La nuit de l’ogre : Patrick Bauwen [Saga Chris Kovak – 2]

Titre : La nuit de l’ogre [Saga Chris Kovak – 2]

Auteur : Patrick Bauwen
Édition : Albin Michel (09/05/2018)

Résumé :
Chris Kovak, médecin urgentiste aussi sombre que séduisant, prend en stop une jeune femme blessée qui fuit au premier feu en abandonnant son sac.

Celui-ci contient du sang et une tête humaine dans un bocal.

Dans le même temps, son ancienne compagne le lieutenant Audrey Valenti enquête sur une agression atroce. Ils font tout pour s’éviter mais leurs chemins vont se croiser.

Critique :
L’ogre, celui qui terrifia le Petit Poucet, celui qui devait venir vous manger si vous ne terminiez pas votre soupe, l’ogre, celui qui se cachait peut-être sous votre lit…

L’ogre nous fout encore et toujours la trouille…

D’accord, je n’ai pas vérifié sous mon lit, le croque-mitaine de ces pages étant fait de chair et d’os, mais je pense que j’aurais accéléré le pas si j »avais croisé un type portant des petites lunettes et un chapeau melon. Même devant John Steed !

Chris Kovak – à ne pas confondre avec l’instit Novak ! – est une blouse blanche, une sorte de Dr House des urgences (ou Dr Doug Ross, à votre convenance) et il va, une fois de plus, troquer la blouse blanche et le stéthoscope contre l’habit de détective et la loupe.

Pas question d’enquêter sur un truc banal, non, on plonge direct dans une tête coupée conservée dans un bocal de formol, du sang plein un sac à dos et la disparition de la fille de sa chef des urgences, Greta van Grenn…

Et ben mes cadets, et ben mes p’tits frères, ça commence bien ! [Le Glaude]

Ajoutons à cela une grosse louche de mystères, des trucs bizarres qui n’ont pas l’air d’avoir un rapport entre eux, des rats bouffeurs de gambettes de jeune fille, des couloirs inexplorés du métro, des sociétés estudiantines et des autres plus secrètes, à la manière des Skull and Bones américain.

Voilà un thriller qu’on a du mal à lâcher, ou alors, juste pour faire une pause et vérifier que l’ogre ne vient pas d’arriver chez nous…

Les personnages, que se soit des urgences ou chez les flics sont bien travaillés, réalistes, attachants, certains l’étant plus que d’autres, d’autres cachant bien ce qu’ils sont et celui que l’on prenait pour un chieur de première pourrait devenir un type cool ensuite.

Le mystère et le suspense, on nage en plein dedans, c’est glauque, opaque, on navigue à la boussole, comme on peut, en tâchant de ne pas perdre pied dans ce que l’on soupçonne être une affaire de grande envergure. Et elle l’était !

J’ai vibré, je me suis crispée devant les rats, j’ai eu des palpitations cardiaques, j’ai visité des endroits de Paris que je ne soupçonnais même pas, je me suis couchée moins bête, mais avec ma tension au plus haut et en plus de ça, l’auteur s’est même permis de me coller quelques baffes bien senties dans ma petite gueule de lectrice.

Ah ben mon cochon, celle-là, je ne l’avais pas vue venir ! T’en as encore de cet acabit pour ma pomme ?? Pas de panique, l’auteur en avait gardé sous la pédale et je me suis encore pris une porte en plein dans ma tronche, pour mon plus grand plaisir, je l’avoue.

Maintenant, ce qui me file le plus la pétoche, c’est quand l’auteur vous explique, en dernières pages, qu’il n’a rien inventé et que tout ce qu’il a balancé, c’est vrai.

Sachez que j’ai sournoisement changé certains noms de lieux ou de personnes pour les besoins de l’histoire, bien sûr. Mais comme d’habitude dans mes livres, toutes les références et anecdotes sont authentiques. Même les plus horribles.

QUOI ??? Le site https://thanatos.net existe vraiment ?? Nonnn ?? Ah ben si… Macabre, tout de même, ce site.

Quand je vous disais que c’était glaçant ! Et j’ai encore de quoi me faire peur avec le premier tome « Le jour du Chien » afin d’en savoir un peu plus sur ce personnage énigmatique dont l’identité ne m’a pas été révélée dans ce deuxième tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Sherlock Holmes Society – Tome 5 – Les Péchés du fils : Sylvain Cordurié & Fabio Detullio

Titre : Sherlock Holmes Society – Tome 5 – Les Péchés du fils

Scénariste : Sylvain Cordurié
Dessinateur : Fabio Detullio

Édition : Soleil Productions Collection 1800 (10/10/2018)

Résumé :
Quand Liam Holmes détruit la deuxième ville d’Angleterre et menace Londres, George V décide de recourir au voyage temporel pour envoyer son meilleur soldat tuer son père.

Tentant d’empêcher le meurtre, Liam se voit contraint de le poursuivre dans le temps. Inconscient de la menace qui pèse sur lui, Sherlock Holmes recrute Owen Chanes au sein de sa fondation qui compte déjà Hayden Hyatts, Lynn Redstone et le docteur Watson.

Critique :
Pour apprécier ce genre de pastiche holmésien, il ne faut pas être allergique au fantastique, ou plutôt, ne pas être en froid avec le fantastique dans l’univers de Sherlock Holmes.

N’ayant jamais été fan du mélange des deux genre, préférant retrouver mon enquêteur de génie dans un univers normal, victorien de préférence…

Alors oui, j’ai dû parfois me faire violence avec la série « 1800 » de chez Soleil qui a balancé mon détective dans l’univers fantastique, le mettant face à face avec des vampires, des zombies et les voyages dans le temps.

Je ne sais pas si c’est pour être plus vendeur, si c’est pour avoir accès à d’autres scénarios que celui de l’enquête traditionnelle en Whodunit, ou si c’est juste une mode ou tout simplement une envie.

Les auteurs et scénaristes font ce qu’ils veulent, j’ai apprécié une grande partie des bédés avec Holmes face au fantastique, mais mes préférences iront toujours au rationnel avec lui, ou alors, au fantastique qui n’en est pas, comme avec un chien sorti des Enfers…

Cet album, bien qu’appartenant à la série « Sherlock Holmes society » plonge ses racines aussi dans la série « Les vampires de Londres » et celle des « Voyages dans le temps » et n’ayant pas relu ces séries depuis un petit temps, j’ai dû faire fumer mes petites cellules grises pour me remettre tout en tête.

