La Neige de saint Pierre : Léo Perutz [LC avec Rachel]


Titre : La Neige de saint Pierre

Auteur : Léo Perutz
Édition : Zulma (03/10/2016)
Édition Originale : St. Petri Schnee (1933)
Traducteur : Jean-Claude Capèle

Résumé :
En 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, quitte Berlin pour le lointain village de Morwede.

Pour y soigner des paysans ? Pas si évident, car dans le secret de son laboratoire, la baron vient de découvrir une drogue surpuissante : la neige de saint Pierre. Dont il compte bien faire usage à grande échelle.

Interdit par les nazis dès sa parution en 1933, la Neige de saint Pierre est, par-delà l’enquête aux allures de rêve hallucinatoire, le roman de la manipulation et du pouvoir.

Critique :
Rêve ou réalité ? Cette question a failli rester sans réponse, pourtant, quelques indices me donnent à penser que c’était la réalité…

Imaginez que vous vous réveillez sur un lit d’hôpital, vos derniers souvenirs sont qu’une personne vous a assommé avec un fléau…

Le médecin vous signifie qu’on n’utilise plus de fléau pour battre le blé, nous sommes en 1932 tout même et qu’en plus, vous avez été renversé par une voiture.

Youyou, il y a quelqu’un là-dedans, McFly ?

Le doute s’installe. Avez-vous rêvé votre histoire ou vous ment-on ?

Puisque le doute l’habite, le jeune docteur Georg Friedrich Amberg va donc faire appel à ses souvenirs pour nous expliquer son histoire et nous donner la vérité, qui est ailleurs, comme toujours.

L’auteur, au moyen des souvenirs de son personnage principal, va nous entraîner dans un petit village, perdu au fond du trou du cul de la Westphalie, où règne le baron von Malchin et où tout est encore à l’ère manuelle, comme dans des temps reculés.

Si les expériences de petit chimiste de Gaston Lagaffe étaient réputées pour être dangereuses pour tout l’immeuble des éditions Dupuis, ainsi que pour celui de leurs voisins, Ducran et Lapoigne, les expériences chimiques du baron et de son associée, la belle Kallisto Tsanaris (Bibiche pour les intimes) ne le sont pas moins.

Croyez-moi, l’univers de ce roman est spécial, tournant parfois au huis-clos puisque nous sommes dans un petit village et que le baron voudrait, au travers de son fils adoptif, Frederico, ultime descendant de l’empereur Frédéric II (qu’il dit), rétablir la dynastie des Hohenstaufen du Saint Empire Romain Germanique (Ier Reich). Rien de moins…

Bizarre cette idée de vouloir rétablir un grand Empire… C’est moi ou ça pue l’idée du grand Reich de l’autre moustachu de sinistre mémoire ?

Vu que son roman a été interdit dès 1933 par les nazis, ces petits êtres sadiques, je pense qu’en effet ces tristes sires y ont vu, eux aussi, une allégorie des idée de grand empire prônée par leur grand guignol fanatique aux idées détestables et assassines.

Mince alors, ils avaient donc un cerveau ? Ou alors, délation, quand tu nous tiens.

Anybref, voilà une lecture que je n’aurais jamais faite dans ma copinaute Rachel et sans l’erreur qui fut sienne d’acheter ce roman en lieu et place de « La nuit sous le pont de pierre » du même auteur et que j’avais coché pour mon Mois du Polar (PTDR).

Une erreur qui a bien fait les choses car elle m’a permise de lire ce roman étrange, qui se lit facilement et qui parle des rêves un peu fous d’un baron, peut-être pas si frappadingue que ça, et qui va tenter, grâce à une substance chimique, de manipuler les foules pour leur rendre… Je ne vous dis rien de plus.

C’est un roman qui explore à la frontière entre la réalité et le fantasmagorique, qui se promène aux frontières du réel, faisant hésiter le lecteur et le personnage sur les faits qui se sont produits et dont il a été le témoin direct.

Malgré le fait que tout le monde lui dit le contraire, notre docteur se raccroche à ses souvenirs et se demande pourquoi on tente de le manipuler. La réalité serait-elle une illusion ? Ou le rêve est-il vraiment la réalité et on veut l’empêcher d’en parler ?

Un roman qui met en avant, avec moquerie, le Premier Reich, touchant par là-même le Troisième qui se voulait aussi grand, qui parle de la foi comme de l’opium du peuple (mais d’une autre manière que je ne divulgâcherai pas), qui parle de la manipulation des masses par quelques personnes, le tout sur un ton assez badin, amusant, mêlant habillement le roman d’investigation à celui d’anticipation.

On comprend l’interdiction de l’époque ! Mais maintenant, on peur le lire sans peur et sans reproches.

Une LC avec Rachel qui, malgré les cafouillages du départ, aura été une belle découverte. Elle, comme moi, a apprécié sa lecture. D’ailleurs, elle vous le confirmera dans sa chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°202.

Les enquêtes de Middleton et Grice – Tome 2 – La malédiction de la maison Foskett : M. R. C. Kasasian [LC avec Bianca]

Titre : Les enquêtes de Middleton et Grice – Tome 2 – La malédiction de la maison Foskett

Auteur : M. R. C. Kasasian
Édition : City (22/03/2017)
Édition Originale : The Curse of the House of Foskett (2015)
Traducteurs : Martine Desoille et Francine Tolron

Résumé :
Sa dernière enquête a mené un homme innocent à la potence,,. Autant dire que le détective Sydney Grice n’est plus vraiment en odeur de sainteté à Londres. Boudé par ses clients, le « plus grand détective de tout l’empire britannique » dépérit.

March Middelton, son excentrique acolyte du « sexe faible », commence à sérieusement s’inquiéter. Jusqu’à ce qu’un individu, membre de l’effrayant « Club du dernier survivant », fasse appel aux services de Sydney… et ait l’impudence de passer de vie à trépas dans son salon ! Les deux détectives sont bien obligés d’enquêter sur cette mort soudaine et particulièrement suspecte.

Quel est donc ce club de gentlemen où le jeu est de réussir à rester en vie tout en éliminant les autres ? Les indices entraînent Grice et March dans les recoins les plus sombres du Londres victorien, jusqu’à la maison maudite de la baronne Foskett…

Critique :
Si Sydney Grice est un détective privé, pardon, détective personnel et a des airs de Sherlock Holmes, il est surtout imbuvable à un niveau jamais égalé.

