Ciel rouge : Luke Short

Titre : Ciel rouge

Auteur : Luke Short
Édition : Actes Sud – Collection L’Ouest, le vrai (2016)
Édition originale : Blood On The Moon (1943)

Résumé :
La cupidité oppose deux hommes, et la fille de l’un d’eux aime celui qui s’apprête à escroquer son père.

Sur fond d’élevage de bétail et de répression d’Indiens croupissant dans des réserves dépourvues de bonnes terres, Luke Short compose un western efficace et exemplaire qui a été adapté par Robert Wise sous le même titre.

Robert Mitchum et Barbara Bel Geddes tiennent les rôles principaux dans ce film, considéré comme l’un des meilleurs westerns noirs.

Critique :
Prenez un shaker et mettez-y une bonne dose de western avec un zeste de policier et deux doigts de roman noir et secouez bien.

Servez-le sans glace, sec, et dégustez sans modération.

Voilà comment je pourrais résumer ce western policier noir ou ce policier western noir.

D’ailleurs, en lisant ce western, vous aurez un bon plan pour gagner du fric facilement avec une magouille bien ficelée.

Certes, il vous faudra un troupeau de vaches, une réserve indienne, un représentant local du Bureau des affaires indiennes véreux, un exploiteur, un gros éleveur de vaches, des cow-boys et des colons qui ne veulent pas de vaches pâturant sur les terres qu’ils ont squatté à l’éleveur puisque celui-ci n’a pas mis de barbelés sur la prairie.

Un vieux thème récurent dans le western car reflet de l’Histoire des États-Unis que ces guerres entre ranchers et squatters, entre les éleveurs et les colons et entre ceux qui veulent introduire des moutons et ceux qui ne voyait que par les vaches.

Si vous êtes sensible à la poésie d’une description de paysage ou de climat bienveillant, il va falloir vous munir d’une épaisse peau de mouton, d’un long manteau étanche car l’auteur va vous balancer dans ses pages un climat aride par le froid, la pluie, la neige, le tout au service d’une atmosphère des plus oppressante, d’une nature hostile et d’un sol guère accuillant.

Ce fut dans un triste endroit, un pitoyable endroit, parmi les trembles épars et détrempés, que Jim Garry établit son campement à la tombée de la nuit. Mais il n’avait pas d’autre choix, ses deux chevaux et lui étaient trop épuisés pour descendre jusqu’à la forêt. […] Il retira ses bottes, les enfila la semelle vers le haut sur des piquets plantés près du feu, puis réchauffa ses pieds à demi gelés. […] Les branches des trembles s’entrechoquaient dans le vent. Des filets de pluie froide ruisselaient dans son dos sous sa peau de mouton mais il restait assis, hébété de fatigue.

Dès le départ, vous êtes dans le bain et déjà votre campement est piétiné par un troupeau de bovins en fuite. Puis on sera menacé d’une arme, questionné subtilement et enfin on pourra reprendre sa route vers son destin.

Ne cherchez pas le personnage central, le héros, celui que l’on voit surgir dès le départ car ici, c’est assez obscur, on ne sait même pas si Jim Garry, le cavalier solitaire, est dans le camp des gentils ou des méchants car dans ce roman, point de dichotomie, tout le monde ayant un bon côté et un sombre, même si certains possèdent en eux plus de sombritude que les autres.

Comme dans tous les bons romans westerns qui volent plus haut que ceux de la sous-gare de Trifouillis-Les-Oies, en plus d’un scénario béton, les personnages sont travaillés avec peu de mots, ni tout blanc, ni tout à fait noir et la rédemption se taille une belle part dans les pages de ce western noir.

Si les femmes sont assez fortes et n’ont pas froid aux yeux, les hommes auront tous l’occasion de se racheter, libre à eux de changer de cap et de faire en sorte de se faire pardonner leur péchés (pour certains), ou leurs erreurs pour d’autres.

Rien n’est figé et c’est ce qui ajoute une touche de réalisme à ce western noir et serré comme un café et aussi sec qu’un whisky sans glace.

Un western qui nous parle de la possession du sol, de la propriété des terres dans ce pays où certains voulaient le libre accès au territoire dans son ensemble et sans la moindre restriction, de l’importance de l’eau, de l’obligation de protéger son bien contre les intempéries, les exactions des hors-la-loi.

Un western que la Série Noire n’aurait pas renié car il était sombre comme elle aimait, un western qui vole plus haut que ceux écrits pour un public de masse, un western sur fond de magouille, de mépris pour les indiens parqués dans des réserves, de rédemption, de traitrise et d’amour, sans que cela vire à l’eau de rose.

Un vrai café noir additionné d’un bon whisky. Des comme lui, j’en redemande jusqu’à l’ivresse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

V pour Vendetta – Intégrale : Alan Moore & David Lloyd

Titre : V pour Vendetta – Intégrale

Scénariste : Alan Moore
Dessinateur : David Lloyd

Édition : Delcourt (25/01/1999)

Résumé :
Londres, fin du XXe siècle : plus personne n’ose résister au « Système ». L’œil et l’oreille espionnent, le nez enquête, la bouche désinforme et la main fait régner l’ordre et la terreur.

L’Angleterre a pris les couleurs du fascisme. La culture a été effacée. Pourtant quelqu’un ou quelque chose rôde dans les ruelles sombres.

Il est vêtu comme un comédien, masqué d’un éternel sourire, cite Shakespeare, sauve les innocents, pose des bombes et préserve ce qu’il reste de la culture dans son musée des ombres. Un anarchiste s’est glissé au cœur du système.

Ni comédien ni tragédien, ni bouffon ni fou, ni fanatique ni terroriste, ou peut-être tout cela à la fois, il n’a pour nom qu’une initiale : V. V pour Vendetta. V pour Vengeance.

À moins que ça ne soit pas aussi simple que ça…

Critique :
Comment parler de cette intégrale que j’ai lu en plusieurs jours, tant elle est foisonnante de détails, de dialogues ciselés et dont l’atmosphère était lourde ?

Une uchronie sombre, dure, travaillée, violente, dérangeante, superbe…

Le festival des adjectifs et des superlatifs vient de s’ouvrir ! Qui dit mieux ?

Watchmen était déjà une œuvre aux personnages fouillés et à l’histoire complexe, mais avec celui-ci, on a encore franchi une limite dans le « oufti putain que c’est bon ».

Fin 20ème siècle, années 90. L’Angleterre sous une dictature implacable, qui fait peur et qui a tout de ce qu’auraient été notre vie si les nazis avaient gagné, camps d’internements compris.

Restrictions totale des libertés (le mot « liberté » existe-t-il encore ??), surveillance audio, vidéo (on va éviter de se promener à poil chez soi), contrôle de l’information, culte de la personnalité, arrestations arbitraires avec internement de certaines catégories de personnes dans des camps de concentration, anéantissement de la culture, des livres, du cinéma,… Les gens ne savent même plus ce qui a existé avant.

