La Machine à explorer le temps : H.G. Wells

Titre : La Machine à explorer le temps

Auteur : Herbert George Wells
Édition : Folio Junior (2012) / Larousse Petits classiques (2017)
Édition Originale : The Time Machine (1895)
Traducteur : Henry-David Davray

Résumé :
Londres, fin du XIXe siècle. Un groupe d’amis écoute les aventures de celui qui prétend être le premier voyageur du temps. Son récit débute en l’an 802 701. La Terre en l’an 802.701 avait pourtant toutes les apparences d’un paradis. Les apparences seulement.

Car derrière ces jardins magnifiques, ces bosquets somptueux, cet éternel été où les hommes devenus oisifs n’ont à se préoccuper de rien, se cache un horrible secret.

Ainsi témoigne l’explorateur du temps face à des auditeurs incrédules.

Depuis la conception de son incroyable machine jusqu’à son voyage au bout de l’Histoire, là où l’humanité s’est scindée en deux.

D’un côté les Éloïms, qui vivent en surface, petits êtres gracieux, doux et décérébrés.

De l’autre les terribles Morlocks qui ont fui la lumière pour s’enterrer dans un gigantesque et inhospitalier monde souterrain.

Un monde où l’Explorateur du Temps devra s’aventurer s’il souhaite répondre à ses questions, et surtout revenir à son époque.

Inutile d’insister sur le fait qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre. Wells demeure avec Jules Verne le grand ancêtre de la science-fiction, celui qui lui a donné ses lettres de noblesse, avec des œuvres aussi importantes que « L’Île du Docteur Moreau », « L’Homme invisible » ou « La Guerre des mondes ».

Un grand classique, précurseurs dans bien des domaines, qui reste indépassable. À lire ou à relire.

Critique :
Mais qu’allait-il faire en l’an de grâce 802.701 ??

Bon sang, il ne pouvait pas voyager moins loin ? Allez explorer le futur plus proche que celui des années 800.000 ?

Au moins, ça nous conforte qu’à cette époque là, la Terre sera toujours pourvue de l’Homme et personne ne pourra vérifier les dires de l’auteur avec la réalité car je subodore que nous n’arriverons jamais à cette année-là !

Wells, tout comme Verne, aime bien nous assommer un peu avec des trucs de scientifiques afin de donner plus de réalisme à son récit.

N’aimant pas trop ça, j’ai un survolé les premières pages où il explique les principes du voyage temporel afin d’arriver à la fin de cette conversation un peu trop scientifique pour moi.

De notre voyageur dans le temps, nous ne saurons rien, ni son nom, ni son physique, ni sa vie ou son passé.

Contrairement au film de 2002 (il me reste quelques bribes de souvenirs), il restera une sorte de narrateur inconnu pour les lecteurs, même s’il ne sera pas le narrateur principal puisque nous avons un récit dans le récit.

Ça se lit vite, une fois les considérations scientifiques passée, le reste passe tout seul et c’est avec la même curiosité que les autres personnes rassemblées que nous allons écouter le récit du voyageur du temps qui est arrivé dans un Londres bien différent que celui qu’il connaissait.

Deux sociétés distinctes vivent dans ce Monde : les Éloïs, sorte de petites créatures dont les pouvoirs de réflexion volent plus bas que le derrière d’un cochon, sorte d’être oisifs qui glandent toute la journée en bouffant des fruits et les Morlocks, terribles créatures qui vivent sous terre.

En lisant le récit, on se rend compte que l’auteur n’a fait que de mettre en scène, avec des métaphores, les inégalités sociales qui gangrénaient l’Angleterre victorienne et qui n’ont pas vraiment changé depuis, même si on a fait quelques progrès.

Avec ses petites créatures, l’auteur balance une critique acerbe de la société, comparant les Éloïs à des vaches broutant dans un pré et ne se doutant pas qu’un jour, elles finiront dans notre assiette.

L’écriture est vieillotte, normal, elle est d’époque, elle est simple, facilement compréhensible mais le roman manque de profondeur, de détails sur la société découverte. Ça manque un peu de vivacité, ce récit.

Le fait que le voyageur nous le raconte à son retour bousille aussi la narration car un récit relaté en direct lors de son voyage aurait été plus vivant. Là, c’est de la rediffusion.

Dommage que j’aie découvert ce roman si tard dans ma vie car je l’aurais plus apprécié dans ma jeunesse que dans mon âge d’adulte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

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Le Choix : Paul J. McAuley

Titre : Le Choix

Auteur : Paul J. McAuley
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (11/02/2016)
Édition Originale : The Choice (2011)
Traducteur : Gilles Goulet

Résumé :
Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants.

Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale.

Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable.

Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes.

Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Critique :
Dans ce futur peut-être pas si éloigné que ça, l’écologie en a pris la gueule, les COP n’ont servi à rien, l’Homme a continué de polluer à mort.

Après une guerre, une apocalypse, la température qui augmente, une montée des eaux et toutes les joyeusetés qui vont avec, nous devons notre non extinction à des extras-terrestres.

Dire que les grands penseurs tels Calvin et Hobbes disaient que : « Parfois je me dis que la meilleure preuve qu’il y a des êtres intelligents ailleurs que sur Terre est qu’aucun d’entre eux n’a jamais essayé de nous contacter. » Loupé !

N’étant pas face à un pavé mais plutôt face à une grosse nouvelle, toutes ces péripéties nous serons racontées vite fait et bien fait.

L’auteur nous décrit la vie au Norfolk, où survivent des gens tant bien que mal, vivotant et se nourrissant de ce que la mer leur offre, rêvant de bacon et de viande de porc.

Les adultes qui ont connu le monde d’avant rêvent de pareils mets, mais les ados, qui n’ont jamais connu que ce Monde là, pour eux, ça reste abstrait.