Toute personne normalement constituée (et surtout les femmes) auront mille fois envie de lui foutre le pied au cul ou mieux, entre les jambes, tiens, ça lui apprendra.

Non, il n’a pas la main baladeuse, jamais de la vie, lui défaille d’indignation à la vue d’un mollet féminin découvert.

Mais il a un égo surdimensionné et ses répliques acides envers sa pupille, March Middelton sont drôles, cyniques mais donnent tout de même envie de le baffer un bon coup.

Un petit voyage dans le temps, dans l’époque victorienne, où l’air empestait les fumées d’usines et où les miasmes se baladaient impunément puisqu’en ce temps-là, le principe des microbes et autres virus n’étaient pas encore tout à fait accepté.

L’enquête est tortueuse à souhait, je n’ai pas vu venir le vent, je n’ai pas réussi à faire des déductions intelligentes et Sydney Grice dira que c’est à cause de mon cerveau de femme qui est plus petit que celui des homme. Et ma main, tu la veux dans ta gueule, mon cher Sydney ?

Imbuvable, je vous disais ! Mais que voulez-vous, il est attachiant au possible et s’il n’avait pas ce caractère hautain et à chier, on s’amuserait moins.

Sa mauvaise foi aussi donne envie de le baffer et March a bien du mérite à supporter un tuteur tel que lui, sa bonne aussi, même si cette dernière ne brille pas par son esprit, ni sa cuisine, ni son efficacité…

Les clins d’œil à Holmes sont nombreux, avec un groupe de rouquin, une escarboucle et une malédiction où un homme fut dévoré par des chiens… Baskerville, sors de ce corps.

Le final est assez copieux dans sa résolution, il vaut mieux se concentrer et bien resituer tout ce petit monde d’assassinés de différentes manières, pas toujours très propres, je l’avoue, mais il y en a un qui n’a pas volé sa mort violente et horrible. La SPA a envoyé des remerciements à l’assassin.

Une lecture qui nous entraîne dans les bas-fonds de Londres, qui nous fait respirer un air impur au possible, côtoyer des conducteurs de fiacre maltraitant leurs chevaux, arpenter les rues dans tous les sens, voir des cadavres en pagaille se faire dégommer sous nos yeux…

On verra aussi March boire de l’alcool et fumer, sous le regard désapprobateur de son tuteur, le tout avec des dialogues bourré de gouaille, de répliques vachardes et méchantes, le tout sous l’œil unique de Sydney qui est encore plus cynique que le Docteur House.

Une lecture plaisir, une lecture qui fait sourire et qui dépayse, sans se prendre la tête, autrement dit, LC réussie avec ma copinaute Bianca.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.

 

Astérix – Tome 23 – Obélix et compagnie : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 23 – Obélix et compagnie

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1976)

Résumé :
Puisqu’il est impossible de soumettre les Irréductibles Gaulois à la paix romaine par l’usage de la force, Caius Saugrenus, jeune conseiller de César, propose de faire d’eux des décadents, plus préoccupés par l’argent que par les combats contre les Romains.

Envoyé en mission au camp de Babaorum, Saugrenus achète au prix fort les menhirs d’Obélix. Pour répondre à la demande, celui-ci se lance dans la production de masse et devient bientôt l’homme le plus riche et le plus important du village. La jalousie s’installe et les Gaulois n’ont plus entre eux que des rapports régis par l’appât du gain. Les Romains passent des journées tranquilles, le plan démoniaque ourdi par Saugrenus est un succès. Ou du moins le croient-ils…

Critique :
Dommage que à l’école, le prof d’économie n’ait pas utilisé cet album pour nous expliquer la loi du marché…

Gamine, je ne comprenais pas la portée capitaliste de cet album, il me faisait rire pour le cadeau d’anniversaire d’Obélix, l’absurdité de ses vêtements, pour Idéfix qui lui faisait la tronche, pour les répliques des romains, rien de plus.

Moi y en avais rien compris ! Ni remarqué que le jeune Caïus Saugrenus, sorti de La Nouvelle École d’Affranchis ou E.N.A pour les intimes était la représentation d’un Chirac jeune.

La loi de l’offre et de la demande n’auront plus aucun secret pour vous après la lecture de cet album !

Lorsque l’offre de menhirs est supérieure à la demande, il faut que les entreprises  (obélix et Cie) baissent leurs prix, afin qu’elles puissent écouler tous leurs produits… A contrario, si la demande est supérieure à l’offre, il faut que les entreprises augmentent leurs prix…

— Si toi pas pouvoir faire plus de menhirs, moi y en a donner moins de sesterces. Toi, y en a compris ?

Comment vaincre les Gaulois ? Il suffit de les diviser car pour régner, il faut diviser, c’est bien connu et toujours appliqué. Pour les diviser, il faut apporter la jalousie, l’envie, la cupidité… Toujours d’application !

En leur achetant des menhirs, Chirac, heu, Saugrenus, va apporter la zizanie dans le village rien qu’en demandant qu’Obélix lui fabrique plus de menhirs et en montant les prix à chaque fois, sous le regard d’un Obélix qui n’y comprend rien… Mais les autres villageois vont vite comprendre où se trouvent leur intérêt…

Cétautomatix : —Tu veux dire qu’ils n’achetent plus TES menhirs !
Ordralfabétix : —Pourquoi MES menhirs je vous prie ?
Cétautomatix : — Parce que mes menhirs à moi ne sentent pas le poisson faisandé….

Dans cet album, vous aurez un cours sur la production de menhirs, sa publicité, sur la concurrence, la dévaluation des prix, l’inflations des prix, les revendications salariales, sur le cours du sesterce et sur le fait de produire romain à Rome !

Alors qu’habituellement, nos Gaulois résolvent leur problèmes seuls à grands coups sur les romains ou en chassant l’intrus, ici, ils n’auront même pas besoin de lever le petit doigt pour que le système, qui a été poussé à son paroxysme, s’effondre, faisant ainsi passer notre énarque fraîchement émoulu pour le responsable de tous les maux de Rome (devait y avoir un message caché que ceux de l’époque ont compris).

Une aventure pleine d’humour, de situations cocasses et une belle leçon d’économie, sur le capitalisme et sur la division des peuples pour mieux les asservir. Faites du commerce, pas la guerre.

Astérix : — Tous nos copains sont pleins de sesterces ; que vont-ils en faire ?
Panoramix : — Pas grand-chose… J’ai appris qu’il y a une grande crise à Rome, due à je ne sais quoi. Toujours est-il que le sesterce est dévalué.
Astérix : — Eh ?
Panoramix : — Le sesterce y en a plus rien valoir du tout !