Si je n’ai pas vraiment accroché aux dessins (qui, je dois l’avouer, collent parfaitement avec l’histoire), le scénario, lui, est de toute beauté dans son réalisme car ce que les auteurs décrivent pourrait très bien nous arriver. Ça nous pend peut-être même déjà au nez.

Pour le lecteur habitué aux mangas, la surprise sera de taille car pas d’onomatopées (aucune !!) glissées ça et là pour bruiter l’action, pas de ballons de pensées non plus, et exit les pavés narratifs aussi, le tout ayant déstabilisé l’amatrice de bédé que je suis.

Entre nous, on s’y habitue vite, le talent des auteurs résidant dans le dessins et la narration qui arrivent à se passer de ses trois artifices, sublimant l’action et la narration, pour nous proposer un monument de la littérature dessinée.

Les personnages sont plus que criants de vérité, et V, celui qui s’insurge, celui qui est seul à se dresser contre l’oppresseur et la tyrannie, le seul à donner de la voix à la multitude silencieuse, il est humain, mystérieux, intrigant, passionnant, possède de l’humour et de la dérision.

Il a des valeurs morales, est prêt à tout pour faire tomber cette dictature abjecte et possède aussi des désirs de vengeance. Mon chouchou dans l’Histoire.

Son personnage s’est fortement inspiré de Guy Fawkes, le terroriste catholique qui est à l’origine de la Conspiration des Poudres qui eu lieu en 1605. Il faisait partie de ceux qui avaient planifié l’assassinat du roi Jacques Ier et de faire péter la Chambre des lords.

Quant au scénario, il y a du 1984 d’Orwell, mélangé à du Fahrenheit 451 de Bradbury avec une touche de Dumas et de son célèbre Edmond Dantès mué en un comte de Monte-Cristo vengeur, s’attaquant à ceux qui furent à l’origine de son emprisonnement.

V pour Vendetta est un joyaux noir, taillé à la juste mesure, éclairé de sombritude (oxymore additionné d’un néologisme, je sais) qui dénonce les régimes autoritaires et tout le cortège de privations qui va avec tout en mettant en garde le lecteur : sois vigilant, mec, ça pourrait revenir sans que tu le sentes venir !

Une putain d’excellente uchronie dessinée !

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

 

Le peuple d’en bas (Le peuple de l’abîme) : Jack London

Titre : Le peuple d’en bas ( Le peuple de l’abîme )

Auteur : Jack London
Édition : 10-18 (1984) – Libretto
Édition originale : The People of the Abyss (1903)

Résumé :
1902. London, déguisé en clochard, se perd pendant trois mois dans les bas-fonds de Londres, et en rapporte ce témoignage terrifiant. Loin des avenues de l’aventure, mais au plus près des réalités d’un siècle qui, décidément, commençait sous de bien sinistres couleurs.

[NB : « The People of the Abyss » (1903) a été édité sous 2 titres différents : « Le Peuple d’en bas » et « Le Peuple de l’abîme »].

Critique :
Voici encore une lecture dont on ne sort pas indemne et qui me hantera durant de longues années.

Pourtant, je savais dès le départ que la vie dans l’East End n’avait rien d’une réjouissance et que les pauvres gens qui y vivaient le faisaient dans des conditions misérables et très peu hygiénique.

Mais ce que je pensais, ce que je savais était en deçà de la réalité et il fallait bien l’enquête de Jack London pour nous faire découvrir les choses horribles qui faisaient de l’East End un endroit pire que les abîmes décrites dans la Bible.

Comment est-ce possible autant de misère noire, des gens qui ne mangent pas à leur faim tous les jour, qui ne trouvent pas de travail, alors que l’Angleterre est à son apogée, toute puissante et civilisée ?

Mauvaise gestion, comme toujours… Et Jack London ne se prive pas de nous l’expliquer en fin d »ouvrage, avec chiffres à l’appui, et je vous jure que ça fait froid dans le dos.

Quant aux associations qui, soi-disant, aidaient les gens de l’East End à s’en sortir, elles le faisaient mal, puisqu’elles abordaient les problèmes avec des idées complètement fausses, même si elles étaient sincères car hélas, elles approchaient l’existence de ces malheureux sans la comprendre.

Sans entrer dans les détails, je vous dirai que j’ai lu la misère des pauvres gens qui vivaient entassés à 6 ou 8 dans la même pièce, qui sous-louaient à d’autres une place assise par terre, ou, pire encore, je ne vous parlerai pas du même lit loué à trois personnes différentes, chacune l’occupant à tout de rôle selon son horaire…

Il y a, dans ses situations miséreuses, une sacrée dose l’illogisme et le terrible cercle vicieux de celui ou celle qui se faisait broyer et qui n’avait plus la possibilité de s’en sortir.

Illogique dans le sens où les gens qui allaient dormir une nuit à l’asile se devaient de se réaliser des travaux pour cet asile, travaux lourds, sales, qui leur auraient rapporté plus qu’un morceau de pain sec s’ils l’avaient réalisé pour le pire des patrons capitalistes !

Oui, l’exploitation de la misère humaine se faisait sur le dos des plus pauvres et par les institutions qui auraient dû les aider… Et qui au lieu de ça, les faisait plonger toujours un petit peu plus dans l’abîme.

Illogisme aussi dans le fait que les policiers empêchaient les clochards de dormir à la belle étoile, forçant ces pauvres gens à porter la bannière (comme on dit) jusqu’aux petites heures (marcher tout le temps), jusqu’au moment où l’on ouvrait les parcs publics (vers 4 ou 5h du mat’) et où tous ces gens, épuisés de leur nuit blanche, allaient s’étaler sur des bancs, choquant ensuite les gens biens pensants qui les trouvaient, à 10h du matin, en train de ronfler sur les pelouses.

Sans parler du sadisme dans le fait que l’argent que certains nantis donnaient aux pauvres, ils l’avaient eux-mêmes arraché aux pauvres via les loyers indécents ou sur le prix des marchandises de première nécessité…

Là, on ne m’apprend rien, je le savais déjà, hélas…

Facile… Certains riches propriétaires louaient des taudis à des prix prohibitifs, amassaient du fric sur le dos des habitants de l’East End, puis, ces messieurs bien-pensants allaient ensuite tranquillement à l’église, se permettant même, en plus, de conseiller les travailleurs sur la meilleure façon d’utiliser l’argent qu’il leur restait, celui que ces riches patrons ou proprios n’avaient pas pris.

Sade, reviens, on a trouvé plus sadique que toi ! Machiavel, c’est de toi ces belles idées ? Non, tu n’avais rien inventé, juste observé l’Homme et ses pires travers.

L’Homme est un loup pour l’Homme, et cette citation ne rend pas hommage aux loups qui sont plus civilisés que certains Humains, riches à foison, et qui veulent devenir encore plus riche, le tout sur le dos des plus pauvres, sinon, c’est pas drôle.

Je pourrais vous en parler durant des heures de ce superbe roman et vous donner à vous aussi, l’envie d’aller vomir sur le genre humain.

Riche idée, en tout cas, qu’à eue Jack London, de se déguiser en clochard pour aller explorer ces quartiers interdits de Londres – cette face cachée, soigneusement cachée, du plus puissant empire de la terre.

