Métro 2033 : Dmitry Glukhovsky [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Métro 2033

Auteur : Dmitry Glukhovsky
Édition : Livre de Poche (11/01/2017)

Résumé :
2014. Une guerre nucléaire a ravagé la Terre. 2033. Quelques dizaines de milliers de Moscovites survivent tant bien que mal dans le métro. Ils sont organisés en microsociétés qui habitent une ou plusieurs stations de métro, se dotent de diverses formes de gouvernement et de croyances.

Les tunnels sont laissés aux parias, aux rats et à tout ce qui rode dans les ténèbres.

Artème est l’un de ces survivants. Une menace plane de l’extérieur, sa portée est connue par quelques-uns, Artème est chargé de transmettre cette information et doit atteindre Polis – une communauté de stations qui préservent les derniers vestiges de la civilisation humaine. Il est le dernier espoir de survie de l’humanité.

Commence alors une quête homérique, une odyssée dans le métro moscovite, où il va croiser tour à tour trafiquants, mystiques, néo-nazis et leur quatrième Reich, la première brigade « interstationnale », des religieux, des sectaires.

Il baignera dans les légendes urbaines du métropolitain.

Critique (Stelphique ICI) :
Toi qui ouvre ce livre, n’oublies pas de prendre avec toi un AK 47, des chargeurs avec des balles à profusion car dans ce monde souterrain, ce sera ta survie, mais aussi ta monnaie d’échange car les billets ne servent plus à rien, ou alors, à se torcher le cul.

Ça, c’est ce qu’il te faut si tu décides de te balader dans les tunnels du métro moscovite… On ne sait jamais qui on peut croiser dans les coursives.

Si tu désires aller prendre l’air dehors, pauvre fou, n’oublies pas d’enfiler une combinaison étanche et de te munir d’un masque à gaz ! Et d’un bazooka !

Tant que j’y suis, je te donne un conseil d’initié : si un mec commence à faire dans son froc en bégayant qu’il y a des Noirs dans le tunnel, tire à vue ! Non, ce n’est pas un acte raciste mais de survie car ces espèces de trucs n’ont rien d’humains.

Tant que vous y êtes, tirez aussi à vue sur les chiens et surtout sur les bibliothécaires ! Ces derniers sont des abominations et rien à voir avec vos livres rentrés en retard. Devant eux, un seul mot d’ordre « Fuyez, pauvres fous, mais en silence »… Ben oui, il est déconseillé d’être bruyant dans les biblios et paraît que le bruit attire ces sales trucs.

Ah, au fait, pas besoin d’abonnement du métro, votre passeport suffira et prévoyez assez bien de munitions, c’est le plus important.

Le post-apocalyptique n’est pas mon genre de prédilection, mais de temps en temps, j’aime sortir de ma zone de confort et m’encanailler ailleurs que dans des polars. Surtout quand l’idée vient de ma binôme de lecture.

Niveau angoisses, j’ai été plus que servie et je ne regarderai plus les stations de métro du même œil, dorénavant.

Après une guerre nucléaire qui a ravagé toute la terre (toute ?), les survivants se terrent dans le métro de Moscou, reproduisant à petite échelle les différentes sociétés telles qu’on les connait à grande échelle : entre les stations gouvernées par des nazis, des communistes, des Rouges, des mystiques, des tarés, des mafiosis, des commerçants, faites votre choix.

Le personnage principal, Artyom, est un jeune homme qui n’est jamais sorti de sa station et qui se voit confier une quête qui va lui faire traverser une partie du métro.

En se mettant en route, notre jeune homme, qui n’a rien d’un héros, ne sait pas qu’il va vivre sa plus fabuleuse aventure de toute sa life. Accroche tes mains à sa taille, pour pas que la chenille déraille… Et n’oublies pas de tirer à vue (et de bien viser) si jamais tu croises un truc pas net !

L’écriture est facile à suivre, agréable, elle vous entraîne dans les méandres du métro Moscovite, qui a tout d’un enfer, et heureusement qu’il y a un plan en première page, sinon, je m’y serais perdue, vu les nom des stations assez compliqué.

Là où j’ai tiqué, c’est que notre Artyom aurait pu mourir 20 fois et qu’à chaque fois, il a été tiré d’affaire pas la Providence qui a mis la bonne personne sur son chemin afin de le sauver… Bon, une fois, ça passe, deux fois, ça fait lourd, mais trois fois, faut arrêter car ça devient répétitif et moins plausible.

Autre chose que j’ai trouvée dommage, c’est que durant sa quête, les compagnons de marche d’Artyom ne fassent que de passer… Je ne dis pas qu’il fallait nous faire une fraternité de la quête de l’anneau, mais bon, j’aurais aimé voyager plus longtemps avec certains, dont Khan, et ne pas me contenter de les voir durant quelques chapitres avant qu’ils ne disparaissent en faisant pchiiitttt.

Tant que je suis dans l’énumération des petites choses qui dérangent, je me demande aussi où sont passées les femmes ?? Putain, on en croise pas des masses dans les couloirs, à croire qu’il ne reste plus que des mâles. La Nature a inversé les choses, ou alors c’est à cause de l’apocalypse, car après lecture, j’ai l’impression qu’on a 90% de bistouquettes pour 10% de nibards.

Malgré ces petits points noirs, le reste est passé comme une rame de métro sur des rails bien huilés : le voyage était intéressant, rempli de rencontres bizarres ou intéressantes, avec une bonne louche de mysticisme et d’ésotérisme, mâtiné de religions toutes plus folles les unes que les autres.

Avec quelques réflexions profondes et pas dénuées d’intérêts pour qui voudrait y réfléchir plus fort après sa lecture.

Je me suis attachée à Artyom, j’ai aimé son côté un peu adolescent, paumé, couard, pas très sûr de lui, et qui, malgré ses peurs, continue d’avancer en se tapant des kilomètres et des kilomètres de tunnels sombres de métros, avec tout les dangers qui s’y cachent, tapis dans l’ombre.

Si le début est un peu lent, s’il y a quelques passages un peu moins intéressants, je peux vous dire que les 200 dernières pages se lisent à la vitesse du TGV roulant sur des pelures de bananes ! Cours, Artyom, cours !! Mon cœur a palpité.

Alors oui, ce n’est pas de la toute grande littérature, ce n’est pas du post-apocalypse avec un message à la clé (le message est juste un peu plus long que 3 tweet de Donald), on a des moments de réflexions profondes, mais l’action ou la marche à pied sont plus présentes dans le récit que la philosophie. De plus, la succession des régimes politiques dans les stations pourraient devenir indigeste pour certains…

S’il y a du réalisme dans ce roman, il y a aussi une dose de fantastique ou de SF, à vous de voir dans quelle catégorie vous classerez le bestiaire des animaux qui ont mutés suite aux radiations nucléaires.

Un roman post-apocalypse qui n’a rien de la lecture de l’année, pourtant, j’ai apprécié la lecture, j’ai ressenti de l’effroi dans les tunnels sombres et habités par on ne sait pas trop quoi, j’ai eu de l’empathie pour ce brave Artyom, j’ai tremblé pour lui, j’ai armé ma Kalachnikov en même temps que lui et je compte bien redescendre sous terre pour les deux tomes suivants !!

Le Challenge « Pavé de l’été 2017 » chez Sur Mes Brizées (864 pages en version poche).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
J’étais très curieuse de partir à la découverte d’un nouveau territoire… J’ai reçu les appels de phares, et je n’ai pu résister à l’attraction du post-apocalyptique de ce métro russe… Je suis très contente d’avoir convaincue ma binômette de se lancer dans ces tunnels, parce que seule, j’avais un peu la frousse….

Synopsis :
2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désormais livrée à des monstruosités mutantes. Moscou est une ville abandonnée. Les survivants se sont réfu­giés dans les profondeurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie.

Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.

Les personnages :
C’est bien la première fois, que je me lie autant à un lieu, et pas forcément, aux personnages. Finalement, la force de ce roman, c’est que c’est le Métro lui même qui devient le personnage principal, et non pas les êtres qui crapahutent en ces tunnels…

On a du mal à s’attacher à ses personnages sans élan héroïque, ils leur manquent un pointe de luminosité, même si je pense que c’est intentionnel, pour faire mieux briller ce lieu de ténèbres… C’est très original !