PS : album lu bien avant le décès du dessinateur Uderzo. Mais j’ai un retard énorme dans le post de mes chroniques, ou alors, c’est parce que je chronique plus vite que l’ombre de mes doigts sur le clavier. En tout cas, merci à Uderzo pour tous ses dessins.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°200.

Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu : Alejandro Jodorowsky et Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (23/10/2013)

Résumé :
Revenu de guerre, Machiavel profite de se ressourcer au bordel de Madame Imperia pour conter les campagnes victorieuses de Jules II.

Campagnes militaires puis amoureuses puisque Michel- Ange a accepté le chantier de la Sixtine et de partager la couche du Saint-Père en compagnie de son rival Raphaël.

Mais dans l’ombre, une autre bataille a commencé : les cardinaux veulent organiser le prochain conclave…

Critique :
Chateaubriand avait dit, en parlant de Talleyrand et de Fouché que c’était « le vice appuyé sur le bras du crime »…

S’il avait vu le pape Jules II en compagnie de Machiavel,  il aurait dit que c’était le vice appuyé sur le bras de la perfidie.

Cachez cette bédé qu’un catho pur jus ne saurait voir. Je n’ose imaginer la tête que ferait une des tantes un peu coincée de mon paternel si elle tombait sur pareille bédé…

On a du sang et des complots, des assassinats, des kidnapping, des demandes de rançons, des magouilles… Jusque là, rien de très horrifiant pour les coincés du culte.

Mais on a aussi du cul, des nichons, de la baise, de la sodomie, du stupre et de la fornication. Bon, rien de nouveau non plus, c’est Sodome et Gomorrhe et cette histoire se trouve dans l’Ancien Testament (ma préférée).

N’empêche que voir un pape qui se vautre dans la fornication à tour de bras (même si ce n’est pas avec ça qu’il prend son pied), ça pourrait choquer les grenouilles de bénitier.

On risque aussi de choquer les férus d’Histoire car il est impossible de restituer ce Pape Terrible dans la chronologie des guerres d’Italie.

Le scénariste est Jodorowsky ne s’embarrasse pas de ces détails et vous débite l’Histoire à sa sauce, donc, ne prenez surtout pas cette saga pour argent comptant, même si, dans l’Histoire, la vraie, ce genre de pape a forcément dû exister. Allez hop, me voici excommuniée à vie.

Apprécions ce volume pour les scènes d’action, pour les leçons dispensée par Machiavel, tandis qu’il s’enfonce dans de grosse matrones, apprécions les dessins, les couleurs et le récit couillu car il illustre très bien les guerres de pouvoir et tout ce qui va avec.

Mais gaffe à ne pas en faire trop non plus… Trop de scènes de cul tuent les scènes de cul ! On a beau savoir que le Pape Terrible est friand de jolis petits culs et des fricandelles boulettes qui vont avec, mais de grâce, ne perdons pas une partie de notre temps à le voir le tich en l’air !

Anybref, même si cette saga s’affranchi de l’Histoire, elle nous dépeint un personnage abject mais fascinant dans sa manière d’arriver à faire marcher les autres sur sa musique.

Jules II est cynique, sadique, voleur, manipulateur, dépravé, se prenant pour Dieu mais c’est un manipulateur hors-paire (de couill** – elle était trop tentante) et un stratège généralissime, mais le prix à payer, pour les autres, est exorbitant car sanglant.

Si Jules II est un salopard de première, il a de la concurrence car tous les cardinaux qui gravitent autour de lui ne pensent, eux-aussi, qu’au pouvoir, à l’argent et au cul. Ce sont de biens mauvais serviteurs de Dieu et ils sont aussi croyant qu’un chat, un chien, un cheval…

Malgré ses défauts, jusqu’à présent, j’ai apprécié cette saga impertinente et je me demande bien comment les auteurs vont nous la terminer.

PS : lu en septembre 2017 et je n’avais pas fait de fiche critique. Maintenant que j’avais enfin mis la main sur le tome 4, il m’a fallu revenir sur le 3, afin de me le remettre en mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°199.

La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique : Anne Rice [Par Dame Ida]


Titre : La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique

Auteur : Anne Rice
Édition : Pocket (2002/2012)
Édition Originale : The Witching Hour (1990)
Traducteur : Annick Granger de Scriba

Introduction Babélio :
Sous le porche d’une vieille demeure à l’abandon de La Nouvelle-Orléans, une femme frêle et muette se balance dans un rocking-chair : Deirdre Mayfair est devenue folle depuis qu’on lui a retiré, à la naissance, sa fille Rowan pour l’envoyer vivre à San Francisco.

Et derrière la grille du jardin, un homme, Aaron Lighter, surveille inlassablement Deirdre, comme d’autres avant lui, pendant des siècles, ont secrètement surveillé la famille Mayfair.

Car ils savent que, de génération en génération, les femmes du clan se transmettent leurs maléfiques pouvoirs et que la terrifiante et fabuleuse histoire de cette lignée de sorcières ne fait que commencer…

Résumé :
Résumer un tel pavé (entre près de 800 et 900 pages selon les éditions) n’est pas chose aisée tant il entremêle tant d’histoires différentes qui n’en forment qu’une.

C’est tout le problème des sagas ! Vous savez certainement l’étymologie de ce terme scandinave qui désigne une œuvre racontant l’histoire de toute une lignée à travers les générations qui se suivent… Sauf que la vie de chaque personnage est une histoire en soi. Alors ? On fait comment ?

Et ben on jette l’éponge, le bouquin, on s’assoie et on pleure ! Surtout quand on doit recommencer sa fiche une deuxième fois parce que le texte dont on a gardé un simple brouillon s’est perdu avant d’arriver jusque dans la boîte de Dame Belette, notre Bienfaitrice à toutes et à tous.

Entre les trajectoires de Michael Curry, l’entrepreneur en bâtiment en vue de San Francisco presque quinqua revenu des morts et devant composer avec le don étrange qu’il a rapporté de l’au-delà, celle de Rowan Mayfair, brillante neurochirurgienne trentenaire, jeune femme adoptée qui doit découvrir le secret sulfureux de ses origines, et le manège étrange qui se joue dans cette jolie demeure de la Nouvelle Orléans dont l’héritière aussi souffreteuse que dérangée, maintenue sous couverture neuroleptique en permanence au point de ne plus pouvoir prononcer une parole par les bons soins de ses grand-tantes assez inquiétantes, le puzzle se met doucement en place…

Pour au bout d’un moment nous plonger dans les archives qu’un étrange anglais, membre d’une organisation encore plus étrange, soumet à la lecture de Michael qui s’est mis en tête de sauver Rowan des périls qui la menacent puisqu’il est devenu entre-temps son chevalier servant.