Et encore, London avait encore cette chance de n’être là qu’en immersion et d’avoir la chance, ensuite, de rentrer dans son petit logement, de se laver, de se changer, de pouvoir dormir sans risque d’être dérangé, seul dans son lit et de pouvoir manger, alors que les autres étaient condamnés à marcher dans les rues, le regard rivé au sol, se baissant sans cesse pour se nourrir de miettes, de pépins de fruits, de trognons de chou noirs de suie échappés au balai de l’éboueur.

Un roman noir très fort, douloureux, qui ne sombre jamais dans le pathos, se bornant à nous rapporter ce qu’il a vu, entendu ou « testé » lui-même.

Jack London a un talent de conteur, c’est, en plus, un observateur impitoyable et j’aurais aimé lire sa première version, celle dans laquelle il mettait l’accent sur la responsabilité des gens en place et du roi Edouard VII, mais l’éditeur a préféré qu’il mette l’accent sur les faits divers liés à la criminalité.

Dommage… Malgré cette censure qu’on lui demanda, on a toujours une petite pique envers le pouvoir en place.

Il n’en reste pas moins que ce roman est la description d’un Enfer sur terre et que les portraits qu’il nous livre sont fouillés, sordides, touchants, inoubliables.

Un roman qu’on lit mal à l’aise parce que nous, on ne vit pas à 8, ou 10, ou 12 dans une même pièce, sans fenêtres et que tous les jours, on mange au moins plus qu’à notre faim.

Une véritable immersion, sans fards, sans artifices, sans édulcorants dans la misère la plus noire, une description des lieux et des faits sans concession, une critique acerbe de la société des riches, de la société bien-pensante, une dénonciation de cette abomination et la preuve, noir sur blanc, que ces pauvres gens n’en pouvaient rien et n’auraient jamais pu s’en sortir, pas à cause d’eux, non, mais à cause du système capitaliste, un système pervers qui crée la misère et qui y maintient les gens.

Méditons sur cette phrase « La civilisation a centuplé le pouvoir de production de l’humanité et, par suite d’une mauvaise gestion, les civilisés vivent plus mal que des bêtes ».

PS : Ida avait déjà rédigé une chronique – non rémunérée – sur ce roman. J’avais l’intention de le lire depuis longtemps, le Mois Anglais venait à point nommé pour le découvir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda, et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule (auteur américain).

Un moindre mal : Joe Flanagan

 

Titre : Un moindre mal

Auteur : Joe Flanagan
Édition : Gallmeister (06/04/2017)

Résumé :
Cape Cod, 1957. Dans cette petite communauté tranquille, une série de meurtres d’enfants paralyse la population. Une famille disparaît dans d’étranges circonstances, un homme se fait violemment tabasser et refuse de dénoncer ses agresseurs.

Le lieutenant Warren, de la police locale, découvre la difficulté de mener à bien son enquête dans un service corrompu.

Sa position devient intenable quand arrive dans la région Stasiak, officier légendaire de la Police d’État aux pratiques douteuses.

Destitué de ses dossiers, Warren comprend vite que résoudre ces affaires n’est pas ce que recherche ce flic brutal et manipulateur.

Pourtant il ne peut rester en retrait de ce chaos, au risque d’y perdre sa place, sa réputation et peut-être beaucoup plus.

Critique :
Damnés bandeaux titres que j’adore détester, qui ont souvent tendance à trop encenser un roman, ou à la comparer à d’autres, comme ici au L.A Confidential de Ellroy.

Il peut être dangereux de comparer un roman ou un auteur à un autre, déjà célèbre et qui a marqué les esprits…

Ça induit le lecteur en erreur qui pense retrouver l’atmosphère de l’autre roman avec lequel on le compare et bien souvent, ça se termine pas un « Bardaf, c’est l’embardée » comme le disait si bien notre regretté Manu Thoreau.

Pas besoin que vous soyez les enfants naturels de Sherlock Holmes pour en déduire que je suis passé un chouïa à côté de ce roman noir dont on vante les mérites un peu partout.

J’avais tellement envie de le lire… Sans doute avais-je aussi un peu la tête ailleurs car j’ai souvent pataugé avec les nombreux personnages, les mélangeant allègrement, ne sachant plus qui était qui dans cette multitude de personnages secondaires.

Non pas qu’ils n’étaient pas bien distincts, que du contraire, même, ils étaient travaillés, réalistes, différents, énigmatiques, mystérieux, mais l’auteur les appelant une fois par leur nom de famille et l’autre fois par leurs prénoms, j’ai fait une soupe avec eux, ce qui ne m’a pas aidé à me concentrer sur le livre.

Dommage que ma tête ait été ailleurs et que le brouhaha dans les transports en commun m’ait empêché de bien m’immerger dès le départ dans ce roman noir car son atmosphère est oppressante et magnifiquement bien décrite.

Entre quelques flics intègres, les ripoux de chez ripoux, les homophobes qui comparent tous les homos à des pédophile, qui cherchent des poux dans la tête du seul couple gay de Cap Cod et les magouilles sadiques d’un policier d’état, on baigne dès le départ dans une ambiance glauque qui fleure bon les années 50 et les petites villes.

De plus, la plume est envolée, lyrique, belle, et nous décrit les choses au point que le film se joue devant nos yeux.

Quant à l’intrigue, elle est complexe, possède des fausses pistes, des ramifications inattendues et son final m’a fait monter ma tension (au moins j’ai ressenti quelque chose).

Comment ai-je réussi à passer à côté et ne pas m’immerger à fond dedans dès le départ ? Il devait y avoir un truc qui coinçait dans ma caboche… Et le panel des personnages secondaires y était pour beaucoup puisque ma concentration n’était pas optimum.

Il avait tout d’un grand roman, j’en attendais beaucoup aussi et au final, je n’ai pas ressenti beaucoup d’émotions durant ma lecture, hormis pour Little Mike et son père. Et encore, pas autant que j’aurais voulu.

Dommage pour moi car ce n’est pas dans les habitudes d’un Gallmeister de me décevoir.

Mais qui sait, peut-être que vous, il vous enchantera si vous pénétrez correctement dans les ambiances sombres la petite ville de Cap Cod et de sa galerie de personnages.

Ce n’est pas parce que moi j’avais des tas de choses dans ma tête que vous ferez la même erreur que moi.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Elijah : Noël Boudou [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Elijah » de Noël Boudou

Dossier n°05

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié :  Un Flamant Noir, pas rose et des traces de griffes sur du bois…

Date du crime d’édition : 27/02/2017 – corps récent !! Encore frais…

Arme du crime : Une plume qui se plante dans ton cœur.

Traumatismes :  Nombreux ! Dont un cœur et une âme en miette.

Suspects : Noël Boudou et quelques uns de ses personnages qui m’ont pris aux tripes.

