Âme de pirate : Charlotte Macaron [NetGalley]

Titre : Âme de pirate

Auteur : Charlotte Macaron
Édition : 404 (09/01/2020)

Résumé :
Naviguer dans ce labyrinthe d’îles, si proches les unes des autres qu’elles frôlent la coque des navires qui s’y aventurent, affronter le brouillard opaque qui les recouvre, et les ombres qui s’y cachent, relève de la folie furieuse !

Mais, poursuivi par la Marine Royale, l’équipage pirate du Saule pleureur n’a pas le choix. Ils ne se laisseront pas intimider par la sombre réputation des Mortes-Îles. Ils ont à leur bord les meilleurs navigateurs, et rien n’arrêtera leur soif de liberté.

Pourtant ce labyrinthe leur réserve bien des épreuves et ils n’en sortiront peut-être pas indemnes…

Critique :
Quand c’est bon, c’est toujours trop court…

Oui mais là, c’était vraiment trop court, limite 3 minutes, douche et préliminaires comprises…

Et pourtant, le plaisir était là.

Comme quoi, un p’tit coup rapide peut satisfaire la grande lectrice que je suis.

What did you expect ??

Merci NetGalley pour l’envoi de cet epub au bon format. Mais est-ce un court roman ou une nouvelle un peu plus épaisse ? Nous dirons que nous naviguons entre deux eaux.

Ne virez pas de bord mais tâchez de souquer ferme vers ce petit roman numérique qui possède tout ce qui fait un bon roman de piraterie.

L’auteure nous proposant une histoire courte (56 pages), elle doit mettre le lecteur de suite dans le bain, alors, peu de préliminaires et on se retrouve déjà pourchassé par trois galions de la Couronne et engagé dans un détroit d’îles qui a tout du Triangle des Bermudes.

L’élément fantastique va comme un gant à un roman de pirates et sans en faire trop, l’auteure arrive à immerger son lecteur dans un lieu qui fait frissonner tous les marins, lecteur y compris, ajoutant une pincée de fantastique, juste ce qu’il fallait.

L’art de la nouvelle est toujours le même : en dire juste assez, pas trop, ni trop peu, bref, faut doser la poudre à canon si on ne veut pas que ça nous pète à la gueule et même si je ne suis pas une fan des récits courts.

Un sans faute car j’ai apprécié cette histoire où les combats étaient vivants, bourrés de suspense, de dynamisme, d’émotions et où les termes consacrés à la navigation rendaient ce récit plus réaliste sans pour autant avoir besoin d’un dictionnaire.

Les personnages des pirates sont directement attachants, d’ailleurs, ce sont eux les héros du livre et non leurs poursuivants, les marins de sa Majesté d’un royaume inconnu de notre Monde. Nos pirates sont flamboyants.

Et c’est dommage car nous avions le fond et la forme pour écrire une grande aventure, pour étoffer un peu plus ce Monde qui n’est pas le nôtre, de cette Magie qui a disparu il y a quelques années.

Bref, j’ai beau avoir pris mon pied littéraire, je reste tout de même avec un goût amer de trop peu en bouche car l’auteure nous a donné plein d’indications sur ce Monde, sur les personnages des pirates, qui auraient méritées d’être plus développées dans un roman plus épais.

Je remercie les éditions NetGalley pour cette navigation en territoire fantastique où je n’ai pas su lâcher la barre avant d’être arrivée à destination. Là, j’ai cargué les voiles puisque j’étais arrivée à bon port, secouée mais ayant le pied marin, je n’ai pas eu le mal de mer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°152.

 

Je suis le fleuve : T. E. Grau

Titre : Je suis le fleuve

Auteur : T. E. Grau
Édition : Sonatine (09/01/2020)
Édition Originale : I Am the river (2018)
Traducteur : Nicolas Richard

Résumé :
Subir. Survivre.

Depuis la fin de la guerre du Vietnam, Israël Broussard survit tant bien que mal à Bangkok. Cinq ans plus tôt, il a participé à la mystérieuse opération Algernon, au cœur de la jungle laotienne.

Ce qui s’est passé là-bas ? Il ne s’en souvient plus, il ne veut plus s’en souvenir.

Et pourtant, l’heure est venue de s’expliquer…

L’intensité et la crudité dérangeante de sa prose font de Je suis le fleuve une expérience de lecture à nulle autre pareille.

Ce voyage halluciné et sans retour à travers les méandres d’une psyché dévastée évoque irrésistiblement Apocalypse Now.

Critique :
♫ One night in Bangkok makes a hard man humble ♪ Not much between despair and ecstasy ♪

One night in Bangkok and the tough guys tumble ♫ Can’t be too careful with your company ♪ I can feel the devil walking next to me ♫

I can feel the devil walking next to me… Je peux sentir le démon marcher près de moi…

Voilà une phrase qui sied bien au personnage halluciné, traumatisé et azimuté qu’est l’ex-soldat Israël Broussard.

Mon problème avec ce roman a commencé dès l’entrée en scène de cet étrange personnage et j’ai eu un peu de mal à me concentrer sur ma lecture tant son comportement était bizarre, oscillant entre rêves éveillés (ou pas), cauchemars, visions, folie, démence… Ne biffez aucune mention, elles sont toutes utiles.

Vu sa psyché dévastée, il aurait eu sa place dans le film Apocalypse Now, sans aucun doute, mais il n’arrive tout de même pas à la cheville du colonel Kurtz… Ou alors, je dois revoir mes classiques de toute urgence (faut une prescription ?) !