Si vos dents grincent déjà, je m’en voudrai d’ajouter qu’en plus de vampires et de voyages dans le temps, vous allez vous trouver face au résultat d’un mélange d’ADN entre Holmes et une femme…

Je suppose que ce mélange se fit de manière traditionnelle, c’est-à-dire avec des coups de rein, de la sueur, des bruits de plaisir, des halètements et une bonne giclée en provenance des bourses personnelles de Sherlock Holmes qui rencontra l’ovule de la madame qui se promenait dans le coin.

Ok, pour le romantisme, avec moi, vous repasserez mais puisque les auteurs ne m’ont pas dessiné la scène, je me venge bassement et sans honte.

Niveau dessins, ils sont très bien réalisé, Holmes est correct, il n’a pas des épaules de débardeurs comme dans une certaine collection que je ne nommerai pas, ne porte pas la ridicule casquette de chasse, ni la Macfarlane, ni la Inverness cape.

Son rejeton, par contre, lui ressemble beaucoup, mais en version « j’ai basculé du côté sombre de la force » car ce que réalise mon gouvernement ne me plait pas, donc, je vais tenter de l’arrêter en faisant comme lui…

Ça se défend, notez bien… Je dirais même que Liam, dans cet opus, a un peu des airs de Thanos, dans le dernier Marvel.

Il veut détruire, pas juste pour anéantir, mais dans le but de protéger le futur des exactions de l’Empire, l’Angleterre, of course (Star Wars, sors de ma tête). Si on attaque l’Empire, vous pensez bien, l’Empire contre-attaque !

Un opus réservé à ceux qui n’ont rien contre le mélange Holmes/univers fantastique, ou aux collectionneurs malade, tel que moi, au curieux, qui aimeraient découvrir Holmes sous un autre jour et le voir ailleurs que dans des enquêtes traditionnelles.

De mon côté, j’avoue que j’ai bien aimé, ce qui est paradoxal puisque je ne suis pas fan de l’univers de Holmes plongé dans le fantastique, sauf quand c’est bien fichu, bien amené, bien scénarisé et bien dessiné.

Puisque les autres ont bien fait leur job, moi, je valide ! L’album est bon, même s’il n’est pas exceptionnel. Sans doute aurait-il fallu plus de planches pour approfondir l’histoire et ne pas en faire 36 tomes (elle en fait deux, ici).

Il ne me reste plus qu’à tout relire pour tout me remettre dans la tête…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Alex : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Alex

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Livre de Poche Thriller (2014)

Résumé :
Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.

Est-ce pour cela qu’on l’a enlevée, séquestrée, livrée à l’inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.

Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n’oublie rien, ni personne.

Critique :
J’apprécie, lorsque dans un roman policier ou un thriller, l’auteur me colle des coups de pieds dans le cul, m’étonne, me fait pousser des « Ho, le salaud, j’avais rien vu venir » ou des « Là, il m’a bien eu ».

Ça marche aussi avec les auteures, mais vous mettrez vous-même les phrases au féminin !

Le commandant Camille Verhoeven est un policier qui n’entre pas dans les codes habituels du flic : il est petit (1,45m) !

Mais il a le mètre quarante-cinq cynique, de la répartie, bref, c’est un bon enquêteur, mais pour les enlèvements, faut rien lui demander depuis que sa femme, enceinte, c’est faite enlever et en est morte.

Oui, un flic torturé, une fois de plus, mais il ne boit pas, ne fume pas, ne se drogue pas, mais il cause !

Là, on se dit, un enquêteur torturé, un enlèvement de femme, ça sent vachement l’éculé, le réchauffé et tout ce que vous voulez… Oui mais non ! Le réchauffé cela sent, mais il nous sert un nouveau plat, avec des tas de tiroirs ou de mets exquis planqués dans ce qui pourrait ressembler à du burger de MacDo.

Je lui tire mon chapeau parce que l’histoire d’enlèvement n’est pas allée là où j’aurais cru qu’elle allait aller, l’auteur étant assez malin et roublard pour ne pas suivre la route habituelle mais nous emmener sur d’autres routes, moins utilisées, ce qui donne un voyage époustouflant et l’impression de ne jamais être au bout de ses surprises, avec lui.

Si certaines scènes sont choquantes, violentes, horribles, stressantes, on poursuit sa lecture (j’ai connu pire, comme scènes horribles, dont une avec un chat…) car c’est plus fort que nous, on veut connaître le fin mot de toute cette violence, de tous ces meurtres, de cet enlèvement.

Le final est magnifique, uppercutant (le mot va exister, je vais le déposer chez Larousse en passant), hitchockien, pervers, sinistre mais c’est tellement bon qu’on termine sa lecture avec un sourire narquois sur le visage.

La seule question qui restera en suspense pour moi, c’est « Pourquoi j’ai laissé traîner ce roman autant de temps sur mes étagères, moi ??? ».

Si ma copinaute de LC, Bianca, se pose la même question que moi sans en connaître la réponse, au moins, elle est d’accord avec moi pour le ressentit de lecture : c’était de la bonne came qui nous a envoyé au nirvana du thriller vicieux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Heimaey : Ian Manook

Titre : Heimaey

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel

Résumé :
Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard.

Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye.

Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca.

Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l’île d’Heimaey, terre de feu au milieu de l’océan.

Critique :
Ayant découvert la Mongolie avec l’agence de voyage Manook, je me réjouissais de rependre mon paquetage et de repartir avec lui sur les pistes mongoles.

Pas de bol, il a arrêté cette destination et cette année, puisqu’il nous proposait l’Islande, j’ai mis mon passeport à jour et j’ai embarqué pour le pays des trolls, des elfes, des fées, des légendes et des petits chevaux à l’allure si confortable du tölt.

Après avoir lu Yeruldelgger, je n’avais qu’une seule envie, partir en Mongolie et voilà qu’une fois de plus, je rêve de visiter l’Islande, cette terre perdue que j’avais déjà explorée avec ce bon vieux Erlendur, le policier bougon d’Arnaldur.