Arme du crime probable : Tout est bon pour te faire souffrir

Modus operandi du crime : 222 pages (221b ?) de récit à l’état brut dont un gros pourcentage de pages violentes, comme si tout le gratin des salauds s’étaient donnés rendez-vous dans le roman de Noël.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Putain Noël, pour un premier crime, tu fais fort ! Tu me permets de t’appeler par ton prénom puisque nous nous sommes déjà croisé dans les couloirs du Fesse Bouc. Et puis, je viens tout de même d’autopsier ton roman…

Autopsie réalisée d’une traite, sans déposer le bistouri. Addictif.

Le sujet autopsié est dur, violent, parfois même un peu trop violent, un peu trop trash, mais on sent qu’on a écrit ce bouquin avec des tripes et puis, quelles émotions dans ces pages !

Oui, la violence extrême côtoie sans vergogne la douceur la plus tendre et durant certains moments, qu’ils soient doux ou durs, on a envie de crier à son apprenti d’apporter cette foutue boite de kleenex parce qu’on a une grosse crasse dans l’œil.

Les personnages qui gravitent dans ces pages sont torturés, abîmés, lacérés et on se demande s’il y en a un qui a eu une enfance « normale », avec des parents autre que des brutes épaisses ou s’il y a autre chose que des salauds finis dans ces pages !

Heureusement qu’il y a Elijah, petit bonhomme handicapé et son frère dont nous ne saurons pas le prénom au départ.

Elijah, on l’aime de suite, on a envie d’être tendre avec lui, de le prendre sous notre aile. Et quand il s’adresse à nous dans son journal intime qui se déroule dans sa tête, on lève la tête du récit tant les émotions nous coincent la gorge.

Son frère, lui, c’est violence envers les monstres et tendresse envers son frère, sentiments opposés, qui, tel un maelström fougueux, se bousculent dans sa tête. Et pourtant, on l’aime aussi. Même s’il exagère grave avec les gens qui manquent de respect envers son petit frère handicapé.

Un roman percutant, violent, écrit au scalpel, avec des moments durs qui, selon moi, auraient pu ne pas être insérés dans le roman, mais qui, présentés ainsi, nous donnent une vision peu reluisante d’une certaine société, celle des nantis et des bobonnes qui veulent se faire défoncer la rondelle et pire, si affinités… Mais bon, tout le monde n’aime pas de sexe brutal, si ??

Mon seul bémol sera pour la violence extrême durant certaines scènes car comme on dit en Belgique « Trop is te veel » (« Trop c’est trop »), mais je pardonnerai ces erreurs ainsi que quelques clichés car Noël, de par son final, m’a mis le cœur en vrac, m’a serré la gorge et humidifiés les yeux.

Un autopsie de roman qui m’a laissé l’âme en morceaux et bon courage au légiste qui voudra reconstruire ce puzzle !

Verdict du détective Cannibal ?
Un premier roman percutant, des émotions à l’état brut, un roman écrit d’une plume qui manie aussi bien le sombre que le lumineux et qui les fait se côtoyer pour le meilleur et pour le pire, mais dieu que c’est bon !

Par contre, si un jour j’ai le bonheur de me faire dédicacer ce roman, j’assommerai ensuite Noël avec son roman pour avoir osé me faire chialer mon petit cœur d’artichaut !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

Sans titre 7

Jack the Reader 4

Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

Journaliste à la Gazette Elfique, Stelphique fera quelques zooms sur ces comportements déviants des humains et mettra en lumière, la petite flamme qui anime pourtant ce roman très sombre qu’est Elijah de Noel Boudou…

Il serait peut être temps aussi, de vous prévenir qu’une petite combinaison anti-coup, et un bouclier sont de rigueur pour découvrir ses pages….

Attention, 5,4,3,2,1…Impact !!!!

Elijah, ou « L’accident-miracle »…

Petit être chétif et victime avant même de naitre, déformé avant même d’avoir respiré, il n’a aucune arme face à la violence du monde qui s’ouvre à lui.

La noirceur il la devine, la pressent dans l’odeur de son frère qui fait tout pour lui rendre la vie moins dure…

Le « Frère d’Elijah » , en se battant avec une ferveur sans faille, en lui vouant une attention continue, nous démontre que le handicap est encore source d’exclusion, de bêtise éhontée, de violence gratuite, et de soins quotidiens.

Chaque minute de l’emploi du temps de ce frère dévoué, est consacrée au bien-être de ce gamin, pour qui aucune action n’est une évidence, qui a besoin de l’attention d’autrui pour la moindre chose. Une belle leçon de vie.

Ange presque sans parole, Elijah, nous livrera son petit journal intime intérieur, d’une fraicheur agréable…

La violence conjugale où un fléau qui fragmente encore les familles…

Des milliers de femmes meurent chaque jour sous les coups de son conjoint. C’est un fait. Ahurissant et implacable, mais une réalité insoutenable. Ici, Noel Boudou va explorer cette cellule, où l’homme devient monstre, la femme, victime, et les enfants, impuissants… Une famille fracassée…

Dans ces deux cents pages, on subit les coups, spectateur de cette horreur qui se cache derrière les portes, terrassé par le réseau néfaste de la haine. Rien n’est épargné, à nous autres lecteurs, on aura chaque sensation, chaque blessure physique ou mentale, racontée avec une brutalité sans artifice.

Le frère d’Elijah et Milo, nouveaux héros indestructibles, pour déconstruire cette toute puissance masculine, rallié à la cause féminine à leur petite échelle, duo de violence et frères de sang….

Ils foncent, poings serrés, dans ce gros tas d’immondices, et de vices de ses hommes qui ne craignent plus aucune perversion…

La violence répond à la violence, mais cette fois-ci, elle est du coté des femmes et des enfants, qui sont meurtris intérieurement…

Quand dans le Noir, nait la lumière…

La Terre est terre de contradiction, de Bien et de Mal, qui s’oppose parfois dans le même être… Dans le plus pur des sentiments humains, se trouve aussi une rage sans limites…

En créant cet être imparfait, pétri des pires contradictions, ange déchu aux mais sanglantes, Noel Boudou nous ramène une pointe de douceur dans cet univers de ténèbres et d’horreur qui font qu’on a quelques bouffées d’oxygène d’Amour Rédempteur…

Choquant, bouleversant, presque à vomir ses scènes atroces, mais il n’en reste pas moins qu’il y a une forme de lien très fort qui unit ses deux frères, qui nous renverse aussi le cœur…

Quand une elfe découvre les faits, et rien que l’effet de ces êtres humains en miettes, elle ne trouve plus les mots encore moins, les émotions pour décrire ses impressions.

Mais les fées pleurent, c’est certain, sur cet état de fait et les répercussions de la violence de ces hommes haineux…

Lien vers la chronique originale de Stelphique

Le brouhaha de la salle s’atténuait. Le rapport d’autopsie du médecin légiste et le témoignage de la presse avait enflammé la foule présente et le juge ne cessait de réclamer le silence afin de laisser la parole à l’avocate de la partie adverse.

Droite dans sa robe, cette dernière savait que ses paroles allaient faire vendre du papier et que le peuple, allié à la cause de l’accusé, la livrerait à la vindicte populaire bien après la fin de son réquisitoire.