Ce que Israël Broussard a vu de la guerre du Vietnamn ce n’était pas La croisière s’amuse (Love Boat), loin de là.

Pourtant, l’auteur nous donnera peu de détails sur l’horreur que fut cette guerre. Il en brosse les grandes lignes, les grandes monstruosités et Monsanto nous fait même un petit coucou avec ses produits défoliants toute concurrence.

En fait, on dirait que toutes les monstruosités, tous les actes barbares sont concentrés dans le personnage de Broussard. Non pas parce qu’il les a commis (même si on se doute que son traumatisme vient d’un acte violent) mais parce qu’il les a subies en participant à ce conflit.

À lui tout seul, il regroupe une bonne partie des syndromes post-traumatiques dont souffrent les soldats après une guerre.

On ne lit pas se livre tranquillement, il n’est pas un long fleuve tranquille, dedans on y côtoiera même un chien noir qui semble tout droit sorti des Enfers et qui poursuit Broussard sans relâche, malgré ses shoot à diverses substances.

Bizarrement, Molosse Noir poursuit Broussard depuis une mystérieuse opération au Laos qui n’est renseignée nulle part. La Grande Muette n’aurait-elle pas validé cette opération ?

Comment passe-t-on d’un homme traduit en cour martiale pour avoir refusé de tirer sur l’ennemi à un homme traumatisé par une opération clandestine dans un pays neutre ? Demandez à la taupe Chapel…

Une fois de plus, l’Amérique ne sort pas grandie de ces pages… Une fois de plus, le Super Gendarme du Monde en prend plein sa gueule pour pas un rond, l’auteur frappe sous la ceinture et je n’irai pas lui demander d’arrêter. Qu’il frappe seulement, tant que c’est avec des mots… Et ses mots poignardent.

Dommage que j’ai un peu galéré au départ parce que cela m’a fait perdre une partie du plaisir de lecture. Malgré tout, je n’ai pas tout perdu puisque le pays qui se fout de tout le monde s’est fait tacler sévèrement.

Heureusement qu’après mon patinage de départ j’ai persévéré car il s’est révélé au final un très bon livre dont le personnage le plus ressemblant au colonel Kurtz niveau folie n’était pas Broussard mais Chapel, la taupe, et son plan plus qu’halluciné !

Avec des personnages profonds, illustrant la diversité de l’Amérique à eux tous seuls (avec leur haine raciale, leurs préjugés et leurs différences culturelles), ce roman de guerre est spécial car il vous plonge directement dans la tête d’un ancien soldat qui se terre dans un trou pour échapper à ses cauchemars réincarnés en chien énorme.

En s’accrochant un petit peu et en dépassant ce côté bordélique du départ, on entre peu à peu dans un roman sur la guerre du Vietnam différent des autres, où la jungle et la ville de Bangkok prennent vie…

Un roman où les pires cauchemars vous poursuivent, sans qu’il y ait intervention de l’élément fantastique, simplement parce que la guerre a fait de vous un traumatisé, un pauvre hère hanté par ce qu’il a commis, parce qu’un ou plusieurs gouvernements, un jour, on décidé de se faire la guerre et de vous y envoyer la faire à leur place.

La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens (Carl von Clausewitz).

Lorsqu’un gouvernement se prépare à la guerre, il décrit ses adversaires comme des monstres (Carl Sagan).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°151.

Jennifer Dorey – Tome 1 – La griffe du diable : Lara Dearman [LC avec Bianca]

Titre : Jennifer Dorey – Tome 1 – La griffe du diable

Auteur : Lara Dearman
Édition : Robert Laffont La bête noire (16/11/2017) / Pocket (15/11/2018)
Édition Originale : The Devil’s Claw (2017)
Traducteur : Dominique Haas

Résumé :
Poursuivie par ses démons, Jennifer Dorey a quitté Londres pour retourner dans sa maison d’enfance avec sa mère, à Guernesey, ou elle est devenue reporter au journal local. Elle pensait pouvoir souffler un peu. Elle avait tort.

Quand le cadavre d’une jeune femme s’échoue sur une plage, la journaliste mène sa propre enquête et exhume plusieurs morts similaires qui s’étendent sur une cinquantaine d’années.

Plus troublant encore, toutes les victimes avaient sur le bras des marques semblables à un symbole gravé sur un rocher de l’île : les « griffes du diable », dont la légende veut qu’elles aient été laissées par Satan lui-même…

Critique :
Non, le diable ne m’a pas pris dans ses griffes… Ma peau est toujours douce et délicate, une vraie peau de bébé, sans traces de griffes du démon…

Pourtant, vu le résumé, c’était prometteur… ♫ caramels, bonbons et chocolats ♪

Une fois de plus, le résumé est trop bavard et en quelques lignes nous fait une synthèse des 7 dixième de l’histoire.

Si j’avais su…

Le départ m’a fait penser à un roman de Mary Higgins Clark, à l’époque lointaine où je les lisais et où ils me plaisaient. C’était dans les années 90 (80-10 pour l’Hexagone).

Nous avons une journaliste en proie à des peurs, qui revient chez ses parents, qui y reste, qui enquête sur des suicides qui pour elle n’en sont peut-être pas et un vieux policier qui n’a pas pris sa retraite (pourtant, il est d’avant la fameuse année pivot), qui a été blessé par la vie, qui a bu et qui a rencontré Dieu (non, pas dans le fond de la bouteille mais à l’église).

