La main de Dieu – Tome 3 – L’usurpateur : Marc Védrines

Titre : La main de Dieu – Tome 3 – L’usurpateur

Scénariste : Marc Védrines
Dessinateur : Marc Védrines

Édition : Glénat Grafica (2015)

Résumé :
La saga de l’homme le plus détesté et le plus admiré des États-Unis Alors qu’il est devenu l’homme le plus puissant des États-Unis, J. Edgar Hoover voit soudain sa souveraineté menacée…

Fraichement élu président, le jeune et fringant John Fitzgerald Kennedy espère bien mettre un terme à l’autorité despotique de Hoover, à la tête du FBI depuis près de 40 ans ! Mais ce dernier dispose de suffisamment d’informations compromettantes sur son adversaire pour se couvrir.

Un véritable jeu d’échecs s’engage entre la dynastie Kennedy et le président du Bureau. Tout comme Nixon après eux, ils essaieront de se débarrasser de Hoover sans y parvenir.

Car on ne licencie pas Dieu.Issue de deux ans de recherche, sur tous les ouvrages publiés sur le FBI et Hoover, Marc Védrines conclut une oeuvre unique en son genre.

La Main de Dieu raconte en trois tomes les secrets qui auraient dû ruiner la carrière et la vie de Hoover.

Critique :
Et bien voilà un vieux mystère de résolu ! Je connais maintenant les commanditaires de l’assassinat de JFK, les positions des tueurs, les magouilles pour étouffer l’affaire et faire porter le chapeau à Oswald.

Il ne me reste plus qu’à connaître l’identité de Jack The Ripper, de savoir si Marilyn, Clo-Clo, Mike Brant se sont suicidés, ont été assassinés ou juste victime d’un soucis électrique et je saurai tout sur tout !

Ce dernier tome continue d’explorer les placards à squelettes de Hoover, de l’Amérique, de ses présidents, des mafiosi et autres personnes possédant le pouvoir…

C’est en fouillant les placards de Hoover que l’on trouvera les casseroles attachées au cul des autres, bien entendu, tout en sachant que le Hoover n’est jamais sortit du placard, lui. Le directeur du FBI exigeait une vie irréprochable pour ses agents, mais lui participait à des partouzes entre hommes, déguisé en femme !

Chacun fait ce qu’il veut, mais au rayon de l’hypocrisie, Hoover avait tout raflé !

Mon seul bémol sera pour les dessins de JFK ! Sa tête ressemble à celle d’un frère Bogdanov ! On est loin de la gueule de play-boy des piscines de la réalité. Quant à son frère Bob, il n’est pas très bien réussi non plus…

 

 

Résumer en trois albums 40 ans du règne d’Hoover n’est pas chose facile, il faut aller à l’essentiel, équilibrer le portrait aussi, le montrer tel qu’il était vraiment, ce qui n’est pas flatteur, vous le conviendrez. JFK n’en sors pas grandi non plus.

JFK voulait se débarrasser de Hoover, comme d’autres présidents avant lui, mais l’histoire l’a rattrapé à Dallas (no spolier), quant à Nixon, l’histoire le chopera plus loin. Tout le monde n’était pas le roi de l’écoute comme Hoover… Mais même Hoover a été rattrapé un matin par la Faucheuse. Il n’y avait qu’elle pour en venir à bout.

C’est une série très instructive, documentée, qui nous explique l’envers des décors de l’Amérique et ces 40 années où un pouvoir immense fut concentré dans les mains d’un seul homme… Hoover avait le pouvoir d’un Dieu et il ne s’est pas privé pour en user et abuser, ce vieux salaud.

Gardons à l’esprit qu’il n’était pas le seul salaud de l’Histoire, qu’il y en a eu beaucoup avant lui et tout plein après lui.

Une saga dont j’avais apprécié la qualité scénaristique à l’époque et qui passe sans soucis l’épreuve de la relecture, rafraichissant ma mémoire par la même occasion.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°43] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00 : Adam-Troy Castro

Titre : Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00

Auteur : Adam-Troy Castro
Édition : Albin Michel Imaginaire (04/11/2020)
Édition Originale : With Unclean Hands (2011)
Traduction : Benoit Domis

Résumé :
Alors qu’elle était enfant, Andrea Cort a été témoin du massacre de ses parents.

L’instant d’après, dans la folie d’un génocide incompréhensible, car frappant deux espèces qui vivaient jusque-là en parfaite harmonie, elle a rendu coup pour coup.

Reconnue coupable de crime de guerre, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps Diplomatique où, très vite, elle s’est révélée être une enquêtrice particulièrement douée.

En effet, qui pourrait mieux comprendre les monstres qu’une des leurs ?

« Avec du sang du les mains » est la première enquête d’Andrea Cort. Elle débute à un moment où, complètement déboussolée, Andrea ne tient le coup qu’à la seule force de sa volonté.

Critique :
Voilà encore la preuve que la taille n’entre pas en ligne de compte avec la qualité du récit. Non, non, pas d’allusions sexuelles, ce n’est pas du tout mon genre (menteuse que je suis).

Andrea Cort a tout d’un Sherlock Holmes féminin, sauf qu’elle a du sang sur les mains, qu’elle se balade dans l’espace et qu’elle n’a pas un Watson à ses côtés.