Elle se sentait seule mais elle se savait intègre. Alors que, le charisme et la gentillesse de l’accusé emportait l’adhésion de chacun, elle ne pouvait oublier et abandonner ses idéaux qui dictaient son choix aujourd’hui.

Elle connaissait son texte sur le bout des doigts, ses arguments étaient prêts. Tout l’amour et la tendresse que l’accusé avait pu mettre dans son texte était certes louable et extrêmement prégnant mais rien n’avait pu masquer toutes ces incohérences et ces redondances dans le texte.

Rien n’avait pu lui faire oublier les lieux communs qui semblaient sourdre par toutes les pages.

Bien sûr, elle avait compris le dessein de l’accusé… Ce dernier ne souhaitait que mettre en exergue la force de l’amour et l’acceptation des différences et la femme en elle respectait cela.

Son personnage principal ne faisait que chercher la rédemption et assurément, une certaine lumière s’échappait des protagonistes de l’affaire.

Mais cette lumière n’avait pas adouci la noirceur et la violence extrême utilisée à outrance, ni ne l’avait empêchée de vouloir jeter ce roman au loin à plusieurs reprises.

Grand mal lui en aurait fait, car elle avait une mission à accomplir. Elle n’avait pas failli.

Malgré toutes les preuves de l’innocence accumulées depuis le début du procès, elle allait tenter de déclamer son texte avec toute la conviction dont elle était capable.

Elle allait dire haut et fort, mais avec indulgence car le casier de l’accusé était vierge, que ce roman n’avait pas su trouver le chemin de son cœur.

Elle paraphraserait sans doute un peu, ferait quelques jeux de manches et regarderait les jurés, mais l’accusé lui-même aussi, droit dans les yeux pour leur asséner son réquisitoire.

Puis elle reprendrait sa place, attendant un verdict dont elle connaissait déjà la teneur. Le doute persistait dans le cœur du jury et lorsqu’il ne reste que le doute… on acquitte.

L’heure était venue. Elle releva la tête, inspira profondément et prit la parole…

Lien vers la chronique originale de Nath Sous les pavés la page.

Ton avant-dernier nom de guerre : Raúl Argemi

Titre : Ton avant-dernier nom de guerre

Auteur : Raúl Argemi
Édition : Payot et Rivages (2013)

Résumé :
Victime d’un accident de la route, le journaliste Manuel Carraspique se retrouve hospitalisé au coeur de l’Argentine profonde.

Il partage sa chambre avec un Indien Mapuche, que les infirmières appellent Marquez mais qui ne s’appelle peut-être pas ainsi comme le soupçonnent les policiers qui viennent lui rendre visite.

Manuel a plus ou moins perdu la mémoire, mais pas ses réflexes de journaliste. Dans le silence de la chambre, il entreprend de faire parler le blessé.

Ce dernier raconte des choses terribles, des histoires à dormir debout dont il serait le héros. Délire ou vérité ? Manuel n’est pas au bout de ses surprises.

Roman à la construction brillante, dans lequel les récits se superposent jusqu’au vertige final, « Ton avant-dernier nom de guerre » a remporté de nombreuses récompenses, dont le prestigieux prix Dashiell Hammett et le prix Luis Berenguer.

Critique :
Lorsque vous êtes un journaliste accidenté, tombé dans un petit hôpital un peu paumé et que dans le lit à côté de vous, il y a un indien Mapuche suspecté d’avoir trucidé une partie de sa communauté, faudrait être absolument amnésique ou très con pour ne pas profiter de l’occasion et l’interviewer, même s’il est dans un semi-coma et grand brûlé.

Je pensais tomber sur un récit noir d’un indien Mapuche racontant ses déboires à un journaliste (l’auteur en est un, de journaliste), en apprendre un peu plus sur ce peuple, sur comment on les a traité, au travers de ce petit roman noir qui fut primé.

Ou encore, apprendre des faits sur le coup d’état militaire du général Videla (mars 1976), ce qui provoqua non seulement un massif exil d’Argentins et un massacre de plus de 30.000 personnes. Oui, je suis d’accord, on ne nous en parle pas assez souvent.

Il n’en fut rien. Ce roman noir hargneux est constitué d’une superposition de récits dont on ne sait s’il sont sortis de l’esprit embrumé du journaliste Manuel Carraspique ou si le Mapuche lui raconte réellement ce qu’il s’est passé, puisqu’il est censé être dans le coma.

Le tout donnant un récit bordélique sans nom dans mon pauvre cerveau qui avait bien du mal à faire la part des choses et qui, au final, a opté pour une solution qui s’est révélée être la bonne.

Hé, on ne me le fait plus, à moi ! Ou alors, faut monter son coup correctement, mais depuis Di Caprio sur son île avec des fous, je me méfie de tout, surtout des récits éparpillés façon puzzle.

Il est vrai que le final est bien vu, surtout pour celui ou celle qui ne s’y attendait pas, et il aurait  pu sauver le reste du roman, mais ce ne fut pas le cas chez moi, hélas.

Anybref, après la lecture de ces 160 pages qui oscillent entre de la fantasmagorie, de la paranoïa et un récit échevelé, j’en suis sortie frustrée et totalement aussi inculte sur le sujet qu’en ouvrant le roman.

Du moins, le récit ne pas appris grand-chose que je ne savais déjà. Et vu les récits parcellaires auquel j’ai eu droit, me reste plus qu’à tout remettre dans l’ordre maintenant.

Un roman noir qui aurait pu ma plaire, mais dont je suis sortie frustrée à cause de ses scènes incohérentes, de son récit morcelé, qui provoqua un début d’indigestion chez moi et l’envie de zapper le reste, ce que je n’ai pas fait, puisque, courageusement, je suis allée au bout.

Faudra que je vérifie si les autres romans de cet auteur que je voulais découvrir sont de la même veine ou pas.

Si encore c’était une daube, je calerais un meuble avec, mais ce n’est de la daube, c’est juste un récit bordélique qui donne envie de reposer le roman et de passer à autre chose.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

Société noire : Andreu Martin

Titre : Société noire

Auteur : Andreu Martin
Édition : Asphalte (13/10/2016)

Résumé :
Les triades ne sévissent pas qu’en Chine : elles se déploient aux États-Unis et en Europe.

Seule Barcelone se croit encore épargnée. À tort, selon l’inspecteur Diego Cañas. Il charge son indic Liang, un Sino-Espagnol né à Hong Kong, d’infiltrer pour lui la très discrète mafia chinoise.

Un mois plus tard, on retrouve au petit matin la tête d’une femme sur un capot de voiture.

Un crime atroce qui porte la marque des maras, ces gangs ultra-violents d’Amérique centrale.

Mais Cañas est convaincu que l’affaire est liée, d’une façon ou d’une autre, à son enquête sur les triades. Reste à le prouver à ses supérieurs…

Critique :
Les triades… Vaste programme ! Et contrairement à ce que certains pourraient penser : Non, une triade ce n’est pas un acte sexuel à trois !

La légende dit que la première Triade aurait été fondée par des moines bouddhistes du célèbre monastère  de Shaolin afin de se venger du massacre des leurs perpétrés par l’empereur de la dynastie Qing.