— L’Église m’a sauvé de bien des choses. Mais on ne peut apprécier la foi que si on connaît le doute, Jennifer. De temps en temps, je doute. Et quand je doute, je bois.

Personnages plats, insipides, de ceux qu’on oubliera vite, qui ne nous marqueront pas et avec lesquels on n’aura pas envie d’aller boire un coup la fois suivante.

Depuis longtemps, j’ai dépassé ce stade (des MHC) et il me faut autre chose pour me donner l’adrénaline. Il me faut de la profondeur ou du moins, du rythme. Là, j’avançais à un train de sénateur qui se traîne, qui se traîne… C’était plat, endormant même.

Les seules notes positives furent les descriptions de l’île de Guernesey, de ses habitants qui se « connaissent » tous, de l’impossibilité de cacher quelque chose et la parenthèse politique sur les travailleurs étrangers que les îliens ne voulaient pas voir chez eux. Oui, partout c’est le même discours du « nous chez nous ».

Parce que c’était le problème à Guernesey : votre passé vous suivait, vous rentrait dedans, vous disait bonjour dans la rue. Impossible d’y échapper. De se cacher. Une seule solution : sourire comme si tout allait bien.

Anybref, si cette lecture n’avait pas été une LC avec ma copinaute habituelle (Bianca, pour ceux ou celles qui ne suivent pas dans le fond de la classe), j’aurais zappé des pages pour aller direct à la solution.

Mais là, je me suis appliquée comme une brave petite fille et ma récompense fut la seconde partie du roman qui bouge un peu plus et le final qui est speedé. Là je me suis réveillée !

Dommage parce que ce roman possède quelques belles analyses, quelques flèches piquantes envoyées sous la ceinture de la société ou de l’Angleterre et le final était rythmé, avec du suspense, de l’action.

Par contre, la résolution avait beau être étonnante, elle a été amenée trop rapidement sur la table et est tombée comme un cheveu dans la soupe car nous n’avions que peu d’éléments pour trouver le coupable par nous-même.

Même si je suis restée comme deux ronds de flan devant son identité, ça ne m’a pas troué le cul. N’est pas Agatha Christie qui veut…

Une LC avec Bianca en super demi-teinte et un roman qui ne restera pas dans nos annales, ni dans nos mémoires. Dommage.

Il a dit que ce qui comptait, c’était le ressenti des gens, pas de savoir s’ils avaient raison ou non.

Se répandaient en remerciements. À l’égard d’un homme décédé et de feu son gouvernement qui, vingt-neuf ans plus tôt, avait décidé de libérer les îles qu’il avait laissées se faire occuper par je-m’en-foutisme. Personne ne semblait se rappeler ce détail. Du fait que Churchill les avait d’abord abandonnés, sans défense. Qu’il n’avait pas estimé utile de se battre pour eux. Qu’il était resté les bras croisés, à siroter son whisky et fumer ses cigares, laissant les Allemands s’emparer de ces « chères îles anglo-normandes ». Si chères qu’elles avaient été les seules terres britanniques à supporter, pendant des années, le bruit des bottes, les seules à voir leurs terres pillées, leurs femmes profanées. L’occupation n’était pas la faute des nazis. La Grande-Bretagne méritait bien de perdre ses îles. Ces joyaux de la Couronne britannique n’attendaient que d’être volés.

Apparemment, l’alcool affectait les gens de différentes façons. On disait que certains avaient le vin gai, d’autres le vin triste, ou mauvais. Il n’y croyait pas. La méchanceté et la violence étaient là depuis toujours, tapies sous la surface. L’alcool libérait la vérité. Lui-même n’y touchait jamais.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°150.

Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1971)

Résumé :
Jules César n’en démord pas : il faut mettre au pas les Irréductibles Gaulois ! Et puisque ces guerriers impénitents refusent d’adhérer à la civilisation romaine, elle s’imposera à eux, de gré ou de force.

C’est dans cette optique que l’architecte Anglaigus est chargé de bâtir autour du village gaulois une ville romaine nouvelle, « Le Domaine des dieux ».

Isolant les Gaulois, elle ne leur laissera plus d’autre choix que s’intégrer ou disparaître.

Pas sûr que les habitants de cette cité nouvelle apprécient le voisinage du « Village des fous »…

Critique :
♫ Promenons-nous dans les bois tant que les architectes romains n’y sont pas ♪ Si les romains y étaient, Idefix les mordrait ♪

Depuis cet album, tout le monde sait qu’Idéfix hurle à la mort quand on déracine un arbre et qu’il ne faut jamais parler sèchement à un Numide.

J’ai beau chercher mais lorsqu’on parle des albums d’Astérix de l’ère Goscinny, je n’arrive pas à en trouver un que je n’aime pas.

Petite, j’en avais, mais c’était parce que je les comprenais pas vraiment…

Dans cet album jouissif qui nous parle d’écologie, d’invasion passive et d’urbanisme sauvage, on joue à domicile.

Puisque Rome veut urbaniser sans concession nos Gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, on va leur apporter de force la civilisation ! Enfin, on va essayer…

Noyer une populace donnée dans une autre, plus importante… Une riche idée, n’est-il pas ? Elle fonctionne, on le sait. On perd une partie de son authenticité quand une minorité est noyée dans une majorité. On se romanise, on se civilise.

Et si on ne veut pas ? Alors, on résiste ! Mais pas facile de résister aux Romains quand il y a la liberté des esclaves en jeu. On voudrait continuer ad vitam æternam de faire repousser les arbres grâce à des glands magiques mais on ne respecterait pas les droits de ces derniers à qui on a promis la liberté une fois le chantier terminé.

