Pietà : Daniel Cole

Titre : Pietà

Auteur : Daniel Cole
Édition : Robert Laffont – La bête noire (01/07/2021)
Édition Originale :
Traduction : Magali Duez

Résumé :
Tuer est son art, vous serez son chef-d’œuvre…

Londres, hiver 1989.

Un corps est retrouvé dans Hyde Park par la Metropolitan Police. La victime a gelé dans une position pour le moins inattendue : celle du Penseur de Rodin. Mais quelque chose cloche dans son regard : ce bleu intense, perçant…

Quelques jours plus tard, nouveau crime. Cette fois, ce sont les corps d’une mère et de son fils que l’on découvre, réplique exacte de la Pietà de Michel-Ange.

Londres va bientôt se transformer en musée macabre, mais personne ne le sait encore…

Critique :
Le crime est banal, la logique est rare : voilà ce que disait Holmes. Il est facile de tuer quelqu’un, il est plus difficile de faire en sorte de ne pas se faire attraper ou de donner à ses victimes une exposition digne d’un musée macabre.

Imaginez que vous laissiez votre première victime dans la position du penseur de Rodin… Tout de suite, vous passez d’une catégorie dans l’échelle des serial-killer inventifs et vous laisserez le sergent Benjamin Chambers bien emmerdé face à tel meurtre.

Dans ce récit qui sort des sentiers battus en ce qui concerne les postures des cadavres, j’ai apprécié que l’équipe de flics qui enquêtent ne soient pas des super-flics qui savent tout et à qui tout réussi. Ils ne pourront pas postuler pour un emploi au sein des Experts bien connus. On est loin aussi des équipes soudées et des chefs compétents de ces mêmes séries.

Ils sont assez réalistes, avec leurs problèmes, leurs erreurs, leur naïveté (l’agent Winter) ou leur côté borderline un peu trop poussé (l’inspectrice stagiaire Jordan Marshall). Mais au moins, ils sont persévérants, tenaces et n’hésiteront pas à outrepasser les ordres du grand chef, qui lui mérite la médaille du connard en chef. Pas très réaliste, leur chef.

Pas de côté morbide dans les scènes de crimes, l’auteur ne fera pas de la surenchère ou du voyeurisme, à tel point que vous devrez faire marcher votre imagination pour vous faire une image mentale desdites scènes : gore ou pas gore, vous êtes maître de vos pensées. On appréciera ou pas, c’est au choix.

Le fait de diviser le récit en deux périodes distinctes (1989 et 1996) apportera aussi une autre atmosphère à ces crimes puisque 7 ans plus tard, l’équipe initiale, dispersée, devra bosser avec la nouvelle inspectrice stagiaire, miss Jordan Marshall. Et repartir sur les cold-case de 1989 avec des nouveaux cadavres tout frais de 1996.

Le récit est addictif, les dialogues sont légers, apportant souvent une petite note d’humour, même si la naïveté du l’agent Winter m’a passablement énervée sur la seconde moitié du récit.

Si l’identité du coupable est assez vite connue (à la moitié), le tout sera de savoir s’ils parviendront à le coincer et à mettre fin à cette série de crimes où les victimes terminent en œuvre d’art, mais non montrables dans un musée… Ou alors au musée des horreurs (et des senteurs, parce qu’à un moment donné, ça commence à sentir, un corps mort).

Dans les bonnes choses, je soulignerai que c’est un thriller addictif, avec un modus operandi qui sort de l’ordinaire, trois d’enquêteurs qui n’ont rien des professionnels soudés de la série des Experts (eux, c’est du cinéma) et qui vont devoir bosser en schmet (en douce) de la hiérarchie pour résoudre cette succession de crimes sordides.

Vous ne verrez plus certaines œuvres d’art de la même manière…

Si ce n’est pas le thriller du siècle, il n’en reste pas moins qu’il fait le job et qu’il procure une belle dose d’adrénaline. Hélas, il lui manque un petit je-ne-sais-quoi, un petit supplément d’âme, un petit truc qui le rendrait vraiment génial. Il est bon, mais il y avait moyen de mieux faire encore…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°95], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°76]  et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

 

Sherlock Holmes et le démon de Noël : James Lovegrove

Titre : Sherlock Holmes et le démon de Noël

Auteur : Sherlock Holmes et le démon de Noël
Édition : James Lovegrove
Édition Originale : Sherlock Holmes and the Christmas Demon (2019)
Traduction : Arnaud Demaegd

Résumé :
1890. Peu avant Noël, Sherlock Holmes et John Watson reçoivent à Baker Street la visite d’une nouvelle cliente. Eve Allerthorpe, fille aînée d’une dynastie prestigieuse, mais quelque peu excentrique du Yorkshire, se trouve dans une profonde détresse : elle se croit possédée par un démoniaque esprit de Noël.