— De l’opium ? Non. Les Chinois détestent l’opium. Les Anglais l’ont introduit en Chine pour couler l’Empire. Ils ont provoqué deux guerres de l’opium. Non, pas ça.

La société noire dont nous parle ce roman fait donc référence aux triades chinoises et à leur main mise sur une partie de la population.

— Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres, a-t-il répondu.

Tout les pays sont gangrénés par les triades chinoises ! Tous ? Non, la ville de Barcelone résiste encore et toujours à l’envahisseur… Enfin, la ville croit qu’elle y a échappé, mais les vers sont déjà dans le fruit et ce n’est plus q’une question de jours avant que leurs tentacules ne se referme sur la ville et sur son port.

Quand on se fait éponger sa dette par des capitaux chinois, on se doute qu’il n’en ressortira rien de bon puisque les créanciers tiennent le pays par les couilles. Tout le monde se doute que c’est de l’argent sale, mais aux grands maux les grands remèdes et puis, on sait que les banques ne se gênaient pas pour accepter le fric des dictateurs ou mafiosi.

— Le gouvernement chinois a racheté la dette extérieure de l’Espagne, a repris Mora Mogán en changeant de ton. Tu le sais, ça ? Dans les cinq mille millions d’euros. Tu sais ce que ça veut dire ? Eh bien, qu’ils ont acheté l’Espagne, tout simplement ; ce sont donc eux qui commandent. On va pas aller mordre la main qui nous nourrit !

Les hommes écoutent généralement avec beaucoup plus d’attention quand on leur parle en leur serrant les couilles. 

— Cañas… On traverse une crise terrible qui est à deux doigts de foutre ce pays en l’air. Si nous pouvons nous en sortir moyennant pots de vin, commissions, requalifications, magouilles et tripatouillages, tu crois qu’ils ne vont pas le faire ? Si le trafic d’armes, de drogue, de femmes et d’enfants ou de n’importe quoi d’autre peut apporter des liquidités aux banques, tu crois qu’elles vont dire : “Non, s’il vous plaît, on veut seulement de l’argent propre” ? Putain, dans quel monde est-ce que tu vis ?

Voilà un roman noir comme je les aime : une construction narrative qui fait des allers-retours entre le présent (après le braquage) et le passé (avant le braquage), en proposant plusieurs points de vue différents selon le narrateur, avec des personnages forts, très réalistes, possédant des côtés obscurs assez prononcés et pouvant y sombrer très facilement après quelques coups durs.

Entre l’inspecteur Diego Cañas, obsédé par les triades chinoises et qui se débat avec les problèmes que lui cause sa gamine de 15 ans; avec Juan Fernández Liang, jeune homme sino-catalan qui se veut plus chinois que les chinois et qui rêve de se faire le max de fric, aidé de son ami de toujours, l’escroc misogyne et raciste qu’est Pardales; la tête de dragon que pourrait être monsieur Soong, sans oublier la plongé dans l’univers obscurs des triades chinoises et des mareros (gangs latinos), pas le temps de s’embêter.

La Chine a une frontière avec le Triangle d’Or et le Croissant d’Or. L’héroïne est là-bas, ils n’ont qu’à tendre la main. Ce serait bien la première mafia à tourner le dos au trafic de drogue alors qu’elle en a à sa portée. La mafia italienne a elle aussi commencé par résister au trafic de drogue aux États-Unis avant de finir par se lancer dedans à corps perdu. Trop d’argent en jeu, trop facile. Il suffit qu’ils se sentent un peu sûrs d’eux, forts et invulnérables…

Un roman noir qui dévoile tout un pan social peut reluisant de la cité de Barcelone, avec ses ateliers clandestins remplis de Chinois qui doivent bosser toute la sainte journée et même plus, afin de rembourser le voyage payé par les triades, leurs banques clandestines, le racket des commerçants chinois, des crimes atroces…

Un roman noir qui possède son propre rythme, ses propres codes, des personnages attachants ou du moins, déroutants, avec de l’humour noir, de l’action, un braquage qui ne sera pas à l’italienne ou à l’anglaise, des cadavres qui se ramasseront à la pelle, des têtes décapitées et déposées sur le toit d’une voiture et une atmosphère digne des meilleurs romans noirs avec ces ghettos, ces habitants désœuvrés et sa pègre.

Au petit matin, sous une pluie qui tombe sans répit depuis le dimanche, on découvre une tête de femme sur le toit d’une Lexus garée rue Joan Güell, dans le quartier de Sants. Une tête volumineuse, les chairs flasques, les joues affaissées, un double menton évoquant un goitre, des lèvres entrouvertes et épaisses, un œil ouvert et une paupière tombante, des cheveux clairsemés collés au crâne, le tout d’une couleur céruléenne, irréelle.

Un roman noir qui nous explique les codes, la manière de recruter, d’agir, les origines des sociétés, les dessous des sociétés telles que les triades ou les maras, deux groupes qui ne gagnent pas à être croisés ! La misère n’engendrant rien de bon, les maras poussent dessus comme des mauvaises herbes sur du terreau enrichi d’engrais.

— Qu’est-ce que les mareros veulent obtenir par ce comportement ?
— Implanter la terreur, pour avoir le pouvoir. La police de là-bas ne sait pas comment les en empêcher. Les flics manquent de moyens et ils sont mal payés. Si les maras gagnent la première manche, elles gagneront probablement toutes les autres.

— De la misère, dit-il comme une sentence. Des ghettos, où les pauvres n’ont aucune issue valable. Tu as dû entendre dire que, au Guatemala, au Salvador, au Honduras, les riches sont très riches et les pauvres, très pauvres ? Eh bien, dans leur cas, pauvre, c’est extrêmement pauvre. Tu n’imagines pas. La misère la plus absolue, la faim, la vie dans la rue. Ils n’ont pas accès aux études, et ils n’ont aucun espoir de travail non plus. On appelle ça des desperados, aux États-Unis. Et surtout, ils sont remplis de rancœur, ils sont chargés de haine, ils savent qu’ils n’ont rien à perdre. Qu’ils sont nés en ayant déjà tout perdu. Ils viennent de quartiers imprégnés d’un machisme sauvage, où les hommes engrossent les femmes et se désintéressent de leurs enfants, car ils ne peuvent pas s’en occuper non plus, ils n’ont pas de quoi les faire vivre.

Un roman noir profond qui n’a qu’un seul défaut : un peu court… On aurait pu encore en dire bien plus !

Tant que je suis vivant, la mort n’existe pas, et quand la mort arrivera, je ne serai plus là. 

Il y a cinquante ans, tout le monde fumait. Et il n’y avait pas autant de gens qui mouraient du cancer. Aujourd’hui, beaucoup de monde en meurt, mais ce n’est pas seulement à cause du tabac. C’est à cause de ces saloperies qu’on mange, les colorants, les additifs, les graisses ajoutées, les OGM et toute cette merde. Et de la fumée empoisonnée qui sort des pots d’échappement. C’est ça qui provoque la plupart des cancers, mais l’industrie alimentaire est très puissante : même si on nous persuadait de manger sainement, on ne pourrait pas, et comme on ne va pas rester sans manger ni conduire nos petites voitures polluantes, ils s’entêtent à tout mettre sur le dos du tabac.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

 

Blackout Baby : Michel Moatti

Titre : Blackout Baby

Auteur : Michel Moatti
Édition : HC Editions (2014) / 10-18 (2016)

Résumé :
Londres 1942 : profitant du couvre-feu, un tueur hante les rues de la ville.