Cette première enquête d’Andréa Cort nous fait découvrir son univers, sa personnalité hors du commun et sa manière de mener les enquêtes, même si dans la mission qu’on lui avait confiée, il n’y avait à priori, pas grand-chose à faire.

Andréa n’est pas une enquêtrice comme on en voit dans les autres romans policiers. Toute jeune, elle a assisté à un génocide où deux peuples se sont exterminés dans une rage folle et Andréa a été reconnue coupable de crime de guerre, puisqu’elle y a participé activement.

Ici, la science-fiction est reine et le polar est le prince consort, même s’il a un rôle important à jouer. Les deux se marient bien et ils virevoltent sans que l’une empêche l’autre de se déployer.

Bon, j’avais vu venir la couille dans le potage… Non pas qu’elle était flagrante, mais tout de même, je me doutais bien que ce qui me semblait anodin devait être important puisque le format court de cette novella interdit d’aller batifoler dans des choses futiles.

Ce qui a de bien avec ce format court, c’est qu’il permet à quelqu’un qui n’est pas familier avec les récits de SF de rentrer dans le genre sans s’investir dans une saga ou un pavé énorme.

Il permet de découvrir un autre univers, une nouvelle héroïne (anti-héroïne plutôt) et de se décider ensuite si ce sera « Stop » ou « Encore ».

Pour moi, c’est décidé, ce sera encore !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 84 pages).

September September : Shelby Foote

Titre :September September

Auteur : Shelby Foote
Édition : Gallimard La noire (06/02/2020)
Édition Originale : September, September (1978)
Traduction : Marie-Caroline Aubert et Jane Fillion

Résumé :
En 1957, malgré la loi, le gouverneur de l’Arkansas refuse à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Pendant ce temps à Memphis, Rufus, Podjo et la gentille Reeny, trois apprentis gangsters blancs décident d’enlever Teddy, le fils des Wiggins, une famille bourgeoise noire, pour leur réclamer une rançon.

Septembre 1957 marque une date importante dans l’histoire des luttes raciales aux États-Unis : le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus, brave la Constitution, les forces de l’ordre et la volonté du président Eisenhower en interdisant à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Le même mois, à Memphis, trois apprentis gangsters que l’on pourrait qualifier de pieds nickelés planifient et mettent à exécution un projet dont l’ironie est criante : ils sont blancs, mais le jeune garçon qu’ils vont kidnapper est issu d’une famille aisée de la bourgeoisie noire.

Sur fond d’émeutes retransmises par la télévision, nous voyons Podjo, joueur invétéré et stratège du trio, Rufus, l’abruti obsédé sexuel, et sa copine, l’aguicheuse Reeny, louer une maison isolée, séquestrer le petit Teddy et toucher la rançon. Et ensuite ? Ensuite, c’est comme dans un roman noir…

Critique :
Septembre 1957, Memphis, Tennessee. Et comme le disait le grand poète ♫ On a tous en nous quelque chose de Tennessee ♪

Ici, par contre, c’est moins drôle et infiniment plus sérieux que Johnny ou que la ville d’Elvis Presley.

Trois bras-cassés Blancs ont enlevés Teddy, un gamin Noir issu d’une famille de la classe aisée.

Avec l’équipe de John Dortmunder (Westlake), se serait drôle, ici, ça ne l’est pas du tout. C’est sérieux et dangereux.

Vu ainsi, ils n’ont pas l’air d’être des mauvais bougres, ces trois-là : une fille qui a le feu au cul, son copain Rufus à le feu à la bite et Podjo semble avoir la tête sur les épaules.

Oui, mais… Le stress d’un kidnapping peut pousser à faire des choses affreuses, folles, qui pourraient avoir des conséquences pour la vie du gamin. Et on s’attache à ce gentil gamin courageux.

Ce roman ne fait pas que de nous mettre en scène un enlèvement et une demande de rançon, il ne se contente pas de nous faire monter la tension et l’adrénaline…

Septembre 1957 est une date importante dans l’Amérique puisque le président Eisenhower avait permis que des étudiants Noirs aillent au collège parmi les Blancs et le gouverneur de l’Arkansas a fucké la constitution en interdisant l’entrée au Lycée de Little Rock à neuf élèves noirs.

Ce sera la trame de fond de ce roman ; la lutte pour les droits civiques, pour le droit d’étudier, avec les manifestations des Blancs, opposés aux Noirs, entre ceux qui demandent plus de droits et ceux qui estiment qu’ils en ont déjà assez et que cette revendication ne fera qu’attiser la haine des Blancs envers les Noirs alors que pour le moment, tout va pour le mieux madame la Marquise.

Les débuts furent laborieux entre ce roman noir et moi, j’ai même failli abandonner et puis, je me suis secouée et j’ai poussé plus loin. L’action est lente, très lente, comme si le temps s’était figé dans cette maison louée afin d’en faire une planque avant et après le coup.

L’auteur alternera les points de vue des personnages centraux dans les différentes parties et nous aurons le plaisir de les voir évoluer, repenser à leur passé, leur jeunesse, leur vie…

Et pour augmenter un peu l’adrénaline, l’auteur donnera aussi la parole aux parents du petit Teddy, habitants eux aussi dans ce Sud profond si cher à l’auteur (comme à Faulkner) et qu’il décrit si bien durant son récit.