« L’important c’est de reste le même au fond de son cœur, ne pas renoncer, ne pas s’avilir… »

Ce que j’ai ressenti :… Une terrifiante traversée souterraine…

« Est-ce qu’un être humain qui n’a jamais vu d’étoiles peut imaginer l’infini ? »

Bienvenue dans l’antichambre de l’Enfer, heu, dans le Métro russe, version post-apocalyptique !!! Comment vous dire ?! Il ne fait pas bon vivre dans ses tunnels obscurs, avec l’ombre de la menace des Noirs, continuellement enfermés dans les ténèbres

Peu de place pour la rêverie, les bons sentiments et l’hospitalité… Il règne en ces lieux, une ambiance oppressante qui ne vous lâche plus! Saisissante, asphyxiante, viciée, chaque inspiration est une souffrance autant pour ses personnages que pour nous, lecteurs.

Cette ballade dans ce Moscou revisité, est empreinte d’une menace sourde, presque surnaturelle, affreusement anxiogène…

Tous nos sens sont aux aguets: le danger réel et irréel se glisse dans ses lignes, chaque détour est un abysse profond, chaque intersection, une angoisse supplémentaire…

« Maintenant qu’il mesurait l’ampleur de la déchéance humaine, sa foi dans les lendemains radieux s’était évanouie . »

De tous les romans dans ce genre, je crois que celui ci, se distingue vraiment par cette atmosphère plombée par cette peur ancestrale du noir, mais pas seulement le Noir, presque le Néant… Absence de lumière, de beauté, et a fortiori d’espoir…

Le Metro devient le héros ténébreux, et  il nous dévoile ses pires recoins entre ses ombres monstrueuses, ses pièges nébuleux, ses inquiétantes voies, ses pires détracteurs…

Ce qui m’a vraiment plu, c’est cette manière d’aborder le post-apocalyptique,  il ne reste Rien : rien à sauver, rien à valoriser, (presque plus) rien à Croire. On sent vraiment que c’est la Fin de tout, du monde mais aussi des moindres valeurs…

Ici l’auteur se penche sur l’aspect spirituel de l’humain face à l’inéluctable, il nous donne matière à réfléchir sur les questions existentielles, et en même temps dresse un portrait peu reluisant de la nature humaine, la balance entre le Bien et le Mal penche affreusement d’un côté, et du coup offre un incroyable thriller d’une noirceur poisseuse…

Avec cette intrigue, la claustrophobie te saisit au détour d’un rail, et elle ne te lâche plus jusqu’à la fin du voyage…

« Celui qui trouvera en lui-même assez de patience et de courage pour scruter toute sa vie les ténèbres sera le premier à y apercevoir un éclat de lumière. »

En suivant Artyom, jeune homme qui se lance dans une mission quasi suicidaire, on fait le tour des stations et des pires travers humains. Chaque voie empruntée par ce personnage, nous offre un panorama des violences  dans lequel l’Homme peut s’illustrer en tant de crise, autant psychologique que physique…

En plus de l’absence de luminosité du lieu, cette excursion emprunte tous les cercles du vice et de la cruauté, se nourrit du sang et de l’incrédulité des plus faibles, et il parait, (selon une légende), qu’en creusant un peu, les Enfers seraient au centre de la Terre: on s’en approche dangereusement dans ses pages…

« Mais le diable a de ces blagues parfois! »

Un premier tome qui pose bien ses bases: On voyage dans les bas-fonds de la Russie, la philosophie prend le pas sur nos peurs les plus primales,  l’horreur rencontre un lieu parfait de perdition, on se délecte de cette tension de tous les instants…

Alors bien sûr, on se jette sur la suite de ses aventures souterraines, histoire de se faire encore plus peur que nécessaire…Vite Metro 2034 !

« Ce n’est pas la mort qui effraie. C’est son attente. »

Le petit plus : Le plan du Metro moscovite en couleurs! Déjà, il rend super à l’œil, mais surtout, il est absolument nécessaire, pour cette lecture étant donné, la complexité des noms russes des stations. A chaque chapitre, on sait où l’on est, et c’est vraiment appréciable pour la visualisation de la progression…

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Lien vers la chronique de ma partenaire de folie : Stelphique

Metro 2033 : Dmitry Glukhovsky [LC avec Stelphique – Intro]

— Allez ma Belette Cannibal, on se fait un petit roman post-apocalyptique pour changer ?
— Heu… pas très chaude, on va encore crever de trouille et remplir nos placards de denrées non périssables… Sans compter que je vais encore aller voler des cierges à l’église pour ne pas manquer de lumière en cas de black-out !
— *Insistante* Une petite guerre nucléaire, ça ne te tente pas ?? Tu avais adoré Résilience pourtant !!
— *Freine des quatre fers* Oui, mais je me méfie comme de la peste des centrales nucléaires, maintenant, et lors de ma lecture, j’ai failli en chier sous moi de trouille !
— N’exagère pas ! Au fait, il me semble que tu aimes la Russie autant que l’Angleterre, non ??
— *Yeux qui brillent* Oui, j’adore ce grand pays mystérieux qui me fascine autant qu’il me fait peur. On va se lire un classique russe ??
— Pas tout à fait… Mais on va aller à Moscou visiter le métro de l’an de grâce 2033.
— Pourquoi pas… on prend nos passeports ? Et la DeLorean aussi ?
— Pas vraiment non… Oublie ton passeport, on est dans du post-apocalypse, oublie la bagnole de Doc et ouvre ton roman. Par contre, prends de la mort-aux-rats et des lampes de poche. Ou plutôt : prends ta collection de cierges ! Allez, go ! J’y suis déjà moi.
— Stelphique, tu me fais peur, là !! Stelphique ??? Stelphiiiiiiique !! Reviens… *Silence* Bon, elle s’est engagée seule dans ces tunnels sombres et si je la laisse seule, je ne vais jamais retrouver ma binômette de lecture. Alors, je vais être obligée de voler à son secours, là…

  • Charbon sur le visage : ok
  • Fusils mitrailleurs chargés : ok
  • Chargeurs de réserve : ok
  • Bandana kaki dans les cheveux : ok
  • Lampes de poche chargées : ok
  • Cierges pascaux : ok
  • Crucifix pour enfoncer dans un cul : ok
  • Nourriture : ok
  • Eau : ok
  • Thermos de café : ok
  • Thermos de mojito : ok

Belette Cannibal parée à descendre dans le métro moscovite à la recherche de sa binômette qui fait si bien les mojitos framboises et les cornes de gazelles (d’après ses dires, mais je voudrais tout de même avoir encore la chance de tester la chose).

— Stelphique, j’arrive ! *voix de Sylvester Stallone dans Rocky)

 

 

V pour Vendetta – Intégrale : Alan Moore & David Lloyd

Titre : V pour Vendetta – Intégrale

Scénariste : Alan Moore
Dessinateur : David Lloyd

Édition : Delcourt (25/01/1999)

Résumé :
Londres, fin du XXe siècle : plus personne n’ose résister au « Système ». L’œil et l’oreille espionnent, le nez enquête, la bouche désinforme et la main fait régner l’ordre et la terreur.

L’Angleterre a pris les couleurs du fascisme. La culture a été effacée. Pourtant quelqu’un ou quelque chose rôde dans les ruelles sombres.

Il est vêtu comme un comédien, masqué d’un éternel sourire, cite Shakespeare, sauve les innocents, pose des bombes et préserve ce qu’il reste de la culture dans son musée des ombres. Un anarchiste s’est glissé au cœur du système.

Ni comédien ni tragédien, ni bouffon ni fou, ni fanatique ni terroriste, ou peut-être tout cela à la fois, il n’a pour nom qu’une initiale : V. V pour Vendetta. V pour Vengeance.

À moins que ça ne soit pas aussi simple que ça…

Critique :
Comment parler de cette intégrale que j’ai lu en plusieurs jours, tant elle est foisonnante de détails, de dialogues ciselés et dont l’atmosphère était lourde ?

Une uchronie sombre, dure, travaillée, violente, dérangeante, superbe…

Le festival des adjectifs et des superlatifs vient de s’ouvrir ! Qui dit mieux ?

Watchmen était déjà une œuvre aux personnages fouillés et à l’histoire complexe, mais avec celui-ci, on a encore franchi une limite dans le « oufti putain que c’est bon ».

Fin 20ème siècle, années 90. L’Angleterre sous une dictature implacable, qui fait peur et qui a tout de ce qu’auraient été notre vie si les nazis avaient gagné, camps d’internements compris.

Restrictions totale des libertés (le mot « liberté » existe-t-il encore ??), surveillance audio, vidéo (on va éviter de se promener à poil chez soi), contrôle de l’information, culte de la personnalité, arrestations arbitraires avec internement de certaines catégories de personnes dans des camps de concentration, anéantissement de la culture, des livres, du cinéma,… Les gens ne savent même plus ce qui a existé avant.

Si je n’ai pas vraiment accroché aux dessins (qui, je dois l’avouer, collent parfaitement avec l’histoire), le scénario, lui, est de toute beauté dans son réalisme car ce que les auteurs décrivent pourrait très bien nous arriver. Ça nous pend peut-être même déjà au nez.