En quelques jours, il assassine et mutile quatre femmes. Son modus operandi interpelle Scotland Yard et la presse, qui le surnomme aussitôt le Blackout Ripper.

Les messages qu’il laisse sur les scènes de crime, conçus comme des indices codés, imposent bientôt aux enquêteurs une piste inquiétante : le criminel semble s’inspirer des leçons du mage noir Aleister Crowley et de son manuscrit démoniaque, « Le Livre de la Loi ».

Insaisissable, le tueur caché dans l’ombre du Blitz décide de s’attaquer aux enfants de Londres – ceux qui doivent être évacués lors de l’opération « Joueur de flûtes ».

Mais il va trouver sur sa route une femme, Amelia Pritlowe, qui va faire de sa traque une affaire personnelle.

Une enquête inspirée de faits et de personnages réels.

Critique :
Amelia Pritlowe est une vieille amie, je l’avais déjà suivie dans son enquête sur la recherche de l’identité de Jack The Ripper, à Londres, en temps de guerre, sous les bombardements, lors du blitz (1941).

Nous sommes toujours à Londres, sous les bombes, en plein blackout et voilà qu’un autre tueur sévit, profitant de la noirceur qui règne dans la capitale durant les couvre-feux.

Blackout Ripper est une tueur en série qui a réellement existé, il se nommait Gordon Cummins et si d’entrée de jeu nous connaissons son identité, le but sera se savoir comment on va l’attraper, ou pas…

Mon ami Wiki aurait pu tout me dire sur lui, mais j’ai préféré suivre les péripéties de mon infirmière préférée, Amelia, dans cette enquête sur le tueur du blackout qui a eu le don de réveiller d’anciennes peurs de 1888.

Hé, on tue des femmes la nuit, on les égorge, on fout du sang partout, et on écrit sur les murs des phrases bizarres !

Cummins est un être détestable, un prétentieux se croyant tout droit sorti de la cuisse de Jupiter, avec de grande aspirations professionnelles qu’il a dû revoir fortement à la baisse et de ce fait, il a la haine de tout, surtout des femmes car il pense que nous sommes toutes des putains.

Prétentieux et dérangé, froid, dur, psychologiquement atteint, l’araignée de son cerveau qui se balade à l’envers, persuadé d’accomplir une grande mission… En un mot : un vrai salaud !

Entre nous, les passages où on se trouve avec lui sont plus qu’angoissants et je conseillerai aux esprits délicats de passer outre les descriptions des crimes, qui, sans être aussi détaillées que ceux de 1888, n’en sont pas moins violents et bestial.

Ce roman policier historique possède une atmosphère qui lui est propre, on sent la guerre, la peur des gens, le manque de tout, les ravitaillements au compte-goutte, l’envie de se changer les idées, le chaos, la ville en miette… Mais les anglais qui ne plient pas !

Certes, si un avion passe durant votre lecture, vous ne vous jetterez pas sous une table, mais… L’illusion des dégâts provoqués par la guerre sont très bien rendus dans ces pages et c’est toujours aussi flippant de se les imaginer.

Une enquête qui va progressivement, sans se presser, mais sans que l’on ressente de  la lassitude car j’ai été happée par la vie londonienne durant la seconde guerre mondiale et par le boulot de fou que durent exécuter les médecins et les infirmières, propulsées pour certaines au rang de chirurgiennes à cause de la pénurie d’hommes.

Un roman qui mêle la réalité à la fiction avec brio car je vous défie de trouver où s’arrête le réel et où commence la fiction : nous sommes en présence de personnages ayant réellement existé et d’autres inventés, mais bien malin qui pourra dire où l’auteur a ajouté des choses (hormis dans les paroles dites par les victimes).

Un roman angoissant lorsque nous suivons les pas de l’assassin et que nous le voyons charmer les femmes avec aisance avant de les tuer agressivement, un roman où la fiction côtoie la réalité sans que l’on puisse les distinguer l’une de l’autre, sauf en lisant les notes en fin d’ouvrage.

Cela fait le deuxième roman sur un éventreur que je lis de cet auteur et il ne m’a pas déçu, que du contraire, et ses personnages principaux sont toujours aussi attachants.

Allez, rendez-vous au prochain roman de cet auteur, avec un éventreur dans ses pages ou pas !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge « Polar Historique » de Sharon.

American Vampire : Scott Snyder & Rafael Albuquerque

Titre : American Vampire

  • Tome 1 – Sang neuf
  • Tome 2 – Le Diable du désert
  • Tome 3 – Le Fléau du Pacifique
  • Tome 4 – Course contre la mort
  • Tome 5 – La Liste Noire
  • Tome 6 – Une Virée en Enfer
  • Tome 7 – Le Marchand Gris

Scénariste : Scott Snyder
Dessinateur : Rafael Albuquerque

Édition : Urban Comics Editions (2013)

Résumé :
Amérique, fin du XIXe siècle. Le bandit Skinner Sweet est freiné dans sa tentative d’évasion par un vampire venu d’Europe. Laissé pour mort, il revient à la vie et découvre qu’en plus d’être l’un d’entre eux, il est aussi la plus puissante, la plus rapide et la plus redoutable des créatures de la nuit.

Plus d’un siècle plus tard, à Los Angeles, il contamine à son tour la jeune Pearl Jones afin d’en faire le second vampire d’une nouvelle espèce sur le continent, capable de marcher sous le soleil.

Critique :
Vous en avez marre des vampires qui sentent bons la cannelle ou la cocotte bon marché ?

La saga Twoilette (Twilight) vous est sortie par les trous de nez et ça vous a fait chier que dans toutes les adaptations qui ont suivies, les vampires ils étaient gentils, beaux, sexys et qu’ils ne suçaient que du sang de biche ou de SDF ?

Vous aimez les vampires sanglants, dégueux, vaches, sadiques, assoiffés de sang et sans scrupules aucun ?

Alors, la saga American Vampire est faite pour vous car les vampires que l’on croise ne sont pas des enfants de cœur, bien que certains soient plus clean que d’autres. Mais malgré tout…

American Vampire a été créé par Scott Snyder et Stephen King (il est aux commandes du scénario du tome 1) et puisque nos deux hommes détestaient la série Twilight, ils ont fait en sorte de s’en écarter et de revenir aux sources, tout en changeant quelques données dans les règles du jeu.

Le seul bémol à déplorer de la patte du King dans ce comics, c’est que le comics n’est pas l’univers du King et que ça cafouille un peu au départ dû au fait que Snyder et King ont écrit chacun une moitié d’épisode, ne s’occupant (chacun de leur côté) QUE d’un moment précis de la chronologie.

