans, ce sont les couvertures ! Purée, elles sont magnifiquement ouvragées. Alors, pourquoi pas ?

Ce premier tome pose les bases de la famille Caskey, une famille qui a fait fortune dans le bois, avec une scierie. Nous sommes en 1919 et à cette époque, les Noirs peuvent servir les Blancs, mais pas s’asseoir à leur table.

Les premières pages du livre sont intrigantes : la crue a eu lieu et Oscar Caskey, en barque avec Bray, un de ses employés (Noir), trouve une femme dans l’hôtel de la ville. Elle n’a pas été prévenue de la crue. Bizarre, bizarre se dit Bray (et les lecteurs aussi). Surtout lorsqu’il remarquera la hauteur où l’eau s’est arrêtée, à ce premier étage !

Elinor est un personnage énigmatique. Le côté fantastique vient d’elle. Sans en dire plus, soit les mystères qui l’entourent n’en sont pas (effet d’optique dû au soleil), soit il y a un truc qui sent mauvais dans son cas. Pour moi, ça pue, méfiance !

On ne peut pas dire que l’action est présente dans ce premier tome. Et pourtant, j’ai eu du mal à le lâcher. Les mystères qui entourent le personne d’Elinor, m’ont happé, tel le courant puissant de la rivière.

De plus, j’ai apprécié les autres personnages, même si nous sommes en présence d’une mère limite castratrice, qui ne veut pas que ses enfants partent ailleurs, que son fiston se marie… Mary-Love, puissante matriarche du clan Caskey, est une roublarde, mais elle pourrait tomber sur pire qu’elle.

Oui, à Perdido, ce sont les hommes qui bossent, mais ce sont les femmes qui décident, qui tirent les ficelles, qui manipulent. Girl power ! Attention, les femmes Blanches, bien entendu. N’oubliez pas que nous somme en Alabama du Sud et en 1919 ! Machiavel pourrait trouver à qui parler, avec certaines femmes, dont Mary-Love et Elinor.

La plume de l’auteur est aussi fluide que les cours d’eau, elle glisse toute seule et on a envie de voguer sur les flots de ces deux rivières qui se rejoignent en créant un tourbillon mortel. Merde alors, je viens de succomber aussi à la maladie de l’année : Blackwater ! Paraît que ça se soigne facilement, en lisant tous les tomes. Je vais me soigner, alors !

Sans que ce soit le livre de l’année, l’univers mis en place par l’auteur m’a bien plu, sans pour autant que je puisse vous dire précisément pourquoi. Sans doute grâce au contexte historique (ségrégation raciale), à cette famille peu ordinaire et au personnage mystérieux de Elinor, que l’on n’arrive pas à cerner.

Les tensions, les secrets cachés, le petit côté fantastique maîtrisé, tout ça m’a fait plonger dans ce roman avec plaisir. Je compte remettre mon maillot de bain et aller à nouveau nager dans les eaux troubles de la famille Caskey prochainement.

Alors, qui plongera aussi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°41] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Deadwood Dick – Tome 3 – Black Hat Jack : Mauro Boselli, Stefano Andreucci et Joe R. Lansdale

Titre : Deadwood Dick – Tome 3 – Black Hat Jack

Scénariste : Mauro Boselli et Joe R. Lansdale
Dessinateur : Stefano Andreucci

Édition : Paquet (18/08/2021)
Édition Originale : Deadwood Dick, tomo 3 : Black Hat Jack (2020)
Traduction : Roma Paris London

Résumé :
27 juin 1874, seconde bataille d’Adobe Wells. Deadwood Dick, son ami Black Hat Jack et une centaine de chasseurs de bison font face à des centaines de Comanches, Cheyenne et Kiowas.

Un jour où il n’a pas été facile de conserver son scalp !

Critique :
Chevaucher aux côtés de Deadwood Dick est synonymes d’emmerdes !

Déjà, il est Noir et dans l’Ouest hyper raciste, surtout après la guerre de Sécession, c’est garantit sur facture qu’il va se faire refouler de partout.