Et si je vous dis que les dites archives qu’il doit consulter et qui représentent une partie non négligeable du volume, vous dévoilent l’histoire de plusieurs générations de sorcières de la famille Mayfair observées depuis des siècles par le très secret Talamasca ?

Et ben oui, ça en fait des personnages et des histoires ! D’ailleurs, ça n’est pas pour rien que ce livre est épais comme un bottin !

Mon avis :
Je vais réitérer l’avis que j’avais déjà exprimé sur le précédent Anne Rice dans lequel je me suis lancée.

Un gros boulot de documentation historique, géographique (tapez sur Google Earth « First Street » à la Nouvelle Orléans et regardez les baraques qui s’y trouvent près de Garden District, et vous verrez effectivement le genre de maisons dans lequel évolue la famille Mayfair) qu’elle sait faire sentir mine de rien, en l’introduisant judicieusement et en l’intégrant parfaitement à l’action…

Une thématique très bien développée…

Un univers original sachant se détacher des images d’Epinal concernant la sorcellerie, tout en s’appuyant sur des données solides…

De très bonnes idées d’intrigues… L’affaire s’engageait plutôt bien.

En outre, comme je vous l’ai déjà dit : j’aime quand les auteurs de fantastique distillent le surnaturel peu à peu par petite touche en prenant leur temps, nous laissant croire aussi longtemps que possible que nous sommes bien dans les réalités du monde que nous connaissons avant de nous emmener dans des contrées plus incroyables.

Dans mon billet sur le « Don du Loup » d’Anne Rice, je lui avais reproché de n’avoir pas pris ce temps en nous faisant basculer dans le fantastique dès le premier chapitre ou presque en balançant la grosse artillerie avec ses gros sabots.

Et bien là, elle prend son temps. Et c’est très bien…

En même temps en huit ou neuf cents pages elle avait de quoi prendre son temps… Et un tel pavé ça peu fatiguer au bout d’un moment, sauf quand le rythme de l’action reste soutenu et qu’on sait éviter les longueurs…

Et des longueurs… Mon Dieu ! Comme il y en a eu !!! C’est maintenant que débute la litanie de mes reproches…

Ce n’est pas tant le nombre de personnages qui se croisent dans le roman qui soit un problème (quoi que… mon pote Al Zheimer s’est bien fichu de moi pendant ma lecture), ou le déroulé de l’histoire singulière de chacun d’entre eux…

Le problème c’est qu’on a parfois l’impression que Rice a voulu écrire un soap opéra…

Certains passages sont dignes des télénovelas brésiliennes ou certains dialogues ou tergiversations introspectives n’en finissent pas et traînent en longueur, tournant en rond de façon répétitive comme si l’auteur voulait vraiment être certaine que le lecteur ait bien compris quels tourments ou contradictions internes déchiraient certains personnages.

Faudra-t-il qu’un jour quelqu’un lui explique que le lecteur n’est pas un abruti et qu’on peut lui dire les choses une fois… ou peut être une deuxième fois autrement pour ajouter de la nuance… mais qu’on n’est pas obligé d’y revenir encore et encore pour que le lecteur comprenne ?

Et puis… Comment dire… Pourquoi Anne Rice s’obstine-t-elle à vouloir nous présenter des héros toujours tellement exceptionnels dès le départ qu’ils n’en sont pas crédibles ?

L’entrepreneur en bâtiment parti de rien mais plusieurs fois millionnaire, qui en plus de bosser comme une brute 100 heures par semaines est parvenu à se forger une culture littéraire, historique, musicale etc… de grand érudit.

Wahou ! Le voilà le mec parfait qui la fait fondre : le grand mec baraqué, un peu rustre et prolo (combien de fois appuie-t-elle sur ces termes pour parler de Michael ! C’en est indécent !) qui serait doublé d’un puits de science tout en sachant se montrer tendre et délicat ? Le mec parfait qui n’existe pas quoi ! Ah si ! Il est alcoolique… Mais rassurez-vous… Même bourré il sait se tenir et il décroche comme il veut sans aide et sans faire de delirium tremens bien qu’imbibé depuis un moment…

Et attention petit spoiler… Figurez-vous que par une heureuse coïncidence, Rowan, notre brillante neurochirurgienne accro au boulot au diagnostic infaillible, qui a sauvé la vie de Michael avant que le relais soit pris par les secours, adoooooore les mecs un peu rustres parce qu’elle trouve que ce sont des bons coups sans complications.

Et évidemment après s’être retrouvés ils vont tomber dans les bras l’un de l’autre avec autant de facilité que Reuben et Merchent dans le « Don du Loup », c’est-à-dire en quelques heures de conversation banale, comme si ça allait de soi, sans qu’il y ait besoin de sortir l’habituelle parade amoureuse de séduction, son cortège de dates, et les rites contemporains qui ont remplacé l’antique carte du tendre des précieuses… En gros les phéromones ont fait tout le job !

Non seulement cette incapacité chronique (au bout de la deuxième série, le travers se répétant… j’envisage une chronicisation*) à introduire ou à décrire un processus de séduction mutuelle est surprenante pour un auteur qui envisage de caser des histoires d’amour dans ses romans, mais en plus le rapport à la sexualité qu’elle dévoile livre après livre me sidère…

Dans le « Don du Loup » (excusez-moi d’y revenir encore mais quand on retrouve les mêmes tics d’écritures on tique justement…), le rapport entre animalité brute et sexualité était systématique…

Et là on a une chirurgienne super topissime issue des meilleurs milieux, cultivée et toussa toussa, pleine de fric, qui préfère coucher avec des « prolétaires », de préférences brutes épaisses, incultes et pas compliquées…

J’avoue que cette vision des rapports hommes/femmes d’Anne Rice m’irrite au plus haut point.

Avec elle c’est la Belle et la Bête roman après roman… et le mot Bête s’appliquant systématiquement aux hommes et devant être pris dans les deux sens : animal et stupide…

Enfin Michael n’est pas stupide… C’est ce qui en fait une exception par rapport aux autres hommes aux yeux de Rice.  Même s’il garde de mauvaises manières à table.