Un roman qui commence avec un kidnapping et qui se termine comme un vrai roman noir, rattrapant les débuts laborieux que j’avais eu en commençant ma lecture. Comme quoi, une mauvaise impression au commencement peut se terminer en une bonne impression sur le final.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°41].

 

La vénus de Botticelli Creek – Sean Stranahan 03 : Keith McCafferty

Titre : La vénus de Botticelli Creek – Sean Stranahan 03

Auteur : Keith McCafferty
Édition : Gallmeister Americana / Totem (2020/2021)
Édition Originale : Dead Man’s Fancy (2014)
Traduction : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Dans la vallée de la Madison, une femme s’est volatilisée, et, cette nuit-là, le hurlement des loups en a réveillé plus d’un. Nanika Martinelli, surnommée « la Vénus de Botticelli Creek », est une jeune guide de rivière aux cheveux roux qui attire les clients comme les mouches attirent les truites.

Lancée à sa recherche dans les montagnes enneigées, le shérif Martha Ettinger découvre avec effroi le corps d’un cow-boy empalé sur les bois d’une carcasse de cerf.

Accident ou meurtre ? Le drame a-t-il un lien avec la disparue que tout le monde croit dévorée par un loup ?

Secondée par son ami aux talents multiples, Sean Stranahan, Martha devra faire confiance à son flair pour quitter les sentiers battus et suivre un jeu de piste tortueux et imprévisible.

Dans leur enquête la plus dangereuse à ce jour, Martha Ettinger et Sean Stranahan jouent les agents doubles face à des humains qui masquent mal leur sauvagerie.

Critique :
Montana, dans la vallée de la Madison (et non de Dana ♫), une jeune fille disparaît et l’homme parti à sa recherche est retrouvé mort, empalé sur les bois d’un cerf, mort.

Le cerf est donc innocent. Est-ce un crime ou un accident ? Si c’est un accident, l’homme entrera dans la catégorie des morts bêtes…

Les enquêtes de la shérif Martha Ettinger et du pêcheur à la mouche (et ancien détective privé), Sean Stranahan sont toujours aussi agréables à lire.

Voilà encore un couple d’enquêteur que j’apprécie beaucoup. Ils sont différents mais se complètent très bien et leurs dialogues sont souvent savoureux et rempli d’humour ou de petites piques.

Martha, de par sa fonction de shérif, est souvent considérée comme non féminine et les autres oublient souvent que sous son uniforme, c’est une femme qui apprécie afficher sa féminité une fois qu’elle quitte son boulot de shérif. Elle a un caractère bien trempé, elle sait ce qu’elle veut et c’est un personnage qui possède de la profondeur, qui a été travaillé.

Sean Stranahan, égal à lui-même, prendra son temps pour résoudre cette double enquête qui risque de leur réserver quelques surprises et autres chausse-trappes.

Ceci n’est pas un roman policier trépident, l’enquête va à son rythme, l’auteur nous parle de pêche à la mouche, de nature, de chevaux, des loups que l’on a réintroduit dans le Montana et qui ne plaisent pas à tout le monde, surtout aux éleveurs qui crient au loup à chaque bête morte, même c’est de soif et pour cause de non entretien. Il est des boucs émissaires bien pratiques, dans la vie.

Dans les romans de l’auteur, les personnages secondaires ne sont jamais oubliés et tous sont bien campés travaillés. Certains sont récurrents et c’est toujours plaisant de les recroiser, de suivre leurs histoires de cœur ou de cul (celles de Sam, notamment)…

Ce roman est aussi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le canis lupus, dont on pense toujours qu’il a dévoré un jour un petite chaperon rouge, le chèvre de monsieur Seguin, les trois petits cochons et j’en passe.

Non, non, nous n’avons pas de preuve mais ce sont les jugements de cour qui vous rendent blanc ou noir. Le loup a été jugé noir et l’on crié haro qui lui (et non sur le baudet qui tondis le champs d’herbe).

Ce polar se lit les doigts de pieds en éventail, c’est une enquête qui semble pépère, pourtant l’auteur aborde des sujets qui sont d’actualités, notamment avec les loups ou les ours réintroduits à certains endroits, avec les chasses non autorisées, avec ces fous de la gâchette qui sont prêts à massacrer des centaines de loup pour être sûr d’abattre le coupable… Tuez-les tous, comme il fut dit un jour.

Sans vouloir me prendre pour Sherlock Holmes, j’ai venu venir le twist (et non le Twix©) de très loin, grâce à quelques indices disséminés dans des détails anodins (le diable se cache toujours dans les détails) et je me demandais comment tout cela allait se terminer.

Il est amusant aussi de remarquer que les plus grands défenseurs de la cause du canis lupus peuvent être aussi ceux qui leur font le plus de mal de par leur comportement imbécile et psychopathe… Comme quoi, c’est parfois ceux qui vous veulent du bien qui vous cause le plus de tort.

Après avoir lu les trois premières enquêtes de Sean Stranahan, je peux confirmer que le plaisir est toujours de la partie (de pêche) et que l’on peut apprécier le roman même si on est un nul dans le lancer de la mouche.