Eve doit hériter d’une fortune à condition d’être saine d’esprit, mais il semble que quelque chose – ou quelqu’un – menace son équilibre mental.

Holmes et Watson partent enquêter au château de Fellscar, demeure familiale des Allerthorpe, mais s’aperçoivent vite que l’affaire est plus complexe qu’il y paraît.

Un autre esprit hante la famille ; et lorsque l’on découvre le cadavre d’un membre de la maisonnée, le duo comprend que nul n’est au-dessus de tout soupçon…

Critique :
Sûr et certain, le Père Noël est une ordure ! La preuve s’il en est : Sherlock Holmes est à sa poursuite ! Pas parce que le Père Nowel n’a rien mis dans ses petits souliers, mais parce que c’est un voleur !

Ce polar historique mettant en scène Holmes & Watson commençait déjà bien, avec une petite résolution d’enquête, à quelques jours de Noël.

Cette course poursuite pour attraper le voleur va apporter à Holmes une autre affaire qui semble sentir le fantastique, puisque une jeune se dit poursuivie par la malédiction du Thurrick Noir.

Si vous vous demandez ce que c’est que cette créature, je vous rassure de suite, rien à voir avec les bestioles de Lovecraft ! C’est juste le pendant du Zwart Piet chez les Hollandais ou du Père Fouettard chez les Belges et Français du Nord. C’est celui qui vient punir les enfants pas sages du tout.

Ce que j’ai apprécié, dans ce roman, c’est que pour une fois, on se retrouve avec un Holmes et un Watson sans créatures fantastiques. Oui, ça sent le fantastique, mais y croire ne le fait pas apparaître et Holmes est un esprit terre à terre.

L’enquête, sans être trop courte, évite l’écueil du trop long. C’est juste ce qu’il faut en nombre de pages pour garder du suspense, l’intérêt du lecteur et le récit évite de s’éterniser juste pour ajouter des pages. Le format des nouvelles convenant toujours mieux aux enquêtes de Holmes, si on fait trop long, généralement, on s’enlise et ça n’avance plus.

Les personnages, sans être canoniques à 100%, sont tout de même fort proches des originaux et l’auteur a bien mis en avant l’amitié qui unit Holmes et Watson. Les déductions du maître sont présentes, son caractère assez cynique aussi. Bref, c’est un véritable plaisir que de suivre le duo durant cette enquête, à quelques jours de Noël.

Le scénario est bien ficelé, l’enquête est bien menée et j’avoue n’avoir pas tout vu venir, comme quoi, le Maître dépassera toujours sa pauvre élève.

La plume est tout ce qu’il y a de plus correcte, agréable à suivre, avec des véritables passés simples et même quelques subjonctifs imparfaits ! Non, pas de bol, ce n’était pas les conjugaisons des verbes « savoir » et « recevoir »… Seuls les initiés comprendront et rigolerons un bon coup.

Anybref, c’est un excellent pastiche holmésien, qui relève le niveau de toutes les bouses que l’on a produit et que l’on produit encore. Sans être le policier de l’année, il tire bien son épingle du jeu, ou son fagot de bouleau (les enfants pas sages comprendront) pour rester dans le folklore du Thurrick.

À lire sans nécessairement écouter tomber la neige, impassible manège… Mais à lire bien au chaud sous un plaid, car dans le Yorkshire, ça caille !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°75] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

 

La renaissance des heros Marvel – Tome 2 – Black Panther : Christopher Priest & Reginald Hudlin

Titre : La renaissance des heros Marvel – Tome 2 – Black Panther

Scénaristes : Christopher Priest & Reginald Hudlin
Dessinateurs : Collectif

Édition : Panini Comics (04/06/2019)

Résumé :
T’Challa, la Panthère Noire, règne sur le Wakanda éternel. Ororo, alias Tornade, est la X-Woman considérée comme une déesse au Kénya.

Les deux héros se connaissent depuis l’adolescence et forment l’un des couples les plus puissants de l’univers Marvel.

Critique :
Black Panther faisant partie de mes chouchous, j’ai profité de l’offre à 2,99€ pour m’offrir cette anthologie regroupant plusieurs aventures de T’Challa.

La première histoire, « Sturm und drang : une histoire d’amour et de guerre » était des plus intéressantes à lire.

Le scénario ne manquait pas de profondeur avec cette guerre qui menaçait, T’Challa qui devait jouer au diplomate (mais ne l’étais pas) et ces complots entre plusieurs puissances pour foutre le chaos.

Mon seul bémol ira pour le narrateur qui avait tendance à m’embrouiller plus qu’autre chose avec ses commentaires.

