Harry Potter – T04 – Harry Potter et la coupe de feu ‭:‬ J.K. Rowling [LC avec Bianca]

Titre : Harry Potter – T04 – Harry Potter et la coupe de feu

Auteur : J.K. Rowling
Édition : Folio Junior (2001/2007/2011/2016/2017) / Gallimard (2000)
Édition Originale : Harry Potter, book 4: Harry Potter and the goblet of fire (2000)
Traducteur : Jean-François Ménard

Résumé :
Harry Potter a quatorze ans et entre en quatrième année au collège de Poudlard. Une grande nouvelle attend Harry, Ron et Hermione à leur arrivée : la tenue d’un tournoi de magie exceptionnel entre les plus célèbres écoles de sorcellerie.

Déjà les délégations étrangères font leur entrée. Harry se réjouit…

Trop vite. Il va se trouver plongé au cœur des événements les plus dramatiques qu’il ait jamais eu à affronter.

Dans ce quatrième tome bouleversant, drôle, fascinant, qui révèle la richesse des enjeux en cours, Harry Potter doit faire face et relever d’immenses défis.

Critique :
L’exercice de la relecture est toujours périlleux car on pourrait ne pas retrouver les excellentes sensations de l’époque et en ressortir déçu(e).

Parfois, c’est l’effet inverse qui se produit et on se surprend à prendre encore plus de plaisir lors de la relecture qu’il y a 17 ans.

Autant j’avais encore des souvenirs de lecture du tome 3, autant il ne m’en restaient plus beaucoup du tome 4 et ce fut donc une véritable redécouverte, même si, eu fil des pages, des petits souvenirs sont, tels Mathilde, revenus.

Lors de ma première lecture, j’avais trouvé Harry Potter chiant à toujours reporter à plus tard l’ouverture de son oeuf en or, à ne pas vouloir écouter la voix de la raison qu’était celle de Hermione qui lui disait de bosser un peu plus, de s’y prendre plus tôt.

Son petit égo m’avait aussi énervée, lui qui refusait l’aide des autres mais de dédaignait pas celle de ses amis.

Avec le recul, j’ai compris Harry, il n’est pas différent de nous, au final, à toujours procrastiner pour certaines tâches. Moi-même je faisais pareil avec mes matières à étudier… Là, Harry m’a plutôt envoyé de brûlantes piqûres de rappel. Shame on me de l’avoir si mal jugé à l’époque de ma première lecture.

Si mettre en récit un jeune garçon qui entre dans une école de sorcellerie n’est pas d’une créativité folle, l’univers que J.K. Rowling a développé dans ses romans est lui, d’une richesse époustouflante, incomparable tant il est réaliste, proche du nôtre, de l’Histoire, pas toujours glorieuse de l’Homme, tant ses personnages sont évolutifs, mûrissants avec l’âge et riches de profondeur (m’en fout si c’est pas correct, moi, je me comprends).

Les deux premiers tomes étaient de la littérature enfantine, on le sentait bien dans l’écriture, dans la manière d’être des personnages qui, à l’époque, avaient 11 ans, comme leurs lecteurs.

Dans le tome 3, on sentait venir le basculement et là, pour le tome 4, la littérature jeunesse est loin derrière nous, comme si l’auteure en avait eu plein le cul d’écrire pour les enfants où comme si elle avait eu envie de faire évoluer son écriture et ses récits avec l’âge de ses personnages principaux et de son lectorat.

L’univers de Harry Potter est un mélange savant de collèges Anglais huppés, où ne sont admis que les enfants de famille riche, ou du moins, d’une certaine élite. Les 4 Maisons de Poudlard sont autant de fraternités comme il en existe dans les universités, les Sangs Purs et les Sang-De-Bourbe ne sont jamais que les idées nauséabondes des partis fascistes (dont un mis au point une solution finale) ou celles des grandes écoles dans lesquelles les boursicoteurs ne sont jamais bien vus.

Voldemort qui revient au pouvoir et que certains ne veulent pas voir, croire, c’est aussi une montée d’un extrémisme que certains continuent de nier ou de regarder ailleurs, pensant ainsi que leur petit monde tranquille va le rester.

Rita Skeeter (à qui on sketerait – casser – bien la gueule) la journaliste fouille-merde n’est jamais que l’apanage de certains journaleux qui sont prêts à tout pour publier un scoop, même à inventer des faits ou à les déformer, juste pour faire le buzz.

C’est aussi une manière pour Rowling de mettre en garde ses lecteurs sur leurs manières de s’informer, sur le fait qu’il ne faut pas lire n’importe quel journal mais bien choisir ceux qui informent et pas ceux qui déforment.

C’est aussi un tacle contre les fake-news qui nous inondent de plus en plus sur la Toile et que nous ne connaissions pas encore en 2001. Rita est une productrice de fake-news et tout le monde croit ce qu’elle écrit.

Anybref, Harry Potter est une oeuvre énorme à analyser et avec les années qui ont passées, on redécouvre d’autres choses, d’autres messages, d’autre parallèles avec notre monde à nous.

Ce tome 4, c’est aussi un sacré pavé de 784 pages qui se lisent toutes seules, sans même se fatiguer, sans même voir le temps passer car ce tome regorge d’actions, d’amitié, de disputes, de petites tensions, de mystères, de suspense, de violence (dans son final) et là on se dit que non, nous ne sommes pas au pays des Bisounours et qu’un pas vient d’être franchi.

J’ai mieux apprécié cette relecture que je ne le pensais et ce tome 4 a fait un bon dans les émotions ressenties et dans mes romans préférés de la saga, sans pour autant détrôner le tome 3 qui lui est indétrônable.

Quant à ma copinaute de LC, Bianca, pour elle, c’est un coup de coeur et pour le moment, c’est son préféré.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°20, le Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook et Le pavé de l’été chez Sur Mes Brizées (Juillet 2019 – Septembre 2019).

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Juste avant de mourir : S. K. Tremayne [LC avec Bianca]

Titre : Juste avant de mourir

Auteur : S. K. Tremayne
Édition : Presses de la cité (21/03/2019)
Édition Originale : Just Before I Died (2018)
Traducteur : Isabelle Maillet

Résumé :
Pourquoi tu m’as fait ça, maman ?

Kath, Adam et leur petite Lyla, intelligente mais renfermée, habitent une ancienne ferme isolée en plein milieu de la lande, dans le Devon.