Comme dans les romans de Craig Johnson, on est face à un polar nature writing et la plume de l’auteur est toujours aussi bien troussée. Sa galerie de personnages qui gravite autour de nos deux enquêteurs principaux sont comme des vieux amis que l’on retrouve au fil de livres.

Dans une ambiance de grands espaces où la nature fait sa loi, où les hivers sont rudes (et pas les Ibères), où la pêche est reine et où les endroits sont dépeuplés, il vaut mieux savoir où l’on va car ici, tout est sauvage et certaines âmes sont plus que tourmentées.

Un polar à lire tranquillement, bien qu’il soulève des problèmes sociétaux qui nous sont contemporains et qu’il mette en scène des tordus de chez tordus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°40] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°80].

Le fleuve des rois : Taylor Brown

Titre : Le fleuve des rois

Auteur : Taylor Brown
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (12/05/2021)
Édition Originale : The river of kings (2017)
Traduction : Laurent Boscq

Résumé :
Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l’Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l’océan.

C’est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort.

Il faut dire que l’Altamaha River n’est pas un cours d’eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes. On raconte notamment que c’est sur ses berges qu’aurait été établi l’un des premiers forts européens du continent au XVIe siècle, et qu’une créature mystérieuse vivrait tapie au fond de son lit.

Remontant le cours du temps et du fleuve, l’auteur retrace le périple des deux frères et le destin de Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prit part à l’expédition de 1564 au cœur de cette région mythique du Nouveau Monde.

Critique :
Voilà un triptyque qui n’est pas banal et qui n’est jamais arrivé à me faire vibrer totalement.

Pour les incultes du fond de la clase, un triptyque n’est pas un vélo à trois roues, ni une partie de jambes en l’air à trois.

Les trois récits se déroulent à des époques différentes, dont une bien distincte.

Le premier met en scène le périple de Lawton et Hunter, remontant Altamaha River (Géorgie) en kayak pour disperser les cendres de leur père à un endroit précis.

Le deuxième va nous parler de la vie de leur père, un homme ténébreux, mystérieux, qui avait des multiples secrets, quant au troisième, il nous plongera dans le passé, en 1564, avec le récit de Jacques Le Moyne de Morgues.

C’est instructif, je le nierai pas. C’est très bien écrit, je ne pourrai pas le reprocher à l’auteur. Les décors sont très bien décrits, l’auteur ne lésine pas sur les descriptions sans que cela ne devienne lourd, les personnages sont travaillés, réalistes, avec leur part d’ombre, leurs qualités, leurs défauts, jamais manichéen.

Quant aux atmosphères, elles ont des vraies gueules d’atmosphère ! Nous sommes sur des terres à la fois sauvages et inhospitalières, où une légende parle d’un monstre marin, l’auteur nous parle aussi de préservation de la Nature, de l’exploitation exagérée par l’Homme des différents ressources du fleuve, de leur cochonneries qu’ils laissent trainer partout, de la pollution, de trafic de drogue, de l’installation des premiers colons français (Huguenots)…

Oui, une fois de plus, il y avait tous les ingrédients pour me plaire. Non, l’auteur ne s’est pas dispersé dans ses multiples sujets puisque tous se recoupent, se rejoignent, sont approfondis…

Où le bât a-t-il blessé ? Je cherche encore pourquoi j’ai ressenti de l’ennui à un certain moment, pourquoi j’ai décroché du récit et que la suite ne fut qu’une longue lecture dont je ne voyais pas la fin, comme un repas dont vous avez du mal à terminer.

Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que je navigue à contre-courant (c’est le cas de dire, ici) des autres critiques et que je passe à côté d’un roman qui me tentait fort et qui possédait tout pour me faire vibrer.

Hélas, aucun personnage n’a réussi à m’émouvoir, à recevoir mon empathie, mon amitié. Malgré une belle écriture, du réalisme dans les décors, dans les personnages et dans l’histoire, je suis ressortie de cette lecture avec un sentiment mitigé. C’est le seul sentiment qui est ressorti de ma lecture.

Dommage…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°39].

 

Edmund Kemper – L’ogre de Santa Cruz [Les sérials killers – T04] : Stéphane Bourgoin, J.D Morvan, Roy Allan Martinez et Mauro Vargas

Titre : Edmund Kemper – L’ogre de Santa Cruz [Les sérials killers – T04]

Scénaristes : Stéphane Bourgoin, Jean-David Morvan
Dessinateurs : Roy Allan Martinez et Mauro Vargas

Édition : Glénat (27/01/2021)

Résumé :
Récemment mis en lumière par la série Mindhunter, Ed Kemper est un serial killer qui a fait trembler l’Amérique.

Enfermé à perpétuité, cet individu diagnostiqué comme un dangereux psychopathe est l’auteur de multiples meurtres tous plus sordides les uns que les autres. Dans les années 1970, ce tueur en série a perpétré pas moins de 10 meurtres, dont celui de sa mère et de ses grands-parents.

Né le 18 décembre 1948, Edmund Kemper a dès sa venue au monde impressionné par son gabarit démesuré. Pesant plus de 6 kg à la naissance, celui-ci mesurera à l’âge adulte 2,06 m pour 160 kg.

Une envergure spectaculaire qui lui vaudra au moment de ses crimes le surnom d' »Ogre de Santa Cruz ».