Cela fait un peu perdre le rythme de lecture dans le premier tome, mais malgré tout, le plaisir est bien là d’être en compagnie de VRAIS vampires.

Oui, Snyder a rendu aux vampires leurs lettres de noblesse car dans ces pages, ils les a voulu terrifiants, sauvages et bestiaux, tels que dépeints dans les films qu’il apprécie (Near Dark, The Lost Boys et Let the Right One In).

Quand je vous parlais de changer les règles du jeu, c’est parce que si les vampires originaires de la vielle Europe (les carpatiens) ne savent pas rester au soleil sans protections, le nouveau vampire américain (Skinner Sweet) peut, lui, marcher en plein jour !

Skinner Sweet est un ancien bandit devenu vampire sans que son créateur n’ait voulu le faire. Skinner a un seul péché mignon : les bonbecs sucrés ! Pour le reste, c’est un véritable fils de pute, un sadique, un vrai vampire méchant, mais on s’attache à lui, à sa dégaine et à ses petits sourires en coin.

Si vous commencez la série, elle vous rendra accro, mais un conseil, soyez bien attentif parce que les scénarios sautent d’une période à l’autre, ou parfois, reviennent sur ce qu’il s’est passé 24h avant ou 1 mois. Il faut bien suivre si on ne veut pas perdre son fil.

Nous commençons le récit dans les années 20, dans le cinéma et nos différents scénaristes (Snyder se fait aider par d’autres) s’amusent à revisiter les principales époques de l’Histoire américaine telles que celle de la marche vers l’Ouest, les guerres indiennes, la Grande Dépression de 1929, la ville de Las Vegas qui commence à s’ouvrir, la Guerre du Pacifique ou les fifties avec un personnage qui a tout d’un James Dean.

N’allez pas croire qu’ils abordent ces époques juste pour le plaisir, non, ils mettent aussi l’accent sur les problèmes liés à ces époques, comme la place de la femme, la mort du cinéma muet, l’avènement d’Hollywwod, la politique du « si tu veux jouer dans mon film, suce-moi la bite », les discriminations raciales, la politique de l’époque,…

J’ai apprécié les dessins et le graphisme de Rafael Albuquerque, la manière dont il crée ses décors, celle dont il dessine ses personnages, humains ou vampires, les couleurs des cases,…

Voir évoluer tout ce petit monde est un plaisir de fin gourmet car on découvre leur passé, leurs erreurs, leurs liens, on découvre de nouveaux personnages et on n’est jamais sûr que ce soit un ange ou un fils de pute… Ou les deux en même temps !

Peu de temps mort dans les albums que je viens de lire (7) et j’ai hâte de découvrir la suite du nouvel arc avec le fameux marchand gris qui est bien plus terrible que les vampires et qui serait même leur seul prédateur…

On devrait se réjouir, mais voir mes vampires préférés maltraités, ça me fait mal au cœur car je me suis attachée à certains et je n’aimerais pas les perdre en cours de route.

Bref, si tu veux des vrais vampires, des vrais suceurs de sang sans scrupules, ouvre ce comics et découvre une partie de l’Histoire des États-Unis en compagnie de tes amis les vampires… Ou de tes ennemis…

C’est foutrement addictif…

Collier d’ail et crucifix non fournis !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Río negro : Mariano Quiròs

Titre : Río negro

Auteur : Mariano Quiròs
Édition : La Dernière Goutte (17/04/2014)

Résumé :
Le río Negro, dont les flots autrefois sauvages inspiraient toutes sortes de légendes, n’est plus à présent que l’ombre de lui-même : ses eaux polluées se contentent de charrier péniblement déchets et cadavres.

Un couple d’intellectuels reconnus est pourtant parvenu, durant une vingtaine d’années, à vivre paisiblement aux abords de cette rivière encombrée de secrets.

Mais un jour, à vouloir « faire l’éducation » de leur fils, un adolescent aussi apathique qu’introverti, le père de cette petite famille sans histoire découvre que la mort peut surgir de sources étonnamment proches…

Les deux hommes se trouvent alors pris dans un engrenage sanglant digne d’un film noir des frères Coen. Macabre et burlesque.

Critique :
J’avais entendu dire que c’était un petit bijou d’humour noir, on me parlait de burlesque, de macabre, et donc, j’avais de grandes attentes en commençant ma lecture, attentes qui, vous vous en doutez, n’ont pas été comblées.

Nous sommes face à une petite famille somme toute normale : un écrivain, sa femme chérie et leur neuneu de fils car plus léthargique que lui, c’est le Paresseux (l’animal) ! De plus, à 18 ans, le fiston ne semble pas intéressé par les filles ou le sexe, pleurniche et fait des caprices comme un petit enfant à sa maman. Ça fait chier grave son père !

Un jour, cela fait quelques années, j’ai lu un article dans la revue Gente qui parlait des jeunes et des prémices de la vie sexuelle. L’article affirmait que les jeunes d’aujourd’hui font leurs premières expériences entre quatorze et quinze ans. Ça ne m’a pas surpris ; ça m’a même permis de vérifier qu’il n’y avait pas eu le moindre progrès. Moi, à treize ans, j’avais réussi à mettre Blanquita Margoza dans mon lit, et à seize, je partouzais avec deux filles du lycée Itatí. Elles étaient impressionnantes, les filles d’Itatí. Particulièrement dessalées. L’article de la revue Gente m’a donc persuadé que, effectivement, mon fils aurait ses premières relations sexuelles entre quatorze et quinze ans. Mais maintenant, en voyant Miguel qui suçote son Coca-Cola à la paille, je comprends que j’ai fait l’erreur de placer ma confiance et ma tranquillité dans des statistiques de pacotille.

Ils mènent une vie paisible et tranquille, ce ne sont pas des cas sociaux, mais des gens instruits et intelligents. Papa fume des joints régulièrement, n’hésite pas à boire un coup et le fiston est plutôt porté sur la télé et le PC, le tout dans une position assise ou couchée.

Une fois maman partie pour quelques jours, ça va tourner mal car en voulant bien faire, le mère va se foutre dans une merde pas possible et même commettre l’indicible, l’ignominie suprême !

Alors oui il y a de l’humour noir, du cynisme, du burlesques, des retournements de situation et une cohorte de morts, mais est-ce dû à l’écriture de l’auteur ou à ses personnages, mais je n’ai pas gloussé de plaisir devant nos deux personnages, père et fils, qui se retrouvant avec un cadavre sur les bras, s’enfonçaient de plus en tentant de s’en défaire.

Certes, c’est immoral, et j’adore ce genre de situation où tout fout le camp, où un personnage prend tout ça de haut, mais dans ce roman-ci, la magie n’a pas eu lieu.

Un roman noir qui nous présente une situation classique, mais autant j’avais gloussé de plaisir avec « Pottsville, 1280 habitants » qui lui, est un vrai bijou de noirceur, de cynisme, d’humour noir et de burlesque, ici, je suis restée de marbre quasi tout le temps, souriant juste quelques fois, mais pas assez à mon goût.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Argentin.