Les autres emmerdes qui se pointent, ce sont les Comanches qui circulent dans la plaine et qui n’ont pas l’air d’y être pour se balader et prendre l’air.

Mais lorsque que des centaines de guerriers Comanches, Cheyennes et Kiowas se rassemblent et entrent sur le sentier de la guerre, ça sent le roussi pour les scalps des chasseurs de bisons.

Je me plaignais du tome 2 qui, tout en étant ultra violent, était un peu faiblard du scénario, le tome 3 a comblé mes attentes en me proposant un récit où le scénario n’était pas résumé à sa plus simple expression !

Oui, la violence est omni présente, on ne se bat pas contre des Indiens en la jouant Bisounours, eux-mêmes n’étant pas des enfants de cœur. Avec le recul, on les comprend, ils étaient chez eux, tout compte fait, comme nous le dira, avec philosophie, le copain de Deadwood, Black Hat Jack.

L’auteur n’a pas fait l’erreur de rendre Deadwood Dick solidaires des Indiens, même s’il comprend lui aussi leur rage, il ne va pas se transformer en défenseur de ce peuple, ce serait un peu anachronique et ne donnerait rien d’intéressant point de vue scénaristique.

Il n’a pas la haine des Rouges comme les autres, mais quand il faut se défendre, il n’hésite pas à flinguer, à y aller franco et à risquer ses fesses pour sauver deux pauvres cow-boys solitaires, loin de chez eux. Ah non, un seul, l’autre est déjà mort, tué par les Indiens en colère.

Les Indiens, eux, ne comprennent pas toujours comment ce soldat, Noir, victime des Blancs comme eux (et tout son peuple aussi), peut défendre leur cause et se battre à leur côté. Deadwood est seul, être ami avec un Blanc est mal vu, avec un autre Noir, c’est double emmerdes assurées, alors, faire copains avec les Indiens, ce serait un suicide. Deadwood a choisi son camp.

La saga de Deadwood Dick, c’est du super bon western, violent, bourré de racisme des Blancs (ce qui était la norme à l’époque, ne pas en tenir compte serait débile), mais au moins, il sait se défendre, il a de la répartie, que ce soit avec sa langue ou avec ses colts (et si un Blanc voyait la taille de son tich, il en tomberait à la renverse, sauf sans doute un certain Rocco Sifredi).

Voilà du western comme je les aime : de la violence (non, j’en suis pas fière) et des scénarios qui tiennent la route, qui sont travaillés, même si on sent, dessous, le côté pulp ou dîme novel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°40], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

L’été où tout a fondu : Tiffany McDaniel

Titre : L’été où tout a fondu

Auteur : Tiffany McDaniel
Édition : Gallmeister (18/08/20222)
Édition Originale : The summer that melted everything (2016)
Traduction : François Happe

Résumé :
État de l’Ohio, dans les années 80 : le procureur Autopsy Bliss invite le diable dans sa petite ville de Breathed.

Ce n’est pas un démon rouge et cornu comme dans l’imagerie populaire qui répond à cette invitation, mais Sal, un jeune garçon noir aux étranges yeux verts. La famille Bliss, qui le pense échappé d’une ferme voisine, l’accueille chez elle.

Le temps d’un été, Sal partage donc la vie de Fielding, de son grand frère Grand, parfaite incarnation de l’idéal américain, de sa mère, qui craint trop la pluie pour s’aventurer dehors, de l’irascible tante Fedelia et de la vieille chienne Granny.

Mais sous ses airs de poète, le jeune homme semble semer l’agitation partout où il va.

Canicule sans pareille, événements inquiétants et accidents suspects viennent attiser le climat de discrimination et de ferveur religieuse qui règne sur cet État du Midwest – jusqu’à ce que la suspicion, le fanatisme et la mort s’emparent peu à peu de la ville…

Critique :
« Betty » avait été un coup de foudre monumental, c’est donc à pas prudents que je me suis engagée dans la lecture de son premier roman, redoutant de ne pas y trouver un autre coup de cœur.

Oubliez Betty, ce roman est diamétralement différent, ce qui ne change pas, c’est la patte de l’autrice, son talent pour faire vivre des personnages, pour les placer dans une suite de drames et happer le lecteur/trice au bout de quelques lignes.

