Jerry Spring- Tome 08 – Les 3 barbus de Sonoyta : Jijé

Titre : Jerry Spring- Tome 08 – Les 3 barbus de Sonoyta

Scénariste : Jean Acquaviva
Dessinateur : Jijé

Édition : Dupuis (1959)

Résumé :
Les Trois Barbus de Sonoyta est la onzième histoire de la série Jerry Spring de Jijé. Elle est publiée pour la première fois du n°1012 au n°1032 du journal Spirou. Puis est publiée sous forme d’album en 1959.

Critique :
Lorsqu’un petit vieux barbu trouve un sac vide ayant contenu l’argent d’un gros braquage et qu’il le récupère pour y mettre ses tartines, il ne se doute pas un instant que ce recyclage va l’entraîner, lui et ses deux vieux potes barbus dans une histoire de fou !

Chico El Matador n’est pas une célèbre marque de café ou le titre d’un dessin animé.

Non, c’est le nom d’un terrible bandit dont on n’a jamais retrouvé le fric de la banque qu’il braqua… Ennuyeux tout ce pognon perdu que tout le monde aimerait trouver dans le Canyon de la Muerte (ou partout ailleurs).

Si les dessins de Jiji semblent un peu brouillons dans ce huitième tome, je l’apprécie pour son humour, surtout pour ces trois petits vieux barbus (Jeremiah McCoy, Slim Jones et Tom Patterson) qui se chamaillent tout le temps sous le regard attendrit de Lola, la nièce de l’un d’entre eux.

Cette affaire du sac de la banque vide va mener tout ce petit monde dans une aventure avec un grand A et il faudra à Jerry toutes ses petites cellules grises et une enquête menée tambour battant pour trouver le méchant qui tirait les ficelles de tout ça.

Sans révolutionner le genre, ce tome est agréable à lire, on ne s’y embête pas, ça part dans tous les sens, c’est bourré de fausses pistes, de mystères, de suspense, de pauvre banquier assoiffé d’alcool et de vieux barbus bougons aussi.

Toujours un plaisir de le relire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°75 et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

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Sonora – Tome 3 – Le rêve brisé : Benoît Dellac, Jean-Pierre Pécau & Scarlett Smulkowski

Titre : Sonora – Tome 3 – Le rêve brisé

Scénariste : Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Benoît Dellac et Scarlett Smulkowski (couleurs)

Édition : Delcourt Néopolis (16/01/2019)

Résumé :
Une procession de chariots traverse le désert de Sonora en quête d’une terre fertile pour commencer une nouvelle vie. Une vie dignement gagnée avec pour seule richesse celle que feront sortir de la terre ces agriculteurs pionniers.

Aux aguets, l’un d’entre eux entend un oiseau, mais, dans l’ouest américain qui porte des plumes n’est pas toujours un oiseau…

Critique :
Dommage que cette saga se finisse au tome 3, presqu’à l’arrache, alors qu’il y avait moyen de développer quelques albums encore.

Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, d’autres bédés, d’autres romans, merdiques eux, auront de meilleur chiffre de vente et on ne sait pas toujours pourquoi car pas mérité.

Au duel avec certains autres titres, cet album le gagnerait haut la main.

Je ne sais pas si le hasard fait bien les choses, mais je venais de relire et de chroniquer un album de Jerry Spring « La passe des Indiens » où l’on faisait tout pour mettre sur le dos des Indiens des meurtres horribles de Blancs et ici, et bien, c’est tout pareil, mais Jerry & Pancho en moins.

L’Amérique est une terre où tous les rêves semblaient permis et les Français qui avaient quitté l’Hexagone on l’impression de retrouver la zone tant l’utopie vendue n’est pas au rendez-vous et tant l’or vanté ne se laisse pas prendre si facilement.

Le général de Freney a toujours des rêves de grandeurs, veut instaurer la république française au Sonora (et merde aux Mexicains pas contents) et notre Max national se dit que tout compte fait, la vengeance ne résout rien et qu’il risque de devoir creuser deux tombes.

Tout en enquêtant sur les attaques des sois-disant Indiens, notre Français à l’épée cassée se lie d’amitié avec une pacifiste, socialiste ou communiste, mais qui rêve elle aussi de vivre en paix et ils s’en donnent les moyens en n’ayant pas d’armes et en laissant l’or où il est.

Mis en valeur par des couleurs chaudes, magnifiques, lumineuses et par des images sur la page entière, ce tome qui clôture la saga Sonora a tout d’un grand.

Les dialogues sont incisifs, les répliques fusent plus vite que les balles des fusils, les petites vérités assassines aussi et les jeux d’ombres donnent à Max un masque de Zorro et les temps morts sont absents.

— Ce ne serait pas la première fois que les puissants manipulent les faibles pour arriver à leurs fins, n’est-ce pas ?

À noter que je m’étais plantée royalement sur l’identité du personnage qui avait changé d’identité et que Max voulait tuer afin de venger son grand frère.

Toujours politique, ce tome se termine dans le sang et le sable, tous ceux ayant vécu par les armes périssant par les armes et Max va devoir accomplir une chose qu’il aurait mieux aimé ne jamais être obligé de faire. Violent, mais nécessaire.

Oui, les États-Unis auraient sans doute gagné à ne pas utiliser les armes à feu et à ne pas l’inscrire dans leur Constitution parce que le pacifisme, ça peut marcher.

Voilà une très bonne saga western qui se termine, plus vite que prévu et c’est bien dommage car le potentiel, il y était déjà.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°73.