— Vous nous empêchez de devenir des hommes libres, en nous empêchant d’achever le travail.

Pas évident non plus le dialogue social lorsqu’il y a contestation et autant nos esclaves que les légionnaires ont des revendications, même s’ils n’ont pas encore de ronds-points pour les faire valoir… Pourtant, tout le monde tourne en rond puisque les demandes des uns (les légionnaires) ne rencontrent jamais les accords des autres (leurs supérieurs).

Ça donnerait envie de CGT par les fenêtres (jeu de mot qui a déjà été fait depuis longtemps par Coluche).

Nos Gaulois sont toujours les mêmes et représentent bien la populace et sa manière d’agir : non on ne veut pas des Romains près de chez nous, mais quand ils viennent acheter des produits au village, le cours du poisson pas frais monte plus vite que son odeur de marée.

De l’humour, toujours de l’humour et des calembours ! La recette fonctionne toujours, le duo est rodé, les personnages bien en place avec leurs caractéristiques qui leur sont propres.

Mais au-delà du rire, ou dans le rire, on a aussi de la réflexion sur le fait de faire travailler plus les esclaves puisqu’on refait pousser la forêt… Sur le fait aussi que c’est le travail qui va les rendre libre… Sur le fait aussi qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils n’ont pas un autre job puisqu’ils sont esclaves de leur travail (et des Romains).

Un excellent album, avec de la profondeur et des sujets qui sont toujours d’actualité, car rien n’a changé, une fois de plus.

Un album qui fera rire les plus grands car ils comprendront mieux les subtilités des jeux de mots, les références à la vie réelle, le cynisme et les tacles du scénariste là où un enfant ne verra que les gags visuels.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°149.

Elfes – Tome 25 – Vengeance noire : Christophe Arleston, Dana Dimat & Stefania Aquaro

Titre : Elfes – Tome 25 – Vengeance noire

Scénariste : Christophe Arleston (Marc Hadrien)
Dessinateur : Dana Dimat & Stefania Aquaro (coloriste)

Édition : Soleil (19/06/2019)

Résumé :
À Slurce, de jeunes recrues suivent les apprentissages des mestres pour devenir des mercenaires efficaces et impitoyables. Des épreuves qui feront d’eux les êtres les plus redoutés des Terres d’Arran.

Tandis qu’un groupe de novices affronte les labyrinthes piégés de la forteresse, un vol de dragons largue des rochers et attaque le sanctuaire des elfes noirs.

Tous les mestres s’interrogent : d’où vient cette armée, qui la dirige et dans quel but ?

Critique :
Enfin, le retour de mon Gaw’yn préféré en mode assassin vénère et plus en mode fleur bleue dont j’avais craint qu’il ne finisse, dans le tome 20.

Tome 20 qui nous avait laissé dans un grand suspense avec le départ de mon Elfe Noir pour une vengeance, ce qui le faisait revenir à son statut d’assassin.

C’est ainsi que j’aime ce personnage : impitoyable !

À la citadelle de Slurce, on forme la fine fleur des assassins et pour y arriver, s’il faut tueur l’autre, on le fait sans état d’âme.

Un jour, la moitié d’une classe a été mise à mort par l’autre moitié, ceux qui voulaient survivre… Comme ça, vous savez qu’à Slurce, on ne se fait pas de copains, pas de copines.

Gaw’yn a mené une véritable quête pour trouver le moyen de survivre à la malédiction qui touche les Elfes Noirs et est prêt à tout pour mettre fin à son ordre, à ses mestres et aux abominations qui sont cachées dans les grottes.

Si pour moi les dessins des tomes 5 et 10, exécutés par Ma Yi, étaient les plus beaux, je ne peux pas cracher sur ceux-ci car ils ont un excellent rendu et mettent bien en valeur les décors et les techniques de combats des jeunes recrues de Slurce.

Une fois de plus, nous plongerons dans l’âme noire et sans pitié des apprentis assassins où ce ne sont pas toujours les plus forts qui gagnent, mais les plus rusés, les plus fourbes, les plus salauds, les plus dénués d’émotions et de sentiments.

Whu’yn, Moer’yn et Kart’yn, les disciples de Varh’yn, l’ancien mestre de Gaw’yn qui est déchu pour n’avoir pas su le tuer en feront le constat lorsqu’on les lâchera dans un labyrinthe des plus retors où un seul peut sortir victorieux.

De l’action, des combats, du sang, une vengeance à la hauteur de ses ambitions, mais pas que… Gaw’yn a changé au fil des tomes, il a évolué, réfléchi et il sait ce qu’il veut.

Maintenant, aura-t-il l’aide nécessaire pour arriver à ce qu’il veut faire ? Ça, je ne vous le dirai pas et comme vous, je le saurai au prochain épisode.

Le scénariste Arleston (qui ne publie plus sous son pseudo) a su donner une autre direction à la saga des Elfes Noirs et j’espère que la quête de notre Gaw’yn ne va pas tourner en eau de boudin mais se terminer avec une vraie fin avant que tout ne sombre, maintenant que les zombies ne sont plus là.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°148.

 

La piste des ombres – Tome 2 – Trois tombes : Tiburce Oger

Titre : La piste des ombres – Tome 2 – Trois tombes

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger

Édition : Vents d’ouest (2001)

Résumé :
Badlands, territoires inorganisés du sud Dakota. Depuis la mort du vieux cow-boy Zachary Cloverleaf, voilà un an, le jeune fuyard Natanaël Dumont et sa fiancée Julia Moami vivent reclus dans une « soddy », une cabane en terre, isolée dans les grandes pleines enneigées.