Pour le lecteur habitué aux mangas, la surprise sera de taille car pas d’onomatopées (aucune !!) glissées ça et là pour bruiter l’action, pas de ballons de pensées non plus, et exit les pavés narratifs aussi, le tout ayant déstabilisé l’amatrice de bédé que je suis.

Entre nous, on s’y habitue vite, le talent des auteurs résidant dans le dessins et la narration qui arrivent à se passer de ses trois artifices, sublimant l’action et la narration, pour nous proposer un monument de la littérature dessinée.

Les personnages sont plus que criants de vérité, et V, celui qui s’insurge, celui qui est seul à se dresser contre l’oppresseur et la tyrannie, le seul à donner de la voix à la multitude silencieuse, il est humain, mystérieux, intrigant, passionnant, possède de l’humour et de la dérision.

Il a des valeurs morales, est prêt à tout pour faire tomber cette dictature abjecte et possède aussi des désirs de vengeance. Mon chouchou dans l’Histoire.

Son personnage s’est fortement inspiré de Guy Fawkes, le terroriste catholique qui est à l’origine de la Conspiration des Poudres qui eu lieu en 1605. Il faisait partie de ceux qui avaient planifié l’assassinat du roi Jacques Ier et de faire péter la Chambre des lords.

Quant au scénario, il y a du 1984 d’Orwell, mélangé à du Fahrenheit 451 de Bradbury avec une touche de Dumas et de son célèbre Edmond Dantès mué en un comte de Monte-Cristo vengeur, s’attaquant à ceux qui furent à l’origine de son emprisonnement.

V pour Vendetta est un joyaux noir, taillé à la juste mesure, éclairé de sombritude (oxymore additionné d’un néologisme, je sais) qui dénonce les régimes autoritaires et tout le cortège de privations qui va avec tout en mettant en garde le lecteur : sois vigilant, mec, ça pourrait revenir sans que tu le sentes venir !

Une putain d’excellente uchronie dessinée !

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

 

Morwenna : Jo Walton [LC avec Stelphique]

Titre : Morwenna

Auteur : Jo Walton
Édition : Denoël (10/04/2014) – Folio SF (2 mai 2016)

Résumé :
Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privée à jamais de sa sœur jumelle, Morganna.

Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.

Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée.

Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est ? Elle peut chercher dans les livres le courage de combattre.

Critique :
Morwenna n’est pas ce que l’on peut appeler un page-turner que l’on ne peut reposer tant qu’on ne l’a pas terminé.

Ce n’est pas non plus un roman où l’on dévore 200 pages d »un coup, mais plus un roman où l’on picore des pages, se laissant même aller à en lire un autre livre durant sa lecture.

Non pas qu’il n’est pas intéressant ou que l’on s’ennuie durant sa lecture, non, que du contraire, on le lit avec plaisir.

Malgré le fait que l’intrigue soit inexistante et qu’il ne se passe pas grand-chose… hormis quelques rencontres avec des fées.

Ben malgré ça, j’ai passé un bon moment de lecture, pas impérissable, mais agréable.

Gardez à l’esprit que c’est un roman dont il faut prendre le temps de s’imprégner des personnages, des atmosphères, des légendes, des non-dits, des secrets de famille et surtout, ne vous attendez pas à avoir des retournements de situations ou des événements de folie.

Nous sommes en train de lire le journal intime de Morwenna, jeune fille de 15 ans qui a un lien privilégié avec les fées, qui les voit, leur parle. Une jeune fille renfermée depuis le décès de sa jumelle, une jeune fille qui a bien du mal à s’intégrer dans sa nouvelle école.

Morwenna adore la lecture, et plus particulièrement la SF. C’est une véritable serial-lectrice, une cannibale lectrice, car elle en lit plus que moi…

L’auteure, en faisant de son personnage principal une férue de littérature SF, a sans doute eu peur qu’on ne la prenne pas au sérieux, et de ce fait, elle nous balance des tonnes de références littéraires, par l’entremise de Morwenna qui nous donnera tous les titres de ses lectures.

Ça ne m’a pas trop dérangée durant ma lecture, mais je suis d’accord avec ma collègue Babeliotte (Boudicca) qui trouve que citer toute les lectures de Morwenna, c’est exagéré.

Ça va, on a tout de suite compris que l’auteure connaissait son sujet, contrairement à d’autres qui font de leur héroïne des étudiantes en littératures et qui sont en fait des quiches (et pas des fatales).

Le personnage de Morwenna est complexe, difficile à cerner, au départ, et je pensais même que ses références à la magie et aux fées n’étaient que des élucubrations de son esprit pour justifier le comportement des adultes envers elle.

C’est un personnage touchant, comme bon nombre de personnes qui gravitent autour d’elle. Des portraits tout en finesse, réalistes, réussis.

Les choses que j’ai le plus appréciées, ce sont ses réflexions sur la lecture, sur les livres, sur sa compréhension du monde et des gens.

Elle est très mature pour une jeune fille de 15 ans et, tout comme moi, elle ne se trouve pas dans le groupe des filles populaires à l’école, passe plus de temps à lire qu’à avoir des contacts sociaux avec les autres étudiantes… qui, disons-le de suite, sont des pétasses crétines débiles. Ça valait pour les filles de ma classe aussi !

Anybref, ce n’est pas un roman que l’on dévore en bouffant les pages, il ne se passe rien de révolutionnant, ça se lit avec plaisir, mais je pense que d’ici quelques temps, il ne me restera pas grand-chose comme souvenirs marquants de cette lecture.

Pas de regrets de l’avoir lu, d’ailleurs, j’aurais pas osé ne pas le lire, ma binômette de lecture étant très persuasive pour me proposer de switcher la LC prévue en juin avec celle-ci qui comptera pour son challenge elfique.

Et vous le savez bien, j’ai peur !!! PTDR (mille pardons, ma Stelphique, ce fut un plaisir de faire ce switch, mais pas sûr qu’on va faire remonter le bazar chez Lord Arsenik ! – Je parle bien entendu de faire remonter ce livre dans sa PAL).

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda et le Challenge Printemps Elfique 2017 chez Stelphique.

Pourquoi je l’ai choisi :
Il me fallait un peu honorer mon petit Challenge Printemps Elfique, et il m’aura aussi fallu entrainer ma binomette avec moi, sous peine *de ne plus jamais lui parler*, pour lire ensemble ce livre que l’on décrit comme une merveille avec plein de fées dans ses pages….

Mission réussie et timing parfait avant la clôture, nous finissons donc en beauté ce trimestre féérique!

Synopsis :
Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna.

Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.

Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.

Ce que j’ai ressenti : … Une envolée toute en pages et en ailes féériques…

« Qui pourrait vouloir d’un monde de marionnettes? »

Je me suis sentie très proche de ce personnage, dans sa manière de s’abandonner totalement dans ses lectures, en cette période critique de l’adolescence…

J’ai trouvé que l’auteure arrivait à nous faire ressentir cette langueur qui empoissonne le quotidien de cette jeune fille, à subir la lenteur des jours sans enthousiasme, à ressentir le poids écrasant de cet enfermement dans ce pensionnat.

Et finalement, sa liberté se trouve dans les livres, dans ce genre si particulier qu’est la Science-Fiction, qui lui ouvre les portes vers un imaginaire débordant…

« Ce qui m’a toujours plu dans la science-fiction, c’est qu’elle vous fait réfléchir et regarder les choses sous des angles auxquels vous n’auriez jamais penser. »

C’est très beau cette manière d’aimer autant la littérature, d’aller explorer d’autres univers, d’apprécier autant  le poids des mots, de rendre hommage aux plus grandes œuvres écrites…

Chaque piste de lecture est à noter soigneusement et je serai bien partante pour m’en faire quelques unes, notamment « Le Seigneur des Anneaux », puisque cette jeune fille le connait par cœur!

Morwenna adore lire, et ça fait plaisir à voir! On se sent un peu complice de ses envolées, intéressée par toute cette ronde d’auteurs qu’elle nomme comme les plus passionnants, et j’aurai bien aimé participer à ce Karass/Club de Lecture entièrement animé au nom de la SF…

« J’avais des livres, de nouveaux livres, et je peux tout supporter tant que j’en ai. « 

Les fées que l’on découvre au sein de ses pages m’ont vraiment charmée. Dans cette façon d’être tangible sans l’être tout à fait, d’être imparfaites mais empreintes de merveilleux , d’illuminer le quotidien sans être lumineuses, d’avoir du pouvoir magique mais dépendante du monde humain…

J’ai beaucoup aimé l’idée de l’auteure de faire un parallèle entre fées et fantômes, de ce besoin de se raccrocher au fantastique pour appréhender la douleur, de créer une sorte d’échappatoire féérique qui soulage de la souffrance du monde réel…

« Quoi qu’il en soit , si la plupart des gens ne voient pas les fées parce qu’ils n’y croient pas, les voir n’est pas une mauvaise chose. Certains des plus beaux êtres que j’ai jamais vus sont des fées. »

« Si vous aimez suffisamment les livres, les livres vous aimeront en retour. »

Dans ce journal intime, l’héroïne se dévoile, grandit, mûrit, guérit ses plus grandes blessures, affronte son passé bancal, mais garde farouchement son âme d’enfant, un pont indestructible vers l’imaginaire…Cette jeune adulte en devenir, nous offre ses plus intimes cheminements ainsi que de jolies réflexions, pour un moment de lecture tout en charme et en féérie.