Le western : Jean-Jacques Dupuis

Titre : Le western

Auteur : Jean-Jacques Dupuis
Édition : J’ai Lu Cinéma (03/01/1990)

Résumé :
Où sont les cow-boys d’antan ?

Les bons et les méchants, le shérif et les brigands…

Purs et durs comme des G.I., puis désabusés comme des vétérans du Vietnam, les héros du western ont évolué au rythme de l’Amérique.

Aujourd’hui, la conquête de l’espace a remplacé celle des grands espaces. Le western est mort mais jamais nous ne l’oublierons : il est entré dans la légende.

Critique :
Si je vous dit que ce petit livre est réservé aux amateurs du genre ou à ceux qui voudraient découvrir le western, j’enfonce une porte ouverte.

Élémentaire, mon cher Watson comme ne l’a jamais dit le Sherlock Holmes de Conan Doyle.

Oui, c’est élémentaire.

Passant en revue le western dans ses débuts – le muet – et avançant dans le temps pour s’arrêter à Young Guns et Sunset en 1988, ce petit livre instructif n’est hélas pas à jour puisque datant de 1990, il s’arrête 30 ans avant notre époque.

Pas de chance, nous n’aurons pas le plaisir de lire la renaissance du western, que ce soit en film ou en séries.

À l’aide d’une mini ligne du temps, l’auteur nous donne les années du western, qu’il soit muet, à son apogée ou à son déclin.

Parlant des films qui commencent à passer à la moulinette les mythes et les codes habituels (Rio Bravo, L’homme qui tua Liberty Valance, La flèche brisée,…) où le cow-boy ne sera plus rasé de près et vêtu de blanc face à un méchant vêtu de noir, où les Indiens ne seront plus présentés comme des sauvages emplumés hurlants et sanguinaires, l’auteur nous démontre qu’avant d’arriver au déclin du film western, ce dernier avait déjà opéré une mutation.

Les western deviennent plus violents, on a du sadomasochisme (La vengeance aux deux visages), les shérif donnent la mort par plaisir (True Grit, 1969), le sang coule, l’ouest devient un champ de bataille où les faibles n’ont plus leur place.

Les pionniers, que l’on présentaient jadis comme des êtres respectables sont réactualisés pour approcher du réalisme qui étaient que certains étaient prêts à tout pour s’emparer d’un terrain et le défendre.

Entre les années 40 qui correspondaient à l’explosion du Western (1.094 films entre 40 et 49), les années 60 du crépuscule, celles de 70 avec les tourments (7 films tournés en 77) et celles de 80 avec l’agonie (8 westerns en 10 ans), le genre western va évoluer vers plus de réalisme et on va arrêter de tirer 60 coups avec un 6 coups tellement rutilant qu’on le dirait tout droit sorti de l’usine !

Le western devient plus politique, les scénaristes/réalisateurs n’hésitant plus à faire passer des messages dedans, comme l’inutilité et la barbarie de la guerre du Vietnam, le western délocalise aussi en Espagne et devient le western spaghetti (et non paella), décrié par les puristes mais apprécié par les spectateurs.

Hélas, lorsque démystifie tout et qu’on n’offre plus du rêve mais du réalisme (qui n’est jamais glamour mais sale, violent, barbare), on a perdu cette identité qui faisait les beaux jours du western des débuts avec des héros sans peurs et sans reproches, lisses et gentils.

L’Amérique abandonnant ses western, c’est l’Europe qui les récupère et les sert avec du chianti.

Ce qui est drôle – ou pas – c’est que lors de l’agonie du western au cinéma dans les années 80, c’est la télé qui le récupère, qui mélange les genres entre eux et qui revient aux western policés du début ! Lp, on fait un bond en arrière par rapport aux décennies précédentes qui avaient vu le genre devenir plus réaliste.

Ce petit livre n’est guère épais mais il est bougrement bien fait, donnant des détails sans pour autant nous filer une indigestion de détails inutiles, explore avec intelligence les westerns, nous en donnant la quintessence en peu de lignes afin que l’on sache de quoi ils parlent, quels sont leurs thèmes majeurs.

Une petite mine d’or, une petite pépite qui mériterait d’être rééditée avec des ajouts afin que l’on puisse voir où en est exactement le western de nos jours.

Je sais qu’on l’a souvent enterré mais qu’il est toujours là, latent, les autres genres, comme la SF, qui lui emprunte tous mythes.

Non, le western n’est pas mort ! D’ailleurs, est-ce que tu as vu son hommage chez chez Jean-Pierre Foucault ? Non ! Ça veut dire qu’il est toujours vivant !

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

La véritable histoire de la mort d’Hendry Jones : Charles Neider

Titre : La véritable histoire de la mort d’Hendry Jones

Auteur : Charles Neider
Édition : Passage du Nord-Ouest (06/05/2014)
Édition Originale : The Authentic Death of Hendry Jones (1956)
Traducteurs : Marguerite Capelle et Morgane Saysana

Résumé :
Pour Doc Baker, le shérif Longworth est un menteur et son livre une infamie. Parce qu’il fut son dernier compadre, lui connaît la vérité de la bouche même du Kid.

La « guerre du comté de Lincoln », l’évasion spectaculaire de la prison de Monterey, mais aussi la raison pour laquelle le môme reprit la piste du nord, vers son destin.

Quant à ce qui s’est vraiment passé le soir de son exécution la véritable histoire de la mort d’Hendry Jones, seul le Doc peut le raconter.

Critique :
Personne était plus rapide que lui… Ben faut croire que si puisque le Kid est mort, tué par un ancien compadre à lui, devenu shérif, Dad Longworth.