Niveau dépaysement policier, j’ai été servie puisque Kornélius, notre policier, a plus du Yeruldelgger que du Erlendur ! Baraqué comme une montagne, costaud comme un Troll, se fichant de la hiérarchie, menant son enquête comme il l’entend et, tout comme son homologue mongolien, il s’envoie en l’air avec la médecin légiste !

Mais dans ce pays, tout le monde se balade à poil, baise avec tout le monde, à deux ou plus, sans que cela pose le moindre problème à personne… Ils sont libérés ! Et le premier qui chante ♫ libérée, délivrée ♪ je l’assassine !

Sinon, la comparaison s’arrête là car la trilogie mongole n’a rien à avoir avec ce polar islandais.

Visiter un pays, avec l’agence Manook, c’est, entre autre, bouffer des sites majestueux, mais aussi explorer la face plus sombre du pays, son côté moins carte postale, le tout accompagné de personnages hauts en couleur que l’on a du mal à laisser sur place pour réintégrer la réalité.

Si les voyages forment la jeunesse, alors, l’agence Manook me propose une sacrée cure de rajeunissement à chaque roman, tout en m’instruisant pendant que l’on enquête sur les morts qui parsèment chacune de mes excursions.

On pourrait penser que le voyage proposé par notre Tour-Operateur est tout organisé et que nous n’aurons aucune surprise durant notre périple. Que nenni !

Suivez bien les coordonnées GPS et vous tomberez ensuite sur de multiples petits fils rouges qui au final, n’en formeront qu’un seul, vous donnant un panorama où tout n’est pas noir ou blanc, mais irisé de multiples couleurs et où tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Ne plus aller en Mongolie m’avait profondément attristée, mais je suis prête à signer pour repartir en Islande, que ce soit en voiture, en hélico, en drone, à pied, à vélo ou à cheval. Ma valise est prête, m’sieur Manook !

Un polar qui part dans une direction inattendue et un voyage père-fille qui ne se déroulera pas tout à fait comme le père l’avait pensé, lui qui voudrait ressouder les liens avec sa fille et qui va se retrouver à cavaler sans plus savoir à quel saint (sein ?) se vouer.

Normal que tout ne se passe pas comme prévu, nous sommes sur des terres de légende, dans un pays exceptionnel où la Nature et les Hommes sont imprévisibles (et les banquiers véreux).

Anybref, excellent moment de lecture avec ce polar islandais, mélange de road-movie et de thriller, mêlant habillement le périple de deux français en Terres Islandaises avec ses légendes, ses paysages époustouflant, ses habitants bien campés, ses policiers non armés, son passé et ses cadavres en tout genre.

Je ne peux que vous recommander de vous envoler pour l’Islande en compagnie de Manook Ian Air. Veuillez éteindre vos cigarettes et attachez vos ceintures !

Ah non, on ne dit plus ça… Veuillez éteindre vos portables !

♫ Nous étions jeunes et larges d’épaules
Bandits joyeux, insolents et drôles
On attendait que la mort nous frôle
On the road again
On the road again. ♪ (Lavilliers)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Champignac – Tome 1 – Enigma : Béka & David Etien

Titre : Champignac – Tome 1 – Enigma

Scénariste : Béka
Dessinateur : David Etien

Édition : Dupuis (04/01/2019)

Résumé :
Berlin, 1938. Des ingénieurs allemands présentent à Hitler Enigma, une machine à crypter des messages au code inviolable. Ni plus ni moins qu’une invention qui devrait permettre aux nazis de gagner la guerre…

Juin 1940. L’Allemagne a attaqué la France et la Belgique, qui ont capitulé. Au château de Champignac, le comte, un jeune scientifique spécialiste des champignons, reçoit une étrange missive cryptée.

Un défi excitant pour Pacôme (Hégésippe Adélard Ladislas), qui ne tarde pas à en découvrir la clé. Surprise : le message vient de son vieil ami Black qui lui demande de le rejoindre à Londres pour une mission de la plus haute importance.

Alors que le château est réquisitionné par l’armée allemande, Champignac arrive à fuir et à traverser la Manche.

À Londres, un nouveau message l’envoie dans le petit village de Bletchley où, aidé du professeur Black, d’Alan Turing et de Miss Mac Kenzie, il va s’attaquer au décryptage de la machine Enigma.

Une aventure passionnante qui mettra ses facultés intellectuelles à rude épreuve mais qui lui permettra également de croiser Churchill, de découvrir l’amour (non, pas avec Churchill) et de changer le cours de la guerre.

Critique :
Les séries apocryphes de Spirou sont légions, le personnage ayant souvent changé de père au cours de son histoire, même si cette dernière retiendra toujours Franquin car il l’avait porté à son pinacle.

Dans les albums, mon personnage préféré à toujours été le comte de Champignac, cette grande asperge de professeur un peu fou, jouant avec les champignons pour en tirer des produits les plus originaux et farfelus.

Lorsque j’ai vu dans l’hebdo Spirou qu’on allait mettre en scène Champignac jeune, je ne me suis plus sentie en joie.

Au départ, je n’avais pas pris attention au nom du dessinateur et au bout de quelques cases, j’ai trouvé que les personnages avaient un air de ceux de la série des « Quatre de Baker Street », notamment dans le visage d’un soldat allemand qui ressemblait à celui de Black Tom de Kilburn.

Bon sang, mais c’est bien sûr… C’est David Etien qui est aux dessins de Champignac et son nom n’avait pas tilté dans ma mémoire ! Son trait que je connais bien dans la série des Quatre de Baker Street se retrouve dans les dessins de cet album et j’ai même croisé une copie du chat Watson…

Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac a donc été jeune, sans cheveux blancs,son cerveau étant déjà aussi farfelu et c’est dans sa jeunesse qu’il a commencé à tirer des substances étranges tirées de ses précieux champignons.

Mais en plus de cela, il a participé aux travaux sur la machine à décrypter les messages codé par Enigma, aux côtés d’un certain Allan Turing, il a aussi assisté à la sortie du bain d’un Winston Churchill, a fait du bateau avec Ian Flemming et a même connu les joies de la danse avec la jolie Miss Mac Kenzie.

— Je n’ose rien faire de peur d’infléchir l’accroissement de la fonction mathématique qui décrit mon bonheur !
— C’est la plus belle chose qu’on m’ait jamais dite, Pacôme !