Les dessins étaient très agréables pour les yeux.

L’autre histoire importante, c’est celle du mariage entre T’Challa et Tornade, dont j’avais déjà lu une partie de l’histoire dans « Je suis Black Panther ». Ce ne fut pas un soucis de relire l’histoire, cela m’a permis de mieux l’ancrer dans ma mémoire.

Là aussi les dessins sont agréables, les couleurs vives et on n’a pas le temps de s’embêter car ce mariage n’est pas un mariage ordinaire : deux personnages super-héros qui vont convoler ensemble, deux personnages puissants, deux personnages apparentant à des groupes différents, le tout sur fond de pré-Civil War puisque Iron Man est pour le recensement et le Captain, contre. Ça fume déjà entre eux deux !

Anybref, ce recueil est à réserver aux fans de Black Panther, ou à ceux et celles qui voudraient découvrir le personnage sans vouloir se farcir les anthologies.

Pour le prix vendu en magasin (en neuf !), on n’est pas volé sur la marchandise : il y a de quoi lire durant un bon moment et occuper ses longues soirées d’hiver pendant que la pluie tombe dehors.

Féroce – Tome 1 – Taïga de sang : Gregorio Harriet et Alex Macho

Titre : Féroce – Tome 1 – Taïga de sang

Scénariste : Gregorio Harriet
Dessinateur : Alex Macho

Édition : Glénat (01/09/2021)

Résumé :
Quand la nature se déchaîne, personne n’est à l’abri.

Sur le territoire du kraï du Primorié, en Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord, un tigre de Sibérie blessé par un braconnier se consacre à la chasse à l’homme. Non par faim mais plutôt par vengeance, il peint du sang de ses victimes la taïga sibérienne.

Ni les brigades forestières contrôlées par la mafia sino-russe, ni les agents du Centre du Tigre de l’Amur, ni les groupes environnementaux ne sont en sécurité lorsque l’Amba, l’esprit des forêts, part à la chasse.

Inspiré de faits réels, Féroce fascine par ses silences et ses paysages hivernaux désolés. Un récit puissant, peuplé de personnages forts et plus vrai que nature où le massacre et l’horreur peuvent être enclenchés à tout instant.

Critique :
Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord… Autrement dit, dans le trou du cul du Monde, version glacée ! Là-bas, on coupe des arbres qu’on ne peut pas couper, pour l’exportation.

D’ailleurs, il paraît que l’on déforeste plus en Sibérie qu’en Amazonie et pourtant, on ne parle que l’Amérique du Sud… Les petites branches laissées au sol, après l’abattage (pas une machine) deviendront tellement secs en été que c’est incendie garantit !

Et quand un connard ne trouve rien de mieux que de tirer sur un tigre, les emmerdes commencent car quand tigre fâché, lui toujours manger Homme.

La première chose que j’ai appréciée, c’est le visuel : la couverture frappe bien fort et les dessins sont magnifiques. Très dynamiques aussi.

Le scénario part dans plusieurs directions à la fois et bien avant la fin de ce premier album, on a bien compris les différentes ramifications entre les personnages et ce qui est en train de se produire depuis le tir sur le tigre.

Nous sommes dans un excellent scénario, avec de la profondeur et sans dichotomie entre les bons reporters qui font un reportage sur les tigres de l’Amour et les vilains bûcherons qui coupent à tort à travers. Pas de ça, Lisette, madame la journaliste peut avoir l’écologie à géométrie variable et le jeune bûcheron des états d’âmes.

Le final, petit salopard, laisse le lecteur devant un suspense frustrant, puisqu’il faut attendre pour lire le second tome. Une chose est certaine, je serai au rendez-vous pour la suite !!

Une bédé à découvrir en restant bien au chaud chez soi car les paysages enneigés, s’ils sont magnifiques, donnent tout de même l’impression de froid extrême.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°92], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°94] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

 

Orcs et Gobelins – Tome 15 – Lardeur : Olivier Peru & Ma Yi

Titre : Orcs et Gobelins – Tome 15 – Lardeur

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Ma Yi

Édition : Soleil Productions (05/11/2021)

Résumé :
La terre des Ogres, ses déserts, ses tempêtes de sable, ses immenses temples oubliées emplis de cadavres…

S’ils avaient su ce qui les attendait là-bas, Lardeur et sa bande de mercenaires ne seraient jamais descendus aussi loin au sud des Terres d’Arran.

Mais quand la mort est à vos trousses, et que vous avez tout perdu, que vient le temps d’embrasser la Faucheuse, autant se présenter à elle en véritable cul-vert, le poing serré et la rage au cœur.