Le futur décrit dans ces pages n’a rien de réjouissant, il nous pendrait même au nez, si nous ne changeons pas (mais sommes nous prêt à changer ? Telle est la question), bref, il est d’un réalisme à faire peur, exception faite de la présence des Jackaroo, les « E.T téléphone maison », que l’on ne verra jamais, d’ailleurs.

C’est un dragon tombé du ciel qui va entraîner les deux amis, Damian et Lucas dans une histoire qu’ils ne soupçonnaient même pas en se mettant en route, dans le petit voilier de Lucas.

Si la balade est bucolique jusqu’à l’endroit où a chuté le dragon, cette rencontre aura des répercussions sur le reste de leur vie car il est des mauvais choix que l’on pose parce qu’on les pense bons, parce que l’on veut partir de là, ne plus rester près d’un père qui distribue les baffes comme des politiciens les tracts, quelques jours avant les élections.

Le passage à l’âge adulte n’est jamais simple, jamais facile et nos deux garçons vont y passer sans avoir eu le temps de se retourner.

Le choix de l’un ne sera pas celui de l’autre et le choix de l’autre se fera en toute fin de cette novella.

Si j’ai aimé le récit, la manière dont il est écrit, présenté, si je me suis attachée aux deux ados, je me suis retrouvée à la fin de cette histoire de manière un peu abrupte car je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Les Attracteurs de Rose Street : Lucius Shepard

Titre : Les Attracteurs de Rose Street

Auteur : Lucius Shepard
Édition : Le Bélial’Une Heure Lumière (30/08/2018)
Édition Originale : Rose Street Attractors (2011)
Traducteur : Jean-Daniel Brèque

Résumé :
Londres, fin du XIXe siècle. Une métropole enfumée, étouffant sous le smog et les remugles de l’industrialisation en pleine explosion… Samuel Prothero est aliéniste. L’un des meilleurs de sa profession.

Membre du sélect Club des Inventeurs, jeune homme respecté, son avenir est tout tracé dans cette société victorienne corsetée.

Jusqu’à ce que Jeffrey Richmond, inventeur de génie mais personnage sulfureux, sollicite son expertise sur le plus étrange des cas.

Troublante mission, en vérité, pour laquelle le jeune Prothero devra se résoudre à embrasser tout entier l’autre côté du miroir, les bas-fonds de la ville-monde impériale et ceux, bien plus effrayants encore, de l’âme humaine…

Critique :
Un peu de fantastique, ça ne fait jamais de tort. En plus, faut dire les choses telles quelles, les couvertures des éditions Le Bélial sont souvent agréable pour les yeux.

Londres, époque victorienne… Si on avait des doutes, les premières lignes de ce roman les dissipera tous dans l’atmosphère est victorienne à souhait.

Imaginez, nous commençons ce récit dans un Club où se réunissent des bourgeois, ceux de la classe sociale du tiroir du haut, ceux de l’Angleterre d’en Haut !

Ensuite, on rajoute un service avec la description du fog ou smog qui règne dehors, on vous parle des ruelles sombres, crasseuses, remplie de pauvres gens miséreux. Allez Dickens, sors de ses pages !

Whitechapel, Spitalfields, Limehouse, les quartiers miséreux… Oubliez-les et passez faire un tour à Rose Street, le quartier mal famé de Saint Nichol et arpentez les rues, si vous l’osez !

Pas de Jack The Ripper dans ses ruelles mal famées, juste un bourgeois inventeur, comme ses pairs au Club. Il a mis au point une machine à dépolluer et ses attracteurs à smog ont fait apparaître sa sœur, décédée tragiquement.

Des fantômes, un aliéniste, une dose de fantastique, une louche de mystère, une pincée du père Freud et de l’opacité puisque personne ne veut divulguer ses petits secrets. Il nous manque un maitre des Chuchoteurs… (Oui, la fin de GOT a fait un trou dans ma vie).

Ce que j’ai apprécié dans ce court roman, c’est l’atmosphère ! Ah, elle a vraiment une gueule d’atmosphère, l’atmosphère. Il y a aussi un petit côté steampunk, mais le gothique est plus prégnant que le côté machines habituellement dévolu à ce genre.

Sans oublier que le vieux château aux volets grinçants est remplacé par une maison qui abrita, jadis, un bordel (ça grinçait ailleurs que dans les volets).

Dans les descriptions, tout contribue à nous faire sentir le Londres de la reine Victoria par tous les pores. Cette époque où les classes sociales ne se mélangeaient pas (ou alors, dans les bordels, mais chuut) et où les conventions régissaient la vie des plus fortunés ou titrés. Ça pue les conservateurs dans ces pages.

Oui, l’auteur a vraiment fait en sorte que nous ressentions ce mépris des classes bourgeoises pour ce qui n’est pas de leur milieu, c’est-à-dire les classes laborieuses, populaires. Ce sont les classes d’en haut qui décident pour tout le monde, au détriment bien souvent des classes sociales qui arpentent les caniveaux.

La psychologie des personnages est mise en avant, poussée, même, bien que ces derniers ne soient pas très fouillés, juste esquissés, avec ce qu’il faut pour qu’on s’attache un peu à eux, mais pas trop.

L’écriture est soignée, agréable à suivre, le suspense n’est pas poussé à son paroxysme, mais il y a quelque chose dans ces pages qui vous retient et vous pousse à le lire d’un coup, sans faire de pause (hormis celle du café, ou du thé).

Avec ce genre de récit, je suis sortie de mes sentiers habituels et je compte réitérer la chose avec un autre roman de cette maison d’édition qui propose toujours des récits différents des autres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

L’île mystérieuse : Jules Verne [LC avec Bianca]

Titre : L’île mystérieuse

Auteur : Jules Verne
Édition : Le Livre de Poche (2002) / Folio Junior (2001) / Elcy (2001)
Date de publication originale : 1874

Résumé :
L’Île mystérieuse raconte l’histoire de cinq personnages : l’ingénieur Cyrus Smith, son domestique Nab, le journaliste Gédéon Spilett, le marin Pencroff et l’adolescent Harbert.