Un jour, Kath se réveille aux urgences après avoir été victime d’un grave accident de voiture. Elle n’a aucun souvenir des circonstances l’ayant conduite au drame.

De retour chez elle, choquée mais heureuse de retrouver sa famille, elle déchante vite : Lyla dessine d’étranges motifs et répète qu’elle voit un homme sur la lande.

Quant à Adam, il paraît en vouloir terriblement à son épouse, pour une raison que cette dernière ne s’explique pas.

Autour de la maison, Kath tombe sur des mises en scène macabres…

Alors que le comportement de Lyla devient de plus en plus inquiétant, Kath apprend que c’est en essayant de se suicider qu’elle a fini à l’hôpital. C’est le choc. Et le début de flash-backs angoissants qui vont la conduire elle aussi vers cet inconnu qui hante la lande.

Prêtant sa plume à un drame familial qui interroge le poids de l’hérédité, les liens du couple et le mystère qui entoure les enfants atteints du syndrome d’Asperger, le maître du thriller atmosphérique revient avec un quartet brumeux qui laissera le lecteur hagard, ivre de secrets inavouables et de stupéfiantes révélations.

Critique :
♫ Dis maman, pourquoi t’as fait un plongeon ? ♪

♪ Puisqu’il faut choisir, À mots doux je peux le dire, Sans contrefaçon, Maman dans l’eau a fait un plongeon ♫ (1)

Lorsqu’on est une gamine atteinte d’un syndrome d’Asperger ou d’un autisme latent (les parents n’ont pas consulté), apprend que sa maman a voulu se suicider en fonçant en bagnole dans une retenue d’eau, ça la fout mal.

Pourtant, à bien y réfléchir, Kath, la mère de Lyla, n’avait pas de bonnes raisons de vouloir mettre fin à ses jours.

Quand vous êtes une mère que tout le monde regarde avec pitié parce que l’on pense que vous avez fait une tentative de suicide, que votre mari vous en veut pour cet acte, que votre fille, déjà en proie à des problèmes à cause de son asperger, commence à battre la campagne en pensant que vous avez voulu l’abandonner…

Et si en prime, vous avez des trous de mémoire sur la semaine précédent cet accident et sur ce qui s’est passé dans votre tête à ce moment là, pour enquêter sur ce que vous pensez ne pas être une tentative de suicide, ça va pas être facile.

Voilà un thriller psychologique comme je les aime, avec des mystères, des phénomènes bizarres, une impression d’être épiée, un mari que vous avez vu mais qui vous jure que non, il n’était pas là, je vous jure que vous avez une petite sueur froide au milieu des sueurs chaudes provoquées par la canicule et son jour le plus chaud.

Nous sommes sur la lande du Dartmoor et s’il n’y a pas le chien maudit des Baskerville, il y a tout de même un truc de pourri au Dartmoor, en plus du brouillard, des tourbières meurtrières et de l’hiver…

L’auteur a su jouer avec ses personnages, alternant des points de vues, de manière à ce qu’on l’on frissonne, que l’on se pose des questions et que l’on en suspecte certains, sans toutefois dévoiler trop, trop vite, mais en nous laissant mariner dans notre jus le plus longtemps possible avant de balancer son final.

À un moment donné, j’avais compris. C’était sordide, mais j’avais capté.

Pour son final, on a du rythme, du suspense et elle joue avec nos nerfs, d’ailleurs, je lui garde un chien de ma chienne aussi et cet auteur passe directement sur ma kill-list avec les Norek et Minier.

Un thriller psychologique qui m’a amené un peu de frissons mais pas assez que pour faire diminuer la température caniculaire de ce 25 juillet où l’on a fait exploser tous les records.

Bianca a moins apprécié, de son côté. Partie avec une avance de 12 chapitres pendant que je me liquéfiais, elle avait toujours une confortable avance avant que je ne passe les grands braquets et que je fasse tout péter et que je ne termine l’étape avec des heures d’avance.

(1) Sur l’air de « Sans contrefaçons » de Mylène Farmer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°7.

L’Amant de lady Chatterley : D.H. Lawrence

Titre : L’Amant de lady Chatterley

Auteur : David Herbert Lawrence
Édition :
Édition Originale : Lady Chatterley’s Lover (1928)
Traducteur : Pierre Nordon

Résumé :
1918…
Un monde s’achève. La vieille Angleterre expire. C’est dans cet univers bouleversé que naissent les amours d’une aristocrate et de son garde-chasse.

La société de l’époque reconnaîtra à Lady Chatterley le droit et le « devoir » de prendre un amant qui lui donnera l’enfant qu’elle n’aura jamais de son mari.

Ce n’est pas l’adultère qui heurte cette société, mais l’insultant bonheur de deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

Critique :
Le poète et écrivain Philip Larkin résume à sa façon le procès et les conséquences de son verdict : On a commencé à faire l’amour en 1963, entre la fin de la « censure Chatterley » et le premier disque des Beatles.

Et bien, c’était pas folichon, le cul, chez les Anglais !

Ils Brexitaient déjà dans le lit conjugal, ces satanés Rosbeef.

Tout est histoire de savoir quand il faut se retirer (ni trop vite, ni trop tard) de ne pas laisser des factures impayées, ou des femmes insatisfaites sexuellement parce que leur Jules la joue à la Chirac (deux minutes, préliminaires comprises).

Et à ceux qui diraient que les femmes sont frigides, je leur répondrai qu’ils sont des mauvaises langues.

Je suppose, mesdames et mesdemoiselles qui lisez ma bafouille, que des amants merdiques, vous avez connu ça vous aussi. Le mec qui tire son coup et puis se vautre à côté pour ronfler, vous laissant sans jouissance, on a toutes connu ça (et les hommes qui aiment les hommes aussi, je ne suis pas sectaire).

Lady Constance Chatterley n’a pas de bol, après avoir été déniaisée dans sa jeunesse, elle a épousée Clifford Chatterley, un intellectuel avec un titre mais ce dernier a perdu l’usage de ses jambes et de tout ce qui se trouvait sous sa ceinture dans les tranchées de 14-18.

Pour la bagatelle, Constance est priée d’aller voir ailleurs – oui, elle a sa permission – et elle a même le droit de choisir un étalon reproducteur, puisque, en 1920, la banque du sperme n’avait pas encore de guichet spécial prévu pour les retraits en liquide.