Si le film « Imitation Game » ne m’avait pas tout expliqué sur le cryptage d’Enigma, l’album s’en est chargée et je me suis couchée moins bête au soir.

On pourrait reprocher que ces explications cassent le rythme de l’aventure, mais il était absolument indispensable que l’on en parle, afin de comprendre la complexité et l’impossibilité de casser ces codes qui changeaient tous les jours.

Avec de l’humour et de la fraicheur, les deux auteurs nous proposent une revisite de l’Histoire sans pour autant la changer totalement, puisqu’ils ne font qu’ajouter des personnages de fiction dans la réalité afin de nous la servir avec moins de raideur.

— Où avez-vous appris à conduire, Blair ?
— Toute seule et en cachette, comme pour la lecture ! J’empruntais la voiture de mon père chaque fois que je le pouvais !
— Je vois ! Comme tous les autodidactes, vous avez développé un style très personnel !

— Pacôme! Attendez ! Vous ne pouvez pas aller à Londres en robe de chambre !
— C’est une remarque pertinente, Nicolette…

Les personnages de Champignac et de Miss Mac Kenzie sont bien campés, bourré d’humour et de folie douce, quand au scénario, il est fouillé sans devenir insipide ou incompréhensible pour des néophytes de machines de cryptage que nous sommes.

De plus, croiser d’autres personnages emblématiques de Champignac, tel que le pharmacien Dupilon, l’employé Duplumier et le maire et son langage alambiqué, a ajouté une note de plaisir à l’ensemble déjà fort réussi.

— C’est ensemble, unis coude à coude d’une main de fer que nous volerons d’un pied ferme vers la victoire finale !

Anybref, tout ce savant mélange donne un récit qui se lit avec plaisir, le sourire aux lèvres et l’envie de briller devant les autres en leur expliquant le concept de la machine Enigma : simple et brillant.

Franchement, je n’espère qu’une seule chose, c’est que cette série continue et soit de la même qualité que ce premier album.

— Vous ne vous arrêtez jamais, sir ?
— Malheureusement, si ! Je ne parviens pas à m’empêcher de dormir trois heures par nuit et une heure après le déjeuner…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Inexorable : Claire Favan

Titre : Inexorable

Auteur : Claire Favan
Édition : Robert Laffont La bête noire (11/10/2018)

Résumé :
Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

Inexorables, les conséquences des mauvais choix d’un père.
Inexorable, le combat d’une mère pour protéger son fils.
Inexorable, le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
Inexorable, la volonté de briser enfin l’engrenage…
Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

« Claire Favan franchit un cap avec cette histoire qui touchera inexorablement votre âme. » Yvan Fauth, blog EmOtionS.

« À l’enfant qui est en vous, ce livre peut raviver des douleurs. À l’adulte que vous êtes devenu, il vous bousculera dans vos certitudes. » Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

Critique :
Le résumé de ce livre m’avait attiré, les critiques élogieuses me donnaient encore plus envie de me plonger dans cette histoire d’un enfant mis à l’écart à l’école.

Ne pas rentrer dans le moule et se retrouver mis à l’écart, je connais ça, j’ai vécu ça, faut pas croire que j’étais une meneuse à l’école, ni la plus populaire.

Ce genre de sujet aurait dû me parler, me procurer des émotions fortes, de l’empathie pour Milo, ce jeune garçon mis au ban dans son école, mais là, j’ai eu du mal à m’attacher à lui car nous n’avions rien en commun…

Bon, déjà, un papa gangster, ça n’aide pas à se sentir en phase, le mien n’ayant jamais pratiqué cette profession lucrative et dangereuse… De plus, si Milo est écarté et perd ses copains, c’est suite à la violence qu’il commence à développer envers les autres, ce qui entraînera l’effet boule de neige de se retrouver accusé de tous les maux, même lorsqu’il est absent. Le bouc émissaire parfait, en quelque sorte.

J’avoue que j’aurais préféré tomber sur un récit plus conceptuel de mise à l’écart d’un enfant dans une école : un enfant timide, taiseux, d’une couleur différente, possédant un petit handicap, ou un retard mental léger…

Ceci afin de pouvoir rattacher cet enfant à un sentiment connu, vécu par moi-même ou par d’autres enfants et qui m’a été raconté. Là, pour ces gosses, j’ai de l’empathie, mon cœur saigne car la mise à l’écart est injustifiée.

Mais un enfant violent, ça fait rejaillir aussi ce que les enfants d’amis ont subi : les coups porté par cet enfant à d’autres et la direction de l’école qui, tel Ponce Pilate, se lave les mains en se retranchant derrière le « C’est un enfant à problème, on ne sait rien faire de plus ».

Comme une amie à moi qui est dans le cas : son gamin s’en prend plein la gueule suite à un enfant violent et le violent n’est pas écarté, ni puni… Et ce gosse ne doit pas sa violence à d’autres enfants de l’école qui l’auraient eux-mêmes maltraité, ni à un milieu familial chaotique. Mon petit-neveu en a souffert aussi, en 2ème maternelle, autrement dit, entre gosses de 3-4 ans !

Anybref, j’ai apprécié le récit, mais niveau émotions, je ne serai pas en overdose puisqu’il m’en a manqué.

J’ai eu du mal à m’attacher à Milo, même si j’ai trouvé le comportement de ses profs injuste et que ces derniers, au lieu de l’aider, l’ont enfoncé un peu plus car il est plus facile de détruire que de construire, plus facile d’enfoncer que d’aider à sortir la tête hors de l’eau.

Idem au niveau de ses copains de classe, qui ont profité ensuite de la situation de bouc émissaire de Milo, mais là, tout le monde sait que les chères têtes blondes sont de vrais démons entre eux.

Malgré tout, l’auteur met bien en évidence le fait qu’un parcours scolaire chaotique tel que fut celui de Milo a débouché sur un jeune homme en manque de confiance, de repères et que ça lui a bousillé ses chances professionnelles.

Par contre, l’auteur m’a glacée au niveau de son polar et de ce qu’une mère est capable de faire pour sauver son enfant. Là, elle m’a troué le cul et je ne m’en suis pas encore remise, oscillant toujours entre le « elle a eu raison » et le « rien ne justifiait cette action ».

Une demi-teinte pour moi, puisque je cherchais autre chose, carton plein pour le côté polar puisque j’en ai pris plein ma gueule sans pouvoir bouger pendant que l’action se déroulait sous mes yeux.