Le Kid visé ici – si je puis me permettre ce mauvais jeu de mot – n’est pas Billy The Kid, même si, en réalité, c’est une allégorie de ce bandit qui aimait voler les bonbons rouges chez l’épicier.

Oups, on me signale dans l’oreillette que je confonds avec le sale gamin dans Lucky Luke…

Anybref, le jeune desperados Hendry Jones de ce roman est bien le double fictif de Billy the Kid – même si le narrateur nous signale qu’ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, même si Hendry se fait appeler Le Kid – et son ancien compadre (devenu rival) Samuel « Dad » Longworth est l’allégorie de Pat Garrett, le shérif qui a tué Billy The Kid (pas celui de Lucky Luke) et rédigé « La Véritable Histoire de Billy the Kid » qui, d’après l’auteur, est un tissu de mensonges.

En tout cas une chose est sûre, c’est qu’il ne serait jamais plus vieux que demain.

L’auteur Charles Neider se confond avec le narrateur, Doc Baker, un ancien de la bande au Kid, qui était là lorsque ce dernier s’est fait descendre, le seul, quasi, qui sache tout de l’histoire, le seul capable de rétablir la vérité historique dans toutes les légendes les plus folles qui courent sur la mort du Kid et sur sa vie.

On l’aimait pour tout un tas de raisons. Certains parce qu’ils le craignaient, d’autres parce qu’ils l’admiraient, d’autres encore parce qu’ils le haïssaient. Mais je crois que la plupart étaient attirés par son incroyable bonne fortune. On ne pouvait pas s’empêcher de se demander comment c’était possible d’avoir autant de veine. J’ai entendu des gens dire que ce genre de chance ça n’arrivait qu’une fois tous les cent ans, et que quand ça arrivait, il n’y avait rien qui puisse en infléchir le cours. D’autres disaient qu’il n’y a que les enfants pour être aussi vernis, et c’était les mêmes qui plus tard diraient que le Kid n’était plus un gamin.

L’inconvénient, lorsqu’on est une Légende, c’est qu’il faut nourrir la légende et les gens aiment bien broder, inventer des faits, les exagérer, dire qu’ils étaient présent, dire qu’ils savent… Entre le fait que le Kid est toujours vivant et le fait qu’on l’ait enterré après avoir coupé son index qui pressait la gâchette, il va falloir rétablir la vérité et elle est moins belle que la légende.

De nos jours, à ce qu’on dit, les touristes parcourent des kilomètres jusqu’à la Pointe du Diable pour voir la tombe d’Hendry Jones et débattre si oui ou non ses ossements y sont ; et certains prétendent que son doigt – celui qui pressait la détente – ne s’y trouve pas, et d’autres, que c’est son crâne qui aurait disparu ; certains affirment aussi que sa tombe ne se trouve pas à cet endroit et que ce qu’ils ont sous les yeux n’est rien d’autre qu’un petit tas de coques d’ormeaux. Libre à vous de croire ce que vous voudrez.

C’est horrible à dire mais les personnages des desperados sont attachants, même si le Kid aurait mérité quelques baffes pour son comportement insolent, sa manière de se moquer de tout, de sourire et de ne jamais s’en faire.

On vivait comme si on avait l’éternité devant nous et quand l’un d’entre nous se faisait descendre, il tombait des nues.

Doc Baker a plus la tête sur les épaules, mais ce que je lui reprocherai c’est sa manière de narrer les choses parce que les dialogues m’ont hérissés les poils sur les bras avec ses inversions entre le nom du personnage et son action.

Au lieu d’écrire « Et qui est ce type ? s’est interrogé Webb », le narrateur nous balance des « Et c’est qui, ce type ? Webb s’est interrogé » ou des « Harvey French, Dad l’a renseigné » en lieu et place d’un « Harvey French, l’a renseigné Dad. »

— Et c’est qui, ce type ? Webb s’est interrogé.
— Harvey French, Dad l’a renseigné.

— J’étais persuadé que c’était le Kid, Longworth s’est justifié.
— Ça change quoi, de toute façon ? Carlyle a demandé.

Certes, un desperados de cette époque s’exprime sans doute de cette manière mais dans le roman, cela donne lieu à des dialogues qu’il faut parfois relire pour comprendre si on a affaire à la personne qui parle ou si le dialogue continue. J’ai détesté ça et c’est ce qui me fait mettre une si mauvaise cotation car cela m’a gêné dans ma lecture.

Par contre, il y a une chose que je ne pourrai pas reprocher à ce roman western : son manque de réalisme car il est réaliste ! Oui, l’histoire est remodelée, changée, puisque c’est celle du Kid sans être celle de Billy The Kid, mais autant les décors que les actions sont réalistes. On est immergé dans ce réalisme, on s’y baigne, même.

D’ailleurs, dans les notes de fin d’ouvrage, il est dit que l’auteur a marché durant des journées entières avec un colt à la hanche pour connaître les sensations lorsqu’on le retirait, il s’est entraîné à dégainer tant de fois qu’il a eu la main en sang.

Dans La Véritable Histoire de la mort d’Hendry Jones, Charles Neider avait fait vœu de réalisme, un réalisme auquel il voulait tendre par la plus extrême précision documentaire.

La cotation est sévère, mais cette manière de présenter les dialogues m’a couru sur le haricot, ce qui est dommage parce que l’histoire était bonne, on avait de l’action, mais pas trop, la vie des desperados, leurs longues chevauchées fatigantes, leur puanteur, leurs craintes, leurs états d’âmes ou leur absence…

Un western profond, ne manquant pas de réalisme, même si l’histoire est déformée et contant une superbe épopée qui fait écho à celle d’un célèbre hors-la-loi bien connu, mais bardaf, je suis passée à côté à cause de ce truc avec les dialogues.