À ceux qui voudraient lire de la gaudriole, du porno ou autre terme, ma foi, il perd son temps car ce qui était considéré comme pornographique en 1928 ne l’est plus en 2019.

On pourrait dire que le roman est érotique car rien n’est suggéré, on parle de phallus, de con et il parait que dans la V.O, Lawrence utilisait volontiers le mot « FUCK ». Voyez, je le note en majuscule et personne ne va s’émouvoir ou perdre connaissance. Juste ma mère qui me fera les gros yeux. Et encore, s’il elle le voit (risque zéro).

Là où les dents ont dû grincer, c’est que Lawrence frappe aussi sous la ceinture et ne se prive pas de dresser un portrait peu flatteur des classes non laborieuses, celle qui a des dents, du fric, qui est allée à l’école, qui a des biens, qui ne bosse pas, qui fait bosser les autres, anybref, celle qui a des titres de noblesses et des noms à rallonge.

Il [Mellors] avait trouvé chez les gens de la classe moyenne ou des hautes classes une dureté, une sécheresse empesée, une absence de vie réfrigérante, et qui lui faisaient éprouver combien il était différent. Il était donc revenu vers ceux de sa classe. Il y avait retrouvé ce qu’il avait oublié au cours des années: une mesquinerie et une vulgarité absolument détestables. Il avait fini par admettre à quel point les bonnes manières étaient importantes.

— Mais l’inégalité ?
— C’est le destin. Pourquoi Jupiter est-il plus gros que Neptune ? On ne peut pas changer la nature des choses.

L’Angleterre des riches propriétaires qui ont fait leur fortune sur le dos des mineurs s’en prend plein la gueule aussi.

Parlant du déclin de cette Angleterre rurale pour une industrielle, de ces manoirs, châteaux, trop chers à l’entretien, qui se font abattre l’un après l’autre, l’auteur tape une nouvelle fois sous la ceinture, alors que les parties étaient déjà douloureuses. Certains ne veulent pas voir la vérité en face.

C’est cela l’histoire. Une Angleterre en efface une autre. Les mines avaient fait la richesse des châteaux. Maintenant on les effaçait, comme on avait déjà fait pour les cottages. L’Angleterre industrielle efface l’Angleterre agricole. Une signification en efface une autre. La nouvelle Angleterre efface la vieille Angleterre. Faisant partie des classes aisées, Connie s’était accrochée aux débris de la vieille Angleterre. Il lui avait fallu des années pour comprendre que celle-ci était en voie de disparition sous la terrible pression de la hideuse Angleterre nouvelle, et que le processus se poursuivrait jusqu’à son terme.

Revenons maintenant à notre Clifford qui va autoriser sa femme Constance à aller se faire monter par un autre et se faire engrosser, aussi. Mais attention, faut qu’elle continue de l’aimer, son Clifford, faudrait pas qu’elle y prenne du plaisir.

De plus, môsieur Clifford est persuadé qu’un jour, sa machinerie recommencera à fonctionner et là, il pourra lui faire des enfants. C’est beau de rêver.

S’il vous plait, pourrait-on faire un accident de chasse pour Clifford ? Ce personnage n’a rien pour lui et j’ai eu plus souvent envie de pousser sa chaise d’infirme du haut de la colline que je n’ai eu d’empathie pour lui.

— Non, reprit Clifford, si l’on sait s’y prendre, il n’y aura plus de grèves.
— Et pourquoi ?
— Parce qu’on rendra les grèves presque impossibles.
— Mais les ouvriers vous laisseront-ils faire ?
— On ne leur demandera pas leur avis. Cela se fera sans qu’ils y prennent garde : pour leur bien, et pour sauver l’industrie.
— Pour votre bien aussi.
— Bien sûr ! Pour le bien de tous. Mais pour leur bien, encore davantage que pour la mine. Je peux vivre sans les puits. Pas eux. Sans les puits ils meurent de faim. Moi, j’ai d’autres ressources.

Sir Clifford est hautain, égoïste, tyrannique, est pour la persistance des classes sociales, des apparences et pense que c’est lui qui sacrifie son existence pour sa femme et que c’est elle l’insensible. À se demander s’il l’a aimé un jour, Pitié, offrez-lui des lunettes de chez Afflelou ou baffez-le pour qu’il ouvre enfin les yeux.

Ou mieux, payons un tueur à gages pour lui régler son compte, même si, parfois, dans ses discours, il analyse correctement la société et que l’auteur avait besoin de créer un personnage tel que lui pour délivrer son fiel sur la société et son analyse, aussi.

Il lui sacrifiait son existence et elle était insensible. Seules comptaient ses exigences. « Madame et son bon plaisir. » Maintenant l’idée d’avoir un bébé l’obsédait. Quelque chose qui serait à elle, rien qu’à elle, et pas à lui !

Mais maintenant, il pouvait sonner Mrs Bolton. Elle accourait toujours, et c’était un grand réconfort. Elle arrivait en robe de chambre, une natte de cheveux dans le dos, virginale et effacée, bien que la tresse brune fût mêlée de gris. Elle préparait du café ou de la camomille, et faisait avec lui une partie d’échecs ou de piquet. Elle possédait cette étrange aptitude qu’ont les femmes de jouer aux échecs en étant aux trois quarts endormie, et ce, de façon suffisamment convenable pour que l’on prît plaisir à la battre.

Pas de bol pour le Clifford, c’est avec le garde chasse, Oliver Mellors, que sa femme va fauter. Pire, elle va y trouver du plaisir et en tomber amoureuse. Et ça, c’est pas permis.

C’est ça, le grand scandale du roman ! Pas tellement le fait que madame aille voir à côté, puisque le petit oiseau de monsieur son époux ne siffle plus, mais c’est le fait qu’elle jouisse avec son garde-chasse, qu’elle y prenne du plaisir, qu’elle en tombe amoureuse. Et ça, la société bien pensante anglaise ne le tolérait pas.

En 2019, ce roman n’a plus rien de sulfureux, plus rien de porno, plus rien de licencieux, personne ne se choquera du garde-chasse qui tire son coup dans une chasse gardée et qui nomme son pénis « Thomas » et le sexe de sa lady, son con.