Diagnostiqué à l’âge de 15 ans comme schizophrène paranoïde, Ed Kemper, qui « s’amusait » depuis l’enfance à mutiler les poupées de sa sœur ou à maltraiter des animaux, commence son entreprise sanglante dès 1964 en tirant avec un fusil sur sa grand-mère.

Critique :
Oui, je sais, depuis certains révélations, le nom de Stéphane Bourgoin n’est absolument plus gage de sérieux, vu tout ce qu’il a raconté comme carabistouilles sur son C.V, mais il est directeur de cette collection, donc, pas le choix.

Naît-on serial-killer ou le devient-on à cause de l’environnement dans lequel on a grandi, suite aux brimades et coups sur la tronche reçues ? La question est posée.

Cette bédé qui parle d’Edmund Kemper n’a pas pour vocation de lui trouver des excuses, des circonstances atténuantes, juste d’expliquer ce que ce fut son enfance avant de devenir le serial-killer qu’il est devenu ensuite. Son enfance ne fut pas rose…

Je sais, tous les enfants brimés, battus, abusés ou qui ont tué un chat, un chien, ne deviennent pas des serial-killer, loin de là et heureusement.

ATTENTION, expliquer, tenter de comprendre un assassin ne veut pas dire le pardonner ou l’absoudre, loin de là. Juste tenter de comprendre… Si c’est possible.

Les dessins ne m’ont pas vraiment plu, ni les couleurs dans des tons bruns jaunes que l’on trouve lors de certains passages (ceux dans la prison). Et puis, toutes ces cases utilisées juste pour montrer l’arrivée de Kemper au parloir, le tout sans parole, ça fait perte de temps.

Kemper nous raconte sa vie et surtout ses meurtres comme vous et moi raconterions une histoire banale d’une journée normale de bureau, sauf que lui assassine des femmes, les viole post-mortem, les décapite, les découpe en morceaux, fait l’expérience de cannibalisme. Kemper est un homme de haute stature, on comprend que l’ait surnommé l’ogre.

Afin d’arriver au bout de cette bédé, il vaut mieux prendre du recul, se détacher de tout, sinon, le ton froid utilisé par Kemper pour parler des meurtres risquerait de vous donner envie d’aller voir ailleurs. Ce que j’ai fait souvent, puisque j’ai étalé la lecture de cette bédé sur plusieurs jours.

Non pas que le récit soit dur, j’ai lu bien pire que les meurtres de Kemper, mais jamais ce serial-killer ne fait montre de compassion, de remords, de culpabilité, rien, restant même évasif sur le traitement qu’il a réservé à certaines de ses victimes.

« La fille était hautaine, je n’aime pas les femmes, c’est à cause de ma mère, elle me rabaissait tout le temps »… Voilà quelques phrases derrière lesquelles il se disculpe de tout.

Ok, son enfance ne fut pas facile, loin de là, mais si le problème venait de sa mère, fallait le régler au plus vite et ne pas s’attaquer à des femmes innocentes, exutoire de sa colère, victimes qui n’avaient pas la poigne de sa mère et son emprise sur lui.

Une lecture assez dérangeante, surtout lorsque l’on apprend que Edmund Kemper participe à des enregistrements de livres pour aveugles et de l’engouement qu’il suscite auprès de certaines personnes, comme tous les serial-killer, en fait.

Ce n’est pas une lecture qui restera gravée dans ma mémoire, les couleurs jaunes brunes utilisées durant toutes les scènes à la prison m’ont donné mal aux yeux et le ton froid de Kemper m’a donné envie de le coller sur une chaise électrique ou de le frapper à la batte de base-ball…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°38].

Différentes Saisons : Stephen King

Titre : Différentes Saisons

Auteur : Stephen King
Édition : Livre de Poche (2021) – 735 pages
Édition Originale : Different Seasons (1982)
Traduction : Pierre Alien

Résumé :
Recueil de nouvelles :
« Un innocent condamné à perpétuité cherche à s’évader ; un jeune garçon démasque un ancien nazi dans une petite ville de Californie ; des gamins partent à la recherche d’un cadavre ; un médecin raconte l’histoire d’une jeune femme célibataire et enceinte dans les années 30…

Rien de commun, en apparence, entre ces quatre thèmes. Mais derrière ces héros d’âges et de milieux très différents, c’est la société américaine que dissèque Stephen King, avec le souci du détail et du mot juste, le sens de l’observation, du suspense et de l’humour noir qui le caractérisent.

L’Amérique ne sort pas indemne de cette vivisection. Nous non plus… »

*Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank (Rita Hayworth and Shawshank Redemption)
*Un élève doué (Apt pupil)
*Le Corps (The Body)
*La Méthode respiratoire (The Breathing Method)

Critique :
He oui, je n’ai pas encore tout lu du King ! Il me reste encore des pépites à découvrir et c’est ce que je fais, selon mes envies.

Le format des nouvelles est bien adapté au King, lui qui peut te faire trembler, t’emporter, te faire tout oublier, avec peu de pages ou avec un gros pavé bien épais.

La première nouvelle, adaptée en film (Shawshank Redemption), ne fout pas les chocottes à proprement parler. Il m’a fallu des années avant de visionner enfin le film et j’avais adoré (me demandez pas pourquoi j’ai mis autant de temps avant de le voir).