Pour se coucher moins bête : le roman aurait dû être porté à l’écran par Sam Peckinpah, avant que Marlon Brando ne reprenne le flambeau, réalisant ainsi le seul film de sa carrière (La vengeance aux deux visages – One-eyed Jacks, 1961) qui n’a rien à voir avec le roman. J’ai vu le film et je vous jure que Brando a tout réécrit ! Il voulait Stanley Kubrick mais ce dernier est parti aussi et Brando a réalisé le film lui-même, donnant des incohérences comme un magnifique cheval noir, brossé, à la robe luisante alors que jamais un outlaw n’aurait pris autant de soin de sa monture. On ne parlera même pas du pistolet mis dans le pantalon et du risque de s’assassiner une couille en dégainant.

Le film brode abondamment – ainsi, la fille désirée par le Kid n’est plus une chica qui l’a trahi mais la propre fille de Longworth, que Brando déshonore par soif de vengeance puis finit par aimer.

Mais il est fidèle à certains passages du roman, comme la façon hasardeuse dont se constitue une bande de hors-la-loi et les tensions qui naissent au sein du groupe, agacements inexpliqués, jalousies, peurs. L’arrestation du Kid, son séjour en prison, minutieusement contés par Neider, sont aussi assez fidèles, même si l’évasion de Brando est assez rocambolesque…

Au final, il serait regrettable de jeter le film au nom du livre. Il faut plutôt souligner à quel point un ouvrage remarquable et peu connu donne, peut-être involontairement, un film qui s’affranchit du matériau d’origine, comme il s’affranchit des conventions d’un genre.

Deux œuvres d’art face à face, comme un duel ; mais à la différence des lois de l’ouest – et du western traditionnel –, on s’abstiendra ici de désigner un vainqueur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°68, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le Passage du canyon : Ernest Haycox

Titre : Le Passage du canyon

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/03/2015)
Édition Originale : Canyon passage (1945)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Oregon, 1850. Quand Logan Stuart, aventurier et homme d’affaires, arrive à Jacksonville, il découvre une bourgade sur laquelle plane la menace des Indiens… mais aussi les rivalités qui opposent prospecteurs, paysans et autres émigrants. Logan va se trouver au cœur de tous ces conflits.

Une bagarre qui éclate, un joueur qui est prêt à tuer pour dissimuler ses dettes, des rumeurs qui courent, des colons soudainement massacrés, et voilà que toute une société animée par la passion de l’argent ou du jeu, l’amitié profonde ou l’amour caché, est sur le point d’exploser.

Critique :
Un western sans cow-boys, sans troupeaux de vaches, la recette a beau être inhabituelle, elle est correctement respectée et bien présentée car l’auteur est un grand cuisinier du western.

Il ne faut pas s’attendre à de l’action pure et dure car l’auteur nous présente de manière réaliste la vie en 1850 dans une petite ville dominée par les chercheurs d’or, les paysans éparpillés un peu partout et les commerçants.

Aux travers différents portraits d’hommes allant du bon à la brute épaisse, en passant par le truand qui triche aux cartes pour plumer les autres et le truand cynique qui se sert dans la poussière d’or confiée par les orpailleurs à sa société « bancaire », sans oublier les femmes qui ont des cojones sous leurs jupons, l’auteur nous présente un petit monde où, une fois qu’on y a mis les pieds, il est difficile de repartir.

Le trou du cul de l’Oregon, ça pourrait être ici. Le Cheval de Fer ne passe pas ici, donc, tous les convois se font à dos de mules et Logan Stuart a développé un commerce florissant.

Logan, c’est le Bon et nous pourrions faire un portrait croisé de lui et de son ami Georges Camrose à la manière de la série Amicalement Vôtre, où Camrose jouerait le rôle d’un Daniel Wilde plus cynique et moins réglo en amitié.

On peut dire que George Camrose a un côté truand sympathique, du moins, au début, mais ses pertes au poker et ses emprunts d’or dans les sacs des orpailleurs signeront son passage du côté obscur de la Force et sa descente aux Enfers.

Logan défendra son ami jusqu’au bout, démontrant par là son sens de l’amitié, mais il y un bémol car à un moment donné, lorsqu’on sait que les autres ont raison et que son ami a commis l’indicible, il ne mérite pas que l’on prenne des risques pour lui ou que l’on mette potentiellement en danger la vie des autres, or George est le genre de type qui ne changera jamais.

La petite ville de Jacksonville est comme toute les petites villes du monde : couarde devant le caïd local mais meute déchaînée face à un homme qu’elle n’apprécie pas et qui n’a pas la force bestiale de la Brute. On est à deux doigts d’un lynchage en bonne et due forme après un procès qui n’en est pas vraiment un.

Comme toujours, on joue au dur mais on file la queue entre les jambes face à la Brute sauf si la Brute est par terre, alors là, on devient courageux. Enfin, on devient courageux lorsqu’on est sûr que la Brute ne pourra plus rien nous faire de mal, sinon, on courbe l’échine devant elle comme on a toujours fait.

L’auteur a toujours su dresser des portraits peu flatteurs et assez vils de l’Humain, même s’il le contrebalance par des portraits plus avantageux pour d’autres qui reçoivent la droiture, l’honnêteté et le sens de l’amitié. Pour les femmes, elles sont toujours indépendantes, fortes et on est loin des femmes faibles.

La grande action se situera sur la fin, lorsque la Brute, de par son action stupide (comme toujours), fera s’abattre la foudre sur les maisons isolées.