Pour échapper au siège de Richmond pendant la guerre de Sécession, ils décident de fuir à l’aide d’un ballon, mais échouent sur une île déserte qu’ils baptiseront l’île Lincoln.

Après avoir mené une exploration de l’île, ils s’y installent en colons mais quelque chose semble veiller sur eux : qui ? quoi ? comment ? et pourquoi ?

Comment vont-ils survivre entre la vie sauvage et les personnes qui les entourent.

Critique :
Voilà un roman que j’avais acheté durant mes vacances 2018, en seconde main, afin de le découvrir. D’habitude, je laisse mes livres vieillir comme des bons vins et je les déguste rarement en version Beaujolais Nouveau.

La preuve avec celui-ci qui a moins d’un an d’étagères de biblio alors que d’autres attendent depuis des années que je les ouvre.

Une LC avec Bianca a fait que nous avons ouvert cette bouteille dont l’étiquette nous promettait un grand cru…

Le vin étant tiré, il nous fallait le boire. Petit problème dès le départ, Bianca le dégustait en version 33cl alors que je me tapais la version nabuchodonosor, autrement dit la bouteille de 15 litres puisque je n’avais pas la version « abrégée ».

Résultat des courses ? J’ai diagonalisé ! Je m’en fous que le mot n’existe pas, je l’invente rien que pour moi et je vous le prête parce que je veux bien parier le slip de l’ingénieur Cyrus Smith que tous les lecteurs du monde l’ont un jour fait lorsque le récit était trop lent, trop lourd, trop barbant, avec trop peu d’action, avec trop de blablas et trop de science appliquée qu’on se demande parfois comment des personnages peuvent en savoir autant.

Venant de l’ingénieur Cyrus Smith, je peux le concevoir, en me forçant un peu, mais de l’adolescent Harbert qui sait tout des plantes et qui a le savoir d’une encyclopédie ou d’un moteur de recherche Gogole, ça me laisse pantoise et sceptique. sans oublier que l’île possède tout, mais vraiment tout pour les naufragés.

— Cyrus, croyez-vous qu’il existe des îles à naufragés, des îles spécialement créées pour qu’on y fasse correctement naufrage ? 

Anybref, nos naufragés tirent parti de tout, savent tout faire (mesurer des hauteurs, déterminer des longitudes et des latitudes) inventent tout, en passant du feu sans allumettes, de la poterie ou des explosifs (nitroglycérine), le tout avec moins d’éléments que le célèbre MacGyver qui réussissait déjà à tout nous faire avec une épingle et un morceau de string.

Alors oui, c’est génial, mais bon sang, à force de lire le récit de nos naufragés à qui tout sourit, ça devient passablement barbant et endormant. Un peu d’action, que diable ! Y’a pas un Tyrannosaurus rex à lâcher sur l’île mystérieuse pour donner un peu plus de peps au récit ?? Non ??

D’ailleurs, qu’est-ce qu’il y a sur cette île mystérieuse ? Des montagnes, des forêts et des îles aux trésors (et si cette phrase vous donne envie de chanter du Johnny, c’est normal, c’est subliminal !) et des tas de pauvres animaux qui vivaient tranquilles avant l’arrivée de nos 5 naufragés et de leur chien.

Vegan de tout poils, passez votre chemin, même moi j’ai été scandalisée de voir le nombre d’animaux qu’ils tuent pour bouffer ou pour utiliser… Il ne devait pas y avoir de fruits sur cette ile plus que mystérieuse.

Et gare au prédateur qui se la coulait douce sur cette île à la bouffe en open-bar, on ne pense qu’à fabriquer un fusil pour éradiquer tout autre prédateur que l’Homme sur ce bout de terre paumé dans l’océan.

C’est quand qu’on arrive à la fin du récit ??? Alors, on diagonalise ! Et on ne soupire pas d’exaspération à chaque fois que Verne écrit « ce Nègre » en parlant du personnage Nab, et on ne lève pas les yeux au ciel à chaque fois que l’on lit que ce Nègre mourrait pour sauver son maître trop gentil qui est Cyrius Smith.

Le grand cru n’était donc pas au rendez-vous pour cette dégustation, je ne suis pas entrée dans le récit de Verne, ou plutôt, je m’y suis ennuyée, piquant du nez de temps en temps, passant des paragraphes, sautant des pages et des pages, pour enfin arriver à la fin et découvrir le mystère de l’île que je connaissais déjà et je vous passerai l’anachronisme dans le fait que ces personnages se retrouvent dans ce récit !

Oui, on me dira que je n’ai pas vu les thèmes du récit qui sont la recherche de la liberté (on s’évade !), la lutte pour la survie dans un milieu hostile (on devient MacGyver avec le Manuel des Castors Juniors), le retour à l’état sauvage d’un autre personnage puisque Verne pensait qu’on ne pouvait rester seul des années sur une île sans devenir une bête (Robinson n’était pas crédible pour lui) et la rédemption pour la rémission de ses péchés (voir l’Église pour ce chapitre et vous me ferez 3 avé et 4 pater), le tout grâce à l’amitié (chialez pas, hein !).

Malgré tout, la dégustation n’a pas été au rendez-vous pour ma copinaute Bianca et moi. Et elle a encore eu plus dur que moi à le terminer !

Non pas que nous avions en main une piquette, juste que nous n’étions sans doute pas prêtes pour ce grand voyage, ce grand récit de naufrage et qu’on a préféré ouvrir notre frigo pour aller se bouffer une carotte, tant on en avait marre de voir tous ces animaux tués.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Au-delà des frontières : Andreï Makine

Titre : Au-delà des frontières

Auteur : Andreï Makine
Édition : Grasset (30/01/2019)

Résumé :
De quelles frustrations le jeune Vivien de Lynden, nouvel enfant du siècle égaré dans ses préjugés racistes et obsédé par la décadence de l’Occident, a-t-il tiré son apocalyptique manuscrit « Le grand déplacement » ?