Autopsy Bliss (un procès à ses parents pour l’avoir affublé d’un tel prénom) a eu envie d’inviter le diable dans la petite ville de Breathed. Peu de temps après son annonce, arrive un jeune gamin Noir, portant une salopette sale et se présentant comme le diable…

Nous sommes en 1984 et l’année à toute son importance. Les gens sont-ils si crédules que ça, en 1984 ? Il faut le croire. Ou alors, tout simplement, les gens aiment désigner un ou plusieurs boucs émissaires afin de se disculper, de trouver des réponses, des coupables ? Sans doute un mélange de tout ça…

Tant et si bien qu’après avoir rigolé devant le jeune Sal affirmant qu’il est le diable, les gens crédules ont changé leur fusil d’épaule une fois qu’un drame est survenu, même si Sal n’en était pas responsable. Après, ce sera l’escalade.

Fielding, le plus jeune fils de Autopsy Bliss, devenu pote avec Sal, nous racontera tout ça. Fielding est un jeune gamin que j’ai apprécié, son personnage était juste, réaliste. Sa mère était bizarre, mais cela a ajouté du charme à cette famille non conventionnelle.

Par contre, j’aurais aimé que Sal nous parle encore plus, qu’il nous raconte encore plus d’histoires, qu’il ne s’arrête pas de parler, tellement je buvais littéralement ses paroles. Il fera partie des personnages marquants, de ceux que l’on n’oublie pas, même avec Alzheimer.

De Sal, on ne saura pas grand-chose d’autre, hormis qu’il a de magnifiques yeux verts : soit on entre dans le jeu et on acquiesce au fait qu’il soit le diable (sans cornes ou pieds fourchus), soit on reste cartésien, on le prend pour un gamin banal qui se prend pour ce qu’il n’est pas. Mais à chaque fois qu’il prendra la parole, on saura qu’il n’est pas un enfant banal, que quelque part, il a été touché par la grâce.

C’est un peu comme le tigre Hobbes (Calvin & Hobbes) dont on ne sait s’il est une peluche ou un vrai tigre parlant, chacun se faisant son idée, sans pour autant que cela pose un problème de réalisme dans le récit.

Ce roman abordera plusieurs sujets de société, tels que le racisme, l’homophobie, la crédulité des gens, l’effet de meute, sans jamais vraiment aller au fond des choses. D’habitude, cela m’agace, mais pas ici.

L’autrice réussi, en peu de mot, à en dire beaucoup, à nous faire comprendre toute l’ampleur de ces horreurs, en les mettant en scène dans la petite ville accablée de chaleur qu’est Breathed. Pas besoin d’en faire plus, tout est dit. C’est violent, dramatique, horrible. Ou comment dénoncer le racisme crasse et l’intolérance…

En alternance avec le récit de 1984, nous aurons celui de Fielding, devenu adulte, puis vieux, toujours marqué par les événements de 1984. Le récit s’inscrivait parfaitement dans la continuité et il apportait beaucoup d’émotions au récit de notre gamin de 1984, nous éclairant sur ce qu’il advint de sa famille après cet été plus que caniculaire où les esprits se sont échauffés.

Deux romans puissants, voilà ce que Tiffany McDaniel a dans son stock. Deux romans différents, sans aucun rapport entre eux, si ce n’est la plume et la dénonciation du racisme et des intolérances, sous toute ses formes (pas au lactose ou au gluten). Sans oublier le droit à la rédemption, au pardon, à obtenir une seconde chance…

Ce premier roman possédait déjà des personnages marquants, forts, profonds et un récit où l’on sent venir le drame, où l’on sent venir l’horreur et où l’on est impuissant à l’empêcher.

Des émotions, je m’en suis prise dans la gueule, dans les tripes et le passage avec le décès d’un enfant m’a fait un mal de chien, tant il était criant de vérité, de justesse. Pas de pathos, mais énormément de tristesse ressentie.