Une fois de plus, l’auteur nous démontrera que les grandes gueules du début jappent ensuite comme des chiots apeurés lorsqu’ils risquent de se retrouver nez-à-nez avec des Indiens déchaînés, tandis que les taiseux, eux, ne s’encombrent pas de palabres mais agissent.

Un western bien servi, bien écrit, possédant des personnages disparates mais jamais éloignés de ceux que l’on connait. Un western qui dresse un triangle amoureux sans jamais verser dans la mièvrerie.

Un western qui s’attache à nous montrer la vie dans une petite ville de prospecteurs sans que jamais le lecteur ne s’ennuie car leur vie n’avait rien d’ennuyeuse et la plume de l’auteur a su nous rendre cela de la plus belle des manières.

L’obscurité était une cape jetée négligemment sur les montagnes et les prairies, les aboiements des chiens d’Anselm réveillaient des échos lointains dans les collines sillonnées de crêtes. L’haleine du canyon était humide et froide. La piste montait et la poussière molle absorbait le bruit des pas des chevaux. Un ruisseau fougueux longeait la piste et affrontait musicalement les pierres de son lit.

L’Amérique n’avait aucune limite, hormis celles qu’un homme s’imposait. Le passé que Clenchfield aimait tant n’existait pas ici. Le présent qu’il s’efforçait de maintenir équilibré et exact, au prix de gros efforts, serait bientôt un lendemain mort. Quand un homme s’attachait à une époque, celle-ci, qui ne cessait de reculer dans la nuit des temps, l’entraînait avec lui jusqu’à ce que l’un et l’autre soient morts et oubliés.

La raison est la lueur pâle et tremblotante d’une bougie que brandit un homme pour guider ses pas quand le feu qui brûlait en lui s’est éteint.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°67, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Lucky Luke – Tome 29 – Des Barbelés sur la prairie : Morris & René Goscinny

Titre : Lucky Luke – Tome 29 – Des Barbelés sur la prairie

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Morris

Édition : Dupuis (1967)

Résumé :
Felps, agriculteur, voit régulièrement les troupeaux de Cass Casey traverser ses champs de salade et, pour les protéger, entoure ses terres de barbelés. Casey considère ça comme une provocation. Lucky Luke tente alors de les réconcilier.

Critique :
Impossible de se lasser des aventures de Lucky Luke lorsqu’il était publié chez Dupuis et que le tandem Morris/Goscinny était au faîte de sa créativité.

Les suivants peuvent (presque) tous aller se rhabiller, personne n’arrive à la cheville de Goscinny.

Malgré le fait qu’il ne pouvait pas user de ses jeux de mots merveilleux, il arrive à déployer une histoire drôle, amusante, plaisante, et bourrée d’humour alors que nous sommes face à un conflit qui, dans la réalité, dû être plus sanglant ou du moins, plus violent.

Imaginez des troupeaux entiers de bovidés passant sur la Prairie à leur guise, au gré de leurs pas puisque la prairie appartenait à tout le monde et que les vaches broutaient là où elles avaient envie.

Et puis, au milieu de ses éleveurs se coula des fermiers qui n’avaient pas envie que des ruminants vinssent brouter leurs fleurs, leur gazon, leurs légumes. Donc, que firent-ils pour détourner l’immense troupeau ? Ils mirent des barbelés sur la prairie…

Horreur, effroi, autant y foutre de la dynamite, cela eut été moins dangereux ! Sauf si vous avec Lucky Luke à vos côtés…

Presque une lutte des classes, la lutte que les fermiers vont opposer aux éleveurs bovins sera épique (normal, le barbelé, ça pique) et collégiale.

Cash Casey, gros éleveur qui mange viande, qui pense viande, qui est viande refuse que l’on empêche ses vaches de pâturer partout et Vernon Felps aura bien besoin de l’aide de notre cow-boy pour faire respecter son titre de propriété.

Tout est bon prétexte pour faire de l’humour dans les cases, les dessins sont épurés, les couleurs aussi, puisque ça devait coûter cher de colorier correctement et on se retrouve encore et toujours avec des cases pourvues de la même couleur, comme sur la couverture qui ne brille pas par les différents coloris de la prairie.

Mais oublions la moche couverture car dedans, c’est de la balle, de la pépite d’or, de l’excellence scénaristique et cet album fait partie de la catégorie des meilleurs, de la classe des plus fins, bref, la grande classe !

Sur la prairie, on pourrait presque entendre chanter ♫ c’est la lutte finale, groupons-nous et demain, les éle-veurs de va-a-a-ches, seront r’légués plus loin ♪ À bas les bouffeuses de foin ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°66, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le Western : Christophe Champclaux & Linda Tahir Meriau (préface de Jean-François Giré)


Titre : Le Western

Auteurs : Christophe Champclaux & Linda Tahir Meriau (préface de Jean-François Giré)
Édition : Le Courrier du Livre (30/10/2015)

Résumé :
De la fin des années 1930 jusqu’à la fin des années 1960, le western a constitué l’un des genres cinématographiques les plus populaires à travers le monde. D’abord méprisé par la critique et les grands cinéastes, le western a acquis au fil du temps la maturité d’un genre cinématographique majeur.

Cet ouvrage retrace en texte et en images toute l’histoire du genre du début du XXe siècle jusqu’aux films et aux séries TV les plus récents, en s’attardant naturellement sur l’âge d’or des années 1950 et 1960.

Toute l’ histoire du western, de 1950 à nos jours.
Les westerns de Clint Eastwood, en accordant une importance égale à l’oeuvre de l’acteur qu’à celle du réalisateur.