Pour faire publier ce brulot politiquement incorrect, la mère du jeune auteur tôt disparu demande son aide à un écrivain, ami du fameux Gabriel Osmonde.

Ce dernier, que Vivien s’était choisi pour maître à penser, porte sur le monde un regard plus profondément désenchanté que le jeune néo-hussard brulé au feu de son idéalisme.

Et voilà que cette femme, revenue de toutes les utopies humanitaires les plus valorisantes, guettée par un vide existentiel dont le suicide lui semble la seule issue, comprend qu’il faut sortir du jeu, quitter la scène où tout le monde joue faux, tiraillé par la peur de manquer et la panique de la mort.

Une autre voie est possible. Une autre vie aussi. Chacun n’a-t-il pas droit à sa « troisième naissance », au-delà des frontières que l’on assigne à l’humaine condition ?

Critique :
Ceux qui lisent habituellement mes bafouilles doivent se demander comment ce roman a atterri dans ma main car il est aux antipodes de ce que je lis habituellement.

Si je m’encanaille de temps en temps avec de la SF ou de la fantasy, ce genre de roman ne fait pas partie de mon univers littéraire habituel (polars & romans noirs).

Non, on ne m’a pas payé pour le lire et on ne m’a pas offert le bouquin non plus… La faute à un zapping télé du mercredi 6 février (2019) et j’ai demandé à Chouchou de s’arrêter sur La Grande Librairie qui venait de commencer, juste par curiosité.

Ce soir là, j’étais fatiguée, mais en écoutant les différents invités, dont Joseph Ponthus et Andreï Makine, pour ne citer que ces deux-là, mon cerveau s’est réveillé et s’est gavé de leurs paroles qui volaient bien plus haut que ce que j’entends habituellement à la télé ou à la machine à café.

Nom de dieu, je voulais lire leurs livres ! Ce qui est fait.

Quelle que fût la voie empruntée par l’humanité, elle menait à l’impasse. Révolutions, contre-révolutions, mirages libéraux, tours de vis rétrogrades, activismes ou immobilismes, rien de tout cela ne promettait une vie transfigurée. La société occidentale, avant le Grand Déplacement, était une ferme d’élevage produisant des citoyens châtrés par le consentement des craintifs.

Pour faire court et simple, le roman commence sur un récit mélange de post-apocalypse et de dystopie avec un grand déplacement de ceux qui ont provoqué le cataclysme débouchant sur des attentats (les journalistes, les intellos), dont deux ex-président (Sarko et celui qui allait en pédalo), vers la Libye.

Le bannissement concerne une quantité impressionnante de personnes. La population française a diminué de moitié et ne compte plus que trente millions d’habitants. Cette contraction a déjà reçu un nom : le Grand Déplacement.

Fait amusant, si je puis dire, c’est que les exilés forcés se construisent très bien en Libye alors que ceux resté en France ont plutôt l’air de se faire chier alors qu’on pensait arriver enfin à une société idéalisée. Du rêve en poudre…

Ensuite, nous rencontrons le narrateur, éditeur de son état, qui vient de lire ce manuscrit assez court envoyé par la mère de l’auteur. Gaia, l’expéditrice, est la mère de l’auteur, Vivien de Lynden qui a tout du nazillon extrémiste, qui en a après tout le monde, que ce soit les Juifs, les Noirs, les Arabes, bref, tout ce qui n’est pas blanc et français comme lui.

Niveau personnages, les portraits sont réussis et la plume de l’auteur envoie du lourd, sans pour autant devenir pédante ou illisible. En fait, la plume de Makine est comme son ramage à la télé : clair, riche et hautement compréhensible.

Là où le roman prend une autre dimension, c’est lorsque l’éditeur apprend que Vivien a fréquenté Gabriel Osmonde, que lui-même connait et qui n’est autre qu’un pseudo d’Andreï Makine sous lequel il publia des ouvrages. Vous me suivez toujours ?

Osmonde est un « digger », un qui creuse (pas comme Tuco dans « The Good, the Bad and the Ugly »), c’est à dire une personne qui cherche au delà des mensonges de la société. Sans compter qu’Osmonde pense aussi qu’on a trois naissances et que la 3ème est l’Alternaissance, la plus difficile à obtenir.

Godbarsky écrit que l’idée de l’Alternaissance correspond parfaitement au sens de cette allégorie prénatale… Je traduis mal, pardon. Il dit que, emprisonnés par notre Première et notre Deuxième naissance, nous ne savons pas penser au-delà de ces deux identités. Comme un enfant qui n’est pas encore né. Le vrai but, c’est d’accéder, déjà de notre vivant, à la compréhension de l’Alternaissance… Oui, ce qu’il appelle “le temps de la pérennité.

Ne me demandez pas dans quelle proportion l’auteur est en raccord avec les pensées ou les dires de son double, Gabriel Osmonde ou des autres personnages, mais en tout cas, il soulève des points qui font mal, met en avant toutes les dérives et les conneries de nos sociétés, le tout en vrac, puisque les récits de ses personnages vont et viennent, chacun s’imbriquant dans l’autre, à la manière des Matriochkas ou alors, se contredisent puisque nous sommes face des extrémistes et d’autres plus modérés.

Au final, je pense que l’auteur nous met face à un choix : dormir ou rester éveillé. Hurler avec la masse ou au contraire aller avec la minorité, celle qui analyse plus finement la société qui nous entoure, que ce soit au niveau « racial » ou religieux et qui refuse les préjugés ou les idées préconçues.

Ce soir, nous vivons ce que Godbarsky appelait « clarification ». Le chaos du monde se décante, la mascarade de l’Histoire révèle son absurdité. Et la masse humaine – magma d’ethnies, de races, de classes, de clans, d’alliances et de mille autres « catégories » – se réduit à son essence : ceux qui acceptent les limites de l’existence et ceux qui les défient. Au-delà de toute appartenance raciale, sociale ou religieuse, nous sommes définis par ce choix – s’endormir dans la masse ou bien refuser le sommeil.