La solitude, la faim et le froid sont leur quotidien.

Un matin, Natanaël est heureux de sa découverte : des bouses de bison séchées, de quoi se chauffer quelque temps.

Mais près de la cabane, Julia pleure devant une petite tombe.

Au loin, des cheyennes observent et attendent. Ils savent que quelque chose va arriver… Et cette chose les terrifie.

Pendant ce temps, sous la pluie du Texas, le vieux Chiricahua Yrigollen raconte l’histoire des « GAHE », des démons indiens enfermés dans les « Pierres Brûlantes », à White Smile l’affranchi : « Je vais te parler des « GAHE », fils, et après tu prendras ton cheval et ton fusil et tu iras les chercher… »

Critique :
De temps en temps, je me fais un petit western… C’est comme un bon whisky, on n’en abuse pas, mais de temps en temps, on s’en file un p’tit coup pour se rincer la glotte (attention, l’abus d’alcool… blablabla).

Munie d’armes à feu et d’un bon cheval, j’ai suivi la piste qui m’a mené à nos deux fuyards : Natanaël et Julia que j’avais rencontré dans le premier tome et perdu de vue depuis 4 mois.

Bon, je n’ai pas eu autant de difficulté que les chasseurs de primes, ni que mon vieil ami White Smile, l’esclave affranchi.

Cette bédé western respecte les codes habituels mais qui a introduit une touche de fantastique avec les pierres maudites que sont les Gahe, celles dont on ne prononce pas le nom.

Le Chiricahua Yrigollen nous en a appris plus sur ces pierres maudites et à la fin de l’album, on se pose la question de savoir ce que Natanaël va en faire comme usage, elles qui n’apportent que mort et désolation et qui ont tendance à semer la mort dans l’entourage de ceux qui les possède, tout en leur apportant protection.

On n’a rien sans rien…

Les dessins sont toujours spéciaux, mais je les apprécie et l’auteur a une grande diversité dans les visages des personnages, dans leurs caractères aussi et pas de manichéisme, sauf pour les 4 chasseurs de primes, mais ils n’ont pas eu le temps de nous montrer le bon côté de leur Force.

Un tome en continuité du précédent, une vie que nos deux fuyards n’avaient pas pensé, pas voulue non plus, car la fuite est toujours plus belle et plus romantique dans les rêves ou lorsqu’on l’entame, ivre d’amour. Après, quand on crève de froid et de faim, il faut autre chose que l’amour et l’eau fraîche.

Les décors sont toujours bien rendus et l’épais tapis de neige qui recouvre tout ajoute une atmosphère froide à ses pages qui recèlent de la violence mais enlève de la sombritude (cherchez pas le mot au dico, il n’y est pas encore entré) au récit assez triste tout de même.

Il m’a fallu du temps avant de mettre la main sur les deux derniers tomes (je ne possédais que le premier), mais j’ai retrouvé le plaisir de la lecture de ce western de suite.

Le mystère n’est pas encore tout à fait levé et je gage que nous aurons des aventures plus folles dans le dernier car ici, c’était un tome de transition. En transit, certes, mais toujours foisonnant de détails et de rythme. Fallait juste faire un pont… On l’a fait dans le sang et la violence.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°146 et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les Enquêtes d’Agatha Raisin – Tome 19 – La Kermesse Fatale : M.C Beaton [Par Dame Ida, vieille Agatheuse bénévole]

Titre : Les Enquêtes d’Agatha Raisin – Tome 19 – La Kermesse Fatale

Auteur : M.C Beaton
Édition : Albin Michel (30/10/2019)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 19: A Spoonful of Poison (2008)
Traducteur : Françoise du Sorbier

Intro Babelio : 
Agatha Raisin a le vent en poupe : les affaires s’accumulent, pas le temps de souffler. Tant mieux, elle a horreur du vide, et fait même des heures sup : elle vient d’accepter d’aider le pasteur d’un village voisin à promouvoir la kermesse de la paroisse. Il faut dire que l’organisateur, un certain George Selby, a le bon goût d’être veuf et… beau comme un dieu.

C’est un succès : les visiteurs affluent au village. Mais la kermesse vire à l’hallucination lorsque l’on découvre que plusieurs échantillons de confiture ont été assaisonnés de LSD !

Bien que distraite par le charme du beau George, Agatha doit démasquer le coupable. Sans imaginer un instant que l’objet de ses fantasmes va peut-être lui faire vivre un mauvais trip…

Résumé :
Et bien contrairement aux introductions Babélio précédentes, le résumé proposé ici est très fidèle à ce que j’ai pu lire, et je n’ai pas grand-chose de plus à en dire.

Agatha s’occupe de son agence de détectives, et disant à qui veut l’entendre qu’elle est farouchement décidée à ne plus faire de communication, elle ne résiste que mollement à l’appel d’un Pasteur un peu envahissant qui veut qu’elle l’aide à faire la communication de la kermesse qu’il veut donner pour sauver son clocher…

Elle se laisse convaincre seulement dans l’espoir de pouvoir se rapprocher du séduisant organisateur des festivités qui lui a tapé dans l’œil…

Et pendant la kermesse voilà que des petites vieilles hallucinées se jettent dans le vide ou font des attaques sous l’effet du LSD qu’une main criminelle est allée verser dans les pots de confitures mis en compétition et pour lesquels le public  était supposer voter après les avoir goûtées.