… Dum spiro spero – « Tant que je respire, j’espère »

Ma note Plaisir de Lecture  8/10

Lien vers la chronique originale de Stelphique 

 

Morwenna : Jo Walton [LC avec Stelphique – Intro]

— ♫ Tagada tagada, voilà Jo Walton, Tagada, tagada, il n’y a plus personne ♪ C’était Jo Walton ♪
— Oups, ma chère Belette, tu risque d’en faire fuir certains, si tu te mets à chanter.
— Pas grave ! Ils sont juste jaloux de ma sublime voix, c’est tout.
— Je ne dirais pas ça, murmura Stelphique, dubitative.
— Tu disais ?
— Non, rien… Juste que c’est chouette que l’on ait chamboulé notre LC de juin pour la remplacer par celle-là. Rien que pour mon challenge printemps elfique.
— J’aurais pas osé dire le contraire, tu m’as frappé ! Menacée, torturée. Pire, tu m’a même menacée de ne plus ma causer…
— Heu, Belette, t’en ferais pas un peu trop, là ??
— Si, mais bon, c’est pour maintenir le folklore et puisque notre LC du mois portera, pour finir, sur une plongée inquiétante dans le folklore gallois, autant rester dans le ton. De plus, la vérité est que tu m’as réellement menacé de ne plus ma causer… De la SF ce genre de promesse, mais bon, j’ai eu la trouille, moi !
— C’est cela oui, c’est cela…
— Bon, puisque tu me causes toujours, parle-moi un coup de ce que nous allons lire.
— Imagine ce que nous allons découvrir : un roman touchant et bouleversant qui a été récompensé par les deux plus grands prix littéraires de la science-fiction, le prix Hugo (décerné par le public) et le prix Nebula (décerné par un jury de professionnels). Il a en outre reçu le British Fantasy Award. C’est pas beau tout ça ?
— Si le ramage des critiques littéraires ressemblent au plumage du roman, assurément, ce sera le phénix des ôtes de ma biblio…
— Bien, Belette, bien… Bon, et maintenant, arrête de causer, de chanter, et lis !
— ♫ Tagada tagada, voilà Jo Walton, Tagada, tagada, il n’y a plus personne ♪ C’était Jo Walton ♪

Stelphique, dans ses grandes colères… PTDR

Swastika night : Katharine Burdekin

Titre : Swastika night

Auteur : Katharine Burdekin
Édition : Piranha (21/10/2016)
Édition originale : Swastika night – 1937 (sous le pseudonyme de Murray Constantine)

Résumé :
Sept cents ans après la victoire d’Hitler, l’Europe est soumise à l’idéologie nazie.

Les étrangers servent de main-d’œuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire.

Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier von Hess de l’existence d’une chronique retraçant l’histoire de l’ancien monde…

Critique :
Il fallait avoir une sacrée paire de couilles pour publier une uchronie dystopique (une dystopie uchronique ?) sur les dangers du nazisme en 1937, alors que la Seconde Guerre Mondiale n’avait pas encore commencé et que certains pensaient toujours qu’elle n’aurait pas lieu.

Des couilles et une sacrée vision des choses qui pourraient se produire si cette idéologie gagnait toute l’Europe.

La guerre n’est pas encore déclarée que l’auteure avait déjà imaginé un conflit terrible, basant son récit sur une victoire des allemands.

Pire, ayant connaissance des faits, je reste sans voix devant la clairvoyance de la dame qui, même si elle remplace les Juifs par des chrétiens, parle déjà d’extermination totale. Et en plus, dans son récit, les Juifs n’existent quasi plus… Exterminés qu’ils furent par les allemands.

C’est là que le roman prend toute sa force car il ne s’agit pas ici d’une 36ème version parlant d’une fin alternative de la Seconde Guerre mondiale mais bien d’une anticipation terrible sur l’avenir de l’Europe et du monde si le nazisme triomphait.

Le roman fait froid dans le dos… Nous sommes 700 ans après Hitler (oui, le vilain moustachu a remis à zéro le compteur de Jésus-Christ), le saint empire hitlérien domine toute l’Europe, et quand je dis toute, c’est toute, même pas un village gaulois pour résister.

Nous sommes face à une dictature impitoyable où les femmes ont autant de droit que les chiens et dont leur rôle est celui de poules pondeuses, juste bonne à se faire engrosser par les hommes et à mettre au monde des garçons, qui leur seront enlevés à l’âge de 18 mois.

Parqués dans des camps, nous sommes soumises au bon vouloir des mâles et le viol n’est plus un crime depuis longtemps. Nous n’avons plus de pensées, plus de vie, plus d’allant, plus rien…

L’art et la culture n’existent plus, les livres c’est pareil, hormis la Bible d’Hitler et les manuels techniques, les gens ne savent plus lire, lire ne sert à rien. Ne reste que la musique, mais tous les grands compositeurs que nous connaissons sont devenus allemands ou autrichiens, sans exception.

De plus, on a beau être 700 plus tard, les technologies ne sont pas très avancées, comme si les Hommes en avaient peur, comme s’ils vivaient toujours à l’époque de 1940 avec ses aéroplanes et ses vieux camions de l’époque.

L’univers qui est décrit dans ses pages est tout bonnement impitoyable, horrible, donnant des sueurs dans le dos car tout le monde a oublié ce qu’il y avait avant l’avènement du nain de jardin moustachu et on a fait de ce dernier un Dieu, limite un Jésus puisqu’il a donné naissance à une religion, la sienne.

La religion hitlérienne a remplacé la pensée. Hitler est Dieu sauf pour les parias chrétiens qui ne font pourtant pas preuve de plus d’intelligence avec leur propre culte : la religion quelle qu’elle soit ne sert qu’à fabriquer du prêt-à-penser qui annihile l’intelligence.

Tout est effacé, on a réécrit l’Histoire, les faits ont été changés, tout est à la gloire des allemands et des nazis, les religions éradiquées et ce qui les remplace est une horreur sans nom, les chrétiens étant même considéré comme moins que des rats !

Ah, et le petit homme ventripotent que nous connaissons, moustachu, moche, avec du bide et une mèche de cheveux gras est devenu – propagande oblige – un grand blond magnifique (2,10m) aux yeux bleus, avec des cheveux blonds et longs digne d’une pub de chez l’Oréal, un être quasi divin, et pas sorti du ventre d’une femme.

On lui a écrit une légende, il fait l’objet de culte, on visite les lieux saints en Allemagne et les seuls à ne pas avoir été envahis sont les japonais, qui eux, tiennent sous leur coupe les américains.

L’histoire gravite autour d’Alfred, un anglais, le personnage principal avec Herman, l’ouvrier agricole l’allemand et Von Hess, le chevalier.

Malgré leurs différences et leurs divergences, ces trois là vont discuter ensemble et le chevalier fera de terrible révélations à nos deux hommes, plongeant dans le désarroi le plus total l’allemand qui voit ses croyances s’effondrer.

Trois personnages attachants, réalistes, avec leurs pensées conformes à ce qu’ils ont toujours vu et vécu, la rébellion étant à proscrire chez les soumis, d’ailleurs, ils n’y penseraient même pas. Pourtant, comme le personnage d’Orwell dans 1984, Alfred a déjà conscience qu’on lui a menti cherche à déjouer la supercherie.

On ne peut pas dire qu’il se passe des tas de choses importantes, dans ce roman, mais on s’en moque, la narration étant tellement forte que l’on blêmit lors des conversations entre Alfred et le chevalier (haut grade chez les allemands), en découvrant la vie des gens, la condition de la femme, de l’enfant, les pensées qui sont celles des humains de tout bord.

Loin d’être indigeste, ce petit roman de 230 pages est limpide, facile à lire, même s’il a tendance à vous foutre des claques régulièrement, et pas des petites.

Il y a un réalisme effroyable, dont des faits qui se remarquent depuis quelques temps chez les Chinois avec leur règle de l’enfant unique (plus de garçons que de filles et un déséquilibre, comme dans notre roman).