Critique :
L’orc sur la couverture de l’album a une sale gueule. Rien qu’à le voir, on n’a absolument pas envie de lui marcher sur les pieds ou de lui demander sa route…

Pourtant, Lardeur n’est pas un mauvais bougre d’Orc.

Il est plutôt tolérant, dans son genre, puisque sa bande est composée de deux autres Orcs, de trois Gobelins, d’une Gobeline et d’un Elfe Bleu !

Ils sont soudés, c’est une famille. Hétéroclite, mais une famille tout de même.

L’album commence gentiment avant de passer à un palier beaucoup plus haut et d’offrir aux lecteurs une montée d’adrénaline puissante, un suspense haletant et une aventure différente des autres déjà lues dans les Terres d’Arran.

Les dessins sont excellents, ils nous plongent directement dans l’histoire et donneront à cette aventure un goût de grandiose tant les décors, comme les actions de notre gang, seront détaillés et magnifiés.

Les couleurs oscilleront entre des tons chauds (pour les passages dans la tempête de sable) ou sombre, pour la partie qui se déroulera dans le « jeu » sadique et machiavélique auquel nos amis devront faire face. Bref, on en prend plein la gueule et ça fait plaisir !

Non, nous n’avons pas fini de faire le tour des Orcs & Gobelins, tout n’a pas été raconté, les scénaristes en ont encore sous la pédale, ils savent faire du neuf avec du classique, donner de la profondeur à des culs verts au sale caractère et emporter leurs lecteurs dans un univers d’héroïc-fantasy des plus intéressant.

La compagnie des orcs/gobelins/elfe est soudée, c’est une vraie famille… Comme toutes les compagnies militaire, ils ont un code d’honneur et ce code fait d’eux des frères, de ce fait, ils n’abandonnent jamais l’un des leurs, sauf s’il est mort.

Il en est de même dans les autres compagnies, même humaines, et c’est à cause de ce code d’honneur qu’ils se retrouveront dans une merde pas possible à côté de laquelle Koko-Lanta fait figure de bac à sable et les émissions des survivalistes passeraient pour des vacances avec les doigts de pied en éventail dans un hôtel 6 étoiles.

Comme quoi, cette solidarité qui est bonne dans certain moment, peut apparaître comme le début des emmerdes dans d’autres cas de figure : comme quand on se fritte la gueule avec ceux de la milice Blanche de Frilonne.

Lardeur et ses copains pourraient reprendre la phrase du célèbre philosophe, Petit Gibus : « Ben mon vieux, si j’aurais su j’aurais po v’nu. »

Non seulement le scénario est puissant, mais le final n’a pas été bâclé et il apporte bien de l’amertume à notre petite bande de mercenaire. C’est caustique.

Un excellent album, plus pour un public avertit que pour les petits enfants et si, dans mon cas, cela ne m’a pas coupé l’appétit, je préciserai tout de même que certains moments pourraient le couper à d’autres… Sans pour autant que les auteurs fassent dans la surenchère !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°91] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Après : Stephen King

Titre : Après

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (03/11/2021)
Édition Originale : Later (2021)
Traduction : Marina Boraso

Résumé :
Grandir, c’est parfois affronter les démons qui vous hantent.

Jamie n’est pas un enfant comme les autres : il a le pouvoir de parler avec les morts. Mais si ce don extraordinaire n’a pas de prix, il peut lui coûter cher. C’est ce que Jamie va découvrir lorsqu’une inspectrice de la police de New York lui demande son aide pour traquer un tueur qui menace de frapper… depuis sa tombe.

Obsédant et émouvant, le nouveau roman de Stephen King nous parle d’innocence perdue et des combats qu’il faut mener pour résister au mal.

Critique :
Lorsque j’appris que le dernier né du King ne faisait que 320 pages et non pas les 600 habituelles, j’ai ressenti une frustration à venir : celle de ne pas obtenir ma dose de King.

Pourtant, au bout de quelques lignes, mes craintes se sont apaisées : le cru 2021 avait du corps, du bouquet et, sous les senteurs fruitées du départ, on sentait qu’ensuite viendrait les effluves de l’épouvante.

Ce nouveau King commence gentiment par le récit de Jamie qui, très jeune, aperçoit les fantômes des gens décédés.

Oh, si pour un jeune gamin, c’est impressionnant de voir le fantôme horriblement défiguré d’un cycliste qui s’est mangé une bagnole, pour le lecteur averti, ce n’est rien d’épouvantable.

Oui, le King commence gentiment, il pose ses bases, présente ses personnages, tout le monde semble cool et sympa, tout va bien dans le meilleur des mondes, même pas un croquemitaine sous le lit ! Oui, mais, on est dans un Stephen King et on se doute bien que ce n’est pas demain la veille qu’il va nous pondre du récit Bisounours.