Connaissant la fin et le truc, je n’ai pas frémi autant que je l’aurais fait, si j’avais été vierge de toutes révélations, mais malgré tout, cette première nouvelle, c’était le pied ! L’Amérique n’en sort absolument pas grandie, son système carcéral non plus.

La deuxième, pas contre, m’a mise mal à l’aise dans ce face à face entre un gamin de 14 ans et un ancien nazi. Croyez-moi, l’innocence n’est pas là où on pourrait le penser et le tortionnaire n’est pas toujours le nazi vieillissant ! Lorsque l’on contemple l’abyme, l’abyme regarde en nous.

Alors que je m’attendais à ce que le King suive une certaine direction, celui-ci m’a prise par surprise en allant là où je ne m’y attendais pas et mon mal-être a augmenté (pour mon plus grand bonheur de lectrice) au fil de son récit.

Une des grandes forces de Stephen King, c’est d’aller là où ne l’attend pas, de surprendre son lecteur, de le retourner comme une crêpe avant de l’engloutir dans une grande bouchée. J’ai été captivée par cette grande nouvelle, mais j’étais aussi contente de la terminer tant elle m’a donné des sueurs froides. J’en redemande !

La troisième m’a fait un bien fou car elle mettait en scène une bande de quatre gamins partant à l’aventure pour tenter de voir le cadavre.

Le récit est rempli de poésie, de rires, d’aventures un peu folle, d’amitié qui lie ces quatre gamins différents. Le King est très fort lorsqu’il prend pour personnages principaux des enfants. C’est toujours d’une justesse absolue et on se prend souvent en amitié pour ces enfants.

Hélas, tout n’est pas toujours rose dans la vie et il n’oublie jamais de mettre en scène une certaine ruralité, une certaine pauvreté de l’Amérique, aux travers de ses différents personnages.

Comme toujours, cette Amérique blanche n’en sort pas grandie. C’est la triste réalité qui y est décrite, sous le couvert d’une aventure comme on aurait aimé en vivre une, lorsque nous avions leur âge.

La quatrième et dernière nouvelle m’a moins emballée. Elle concerne un club où chacun, à tour de rôle, raconte une histoire terrifiante. J’ai eu du mal à entrer dans le récit et mon attention s’est échappée, partant ailleurs, ce qui fait que j’ai lu le récit sans en profiter vraiment, ramant même à certains moments.

Pourtant, il y avait aussi des vérités criantes dans ce récit, dont le fait qu’à une certaine époque, être mère célibataire était super mal vu.

Malgré tout, elle possédait un putain d’élément fantastique qui m’a fait flipper à fond et donné des frissons d’angoisse lorsque j’imaginais la scène de l’accouchement. Elle serait parfaite pour raconter devant un feu de camp et foutre la trouille à toute une troupe de gamin.

Mon verdict est que j’ai bien aimé ce recueil, même si la dernière m’a moins emballée que les trois autres, sauf pour son élément fantastique horrible.

Cela change aussi de lire du Stephen King dans un élément qui n’était pas habituel à l’époque om fut publié ce recueil car il sortait un peu de récits horrifiques qui était sa marque de fabrique.

Au lieu de jouer avec les monstres sous le lit, il joue avec la psychologie des personnages, nous donne des duels entre un gamin et un ancien nazi (qui foutent sacrément mal à l’aise) ou des morceaux d’amitié pure et dure, avant qu’elle ne se casse, comme cela arrive souvent lorsque les gosses grandissent et que les amis d’hier prennent leurs distances.

Malgré mon petit bémol pour la quatrième histoire (qui n’est qu’une histoire de goût ou d’esprit qui n’accroche pas), ce recueil de quatre nouvelles du King est à découvrir (si ce n’est déjà fait, tout le monde ne peut pas être en retard comme moi) car on est tout de même face à des jolies pépites qui parlent de l’Amérique, de ses travers, de sa société…

Le tout raconté aux travers de récit palpitant, beaux, poétiques ou psychologiquement très fort.

Lu dans sa version Livre de Poche de 735 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°37] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Les mécanos de Vénus – Hap Collins et Leonard Pine – 01 : Joe R. Lansdale

Titre : Les mécanos de Vénus

Auteur : Joe R. Lansdale
Éditions : Denoël Sueurs froides (2014) / Folio Policier (2016)
Édition Originale : Savage Season (1990)
Traduction : Bernard Blanc

Résumé :
C’est en trimant dans les champs au Texas que Hap Collins, petit Blanc au grand cœur, et Leonard Pine, grand Noir homo et vétéran du Vietnam, sont devenus potes. Un sale boulot, bien peu rémunérateur…

Aussi, quand Trudy, l’ex-femme de Hap, toujours aussi sexy et manipulatrice, resurgit pour lui faire tourner la tête et l’associer à un gros coup d’un million de dollars, ce pauvre hétéro mélancolique de Hap a bien du mal à résister. Car Trudy est restée la pasionaria du gauchisme écolo qu’il a aimée dans les sixties.

Flanquée d’une équipe de vieux activistes issus des Mécanos, un groupuscule proche des Weathermen et du Gang de la clé à molette, elle compte sur ce magot pour financer la bonne cause…

Un romantisme révolutionnaire qui se heurte au scepticisme fraternel des deux compères.