Ceci est plus qu’un roman, c’était une vraie mise en garde en son temps, et elle vaut toujours pour notre époque ! Qui voudrait d’une telle société où les gens ne pensent pas par eux-même ?

Glaçant !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge « Polar Historique » de Sharon.

Il y a un robot dans le jardin : Deborah Install

Titre : Il y a un robot dans le jardin

Auteur : Deborah Install
Édition : Super 8 éditions (12/01/2017)

Résumé :
Dans un monde où acquérir un androïde fonctionnel est devenu tout à fait possible, Ben est peut-être en train de laisser passer le train de sa vie. Vivant sur l’héritage de ses parents, il regarde, impuissant, sa femme avocate s’éloigner de lui. Loser ?

Mais, un matin, Ben trouve un robot dans son jardin. Un adorable petit machin de ferraille qui, assis dans l’herbe, contemplant des chevaux, éprouve toutes les peines du monde à expliquer ce qu’il fabrique ici. « Débarrasse-nous de ce truc ! » exige sa femme en substance.

Contre toute attente, Ben s’embarque alors avec Tang dans une quête à travers tout le pays afin de ramener le robot à son propriétaire. Tendre et malicieux, drôle et manipulateur, Tang apprend vite. Et si, sous le vernis écaillé de l’intelligence artificielle, se cachait un vrai cœur ? Et si, au bout du chemin, Ben trouvait bien plus que ce qu’il pensait chercher ?

Critique :
Un peu de douceur dans ce monde de brute, ça ne fait pas de mal. Que du contraire. Et cette lecture, sous ses faux airs de littérature SF Feel-Good est un concentré d’énergie positive et se révèle être un récit plus profond que ce que l’on pourrait penser de prime abord.

À une époque où tout le monde possède son androïde dernier cri, se retrouver avec un robot « vintage » dans son jardin ne ferait plaisir à personne.

À personne, vous êtes sûrs ? Parce que Ben, le loser de service, lui, est intrigué par ce petit bout de ferraille d’un mètre trente.

Le robot était assis sous le saule, les jambes étendues devant lui et le dos tourné à notre fenêtre. Des gouttelettes causées par la rosée d’automne parsemaient son corps métallique, ce qui donnait un curieux mélange, entre estampe japonaise et tas de ferraille.

Si, si, Ben est un loser de première catégorie ! Sans-emploi, vivant de l’héritage laissé par ses parents, laissant à sa femme avocate le soin de sortir les poubelles, de préparer à manger et pire, il peut passer toute sa journée en pyjama peignoir. Moi, à la place d’Amy, son épouse, je lui aurais arraché les yeux !

Une publicité chez nous disait à propos du Lotto « Six croix qui peuvent changer une vie » et bien, pour ce roman, on pourrait dire « Ce petit robot peut changer ta vie » car à la fin du roman, notre Ben pourrait, la main sur le coeur, dire « J’ai changé »…

Comment ne pas s’attacher à Tang, ce robot qui donne l’impression d’avoir été fabriqué à la va-vite, avec sa tête carrée posée sur un corps carré et ses petites réflexions, ces « pourquoi » posé sans cesse, comme un enfant, ces bouderies, ses petits mensonges…

Mais enfin, êtes-vous en train de vous dire, ce n’est qu’un tas de ferraille, ça ne pense pas, ça n’a pas de sentiments !!

Détrompez-vous, gens de peu de foi et de coeur ! Notre Tang, vu la première fois, donnerait l’impression de n’être que de la ferraille, mais moi, je l’ai trouvé plus vivant que certains humains, plus touchant, plus amusant, plus émouvant.

Le grand voyage qu’il va accomplir avec Ben, loser de son état, va être le plus grand voyage jamais réalisé par un loser anglais et leurs péripéties pourraient donner lieu à un roman… Suis-je bête, ils viennent de l’écrire puisque je viens de le lire d’une traite.

Oh, ce n’était sans doute pas le prochain Goncourt, certains pourraient dire que c’est trop too much, trop de bons sentiments, trop gentillet, et pourtant, moi je ne l’ai pas vu de la sorte, y voyant plus un récit sur la différence, sur l’acceptation de l’autre, sur des populations qui voient dans les androïdes ou les robots des simples machines et d’autres des êtres doués de raison, d’empathie, des êtres qu’il faut traiter avec respect.

J’ai vu aussi le légume Ben devenir un autre homme, changer, évoluer, apprendre à se démerder seul, commencer à apprécier Tang, à lui apprendre des choses, tandis que Tang évoluait lui aussi de son côté, même si parfois on avait l’impression d’être face à un enfant souffrant d’autisme ou face à un enfant capricieux.

Oui,  j’ai aimé leur voyage, leurs différentes rencontres, leurs relations, leur amitié.

Un roman qui fait du bien et qui se trouve être plus profond qu’on pourrait le croire. Une lecture rafraichissante et une bouffée d’oxygène bienvenue.

A ce stade, je dois avouer que je n’aurais jamais imaginer traverser les États-Unis a volant d’une Dodge Charger, en compagnie d’un robot vintage et d’un teckel radioactif. Mais la vie est pleine de surprises qu’il vaut mieux ne pas contester.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Version officielle : James Renner

Titre : Version officielle

Auteur : James Renner
Édition : Super 8 éditions (09/02/2017)

Résumé :
Professeur d’histoire, Jack Felter revient dans sa petite ville natale de l’Ohio. Son père, pilote à la retraite atteint de démence, est en train de perdre la mémoire.

Ce retour forcé ravive de douloureux souvenirs : celui de Samantha, la fille dont il tomba amoureux et qui a fini par épouser Tony Sanders, un psychiatre et son ancien meilleur ami. Sauf que Tony a disparu depuis maintenant 3 ans, et est présumé mort.

Le seul qui semble capable de lui apprendre quelque chose est Cole Monroe, le dernier patient de Tony – un garçon de 16 ans soigné pour paranoïa. Jack est contraint de faire cause commune avec lui pour suivre la trace de son ami. Leur quête – sidérante – va les mener de Manhattan à des structures secrètes enfouies sous les montagnes des Catskills, pour s’achever sur une île secrète du Pacifique.

L’enjeu ? Aux frontières de la folie et du temps, percer le mystère du Grand Oubli, cette gigantesque conspiration chargée de dissimuler les véritables évènements de la Seconde Guerre mondiale.

Tandis que tout ce que pensait savoir Jack s’effondre, une question demeure, essentielle : est-il préférable d’oublier notre plus grande erreur, ou de se la rappeler pour ne plus jamais la commettre ?

Critique :
Jack Felter n’a rien d’un héros, rien d’un Indiana Jones, c’est juste un prof d’histoire qui revient dans sa ville natale, en Ohio, afin d’aider sa soeur à s’occuper de leur père atteint de démence et d’Alzheimer.

Je viens d’écrire ces quelques lignes et déjà j’ai des doutes en ce qui concerne ce que je viens de pianoter sur mon clavier.

Est-ce bien la réalité ou ai-je déjà été réinitialisée ??? Le calendrier me signale que nous sommes jeudi 23 mars 2017, mais depuis que j’ai dévoré ce roman, je ne me fie plus aux calendriers.

Putain, j’espère qu’on ne va pas faire un bon en arrière dans le temps car je n’ai pas envie de refaire ma journée de travail ! Merde quoi !

Si vous lisez ce roman (et je vous le conseille), laissez une fois de plus vos certitudes à la porte et laissez-vous emporter par le récit qui risque de vous laisser choir votre mâchoire à un moment donné.

Sur le moment, j’ai pensé à voix haute « Hé oh, faut pas pousser bobonne dans les orties, là, surtout quand elle n’a pas de petite culotte », j’ai même failli déposer le roman – bête que j’aurais été – quand je me suis souvenue que j’étais dans de la fiction, de la science-fiction, ou dans une sorte d’uchronie dystopique.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Tout était normal…

Si vous êtes amateur de grand complot mondial, ce roman est pour vous ! Si ce genre de couillonades vous faire sourire doucement, ce roman est pour vous aussi car il risque de vous divertir et de vous faire réfléchir.

Souvenez-vous de vos cours d’Histoire reçus à l’école, qui, comme vous l’avez sûrement remarqué, ont tendance à changer de version au fil des générations ou selon la personne qui s’approprie le fait historique.

D’ailleurs, lorsque je découvre toutes les faussetés historiques qu’on nous a fait gober à l’école, je me dis que l’Histoire est souvent un beau mensonge arrangé par les vainqueurs.

Ici, vu la théorie,  je dois dire que l’auteur a une sacrée paire de couilles pour reprendre des faits historiques mondiaux tels que ceux abordés dans ce roman et de les coupler avec une tragédie américaine post  année 2000.