Sérieusement, vous imaginez la scène : des petites mamies bon-chic bon-genre, endimanchées pour aller à la kermesse paroissiale se comportant de manière erratique comme de vulgaires camées ? La grosse marrade !

Agatha doit évidemment résoudre cette énigme pour laver son honneur de communicante, et comme toujours se fait aider de ses amis fidèles, dont l’agaçant Sir Charles, et par son équipe de détective enrichie par une formidable jeune recrue, Toni, apparue dans la précédente enquête et en qui Agatha ne peut s’empêcher de se retrouver.

Et voilà Agatha et sa suite lancée dans une enquête parallèle à celle de la police, investie dans un porte à porte interminable digne des Témoins de Jehova et des interrogatoires nombreux, nous laissant presque penser que tout le village est suspect.

Mon avis :
Agatha reste Agatha. D’un pragmatisme redoutable quoi que manquant parfois de nuance et de jugeote, lorsqu’il s’agit d’enquêter, mais toujours en quête de l’âme sœur bien que tout de même, elle me semble s’être un peu assagie depuis quelques romans.

Elle continue à y penser évidemment… Mais elle semble moins obsédée… Sauf transitoirement quand un bellâtre lui sourit.

Elle devrait se méfier toutefois… Puisqu’il semble que chez MC Beaton, le beau célibataire a toujours un grooooos défaut le rangeant dans la catégorie suspect et rendant impossible la réalisation des désirs affectifs d’Agatha.

Mince quoi… Dans la vraie vie les femmes ne s’arrêtent pas que devant les bogoss… Elles les voient certes… Mais souvent le gars sympa d’à côté qui n’est pas un canon sans forcément être hideux, fait aisément l’affaire quand on se trouve assez de points communs à partager.

Qu’est-ce que vous croyez ? Que Toqué est un canon ??? La bonne blague ! Bon… lui répétez pas que j’en doute, hein… ça reste entre nous !

Anybref, la maman d’Agatha ne semble pas l’avoir intégré et c’est un peu dommage…

Pour Agatha surtout, car à ce rythme… elle s’offrira un refuge pour chat d’ici quelques années et finira bouffée par ses protégés lorsqu’elle décèdera d’une overdose de lasagnes surgelées.

Mais je m’éloigne de ce roman en particulier, même si je regrette de ne pas voir l’auteur de la série autoriser notre Agatha chérie à avoir sa part de bonheur. Elle doit être sadique et frustrée pour vouloir la maintenir dans ce marasme, je trouve…

Car même si on aime se retrouver dans les personnages qui traversent les mêmes épreuves que chacune d’entre nous, on a aussi envie de les voir accéder au bonheur. Si les personnages n’y arrivent pas, quel espoir nous reste-t-il ?

Frustrer Agatha indéfiniment c’est aussi maintenir la lectrice frustrée et au bout du 19e roman cela devient trop douloureux, non ?

Ces réflexions métaphysiques mises à part, comme d’habitude, une intrigue honnête et divertissante dans laquelle on retrouve nos vieux amis, puisque lire les aventures d’Agatha me fait toujours un peu l’impression de mettre mes pieds dans mes charentaises après être restée debout en talons toute la journée !

Un « Agatha Raisin » de bonne facture qui me confirme que MC Beaton s’est ressaisie.

 

Astérix – Tome 06 – Astérix et Cléopâtre : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 06 – Astérix et Cléopâtre

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1966)

Résumé :
Jules César nargue Cléopâtre : les Romains construisent des temples et des forums magnifiques alors que les Égyptiens ne construisent plus rien depuis les pyramides.

Vexée, Cléopâtre charge son architecte Numérobis de bâtir un palais pour César en trois mois.

Pour Numérobis, sa seule chance de venir au bout de cette tâche malgré l’obstruction des Romains est de demander l’aide de son vieil ami Panoramix.

Le druide part donc pour l’Égypte lui prêter main-forte, accompagné d’Astérix et Obélix.

Critique :
Quand on relit ses classiques, autant se faire plaisir et aller piocher dans l’excellence, dans la crème de la crème, dans le caviar du haut de la boite.

Les superlatifs sont manquants pour cet album qui emmène nos gaulois au pays des pyramides.

Par contre, depuis un certains film, je dois faire le vide dans mon esprit pour ne pas voir les acteurs ou entendre les répliques du film lorsque je relis la version bédé.

Ma version est avec l’ancienne couverture, celle qui possède les inscriptions concernant tout le matériel qu’il a fallu pour dessiner cette grande aventure.

D’ailleurs, en passant sur le Net, on remarquera une ressemblance entre la couverture de l’album et celle de l’affiche du film avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, ce film qui dure 4 heures et qui coûta la peau des fesses, des couilles, ainsi que les yeux de la tête, plus quelques reins (un des films les plus chers de tous les temps, qui mit son studio au bord de la faillite).

À l’époque, du haut de mes 10 ans, je ne le savais pas, malgré tout, cet album me faisait rire et des années après (je ne vous dirai pas combien, na !), il me fait toujours rire car il est tout simplement excellent.

Les jeux de mots sont légions (romaines), les références à notre société aussi (Canal de Suez, les entreprises de construction qui ont du retard), les situations sont cocasses, drôles, hilarantes et on se dit que du haut de ces pyramides, il n’y a pas que vingt siècles qui nous contemplent, mais aussi tout l’humour et le savoir-faire de Goscinny.