Voici un roman qui se déguste avec sagesse, car brassé avec savoir et dont il me faudra plusieurs jours, si pas semaines, pour arriver à le digérer. Pas qu’il était trop lourd, juste copieux, très copieux !

Chaque année, dans le monde, plus d’un million de femmes sont violées ou assassinées – trois mille par jour. Six millions d’enfants meurent de faim – un enfant toutes les cinq secondes. Et savez-vous combien de balles sont tirées ? Huit cents milliards par an. Une centaine pour chaque habitant de la Terre ! Sans compter les bombes, les missiles…Une tuerie ininterrompue, un hurlement continu des victimes. Tout cela en simultané avec la « vie normale » : fêtes, matchs, élections, vacances, boulimie d’achats…(..) plus les hommes dévorent la nature plus ils se dévorent entre eux.

Notre corps est moins menteur que nos idées.

Mycroft Inquisitor – Tome 3 – Neiges Sanglantes : Christophe Arleston, Dominique Latil et Jack Manini

Titre : Mycroft Inquisitor – Tome 3 – Neiges Sanglantes

Scénaristes : Christophe Arleston & Dominique Latil
Dessinateur : Jack Manini

Édition : Soleil Productions (1998)

Résumé :
Lorsqu’il rejoint la mission archéologique qui parcourt les étendues glacées d’Ottyle 3, Mycroft pense en terminer avec une enquête commencée à l’autre bout de la galaxie.

Mais son arrivée contrarie de nombreux intérêts.

Victime d’un attentat, son principal suspect assassiné, l’inquisiteur doit enquêter au milieu des ruines d’une civilisation oubliée, sous la surveillance d’une fantomatique créature.

Plus que jamais épaulé par Morgane, Mycroft se plonge dans un mystère qui dépasse de loin les enjeux premiers. La fédération elle-même pourrait être impliquée dans la recherche d’un ancien secret qui bouleverserait la galaxie…

Critique :
— C’qui compte, c’est l’planté de bâton !

Hé oui, puisque notre Inquisiteur Mycroft et son assistante sexy se trouvent sur une planète remplie de neige, dans des températures négatives, à l’autre bout de la galaxie, le plus important, c’est le planté du bâton !

Arrivé sur place pour arrêter le professuer Igniel, un détourneur de fonds, Mycroft va se retrouver au milieu d’une enquête imprévue, sans compter une immobilisation contre son gré.

Ajoutons à cela un meurtre en huis-clos, puisque seuls sont présent sur cette étendue de glace, l’équipe archéologique qui fouille pour trouver les traces d’une ancienne civilisation.

À moins que le coupable soit le Migou, sorte de Yéti à la Tintin, mais en version plus grande et nommé Sqeshsquash, sorte de légende dont tout le monde parle mais que personne n’a jamais vraiment vu, sauf Morgane qui a aperçu une ombre.

Un guide qui sacre comme Céline Dion, un professeur archéologue qui a piqué dans la caisse, une journaliste qui n’aime pas voir du sang, un responsable de la sécurité, un docteur Eyspre qui a l’air de bien connaître Mycroft et des fouilles archéologiques qui vont mettre à jour des choses étranges, voilà ce qui a au menu de ce troisième et dernier album de Mycroft Inquisitor.

Beaucoup de mystères, de suspense, de retournements de situations et tant que notre détective inquisiteur n’aura pas tout expliqué, après avoir rassemblé tout le monde, le lecteur ne verra pas la solution de l’affaire.

Une série que j’ai pris plaisir à découvrir, il y a quelques années et que j’ai pris plaisir à relire puisque je venais – enfin – de mettre la main sur le tome 3.

Même s’il y a moins d’humour que dans les autres séries scénarisées par Arleston, on a toujours quelques belles répliques cyniques de Mycroft et les enquêtes proposées sont recherchées, fouillées et ne sont jamais simplistes car présentées de manière à éveiller la curiosité du lecteur et à distiller le suspense goutte à goutte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Mycroft Inquisitor – Tome 2 – La Bête d’écume : Christophe Arleston, Dominique Latil & Jack Manini

Titre : Mycroft Inquisitor – Tome 2 – La Bête d’écume

Scénaristes : Christophe Arleston & Dominique Latil
Dessinateur : Jack Manini

Édition : Soleil Productions (1997)

Résumé :
Mycroft d’Aquilée est inquisiteur privé. Bien qu’il n’en ait pas l’allure, ce Sherlock Holmes des étoiles est un redoutable adversaire pour les criminels. On ne se méfie pas assez des petits vieux !

Évidemment, ses tarifs sont assez élevés. Mais ne raconte-t-on pas que certains de nos plus éminents gouvernants ont parfois recours à ses services ? Surtout lorsqu’il s’agit des Mondes des Confins…

Depuis bientôt mille ans, l’homme est maître des étoiles et de la galaxie. Des millions de vaisseaux de ligne relient chaque jour entre eux les innombrables mondes connus : planètes de la Fédération, colonies indépendantes, mondes laissés aux indigènes intelligents.

Mais si la technologie évolue régulièrement et de façon spectaculaire, ce n’est pas le cas de l’homme.

Depuis la plus haute antiquité, il se livre toujours aux mêmes activités : le commerce, l’étude, la recherche des plaisirs, et parfois le crime…

Écume est un véritable paradis : un océan magnifique, une luxuriante forêt primitive… C’est là que se bâtit un complexe touristique destiné à devenir le havre des plus fortunés de la Galaxie.

Pourtant, tout se passe mal : un ingénieur disparaît, des traces d’une bête étrange apparaissent… Mycroft se retrouve mêlé à une des affaires les plus intrigantes de sa longue carrière d’inquisiteur privé…

Critique :
Nouvelle enquête et donc, nouvelle planète pour notre duo de choc : l’inquisiteur Mycroft d’Aquilée et sa bombasse d’assistante, Morgane.