Ok… les auteurs masculins ont aussi parfois tendance à nous réduire à des stéréotypes découlant de leurs fantasmes… La femme fragile, sensible, forcément bien roulée… et si elle est un peu godiche on ne lui en voudra pas si elle fait bien la blanquette et les turluttes…

Mais ces clichés sexistes me sont aussi insupportables dans un sens que dans l’autre. C’est d’un maladroit… D’un convenu… Que de poncifs !

Et puis… derrière les clichés sexistes posant les rapports hommes/femmes comme des rapports de domination, j’ai tout de même perçu comme une sorte de mépris de classe…

Comme si le « prolétaire » (en gros, ceux qui ont des jobs ingrats mal payés et un accès réduit à la culture des classes dominantes) ne devait pas être doté de la moindre capacité de réflexion, de la moindre sensibilité, de la moindre attente d’attachement… Et n’était pas autre chose qu’un objet sexuel facile à consommer et à jeter…

J’avoue… Je trouve ça assez choquant. Surtout quand l’auteur écrit ça sans aucune once critique par rapport au positionnement de son personnage ou comme si ça ne posait aucun problème moral.

Je passe sur le fait que le sexe est aussi souvent associé à des trucs bien glauques dans l’histoire de la famille Mayfair ! Incestes à répétition, perversions, viol, domination, paternités incertaines, voire pédophilie…

Toute la panoplie s’y déploie de façon d’autant plus lassante que ça se répète de génération en génération. Cela pourrait faire la joie d’un psychogénéalogiste mais pour la lectrice lambda il y a un moment où ça devient too mutch !

Ajoutons que lorsque Rice s’essaie au dialogue amoureux entre ses personnages ça devient vite insupportable. Elle est aussi mauvaise pour décrire le processus de séduction (qu’elle préfère éviter) que pour faire dialoguer deux personnages amoureux qui se balancent des mots doux sirupeux à tout bout de champ.

C’est d’un guimauve écœurant à souhait qui n’apporte strictement rien à l’action mais occupe du papier comme si elle était payée à la page et qui vous donnerait presque envie de vous faire pousser la moustache, de prendre 30 kg en plus de vos 10kg de trop, de ne plus vous laver ou vous coiffer et de vous habiller en sac à patates, pour être certaine que personne ne viendra vous parler plus jamais comme ça !

Purée ! Même dans la collection Arlequin les histoires d’amours sont mieux écrites et plus crédibles !!!

Et puis… Si ce livre est si énorme c’est qu’il part d’une histoire contemporaine dont le déroulement est coupé en deux par la lecture par un personnage de toute l’histoire de la famille Mayfair…

Et ces archives représentent pratiquement le tiers du livre, ce qui est quelque peu déséquilibré puisque quand on retrouve nos personnages contemporains on en est désorienté, et il nous faut quelques minutes pour se souvenir de qui est qui et où on en était avant de les quitter.

La construction est de ce fait un peu maladroite. Et ce n’est pas le premier livre de cet auteur que je trouve mal construit.

Pourquoi n’a-t-elle pas plutôt écrit cette saga en commençant dès le début ? Consacrant un volume pour deux générations, en prenant bien son temps ? Un peu comme avec sa saga des Vampires si réussie !

Parce que là franchement ce résumé sur plusieurs générations de Mayfair en quelques centaines de pages sous forme de récit ou rapports un peu brouillons et dont la chronologie semble parfois se perdre, c’est carrément très fastidieux à lire.

Malgré tout… On se laisse prendre par l’histoire qui a quelques relents lovecraftiens avec cette thématique des malédictions familiales, qui a son univers particulier original bien campé, et aux descriptions envoûtantes de l’atmosphère de la Nouvelle Orléans et de son petit monde feutré de la bourgeoisie locale…

En regrettant juste le déséquilibre dans la construction, les longueurs, et la façon dont Anne Rice semble perdue quand il s’agit de parler d’amour, des hommes et des femmes…

Au point d’en devenir irritante parfois. Il faut donc que l’histoire soit sacrément bonne pour qu’on en arrive à passer outre tous ces défauts d’écriture.

Je lirai peut-être la suite…

* Pour les Nuls (comme moi) : Se chroniciser décrit le comportement d’une chose ou d’une personne qui adopterait un rythme régulier et constant dans ses actes ou son attitude, de façon presque mécanique, à l’instar d’une machine.

 

Allegheny River : Matthew Neill Null

Titre : Allegheny River

Auteur : Matthew Neill Null
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (02/01/2020)
Édition Originale : Allegheny Front (2016)
Traducteur : Bruno Boudard

Résumé :
Avec « Le Miel du lion », un roman salué par la critique, Matthew Neill Null avait apporté la preuve de son incroyable talent pour saisir le monde sauvage et interroger notre rapport à l’environnement.

Dans Allegheny River, animaux et humains cohabitent au fil du temps, dans un équilibre précaire, au sein d’une nature ravagée par la main de l’homme.

Tour à tour épique et intimiste, c’est un univers de violence et de majesté qui prend vie sous la plume lyrique de ce jeune écrivain.

Ce livre, récompensé par le prix Mary McCarthy, acquiert une dimension universelle, car si le monde qui y est décrit peut nous sembler lointain, une chose est certaine : il s’agit bien du nôtre.

Singulières et puissantes, ces nouvelles, ancrées dans la région des Appalaches, résonnent d’une inquiétante actualité.

Critique :
Décidément, je suis abonnée aux nouvelles, ces derniers jours !

Allez hop, direction l’Amérique et un de ces petites endroits que l’on pourrait qualifier de « trou du cul des États-unis », j’ai nommé les Appalaches.

Ah, Trumpinette vient de twitter que j’étais devenue persona non grata sur le territoire pour ce que je venais de dire. Quand on parle de trou du cul…

Anybref, ces différentes nouvelles illustrent bien l’état d’esprit de ces coins reculés et certaines de ces histoires m’ont touchées, les pires étant celles parlant de chasse…

Putain, mais quel gâchis ! Et dire que nous sommes une espèce dite évoluée… L’évolution n’a pas eu cours chez tout le monde car là, on est en pleine régression de l’être humain.

Bizarrement, si des nouvelles m’ont emportées, émotionnées (6/9), quelques unes ne m’ont pas apporté le plaisir attendu (3/9).

Majoritairement, j’ai pris mon pied, mais la descente est assez raide lorsque l’on passe du trip absolu à une nouvelle qui nous laisse froide.