Une interview inédite de Budd Boetticher, maître de l’âge d’or du Western.

Les Territoires du Western, un photo reportage exclusif sur les traces de John Ford et Sergio Leone.

De nombreuses illustrations et photographies exceptionnelles dont certaines très rares, issues de la photothèque personnelle des auteurs.

Un DVD proposant un classique du genre, La Vallée de la vengeance (1951), réalisé par Richard Thorpe, interprété par Burt Lancaster, Robert Walker et Joanne Dru, accompagné de deux documentaires : Petite histoire du Western et John Wayne, la piste d’un géant.

Critique :
Sans être indigeste, ce beau livre se déguste avec un carnet de note à ses côtés pour noter les westerns que les auteurs vous recommandent.

Le western est-il mort ? Moribond ? Pourquoi durant tout un temps on n’en a plus vu au cinéma ?

Vous le saurez en le lisant, tiens !

De belles images tirées des westerns célèbres (ou moins) agrémentent ces pages et le texte n’est pas trop conséquent pour que vous en ayez marre.

Je dirais que les auteurs ont su trouver le juste milieu entre le poids des mots et la beauté des photos.

La petite histoire du Western se divise en deux catégories : ceux qui ont un revolver chargé et ceux qui creusent…

Oh pardon, j’ai encore Blondin dans la tête… Le livre se divise en deux parties, à ma gauche, l’histoire du western, racontée très agréablement par Christophe Champclaux et à droite, les westerns du beau Clint Eastwood (raconté par Linda Tahir Meriau).

Pour ma part, j’ai lu en suivant, passant de l’histoire du western à celle de Clint, sans que cela me pose problème.

D’ailleurs, je me suis couchée moins bête après cette lecture car j’ai appris que le livre de Céline « Voyage au bout de la nuit » faisait partie des sources discrètes du film « Le bon, la brute et le truand » puisque dedans, Louis-Ferdinand Céline traduisait son dégoût des tortures et des massacres légalisés par la guerre, comme nous le voyons dans la célèbre scène de la bataille entre les Sudistes et les Nordistes et qui fera dire à Blondon : Je crois que je n’ai jamais vu autant d’hommes crever  en même temps ».

Ce que le peuple américain ne sait pas, c’est que la campagne du Nouveau-Mexique qui eut lieu entre février et avril 1860 et menée par la général Sibley (Confédéré) et le colonel Canby (Union) avait pour objectif le contrôle des mines d’or du Texas.

L’Union était financée par les banquiers de Londres et la Confédération par la Bourse de… Paris ! Et les banquiers, ça aime qu’on les rembourse. Tout le monde se fout que ce soit le sang des hommes contre l’or des investisseurs.

Anybref, ce livre nous parle de Western et il le fait bien, sans nous en causer ad nauseam, sans nous inonder de faits inutiles ou de choses négligeables.

Écrit pour nous le faire vivre, pourvu de quelques petites anecdotes de cinéma, ce livre est une mine d’or pour celui ou celle qui aime le genre et qui voudrait aller à la rencontre de films moins connus ou qui semblent être dépassés de nos jours.

Il y a du texte, des belles images, des belles affiches et on en apprend un peu plus sur ce genre qui semble être mort alors qu’il ne l’est pas, la preuve avec des séries western de bonne qualité et qui ont marché.

Bon, va falloir que je vérifie si tous les films notés sont dans ma DVDthèque et si non, faudra que j’aille faire un tour chez un grand vendeur de films en tout genre.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Jerry Spring – Tome 05 – La passe des indiens : Jijé

Titre : Jerry Spring – Tome 05 – La passe des indiens

Scénariste : Jijé
Dessinateur : Jijé

Édition : Dupuis (1957 / 1986)

Résumé :
Sur le territoire des Indiens Utes, une famille de pionniers est massacrée. Jerry Spring et Pancho découvrent les corps criblés de flèches et préviennent le shérif de la ville voisine.

Tous trois se rendent à la réserve indienne pour enquêter, mais le chef Long-Cri leur certifie que les Utes ont définitivement enterré la hache de guerre et que ses guerriers n’ont attaqué aucun visage pâle depuis des années.

Le shérif est sceptique, tout comme ses concitoyens qui souhaitent organiser des représailles et parlent de « casser de l’Indien » comme au bon vieux temps, avant la signature des traités et la création de la réserve.

Lorsqu’une nouvelle victime est découverte, blessée d’une flèche dans le dos, le shérif propose d’organiser une patrouille pour battre la campagne, à la recherche des assassins.

Critique :
Avant, lorsque tu passais la Passe des Indiens, tu y trépassais car ces derniers transformaient tout les Blancs en pelote d’épingles, mais avec des flèches au lieu d’épingles.

Ça fait beaucoup plus mal et bien souvent, ça tuait catégoriquement.

Mais c’est de l’histoire ancienne tout ça. Tout est pacifié, on a fumé le calumet de la paix et c’est terminé de flécher les colons.

Ah ben tiens, non… Apparemment, les Indiens ont ressorti les flèches et ce n’est pas pour vous indiquer le meilleure route à suivre, sauf si c’est celle du paradis…

Mais dites-moi, ça ne puerait pas un peu, cette histoire de gens criblés de flèches ?? N’y aurait-il pas, un jour, un sale moustachu qui aurait fait de même, habillant ses soldats allemands en soldats polonais pour attaquer des allemands ?

D’accord, c’était bien après ces événements, mais le truc est vieux comme le monde, toujours d’actualité et il a beau avoir de la barbe tant il est éculé, ça marche toujours, les gens étant prompt à sauter sur l’occasion de casser de l’Indien en guise de vengeance, ou juste pour le plaisir d’en casser.