Pourtant, cet homme a de l’éducation, a lu des livres, a étudié, a fréquenté des officiers, mais les circonstances de la vie l’ont rendu amer, nihiliste et il a abandonné son beau parler pour reprendre le patois du coin.

À notre époque, on ne s’émouvra même pas de la critique de l’Angleterre de l’après-guerre, on a lu pire, on a lu plus cinglant dans le cynisme, on est allé voter, on a vu les résultats…

Donc, de nos jours, on haussera juste un sourcil là où, il y a 90 ans, on reniflait des sels pour se remettre de ses émotions tout en hurlant à la fatwa sur la tête de D.H. Lawrence avant d’enfermer son roman durant 40 ans dans les jupons de fer de Dame censure.

La lecture était plaisante mais on a tout de même beaucoup de blablas sur la fin et ça commençait à devenir un peu lourd, surtout quand la lady Chatterley nous la jouait petite fille amoureuse avec ses « dis-moi que tu me gardes. Dis que tu vas me garder, que tu ne me laisseras pas te quitter pour aller ailleurs ou avec quelqu’un d’autre. »

Une oeuvre classique sur laquelle j’aurais dû me pencher un peu plus tôt mais, voyez-vous, il n’est jamais trop tard pour bien faire et se mettre à jour dans ses lectures érotico-classiques (bon, ce n’est pas les « Les onze mille verges » non plus).

Un roman que j’ai apprécié, même si les blablas sur la fin m’ont plus fait soupirer qu’autre chose.

Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook.

L’esprit des morts : Andrew Taylor

Titre : L’esprit des morts

Auteur : Andrew Taylor
Édition : Cherche Midi (09/06/2016)
Édition Originale : The american boy (2013)
Traducteur : Françoise Smith

Résumé :
Londres, 1819. Thomas Shield devient le professeur particulier d’un jeune Américain, Edgar Poe, et de son meilleur ami, Charles Frant, dont la mère, une femme séduisante et malheureuse, l’attire irrésistiblement.

Lorsqu’un homme est retrouvé mort et que tous les indices convergent vers la famille Frant, Thomas est emporté dans une spirale dont les conséquences risquent d’être lourdes pour lui.

Il décide alors de trouver le coupable mais le piège se referme au fur et à mesure qu’il cherche à s’en échapper. Quel est donc le lien entre ces macabres événements et le jeune Edgar Poe ? Thomas devra traverser bien des épreuves avant que la vérité soit enfin dévoilée…

Mêlant avec brio fiction et réalité, ce roman à l’intrigue haletante nous plonge dans l’atmosphère de l’Angleterre du XIXe siècle, où Edgar Allan Poe passa quatre années de son adolescence : l’agitation des rues londoniennes, les taudis de St Giles et Seven Dials, l’hypocrisie d’une bourgeoisie avide de pouvoir…

Un décor parfait pour un meurtre, des secrets de famille et une galerie de personnages loin d’être aussi respectables qu’ils voudraient le faire croire.

Critique :
La théorie de la relativité te dit que 15 minutes à attendre dans une administration passeront toujours moins vite qu’une heure à boire un verre avec des amis.

De fait, un pavé de 600 pages bourré d’action passera toujours plus vite qu’un court roman chiant de 100 pages.

Mais qu’en est-il de la longueur d’un pavé de 649 pages dans lequel on se fait chier comme un rat mort durant grosso modo les 50 premiers chapitres ??

Un calvaire ? Une horreur ? Une folie à lire ? Du masochisme ? Le tout à la fois, sans doute.

Certes, j’exagère un chouia en disant que je me suis faite chier car, rendons à César ce qui est à lui, les descriptions du Londres de 1819, la distinction nette entre les classes sociales, le racisme ambiant, le mépris pour les sans dents et les saloperies qui se passaient dans les public et private school sont très bien décrites.

Il en est de même pour le fait qu’on suspectera toujours plus vite un indigent ou un de l’Angleterre d’en bas qu’une personne bien née ou fortunée. Même dans les sans-grades, il y avait des grades et un valet de pied pourra se permettre de regarder un précepteur de haut si ce dernier tombe en disgrâce.

Rien que pour cela, le roman mériterait 5 étoiles. La recherche a dû être importante et le tout est amené de manière subtile. Les descriptions de quartiers miséreux est un vrai bonheur aussi.

Le problème est qu’entre le chapitre premier et le  chapitre 54, bon sang, il se passe peu de choses, c’est lent, laborieux et c’est avec un bonheur évident que l’on accueille la mort d’un personnage, pensant, erronément, que ça va bouger un peu plus.

Mais ça n’a pas bougé plus, hélas et plus d’une fois j’ai failli reposer le roman et l’oublier. J’ai persévéré, ça en valait un peu la peine pour les 30 derniers chapitres, mais sans que ce soit non plus un truc de fou.

Dommage car le roman avait tout pour me plaire, du potentiel, une écriture qui rendait justice à l’Angleterre de 1820, des personnages intéressants et une foulitude de petits détails sur la vie de cette époque-là.

Là, on va l’oublier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°4 et Le pavé de l’été chez Sur Mes Brizées (Juillet 2019-Septembre 2019).

Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C’est ça la relativité.

Moriarty – Tome 5 : Ryôsuke Takeuchi & Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 5

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (05/07/2019)
Édition originale : Yûkoku no Moriarty, book 5 (2018)

Résumé :
Le mythe de Sherlock Holmes revisité à travers les yeux de Moriarty !

Fin du XIXe siècle, l’Empire britannique a atteint son acmé…

Albert Moriarty, fils aîné du comte Moriarty, est révolté par le système social fondé sur la hiérarchie des classes et profondément enraciné dans les esprits.

Deux frères rencontrés dans un orphelinat vont lui permettre de se lancer dans un projet d’une ambition folle : apporter la paix au pays tout entier.

Eh oui, l’ennemi juré de Sherlock Holmes cachait un secret… !

Critique :
En début de ce tome, Sherlock a joué avec William Moriarty à qui a tué le monsieur dans le train lancé à plus de 80km/h et tous les deux ont résolu cette affaire, bien que l’un ai triché…

Maintenant, voici Sherlock et John face au roi de Bohême tandis que son frère Mycroft, lui, est confronté au vol d’un document tellement important que si il venait à être divulgué, ce serait la fin de l’Empire, au minimum.