L’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions? se disent-ils quand les anciens défenseurs des baleines se mettent à défourailler à tout va. Alors, avant de penser à sauver les gentilles bestioles, Hap et Leonard vont devoir sauver leur peau !

Critique :
La première aventure du duo le plus improbable de la littérature américaine, mais aussi le plus drôle, qui ne se prend jamais au sérieux : Hap Collins, Blanc, hétéro et Leonard Pine, Noir, homo et sarcastique.

Plutôt que de commencer par le commencement, c’est à dire la rencontre entre nos deux amis, l’auteur entre de suite dans le vif du sujet.

Il nous en dira plus sur leur début par le biais des souvenirs de Hap Collins, qui se remémore tout cela lors du retour de Trudy, sa copine qu’il avait épousée dans les années 60 et qui l’avait laissé tomber comme une vieille chaussette.

Ce que j’apprécie tout particulièrement dans cette saga, ce sont les deux personnages et leurs réparties fulgurantes, sarcastique, non dénuées de cynisme et qui n’hésitent pas à se moquer d’eux-mêmes, à entrer dans les caricatures raciales.

Leonard n’hésite jamais à traiter don ami Hap de face de yaourt et ce dernier lui envoie du négro sans que cela choque Leonard. Notre grand Noir n’a pas peur de parler « petit nèg’e » et d’utiliser des termes considérés comme racistes pour parler de lui.

Malgré le fait que c’est le premier tome, le duo est déjà rodé, il tourne furieusement bien et ça vanne. Leonard est assez caustique et ne se prive pas pour balancer ce qu’il pense aux autres ou pour faire de l’humour grinçant.

Par contre, il faudra attendre un petit peu avant que l’action ne commence vraiment, mais ensuite, plus de répit. Le final sera hautement explosif et faites gaffe aux balles qui vont voler bas et perforer les cuirs de tout le monde.

Assurément, ce premier tome n’est pas mauvais, il est même bon, possède de l’humour sarcastique et notre duo est fidèle à lui-même.

Pourtant, si vous voulez découvrir la saga de Hap Collins et de Leonard Pine, ne commencez pas par celui-là. Préférez-lui le deuxième « L’arbre à bouteilles » ou l’hilarant « Bad Chili » (4ème) avec l’écureuil…

Cela vous permettra de découvrir le duo au meilleur de sa forme et ensuite, vous pourrez venir au premier en toute quiétude car vous saurez que ce premier jet n’est pas le meilleur mais qu’il vous en reste encore à découvrir après, de très bons.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°36].

Joe : Larry Brown

Titre : Joe

Auteur : Larry Brown
Édition : Folio (2001) / Gallmeister Totem (2014/2018)
Édition Originale : Joe (1991)
Traduction : Lili Sztajn

Résumé :
Gary Jones a peut-être bien quinze ans. Sa famille vagabonde, arpente les rues et les bois du Mississippi tandis qu’il rêve d’échapper à cette vie, à l’emprise de son bon à rien d’ivrogne de père.

Joe Ransom a la quarantaine bien sonnée. Il ne dénombre plus les bouteilles éclusées et les rixes déclenchées.

Lorsqu’il croise le chemin de Gary, sauver le jeune garçon devient pour Joe l’occasion d’expier ses péchés et de compter enfin pour quelqu’un.

Ensemble, ils vont avancer et tracer à deux un cours sinueux, qui pourrait bien mener au désastre… ou à la rédemption.

Critique :
♪ Hey Joe, where you goin’ with that gun in your hand ? ♫ (*)

Oui, Joe a un flingue sous le siège de sa voiture et oui, faut pas emmerder Joe…

Joe, il faut aussi le taxi, chargeant ses journaliers, des pauvres hommes Noirs, qu’il emmène faire bosser dans la forêt où ils doivent empoisonner des arbres afin d’en planter des autres, de ceux qui rapporteront du fric.

Le titre du roman est court, peu recherché, mais l’important est ce qui se trouve dedans : un pur roman noir de chez noir, aussi sombre que dans le trou du cul d’une taupe, occupée à creuser une galerie, au fond d’une mine, à minuit, par une nuit sans lune.

Tous les niveaux de sombritude sont cochés et on ne ressort pas de cette lecture en sautillant gaiement. Oubliez le pays des Bisounours, ici, c’est l’alcool qui sert à supporter des vies de misères, des boulots de merde, où l’on trime beaucoup pour gagner peu.

L’auteur prendra le temps avant de nous amener à la rencontre entre Joe Ransom, quadra qu’il ne faut pas faire chier et Gary Jones, gamin de 15 ans, analphabète qui ne sait rien de la vie, trop occupé qu’il fut à suivre ses parents dans plusieurs états.

Les descriptions des différents personnages qui hantent ces pages sont flamboyantes, profondes, détaillées. Des vies de misère, de crève-la-faim, de débrouillardises, de petits trafics en tout genre sont décrites au scalpel et les décors sont grandeurs nature, pollués aussi, puisque tout le monde jette ses canettes ou bouteilles par le fenêtre de son pick-up.