Et vous savez le pire ? C’est que ça marche du tonnerre ! Tout se goupille l’un dans l’autre et la sauce prend sans avoir besoin d’en faire des tonnes pour vous la faire avaler.

Si j’ai ricané au départ devant ce que je pensais être un truc de fou, je n’ai plus ri ensuite et j’étais tellement absorbée par l’histoire que j’aurais bien tout lâché pour finir le roman de suite. 430 pages, tout de même, ça fait un sacré morceau.

Oui, absorbée je l’étais ! Normal, l’écriture était agréable, les personnages bien campés, diversifiés, réalistes, le mystère et le suspense montent doucement pour ne plus vous quitter ensuite et jusqu’au dernier moment vous vous accrochez à ces pages comme si votre vie en dépendait.

Ce roman qui mélange l’uchronie et la dystopie risque de vous laissera pantois devant ces théories dignes d’un conspirationniste mais qui, dans la trame du roman, restent tout à fait réalistes. Elles s’intègrent parfaitement au récit et on prend tout comme si de rien n’était.

Oui, j’ose le dire, moi qui suis une grande septique et dont les théories des conspirationnistes ou les Grands Complots Mondiaux me font toujours ricaner.

Un roman divertissant et troublant, même si dans le fond, je sais que ce n’est pas possible… Quoique… J’ai des doutes, là, subitement !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Dans la forêt : Jean England [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Dans la forêt » de Jean England

Dossier n°04

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié : Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt.

Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Date du crime d’édition : Janvier 2017, tout récent.

Arme du crime : Un black-out total dont nous ne saurons rien de plus

Traumatismes : Oui, parce que ça pourrait aussi nous arriver, mais cadavre moins traumatisant que d’autres (Black-Out, Extinction, The End of the world, Résilience).

Suspects : L’auteur qui, de son cerveau fécond, nous a écrit ces pages, il y a 20 ans. Et puis, sans aucun doute l’Homme es ses excès, l’Homme qui, de par son comportement, court à sa perte.

Arme du crime probable : Inconnue. Toutes les pistes sont bonnes à prendre, aucune indication sur le cadavre autopsié.

Modus operandi du crime : Un pays (États-Unis) qui a perdu l’électricité. Deux jeunes filles et leur père livrés à la survie dans leur maison, perdue près des bois. Le père décède et ensuite, nos deux jeunes filles vont devoir se démerder seules avec ce qu’elles possèdent et changer radicalement de vie.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Encore une roman post-apocalyptique ? Ça commence à bien faire, non ? C’est mon je-ne-sais-quantième roman du genre qui passe sur ma table d’autopsie !

Rassurez-vous, vous ne devrez pas parcourir La Route pour aller de Pétouachnoc à une grande ville. Vous ne devrez pas non plus défendre, armes à la main, votre dernier Carambar, votre dernier Oréo ou votre dernière bouteille d’eau face à une meute de voisins enragés et devenus agressifs à cause de la peur de leur Extinction prochaine.

Certes, c’est un véritable Black-Out auquel nous serons confrontés, mais il a commencé doucement, et tout le monde pensait que tout allait se rétablir… Erreur, grave erreur.

Vu que nous nous trouvons dans une maison isolée près d’une grande forêt, ce roman a tout de la survie à la Robinson plutôt que de celle d’un The end of the world puisqu’ici, pas de fuite : le roman se déroulera quasi en huis-clos avec un père et ses deux filles – Nell et Eva – et puis, juste leur deux.

Nell est la narratrice et elle nous conte un récit fort réaliste sur une civilisation qui a perdu l’électricité sans que l’on sache jamais comment ou à cause de quoi celle-ci a disparu, le récit se concentrant exclusivement sur la survie des deux sœurs dans la maison parentale.

Un huis-clos oppressant, surtout lors de leurs disputes ou pendant qu’elles se cherchent des occupations durant leurs journées. Nous ne les quitterons jamais, sauf à suivre les récits d’avant le black-out raconté par Nell ou des récits de leur enfance, avec papa et maman, au temps de l’insouciance.

Nous ne saurons pas vraiment ce qu’il s’est passé dans la ville voisine de 50km, mais l’auteur, avec peu de mots et de descriptions nous fera comprendre l’horreur que cela a dû être pour les habitants face à une telle situation.

On s’attache aux filles, on les suit dans leur survie, dans leurs espoirs, dans leurs souffrances, dans leurs peurs, le tout sans tomber dans un pathos larmoyant.

Un roman qui nous conte la chute d’une société, un effondrement total, en nous laissant entendre que, comme d’habitude, une autre se relèvera sur les cendres de la précédant puisque, c’est vrai, cela fait seulement depuis 130 ans que l’Homme utilise l’électricité et à vécu plus longtemps SANS elle que AVEC elle.

Un superbe récit de survie qui se dévore avec avidité et qui ne ressemble en rien aux autres romans post-apocalypse déjà lu et autopsié.

Verdict du détective Cannibal ?
Pour une fois, le médecin et le détective sont d’accord !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

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Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

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C’est avec une grande joie, que notre reporter elfique, Stelphique nous expose du haut de son grand sequoia, ses points lumineux sur cette forêt mystérieuse… Ses ailes sont aises de vibrer au grand air américain, et dans un parfait Nature Writing, on sent comme une vraie reconnexion avec l’essence même de la vie….

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La fratrie… ou comment deux sœurs s’apprivoisent…

Il est parfois difficile de se différencier de sa sœur, surtout quand elles sont si proches en âge, qu’on pourrait presque les prendre pour des jumelles… Vaste question que cette forme de fratrie, entre amour et déchirement pour la quête du soi. Nell et Eva ont cette relation de répulsion/attraction qui ne se fait pas, sans quelques fractures de ce lien, unique et fort, du sang…

En se noyant dans leurs passions et leurs ambitions dévorantes, elles se construisent une identité, à force de renoncement à l’autre, et pourtant l’amour qui les unit parait indéfectible.

Le roman tourne autour de ce cercle familial, entre souvenirs passés et avenir à reconsidérer, et cette micro-cellule de liens humains est une onde de choc et d’émotions qui nous est donné de lire dans ce journal intime, dernier vestige laissé au monde comme la preuve de leurs passages sur Terre…

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Le post-apocalyptique… ou comment la solitude envahit le quotidien…

Un recul désiré, puis forcé dans cette maison… La fin du monde poursuit sa course folle de manque et de cécité, pendant que cette famille vit au gré des saisons, proche de la Nature…

En fait, le post-apocalyptique se ressent dans ces privations, dans ces coupures, dans ces absences… C’est plus, la solitude, et l’étiolement des liens sociaux qui frappe dans ce livre, que les réelles raisons de ce nouveau monde…

Petit à petit, les commodités et les ressources s’amenuisent, seule la survie compte, mais la vie se charge toujours d’infliger mille dangers et heurts, qui reconditionnent la vision de cette fratrie.

S’il n’est pas forcé d’entendre de la musique pour danser, ou de concentration pour apprendre, il faut que ses jeunes filles trouvent assez de force en elles pour affronter cette nouvelle vie sans but, et c’est dans ce néant qu’elles devront apprendre à vivre…

C’est là, que le post-apocalyptique prend tout son sens et que la force de ce roman vous atteint en plein coeur…

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La forêt… ou comment cet environnement devient lieu de vie…

De tout temps, la forêt a généré peur et fascination. On a juste oublié qu’autrefois, elle a été lieu de vie pour les peuples, avant qu’on ne s’en éloigne pour lui préférer les villes… La forêt est source de légendes, génératrice de vie, domaine des plus étranges créatures…

Elle est à la fois bienfaitrice et cruelle, car il se cache dans ses arbres, des formes de dangers soudains, autant que de mauvaises rencontres, mais aussi mille merveilles…

Eva et Nell l’apprendront, souvent à leur dépend, que la nature donne autant qu’elle reprend, distribue autant qu’elle inflige… La beauté de cette lecture tient à cette rencontre avec ce lieu majestueux, la connexion avec l’essentiel, l’abondance du don…

En conclusion, cette lecture parle de dépouillement, de violence, et de lâcher prise… Elle se veut intime et c’est presque dans un murmure qu’elle nous souffle que Dans la forêt, se trouve sans doute, notre salut…

Plaidoirie de la partie civile


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Madame le Juge,

Lors du réquisitoire de la partie adverse, j’ai imaginé de multiples scénarios quant à la conclusion de ce procès…
J’ai vu la perpétuité pour ce roman car le consumérisme outrancier était cause de sa lente agonie. Il pourrissait au fond d’une cellule sombre et humide, ses pages se gondolant et jaunissant au rythme des saisons. Il attendait la fin, son encre déliquescente condamnée à ne plus être frôlée par un seul regard humain. Sa couverture se désagrégeait et bientôt il ne restait plus de lui que quelques feuilles trop fines pour résister au passage du temps. Il était oublié de tous, étouffé par tant de romans parlant de l’apocalypse et se putréfiait autant que cette humanité qui gangrenait le monde…

J’ai vu une condamnation indulgente et une liberté conditionnelle après 20 ans de silence pour cette histoire contée avec tant de douceur et de poésie. Le huis clos oppressant était pardonné et ce livre purgeait une peine de principe dans une forêt oubliée où le retour à des valeurs plus saines et plus proches de la nature le guidait vers de nouveaux courants de pensée. La punition divine était évoquée mais seul lui importait la rédemption et la reconnaissance de ses pairs. Seul lui importait d’être à nouveau touché par des doigts avides de tourner ses pages.