Pour certaines nouvelles, on se croirait sur des rapides, on est sur des rapides, on a eu une montée d’adrénaline et puis boum, on se retrouve en canot, à la piscine communale avant de repartir, violemment, dans la nouvelle suivante.

Toutes tournent autour de la nature, de l’eau, de la rivière, de la ruralité, des animaux vivants dans ces espaces et de l’Homme qui est capable de tout détruire.

La plume de l’auteur est trempée dans le vitriol, les histoires sont âpres, comme les personnages qui gravitent dans les histoires. Du rural noir en somme.

PS : Mes préférées resteront « Quelque chose d’indispensable », « Le couple », « Ressources naturelles », « La saison de la Gauley », « L’île au milieu de la grande rivière » et « La lente bascule du temps »

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°196.

Au soleil redouté : Michel Bussi [LC Bianca]

Titre : Au soleil redouté

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (06/02/2020)

Résumé :
Au cœur des Marquises, l’archipel le plus isolé du monde, où planent les âmes de Brel et de Gauguin, cinq lectrices participent à un atelier d’écriture animé par un célèbre auteur de best-sellers.

Le rêve de leur vie serait-il, pour chacune d’elles, à portée de main ? Au plus profond de la forêt tropicale, d’étranges statues veillent, l’ombre d’un tatoueur rôde.

Et plein soleil dans les eaux bleues du Pacifique, une disparition transforme le séjour en jeu… meurtrier ?

Enfer ou paradis ? Hiva Oa devient le théâtre de tous les soupçons, de toutes les manipulations, où chacun peut mentir… et mourir.

Yann, flic déboussolé, et Maïma, ado futée, trouveront-ils lequel des hôtes de la pension Au soleil redouté… est venu pour tuer ?

Critique :
Michel Bussi est un petit filou ! Le genre de petit filou que j’adore parce que j’aime quand on me surprend de cette manière (en littérature ou dans un film).

Un politicien vous ferait la même chose que vous seriez ulcéré qu’il vous ai… Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Allez hop, direction Les Marquises, celles où Jacques Brel est enterré, loin des flamingants (on l’espère). Je dois être abonnée au coin, moi, parce que ces derniers temps, j’ai augmenté mon empreinte carbone en allant en Polynésie Française.

Les décors sont plantés, l’ambiance est affichée, les personnages présentés et de suite on rentre dans le vif du sujet avec des questionnements, du mystère, un retour en arrière très bref de deux jours et ensuite, l’auteur déroule son intrigue.

Une île, 5 femmes qui ont gagné un concours de nouvelles, Pierre-Yves François, l’auteur à succès (un procès à ses parents pour ses initiales PYF), le mari de l’une des gagnantes, la fille d’une autre des participantes et les voilà réunies sous les cocotiers pour concocter un roman dans un atelier d’écriture.

Il y a plus merdique comme endroit pour écrire, que Les Marquises… Moi je serais pour… Pourtant, on a l’impression de se retrouver sur l’île d’Agatha Christie, celle du roman Dix Petits Nègres avec tout ces gens qui tombent comme des mouches.

Bussi a l’intelligence de ne pas sombrer dans les clichés de l’île merveilleuse, version reportage pour faire rêver ou affiches d’agences de voyages.

Non, non, il nous parle de ses habitants, des dégâts que firent le gros Colon, qui se comporte comme un trou de cul et vient déverser sa merde chez les autres, piller les ressources, ou bien décimer une population avec ses virus qui sont mortels pour ceux qui n’y sont pas habitués.

Covid 19 fait parent pauvre face à l’hécatombe que firent les maladies de l’Homme Blanc. Sans pour autant verser dans le polar Azur Noir, l’auteur nous donne un bel aperçu, paysager et humain, de ce que sont Les Marquises.

Le tout est parfaitement incorporé dans l’histoire et cela ne nuit jamais au suspense, au mystère, à l’enquête, à l’intrigue.

Durant tout le roman, j’ai cherché le nom du coupable et si je l’avais bien trouvé, plus au PYFomètre (j’ai pas pu résister) qu’aux déductions, il me manquait le mobile et pire que tout, je n’avais pas vu que…

J’aurais dû le lire à la chandeleur, ainsi, j’aurais su ce que ça fait aux crêpes de se faire retourner dans la poêle.

Un excellent polar, sous le soleil des Marquises exactement, mais ne serait-ce pas le soleil de Satan qui a tendance à faire mourir un peu trop de gens. L’empreinte carbone du retour sera plus légère qu’à l’aller, sûr.

Une mention spéciale à l’éditrice, Servane Astine, qui, à mon avis, est la cousine du capitaine Merlicht tant elle est suinte d’arrogance et surtout de bons mots !

Une fois de plus, c’est une LC réussie avec Bianca et je soulignerai aussi qu’elle avait terminé sa lecture avant moi. Pour son avis, prenez un billet en première classe pour les Marquises !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°195.

Astérix – Tome 20 – Astérix en Corse : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 20 – Astérix en Corse

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1973)

Résumé :
Pour célébrer l’anniversaire de la bataille de Gergovie, les Gaulois accueillent leurs nombreux amis et s’offrent en apéritif les malheureux légionnaires du camp fortifié de Babaorum. Là, ils libèrent Ocatarinetabelatchitchix, chef de clan corse prisonnier des Romains.

Ce dernier, plus fier encore qu’un Gaulois, prétend alors que les Corses sont le « cauchemar des romains ».

Curieux de découvrir comment les Corses pratiquent le latin au quotidien, Astérix et Obélix décident de s’embarquer pour l’île de beauté, histoire de prouver qu’ils sont les seuls à donner d’authentiques sueurs froides aux Romains.

Et ce sont encore ces derniers qui, malgré eux, vont arbitrer les débats…

Critique :
La Corse ! Quel beau pays… Et cet album fait aussi partie de mes préférés de l’ère Goscinny.

Les clichés y sont légion (romaine ?) mais c’est toujours amusant de se moquer des petits travers des autres, de bonne guerre même puisque eux-mêmes ne s’en privent pas.

La susceptibilité des Corses est mise en avant d’une manière subtile, amusante, même si certains légionnaires auront des sueurs froides à cause d’une soeur.

Un plus jeune ne verra peut-être pas le jeu de mot dans le nom du personnage d’Ocatarinetabellatchitchix, ni dans le fait qu’Astérix lui donne du Omarinella (deux chansons de Tino Rossi), ne comprendrons sans doute pas le truc du bourrage des urnes (là où un Russe comprendra de suite) ou les glaives à cran d’arrêt…

Quand je pense qu’on allait faire des élections pour choisir un nouveau chef. Les urnes sont déjà pleines.