Rien que ça… Entre nous, on a déjà une reine Victoria vachement jeune et on se permet d’appeler le voleur de document un pirate…

Je ne sais pas où il a garé son navire, ni avec quel ordinateur il a pénétré dans les appartements de sa Gracieuse Majesté, mais le terme « pirate » est aussi approprié qu’une trou dans son pantalon (au cul, bien entendu).

Vous verrez que dans le tome 6 on va le nommer « Tipiak »…

Je me répète sans doute, mais ça fera du bien à ceux qui n’écoute pas dans le fond, mais le langage ordurier de Sherlock Holmes en ces temps victorien est aussi déplacé qu’une meute de cafards chevauchant des rats dans un restaurant 4 étoiles le jour de l’inspection de l’hygiène et de la venue des inspecteurs du guide Duchemin (l’aile ou la cuisse).

Que le Sherlock BBC jure, utilise des mots de notre époque, je ne dirai rien, mais qu’un Holmes du temps de la reine Victoria utilise les prénoms, dise des « j’en ai rien à foutre » et autre mots barbares, ça ne colle pas, ça ne lui va pas.

De plus, il a toujours l’air d’un gamin déluré qui n’aurait pas reçu assez de fessées dans son enfance. Il n’a pas de charisme, est trop foufou, trop mal poli, trop foutraque, fadasse, sans épaisseur aucune.

Parlons un peu du scénario qui révise le Canon Holmésien à sa manière et nous rejoue Le Scandale En Bohême à sa manière, c’est-à-dire… Heu, j’hésite entre la franche rigolade ou une visite au fond de la Tamise.

Si une copinaute m’avait joué ça dans une fanfic, j’aurais ri de bon coeur, mais dans le mange, ça passe un peu moins bien, surtout que Holmes n’agit pas comme son alter ego du Canon. Qu’on le change un peu, je ne dirai rien, mais là, « trop is te veel », comme on disait chez nous du temps de la terrible rage taxatoire ! (« Trop c’est trop » dans les deux langues).

Quant à la belle Irene Adler, la soprano, elle a plus l’air d’une demi-mondaine qu’autre chose. Ben tiens, c’est justement ça, c’en est une, de demi-mondaine et elle va piéger Sherlock d’une belle manière, mais lui, bordel de dieu, se vautrer par terre pour demander pardon, pitié !

Malgré tout, puisque j’ai commencé cette saga et qu’elle me diverti en me faisant grincer des dents, je la continuerai afin de vous tenir informé de la suite des événements. C’est mon job.

Entre nous, il vaut mieux la prendre pour une revisite des enquêtes de Holmes à la va-comme-je-te-l’interprète plutôt que comme quelque chose de sérieux.

Dommage que leur Sherlock ne soit pas un peu plus stylé, plus gentlemen, moins gamin, parce qu’il y avait tous les ingrédients pour une réécriture étonnante et réussie. Au final, c’est Moriarty qui est le plus sérieux dans tout cela et le moins fadasse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°03.

 

Les mystères de Honeychurch – Tome 1 – Petits meurtres en héritage : Hannah Dennison [LC avec Bianca]

Titre : Les mystères de Honeychurch – Tome 1 – Petits meurtres en héritage

Auteur : Hannah Dennison
Édition : City Editions (31/10/2018)
Édition Originale : Murder at Honeychurch Hall (2014)
Traducteur : Raphaëlle Pache

Résumé :
Ridiculisée par la presse people, Kat Stanford abandonne son émission de télévision à succès pour se réfugier au fin fond dans la campagne anglaise. Sa mère vient d’acheter une vieille bicoque à Honeychurch, un domaine appartenant à une prestigieuse famille d’aristocrates aussi désargentés qu’excentriques.

Ah, les joies de la campagne ! Enfin, les joies, c’est vite dit… La maison de sa mère est une véritable ruine et son voisin est bien décidé à la faire déguerpir. Et puis, à peine arrivée, Kat est plongée dans un imbroglio mystérieux : une nurse disparaît et une domestique est retrouvée assassinée au fond du parc.

Quand elle apprend en plus que sa mère écrit des romans érotiques et que ce n’est pas du tout le hasard qui l’a conduite au domaine, Kate se demande ce qu’elle va encore découvrir en arpentant les sombres couloirs du manoir de Honeychruch…

Même à la campagne tout le monde a des secrets à cacher !

Critique :
J’adore les cosy mysteries, c’est frais, amusant, intriguant, bourré de mystères et des gens possédant un esprit de clocher mais ici, j’ai eu l’impression de boire un mojito sans citrons verts, sans menthe, sans sucre de canne, sans glace et surtout, sans rhum !

Oui, juste de l’eau pétillante et encore, elle était éventée et ne pétillait plus tellement.

Sans ma LC avec Bianca, j’aurais reposé ce roman assez vite car rien que dans les premiers dialogues, j’ai eu l’impression d’assister à des échanges totalement surréalistes entre Iris la mère et Kat sa fille.

Avec une mère aussi bizarre et spéciale, moi, à la place de Kat, je foutrais le camp très loin sans me retourner. Mais on dirait qu’elle nous la joue petite fille qui veut raisonner sa maman et qui accepte que cette dernière lui balane tout au visage sans qu’elle réagisse vraiment.

Dans les petits villages, pas besoin de venir de la Syrie pour être qualifié d’étranger qui dérange, suffit de venir de la capitale (Londres) ou d’une autre ville et on est déjà catalogué « pas d’ici ». Autrement dit, si vous n’avez pas un arbre généalogique qui remonte à Henry VIII dans le village, vous ne serez pas le bienvenu.

Sincèrement, j’ai eu l’impression de regarder une série estampillée TF1, le genre de programme fait pour tout le monde où l’on ne doit pas trop réfléchir, pour ne pas dire qu’on peut accorder des vacances méritées à son cerveau.

Ma foi, ça tombait bien, lire ce bouquin avec une putain de migraine qui vous vrille les tempes est salutaire car personne ne voulait bosser dans ma caboche.

Si les personnages sont insignifiants, trop caricaturaux, peu développés, fades, inintéressants, le scénario, lui, se traîne en longueur entre les péripéties qui arrivent aux personnages et les querelles de clocher.