Enfin… j’ai vu l’acquittement. Sous la redondance du sujet et l’ennui de la première partie, les jurés s’apercevaient du fond si important de ce roman. Celui qui parle de deuil et de survie, celui qui évoque la perte si cruelle de ses parents, celui qui pousse à la résilience et qui confronte le lecteur à la mort : Celle de ses proches ou bien la sienne. Le roman sortait triomphalement de ce tribunal, l’espoir chevillé aux pages de prouver au monde entier qu’il existait. Il s’exhibait fièrement sur les rayons des librairies, sa couverture bombée bravant les chalands. Il se sentait unique, et au final : il l’était je vous l’affirme.

Je plaide aujourd’hui pour ce dernier scénario afin que le petit monde que nous représentons découvre les véritables atours de ce roman ainsi que les messages si emplis d’humanité qu’il transporte dans son for intérieur. L’acquittement est de mise, Madame le Juge. Laissez, je vous prie, le monde découvrir cette histoire.

La Chronique de Stelphique

La Chronique de Nath

Les chemins de Damas : Pierre Bordage [LC avec Stelphique]

La Trilogie des prophéties - Les Chemins de Damas

Titre : Les chemins de Damas

Auteur : Pierre Bordage
Édition : Le Livre De Poche (2007)

Résumé :
Après la grande guerre contre les nations musulmanes, l’Europe est dominée par les mouvements évangéliques venus des Etats-Unis.

Délocalisations, prolifération des milices et des bandes, misère et corruption généralisées : le vieux continent s’enfonce dans la crise.

Divorcée, Jemma vit dans une résidence protégée au cœur de Paris. Un jour, sa fille disparaît, comme des milliers d’autres enfants avant elle.

Désemparée, la jeune femme part à sa recherche aux côtés de l’énigmatique Luc, vers ce Moyen-Orient diabolisé, impénétrable…

trilogie-des-propheties-t3-les-chemins-de-damas-t3-bordage-pierre-lpCritique :
Et c’est repartit pour un roman où toute la Terre est dévastée ! Toute ? Oui, toute, personne n’a aperçu l’ombre d’un village gaulois qui résisterait encore et toujours… Hélas.

Allez, disons que c’est moins grave dans la patrie de Donald Trump (j’aurais toujours du mal à le dire), mais pour y arriver, c’est Tintin et Milou avec car l’océan Atlantique est gelé, rapport au Gulf Stream en grève…

Bref, la Terre a été dévastée par une guerre imbécile (comme elles le sont souvent) qui a eu lieu entre les différentes religions. La plupart des gens, qui vivent dans la misère ou tirent le diable par la queue, s’en sortent tant bien que mal, vivant de délits, d’expédients ou se laissant glisser dans la misère la plus noire.

Il lui arrivait de plus en plus souvent d’envier les hommes fauchés par la mitraille sous ses yeux, leur étrange sérénité dans la mort, eux dont les traits se tordaient d’épouvante quelques secondes avant l’assaut. Leur vie s’était brisée à l’âge de dix-huit ou vingt ans, mais ils ne subissaient plus la tragique imbécillité humaine, ils flottaient, libres, aériens, au-dessus du cul-de-basse-fosse où les hommes, sous le vernis civilisateur, s’abandonnaient à leurs instincts les plus vils. […] C’était pire depuis que les partis évangéliques avaient conquis l’Europe, de l’amour plein la bouche et de la merde plein le cœur.

Ce troisième roman est différent des deux autres de par le fait que la Guerre est terminée, que les pays tentent, tant bien que mal, de se reconstruire, que les populations sont dans la merde, et ceux qui ont encore de la chance d’avoir un job vivent quasi retranché dans des quartiers ou des cités protégés.

La guerre avait opéré une sélection des espèces à rebours : les meilleurs avaient péri sur le Front, il ne restait plus que les médiocres, les planqués et les crétins.

Il est différent aussi car il y a une multitude de personnages qui vont croiser notre route, rendant par là un attachement à l’un où l’autre plus difficile, même si, dans l’absolu, nous suivrons plus le périple de Jemma, dont sa fille a disparu mystérieusement et de Luc, venu l’aider. Eux, on risque grandement de s’y attacher, même si j’avais parfois envie de baffer Jemma.

Les autres personnages ne seront que de passage pour nous montrer la vie telle qu’elle est maintenant à Paris où ailleurs : pas rose, morose avec des personnes engluées dans des nouvelles croyances frisant le fanatisme. Ces personnes passeront dans le roman et nous ne saurons pas toujours ce qu’elles sont advenues.

La force du récit se trouve, une fois de plus, dans le réalisme. Lorsque les mots percutent notre esprit, les images arrivent en bloc – souvenirs de films ou de reportages – et de suite, le récit devient plus oppressant car on sait, au fond de nous, que ce genre d’horreur nous pend sans doute au nez…

Avantage aussi, c’est que l’auteur ne sombre pas dans le grand n’importe quoi, il reste cohérent dans ses personnages et dans le message qu’il tente de nous faire passer, message qui n’est jamais que la vérité dans toute sa nudité.

Nous avons beau avoir passé le 20ème siècle et posséder tout sous la main afin de vérifier les infos qu’on nous donne à ruminer, les gens ne possèdent plus (ou pas) d’esprit critique et gobent tout, tel des ânes mangeant leur foin et répétant ce qu’ils ont entendu ou ce qu’on leur a laissé entendre.

— Ceux qui vantent les mérites de la mort sont toujours les derniers à partir, vous avez remarqué ?

Les gens ont toujours tendance à suivre la masse et à crier haro sur le baudet, cherchant plus volontiers des boucs émissaires que les véritables coupables, cherchant plus à apaiser, vite fait bien fait, leurs colères et leurs douleurs que de tenter de comprendre comment cela a pu se produire et QUI nous a manipulé pour tenter de nous emmener là où on voulait que l’on aille. Cherchons à qui profite le crime…

Plus la population serait inquiète, plus elle accepterait les solutions radicales imposées par les extrémistes religieux, le retour à un ordre moral strict, l’abandon de la liberté individuelle, la fin de l’utopie démocratique.

— Les extrémistes que vous, les Européens, appeliez les terroristes islamiques se sont servis de l’islam pour impliquer l’ensemble des populations musulmanes, mais leur but principal était de virer les régimes mis en place par les Occidentaux. La seule façon d’unir le monde arabe et, plus largement le monde musulman, c’était de les agréger autour de la religion et, donc, de faire monter un peu partout dans le monde, le sentiment islamophobe, de séparer l’humanité en deux camps ennemis, de stimuler le vieux réflexe grégaire.

— Il faut toujours chercher à qui profite le crime, n’est-ce pas, et le crime, ici, a fait plus de cinquante millions de morts. Deux puissances ont volé en éclats, l’Europe et la grande nation musulmane en cours de formation, trois, si on classe l’ONU dans la catégorie des puissances. Les bénéficiaires de l’opération : les États-Unis, et j’inclus ici Israël, que je considère comme un État américain, la Chine, qui poursuit tranquillement sa croissance et dont les États-Unis sont devenus les fournisseurs et les clients principaux, l’Inde, qui vient de rompre son autarcie pour signer les accords commerciaux du Trident.

Dans ce roman, la critique de notre société est cruelle, mais véridique. Celle des politiques/politiciens aussi. Ça cogne juste là où il faut, en plein dans le plexus, les médias ne seront pas épargnées non plus, tout comme nos Sociétés bien pensantes qui croient que c’est chez les autres qu’on ne respecte pas l’autre moitié de l’humanité (la femme) ou que c’est l’autre, le barbare…

— Ne croyez pas tout ce que les médias vous chantent, ne confondez pas fanatisme religieux et tactique insurrectionnelle […] Les extrémistes se sont emparés de l’islam parce qu’ils avaient besoin d’une bannière fédératrice, incontestable, mais il s’agissait d’une action politique, d’une lutte d’influence, d’une course au pouvoir. Ils cherchaient avant tout à se débarrasser des dynasties mises en place par les Occidentaux pour ménager les intérêts occidentaux.