Par contre, pour vous, ce sera peut-être le ticket gagnant au niveau des émotions ou de l’empathie. Je désirais autre chose, je ne l’ai pas eu, ce qui ne m’empêchera pas de sauter de joie à l’idée du prochain roman de l’auteure et de le lire car madame Favan m’a déjà donné un fameux quota d’émotions avec ses autres livres.

EDIT : le coup d’Olivier Norek en marraine la bonne fée, dans les remerciements, m’a fait pisser de rire !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

La note américaine : David Grann

Titre : La note américaine

Auteur : David Grann
Édition : Globe (07/03/2018)
Édition Originale : Killers of the flower moon (2017)
Traducteur : Cyril Gay

Résumé :
L’histoire vraie, trouble et tortueuse d’une série de meurtres qui comptent parmi les plus mystérieux et les plus monstrueux de l’Histoire des États-Unis.

Dans les années 1920, les hommes les plus riches au monde étaient Amérindiens, et appartenaient à la tribu des Osages.

Une fois le pétrole découvert sous leurs terres, dans l’Oklahoma, ils se sont mis à rouler dans des automobiles conduites par des chauffeurs, se sont fait construire de belles demeures et ont envoyé leurs enfants étudier en Europe.

Puis, un par un, les Osages ont commencé à disparaître dans d’étranges circonstances. Dans ce Wild West où se croisaient desperados et magnats du pétrole, ceux qui osaient enquêter sur cette tuerie étaient assassinés à leur tour…

Le nombre de morts ne cessant d’augmenter, le FBI se saisit de l’affaire, et perça les mystères d’une gigantesque conspiration, mettant au jour une série de crimes aussi choquante qu’effrayante.

Fondé sur des années de recherche, La Note américaine est un chef-d’œuvre de narrative nonfiction : David Grann mène l’enquête, et chacune de ses découvertes amène son lot de surprises sinistres, de rebondissements et de secrets lourds à porter.

Un livre percutant, d’une grande puissance, qui constitue un témoignage littéraire bouleversant.

Critique :
L’Oklahoma est une terre aride, sans perspectives intéressantes, d’ailleurs, ceux qui y firent la première ruée, surveillés par Lucky Luke, quittèrent vite cette terre de misère.

Quoi de plus naturel, alors, pour le Gouvernement Blanc d’y parquer les Osages, peuplade Indienne, qui, comme les autres tribus, gênait ces messieurs dans leur grands projets d’aménagement du territoire ?

Allez hop, cassez-vous là-bas, bande d’emplumés ! (ceci est la pensée de l’époque et non la mienne, je précise pour ceux/celles qui ne l’auraient pas compris).

Mais si la terre de l’Oklahoma n’est guère propice à la culture, son sous-sol est riche d’une substance noire et puante : le pétrole ! Sortez les derricks et faites revenir Lucky Luke pour s’y balader à l’ombre de ces derniers.

Je plaisante, pourtant, il n’y a rien qui prête à rire dans ce roman mais je me devais d’évacuer la tension et la rage dirigée contre « ma race » (les Blancs) et le gouvernement américain.

Après les avoir retiré de leurs terres, on a balancé les Indiens dans des coins de misère, on leur a enlevé les bisons, la possibilité de les chasser, de vivre dignement, de continuer leurs rites, on les a rationné, le Gouvernement n’ pas payé pas l’argent qu’il leur devait (ou alors, il l’a fait en ration de bouffe merdique), on a voulu les assimiler de force à nos coutumes de Blancs et si des Indiens sont devenus riches grâce au pétrole, on a estimé qu’ils n’étaient pas capables de gérer leur argent et donc, on les a mis sous tutelle de curateurs ultra véreux et voleurs…

Je ne vous dis pas le nombre de fois où j’ai vu rouge… Dans ces pages, la cupidité, le racisme, la mauvaise foi, l’injustice, la jalousie et l’envie de ce que l’autre possède sont légion, comme si toute une partie des salopards de l’Amérique s’étaient donné rendez-vous sur cette terre dont personne ne voulait avant.

Pourtant, les Osages avaient bien négociés les droits de l’exploitation du pétrole, ils avaient été malins car leur vision était sur le long terme et avaient blindé la chose en faisant en sorte que les parts de chaque membre ne soient transmissibles que par héritage.

Trop malins sans doute, ce qui a énervé l’Homme Blanc, obligeant les Osages à avoir des curateurs Blancs. Quand Homme Blanc pas content de voir Or Noir filer entre ses doigts, lui toujours faire ainsi pour spolier l’Autre.

Ce roman qui a tout d’un roman noir n’est pas une fiction, hélas, tout ceci est réel : le pétrole sur leurs terres, ainsi que les meurtres crapuleux qui touchèrent des Osages et les différentes enquêtes qui eurent bien eu lieu mais se soldèrent par un grand point d’interrogation tant on leur mettait des bâtons dans les roues ou des couteaux dans le dos.

À la manière de Truman Capote, pour son roman « De sang-froid », David Grann nous plonge dans l’histoire en temps réel, nous présentant les différents protagonistes, leurs assassinats, les peurs des autres, les enquêteurs qui piétinent ou qui disparaissent mystérieusement, jusqu’à ce qu’on balance un certain J. Edgar Hoover à la tête de l’enquête.

Enfin, pas vraiment lui, mais les hommes de son Bureau Fédéral d’Investigation qui devront autant jouer à Sherlock Holmes qu’a James Bond afin de s’infiltrer sans se faire remarquer. Et dans ce rôle, Tom White fut extrêmement bon enquêteur.

Chaque fois qu’un personnage entre dans la danse, l’auteur nous offre une courte biographie de ce dernier, allant même jusqu’à nous parler de son enfance, de ses parents, de ce qu’il a vécu, le tout au détriment de l’intrigue puisque nous en perdons un peu le fil mais l’avantage est que l’auteur nous y replonge assez vite.

Ce procédé ne m’a pas dérangé, il m’a permis de mieux faire connaissance avec tout le monde et j’ai eu l’impression de découvrir l’Amérique par le petit bout de la lorgnette, mais cela pourrait rebuter les lecteurs qui chercheraient un récit linéaire et dont la bio de chacun serait intégrée au texte, fondue dans l’histoire.