EDIT : vous pouvez remplacer le mot « Indien » par celui d’un autre peuple, religion, gens du voyage… ça marche à tous les coups.

Au moment où j’écrivais cette phrase, les Poppies se sont mis à chanter dans ma tête que ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué, héhé ♪

À défaut d’Amérindiens, de nos jours, on s’attaque à d’autres, comme je vous le disais plus haut (il faut enfoncer le clou pour ceux qui n’auraient pas compris ou ne voudrait pas comprendre qu’on se fait encore berner à l’heure actuelle).

Dormez-en paix, braves gens, Jerry Spring est là pour résoudre cette affaire et fesser les vilains Méchants, même si sa tâche ne sera pas facile, toute la ville ayant envie d’aller tirer sur des Indiens comme d’autres iraient tirer aux pigeons d’argile.

Le scénario nous plonge dans le racisme primaire, dans la peur des autres, plus précisément, de l’autre et l’auteur ne tombe pas dans le piège de ne mettre les échauffés du cerveau uniquement chez les Blancs car les jeunes guerriers de Long-Cri veulent aussi venger leur honneur et ne pas se laisser faire une fois de plus.

L’auteur en profite aussi pour quelques tacles assassins sur les traités jamais respectés par l’Homme Blanc, par le fait qu’il laisse crever les Indiens de faim sur leurs réserves et que ces derniers ne peuvent même plus chasser pour subvenir à leurs besoins.

Jerry Spring, tel un Sherlock Holmes juché sur son cheval, va démêler ce sac de nœud, faire face à des lâches qui attaquent dans le dos (des deux côtés), de ceux qui ont le cerveau bouillonnant et  une multitude de personnes qui ont envie d’en découdre avec ceux d’en face.

Un scénario avec de la recherche, de la profondeur et un Sancho Watson très perspicace et observateur.

Un bon tome que celui-ci.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°65, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Lucky Luke – Tome 09 – Des Rails sur la prairie : Morris & René Goscinny

Titre : Lucky Luke – Tome 09 – Des Rails sur la prairie

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Morris

Édition : Dupuis (1957)

Résumé :
Au bureau du président de la « Transcontinental Railway ». Le président a réuni ses collaborateurs pour une réunion, et leur annonce que cela fait des mois que la construction du chemin de fer transcontinental est arrêtée du côté de Dead Ox Gulch, à l’est de Chicago et à Las Puertitas, à l’ouest de San Francisco.

Il faut donc relier les deux tronçons de voie et vaincre ce vide immense entre les deux.

Mais certaines personnes mal intentionnées ne sont pas d’accord pour que cela se produise. Ils vont donc tout faire pour empêcher la jonction.

Mais c’est sans compter sur ce cow-boy de passage à Dead Ox Gulch. Son nom est Lucky Luke.

Critique :
Oh oui, encore ! Oh mon dieu ouiiiiii que c’est bon, mais que c’est bon (oui, j’ai tenté d’écrire un cri d’extase et de jouissance, digne d’un mauvais dialogue d’un mauvais porno).

Mais que c’est bon de quoi, au fait ? De revenir aux classiques du genre et surtout, de relire ce qui fut le premier album où Goscinny arriva avec son talentueux talent de scénariste talentueux.

Et je m’en fiche que ce soit une redite. On parle de Goscinny, là !

Pas de bol, le scénariste des Irréductibles Gaulois ne pouvait pas donner libre cours à ses jeux de mots divins, Morris n’étant pas fan de ça (c’est malin, ça)…

Comme ici c’est leur premier Lucky Luke ensemble, on sent que le couple se cherche, qu’il n’a pas encore trouvé ses marques, qu’il n’est pas encore rôdé, mais on sent que ça va viendre (j’ai lu tout les Lucky Luke de l’ère Dupuis au moins 36 fois, donc, je sais que ça va venir).

D’ailleurs, fallait le savoir que Morris ne scénarisait plus son Lucky Luke car sur ma vieille édition, le nom de Goscinny n’est même pas crédité sur la couverture ! On a juste droit à des R.G dans certains cases et ce n’est pas le R.G des Renseignements Généraux, je vous assure.

Anybref, au moins, durant toute l’ère de Goscinny, nous aurons des scénarios béton, amusant, avec des gags drôles et pas lourds ou laborieux, comme j’ai pu le constater en lisant les albums que Morris publia après son transfert chez Dargaud et surtout après la disparition de mon scénariste préféré.

L’album se veut satyre sociale et critique de la société d’alors. Non, pas celle du Far-West, mais celle de nos contrées à nous, dans les années 50.

Vous savez, ces gens qui ont peur du progrès, qui le refuse, qui veulent sauver les vertes prairies de leurs vaches, ne pas changer d’un iota, qui s’opposent donc au chemin de fer (dans notre cas), qui sortent les pancartes et le grand jeu pour faire partir le progrès qui frappe à leurs portes, mais qui, comme tous les autres, foncent ventre à terre, dès que l’on trouve de l’or noir, et oublient, bien entendu, leurs verts pâturages qui prendront des allures de « À l’ombre des derricks ».

Des râleurs, on en a toujours dans une société, de ceux qui refusent tout, juste par crainte du changement, parce que oui, le changement fait peur. Puis, une fois qu’on a apprivoisé cette nouveauté et vu tout ce qu’elle pouvait nous apporter, bien souvent, tout retour en arrière est impossible.

Sans oublier ceux qui ont des actions dans d’autres modes de transports (toujours dans notre cas) et qui ne veulent pas que le chemin de fer les prive de leurs revenus.