Astérix : — Et si un jour vous avez envie de construire autre chose en Egypte, un canal entre la Mer Rouge et la Méditerranée, par exemple… Eh bien, faites appel à quelqu’un de chez nous, par Toutatis !…

Si Numerobis avait été bruxellois, on l’aurait traité de schieven architek (« architecte de guingois », l’insulte décernée par les habitants des Marolles à l’architecte Joseph Poelaert qui nous fit un colossal Palais de Justice, le plus grand du monde, et qui délogea tous ces petites gens de leur quartier) car ses constructions sont vraiment… comment dire ? De travers !

Heureusement que notre architecte de travers et en retard peut compter sur la présence de trois gaulois célèbres. Quatre, si on compte Idéfix. Oui, il compte autant que le druide Panoramix !

Cet album est un album pivot. Ceux qui l’ont précédé étaient très bons, je n’en disconviens pas, mais avec celui-ci, on a franchi (non pas un rubicond) un palier, un seuil, une frontière tant cet album est exceptionnel en tout.

Le problème qui se pose, maintenant, c’est que lorsque je relis l’album, je revois les pitreries de Jamel et celles de Gérard Darmon et je suis toujours étonnée de ne pas y trouver les répliques du film… Et lorsque je vis le film pour la première fois, j’étais étonnée de ne pas y voir toutes les répliques du livre.

Anybref, chez Cléopâtre est un album magnifique, puissant, énorme, magnifique (je l’ai déjà dit ??), exceptionnel (un dico des synonymes, merci) en tout. D’autres l’égalent niveau jeux de mots, mais niveau dépaysement et aventures, avec un voyage en Égypte, on mettait la barre très haute.

Lorsque vous regarderez le sphinx, pensez à Obélix et lorsque vous penserez à Cléopâtre, souvenez-vous de son nez. La déesse Amora (déesse gauloise bien connue) lui montait souvent au nez, nez qu’elle avait remarquable et que l’on dit que s’il eut été plus court, la face du monde en aurait été changée.

Indémodable cet album !

Centurion : Hmm… Ça n’a pas marché… Eh bien, nous attaquerons de tous les côtés à la fois… Déployez-vous !
Légionnaire 1 : Mais on vient de se replier !
Légionnaire 2 : Déployés, on va se faire égorger !
Légionnaire 3 : Égorge, déployé !
Légionnaire 4 : Encore un jeu de mots comme ça, par Jupiter, et je déserte !!!

Numérobis : Tous ces soucis me font tourner le sang ! Les crocodiles vont me trouver immangeable !
Astérix : Tant mieux ! Vous tenez tant que ça à faire un bon repas ?
Numérobis : Mais ce sont des crocodiles sacrés ! On ne peut pas leur donner n’importe quoi à manger !
Obélix : Ils sont fous ces Égyptiens !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°145.

Elfes – Tome 24 – Le Bagne de Komoorth : Eric Corbeyran et Bojan Vukic

Titre : Elfes – Tome 24 – Le Bagne de Komoorth

Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Bojan Vukic

Édition : Soleil (17/04/2019)

Résumé :
Nawel a traduit l’antique grimoire relatant l’histoire de Haarn’al, le premier semi-elfe. Il est temps d’en savoir plus et de se plonger dans l’histoire de celui par qui le rapprochement et la dissension sont arrivés.

Chaque jour, sur un archipel perdu appelé Le Roc, l’ancêtre sacré des semi-elfes reçoit la visite de dizaines de curieux impatients de voir de leurs propres yeux le premier bâtard d’une espèce bâtarde dont l’innombrable descendance peinait à trouver sa place au sein d’un monde qui ne voulait pas d’elle.

Les mains d’Haarn’al possédaient en outre un pouvoir. Elles étaient capables de chasser tous les maux…

Critique :
Si dans la saga des Nains, j’ai un faible pour la caste des Errants, dans celle des Elfes j’ai toujours eu de l’affection pour les semis-elfes qui, tout comme les métisses, appartiennent à deux cultures mais sont rejetés par les deux.

Le cul entre deux chaises, n’étant ni tout à fait des Hommes ni tout à fait des Elfes, ce peuple est réduit à une vie d’errance et de merde.

Même dans la grande saga Elfes on n’arrivait pas vraiment à les caser, chaque album pouvant être lu indépendamment des autres et on ne les a pas fait briller dans la résolution du cas de l’invasion des zombies.

Des laissés-pour-comptes à tous les étages, je vous le dis !

Mais quand on est au fond du trou, la seule solution qui reste, c’est de remonter (ou alors de se laisser mourir) et on peut dire que nos semi-elfes vont faire une remontada digne d’un Napoléon revenant de son exil, avec la rage aux dents. Faudra juste éviter la morne plaine de Waterloo…

Dommage que cet album ne possédait pas plus de planches car il aurait mérité un traitement plus approfondi que ce qu’il a eu.

Le dilemme est là : en soi, l’histoire aurait été plus courte si le scénariste n’avait pas développé les histoires de deux des personnages principaux : Tein-Nooh et Oranth’al, la soeur ancienne gladiatrice dans une arène et le frangin ancien guerrier-moine défroqué.

Leurs enfances fut misérable, Dickens n’était pas loin, Hugo non plus. Heureusement que leur père littéraire les a dotés d’un caractère en acier trempé et d’une science du combat (qu’on leur a appris).

Problème, lorsqu’on raconte ses histoires personnelles, l’Histoire centrale, elle, s’en trouve réduite. Ou alors, faut faire un ajout d’une dizaine de planches et faire grossir l’album.