Les recherches qu’a dû faire l’auteur furent colossales, ça se sent bien dans son texte et en plus de la bio du personnage et ses actions, nous avons souvent eu droit à une photo de lui et de sa famille, renforçant encore plus le caractère Historique de cette enquête.

Lorsque j’eu terminé ma lecture, je ne savais plus trop où je me trouvais tant j’avais été abasourdie, dégoûtée, ébranlée, choquée, déroutée par ce que je venais de lire.

Mélange entre le roman noir et historique, entre le récit vrai et le polar whodunit, ce roman inclassable ne laissera sans doute personne indifférent.

Roman saisissant de par le portrait de la communauté Osage qu’il nous offre et cette plongée dans  un chapitre de l’Histoire sombre des États-Unis où les oppresseurs américains Blancs spolièrent les oppressés Osages avec une froideur et une mauvaise foi qui donne envie de gerber.

Glaçant, lorsqu’on fini les dernières pages et que l’on se rend compte que tout ne sera jamais vraiment élucidé et que des meurtriers courent toujours. Enfin, non, maintenant, ils ne courent plus, mais ils n’ont jamais été inquiétés.

Un dernier roman fort que j’ai lu avant de basculer en 2019… Si quelqu’un a un « Oui-Oui » à me prêter, je le lirai volontiers !

La légende de Santiago : Boris Quercia

Titre : La légende de Santiago

Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte Noir (11/10/2018)
Édition Originale : La sangre no es agua (2019)
Traducteur : Isabel Siklodi

Résumé :
Rien ne va plus pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Sa fiancée Marina ne l’aime plus, ses collègues policiers le méprisent, et il est rongé par la culpabilité depuis qu’il a aidé son beau-père, gravement malade, à mourir.

Aussi, quand il tombe sur le cadavre d’un trafiquant dans un resto chinois, son premier réflexe est d’empocher la demi-livre de cocaïne pure qu’il trouve également sur les lieux.

Un coup de pouce bienvenu pour traverser cette mauvaise passe, d’autant qu’on vient de lui confier une enquête sensible sur des meurtres racistes…

Mais ce faux pas ne va pas tarder à le rattraper.

Critique :
Me voici revenue du Chili où j’ai été enquêter sur des crimes lâches avec Santiago Quiñones.

Au passage, j’ai sniffé de la coke, subit un tremblement de terre, pris des coups dans la gueule, euthanasié son beau-père avec un coussin, cassé la gueule d’un pauvre innocent, et j’en passe.

– Toi, Santiago, quand tu fous la merde, tu ne la fous pas qu’à moitié.

C’est comme ça lorsqu’on suit les pas de Santiago Quiñones, on ne sait jamais trop dans quoi on va s’embarquer, juste que ce sera un truc assez barge, à la limite de la légalité, qu’on passera la ligne rouge de nombreuses fois car notre flic n’en est pas à une près. Je connais l’animal, ce n’était pas ma première.

Un clou chasse l’autre. Il y a toujours quelqu’un de plus méchant que toi, qui par comparaison te donne l’impression d’être un ange.

Niveau enquête, on ne peut pas dire non plus qu’on s’est foulé, Santiago et moi… Pas trop vite les gars, on ne se cherche pas du boulot non plus. Que les petits jeunes se fassent les dents sur les enquêtes, ils ne sont pas encore blasés, eux…

Moi, ça m’est égal, ils sont jeunes, ils débutent. Je demande à les voir dans quelques années, quand ils auront de la bedaine, quand ils éviteront de se mouiller, quand ils trahiront leurs propres principes et seront corrompus comme tout le monde. Mais je ne serai plus là pour le constater. Je serai certainement déjà quelques pieds sous terre, et cette enquête n’y changera rien.

Santiago Quiñones est un flic chilien qui n’entre dans aucune catégorie… Oubliez les fins limiers tels Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Columbo et même Navarro, notre policier n’a rien reçu en héritage de ceux-là.

Les promotions ne sont pas pour lui, il est bordeline, ne s’embarrasse pas avec les règlements, sniffe de la coke volée, trompe sa femme, est un électron libre, vous montre un visage impassible en toutes circonstances et est poursuivi par sa « légende noire », comme il l’appelle.

« Je suis la pomme pourrie dans le panier, personne ne veut rester dans mes parages. Je suis l’exemple même du flic raté, qu’on montre du doigt aux nouveaux. Pour recadrer un petit jeune, j’ai entendu un collègue dire : « Si tu continues comme ça, tu vas finir comme Quiñones. » Je suis une légende, ils me croient capables de tout, et comme souvent dans les légendes, tout est faux. »

Peut-être que tout aurait été différent si je n’avais pas laissé les petits jeunes jouer aux détectives. Je serais allé droit au but, en commençant par passer les menottes au suspect et l’attacher à la cuisinière avant même de lui demander son nom. Mais c’est justement ce genre de réflexes qui m’ont toujours empêché de grimper les échelons. Je ne voulais pas en rajouter avec ma légende, je les ai laissés faire pour qu’ils apprennent le métier.

On ne se plonge pas dans un récit de Boris Quercia pour lire une enquête policière digne de ce nom : son flic est blasé, il n’enquête pas trop fort pour certains délits, bien que pour d’autres, il soit prêt à tuer les coupables, mais ce n’est pas en surchargeant ses narines de poudre blanche qu’on résout une affaire.

En fait, on lit l’auteur pour découvrir un portrait de la ville de Santiago du Chili comme aucun Tour Opérateur ne vous montrera. Avec Quiñones pour guide, on passe de l’autre côté du décor de carte postale et on explore les faces cachées et sombres de la faune chilienne.

Le Chinois a trois fils, tous délinquants – ils doivent avoir repris le flambeau. Un banal changement de gérance. Tant qu’il y aura des acheteurs, il y aura des vendeurs. À quoi ça sert de mettre en taule le dealer de service ? À rien, il sera remplacé par un autre et tout continuera comme d’habitude, eux qui trafiquent et nous à leurs trousses. C’est l’heure de la récré, on va tous dans la cour jouer aux gendarmes et aux voleurs.

Dans ce pays, c’est pas la modestie qui nous étouffe. Tout le monde sait comment améliorer notre économie, mais bizarrement, ça continue d’aller mal.