Le final était grandiose, horrible, terrible… Une histoire du Bien contre le Mal où les valeurs sont inversés. Un récit d’un drame annoncé. Un récit coup de poing et coup de cœur à la fois.

Je ne suis pas le maître de l’enfer. Je ne suis que sa première et sa plus célèbre victime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°39] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

 

Duchess : Chris Whitaker

Titre : Duchess

Auteur : Chris Whitaker
Édition : Sonatine Thriller/Policier (05/05/2022)
Édition Originale : We Begin at the End (2020)
Traduction : Julie Sibony

Résumé :
Duchess a 13 ans, pas de père, et une mère à la dérive. Dans les rues de Cape Haven, petite ville côtière de Californie, elle ne souffre ni pitié ni compromis.

Face à un monde d’adultes défaillants, elle relève la tête et fait front, tout en veillant sur son petit frère, Robin.

Mais Vincent King, le responsable du naufrage de sa mère, vient de sortir de prison. Et son retour à Cape Haven ravive les tumultes du passé.

Quand cette menace se précise, Duchess n’a plus le choix : il va lui falloir engager la lutte pour sauver ce qui peut l’être, et protéger les siens.

Critique :
Cette année avait été assez pauvre en coup de cœur et septembre m’en offre un superbe avec ce roman sombre, violent, ce drame terrible.

Une tragédie comme savent nous offrir certains auteurs, même si l’action se déroule dans un coin de paradis californien (Cape Haeven).

Comment toute cette merde est-elle arrivée ? Pourquoi, un jour, la roue du destin s’est-elle arrêtée sur une case rouge, synonyme d’emmerdes puissance 100 à venir ? Pourquoi ce putain de hasard n’a-t-il pas été un peu plus sympa avec ces personnages qui n’avaient rien demandé à personne ?

La faute à pas de chance ? La faute à trop de facteurs ? Parce que si  Duchess n’avait pas allumé le feu, rien de tout cela ne se serait passé… Une terrible erreur qu’elle paiera au prix fort, trop fort… Mais est-elle vraiment responsable ?

Si sa mère, Star, n’avait pas été aux abonnés absents, dans l’éducation de ses enfants, si elle s’était occupée d’eux correctement, si elle avait enfin arrêté de promettre qu’elle allait changer et qu’elle l’avait fait réellement, on n’en serait pas arrivé à l’incendie.

Oui, mais si la petite sœur de Star, Sissy, n’avait pas été tuée, toute jeune, renversée par une voiture, sa famille n’aurait pas explosé… Et si Vincent King n’avait pas conduit une voiture, sans permis, sans faire attention à ce qu’il faisait, jamais il n’aurait renversé la gamine (Sissy)… Et si Star avait surveillé sa petite sœur, au lieu de courir ailleurs, rien de catastrophique n’aurait eu lieu.

Et si un jour lointain, un homme n’avait pas eu un accident de voiture, tuant son épouse et laissant sa gamine dans un état nécessitant l’utilisation d’une machine pour la garder en vie, ainsi que des soins coûteux, est-ce qu’on en serait arrivé à ces extrémités là ? Non, jamais…

Les responsables sont nombreux, bien souvent sans l’avoir voulu : un domino tombe et entraîne tout les autres. Personne ne s’en relève vraiment tout à fait, leur vie sombre dans le chaos et ce ne sont pas les quelques bouées de sauvetage que certains leur lanceront qui les aideront à ne pas boire la tasse, à respirer. Putain de destin !

Ce roman m’a entraîné dans un scénario inattendu, qui m’a emporté du soleil de la Californie au étendue du Montana et à sa neige froide. Un scénario fort sombre, comme je vous le disais. À se demander même s’il était possible d’avoir une lueur d’espoir.

Les personnages sont tous bien travaillés : si Duchess et son petit frère Robin sont les protagonistes centraux, l’auteur n’a pas oublié de donner de la profondeur aux autres. Duchess est une mère pour son petit frère, elle le protège, mais elle n’est pas la seule à protéger une personne qu’elle aime et à se dévouer entièrement.