Son récit est addictif tout en étant intelligent car le King ne se contente pas de nous parler d’un petit garçon qui voit les fantômes et avec lesquels il peut avoir des discussions (jusqu’à ce qu’ils disparaissent au bout de quelques jours) !

Non, non, il va plus loin et nous montre aussi l’épouvante générée par la crise économique de 2008.

Vous viviez pépère avec un super salaire, dans un appart génial, votre gamin allait dans une école privée, l’argent abondait, vous aviez fait des placements et un jour, patatras ! Un Madoff 2 vous a fait la position de la pyramide et là commence l’épouvante totale : hasta la vista le fric mit de côté ! Ça, pour moi, c’est plus angoissant qu’un monstre sous le lit.

Une fois de plus, la plume du King fait mouche et nous touche en plein coeur : de par ses personnages attachants, qui évoluent, qui peuvent tourner casaque. Grâce aussi à son écriture et à ce petit Jamie qui s’adresse directement à nous, établissant un lien dès les premières lignes.

Dans ce nouvel opus, pas de Méchant à part entière, juste des personnages lambdas qui, un jour, ont promis une chose et rebouffe leur parole ensuite, parce que cette chienne de Vie vient de leur faire un croche-pied monumental et qu’il faut bouffer.

Et puis d’autres qui sont passé du côté Obscur de la Force et, la cupidité aidant, n’ont plus aucun scrupules. Des gens ordinaires, en fait… Sans oublier un truc en plus, la touche fantastique qui fout la pétoche tout de même.

Comme quoi, le King reste toujours le King et même avec 320 pages, il arrive à m’emporter ailleurs, à me scotcher à son récit, à me faire sourire, à me faire frémir, à me donner des émotions et à me faire répéter, sur le final : « Non, Jamie, ne succombe pas à la tentation, ne bascule pas de l’autre côté !! », tout en serrant les fesses, parce que bon, tout de même, c’est du King ! Même si les âmes sensibles survivront sans soucis, on a connu plus angoissant.

Un roman est à la frontière (du réel ?) du polar et de l’épouvante, du fantastique et du thriller et il fait mouche, comme toujours. Comme quoi, la taille n’est pas importante (on ne le répétera jamais assez). L’ivresse est au rendez-vous, sans pour autant monter dans les degrés d’alcool.

De toute façon, il me reste encore un petit stock de King non lus, dont des gros pavés bien épais et bien saignants, alors, de temps en temps, un récit moins flippant, ça ne fait pas de tort.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°90] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – USA.

Cendres : Johanna Marines [LC avec Bianca]

Titre : Cendres

Auteur : Johanna Marines
Édition : Snag (04/04/2019)

Résumé :
Londres, 1888. Nathaniel et Luna vivent dans un quartier mal famé de l’East-End. Pour survivre, ils sont obligés de revendre les objets qu’ils ont volés.

Au même moment, à Westminster, Agathe accepte de devenir la domestique de la famille Henwoorth. Leur destin va basculer le jour où Nathaniel va découvrir un cadavre.

Agathe, une jeune femme plutôt naïve prête à tout pour payer les médicaments de sa mère malade. Celle-ci va être embauchée comme parurière chez les Henwoorth. Mais, rapidement, le fils ainé de la famille, Archibald, se montre étrange… Qu’attend-il vraiment d’elle ? Et si un tout autre destin l’attendait ?

Nathaniel Depford, un jeune homme de 27 ans, qui travaille comme allumeur de réverbères dans la vieille ville. Orphelin, il ne sait presque rien de ses origines. Mais, quand celle qu’il considère comme sa sœur, Luna, disparaît et que d’étranges cauchemars refont surface, son monde fragile vacille…

Réussira-t-il à retrouver Luna avec l’aide de la police ? Ou devra-t-il faire chemin seul pour comprendre les forces obscures qui tirent les ficelles en coulisse ? Et si son passé le rattrapait ?

Critique :
Londres, 1888… Une période que j’apprécie tout particulièrement. Facile, je n’y ai pas vécu.

C’est comme les bas-fonds londoniens, ils sont plus supportables lorsque l’on est assis dans son canapé, le ventre plein, un café chaud à portée de main et le chauffage qui fait son job.

Commençons par les points positifs de ce polar historique : le petit côté steampunk était bien vu. Sans en faire trop (ce que certains reprocheront), l’autrice a ajouté quelques détails du genre dans son récit : chevaux et oiseaux automates, ainsi que des prothèses.

Le steampunk n’est pas envahissant et si vous n’êtes pas accro au genre, cela passera comme une lettre à la poste. Par contre, si vous en vouliez plus, vous serez de la revue.