La première fois qu’on lit Quercia, on pourrait être perturbé par ses multiples retours en arrière afin d’explorer la vie de ses personnages, mais une fois qu’on a pris le pli (il vient très vite), on s’amuse de cette manière de faire redescendre l’adrénaline et de faire durer le suspense.

Pas de temps mort, même lorsque notre flic est face à sa mère qui ne se remet pas de la mort de son second mari, même face à ses problèmes avec son demi-frère qu’il vient de rencontrer ou face à ses aventures sexuelles assez folles (on est vachement plan-plan face à Santiago !!) ou ses soucis avec le contrôle anti-dopage.

Elle met de la poudre sur ma bite, dure comme un bâton. Elle ressemble à un beignet couvert de sucre glace.
Ensuite elle revient sur moi, me montrant son dos, et guide doucement ma bite jusqu’à son cul. Elle m’enfourche petit à petit et je rentre en elle doucement jusqu’à ce que ses fesses se posent sur mes hanches. On reste un moment comme ça, sans bouger. Angélica gémit. On ne bouge pas, mais elle me serre puis relâche à l’intérieur et c’est comme si elle me suçait. La coke se mêle à notre sang comme si des milliers de points traçaient des lignes de plaisir qui vont jusque dans ma tête. Angélica gémit encore et commence à bouger doucement en avant et en arrière, jusqu’à ce que j’explose en elle.

« Elle ne m’a jamais laissé l’enculer, il me dit, complètement bourré, un peu amusé et à la fois désemparé.
– C’est parce que tu ne bandes pas, gros lard… »

C’est toujours avec brio que l’auteur relance la machine, sans qu’elle s’essouffle et sans faire d’esbroufe car les emmerdes qui surgissent dans la vie de Santiago suffisent à alimenter la machine, le tout pimenté de soucis avec un peu tout le monde, que ce soit des bandits, des flics, sa mère ou des femmes un peu trop fatales.

Coucher avec Angélica de temps en temps réveillait mon amour pour Marina. Évidemment, il est impossible d’expliquer ça à ta femme.

Les 250 pages passent trop vite et on se surprend, au moment de tourner la dernière page, d’en redemander encore un peu plus. Merde, c’est fini…

Un roman brutal, sombre, violent, dont le personnage principal par en long dérapage incontrôlé et voit sa vie de merde partir en couilles sans qu’il ne puisse rien faire d’autres que de s’enfoncer un peu plus dans les ennuis car c’est plus fort que lui, Santiago a un côté destructeur.

Un flic torturé, déglingué, cynique, sarcastique, adepte de sexe et de coke, sans oublier les cigarettes et qui voit sa ville changer sous ses yeux, avec l’augmentation de la pédophilie, la montée de la xénophobie et des extrémistes en tout genre, prêt à tout pour rendre le Chili aux Chiliens.

Il nous insulte copieusement et nous sort le typique « vous ne savez pas à qui vous avez affaire », ainsi que l’autre grand classique de ceux qui regardent beaucoup la télé : « Je veux parler à mon avocat. » Il me gonfle tellement que je lui lance :
« Ton costume nazi, il est dans le coffre ? Ou c’est ton petit noir qui te le repasse ? »

C’est fantastique d’être chef, on peut dire une chose un jour et son contraire le lendemain, et ça passe crème. On ne demande de la cohérence qu’aux subalternes.

Allez, je pourrai encore un peu profiter de mon flic borderline avec le premier tome de la trilogie, le seul que je n’aie pas encore lu (Les rues de Santiago).

Personne n’a jamais rien fait, personne n’est jamais coupable de rien. Tout le monde a toujours de bonnes raisons, des politiciens véreux aux pédophiles. Les premiers disent que c’est la seule façon de financer la politique, les seconds que les enfants les ont provoqués, mais ils sont tous innocents, c’est toujours les circonstances.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Orcs & Gobelins – Tome 5 – La Poisse : Olivier Peru & Stefano Martino

Titre : Orcs & Gobelins – Tome 5 – La Poisse

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Stefano Martino

Édition : Soleil Productions Heroic fantasy (octobre 2018)

Résumé :
La Poisse est un Orkelin, une créature bâtarde mi-Orc, mi-Gobelin. Assassin et voleur hors pair, il est l’un des meilleurs mercenaires de la compagnie Grise.

Hélas pour lui, il souffre d’une encombrante malédiction : la déveine. La Poisse attire les coups du sort comme personne.

Rien d’étonnant donc à ce qu’il se réveille dans une cité emplie de cadavres, ceux de ses compagnons d’armes pourtant envoyés là pour remplir une simple mission d’escorte.

Quelqu’un doit payer pour le massacre !

L’Orkelin n’a pas que la guigne, il a aussi très mauvais caractère.

Critique :
Lorsqu’on découvre l’orkelin La Poisse, il est plutôt mal en point…

À sa place, Hébus, le troll de Lanfeust, aurait dit qu’il avait deux cure-dents plantés dans le dos, mais aussi costaud que soit notre orkelin, ça reste toujours deux poignards dans le dos !

Voilà un tome qui tombait à pic pour les fêtes de Noël puisque notre cul-vert découvre toute sa compagnie de frères d’armes pendus aux branches d’un arbre, telles des boules de noël macabre (et puante, à la fin).

L’orkelin, en plus d’être poissard au possible (malédiction qui traine dans la famille depuis des siècles), blessé, tout seul, se met à voir son pépé, qui est un fantôme puisqu’il est mort.

Bardaf, dès le départ, l’auteur me surprend, me file un coup de pied dans le fondement parce que je ne l’avais pas vue venir, celle-là ! Fallait y penser, le scénariste là fait et ça ajoutait du peps au récit, qui n’en manquait pas, je vous rassure, mais cet ajout surprenant a le mérite de… surprendre !

Ami du glauque et de la magie noire, entre ici dans ton domaine ! Tu aimes qu’on te ponde une bédé avec une sorte de rejeton issu d’un accouplement contre nature de Predator et d’Alien (je ne sais pas qui a fait la femelle) ?

Et bien tu le trouveras dans ces pages, additionné d’un soupçon de vampirisme à l’ancienne, mâtiné de ténia dans tes entrailles et salé avec des morceaux de Cthulhu.

Fuyez la cité, pauvres fous ! Cours, La Poisse, cours !