Walker, le policier de Cape Haeven, les aide aussi, il tentera même d’aider son ami, Vincent King. Lui-même est énigmatique, suspect, j’ai mis du temps à le cerner. Il m’a bien étonnée.

Dolly, la vieille dame dans le Montana, est un personnage flamboyant, en deux phrases, elle s’impose, elle est lumineuse, on aimerait la rencontrer en vrai. Thomas Noble, le jeune voisin de Hal est lui aussi un personnage que l’on a envie de croiser dans sa vie. Un gamin peureux qui osera redresser les épaules. Et Hal, lui aussi a souffert, lui aussi est une victime, lui restera inoubliable…

Les méchants évitent le côté manichéen. Que ce soient les deux voisins de Star, vachement zarbi (et chelous), le genre qu’on n’a pas envie d’avoir pour amis ou voisins. Ils possèdent eux-aussi des failles, des blessures et ils se défendent comme ils peuvent. Sans oublier deux femmes de la communauté, qui poseront des actes terribles, mais toujours dans le but de sauver leur ménage, leur enfants, leur vie,… Tous et toutes sont victimes des circonstances.

Même Darke, le méchant méchant, a un portrait nuancé. Ni tout blanc, ni tout noir, avec de belles nuances de gris.

Oui, tout est bien mis en scène pour donner une tragédie parfaite, le genre qui a des ramifications tellement lointaines, tellement nombreuses, qu’on ne saurait plus vraiment dire quand et à cause de qui (ou de quoi) tout cela a commencé.

Quant à Duchess, elle fait déjà partie de ces grandes héroïnes que l’on oubliera jamais, telles Turtle (My absolute Darling), Kya (Là où chantent les écrivisses) ou Harley McKenna (Mon territoire).

Le final de ce roman est bouleversant et flamboyant. Triste et heureux à la fois. Il est terriblement déchirant et tellement magnifique. Sombre, mais lumineux. Explosif et doux. Un mélange d’amertume et de sucre des plus réussis.

Il arrive à manier ce subtil équilibre entre les rires de joie et les larmes de tristesse. Quoi que vous fassiez, elles couleront, vos larmes, de joie ou de peine, ou des deux à la fois.

Bien qu’il restera des zones d’ombre dans la vie future de Duchess et de Robin, l’espoir est permis, ils le toucheront, ils le prendront en main. Putain, ils le méritent !

Merci à l’auteur de m’avoir offert ce coup de cœur magnifique, ce roman qui marque durablement, qui reste dans la mémoire et auquel on pense avec une note de chagrin (ben oui, on l’a fini) et un sourire béat parce que l’on a rencontré des personnages marquants à vie.

PS : mon seul bémol sera pour le fait que le roman ne fasse que 528 pages ! Mince alors, 12 pages de plus et il pouvait entrer dans le challenge du Pavé de l’été. Tiens, si je gribouille 12 pages de plus et que je les insère dans le livre, peut-être que Brize n’y verra que du feu ! Chiche !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°38] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

The Seven Deadly Sins : Tze Chun et Artyom Trakhanov

Titre : The Seven Deadly Sins

Scénariste : Tze Chun
Dessinateur : Artyom Trakhanov

Édition : Panini Comics – Best of Fusion Comics (2021)
Édition Originale : The Seven Deadly Sins (2018)
Traduction : Laurence Belingard

Résumé :
Sept péchés mortels, une seule mission (qui est mortelle également !). Au Texas en 1857, des criminels condamnés à mort sont recrutés par un prêtre pour une mission suicide en territoire Comanche.

Ce groupe hétéroclite est emmené par un hors-la-loi au passé sanglant, dans une aventure digne des plus grands Westerns.

« Un Western classique dans son déroulé mais aux personnages originaux et à la partie graphique pleine de feu ! » – ComicStories

Après Sentient et la science-fiction, Sara et le film de guerre, voici 7 Deadly Sins qui explore l’univers Western de façon résolument moderne, avec des dessins signés Artyom Trakhanov.

Critique :
Ma première impression n’a pas été bonne en ouvrant cette bédé : les dessins étaient horribles !