Développer les récits de nos deux Mad Max était une excellente chose, mais j’aurais aimé en savoir plus sur celle du bagne de Komoorth, où l’on vous emprisonne pour un rien et surtout parce que vous êtes un semi-elfe… Vous voyez le parallèle avec notre Histoire à nous ?

Autre parallèle avec les moines guerriers qui combattent l’injustice mais qui eux-mêmes sont injustes… On connaît ça aussi.

Vraiment dommage que l’album n’ait pas été plus long car il y avait matière à faire plus, à pousser un peu plus loin la réflexion car les semis-elfes méritent mieux que des histoires sans réel fil conducteur.

Dans la saga des Nains, la caste des Errants est jusqu’à présent très poussée, très profonde, bourrée d’émotions en tout genre et les semis-elfes auraient mérité le même traitement car ils sont pareils que les Errants.

Malgré tout, les auteurs ont réussi à transformer la donne et à donner un Nouvel Espoir à nos semis-elfes, ceux qui ont été toute leur vie le cul entre deux chaises…

À voir dans le prochain tome quelle direction nos auteurs vont donner à nos Elfes à moitié.

♫ Les portes du pénitencier, bientôt vont se fermer ♪ (ou s’ouvrir).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°144.

Département V – Tome 08 – Victime 2117 : Jussi Adler-Olsen

Titre : Département V – Tome 08 – Victime 2117

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (02/01/2020)
Édition Originale : Offer 2117 (2019)
Traducteur : Caroline Berg

Résumé :
Le journal en parle comme de la « victime 2117 » : une réfugiée qui, comme les deux mille cent seize autres qui l’ont précédée cette année, a péri en Méditerranée dans sa tentative désespérée de rejoindre l’Europe.

Mais pour Assad, qui œuvre dans l’ombre du Département V de Copenhague depuis dix ans, cette mort est loin d’être anonyme. Elle le relie à son passé et fait resurgir de douloureux souvenirs.

Il est temps pour lui d’en finir avec les secrets et de révéler à Carl Mørck et à son équipe d’où il vient et qui il est. Au risque d’entraîner le Département V dans l’œil du cyclone.

Qui est Assad ? Victime 2117 est la réponse. Cette enquête est son histoire.

Critique :
Enfin, nous allions tout savoir sur la passé de Assad, le personnage le plus pittoresque et le plus énigmatique de la littérature policière nordique (et de la littérature policière tout court).

Alors oui, je voulais savoir et au plus vite ! Mais j’avais aussi la trouille…

Est-ce qu’après nous avoir appris son histoire, notre Assad nous sortirait encore des proverbes avec des chameaux ???

Le mystère est enfin levé et je n’ai été surprise qu’à moitié.

Malgré tout, j’ai souffert avec Assad pendant qu’il nous racontait sa vie, avec pudeur, avec émotions et en sensibilité. Bouleversant. Oublions les Bisounours, vous voulez bien.

J’apprécie les policiers qui sont réalistes mais aussi qui prennent leur ancrage dans l’Histoire glauque d’un pays ou d’un fait de société contemporain. Les migrants en sont un. Le terrorisme aussi, hélas.

L’auteur a pris soin d’en parler sans faire gîter la barque plus à bâbord qu’à tribord et, sans trop s’épancher sur le problème, a réussi à faire passer son message. Pas de morale à deux balles, pas d’épanchements inutiles, pas de blablas pour ne rien dire, avec Adler-Olsen, c’est clair, net, concis. Emballé c’est pesé.

Le Département V, pour moi, c’est une équipe que j’apprécie, que je retrouve toujours avec bonheur, dont j’aime les différents membres et retrouver Rose fut une douleur (elle avait tout de même trinqué dans le tome précédent) tout en étant un plaisir puisqu’une éclosion est toujours possible, avec elle.

Alternant plusieurs affaires qui vont s’entremêler tout en étant différentes, l’auteur jongle avec ses personnages, qu’il a toujours pris soin d’étoffer et de faire évoluer, les différents pays et les différentes enquêtes, le tout avec un art consommé car la chronologie n’en souffre pas, le rythme du récit non plus.

Une fois qu’on a ouvert le roman, on a du mal à le lâcher, on se dit « encore un chapitre » car on veut tout savoir sur notre Assad, on voudrait aussi savoir comment les policiers vont arriver à résoudre son affaire, qui a des ramifications internationales.

Une fois de plus, Jussi Adler-Olsen ne se contente pas de nous écrire une simple enquête policière mais il va plus loin. Il fait partie de ces auteurs pour qui la littérature policière n’est pas qu’un simple whodunit et qui insère dans leurs enquêtes des faits de sociétés ou de l’Histoire, donnant à ses romans une autre dimension, une saveur particulière, un goût de reviens-y (et de réalisme, toujours).

Oui, la littérature nordique a encore de beaux jours devant elle car elle possède de grands auteurs qui ne se contentent pas de dormir sur leurs lauriers mais qui, à chaque fois, relancent la machine du succès en proposant des personnages bien travaillés, profonds, attachants, des scénarios qui tiennent le route tout en explorant les travers des sociétés contemporaines avec humour mâtiné de cynisme.

Un grand cru de plus pour l’auteur et je vais me jeter sur le suivant, dès qu’il sera paru (2021, sans doute, sinon, 2022). Faudra que l’auteur se sorte les fesses de ses mains (les lecteurs comprendront) pour rester à la hauteur de ce qu’il nous a toujours servi.

Heureusement que le chameau est patient devant la fontaine qui se remplit doucement…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.