Anybref, on s’y ennuie un peu et j’aurais bien pris le chandelier, la clé anglaise, le révolver, le poignard ou la corde pour assassiner n’importe qui dans la véranda, la bibliothèque ou la cuisine tant l’inactivité commençait à me peser et que les niaiseries des personnages commençait à me courir sur le haricot.

Ah, enfin, un cadavre, on va pouvoir enquêter avec Kat et sa mère… Non ? Ben non, on laissera le soin d’enquêter au Columbo local car il lui a piqué son imper beige et sa chemise tachée.

Tel Hercule Poirot, il réunira tout le monde dans le grand salon pour nous expliquer tout mais sans trouver le coupable, qui, tel un con, viendra tenter de faire taire le personnage qui comprend tout à un moment donné. Stupide.

Le pire, c’est que une fois terminé ma lecture, je me suis rendue compte que Bianca en avait déjà fait une fiche et que c’était le Tome 2 que l’on devait lire ensemble.

Quand je vous dit que mon cerveau était en vacances !

Allez, c’est pas que j’ai envie, mais puisque j’avais promis une LC, je me devais donc rempiler de suite avec ces personnages. On s’est déjà suicidé de 12 coups de couteau dans le dos pour moins que ça…

Heureusement, ma chère Bianca a eu pitié de mon parquet en chêne massif et m’a abjuré de ne pas lire la suite car elle était moins bien que le premier tome, qu’elle avait aimé, elle ! Donc, j’en ai été dispensée, youpie !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – fiche N°2.

Les dossiers Cthulhu – Tome 2 – Sherlock Holmes et les Monstruosités du Miskatonic : James Lovegrove

Titre : Les dossiers Cthulhu – Tome 2 – Sherlock Holmes et les Monstruosités du Miskatonic

Auteur : James Lovegrove
Édition : Bragelonne Steampunk (20/02/2019)
Édition Originale : The Cthulhu Casebooks, book 2 : Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities
Traducteur : Arnaud Demaegd

Résumé :
Printemps 1895. Malgré quinze années de combat contre des entités surnaturelles, quinze années qui ont coûté sa santé à Sherlock Holmes mais aussi la vie à Mary, épouse du Dr. Watson, les deux amis accourent sans hésiter lorsqu’on les appelle à Bedlam, asile psychiatrique de triste renommée. Ils y rencontrent un étrange patient qui parle r’lyehen, la langue des Grands Anciens.

L’homme, amnésique, est horriblement mutilé.

Les détectives découvrent qu’il s’agit d’un scientifique ayant étudié à l’Université Miskatonic, et l’un des deux survivants d’une expédition maudite visant à capturer un Shoggoth, une créature quasi-mythique.

Mais comment cet homme a-t-il atterri à Londres, et pourquoi a-t-il perdu l’esprit ?

Lorsque le mystérieux patient disparaît, enlevé par des forces occultes, il devient évident que l’affaire ne se limite pas à son cas.

C’est seulement en apprenant ce qui s’est réellement passé lors de cette désastreuse expédition en Nouvelle-Angleterre que Holmes et Watson pourront mettre au jour la vérité, et qui se cache derrière la monstruosité du Miskatonic…

Critique :
Que ceux qui n’aiment pas le steampunk lèvent la main ! Ah oui, quand même…

Bon, pas de panique, ce roman a beau être publié dans la collection Steampunk de chez Bragelonne, il n’y a rien pour en faire un roman steampunk (pas de machines à vapeur, d’automates et autres trucs) mais il y a tout pour en faire un roman fantastique et surnaturel.

Le premier volet ne m’avait pas convaincu, je n’avais pas aimé le Grand Méchant qui expliquait tout à Holmes, ça ne faisait pas vrai.

Il était donc clair que j’allais laisser tomber la saga mais ma copinaute et pigiste occasionnelle, Dame Ida, m’a convaincu du contraire. Et non, elle ne touche pas d’argent de la maison d’édition. Mdr

Je l’ai déjà dit, Holmes et le fantastique, c’est souvent casse-gueule. Pourtant, les auteurs s’y engouffrent comme des assoiffés devant la fontaine à eau. Ça passe parfois, ça casse souvent.

Les Éditions Soleil, dans leur collection 1800, ont mis Holmes à la sauce vampires, voyages dans le temps et Nécronomicon. Avec pour résultat qu’on ait un peu de tout niveau qualité scénaristique.

Là, j’ai eu une fois de plus un coup au cœur en lisant que tout ce que raconte Watson dans le Canon holmésien est faux ! Sherlock Holmes est un détective de l’étrange, traquant sans cesse des créatures qui auraient tout à fait leur place dans l’univers de Harry Potter, en lieu et place de maîtres-chanteurs, voleurs, assassins ou criminels du dimanche.

— Ah oui ? Mon Dieu, je ne nierai pas que l’ennui s’est installé en moi, Watson. Je suis fatigué de cette lutte constante. Je m’aperçois que j’envie la vie que je mène dans vos histoires, où je glisse avec aisance d’une affaire à l’autre en n’affrontant rien de pire que des maîtres chanteurs, des meurtriers, des voleurs de bijoux et la fripouille occasionnelle qui a des vues sur quelque faible femme rougissante. Je parviens à résoudre tous les problèmes avec grâce et sans jamais risquer ni ma santé mentale, ni mon âme. Personne ne pourrait me reprocher de vouloir en finir.

L’univers de Lovecraft m’est parfaitement hermétique, je ne le connais pas. Celui de Holmes, je le maîtrise un peu et son personnage m’a semblé peu conventionnel, peu Holmésien, très différent des récits canoniques, comme si l’auteur avait voulu le mettre à sa sauce, en plus de le plonger dans le bouillon des créatures surnaturelles.

Pourtant, à certains moments, on se demande si on a affaire à un pastiche holmésien ou un pastiche lovecraftien… L’auteur a beau dire le contraire, pour moi, il pastiche deux auteurs.

Si ce livre est mon œuvre, alors je n’ai pas pastiché un auteur, mais deux. Or il faudrait être particulièrement courageux, voire téméraire, pour s’essayer à pareil exercice. Quiconque me connaît vous dira que je ne suis ni l’un ni l’autre.

C’est du grand-écart, ça pourrait faire mal quelque part mais apparemment, l’auteur a de la souplesse et ce que je reprochais au premier volet ne s’est pas renouvelé dans le deuxième. L’écriture est plus subtile, plus posée et de ce fait, le scénario est mieux mis en valeur, ça passe beaucoup mieux.