Les traits sont assez carrés et les chevaux possèdent une musculature exagérée. Les couleurs étaient dans des tons criards. Bref, pas ma tasse de thé.

Si les dessins sont importants dans une bédé, le scénario l’est tout autant…

En résumé, un padre engage 7 criminels pour traverser le territoire Comanche, dans le but d’arrêter les massacres que fait Nuage Noir, suite à ce qu’on lui a fait comme merdes dans le passé. Ce voyage est pour les 8 personnes une sorte de rédemption, tous étant représenté par un péché capital.

Hélas, si pour certains, le péché est bien représenté (la luxure qui était en fait de la pédophilie et la gourmandise qui était du cannibalisme), pour d’autres, on se pose des questions.

De plus, le passé de certains personnages est plus détaillé que celui des autres, notamment celui de la femme, Malene et Jericho Marsh.

Ultra violent, ce western ne fait pas dans les concessions. La vengeance est un plat qui se savoure aussi bien froid que chaud et le sang va couler.

Le final est apocalyptique, assez rapide et s’il m’a fait plaisir, tout le reste m’a laissé un peu dubitative.

Bref, à oublier dans mon cas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°35], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Batman – Terre un – Tome 3 : Geoff Johns et Gary Frank

Titre : Batman – Terre un – Tome 3

Scénariste : Geoff Johns
Dessinateur : Gary Frank

Édition : Urban Comics – DC Deluxe (04/03/2022)
Édition Originale : Batman: Earth One, book 3 (2021)
Traduction : Alex Nikolavitch

Résumé :
Après la mort de son frère, le nouveau maire de Gotham, Jessica Dent se remet de ses blessures et est décidée à faire de la ville un endroit à nouveau sûr.

De son côté, Batman continue sa croisade contre le crime, s’associant avec de nouveaux alliés surprenants comme Killer Croc ou une voleuse d’exception : Catwoman !

Critique :
Ayant commencé cette série en retard, je n’ai pas dû attendre 6 ans entre ma lecture du tome 2 et celle du dernier tome. Juste un an et demi…

L’album, toujours scénarisé par Geoff Johns et dessiné par Gary Frank (magnifiques dessins), reprend là où nous avions laissé Batman dans le tome 2.

Un bref résumé permet aux lecteurs de se remettre le plus important en mémoire.

Harvey Dent est mort, les criminels de Gotham s’agitent, deviennent de plus en plus violents, possèdent des armes et la population se demande si ce n’est pas la faute à Batman : les criminels s’adaptent aux méthodes du justicier…

Le scénario est riche, il ne se contente de nous proposer des courses-poursuites, mais intègre des mystères et quelques retournements de situations qui m’ont scotchés dans mon canapé, les doigts pris dans la toile d’araignée… heu, de la chauve-souris !

Les dessins ne sont pas en reste, les planches sont soignées, les dessins ultra précis, magnifiques, les détails bien rendus, que ce soit au niveau vestimentaires ou des émotions. Parfois, des arrière-plans sont floutés, le dessinateur se permettant de ne pas redessiner entièrement le décor que nous venons de voir.

L’album pourrait presque se lire indépendamment des deux autres, l’histoire n’ayant pas vraiment une continuité pure et dure, mais étant plutôt tournée vers des épisodes de la vie de Batman, le tout relié par un fil ténu : raconter la genèse, mais autrement.

Je le rappelle pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas : l’univers « Terre-Un » permet à des auteurs d’avoir le droit de se réapproprier un personnage et son univers, sans tenir compte du canon.

Malgré tout, il y a un personnage bien connu de l’univers de Batman qui m’a semblé fort peu développé dans cet album : Catwoman, que l’on retrouve telle qu’on la connait, sans vraiment de grands changements, si ce n’est sa tenue… Pour la nouveauté, on repassera, avec ce personnage qui reste conforme au canon, sans avoir été réinventée, dommage.

Malgré ce petit bémol, le reste est excellent et celle lecture fut un plaisir. Une lecture pour les fans, ou pour ceux et celles qui voudraient découvrir Batman, sans pour autant se farcir les milliers de publications de la chauve-souris.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°33 – Dites 33] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.