Londres : personnage important de l’histoire, c’est une ville encrassée par le smog que vous découvrirez, une ville sale, noire, remplie de suie des usines et, de temps en temps, un smog mortel descend sur la ville. Angoisses durant la lecture garanties.

Les bas-fonds : vous êtes plongés dedans, la misère grouille comme les rats, c’est l’horreur. L’autrice décrit bien ces maisons faites de tôles, cette misère qui touche tout le monde, y compris les plus petits. Sans oublier qu’un tueur éventreur rôde dans les ruelles.

Les personnages sont attachants (Agathe, Nathaniel et Luna la tête de mule), mais manque un chouia de profondeur, tout en étant stéréotypés. Ce n’est pas vraiment un problème, le bât blessant plus au niveau du Méchant, qui est méchant tout simplement et qui est aussi visible qu’un gilet jaune devant des phares, sur une route déserte.

Ce polar historique, je l’ai dévoré, il est addictif, l’écriture est simple, faite de répétitions pour certaines descriptions, mais bon, ça passe sans soucis.

Là où ça grince dans la prothèse métallique, c’est justement avec le Méchant que l’on venir avec ses gros sabots et dont on ne saura pas pourquoi il est passé du côté super obscur de la Force. Nous n’en saurons pas plus non plus sur l’Éventreur (qui n’est pas le sujet du roman, mais puisqu’il y joue du couteau, on aurait pu aller plus loin).

Certes, dans la vie, nous n’avons jamais les explications, mais purée, dans un roman, l’autrice étant aux commandes, elle peut très bien ajouter des pages et nous expliquer le pourquoi du comment.

Lors du final, très glauque, très violent, pas happy end du tout, on a l’impression qu’on nous l’a joué à l’envers et on referme le livre avant l’horrible sensation qu’il manque quelque chose : ces foutues putains d’explications !

Déjà que l’autre enquête, avec les déterrés, se finit un peu brusquement, trop facilement… Si en plus, l’intrigue principale ne nous donne pas toutes les réponses, ça vous donne un goût s’inachevé. J’aurais aimé connaître les motivations du Méchant autre que je suis méchant, point barre. Et aussi savoir si un des personnage, de par son comportement assez sec, a voulu en fait protéger Agathe.

Maintenant, ces bémols, ce ne sont que les miens, personnels, ce que j’aurais aimé savoir…

Cela ne m’a pas empêché d’apprécier cette lecture, addictive, même en devinant très vite qui était le méchant et en comprenant ce qui se cachait sous les disparitions des jeunes filles (mais pourquoi des blondes ?)… Le final, assez violent, était par contre inattendu. J’avais espéré un mini happy end.

Une LC avec Bianca réussie ! Nous avons fait de bonnes pioches ces derniers temps. Si vous voulez lire son avis, suivez le lien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – Dark London.

 

 

 

 

 

 

 

 

Manger Bambi : Caroline de Mulder

Titre : Manger Bambi

Auteur : Caroline de Mulder
Édition : Gallimard (07/01/2021)

Résumé :
Bambi, quinze ans bientôt seize, est décidée à sortir de la misère. Avec ses amies, elle a trouvé un filon : les sites de sugardating qui mettent en contact des jeunes filles pauvres avec des messieurs plus âgés désireux d’entretenir une protégée.

Bambi se pose en proie parfaite. Mais Bambi n’aime pas flirter ni séduire, encore moins céder. Ce qu’on ne lui donne pas gratis, elle le prend de force.

Et dans un monde où on refuse aux femmes jusqu’à l’idée de la violence, Bambi rend les coups. Même ceux qu’on ne lui a pas donnés.

Critique :
Oubliez le gentil petit faon de votre enfance !

Ici, Bambi, c’est une jeune fille de quinze ans qui a bouffé de la vache enragée toute sa vie et qui en veut à la terre entière, sauf à sa mère, bizarrement, alors qu’elle est alcoolo, brutale, en décrochage total dans l’éducation de sa fille, du ménage, bref, elles vivent dans un taudis.

Bambi, pour se faire des thunes, décide de jouer avec les sugar daddy, ces hommes dans la force de l’âge qui veulent se faire des petites jeunes. Bambi ne fait pas ça pour payer ses études, comme bien des filles, mais pour palper le max de pognon et, au passage, leur écraser les roustons.

Bambi, c’est du maquillage genre camion volé, tu vois ? Faut masquer les coups qu’elle s’est prise dans la face, par sa daronne. Son daron ? Il a joué les filles de l’air, il a juste laissé son Sig Sauer et Bambi, elle aime jouer avec l’arme. Pour elle, c’est l’équivalent d’un doudou chez un marmot.