Dans les Confins, sur une nouvelle planète, on construit un complexe hôtelier de luxe et un ingénieur à disparu alors qu’il prenait un bain dans un lagon qui invite au barbotage.

Mycroft est partant, de toute façon, tant qu’on le paie grassement, lui, il y va.

Si les paysages sont de rêves, le reste l’est un peu moins : disparitions inquiétantes, tentatives d’élimination ou juste pour faire peur à nos deux enquêteurs et on parle en plus d’une créature monstrueuse qui hanterait les lieux.

Aucun humains ne l’a vue, mais les autochtones, les Indoles, l’ont vue, eux. Les Indoles sont des créatures bleues qui aiment les couleurs vives et qui sont utilisées comme main d’œuvre bon marché par les constructeurs du futur complexe. Hé oui, on a beau aller à l’autre bout de l’univers, l’Homme reste toujours le même.

Dans ce deuxième tome, la qualité de l’enquête et son originalité sont toujours bien présentes, nos deux amis vont avoir fort à faire pour dépatouiller toute cette affaire qui pue le souffre.

Notre belle Morgane va même se trouver un beau mec pour jouer à la bête à deux dos avec et là, je n’ai qu’une chose à dire « quelle souplesse ».

Mycroft est toujours aussi cynique, toujours aussi fouille-merde et son jeu préféré est toujours d’étudier les relations entre les invités lors d’un dîner mondain. Effectivement, ça gâche souvent les petits-fours de son associée qui elle, aimerait manger en paix.

Une fois de plus, l’enquête et sa résolution finale sont bien troussées, on ne la voit pas venir, même si on devine quelques pistes. Le tout est de relier tous ces petits détails insignifiants entre eux.

Mycroft est champion là-dedans, c’est pour cela qu’il coûte aussi cher.

Une relecture toujours aussi agréable puisque, une fois de plus, j’avais tout oublié.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Mycroft Inquisitor – Tome 1 – Une fragrance de cadavre : Christophe Arleston, Dominique Latil & Jack Manini

Titre : Mycroft Inquisitor – Tome 1 – Une fragrance de cadavre

Scénaristes : Christophe Arleston & Dominique Latil
Dessinateur : Jack Manini

Édition : Soleil Productions (1995)

Résumé :
Depuis bientôt mille ans, l’homme est maître des étoiles et de la Galaxie. Des millions de vaisseaux de ligne relient chaque jour entre eux les innombrables mondes connus : planètes de la Fédération, colonies indépendantes, mondes laissés aux indigènes intelligents.

Mais si la technologie évolue régulièrement et de façon spectaculaire, ce n’es pas le cas de l’homme. Depuis la plus haute antiquité, il se livre toujours aux mêmes activités : le commerce, l’étude, la recherche des plaisirs, et parfois le crime…

Mycroft d’Aquilée est inquisiteur privé. Bien qu’il n’en ait pas l’allure, ce Sherlock Holmes des étoiles est un redoutable adversaire pour les criminels. On ne se méfie pas assez des petits vieux !

Évidemment, ses tarifs sont assez élevés. Mais ne raconte-t-on pas que certains de nos plus éminents gouvernants ont parfois recours à ses services ? Surtout lorsqu’il s’agit des Mondes des Confins…

Accompagné de Morgane, sa délicieuse collaboratrice, Mycroft se rend à Caprale pour résoudre une énigme sur la contrefaçon d’inestimables flacons de vins de fleurs.

Mais sur l’île du Maître Floraliste, ce sont des cadavres qui l’attendent…

Critique :
Mycroft, en inquisiteur et dans qui enquête dans l’espace ! Oui, ça risque d’en effrayer certain(e)s pourtant, c’est tout de même assez bien foutu dans l’ensemble.

Mon seul bémol sera pour le manque d’humour auquel Arleston nous a habitué dans ses autres séries, mais si on n’a pas son quota de jeux de mots, on aura tout de même quelques belles réparties car Mycroft ne manque pas de cynisme et d’ironie.

— Mycroft !   Ce que vous venez de faire est proprement immoral !
— Je sais, mon petit. Mais j’ai des frais, vous comprenez !

On a beau se trouver face à une enquête à 100% SF, pour moi, ça reste une enquête et même s’il n’est noté nulle part que nous avons affaire au grand frère de Sherlock, Mycroft d’Aquilée a tout de ceux qui l’ont sans aucun doute inspiré.

— Je dois vous avouer que lorsque j’ai répondu à l’annonce je ne vous imaginais pas comme ça !!
— Ma chère Morgane, peu importe le physique, un bon inquisiteur se fie avant tout à son cerveau et à sa logique.

Niveau déductions, il ne nous les sort pas comme Sherlock – dommage – mais il reste tout de même un enquêteur de pointe et très intelligent. D’ailleurs, il le sait.

Mycroft a beau avoir de l’âge, porter un kilt, une casquette ridicule et fumer un narguilé directement relié à une espèce de bourse pendant devant les siennes, il n’en reste pas moins un homme attaché aux détails et aimant pousser les gens dans leurs retranchements afin d’arriver à la vérité.

Se rendant à Caprale (là où on fabrique des vins exquis à partir de fleur) pour une simple enquête à propos de faussaires, voilà notre Mycroft et son assistante, la pulpeuse Morgane, face à un crime atroce : un décapité qu’on a jeté ensuite dans la cuve de nectar.

Mais que fait l’agence fédérale pour la sécurité alimentaire ?? Le vin va avoir un goût.

Minutieusement, notre Mycroft va enquêter, ne pas tout dévoiler à sa sexy assistante, regarder tout de monde de travers, leurs sortir leurs quatre vérités afin de démasquer le coupable et de tenter de savoir qui en veut ainsi à sa vie et à celle de Morgane.