La main sur l’estomac, les multiples références à Napoléon (Corse aussi, faut le savoir), les fromages qui puent, les siestes, les vendettas, la rancune, la fainéantise et j’en passe.

Il était devenu tellement bête qu’avant de lui faire comprendre quelque chose, on avait le temps de tuer son âne à coups de figues molles.

— Oui… c’est une grande armée… Ils sont tous là, mes grognards… Regardez là-bas, la colonne qui arrive en retard… Ah, Osterlix, son chef, a du mal à se lever tôt… C’est qu’il est célèbre chez nous, le sommeil d’Osterlix. 

On ne sait plus très bien… Les vieux disent que le grand oncle d’Ocatarinetabellatchixtchix a épousé une fille du clan Talassotérapix dont était amoureux un cousin par alliance d’un aïeul de Figatellix. Mais d’autres assurent que c’est à cause d’un âne que l’arrière grand-père de Figatellix avait refusé de payer au beau-frère d’un ami intime des Ocatarinetabellatchixtchix sous prétexte qu’il était boiteux (l’âne, pas le beau-frère d’Ocatarinetabellatchixtchix)… C’est très grave en tout cas.

— Euh… J’ai du travail pour vous.
— Non seulement tu es un renégat, mais en plus tu dis des gros mots !

Autrement dit, il plaira sans doute plus à des adultes qu’à des enfants, ou alors, faut que ces gosses soient cultivés à mort. Lorsque je le lisais étant jeune, je riais moins, ne comprenant pas toujours tout, même si j’en captais tout de même plus de la moitié.

Adulte, à chaque lecture, je hurle de rire, tournant les pages de tout l’album avec un sourire béat affiché tant il me fait toujours de l’effet.

Un album qui n’a pas pris une ride, qui, tout comme celui en Hispanie commence par un prisonnier à ramener chez lui et un Ocatarinetabellatchitchix qui a de la présence, de la prestance, bref, un personnage qui marque, comme Pepe, sauf que lui ne retient jamais sa respiration.

Ne vous demandez pas si c’est du cochon sauvage ou du sanglier domestique, dans le cochon Corse, tout est bon, sauf pour les Romains…

Les Corses étaient leur cauchemar mais si en plus ils se font aider des Irréductibles Gaulois, la partie va devenir impossible pour eux. Et si en plus il y a du fromage Corse et un maquis, sûr qu’ils sont perdus et foutus !

PS : gaffe à la soeur de Carferrix… Qu’elle vous plaise ou qu’elle ne vous plaise pas, vous êtes fichus ! Mais si vous êtes susceptibles, vous allez leur plaire.

Carferrix : — Tu as parlé à ma sœur.
Sciencinfus : — Ah ?… Je ne savais pas que…
Carferrix : — Je n’aime pas qu’on parle à ma sœur.
Sciencinfus : — Mais… Mais elle ne m’intéresse pas votre sœur. Je voulais simplement…
Carferrix : — Elle te plait pas ma sœur ?
Sciencinfus : — Mais si, bien sûr, elle me plaît…
Carferrix : — Ah, elle te plaît, ma sœur !!! Retenez-moi ou je le tue, lui et ses imbéciles !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°194.

 

Santa muerte : Gabino Iglesias

Titre : Santa muerte

Auteur : Gabino Iglesias
Édition : Sonatine (20/02/2020)
Édition Originale : Zero Saints (2015)
Traducteur : Pierre Szczeciner

Résumé :
Santa Muerte, protegeme…

Austin, Texas. Tu t’appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour… Non, oublie « beau ».

Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d’un gang méchamment tatoué qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer, lui trancher les doigts et les donner à manger à… une chose, avant de lui couper la tête. Le message est clair. Ici, c’est chez eux.

Fernando croit en Dieu, et en plein d’autres trucs. Fernando jure en espagnol, et il a soif de vengeance.

Avec l’aide d’une prêtresse Santeria, d’un chanteur portoricain cinglé et d’un tueur à gage russe, il est prêt à déchaîner l’enfer.

C’est le début d’une odyssée survoltée, mystique et punk, infusée de magie yoruba, foutrement intense et délicieusement flippante.

Critique :
Au premier abord, on pourrait classer ce roman noir dans la catégorie des romans « barrés » ou « frappadingue » tant il est déjanté, a des relents de fantastique et des saints inconnus de ton calendrier catholique, orthodoxe et tout ce que tu veux.

Et en effet, ce ne serait pas une erreur de classement car si on le regarde en gros, c’est de l’action pure, de la violence, des drogues, des armes à feu et une histoire de vengeance vieille comme le monde.

Pas de la vengeance raffinée à la Monte-Cristo, mais de celle au Beretta, au Desert Eagle et à l’Uzi (à ne pas confondre avec de l’ouzo).

Pourtant, dans le fond, il n’y a pas que ça…

Ce n’est pas que l’histoire d’une vengeance, car au travers de l’histoire de Fernando, immigré clandestin mexicain, dealer de toutes sorte de drogues et videur de boite, c’est aussi celle de tous les clandestins qui tentent de passer la frontière pour vivre le rêve Américain, ou tout simplement, essayer de sortir de la misère ou échapper à des tueurs ou quitter un pays exsangue.

Fernando a beau être un revendeur et le type qui rapporte le fric à Guillermo, le dealer en chef, il mène une vie rangée, tranquille, sans faire de vague et en priant beaucoup  la Santa muerte…

Notre personnage principal n’ a rien d’un dur, d’un salaud. Il pourrait même chanter ♫ Je ne suis pas un héros ♪.

En un mot, il est réaliste, un presque monsieur-tout-le-monde, qui sait se servir des armes, car s’il n’a rien d’un ange, il n’a pas non plus les cojones pour s’attaquer à plus fort que lui.

Pourtant, il va devoir aller se greffer de suite une solide paire de cojones car ceux qui ont tué son boss et Consuelo, sa mère de substitution, prêtresse de la Santería, ce sont des MS13…  Mara Salvatrucha, pour ceux qui ne pigent pas et qui n’ont pas encore fait des traces de freinage dans leurs slips ou culottes !