Avec son gun, elle se sent plus forte. C’est plus izi (easy) pour forcer les daddy à filer leur oseille.

Bambi, c’est cru, trash ! Autant dans le récit que dans le langage. Wesh, les mecs et les bitch, va falloir réviser son argot et son langage d’jeun’s ! TKT, Google vous aidera si vous captez pas.

Bambi, c’est du roman noir à fond d’blinde ! T’y aventures pas si tu cherches des petits coeurs roses, tu trouveras que dalle !

L’autrice te raconte la misère ordinaire, simple, courante, celle que l’on a croisé un jour dans notre vie et qu’on a vite détourné les yeux, se moquant de la gonzesse ou du mec qui sentait pas bon, sans penser que sa mère elle avait p’têt abdiqué le ménage.

Avec ce langage cru, celui des jeunes de nos jours, ça renforce le côté filles en perte de vitesse, filles qui se donnent un genre, filles qui se pensent les plus fortes, et qui le sont, sauf quand le vernis craque et qu’on se rend compte qu’elles ne sont que des filles paumées, apeurées. Mais plutôt crever la gueule ouverte que de l’avouer !

Avec un personnage comme Bambi et ses copines, tu sais pas trop si tu dois leur coller des claques dans leur gueule de petites merdeuses, les flinguer direct ou laisser pisser le mérinos.

Elles sont trop loin dans la misère sociale que pour espérer les en sortir. L’autorité, elles en veulent pas. Bambi encore moins. Elle aime que sa mère et ses deux copines. Parfois avec des clash…

Bambi, c’est un roman noir vachement noir, mon frère. Le rayon de soleil ? Cherche pas et carre-le toi bien profond où tout le monde pense. Y’a pas d’édulcorant, pas de sucre, ou alors, c’est de la poudre qu’on sniffe.

Bambi, c’est le récit d’une société qui part en couilles, qui abandonne ses jeunes, qui ne sait pas comment les aider, qui le fait, mais mal.

C’est l’histoire de gamines qui ne savent pas trop si elles veulent être sauvées ou pas. Et si oui, même elles ne savent pas comment, hormis palper le grisbi et se tirer en Thaïlande pour glander grave sa mère. Ce qui ne les aiderait pas, mais ça, elles en savent que pouic.

Bambi, c’est un roman noir qui te met mal à l’aise. C’est un roman trash qui parle de violences, de coups tordus, d’arnaques, de pétage de plombs de ce qui fut, un jour, une gentille petite fille tout mignonne et qui, à cause de cette chienne de vie, a mal tournée et est devenue enragée envers le monde entier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°88].

Le bureau des affaires occultes : Eric Fouassier [LC avec Bianca]

Titre : Le bureau des affaires occultes

Auteur : Eric Fouassier
Édition : Albin Michel (28/04/2021)

Résumé :
Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.

Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges, susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité.

Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.

Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?

Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?

Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Critique :
S’inspirer de la science pour commettre des crimes ? L’idée n’est pas nouvelle, les criminels ayant toujours une longueur d’avance sur le reste du monde, surtout des policiers.

Paris, 1830. Valentin Verne est un inspecteur atypique : solitaire, se liant difficilement avec les autres, intelligent, cultivé, talentueux, fortuné de par son père, ayant des connaissances en pharmacie. Il est beau et pourtant, ce n’est pas un coureur de jupons. Ah oui, il semble torturé.

Oui, je conviens que le portrait de l’enquêteur n’a rien de novateur… Limite cliché, mais l’auteur arrive tout de même à le rendre sympathique. Mon bémol sera pour le fait qu’on répète un peu trop souvent qu’il a un visage d’ange, d’archange… Ok, on avait compris.

Le mystère arrive assez vite dans l’histoire et nous en aurons deux pour le prix d’un : un suicide bizarre d’un jeune homme à qui la vie sourit et de l’autre, un pédophile qui enlève des enfants et que semble traquer Valentin Verne.

Nous n’en saurons pas plus sur celui qui se fait appeler le Vicaire puisqu’il semble insaisissable, sans doute sa traque sera-t-elle pour une suite. Dommage, son ombre plane sur le récit, il semble d’une cruauté sans borne, mais l’auteur n’a pas jugé bon de nous en dire plus. Mystère !

L’enquête de Valentin Verne ne manque pas de rythme, sans pour autant virer à la course-poursuite. L’inspecteur prend son temps, remonte les pistes, étudie les indices, pose des questions et devra éviter les pièges qui lui seront tendus.

Afin d’ajouter du piment à son récit, l’auteur a incorporé un récit dans le récit, celui de Damien, jeune garçon prisonnier du Vicaire. Son récit n’est pas juste là pour faire pleurer dans les chaumières. L’explication viendra en temps voulu sur son incorporation à l’enquête de Verne.