Comme dans un bon Hercule Poirot, notre Inquisiteur Enquêteur rassemblera tout le monde à la fin pour tout nous expliquer et confondre l’assassin.

Et c’est là que l’on rajoute la chantilly sur une pâtisserie qui était déjà exquise car les auteurs ont tout de même fait en sorte de nous offrir une résolution à laquelle on ne s’attend absolument pas.

Ils auraient pu faire dans du basique, mais non, ils se sont creusés les neurones pour nous étonner et ils ont bien fait.

Je m’étais bien amusée à découvrir cette bédé il y a 1 an et la relecture n’a rien entamé de ce plaisir car, en plus, j’avais tout oublié de l’identité du coupable.

Comme quoi, avec des bons scénaristes aux commandes, on peut envoyer une sorte de Mycroft Holmes dans l’espace sans que cela nuise au personnage car il est là-dedans comme un poisson dans l’eau.

— Morgane, voulez-vous coucher avec moi ?
— Pardon ??
— Oh, je me suis peut-être mal exprimé… Je voulais dire qu’on a déjà attenté à notre vie, et que la prudence élémentaire voudrait que nous ne nous séparions pas. Vous prendrez mon lit, je dormirai dans le fauteuil.
— Ahhh ! Oui, bien sûr.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Population 48 : Adam Sternbergh

Titre : Population 48

Auteur : Adam Sternbergh
Édition : Super 8 (11/10/2018)
Édition Originale : The Blinds (2017)
Traducteur : Charles Bonnot

Résumé :
Caesura Texas – une minuscule bourgade clôturée, au fin fond du désert. Population ? 48 habitants.

Des criminels, a priori. Ou des témoins. Comment savoir ? Tous ces gens ont changé d’identité, et leur mémoire a été effacée. Pour leur bien. Dans l’optique d’un nouveau départ.

En échange de l’amnistie, les résidents doivent accepter trois règles simples : aucun contact avec l’extérieur, aucun visiteur, et aucun retour possible en cas de départ.

Une expérience unique, menée par un mystérieux institut. Pendant huit ans, tout ce petit monde est resté à peu près en place. Jusqu’à aujourd’hui. Errol Colfax, en effet, s’est suicidé… avec une arme qu’il n’aurait jamais dû posséder.

Puis Hubert Humphrey Gable est assassiné. Calvin Cooper, le shérif local, est contraint de mener l’enquête. Ce faisant, il risque de déterrer des secrets que l’essentiel des habitants – y compris lui-même – auraient préféré voir rester enfouis.

Trop tard pour faire marche arrière.

Bientôt, un irrépressible déferlement de violence va s’abattre sur les rues poussiéreuses de Caesura…

Critique :
Encore un livre que je voulais absolument découvrir et qui ne m’a pas déçu, m’apportant même une bonne dose de ma came préférée : un thriller en huis-clos !

Le tout avec une pointe de fantastique puisque les expériences scientifiques accomplies dans ces pages n’ont pas encore eu lieu.

Enfin… Je crois… Je pense… J’espère…

Caesura, dite aussi « Blind Town »…

Imaginez une ville paumée en plein trou du cul du trou de cul du fin fond de l’anus du Texas.

Un bled qui n’existe sur aucune carte, dans aucune administration et où ne vivent que 48 personnes dont la particularité est qu’elles ont toutes eu une partie de leur passé effacé ainsi qu’une nouvelle identité qu’ils ont dû choisir en mélangeant un nom/prénom d’acteur célèbre avec celui d’un vice-président.

Assassins notoires ou témoins protégés par le système ? Aucun d’entre eux ne le sait et le lecteur n’en saura rien de plus au départ.

Le départ est banal, si je puis dire, car hormis le lieu inhabituel, la suite a l’air d’être courue d’avance puisque nous avons un crime, faisant suite à un banal suicide et donc, étant en milieu clos, on sent venir le bon vieux whodunit à la Sherlock Holmes/Hercule Poirot, avec le shérif Cooper pour mener l’enquête et son assistante, Sidney Dawes dans le rôle du Watson plus qu’éclairé.

— […] Alors avant que vous sortiez votre casquette de chasseur de daim pour vous lancer dans votre numéro de Sherlock Holmes, merci de considérer la nature – délicate – de la situation.

— Je ne savais pas que ça venait de là.
— De quoi ?
— Le chapeau de Sherlock Holmes. Je ne savais pas que c’était une casquette de chasseur.
— Autre chose ?
— Ça ne sent pas bon.
— Non, ça ne sent pas bon, dit Cooper. Ça ne sent pas bon du tout, putain.

Elle hésite. « Je ne suis pas flic, vous savez. J’étais ambulancière avant de venir ici.
— Et moi j’étais gardien de prison. Alors peut-être bien qu’aucun de nous deux ne devrait jouer les Sherlock Holmes sur cette affaire. »

Ça, c’est que tu croiras au départ, lecteur blasé du thriller et du polar ! Un bête crime à résoudre… Que nenni !

On va plus loin que ça, dans ce thriller aux relents fantastiques (SF ?) et d’ailleurs, l’auteur ne s’embarrassera pas longtemps avant de te balancer le coupable de ce meurtre puisque celui-ci n’est que le point de départ et qu’ensuite, on va gripper les rouages de la machine avec des tas de petits grains de sable qui ne se comporteront pas comme ils sont censé le faire.

Et c’est là que réside un autre des talents de l’auteur : arriver à nous perturber, à nous emmener là où on ne s’y attend pas, à nous secouer, à nous surprendre, à nous angoisser… Le tout en s’aventurant sur un terrain inhabituel tout en restant plausible et réaliste dans les actions de ses personnages ou dans la logique de son scénario.

Le panel des personnages n’a déjà pas fini de nous surprendre, mais en plus, l’auteur a fait pousser son idée sur un terreau fertile, l’a bien arrosé, l’a retaillé et nous livre un petit OLNI de 418 pages où il est difficile de s’ennuyer, sans compter que l’on risque de s’attacher à certains personnages.