Construit à la manière des romans « Une étude en rouge » ou du « Signe des quatre », nous avons un récit dans le récit et après les péripéties de Holmes et Watson, un autre personnage racontera ce qu’il s’est réellement passé sur le fleuve Miskatonic lors d’une expédition qui a tourné au fiasco avec seulement deux survivants dont un dans un état pas possible.

Autant où la première partie était une enquête conventionnelle, même si nous sommes dans du fantastique, la seconde, tout en restant dans le genre, fait plus dans le registre aventurier avec l’expédition sur le Miskatonic où des bestioles pas catholiques frayent. Le port de l’armure est conseillé pour se baigner dans ses eaux troubles.

Anybref, si j’avais des réticences pour le premier, je n’en ai plus pour le deuxième, même si je ne m’habituerai jamais à voir Holmes dialoguer avec un espèce de dieu d’un Monde ancien ou du moins, d’un Monde qui n’est pas le nôtre.

Si le ramage et le plumage du troisième volet ressemble à celui du deuxième, alors je serai comblée. Gaffe de ne pas tomber dans les travers de la fin de saga et de la bâcler, comme d’autres ont fait avant lui (et feront après lui).

Un tome d’entre-deux prometteur, un scénario réussi, des dialogues agréables, amusants, même, parfois, des personnages holmésiens différents de ceux du Canon, du suspense, du mystère, une enquête et de l’aventure avec un grand A.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Une confession : John Wainwright

Titre : Une confession

Auteur : John Wainwright
Édition : Sonatine (14/03/2019)
Édition Originale : Cul-de-Sac (1984)
Traducteur : Laurence Romance

Résumé :
À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.

Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle.

Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide.

L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

Critique :
La vie est ironique. John Wainwright avait écrit « À table », qui donna l’excellent film « Garde à vue », avec Michel Serrault, Lino Ventura, Romy Schneider et Guy Marchand et si son roman eut du succès, apparemment, ce ne fut pas le cas des autres.

Et voilà que Sonatine nous sort de son chapeau un autre chef d’oeuvre de cet auteur, mais inconnu, celui-là ! Comment cela se fesse-t-il ? Un roman à succès et un autre qui dormait ?

On aura attendu 35 ans avant de pouvoir le lire dans la langue de Molière mais je pense que cela valait la peine d’attendre.

Confession, c’est John Duxbury qui se confie à son journal, lui confiant ce qui ne va pas dans son couple, mais sans entrer dans des détails scabreux car ce journal est pour son fils.

À la lecture de ses pages, on voit bien qu’il y a une couille dans le potage entre lui et Maude, son épouse, qui est aussi folichonne et enjouée qu’un discours de notre roi des Belges à nous, Flupke Ier.

C’est vous dire l’amusement et la folle ambiance qui règne chez le couple Duxbury dont madame pense qu’au-delà d’un certain âge (50 ans), faire des folies de son corps n’est plus permis.

Vous comprendrez que lorsqu’elle boira son bouillon de onze heures en glissant du haut d’une falaise (J’ai glissé, chef) j’en ai presque souri de contentement.

Maintenant, quant à savoir si monsieur son mari l’a poussé ou pas, c’est une autre histoire et il faudra un enquêteur aussi tenace qu’un Columbo, avec les petites cellules grises d’un Poirot et la perspicacité d’un Holmes pour démêler ce sac d’embrouilles.

L’inspecteur Harry Harker aurait bien besoin de la baguette magique de Harry Potter…

Non, on ne commence pas ce roman dans l’espoir de lire un scénario à la 24h chrono car l’allure est plus proche de celle d’un vieil épisode de l’Inspecteur Derrick que d’un Jack Bauer sous amphétamines.

Mais nom de Zeus, Marty, quelle ambiance ! L’Angleterre, ça vous change un roman policier, ça vous le présente sous un autre jour, ça vous le sublime avec presque rien et ça vous tient par la barbichette aussi bien qu’un épisode de GOT (mais avec les dragons en moins).

L’auteur a su jouer avec les différents personnages, nous faisant suivre le journal de Jhon Duxbury, mais aussi l’enquête de Harry ou de différents policiers, nous présentant par la même occasion toute une galerie de personnages des plus intéressants.

Duxbury est-il coupable, oui ou non ? Le témoin est-il fiable ? Parce que vu ainsi, ça sent un peu la vengeance… Et si culpabilité il y a, comment la prouver avec ce témoin aussi costaud qu’un vieux Carambar oublié au soleil ?

Véritable travail de Petit Poucet, enquête minutieuse partie de rien, Harry Harker n’a pas la gouaille d’une capitaine Marleau mais pour ce qui est de rassembler les petits détails tels des petits cailloux blancs disséminés dans tous les coins, on peut lui faire confiance.

Voilà un roman policier qui m’a accroché, qui m’a tenu en haleine sans pour autant mettre du suspense à toutes les pages et l’auteur, homme talentueux qu’il est, a encore su nous réserver du dessert pour le final et me trouer le cul.

Un policier qui joue avec nos nerfs, nos certitudes, nos pensées, pour mieux les chambouler et nous étourdir à la fin. Des comme lui, moi, j’en redemande !

Messieurs dames de chez Sonatine, continuez de fouiller les vieilles caisses de romans inconnus d’auteurs connus et donnez-nous encore un tel plaisir littéraire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019). et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Choc – Tome 02 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 2 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (08/04/2016)

Résumé :
La genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge. Comment devient-on M. Choc ? Qui se cache derrière ce masque ?

Après le succès du premier tome « Les Fantômes de Knightgrave », Éric Maltaite et Stéphan Colman livrent ici la suite de la genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge, avec une modernité et une noirceur qui confèrent à ce triptyque une saveur toute particulière.

Critique :
J’ai poursuivi ma relecture de la jeunesse et des origines de Monsieur Choc, à l’époque où il se nommait encore Eden Cole…

Enfin, on suppose que c’est lui qui est devenu le méchant casqué. Heaume sweet heaume.

Toujours composé de flash-back, la suite nous entraîne dans l’adolescence d’Eden et le grand ménage de monsieur Choc qui élimine la concurrence et se venge de tout ceux qui l’ont un jour maltraité.