Dans cette petite ville du Mississippi que l’on pourrait appeler Bouseville ou Ploucville, le temps semble s’être arrêté. C’est une chape de plomb qui pèsera sur les épaules du lecteur qui a osé s’aventurer ici. Sans compter les tripes qui vont se serrer en voyant tout ce que Wade fait subir à ses enfants, notamment à son gamin, Gary.

Le père Jones, le fameux Wade, est LE personnage que l’on a envie de noyer dans la rivière du coin avant de creuser un grand trou pour l’y enterrer. Si les autres personnages traînent des casseroles à leurs culs de bouseux, lui, il a la collection complète.

Cet homme est égoïste, fainéant, alcoolique, voleur, menteur, exploiteur et j’en passe. Décapsuler une bière dans son périmètre est aussi dangereux que d’ouvrir une boîte de thon dans une pièce remplie de chats affamés.

Certains romans noirs sont poisseux de sang, « Joe » est un roman noir poisseux de misère. Les portraits sont esquissés avec justesse, ils sont fouillés, réalistes, certains sont même fait avec tendresse (John Coleman). Mais c’est noir de chez noir, sans espoir. Criant de vérité, de désespoir, de sueur, de sang, de saloperie…

Bref, la ruralité que l’on n’a pas envie d’arpenter en vrai mais qui nous plait vachement bien en version littéraire. Ce roman noir, c’est l’Amérique archi profonde, pauvre, alcoolique, minable où les gens triment du matin au soir pour gagner quelques sous.

(*) Hey Joe – Jimi Hendrix

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°35].

La Venin – Tome 1 – Déluge de feu : Laurent Astier

Titre : La Venin – Tome 1 – Déluge de feu

Scénariste : Laurent Astier
Dessinateur : Laurent Astier

Édition : Rue de Sèvres (09/01/2019)

Résumé :
Colorado, Juillet 1900.

Emily débarque à Silver Creek, petite ville minière en pleine expansion. Mais la jeune femme est-elle vraiment venue se marier comme elle le prétend ?

Rien n’est moins sûr, car dans l’Ouest encore sauvage où les passions se déchaînent et les vengeances sont légion, les apparences sont parfois trompeuses… Et la poudre dicte toujours sa loi !

Surtout lorsque votre passé est plus lourd que la valise que vous traînez.

Critique :
Dans ce western, Patrick Juvet ne pourra pas chanter ♫ Où sont les femmes ♪ puisque c’est une femme qui tient le haut de l’affiche et qu’elle n’est pas la seule.

Avec des prostituées, une bonne sœur et l’épouse d’un médecin, les femmes ne sont pas en minorités et certaines ont quelque chose dans les tripes.

L’histoire commence dans le passé, lorsque Emily est une jeune fille un peu trop curieuse et désobéissante.

Si la curiosité tue les chats, la sienne attisera les envies de certains messieurs. Attention, je ne la déclare pas coupable. Son seul tort fut de ne pas obéir, le tort de certains hommes est de réfléchir avec leur bite qui leur donne un pouvoir certain.

Cette bédé western est assez difficile à chroniquer car je suis en phase avec des avis contraires dans ma tête. D’un côté, j’ai apprécié que l’on mette une femme à l’honneur dans un western, qu’elle ne soit pas une faible femme, mais une qui en a sous la robe.

Les planches sont de couleurs vives, dans des tons ocres, jaunes ou sombres. Les dessins sont agréables pour les yeux, hormis encore un problème de proportion entre la tête d’un cheval et le reste de son corps.

Le côté historique est bien rendu aussi, grâce aux décors, aux couleurs et aux références qui parsèment cette aventure explosive.

L’action est bien présente et il est difficile de s’embêter, les phylactères sont bien remplis, il y a de quoi lire et l’auteur a joué sur les flash-back pour nous parler de l’enfance d’Emily, même si à la fin de ce premier tome, on ait l’impression de ne pas tout comprendre de sa motivation vengeresse.

Même si, en réfléchissant un peu, il me semble voir le pourquoi. Nous en saurons sans doute plus dans les deux prochains tomes (je l’espère). Les multiples références aux grands westerns, qu’ils soit cinématographiques, historiques ou littéraires sont aussi très plaisant à découvrir.

D’un autre côté, à force de multiplier les clins d’œil, ça devient foutraque, lourd, surtout que cela semble parfois un peu forcé, comme ajouté là pour faire bien, afin d’atteindre un quota de références obligées. Ce n’est que mon impression, elle est peut-être faussée.

Dans cette bédé, on a matière à lire, il y a beaucoup d’action, mais là aussi, trop c’est trop et on a aussi l’impression que l’auteur voulait produire un album survolté, sans vraiment réfléchir au réalisme de toute cette aventure un peu folle où Emily change d’identité comme de chemise.

Malgré mes bémols, je ne serai pas trop sévère sur la cotation car j’ai apprécié le personnage d’Emily et que j’ai passé un bon moment de lecture détente, addictive, remplie de suspense, de mystères, d’action et d’aventures avec un grand A.

Sans être tout à fait conquise, je demande à lire la suite. Ceci est le premier coup de semonce, celui qui doit marquer les lecteurs dans le but de les harponner pour la suite. Le premier coup n’est pas toujours parfait…

En espérant que la suite soit meilleure ou, au pire, de même niveau que ce premier tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°34] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 66 pages).