Un roman noir qui est intense, court, ne te laisse pas le temps de reprendre ton souffle et te fera croiser la route de personnages (Le Russe et El Principe) dont tu ne sais pas trop s’il vaut mieux ne jamais les croiser ou alors, si les avoir pour potes, pourrait t’aider si un jour tu veux dézinguer des membres du terrible gang des MS-13…

Un barrio noir qui mélange habillement la violence, l’humour, l’amitié, la vengeance, les drogues et autres cachetons favoris du Docteur House. Sans oublier les cierges, les bougies, les neuvaines et les prières à des tas de saints.

Après ma prière, j’ai allumé une bougie supplémentaire pour San Lázaro et une autre pour Changó en me disant qu’il valait mieux assurer mes arrières. Je n’avais pas de pommes, mais il me restait au frigo un peu de lait, du fromage et une part de pizza. J’ai aussi ouvert le placard sous l’évier pour y prendre ma meilleure bouteille de rhum, celle que je réservais à la Santa Muerte, et j’en ai rempli un verre. J’ai tout déposé devant mes deux statues et j’ai promis à Changó que je lui rapporterais deux sacs de pommes s’il me venait en aide.

Donc, si tu veux lire ce petit roman qui pulse, ami lecteur, amie lectrice, n’oublie pas ton chapelet, un gros cierge, tes offrandes à la Santa Muerte ou autre saint(e) qui a tes faveurs, tes balles à têtes creuses, de l’eau bénite (parce qu’on ne sait jamais), une grosse paire de cojones et des flingues !

Prière à la Santa Muerte – Jour 3
Ô, Mort toute-puissante, reine des Ténèbres et de l’Au-Delà, Dieu t’a accordé l’immortalité et je t’implore avec toute la ferveur que renferme mon cœur de diriger contre mes ennemis le pouvoir que tu détiens sur l’ensemble des mortels. Qu’ils ne puissent avaler le moindre repas, qu’ils ne puissent s’asseoir à aucune table, qu’ils ne puissent trouver le sommeil ni connaître la tranquillité. Qu’aucun de leurs desseins néfastes ne se réalise. Santa Muerte, Dame blanche adorée, je te demande de forcer mes ennemis à s’incliner devant toi, vaincus, et de les contraindre à l’humilité. Je te supplie de m’accorder la force de les écraser. Qu’ils rampent à mes pieds et me voient comme le bras armé de ta justice divine et éternelle. Je te supplie, ô Santa Muerte, reine de mon cœur, de m’accorder les faveurs que je te demande par cette novena. Je te supplie de m’accorder ton aide afin d’annihiler Indio et ses hommes, ces vermines qui ont fait couler le sang des innocents. Que ta volonté soit faite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°192.

La Cité de feu : Kate Mosse

Titre : La Cité de feu

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (23/01/2020)
Édition Originale : The Burning Chambers (2018)
Traducteur : Caroline Nicolas

Résumé :
France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants s’exacerbent, le royaume se déchire. Le prince de Condé et le duc de Guise se livrent un combat sans merci. Les huguenots sont persécutés, les massacres se succèdent.

À Carcassonne, Marguerite Joubert, la fille d’un libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant converti dont la vie en danger.

Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot, lié à une sainte relique.

Leur quête va les mener vers une ancienne forteresse, où sommeille un secret enterré depuis des décennies.

Après Labyrinthe, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque érudite et captivante.

Elle y donne la parole à ces figures féminines trop souvent oubliées par l’histoire officielle.

D’une efficacité redoutable, La Cité de feu confirme l’inimitable maestria narrative de son auteur.

Critique :
Non, la Kate Mosse qui a écrit ce roman historique n’est pas le mannequin !

Le domaine de prédilection de cette Kate Mosse est la littérature et elle le fait avec brio.

Labyrinthe et Sépulcre datent dans mes lectures, mais j’en ai gardé de bons souvenirs.

France, 1562. Le feu couve entre les catholiques et ceux qu’ils considèrent comme des hérétiques : les huguenots.

Oui, c’est une histoire de culte…

Ou plutôt, une histoire d’intolérance. Pas au lactose ou au gluten, mais au culte de l’autre.

Un constat affolant : rien n’a changé entre le passé et le présent. À l’époque, on a déjà l’impression d’être dans une querelle de bac à sable, entre des sales gamins qui cherchent misère aux d’autres et puis vont l’accuser de tous les torts devant la maîtresse d’école, ou à maman.

La seule différence, c’est que dans cette réalité, il y a des morts, des pillages, des cassages de magasins, la répression est forte et on ne se bat pas à coup de pelle en plastique. De nos jours, l’Humain n’a pas évolué, le bac à sable est toujours là et ça reste violent.

Autre constat, c’est que l’auteur est toujours aussi douée pour immerger son lecteur dans le bon espace-temps, lui donnant l’impression d’arpenter les ruelles de Carcassonne  ou de Toulouse telles qu’elles l’étaient en 1560. D’emblée vous y êtes.

Ses personnages, même s’ils souffrent un peu de manichéisme (mais je pardonne), sont eux aussi bien travaillés, réfléchis et j’ai eu directement de la sympathie pour Marguerite, dite Minou (tiens, mon chat est dans le livre ?) et tous ceux qui vont graviter autour d’elle.

Les actions, les pensées, les agissements de ces personnages me semblent conformes à ce qu’ils devaient être à l’époque, autrement dit, mesdames, brossons-nous pour nos droits, nous n’en avons point ! Minou, elle, prend ses droits et joui tout de même d’une grande liberté et d’un père assez large d’idées, tolérant envers les autres.

Ne vous attendez pas à un récit trépident, nous n’allons pas courir comme des malades, tel le professeur du Da Vinci. Ici, on va piano, sans pour autant que le récit se traîne ou nous endorme, que nenni.

Le récit est riche, le scénario bien travaillé, le récit est intéressant, fait froid dans le dos lorsque nous irons dans les souterrains de l’Inquisition, vous donnera envie de pleurer sur l’imbécillité humaine qui ne tolère pas d’autres manière que celle de l’Église catholique pour pratiquer son culte.

Un roman historique qui envoie du lourd, dont le récit est bien équilibré, les personnages sont attachants, le contexte historique bien présent, sans pour autant virer à l’indigestion car tout le conflit entre catho et huguenots est bien intégré à toute l’intrigue et au final, on ne se sent même pas dépaysé car l’intolérance est toujours ancrée comme une moule à un rocher.

Un roman qui a l’épaisseur d’un pavé, qui en est un (608 pages), sans jamais devenir lourd et pesant et pourtant, le pavé, tu te le prends dans la tronche. Et tu en redemandes.

PS : moi, mon culte, je le mets sur la commode, comme dans un San-Antonio.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°191.