À ce propos, il y a un des tueurs avec des grosses lunettes de soleil que j’ai l’impression d’avoir déjà vu dans une autre bédé…

Soit un Tif et Tondu, soit un Natacha, soit un Gil Jourdan. Cet homme était la caricature d’un dessinateur ou scénariste de l’écurie Dupuis (de l’hebdo Spirou) mais j’ai cette impression de l’avoir déjà vu.

Ruminant dans ma tête et fouillant le Net, j’ai enfin trouvé qui était ce personnage. Bon sang, mais c’est bien sûr : Maurice Tillieux himself ! Mais pas moyen de retrouver dans quel album sa tête apparaissait en tant que méchant.

Les auteurs poursuivent la genèse de monsieur Choc et on voit petit à petit apparaitre l’homme qu’il va devenir, on voit ses faiblesses, ses questions, les fantômes qui le hantent et là, pas de doute, Eden Cole deviendra Choc.

S’il se venge et dégomme la concurrence, il n’hésite pas non plus à remercier avec de l’argent ou la avec la vie sauve ceux qui l’ont aidé un jour dans sa vie.

Une fois de plus, on a tendance à apprécier le personnage, il est humain et sa jeunesse n’a pas été placée sous le signe du bonheur.

Les dessins sont très bien réalisés et on s’immerge à fond dans le Londres des petites ruelles grisâtres et de ses voleurs de larfeuille, on passera aussi à Rio et ses couleurs vives et on fera même un bout de chemin pendant la parade de la Saint-Patrick à New-York.

L’album est gros, consistant, j’ai fait quelques retours en arrière pour retrouver des images et me dire « Ah oui, tiens, je n’avais pas remarqué » parce que le plat est tellement copieux qu’on loupe des détails pourtant important.

Le seul bémol que certains pourraient reprocher, c’est qu’au départ c’était prévu en diptyque et que maintenant nous poursuivons sur un troisième album, les auteurs ayant sans doute déborder de l’histoire originelle pour nous donner plus.

Moi, je ne m’en plaindrai pas du tout car j’avais adoré cette série lorsque je l’avais lue dans l’hebdo Spirou et la relire est un véritable plaisir. C’est bourré de mystères, de suspense, de flics qui tournent en rond, de bandits magnifiques et de cadavres dans tous les placards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Choc – Tome 01 – Les fantômes de Knightgrave [1ère partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 1 – Les fantômes de Knightgrave [1ère partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (25/04/2014)

Résumé :
Par une matinée glacée de février 1955, le manoir de Knightgrave devient la propriété du marquis Di Magglio, un mystérieux et richissime acquéreur que nul n’a jamais vu.

Et pour cause : sous le patronyme du marquis Di Magglio se cache en réalité le non moins mystérieux M. Choc, empereur du crime, aussi redouté qu’insaisissable.

À quel plan retors songe-t-il, en achetant cette propriété ? Quelle machination est-il en train de mettre en place ?

À moins qu’il ne soit en train d’accomplir un vœu connu de lui seul – et dont nous allons découvrir, par un habile jeu de flash-back, les tenants et les aboutissants. Car c’est bien dans le passé de M. Choc que ce récit va nous plonger…

Critique :
Cet album, je l’avais découvert dans l’hebdomadaire Spirou et je m’étais exclamé « QUOI ?? Monsieur Choc a été jeune ? Il a été conçu, comme tout le monde, de la rencontre entre le dard d’une abeille butinant une fleur ? »

Non, pas possible, ce type n’est pas humain. Il ne peut pas être humain !

Depuis le temps que je vois son heaume se balader dans les aventures de Tif et Tondu, je me disais qu’ils devaient être une légion de Mr Choc ou que c’était un robot.

Mais non, aux travers d’habiles jeux de flash-back qui ont le don de nous titiller la curiosité et de faire naître le mystère, ainsi que son vieux pote nommé suspense (je l’avais lu fractionné sur plusieurs semaines, dans le Spirou), cet album lève le voile sur le Méchant le plus énigmatique de la bédé.

Eric Maltaite n’est pas un novice, ce n’est ni plus ni moins que le fiston du grand Will qui avait repris la série « Tif et Tondu » en 1948 et c’est en 1954 que Will rencontra Maurice Rosy et qu’ensemble, ils imagineront « Monsieur Choc », ce cerveau diabolique capable d’imposer sa volonté au monde grâce à sa phénoménale intelligence.

Dès les premières planches, boum, du mystère et des questions. On découvrira Choc assis dans une voiture alors qu’il vient d’acheter un grand manoir anglais pour on ne sait quelle raison, de toute façon, ce n’est pas lui qui va nous le dire mais Texas, un de ses hommes de main, l’expliquant à un autre.

Comme je le disais plus haut, les jeux de flash-back sont très bien fait, des petites ellipses habillement placées, entre deux cases ou dans la case même, faite des souvenirs de l’homme casqué.

Impensable mais vrai, il a été conçu normalement (enfin, presque, no spolier) et voir son enfance, faite de coups du sort, se dérouler sous mes yeux me l’a fait devenir sympathique alors que j’ai toujours détesté ce personnage.

Là, messieurs les auteurs, vous avez fait fort ! En plus de lui inventer une vie, une enfance et de remonter le cours de sa vie aux travers de ses souvenirs émouvants, vous avez su rester réalistes tout en apportant de l’émotion dans vos dessins et vos textes.

Pas d’élément fantastique, comme on pouvait en avoir dans Tif et Tondu, pas de récit un peu léger, comme on en avait certain, notamment grâce à l’humour de Tondu, non, pas de ça ici, un récit froid comme un scalpel, dur, émouvant, tendre, le tout servi par une découpe du récit qui rend le tout cohérent et passionnant.

À l’époque, j’en avais été sur le cul et cette relecture me fait le plus grand bien, surtout qu’on vient enfin d’avoir le tome 3 ! L’attente fut longue, messieurs et jamais je n’aurais cru être en train de trépigner pour avoir la suite de la jeunesse de Monsieur Choc.

Comme quoi, avec des habiles conteurs, tout devient possible, même de trouver le futur Monsieur Choc sympathique.

Un album dense (88 pages, on en a pour ses sous), des dessins qui vont bien au récit, un fil conducteur agencé de manière à ne pas tout nous dévoiler d’un seul coup et des flash-back utilisés avec intelligence.

Une vraie réussite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.