Elles la mettaient au défi, elle, la femme européenne, la femme libre, de passer dans l’autre pièce et de rapporter la semence d’un homme sans attirer l’attention des autres. Elles lui signifiaient qu’elles, les femmes condamnées au silence et au secret, faisaient ce qu’elles voulaient des mâles vaniteux et bornés, qu’elles pouvaient aller avec n’importe lequel d’entre eux sans que leur mari ou leur père ne s’en aperçoivent. Les hommes imposaient aux femmes la virginité, la fidélité, la soumission, croyant ainsi garantir leur paternité, marquer leur territoire génétique, mais elles étaient les maîtresses absolues des corps et des plaisirs, elles les trompaient et les bafouaient quand bon leur semblait, c’était leur revanche, la vengeance des ombres.

C’est un récit assez violent, cru, sans concession, réaliste, écrit avec une plume acérée, une plume qui écrit, noir sur blanc, des vérités jamais belles à entendre. On ne sort jamais tout à fait indemne de ces romans aux relents trop réalistes qui nous dresse les poils sur les bras (et partout ailleurs) tant il fiche les chocottes.

La vision cyclique, la perspective historique auraient dû nous enseigner l’humilité, mais l’homme est pétri d’orgueil, il s’estime l’égal de Dieu, il veut immortels les monuments érigés à sa gloire et les frontières de ses empires, il espère dompter la matière et suspendre le temps, il oublie qu’il est aussi éphémère qu’un insecte ou une fleur, un grain de poussière qui retournera à la poussière.

L’auteur ne tire pas à boulets rouges sur les religions, mais sur ceux qui les utilisent à mauvais escient, pour leur besoins personnels, pour des fins politiques, toujours pour leurs profits à eux, jamais pour aider les autres, le tout sous les regards de la masse qui n’a rien compris et hurle sur des textes au lieu de se révolter sur les mauvais utilisateurs.

Mon Dieu, avaient-ils donc oublié que Jésus prônait l’humilité, le renoncement, l’abolition du jugement et l’amour du prochain ? Que le mal qu’on faisait au plus petit de ses frères, c’était au Christ lui-même qu’on le faisait ?

— Christ juger. Christ revenir et décider.
— Si c’est à lui de décider, pourquoi le faites-vous à sa place ?

— […] Dans une église stupide où l’on parle sans cesse du Christ mais où on n’aime pas le Christ !

— Ne croyez pas tout ce que les médias vous chantent, ne confondez pas fanatisme religieux et tactique insurrectionnelle […]

Comme disait l’autre « On ne nous dit pas tout » et j’ajouterai qu’on nous dit ce qu’on veut bien entendre et que la réalité est déformée par un prisme ou par cette course folle de celui qui sera le premier à poster l’info, vraie ou fausse, tout le monde s’en moque.

Malgré tout ce cynisme et celle plume trempée dans de l’acide, tout au fond de ce récit noir, j’ai entrevu une lueur d’espoir… Une belle lueur d’espoir.

Une trilogie qui vaut la peine d’être découverte et que je suis contente d’avoir lue ! Des romans différents, chacun ayant quelque chose à nous apporter.

— Je crois que l’Europe n’a plus d’avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l’emporteront sur les intérêts humains, l’Europe poursuivra sa descente aux enfers.

— […] L’autre nous paraît hostile parce qu’il n’appartient pas à la même race, au même peuple, à la même religion, à la même histoire, au même sexe, au même âge que nous. Nous ne le percevons qu’à travers nos filtres, chrétien, juif, musulman, hindouiste, bouddhiste, animiste, athée, homme, femme, vieux, jeune, beau, laid, nous ne lui accordons pas de vraie légitimité, l’autre nous regarde au travers de ses filtres et ne nous accorde pas de vraie légitimité. [..]

Ceux qui parlent en mon nom voient le diable dans mes œuvres et me voient dans les œuvres du diable.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), , Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (504 pages).

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :
On se devait de finir en binôme cette trilogie noire mais très intéressante : une lecture commune de plus qui nous aura bien remuée avec Cannibal Lecteur ! On doit être un peu cinglées sur les bords, à se faire peur, toujours plus….

Synopsis :
Après la grande guerre contre les nations musulmanes, l’Europe est dominée par les mouvements évangéliques venus des Etats-Unis. Délocalisations, prolifération des milices et des bandes, misère et corruption généralisées : le vieux continent s’enfonce dans la crise.

Divorcée, Jemma vit dans une résidence protégée au cœur de Paris. Un jour, sa fille disparaît, comme des milliers d’autres enfants avant elle. Désemparée, la jeune femme part à sa recherche aux côtés de l’énigmatique Luc, vers ce Moyen-Orient diabolisé, impénétrable…

Les Personnages :
Ils sont nombreux, parfois éphémères, mais donnent toujours des petites touches d’éclairages sur les ténèbres de ce monde d’après-guerre.

J’ai été touchée par la douleur de Jemma, même si dès fois, elle est assez énervante dans son incapacité à prendre sa vie en main, je me dis que ce n’est pas évident de trouver sa place dans cette configuration d’avenir.

Je ne saurai pas quelle serait mes propres réactions, alors je ne la blâme pas, mais je lui aurai bien tendu au moins une arme blanche à travers les pages, ça me semble le minimum… Pacifique, mais pas naïve la fée…^^

Luc garde un poil trop de mystères, on ne sait pratiquement pas ses réelles motivations. C’est peut être le plus intéressant des personnages, mais c’est dommage qu’on en sache pas plus sur lui….

Ce que j’ai ressenti:…Au bout du tunnel enténébré , la lumière, et au-delà….

L’humanité a un besoin urgent de rêveurs.

Nous finissons une trilogie qui nous parle des dangers et dérives que peuvent faire les hommes de la religion et la foi. C’était une lecture visionnaire, actuelle, et riche de pistes sur les enjeux politiques de ce monde.

On ressort rincés, plus critique sur notre société. Cet auteur arrive à mettre en fiction, dans un avenir proche, toutes les failles de notre système de lois qui régissent le capitalisme, des aspirations sombres que projettent des dizaines d’années à l’avance les puissants de ce monde, l’immense désarroi auquel les individus lambda de cette planète se retrouve confrontés.

Quand on vous disait que cette lecture fait peur, c’est parce qu’elle est trop réaliste, trop prévisible, trop effrayante…

— Je crois que l’Europe n’a plus d’avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l’emporteront sur les intérêts humains, l’Europe poursuivra sa descente aux enfers.

Nous, revoici, dans la chronologie du temps, quelques années après la guerre, et elle n’est pas annonciatrice de glorieuse période… Les hommes sont encore plus esclaves, plus pauvres, plus résignés, plus contrits… L’espoir n’est pas de mise, et en plus, un grand fléau frappe toutes les contrées du monde: la disparition des enfants…

Pfiou…. Envolés, sans laisser de traces…. Ça laisse perplexe, mais c’est diablement addictif, car c’est bien connu, les enfants sont l’avenir, et sans eux, et déjà que ce présent là est ténébreux, on frôle la catastrophe ultime…

La guerre avait opéré une sélection des espèces à rebours : les meilleurs avaient péri sur le Front, il ne restait plus que les médiocres, les planqués et les crétins.

Avec cette quête désespérée, on est happé dans les routes inhospitalières où chaque pas est un danger sous-jacent et l’horizon qui s’ouvre à nous, pas beaucoup plus nauséabond, que sous la bâche où se trouve ce duo de personnages, déterminés à lever le voile sur un phénomène inexplicable…

Là, encore dans ce tome, peu de place, à la lumière, si ce n’est, un peu cette fin, presque surnaturelle, pour essayer de contrer le Mal de notre temps…

L’amour n’est pas un sentiment qu’on marchande, c’est un état, une intelligence en action, la merveilleuse intelligence de l’univers.

Au sortir de cette lecture, je me dis que j’ai grandement apprécié l’univers que sait créer cet auteur, sa façon de voir sans artifices, le monde qui nous entoure… J’ai hâte de lire une autre de ses aventures, et j’espère que j’aurai encore plus de plaisir à lire, le prochain qui m’attend dans ma PAL…

Pour une première approche, je pense que ces tomes sont un peu inégaux, mais que dans l’ensemble, ça reste une lecture très instructive !

La trilogie des Prophéties porte presque trop bien son nom, et je suis bien contente que ma binôme m’est tenue la main pendant cette traversée chaotique d’un avenir possible…. (La binôme signale qu’elle avait la trouille aussi !!! – Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 7/10