Un meurtre en huis-clos, oui, mais pas que… pour parodier une maison d’édition célèbre pour ça. La partie immergée de l’iceberg est bien plus intéressante, plus importante, plus glauque, plus sombre, qu’un simple meurtre…

Voilà donc un thriller en huis-clos où l’on a plus d’empathie pour la population de ce bled paumé entouré de grillages, même si on se doute que ce ne sont pas toutes des brebis innocentes, alors que l’on prendra en grippe ceux qui représentent la Loi.

Encore une belle découverte de cette année 2018 et sans aucun doute, il terminera dans mes coups de cœur car il a réussi, avec un pitch qui semblait vu et revu au départ, à partir dans un tout autre sens et à m’étonner tout au long de ces pages survoltées où tout peut arriver.

Il se peut que Dieu pardonne, mais Il exonère rarement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

La servante écarlate : Margaret Atwood

Titre : La servante écarlate

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont Pavillons poche (2017-2015) / J’ai Lu (2005)
Édition Originale : The Handmaid’s Tale (1985)
Traducteur : Sylviane Rué

Résumé :
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité.

Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues.

L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission.

Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Critique :
♫ Imagine all the people, ♪ Living life in peace… ♪ (John Lennon – Imagine)

Et c’est là que l’aiguille a rayé définitivement le disque car dans cette dystopie, le Imagine de Lennon serait plus qu’un rêve, ce serait un péché.

Imaginez un monde où certaines femmes n’auraient pour unique fonction que celle de reproductrice (les servantes écarlates), un peu comme dans un élevage de chevaux où on mettrai les meilleures juments à la disposition d’étalons…

Mais ici, c’est nous, les femmes, qui occupons cette fonction dévolue en temps normal à des animaux d’élevage.

Attention, il est interdit de séduire l’homme ou de copuler en dehors des moments d’ovulation. L’épouse de votre commandant vous tiendra fermement pendant que monsieur vous la mettra dedans afin de vous ensemencer. Le tout sans sentiments, sans jouissance aucune, sans bruit, sans se toucher… Pire que des bêtes !

Vos droits ? Vous n’en avez pas, vous n’en avez plus. Vous n’avez plus d’argent, plus de comptes en banque, l’interdiction d’exercer un métier, sauf si vous êtres une Martha, qui sont les bonnes à tout faire ou une Tante, qui sont les espèces de formatrices au centre et qui feront de vous de parfaite petites femmes formatées jusqu’au bout des ongles…

Prête à assurer les fonctions de reproductrices puisque les autres ne savent plus…

Dans l’hypothèse où vous seriez un rebut de femme, on vous enverra aux Colonies où vous crèverez à petit feu à force de barboter dans des déchets toxiques. Là bas, il y aura aussi les invertits, les traitres, les pervertis, les contestataires… tout ce qui n’est pas net pour la nouvelle société, ce qui ne rentre pas dans le moule.

La Religion est omniprésente, mais on a vachement interprété les Évangiles pour les faire coller à la dictature que l’on a instaurée. Ne faites pas un pas sur le côté où il vous en cuira. La corde vous attend… Haut et court vous serez pendu(e).

Fermez votre gueule, avancez les yeux baissé dans ce monde formaté à l’extrême et tâchez de produire des beaux bébés bien formés parce que, à cause de la pollution et de l’utilisation massive de produits chimiques (Bayer-Monsanto, si vous me lisez…), la fertilité est plus basse encore que celle qui régnerait dans un couvent de sœurs stériles déflorées par des moines grabataires castrés.

Le bandeau-titre annonce que ce livre a fait trembler l’Amérique de Trump, pourtant, Trumpette fait plus peur que ce roman, à mon avis.

Attention, je ne suis  pas en train de dire qu’on ne frissonne pas en lisant l’histoire que nous raconte Defred, servante écarlate de son état (jument reproductrice), nous détaillant son quotidien et ce qui s’est passé avant, quand tout a changé et que personne n’a bougé.

Oui, le récit fait froid dans le dos parce qu’il n’est pas aussi SF qu’on voudrait le croire, il a même des relents contemporains quand on voit comment certains montent au créneau pour nous faire perdre nos maigres droits, à nous les femmes, au nom d’une religion qu’ils ne comprennent pas toujours ou qu’ils adaptent selon leur humeur ou selon leurs désidératas.

Le récit alterne les moments présents et les moments dans le passé, quand le changement à eu lieu et quand les gens étaient satisfaits de certaines décisions car elles leur agréaient et ne les concernaient pas directement.

Après vint le désenchantement pour certains et certaines tandis que d’autres proliféraient sur le terreau de la privation de libertés et se rengorgeaient d’avoir des postes importants.

Un roman qui décrit un monde qui fait froid dans le dos, où l’amour est banni, la bagatelle aussi, la jouissance de même, le café ainsi que l’alcool, les revues porno, le maquillage, les beaux habits, les enseignes lumineuses, le droit à la parole, à la liberté… et où l’on vit dans un univers aseptisé qui ne me donne qu’une seule envie : aller me pendre.

Un roman où il est difficile d’entrer en empathie avec les différents personnages et où la lecture se déroule avec des angoisses. J’ai essayé de prendre de la hauteur afin de ne pas trop flipper et le fait de ne m’être attachée à aucun personnage, hormis un peu Defred, a fait en sorte que je n’en suis pas ressortie trop traumatisée.

Une dystopie que je conseille, même si elle m’a fait moins mal aux tripes que « Fahrenheit 451″ dans lequel j’étais entrée violemment.

Lisez et surveillez bien qu’un jour, on ne recommence pas à brûler des livres ou à éliminer la culture… Et ce jour là, ne regardons pas à côté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°1 – Une Étude en Rouge – lire un livre dont la couverture est à dominante rouge).