Comme je le disais au début, le duo est en rodage, Goscinny ne pouvait pas donner la pleine mesure de sa puissance scénaristique et on se retrouve, au début de l’album, avec quelques gags un peu niais, pas terribles terribles et des gros clichés sur les Indiens alcoolo qui ne pensent qu’à vous scalper.

Quelques gags sont mêmes un peu irréalistes, poussés, le trait est épais mais dans les Lucky Luke, il est permis de faire rouler un train sur de l’herbe, de le faire passer sous des rochers et de commencer une ligne de chemin de fer avec juste deux ouvriers.

Pas le meilleur de la série (et le tome 10 est catastrophique, lui) mais on sait qu’ensuite, des perles suivront pour notre plus grand plaisir à nous !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°64, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Couverture de l’édition de 1999 où le nom de Goscinny est enfin crédité sur la couverture !

Sonora – Tome 2 – Lola Montez : Jean-Pierre Pécau & Benoît Dellac

Titre : Sonora – Tome 2 – Lola Montez

Scénariste : Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Benoît Dellac

Édition : Delcourt Néopolis (31/01/2018)

Résumé :
Après l’assassinat d’un mineur chilien, le général de Freney pousse les mineurs à se débarrasser des Hounds et rétablir enfin la sécurité dans les placers. Mais son but est ailleurs et il est vraiment prêt à tout pour arriver à ses fins.

Devenu Alcade, et toujours assoiffé de vengeance, Max va devoir naviguer à vue entre ses intérêts et ceux de son employeur, sa vengeance… et ce que lui dictera son coeur.

Critique :
L’Histoire est un éternel recommencement et ceux qui fustigeaient les comportements des uns, s’empressent toujours de faire comme ceux qu’ils vilipendaient avant de les chasser. Un clou chasse l’autre et notre Maximilien Bonnot a tout du marteau.

1850. Nos mineurs français grognent, la Californie vient d’être nommée 31ème états des États-Unis et le mot « impôt » les fait grimper au mur.

Pourtant, ces gens creusent sur une terre qui n’est pas la leur et n’apprécieraient qu’on vienne creuser dans leur jardin… Mais ce qu’on aime pas que l’on fasse chez nous, on le fait chez les autres.

La politique et toujours la politique, c’est le maître mot de cet album, avec l’élite au pouvoir et les damnés de la terre qui, tout comme Tuco dans « Le bon, la brute et le truand », creusent car c’est une élite qui a le pouvoir (et des revolvers chargés).

N’oublions pas, dans ce tableau qui n’a rien de socialiste, la vengeance que Max (Maximilien Bonnot) voudrait assouvir sur l’homme qui lui  a fait vivre l’enfer durant la révolution française de 1848. Il connait son nom, mais pas sa gueule et un nom, ça se change.

Heureusement que la belle Lola n’a pas que des charmes de chair mais aussi un petit talent d’enquêtrice… Elle va lui trouver, le nouveau nom.

Dans ce deuxième et avant-dernier album, tout le monde évolue : Tortillard devient un porte-flingue fou, sans pitié, loin du gamin sages des premières pages, Lola nous montre ses charmes (oups, elle ne change pas), Max se rend compte que ceux qui ont chassé les Hounds qui faisaient vivre l’enfer aux placers, sont devenus comme eux, le général de Freney a des encore plus hautes ambitions qu’avant et les mineurs français pensent qu’après avoir foutu la raclée aux soldats américains, ceux-ci n’y reviendront plus.

Les dessins sont toujours dans les tons chauds, bien esquissés, sauf parfois les têtes des chevaux, on évolue dans le scénario, on change aussi de place puisque nos amis vont quitter la Californie pour le Sonora et la politique fait une entrée tonitruante dans le récit. Elle n’est jamais bien loin, elle.

On a du rythme, de l’action, de la violence, de l’Histoire, des gens qui rêvaient d’un monde meilleur, d’un monde plus juste et qui ont trouvé pire que ce qu’ils ont quitté en France.

La fameux Monde Libre n’est pas aussi libre qu’on le pense… D’ailleurs, il est né sur des vols, des spoliations, des massacres, des guerres et ses nouveaux habitants ne sont jamais que des Hommes qui ont quitté leurs pays respectifs, de gré ou forcé (Europe, Asie, Afrique).

Au final, que l’on soit miséreux aux States ou en France, on se fait toujours exploiter par les autres, ceux d’en haut et ce sont toujours les petits qui pâtissent en cas de coups durs, pas le puissant en haut de son trône, caché derrière ses sbires qui ont tout d’assassins patentés.

On veut la Liberté pour soi, pas pour les autres, en ce qui concerne l’Égalité, si on n’est pas dans les Hauts du Tiroir, on la revendique, mais si on est en Haut, l’Égalité, on s’en branle…

Pour la Fraternité, on repassera car si on veut être accueilli correctement ailleurs, nous sommes de piètres hébergeurs, tout le contraire de Nausicaa, celle qui vêtit et nourri le naufragé que fut Ulysse.

Un très bon tome que j’avais lu début d’année mais pas encore chroniqué. Le relire m’a fait du bien, cela permet toujours de se remettre les faits en place et quand la bédé est bonne, pourquoi s’en priver ?

Dommage que le tome 3 clôtura la série car il y avait encore moyen d’aller plus loin, d’explorer plus le coeur des gens, leurs rêves, leurs utopies, leurs idéalismes et de nous montrer que tout cela, c’est du vent et que les politiciens feront vite retomber le soufflé de l’espoir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°62, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.