La recherche historique est importante dans ce récit car l’Histoire est elle aussi un personnage du récit. Les petites anecdotes ou faits historiques, ancrent mieux le récit dans l’Histoire et l’incorporation de personnages réels aussi.

Dommage que les personnages soient un peu clichés, comme la belle Aglaé, la comédienne. Jeune, belle, talentueuse… Dans la réalité, il existe de telles femmes (heureusement), mais généralement, elles ont des défauts pour contrebalancer toutes ces qualités. Bizarrement, je l’ai tout de même appréciée… Cherchez pas, docteur.

Anybref, ce polar historique, bien ancré dans son époque, a tout de même réussi à me subjuguer avec ses mystères, à me trouer le cul avec un coupable, à me le re-trouer deux fois avec des révélations inattendues et à me scotcher dans le canapé. Pas si mal, tout de même.

Alors oui, il a des défauts, les personnages principaux auraient pu être moins too much, malgré tout, on s’attache au beau Valentin Verne, à son côté ténébreux et torturé, on lui passe ses grosses ficelles pour se sortir des pièges tendu par les autres.

La lecture était plaisante et ce n’est pas Bianca qui va me contredire sur ce point. Notre LC était réussie et je compte bien lire la suite des enquêtes de Valentin Verne, si elles ont lieu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°87].

La rivière : Peter Heller

Titre : La rivière

Auteur : Peter Heller
Édition : Actes Sud – Lettres anglo-américaines (05/05/2021)
Édition Originale : The River (2019)
Traduction : Céline Leroy

Résumé :
Wynn et Jack, étudiants en pleine possession de leurs moyens, s’offrent enfin la virée en canoë de leurs rêves sur le mythique fleuve Maskwa, dans le Nord du Canada. Ils ont pour eux la connaissance intime de la nature, l’expertise des rapides et la confiance d’une amitié solide.

Mais quand, à l’horizon, s’élève la menace d’un tout-puissant feu de forêt, le rêve commence à virer au cauchemar, qui transforme la balade contemplative en course contre la montre. Ils ignorent que ce n’est que le début de l’épreuve.

Critique :
Wynn et Jack partent à l’aventure, celle avec un grand A : traverser, en canoë, le fleuve Maskwa, dans le nord du Canada.

Sans téléphone, sans montre, en mode survie et pêche, mais surtout, en mode tranquille, à l’aise Blaise, sans se presser, afin de prendre le temps de contempler.

Tout allait bien, quand soudain, les emmerdes son arrivées, en escadrille, comme toujours…

On aurait pu penser que leur voyage allait se dérouler tranquillement, qu’en cette fin de saison, alors que les jours sont plus froids, ils ne croiseraient personne sur l’eau. Loupé…

La plume de l’auteur navigue sur le papier comme le canoë de Jack et Wynn : glissant sans à-coups, paisiblement, sans aucune saccade ou mouvement brusque.

Sa manière d’écrire est aussi contemplative et descriptive : ce voyage en canoë, ces nuits à la belle étoile, ces poissons qui cuisent sur la pierre, c’est comme si vous viviez ces moments de plénitude.

Le récit est idyllique, mais on se doute qu’à un moment donné, ça va virer au drame, sans que l’on sache exactement que genre de drame. Ni que nous pourrions en avoir deux pour le prix d’un seul.

Cette descente de rivière tranquillou va virer brusquement en descente afin de lutter contre la mort qui galope à leurs trousses. Elle détruit tout sur son passage et c’est limite l’apocalypse qui vous colle aux trousses.

L’inquiétude était montée crescendo, là, elle va vous prendre aux tripes et vous risquez de sentir l’odeur de roussi derrière vous. Souquez ferme, matelots, gardez le cap et serrez les fesses !

Peter Heller ne prendra pas la peine de dresser des portraits fouillés de ses personnages principaux, il nous donnera juste l’essentiel, et cela suffira pour le récit, pour s’attacher à eux deux et à les voir changer, quand le danger sera là. Jack aura même tendance à passer du côté obscur, démontrant bien que l’on ne connait jamais vraiment bien les gens.

C’est un mélange harmonieux entre le nature writing et le thriller, entre l’apocalypse et le voyage initiatique, commençant à naviguer gentiment avant de passer en mode « descente de rapides ». Difficile de ne pas avoir le cœur qui chavire.

La Rivière n’est pas un long fleuve tranquille… C’est une lecture qui vous éclabousse avant de vous laisser échoué sur un à côté, lessivé, rincé, à bout de souffle, les muscles en compote d’avoir ramé comme une dératée avec Wynn et Jack.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°86].