La Poisse a peut-être une sale gueule, il ne gagnera jamais les 6 chiffres du Lotto (ou alors, il perdra le ticket gagnant), mais il a tout de même de la suite dans les idées et son papy fantôme lui soufflera quelques bonnes idées, sans parler d’un coup de main pour essayer que son petit-fils sauve sa couenne.

Le scénario est bien pensé, j’ai eu de belles surprises inattendues et le suspense était au rendez-vous, en plus du plaisir de découvrir ce 5ème tome de la série.

L’inconvénient, c’est que je n’en ai plus à lire, l’avantage, c’est que la fin pourrait avoir une suite puisqu’elle n’est pas totalement fermée…

Oui, j’adore cette saga avec les culs-verts !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Population 48 : Adam Sternbergh

Titre : Population 48

Auteur : Adam Sternbergh
Édition : Super 8 (11/10/2018)
Édition Originale : The Blinds (2017)
Traducteur : Charles Bonnot

Résumé :
Caesura Texas – une minuscule bourgade clôturée, au fin fond du désert. Population ? 48 habitants.

Des criminels, a priori. Ou des témoins. Comment savoir ? Tous ces gens ont changé d’identité, et leur mémoire a été effacée. Pour leur bien. Dans l’optique d’un nouveau départ.

En échange de l’amnistie, les résidents doivent accepter trois règles simples : aucun contact avec l’extérieur, aucun visiteur, et aucun retour possible en cas de départ.

Une expérience unique, menée par un mystérieux institut. Pendant huit ans, tout ce petit monde est resté à peu près en place. Jusqu’à aujourd’hui. Errol Colfax, en effet, s’est suicidé… avec une arme qu’il n’aurait jamais dû posséder.

Puis Hubert Humphrey Gable est assassiné. Calvin Cooper, le shérif local, est contraint de mener l’enquête. Ce faisant, il risque de déterrer des secrets que l’essentiel des habitants – y compris lui-même – auraient préféré voir rester enfouis.

Trop tard pour faire marche arrière.

Bientôt, un irrépressible déferlement de violence va s’abattre sur les rues poussiéreuses de Caesura…

Critique :
Encore un livre que je voulais absolument découvrir et qui ne m’a pas déçu, m’apportant même une bonne dose de ma came préférée : un thriller en huis-clos !

Le tout avec une pointe de fantastique puisque les expériences scientifiques accomplies dans ces pages n’ont pas encore eu lieu.

Enfin… Je crois… Je pense… J’espère…

Caesura, dite aussi « Blind Town »…

Imaginez une ville paumée en plein trou du cul du trou de cul du fin fond de l’anus du Texas.

Un bled qui n’existe sur aucune carte, dans aucune administration et où ne vivent que 48 personnes dont la particularité est qu’elles ont toutes eu une partie de leur passé effacé ainsi qu’une nouvelle identité qu’ils ont dû choisir en mélangeant un nom/prénom d’acteur célèbre avec celui d’un vice-président.

Assassins notoires ou témoins protégés par le système ? Aucun d’entre eux ne le sait et le lecteur n’en saura rien de plus au départ.

Le départ est banal, si je puis dire, car hormis le lieu inhabituel, la suite a l’air d’être courue d’avance puisque nous avons un crime, faisant suite à un banal suicide et donc, étant en milieu clos, on sent venir le bon vieux whodunit à la Sherlock Holmes/Hercule Poirot, avec le shérif Cooper pour mener l’enquête et son assistante, Sidney Dawes dans le rôle du Watson plus qu’éclairé.

— […] Alors avant que vous sortiez votre casquette de chasseur de daim pour vous lancer dans votre numéro de Sherlock Holmes, merci de considérer la nature – délicate – de la situation.

— Je ne savais pas que ça venait de là.
— De quoi ?
— Le chapeau de Sherlock Holmes. Je ne savais pas que c’était une casquette de chasseur.
— Autre chose ?
— Ça ne sent pas bon.
— Non, ça ne sent pas bon, dit Cooper. Ça ne sent pas bon du tout, putain.

Elle hésite. « Je ne suis pas flic, vous savez. J’étais ambulancière avant de venir ici.
— Et moi j’étais gardien de prison. Alors peut-être bien qu’aucun de nous deux ne devrait jouer les Sherlock Holmes sur cette affaire. »

Ça, c’est que tu croiras au départ, lecteur blasé du thriller et du polar ! Un bête crime à résoudre… Que nenni !

On va plus loin que ça, dans ce thriller aux relents fantastiques (SF ?) et d’ailleurs, l’auteur ne s’embarrassera pas longtemps avant de te balancer le coupable de ce meurtre puisque celui-ci n’est que le point de départ et qu’ensuite, on va gripper les rouages de la machine avec des tas de petits grains de sable qui ne se comporteront pas comme ils sont censé le faire.

Et c’est là que réside un autre des talents de l’auteur : arriver à nous perturber, à nous emmener là où on ne s’y attend pas, à nous secouer, à nous surprendre, à nous angoisser… Le tout en s’aventurant sur un terrain inhabituel tout en restant plausible et réaliste dans les actions de ses personnages ou dans la logique de son scénario.

Le panel des personnages n’a déjà pas fini de nous surprendre, mais en plus, l’auteur a fait pousser son idée sur un terreau fertile, l’a bien arrosé, l’a retaillé et nous livre un petit OLNI de 418 pages où il est difficile de s’ennuyer, sans compter que l’on risque de s’attacher à certains personnages.

Un meurtre en huis-clos, oui, mais pas que… pour parodier une maison d’édition célèbre pour ça. La partie immergée de l’iceberg est bien plus intéressante, plus importante, plus glauque, plus sombre, qu’un simple meurtre…

Voilà donc un thriller en huis-clos où l’on a plus d’empathie pour la population de ce bled paumé entouré de grillages, même si on se doute que ce ne sont pas toutes des brebis innocentes, alors que l’on prendra en grippe ceux qui représentent la Loi.

Encore une belle découverte de cette année 2018 et sans aucun doute, il terminera dans mes coups de cœur car il a réussi, avec un pitch qui semblait vu et revu au départ, à partir dans un tout autre sens et à m’étonner tout au long de ces pages survoltées où tout peut arriver.

Il se peut que Dieu pardonne, mais Il exonère rarement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).